Entre les lignes
Le soulagement se diffuse dans mes veines en voyant l’homme s’éloigner après m’avoir invitée à le suivre. Il répond à ma demande sans s’encombrer de paroles ennuyantes et inutiles, il va me donner ce que je désire. Mes épaules s'affaissent légèrement, je m’accroche à la lanière de mon sac et entreprends, non sans grimacer en activant les muscles douloureux de mes jambes, de le suivre.
La fatigue pèse sur mon crâne comme si elle était déterminée à ne pas se faire oublier de moi. Les lumières artificielles et le léger brouhaha de l’extérieur n’arrangent rien à ma situation. Je n’ai qu’une envie : rentrer à l’Académie et m’effondrer sur mon lit sans passer par la case réfectoire. Je sens la noirceur dans laquelle j’ai plongé toute la journée me couvrir comme une cape indélicate. Elle me tient chaud, mais me donne froid. J’ai la tête poisseuse et les pensées encombrées. La mauvaise humeur rampe en moi et laisse des traces brûlantes derrière elle. Je ne sais plus très bien si j’ai envie de m’oublier dans un sommeil profond dont je serai de toute manière arrachée par des cauchemars ou si j’ai envie de retourner là-bas pour noyer la douleur dans la douleur. Ma main droite tremble légèrement. Je la cache tout en fond de ma poche en louchant sur le dos d’Oscar qui connaît le chemin par cœur. Mes doigts me démangent de s’entourer autour de ma baguette magique et de s’essayer encore un peu à ce sortilège pour lequel je me suis abîmée dans ma chair et dans ma tête.
Nous nous immobilisons au milieu d’un rayon. Oscar baragouine. Je l’écoute d’une oreille tout en jetant un coup d'œil à la bibliothèque située face aux livres qui m’intéressent. Je la jauge rapidement : supportera-t-elle mon poids ? Je décide que oui. Avec l’air de ne pas le faire, je m’y adosse pour reposer mes jambes, mon dos, mes épaules, bref mon corps entier qui souffre, même s’il ramasse moins que mon esprit.
Ainsi calée, je peux accorder une plus grande attention à l’homme. IRM. TDM. Aucune foutue idée de ce que ces sigles signifient. Je les ai déjà entendus. Ma mère a beau être une femme ancrée dans son monde qui juge les moldus de la même façon que je le fais (quel pauvre peuple ! vivre sans magie…), elle n’en reste pas moins une sorcière extrêmement intelligente et curieuse ; évidemment qu’elle s’est intéressée à la médecine moldue. Évidemment qu’elle m’a parlé de ça. Évidemment que j’ai oublié la signification de ces termes. Évidemment que j’ai envie d’arracher ces livres des mains d’Oscar pour les feuilleter en toute tranquillité. Mais je n’ai la force ni d’arracher quoi que ce soit ni de lui faire comprendre qu’il est temps de prendre congé.
À la place, j’attrape les deux livres. Mes bras fatigués renâclent sous le poids soudain. Machinalement, je dépose le livre d’au-dessus sur la première surface que je trouve pour pouvoir ouvrir Anatomes Totius en toute liberté. L’édition est belle, moderne. Elle me rappelle des souvenirs. Elle sent les livres moldus ; cette odeur qui me pique le nez et qui diffère tant de l’odeur qu’ont les livres chez moi. Les pages sont trop lisses, les caractères et les images trop nettes — un parfait petit produit moldu. Mes lèvres se pincent mais je ne dis rien. Je lis le sommaire, feuillette quelques pages sans adresser un regard à Oscar, remarque quelques schémas qui attisent aussitôt ma curiosité et qui me ramène à mon envie de poursuivre mes recherches malgré la fatigue magique et mentale qui m’accable.
« Cette édition est beaucoup plus complète que celle que j’ai pu lire à la maison, » marmonné-je sans trop y penser en remarquant les ajouts et toutes les nouveautés qui se remarquent facilement.
Je prends le temps d’observer un griffonnage ancien de corps humain avant de refermer le livre dans un claquement bruyant. Je le retourne, mes yeux trouvant naturellement le chemin de l’étiquette qui doit se trouver… Oui, juste là. Mes yeux s’écarquillent lorsque je lis le chiffre à côté du symbole £. Oh, doux Merlin. Foutu, terrible, doux Merlin. Le prix est exorbitant. Évidemment que le prix est exorbitant.
