Dans les Ténèbres de la Forêt
Le bar était calme ce soir-là. Un silence inhabituel flottait dans l'air, seulement troublé par le léger grincement du vieux ventilateur au plafond et les verres vides empilés sur le comptoir. Morgan essuyait distraitement un verre, ses pensées ailleurs, perdues dans la monotonie de sa routine. Peu de clients étaient venus ce soir, et elle était contente. Moins elle voyait de monde, mieux elle se sentait.
La porte du bar s’ouvrit lentement, laissant entrer une bouffée d’air chaud de la nuit mexicaine. Le garçon du village, celui qui faisait les courses pour le patron et parfois les livraisons, se faufila à l'intérieur, une enveloppe à la main.
« Señorita, une lettre pour vous », annonça-t-il en s'approchant du comptoir, la tendant à Morgan.
Elle prit l'enveloppe sans grande réaction. Elle avait l'habitude de recevoir des lettres de Cora, une amie de longue date restée en Angleterre, avec qui elle correspondait toujours. C'était leur manière de rester en contact malgré la distance, bien que leurs échanges aient été de plus en plus espacés ces derniers mois. Morgan n’avait pas vraiment l'énergie pour maintenir de véritables relations, mais elle avait toujours apprécié lire les nouvelles de Cora, une des rares personnes à ne pas avoir coupé les ponts avec elle.
« Merci », murmura-t-elle au garçon avant de l’envoyer d’un geste de la main. Il disparut aussi vite qu’il était arrivé, et elle se retrouva à nouveau seule.
Elle ouvrit l’enveloppe avec la même nonchalance habituelle, s'attendant à un récit léger de la vie en Angleterre, des anecdotes sur le quotidien de Cora et de Noémie, sa filleule. Mais dès les premiers mots, une étrange sensation s’installa en elle, quelque chose de froid et d'inconfortable. Ses yeux parcouraient les lignes, mais elle avait l'impression que les mots n'arrivaient pas vraiment à s'ancrer dans son esprit.
Puis, une phrase la frappa de plein fouet.
Son père était mort.
La porte du bar s’ouvrit lentement, laissant entrer une bouffée d’air chaud de la nuit mexicaine. Le garçon du village, celui qui faisait les courses pour le patron et parfois les livraisons, se faufila à l'intérieur, une enveloppe à la main.
« Señorita, une lettre pour vous », annonça-t-il en s'approchant du comptoir, la tendant à Morgan.
Elle prit l'enveloppe sans grande réaction. Elle avait l'habitude de recevoir des lettres de Cora, une amie de longue date restée en Angleterre, avec qui elle correspondait toujours. C'était leur manière de rester en contact malgré la distance, bien que leurs échanges aient été de plus en plus espacés ces derniers mois. Morgan n’avait pas vraiment l'énergie pour maintenir de véritables relations, mais elle avait toujours apprécié lire les nouvelles de Cora, une des rares personnes à ne pas avoir coupé les ponts avec elle.
« Merci », murmura-t-elle au garçon avant de l’envoyer d’un geste de la main. Il disparut aussi vite qu’il était arrivé, et elle se retrouva à nouveau seule.
Elle ouvrit l’enveloppe avec la même nonchalance habituelle, s'attendant à un récit léger de la vie en Angleterre, des anecdotes sur le quotidien de Cora et de Noémie, sa filleule. Mais dès les premiers mots, une étrange sensation s’installa en elle, quelque chose de froid et d'inconfortable. Ses yeux parcouraient les lignes, mais elle avait l'impression que les mots n'arrivaient pas vraiment à s'ancrer dans son esprit.
Puis, une phrase la frappa de plein fouet.
Son père était mort.
@Noémie Claire-Cornwell
I cast happiness upon y'all — while robbing you of a few Galleons, of course.
InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
#BotrucSuprématie #Le M c'est le S #4f246b
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Dans les Ténèbres de la Forêt
Elle resta figée, la lettre tremblant dans sa main. Un instant, elle sentit le monde autour d’elle s’effondrer. La lumière du bar, la chaleur oppressante de la nuit, tout devint distant, comme si elle s'était soudainement retrouvée enfermée dans une bulle. Un son strident s’élevait dans sa tête, couvrant tout le reste. Ce n'était pas possible. Il ne pouvait pas être mort.
Et surtout pas comme ça. La lettre expliquait brièvement que c’était une potion de sommeil, mal préparée, qui avait causé sa mort. Un sorcier aussi méticuleux, mourir à cause d’une simple potion ?
Ridicule.
Un rire amer monta dans sa gorge, qu’elle réprima aussitôt. Ce n’était pas vrai. Pas son père, cet homme si strict, si rigide dans sa manière de vivre, de contrôler chaque détail de son existence. Il ne pouvait pas avoir fait une erreur aussi grossière. Non, c’était impossible. Peut-être que Cora avait mal compris. Peut-être que quelqu’un se trompait.
Mais au fond d’elle, elle savait. Et pourtant, elle refusait d’accepter.
Morgan replia la lettre d’un geste brusque, comme pour effacer ce qu’elle venait de lire. Ses mains tremblaient légèrement, mais elle s’efforça de rester impassible. Elle reposa la lettre sur le comptoir, puis se retourna vers les verres qu’elle essuyait plus tôt, essayant de reprendre le fil de sa routine. Juste continuer, se dit-elle. Ce n’est rien.
Mais elle ne pouvait plus ignorer la voix dans sa tête, cette pensée insidieuse qui grandissait, un écho qu’elle ne connaissait que trop bien. Je le hais. Je le hais, je le hais.
Et surtout pas comme ça. La lettre expliquait brièvement que c’était une potion de sommeil, mal préparée, qui avait causé sa mort. Un sorcier aussi méticuleux, mourir à cause d’une simple potion ?
Ridicule.
Un rire amer monta dans sa gorge, qu’elle réprima aussitôt. Ce n’était pas vrai. Pas son père, cet homme si strict, si rigide dans sa manière de vivre, de contrôler chaque détail de son existence. Il ne pouvait pas avoir fait une erreur aussi grossière. Non, c’était impossible. Peut-être que Cora avait mal compris. Peut-être que quelqu’un se trompait.
Mais au fond d’elle, elle savait. Et pourtant, elle refusait d’accepter.
Morgan replia la lettre d’un geste brusque, comme pour effacer ce qu’elle venait de lire. Ses mains tremblaient légèrement, mais elle s’efforça de rester impassible. Elle reposa la lettre sur le comptoir, puis se retourna vers les verres qu’elle essuyait plus tôt, essayant de reprendre le fil de sa routine. Juste continuer, se dit-elle. Ce n’est rien.
Mais elle ne pouvait plus ignorer la voix dans sa tête, cette pensée insidieuse qui grandissait, un écho qu’elle ne connaissait que trop bien. Je le hais. Je le hais, je le hais.
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InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
#BotrucSuprématie #Le M c'est le S #4f246b
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Dans les Ténèbres de la Forêt
Elle serra le verre qu’elle tenait dans ses mains, ses doigts blanchissant sous la pression. Cet homme, son père, qui avait façonné toute sa vie. Il l’avait poussée, formée, brisée pour qu’elle devienne forte, implacable. Il avait toujours été là, exigeant, jamais satisfait. Et maintenant, il disparaissait comme ça, dans la banalité, dans une erreur ridicule. Une mort indigne pour quelqu’un comme lui.