Embêtée, j’attrape l’Atlas si chaudement recommandé que j’ai abandonné entre deux étagères. Quelque chose de curieux s’agite en moi et la déraison me force à ouvrir l’ouvrage avant de regarder son prix. Oscar n’a pas menti. Les illustrations y sont nombreuses et d’une qualité fabuleuse. Je me penche sur le livre, les yeux écarquillés et la curiosité irradiant par mes pores pour mieux observer l’image bleuâtre de ce qui semble être une colonne vertébrale. Je me rappelle soudainement de ce qui se cache derrière le terme IRM. Et si je n’ai pas les mots exacts, je sais au moins que les “IRM” permettent d’avoir des images de l’intérieur du corps d’une qualité que nous, sorciers, ne pourront jamais atteindre — nous avons d’autres façons de faire, plus efficaces peut-être, mais moins littéralement imagées.
Je devine instinctivement que c’est ce livre que je désire. Que c’est lui qui me permettra de me familiariser avec le corps humain et de pouvoir manier mes sortilèges de magie noire avec davantage de précision — ou tout simplement, avec une précision qu’il me manque pour le moment.
M’arrachant aux images passionnantes qui se dévoilent à moi, je retourne le livre pour lancer un regard plein de défi à l’assaut de la quatrième de couverture. Mon défi dégringole lamentablement lorsque je vois le nombre de Livres Sterling exigé pour l’achat de cette merveille.
« Putain. »
Le mot m’a échappé, murmuré à travers mes dents serrées. J’ai assez d’argent moldu sur moi mais j’avais l’espoir de moins dépenser. J’ai toujours l’espoir de moins dépenser. L’argent est un concept tellement exigeant. Je reçois tous les mois une bourse pleine de Galions, de Mornilles et de Noises de mes parents que je dépense en fournitures scolaires, en livres, en hiboux (quoi que j’en envoie moins depuis que mon grand-frère a décidé de trahir la confiance que j’avais en lui, bien sûr), en alcool depuis peu. Qui aurait cru que la recherche était être si chère ? Je n’ai jamais suffisamment de livre, de carnet, d’encre pour apposer mes pensées sur du parchemin. Je n’ai jamais suffisamment d’argent. Je ne pensais pas que moi, Aelle Bristyle, je commencerais à m’inquiéter de l’argent ; c’est si superficiel ! J’ai passé mon enfance à ne pas compter la moindre pièce. Et maintenant, voilà que je découvre que le monde coûte cher. Que l’envie coûte cher. C’est si dérisoire de se préoccuper de ce genre de choses, c’est du temps en moins pour la découverte du grand Tout !
Puis je me rappelle d’Oscar. Je dépose mon regard fatigué sur son profil. Le simple fait de tenir ce livre épais fatigue mes bras. Mes muscles en ont marre, mon corps a envie de s'enfuir très loin. Je m'appuie davantage contre la bibliothèque.
« J’ai trouvé ce que je voulais. »
Anatomes Totius est abandonné entre deux étagères. Il m’intéresse, mais moins que l’autre pour ce que je souhaite faire. Mes doigts s’accrochent à Atlas Netter. Je me rappelle avec un temps de retard du mot qu’il convient de prononcer dans cette situation et qui ne m’est pas venu instinctivement malgré toute mon enfance à entendre mon père répéter : « Et on dit quoi ? – Merci papa ! ».
« Merci. Pour votre… Aide. »
Vaguement prononcé mais pas moins sincère. Inconnu, peut-être. Bavard, peut-être. Indiscret, peut-être. Mais au moins m’a-t-il aidé sans trop me prendre la tête, sans faire fi de mon économie de mots et de tout le reste.
La fatigue pèse sur mon crâne comme si elle était déterminée à ne pas se faire oublier de moi. Les lumières artificielles et le léger brouhaha de l’extérieur n’arrangent rien à ma situation. Je n’ai qu’une envie : rentrer à l’Académie et m’effondrer sur mon lit sans passer par la case réfectoire. Je sens la noirceur dans laquelle j’ai plongé toute la journée me couvrir comme une cape indélicate. Elle me tient chaud, mais me donne froid. J’ai la tête poisseuse et les pensées encombrées. La mauvaise humeur rampe en moi et laisse des traces brûlantes derrière elle. Je ne sais plus très bien si j’ai envie de m’oublier dans un sommeil profond dont je serai de toute manière arrachée par des cauchemars ou si j’ai envie de retourner là-bas pour noyer la douleur dans la douleur. Ma main droite tremble légèrement. Je la cache tout en fond de ma poche en louchant sur le dos d’Oscar qui connaît le chemin par cœur. Mes doigts me démangent de s’entourer autour de ma baguette magique et de s’essayer encore un peu à ce sortilège pour lequel je me suis abîmée dans ma chair et dans ma tête.
Nous nous immobilisons au milieu d’un rayon. Oscar baragouine. Je l’écoute d’une oreille tout en jetant un coup d'œil à la bibliothèque située face aux livres qui m’intéressent. Je la jauge rapidement : supportera-t-elle mon poids ? Je décide que oui. Avec l’air de ne pas le faire, je m’y adosse pour reposer mes jambes, mon dos, mes épaules, bref mon corps entier qui souffre, même s’il ramasse moins que mon esprit.
Ainsi calée, je peux accorder une plus grande attention à l’homme. IRM. TDM. Aucune foutue idée de ce que ces sigles signifient. Je les ai déjà entendus. Ma mère a beau être une femme ancrée dans son monde qui juge les moldus de la même façon que je le fais (quel pauvre peuple ! vivre sans magie…), elle n’en reste pas moins une sorcière extrêmement intelligente et curieuse ; évidemment qu’elle s’est intéressée à la médecine moldue. Évidemment qu’elle m’a parlé de ça. Évidemment que j’ai oublié la signification de ces termes. Évidemment que j’ai envie d’arracher ces livres des mains d’Oscar pour les feuilleter en toute tranquillité. Mais je n’ai la force ni d’arracher quoi que ce soit ni de lui faire comprendre qu’il est temps de prendre congé.
À la place, j’attrape les deux livres. Mes bras fatigués renâclent sous le poids soudain. Machinalement, je dépose le livre d’au-dessus sur la première surface que je trouve pour pouvoir ouvrir Anatomes Totius en toute liberté. L’édition est belle, moderne. Elle me rappelle des souvenirs. Elle sent les livres moldus ; cette odeur qui me pique le nez et qui diffère tant de l’odeur qu’ont les livres chez moi. Les pages sont trop lisses, les caractères et les images trop nettes — un parfait petit produit moldu. Mes lèvres se pincent mais je ne dis rien. Je lis le sommaire, feuillette quelques pages sans adresser un regard à Oscar, remarque quelques schémas qui attisent aussitôt ma curiosité et qui me ramène à mon envie de poursuivre mes recherches malgré la fatigue magique et mentale qui m’accable.
« Cette édition est beaucoup plus complète que celle que j’ai pu lire à la maison, » marmonné-je sans trop y penser en remarquant les ajouts et toutes les nouveautés qui se remarquent facilement.
Je prends le temps d’observer un griffonnage ancien de corps humain avant de refermer le livre dans un claquement bruyant. Je le retourne, mes yeux trouvant naturellement le chemin de l’étiquette qui doit se trouver… Oui, juste là. Mes yeux s’écarquillent lorsque je lis le chiffre à côté du symbole £. Oh, doux Merlin. Foutu, terrible, doux Merlin. Le prix est exorbitant. Évidemment que le prix est exorbitant.
Embêtée, j’attrape l’Atlas si chaudement recommandé que j’ai abandonné entre deux étagères. Quelque chose de curieux s’agite en moi et la déraison me force à ouvrir l’ouvrage avant de regarder son prix. Oscar n’a pas menti. Les illustrations y sont nombreuses et d’une qualité fabuleuse. Je me penche sur le livre, les yeux écarquillés et la curiosité irradiant par mes pores pour mieux observer l’image bleuâtre de ce qui semble être une colonne vertébrale. Je me rappelle soudainement de ce qui se cache derrière le terme IRM. Et si je n’ai pas les mots exacts, je sais au moins que les “IRM” permettent d’avoir des images de l’intérieur du corps d’une qualité que nous, sorciers, ne pourront jamais atteindre — nous avons d’autres façons de faire, plus efficaces peut-être, mais moins littéralement imagées.
Je devine instinctivement que c’est ce livre que je désire. Que c’est lui qui me permettra de me familiariser avec le corps humain et de pouvoir manier mes sortilèges de magie noire avec davantage de précision — ou tout simplement, avec une précision qu’il me manque pour le moment.
M’arrachant aux images passionnantes qui se dévoilent à moi, je retourne le livre pour lancer un regard plein de défi à l’assaut de la quatrième de couverture. Mon défi dégringole lamentablement lorsque je vois le nombre de Livres Sterling exigé pour l’achat de cette merveille.