Elle détestait la manière dont il l'avait élevée, mais elle détestait encore plus le fait qu’il ne soit plus là pour qu’elle puisse enfin lui dire tout ce qu’elle avait sur le cœur. Tout ce qu’elle avait retenu pendant des années. Mais derrière cette colère se cachait quelque chose de bien plus douloureux. Morgan secoua la tête, comme pour chasser cette pensée qui montait, cette vulnérabilité qu’elle refusait d’affronter. Parce que la vérité, celle qu’elle n’osait pas admettre, c’était qu’une part d’elle l’avait toujours aimé, malgré tout.
Elle n’aurait jamais voulu l’admettre, mais c’était la réalité. Il avait été tout ce qu’elle avait connu, son seul point d’ancrage dans un monde qui lui échappait. Même après qu’elle se soit enfuie, même après qu’elle ait juré de ne plus jamais le revoir, elle avait espéré qu’un jour…
Elle resta là, le regard fixé sur les verres devant elle, immobile. Son corps refusait de réagir, comme figé dans ce déni froid qui s’imposait à elle. Je ne peux pas être triste. Pas pour lui. Pas pour cet homme qui avait fait d’elle ce qu’elle était, mais qui ne lui avait jamais montré le moindre signe de tendresse. Il ne méritait pas sa peine.
Les secondes s’étiraient, mais la douleur restait, sourde, étouffante. Elle voulait se convaincre qu’elle ne ressentait rien, qu’il ne comptait plus pour elle. Mais cette façade commençait à se fissurer, et elle le savait.
Brusquement, Morgan essuya ses mains sur un torchon, laissant les verres sales sur le comptoir. Elle ne pouvait pas rester là, à fixer le vide. Elle devait continuer, mettre son masque comme toujours. Le masque de celle qui se moque, qui n’est plus affectée par rien.
Elle rangea la lettre dans la poche de son tablier et se força à revenir derrière le bar. Je ne suis pas triste, se répéta-t-elle mentalement, comme une incantation.
Mais à l’intérieur, elle sentait déjà quelque chose se briser.
Elle détestait la manière dont il l'avait élevée, mais elle détestait encore plus le fait qu’il ne soit plus là pour qu’elle puisse enfin lui dire tout ce qu’elle avait sur le cœur. Tout ce qu’elle avait retenu pendant des années. Mais derrière cette colère se cachait quelque chose de bien plus douloureux. Morgan secoua la tête, comme pour chasser cette pensée qui montait, cette vulnérabilité qu’elle refusait d’affronter. Parce que la vérité, celle qu’elle n’osait pas admettre, c’était qu’une part d’elle l’avait toujours aimé, malgré tout.
Elle n’aurait jamais voulu l’admettre, mais c’était la réalité. Il avait été tout ce qu’elle avait connu, son seul point d’ancrage dans un monde qui lui échappait. Même après qu’elle se soit enfuie, même après qu’elle ait juré de ne plus jamais le revoir, elle avait espéré qu’un jour…
Elle resta là, le regard fixé sur les verres devant elle, immobile. Son corps refusait de réagir, comme figé dans ce déni froid qui s’imposait à elle. Je ne peux pas être triste. Pas pour lui. Pas pour cet homme qui avait fait d’elle ce qu’elle était, mais qui ne lui avait jamais montré le moindre signe de tendresse. Il ne méritait pas sa peine.
Les secondes s’étiraient, mais la douleur restait, sourde, étouffante. Elle voulait se convaincre qu’elle ne ressentait rien, qu’il ne comptait plus pour elle. Mais cette façade commençait à se fissurer, et elle le savait.
Brusquement, Morgan essuya ses mains sur un torchon, laissant les verres sales sur le comptoir. Elle ne pouvait pas rester là, à fixer le vide. Elle devait continuer, mettre son masque comme toujours. Le masque de celle qui se moque, qui n’est plus affectée par rien.
Elle rangea la lettre dans la poche de son tablier et se força à revenir derrière le bar. Je ne suis pas triste, se répéta-t-elle mentalement, comme une incantation.
Mais à l’intérieur, elle sentait déjà quelque chose se briser.