« Putain. »
Le mot m’a échappé, murmuré à travers mes dents serrées. J’ai assez d’argent moldu sur moi mais j’avais l’espoir de moins dépenser. J’ai toujours l’espoir de moins dépenser. L’argent est un concept tellement exigeant. Je reçois tous les mois une bourse pleine de Galions, de Mornilles et de Noises de mes parents que je dépense en fournitures scolaires, en livres, en hiboux (quoi que j’en envoie moins depuis que mon grand-frère a décidé de trahir la confiance que j’avais en lui, bien sûr), en alcool depuis peu. Qui aurait cru que la recherche était être si chère ? Je n’ai jamais suffisamment de livre, de carnet, d’encre pour apposer mes pensées sur du parchemin. Je n’ai jamais suffisamment d’argent. Je ne pensais pas que moi, Aelle Bristyle, je commencerais à m’inquiéter de l’argent ; c’est si superficiel ! J’ai passé mon enfance à ne pas compter la moindre pièce. Et maintenant, voilà que je découvre que le monde coûte cher. Que l’envie coûte cher. C’est si dérisoire de se préoccuper de ce genre de choses, c’est du temps en moins pour la découverte du grand Tout !
Puis je me rappelle d’Oscar. Je dépose mon regard fatigué sur son profil. Le simple fait de tenir ce livre épais fatigue mes bras. Mes muscles en ont marre, mon corps a envie de s'enfuir très loin. Je m'appuie davantage contre la bibliothèque.
« J’ai trouvé ce que je voulais. »
Anatomes Totius est abandonné entre deux étagères. Il m’intéresse, mais moins que l’autre pour ce que je souhaite faire. Mes doigts s’accrochent à Atlas Netter. Je me rappelle avec un temps de retard du mot qu’il convient de prononcer dans cette situation et qui ne m’est pas venu instinctivement malgré toute mon enfance à entendre mon père répéter : « Et on dit quoi ? – Merci papa ! ».
« Merci. Pour votre… Aide. »
Vaguement prononcé mais pas moins sincère. Inconnu, peut-être. Bavard, peut-être. Indiscret, peut-être. Mais au moins m’a-t-il aidé sans trop me prendre la tête, sans faire fi de mon économie de mots et de tout le reste.
Entre les lignes
Oscar guettait malgré lui les réactions de sa nouvelle amie, un petit sourire doux et discret sur les lèvres. Il ne s'imposait pas, il ne manifestait en aucun cas sa curiosité ni n'exprimait ses soupçons autre que par son regard en coin. Peut-être bien qu'il s'était trompé, après tout. La coïncidence serait assez forte, quoique... À cette proximité du chemin de traverse, pourquoi pas ? Et au final, combien de sorcier et de sorcières Oscar avait-il croisé dans sa vie, sans le savoir, sans même s'en douter un seul instant ? Plusieurs souvenirs lui trottaient en tête, pour aucune raison, il pouffa d'un rire plus que silence en fermant les yeux un court instant, toujours souriant, patient.
Ses sourcils se froncèrent d'une candide inquiétude en observant la femme récupérer les livres et presque se retrouver en difficulté à saisir les livres. Mais encore une fois, il accepte de rester purement et simplement en retrait. Il était parfaitement habitué à vivre avec une femme qui se blessait plus que de raison et qui n'acceptait que l'on se penche sur son cas qu'après de nombreuses insistances. Et un fils, également... Les deux prenaient peu soin d'eux pour différentes raisons, mais dans tous les cas, une belle paire de têtes de pioche.
Sa fascination l'incita à jeter un coup d’œil sur la page que l'inconnue consultait et sur laquelle elle s'extasiait. Son sourire s'élargit, il se trouvait satisfait de sa sélection, malgré lui. Apparemment, elle s'en trouvait contentée, parfait. Une petite boule de bonheur naquit dans le creux de sa poitrine pour lentement s'infuser dans son ventre, et il hocha doucement la tête.
"Une magnifique édition, en effet."
Lui aussi murmurait, assortissant le volume de sa voix à celle de la femme. Le mimétisme discret était un excellent moyen d'apaisement. Parfois. Tant qu'on ne le remarquait pas, c'était pour cela qu'il allait se limiter à ce simple murmure.