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Dans les Ténèbres de la Forêt
TW toujours actif : alcoolisme + pensées dépressives
Les jours étaient devenus des ombres sans contours, fondus les uns dans les autres, indistincts et sans fin. Morgan n’avait pas répondu à la lettre de Cora. Pas le jour même, pas le lendemain, pas pendant tout le mois qui suivit. La lettre, froissée mais intacte, restait enfouie sous une pile de vieux journaux dans sa chambre. Elle n’avait pas eu le courage de la jeter, mais elle n’avait plus non plus la force de la relire.
La mort de son père, cette information qu’elle avait refoulée, rejetée, l’avait pourtant poursuivie. Chaque soir, quand le bar fermait et que le silence tombait, les souvenirs se réveillaient, tapissant ses pensées de regrets et de non-dits. Mais elle refusait de les affronter. Au lieu de cela, elle avait trouvé un nouveau refuge dans l’alcool.
Les bouteilles s’empilaient. Elle ne buvait plus seulement après le service, mais pendant aussi, ses gestes devenant plus lents, plus incertains à mesure que les heures passaient. À chaque verre, elle se sentait un peu plus distante, un peu plus loin de ce monde qu’elle ne voulait plus affronter. Le masque qu’elle portait, celui de la femme implacable et indifférente, tenait encore, mais il se fissurait à chaque gorgée.
Chaque matin, elle se réveillait avec la bouche sèche et la tête lourde, mais cela ne faisait que la pousser à recommencer. Ça ne fait rien, se disait-elle. Je contrôle. Mais elle savait que c’était un mensonge.
Les rares clients fidèles du bar avaient commencé à remarquer son changement, ses silences prolongés, ses regards absents. Mais personne n’osait lui poser de questions. Peut-être avaient-ils compris qu’elle n’avait pas envie de parler, qu’elle n’était plus tout à fait la même depuis quelques semaines. Ou peut-être que personne ne s’en souciait vraiment.
Ce soir-là, comme tant d’autres, elle était derrière le comptoir, vidant machinalement les restes d’une bouteille de mezcal, son regard perdu dans le vide. Le bar était presque désert, à part deux vieux habitués dans un coin, murmurant entre eux autour d’un jeu de cartes. Morgan servait, nettoyait, et buvait en silence, se noyant un peu plus dans cette routine toxique.
Son esprit vagabondait. Elle pensait à son père, malgré elle. À ses mots durs, à son regard froid qui l’avait forgée. Je te hais. Cette phrase lui revenait sans cesse, comme une litanie. Mais au fond, c’était surtout la question qui la rongeait : Nous as-tu vraiment aimée ? Elle savait qu’elle ne trouverait jamais de réponse. Et cela la rendait encore plus furieuse.
Chaque nuit, elle cherchait à effacer cette douleur. Mais plus elle buvait, plus elle se souvenait.
Cora. Elle pensait parfois à elle, à la lettre qui restait là, non répondue. Cora était la seule à lui avoir tendu la main, la seule qui s’était souciée d’elle, même après qu’elle ait coupé les ponts avec presque tout le monde. Pourtant, Morgan n’avait rien fait. Elle s’était enfermée encore plus dans son gouffre, incapable de faire face à quoi que ce soit.
Elle vida son verre d’un geste brusque et en versa un autre, ses mains tremblant légèrement sous l’effet de l’alcool. Juste un de plus, pensa-t-elle pour la centième fois. Ça ne fait rien. Mais une partie d’elle savait que ça faisait tout.
La porte du bar s’ouvrit avec un léger grincement. Morgan, plongée dans son verre, ne releva pas la tête tout de suite. Elle s’attendait à l’un des habitués, ou peut-être à un client égaré cherchant une boisson avant de sombrer dans l’oubli de la nuit.
Mais le silence qui suivit la porte ouverte lui sembla étrangement lourd, comme si quelque chose venait de changer dans l’air. Elle releva finalement les yeux, son regard encore flou et désorienté par l’alcool.