Mais lorsqu'il observe la réaction d'Aelle face aux prix, il ne peut s'empêcher de grimacer sous la compassion. Et dans un sourire amical, il se permit un petit regard vers l'entrée. Il hésitait à toucher un mot aux... oh. Mais non, pas un mot, une meilleure idée. Son sourire s'étira jusqu'à ses oreilles, mais il prit soin de ne pas trop le brandir à l'assemblée. Il rend le regard à l'inconnue, hocha la tête, et se garde bien de lui tapoter l'épaule contrairement à ce que son envie lui dictait.
Il était courageux, mais avait appris à gérer ce genre de situation.
Un nouveau hochement de tête lorsqu'elle le remercia, à sa manière, comme si c'était lui qui était reconnaissant. Et c'était quelque peu le cas, il avait pris un énorme plaisir à aider son prochain. Ce fut donc avec un sourire satisfait qu'il répondit.
"Mais tout le plaisir était pour moi. Passez une agréable journée."
Sourire et regard entendu, avant de soudainement s'éclipser, ses livres sous le bras, veillant à ce qu'elle ne le suive pas du regard. Il mit immédiatement son idée à exécution, et s'avançant vers le comptoir, en passant ses livres, il tira de son portefeuille un bille supplémentaire, de cinquante livres sterling. Dissimulant le bas de son visage de sa main, il susurra à l'employée présente.
"La femme qui passera prochainement, avec les livres de médecine... Oui, exactement, vous avez tout compris."
Il la connaissait bien, ce n'était pas la première fois qu'il payait une partie des achats de parfaits inconnus, et il savait parfaitement qu'elle déduirait exactement 50 livres des achats d'Aelle Bristyle, avec un petit clin d’œil entendu. Et il la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle ne ferait aucun commentaire.
Une infime étincelle purement humaine scintilla un bref instant. L'envie qu'elle sache que c'était lui qui était à l'origine d'une telle action. Mais Oscar n'était pas comme ça. Elle s'éteignit aussi vite qu'elle était venue, et il retira de tout cela un sourire éclatant et rayonnant en sortant de la libraire, impatient de retourner chez lui.
Ses sourcils se froncèrent d'une candide inquiétude en observant la femme récupérer les livres et presque se retrouver en difficulté à saisir les livres. Mais encore une fois, il accepte de rester purement et simplement en retrait. Il était parfaitement habitué à vivre avec une femme qui se blessait plus que de raison et qui n'acceptait que l'on se penche sur son cas qu'après de nombreuses insistances. Et un fils, également... Les deux prenaient peu soin d'eux pour différentes raisons, mais dans tous les cas, une belle paire de têtes de pioche.
Sa fascination l'incita à jeter un coup d’œil sur la page que l'inconnue consultait et sur laquelle elle s'extasiait. Son sourire s'élargit, il se trouvait satisfait de sa sélection, malgré lui. Apparemment, elle s'en trouvait contentée, parfait. Une petite boule de bonheur naquit dans le creux de sa poitrine pour lentement s'infuser dans son ventre, et il hocha doucement la tête.
"Une magnifique édition, en effet."
Lui aussi murmurait, assortissant le volume de sa voix à celle de la femme. Le mimétisme discret était un excellent moyen d'apaisement. Parfois. Tant qu'on ne le remarquait pas, c'était pour cela qu'il allait se limiter à ce simple murmure.
Mais lorsqu'il observe la réaction d'Aelle face aux prix, il ne peut s'empêcher de grimacer sous la compassion. Et dans un sourire amical, il se permit un petit regard vers l'entrée. Il hésitait à toucher un mot aux... oh. Mais non, pas un mot, une meilleure idée. Son sourire s'étira jusqu'à ses oreilles, mais il prit soin de ne pas trop le brandir à l'assemblée. Il rend le regard à l'inconnue, hocha la tête, et se garde bien de lui tapoter l'épaule contrairement à ce que son envie lui dictait.
Il était courageux, mais avait appris à gérer ce genre de situation.
Un nouveau hochement de tête lorsqu'elle le remercia, à sa manière, comme si c'était lui qui était reconnaissant. Et c'était quelque peu le cas, il avait pris un énorme plaisir à aider son prochain. Ce fut donc avec un sourire satisfait qu'il répondit.
"Mais tout le plaisir était pour moi. Passez une agréable journée."
Sourire et regard entendu, avant de soudainement s'éclipser, ses livres sous le bras, veillant à ce qu'elle ne le suive pas du regard. Il mit immédiatement son idée à exécution, et s'avançant vers le comptoir, en passant ses livres, il tira de son portefeuille un bille supplémentaire, de cinquante livres sterling. Dissimulant le bas de son visage de sa main, il susurra à l'employée présente.
"La femme qui passera prochainement, avec les livres de médecine... Oui, exactement, vous avez tout compris."
Il la connaissait bien, ce n'était pas la première fois qu'il payait une partie des achats de parfaits inconnus, et il savait parfaitement qu'elle déduirait exactement 50 livres des achats d'Aelle Bristyle, avec un petit clin d’œil entendu. Et il la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle ne ferait aucun commentaire.
Une infime étincelle purement humaine scintilla un bref instant. L'envie qu'elle sache que c'était lui qui était à l'origine d'une telle action. Mais Oscar n'était pas comme ça. Elle s'éteignit aussi vite qu'elle était venue, et il retira de tout cela un sourire éclatant et rayonnant en sortant de la libraire, impatient de retourner chez lui.
Entre les lignes
Et comme s'il suffisait de donner congé aux gens pour qu'ils s'éloignent de nous, Oscar part sans demander son reste après m'avoir gentiment salué. Il est rare de rencontrer des personnes comme lui qui n'insistent pas, qui n'abusent pas de notre temps. Il m'a aidé et s'en va dès que je dis n'avoir plus besoin de ses conseils. J'ai suffisamment été embêtée par la présence excessive d'inconnus curieux et indiscrets pour savoir apprécier la discrétion de cet homme qui, sans le savoir, m'a donné bien plus que ce que j'attendais.
Mes yeux reviennent sur le livre sur lequel j'ai jeté mon dévolu. Je sais déjà que je vais prendre l'Atlas, même si ça fait une dépense un peu onéreuse pour mon budget. Je ne suis pas déraisonnable, aussi me fais-je déjà à l'idée que je ne pourrais pas ramener à la maison Anatomes Totius. Pendant un instant, lourde de cette fatigue qui me colle comme une seconde peau, j'envisage d'abandonner le livre sur l'étagère sur laquelle je l'ai posé pour soulager mes bras. Mais j'ai été élevée par un libraire et j'ai passé suffisamment d'après-midi en sa compagnie au Dôme Libre à l'aider à ranger sa boutique — et dire que c'était un plaisir à l'époque ! — pour envisager de laisser cet ouvrage ici afin qu'il soit découvert par un employé plus tard. J'accompagne mon geste d'un long et profond soupir, mais le résultat est là : avec les deux livres dans les bras, je me dirige d'un pas lent en direction des caisses.
Tout en cheminant, je potasse de colériques pensées : si j'avais été dans une boutique sorcière, j'aurais pu faire léviter ces foutus livres qui m'encombrent les mains. Mais non, je suis chez les moldus. Les faibles, les ennuyants, les si mal équipés moldus qui doivent subir le monde au lieu d'embrasser la magie pour les aider dans les tâches ingrates du quotidien. Comme toujours lorsque je parcours ce monde, je finis par ressentir un mal-être qui se transformera peu à peu en aigreur si je traîne dans le coin : ce monde est si éloigné du mien qu'il m'inspire parfois un mal-être peu commun. Les moldus portent, traînent, fabriquent avec leurs mains, subissent les distances, la chaleur, le bruit sans ne rien pouvoir faire pour s'en prémunir. Quelle terrible existence que la leur !
J'étouffe mes ressentiments au fond de moi lorsque c'est mon tour de passer à la caisse. Oscar n'est plus dans le coin, cela me rassure ; je n'aurais pas à supporter un autre regard poli ou, pire, le genre de discussion banale que peuvent partager deux inconnus qui se sont déjà croisés quand ils doivent attendre à la caisse. Oscar aurait-il été du genre à me faire la discussion ou à me sourire juste parce que je passe de nouveau près de lui ? Je n'en sais rien mais je suis soulagée de ne pas avoir à connaître la réponse.
Je dépose mes livres sur le comptoir. La femme embarque les deux après m'avoir saluée et avant que je puisse intervenir. Alors, avec un temps de retard, j'ouvre la bouche :
« Je ramène celui-ci juste pour que vous puissiez le ranger, précisé-je en pointant Anatomes Totius du doigt. Je ne le prends pas.
— Ah ! » fait-elle, étonnée, avant de pianoter sur la chose rectangulaire qui occupe une bonne partie de son bureau et de mettre l'ouvrage de côté. Puis elle ramène ses yeux sur moi, un sourire aux lèvres : « Comme vous voulez. »
Son sourire reste doux et elle se penche vers moi comme si elle avait quelque chose à m'avouer.