Elle resta figée.
À l'entrée du bar, se tenait Cora.
Morgan ne bougea pas, incapable de trouver quoi dire. Sa gorge se serra, les mots mourant avant même d’avoir pris forme. Elle avait passé un mois à ignorer la lettre, à se noyer dans l’alcool pour oublier, et pourtant, ici, maintenant, face à elle, tout revenait à la surface avec une brutalité déchirante.
Cora était là.
Et Morgan n’avait plus d’endroit où fuir.
Les jours étaient devenus des ombres sans contours, fondus les uns dans les autres, indistincts et sans fin. Morgan n’avait pas répondu à la lettre de Cora. Pas le jour même, pas le lendemain, pas pendant tout le mois qui suivit. La lettre, froissée mais intacte, restait enfouie sous une pile de vieux journaux dans sa chambre. Elle n’avait pas eu le courage de la jeter, mais elle n’avait plus non plus la force de la relire.
La mort de son père, cette information qu’elle avait refoulée, rejetée, l’avait pourtant poursuivie. Chaque soir, quand le bar fermait et que le silence tombait, les souvenirs se réveillaient, tapissant ses pensées de regrets et de non-dits. Mais elle refusait de les affronter. Au lieu de cela, elle avait trouvé un nouveau refuge dans l’alcool.
Les bouteilles s’empilaient. Elle ne buvait plus seulement après le service, mais pendant aussi, ses gestes devenant plus lents, plus incertains à mesure que les heures passaient. À chaque verre, elle se sentait un peu plus distante, un peu plus loin de ce monde qu’elle ne voulait plus affronter. Le masque qu’elle portait, celui de la femme implacable et indifférente, tenait encore, mais il se fissurait à chaque gorgée.
Chaque matin, elle se réveillait avec la bouche sèche et la tête lourde, mais cela ne faisait que la pousser à recommencer. Ça ne fait rien, se disait-elle. Je contrôle. Mais elle savait que c’était un mensonge.
Les rares clients fidèles du bar avaient commencé à remarquer son changement, ses silences prolongés, ses regards absents. Mais personne n’osait lui poser de questions. Peut-être avaient-ils compris qu’elle n’avait pas envie de parler, qu’elle n’était plus tout à fait la même depuis quelques semaines. Ou peut-être que personne ne s’en souciait vraiment.
Ce soir-là, comme tant d’autres, elle était derrière le comptoir, vidant machinalement les restes d’une bouteille de mezcal, son regard perdu dans le vide. Le bar était presque désert, à part deux vieux habitués dans un coin, murmurant entre eux autour d’un jeu de cartes. Morgan servait, nettoyait, et buvait en silence, se noyant un peu plus dans cette routine toxique.
Son esprit vagabondait. Elle pensait à son père, malgré elle. À ses mots durs, à son regard froid qui l’avait forgée. Je te hais. Cette phrase lui revenait sans cesse, comme une litanie. Mais au fond, c’était surtout la question qui la rongeait : Nous as-tu vraiment aimée ? Elle savait qu’elle ne trouverait jamais de réponse. Et cela la rendait encore plus furieuse.
Chaque nuit, elle cherchait à effacer cette douleur. Mais plus elle buvait, plus elle se souvenait.
Cora. Elle pensait parfois à elle, à la lettre qui restait là, non répondue. Cora était la seule à lui avoir tendu la main, la seule qui s’était souciée d’elle, même après qu’elle ait coupé les ponts avec presque tout le monde. Pourtant, Morgan n’avait rien fait. Elle s’était enfermée encore plus dans son gouffre, incapable de faire face à quoi que ce soit.
Elle vida son verre d’un geste brusque et en versa un autre, ses mains tremblant légèrement sous l’effet de l’alcool. Juste un de plus, pensa-t-elle pour la centième fois. Ça ne fait rien. Mais une partie d’elle savait que ça faisait tout.