« Je vais vous faire un avoir, puisque vous ne prenez pas le deuxième livre. Tenez, me dit-elle en me tendant un morceau de papier. Une personne a payé pour les deux livres. Vous pourrez revenir dépenser le reste plus tard. »
Sonnée par ce drôle d'aveu, je regarde le papier sans m'en saisir. Mes pensées tournent à toute vitesse dans ma tête. Un avoir, une personne qui a donné de l'argent pour mes deux livres. Qui, pourquoi ? La réponse est évidente, pourtant j'entends ma propre voix demander :
« Hein ? Qui ça ?
– Un habitué trop gentil pour son propre bien, » répond la femme en me faisant un clin d'œil complice.
Puis comme s'il n'y avait rien de lunaire dans cette scène, elle pousse dans ma direction l'Atlas sur lequel elle a déposé le fameux avoir. Elle le fait sans que j'ai eu besoin de fouiller dans mes poches pour retrouver mon argent moldu. Je vais pouvoir quitter la boutique avec mon livre, sans avoir eu à le payer. Si je le voulais, je pourrais également dire que finalement, j'ai changé d'avis, que je veux également Anatomes Totius. Je sais que je peux faire tout cela, car j'ai compris qui avait payé pour moi et que la somme qu'il a donné est suffisante pour que je puisse avoir tout ce que je désire sans dépasser la somme maximale que je m'étais imposée. C'est si simple. C'est à portée de main. Ces livres, sont désormais à moi, il me suffirait de dire une phrase, une seule, et je pourrais quitter cette librairie.
Un drôle de sentiment monte à l'intérieur de mon corps. Il est poisseux, il est désagréable, il s'accroche aux parois de mon esprit et commence à prendre de plus en plus de place. Sans un mot, je récupère l'avoir et l'Atlas que je glisse sous mon bras. Je repars à l'assaut du sourire de la femme et lui jette un : « Merci, bonne soirée, » avant de m'en aller précipitamment en direction de la sortie.
Mon coeur tambourine contre ma cage thoracique lorsque je passe la porte. La rue moldue m'avale toute entière avec ses bruits de moteur, ses klaxons qui résonnent, son brouhaha incessant. Je tourne la tête à droite puis à gauche. Au loin, je reconnais sa silhouette. Il marche lentement, il flâne, il n'est pas pressé ; sa démarche est légère, presque heureuse. Je l'imagine fier de sa bonne action. Peut-être qu'il a besoin de ça pour se sentir heureux et utile, peut-être que c'était égoïste, que c'était personnel. Dans tous les cas, c'était déplacé.
Je me lance à sa poursuite. Je ne cours pas, mes jambes ne me le permettraient pas, mais j'avance d'un bon pas, slalomant entre les passants et ignorant ceux qui me jettent des regards noirs parce que je les croise de trop près. Mes yeux ne se détournent pas du dos qui s'approche de plus en plus. Ma cible est là et je compte bien l'atteindre. Au fur et à mesure que la distance entre nous diminue, les mauvais sentiments qui s’agrippent à mon âme se font plus insistants. Je me sens en colère et humiliée, je me sens déjà redevable, parce que j'ai pris le livre et accepté l'avoir. Je déteste viscéralement ce sentiment, d'autant plus lorsqu'il m'est imposé.
Encore un pas et je suis sur lui. Ma respiration est précipitée, mes poumons me brûlent. J'ai trop travaillé aujourd'hui pour supporter ces simples efforts. Mais j'accélère encore jusqu'à être à son niveau.
« Attendez. »
J'exige plus que je demande. Sans attendre qu'il réagisse, j'attrape le morceau de papier donnée par la libraire et le lui fourre entre les doigts.
« Tenez, votre avoir. »
Mes sourcils sont froncés, mes yeux le condamnent, mes mâchoires crispées lui font mille reproches, ma voix brutale raconte tout ce que je n'ai pas encore dit. Ma main libérée, je plonge déjà mes doigts dans la poche de ma cape à la recherche du nombre de exact de £ que vaut le livre coincé sous mon bras. Au fond de moi grouille une nuée de mots colériques qui n'attendent que d'être libérés. Mais avant ça, je veux m'assurer qu'il ne s'enfuira pas sans l'argent que je lui dois.