La porte du bar s’ouvrit avec un léger grincement. Morgan, plongée dans son verre, ne releva pas la tête tout de suite. Elle s’attendait à l’un des habitués, ou peut-être à un client égaré cherchant une boisson avant de sombrer dans l’oubli de la nuit.
Mais le silence qui suivit la porte ouverte lui sembla étrangement lourd, comme si quelque chose venait de changer dans l’air. Elle releva finalement les yeux, son regard encore flou et désorienté par l’alcool.
Elle resta figée.
À l'entrée du bar, se tenait Cora.
Morgan ne bougea pas, incapable de trouver quoi dire. Sa gorge se serra, les mots mourant avant même d’avoir pris forme. Elle avait passé un mois à ignorer la lettre, à se noyer dans l’alcool pour oublier, et pourtant, ici, maintenant, face à elle, tout revenait à la surface avec une brutalité déchirante.
Cora était là.
Et Morgan n’avait plus d’endroit où fuir.
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Dans les Ténèbres de la Forêt
Sergio,
Je ne sais pas si tu trouveras cette lettre un jour. Peut-être que tu repasseras par ici à El Chupacabra, par hasard ou par curiosité, et que quelqu’un te la remettra. Peut-être que tu ne la liras jamais. Mais dans tous les cas, je dois l’écrire, parce que je te dois des mots que j’ai trop longtemps retenus.
Tu avais raison, sur tellement de choses. Le jour où tu m’as confrontée, où tu m’as dit que je n’étais plus moi-même, que je n’étais plus celle que tu avais connue… tu avais raison. Je me suis enfuie. Pas seulement de toi, ni de Reg. Non, je me suis enfuie de tout. De moi-même surtout. Et je m’en rends compte maintenant.
Je me suis cachée dans cet endroit, dans l’oubli, dans l’alcool. J’ai cru que si je fuyais assez loin, tout ce que j’avais été finirait par disparaître. J’ai cru que je pouvais effacer tout ce que j’avais vécu, et que le reste finirait par ne plus compter. Mais tu savais déjà ce que je refusais de voir. On ne peut pas échapper à qui l’on est, peu importe combien de temps on passe à essayer.
Je pars, Sergio. Je rentre en Grande Bretagne. C’est drôle de le dire, après avoir passé autant de temps à fuir ce pays et tout ce qu’il représente. Mais je dois y retourner. Pas pour faire la paix avec le passé – je ne crois pas qu’on puisse faire la paix avec tout ça – mais pour affronter ce que j’ai laissé derrière. Affronter cette part de moi que j’ai enterrée depuis si longtemps.
Je ne sais pas si je reviendrai ici un jour. Peut-être que je ne suis pas faite pour ces contrées lointaines, pour cette vie de fuite que j’ai tenté de mener. Je dois tout recommencer ailleurs, même si je ne sais pas encore ce que je vais trouver en revenant là-bas. Tout ce que je sais, c’est que ce chapitre de ma vie est terminé.
Tu avais raison : je vaux mieux que ce que je suis devenue ici. Je ne suis plus cette femme que tu as connue, celle qui riait de tes histoires et qui aimait l’aventure. Mais je vais retrouver ce qui reste d’elle, quelque part. Et je te remercie de ne jamais avoir cessé de croire en moi, même quand j’étais incapable de me croire moi-même.
Ne me cherche pas, Sergio. Je te dis adieu ici, parce que je sais que c’est le seul moyen pour moi d’avancer. Je te souhaite de trouver ce que tu cherches, toi aussi, où que ce soit. Tu as été plus qu’un allié, plus qu’un collègue. Tu as été mon ami, et pour ça, je te serai toujours reconnaissante.
Prends soin de toi.
Violet Morgan
FIN DU CHAPITRE... Et le début du suivant.
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