Mes yeux reviennent sur le livre sur lequel j'ai jeté mon dévolu. Je sais déjà que je vais prendre l'Atlas, même si ça fait une dépense un peu onéreuse pour mon budget. Je ne suis pas déraisonnable, aussi me fais-je déjà à l'idée que je ne pourrais pas ramener à la maison Anatomes Totius. Pendant un instant, lourde de cette fatigue qui me colle comme une seconde peau, j'envisage d'abandonner le livre sur l'étagère sur laquelle je l'ai posé pour soulager mes bras. Mais j'ai été élevée par un libraire et j'ai passé suffisamment d'après-midi en sa compagnie au Dôme Libre à l'aider à ranger sa boutique — et dire que c'était un plaisir à l'époque ! — pour envisager de laisser cet ouvrage ici afin qu'il soit découvert par un employé plus tard. J'accompagne mon geste d'un long et profond soupir, mais le résultat est là : avec les deux livres dans les bras, je me dirige d'un pas lent en direction des caisses.
Tout en cheminant, je potasse de colériques pensées : si j'avais été dans une boutique sorcière, j'aurais pu faire léviter ces foutus livres qui m'encombrent les mains. Mais non, je suis chez les moldus. Les faibles, les ennuyants, les si mal équipés moldus qui doivent subir le monde au lieu d'embrasser la magie pour les aider dans les tâches ingrates du quotidien. Comme toujours lorsque je parcours ce monde, je finis par ressentir un mal-être qui se transformera peu à peu en aigreur si je traîne dans le coin : ce monde est si éloigné du mien qu'il m'inspire parfois un mal-être peu commun. Les moldus portent, traînent, fabriquent avec leurs mains, subissent les distances, la chaleur, le bruit sans ne rien pouvoir faire pour s'en prémunir. Quelle terrible existence que la leur !
J'étouffe mes ressentiments au fond de moi lorsque c'est mon tour de passer à la caisse. Oscar n'est plus dans le coin, cela me rassure ; je n'aurais pas à supporter un autre regard poli ou, pire, le genre de discussion banale que peuvent partager deux inconnus qui se sont déjà croisés quand ils doivent attendre à la caisse. Oscar aurait-il été du genre à me faire la discussion ou à me sourire juste parce que je passe de nouveau près de lui ? Je n'en sais rien mais je suis soulagée de ne pas avoir à connaître la réponse.
Je dépose mes livres sur le comptoir. La femme embarque les deux après m'avoir saluée et avant que je puisse intervenir. Alors, avec un temps de retard, j'ouvre la bouche :
« Je ramène celui-ci juste pour que vous puissiez le ranger, précisé-je en pointant Anatomes Totius du doigt. Je ne le prends pas.
— Ah ! » fait-elle, étonnée, avant de pianoter sur la chose rectangulaire qui occupe une bonne partie de son bureau et de mettre l'ouvrage de côté. Puis elle ramène ses yeux sur moi, un sourire aux lèvres : « Comme vous voulez. »
Son sourire reste doux et elle se penche vers moi comme si elle avait quelque chose à m'avouer.
« Je vais vous faire un avoir, puisque vous ne prenez pas le deuxième livre. Tenez, me dit-elle en me tendant un morceau de papier. Une personne a payé pour les deux livres. Vous pourrez revenir dépenser le reste plus tard. »
Sonnée par ce drôle d'aveu, je regarde le papier sans m'en saisir. Mes pensées tournent à toute vitesse dans ma tête. Un avoir, une personne qui a donné de l'argent pour mes deux livres. Qui, pourquoi ? La réponse est évidente, pourtant j'entends ma propre voix demander :
« Hein ? Qui ça ?
– Un habitué trop gentil pour son propre bien, » répond la femme en me faisant un clin d'œil complice.
Puis comme s'il n'y avait rien de lunaire dans cette scène, elle pousse dans ma direction l'Atlas sur lequel elle a déposé le fameux avoir. Elle le fait sans que j'ai eu besoin de fouiller dans mes poches pour retrouver mon argent moldu. Je vais pouvoir quitter la boutique avec mon livre, sans avoir eu à le payer. Si je le voulais, je pourrais également dire que finalement, j'ai changé d'avis, que je veux également Anatomes Totius. Je sais que je peux faire tout cela, car j'ai compris qui avait payé pour moi et que la somme qu'il a donné est suffisante pour que je puisse avoir tout ce que je désire sans dépasser la somme maximale que je m'étais imposée. C'est si simple. C'est à portée de main. Ces livres, sont désormais à moi, il me suffirait de dire une phrase, une seule, et je pourrais quitter cette librairie.
Un drôle de sentiment monte à l'intérieur de mon corps. Il est poisseux, il est désagréable, il s'accroche aux parois de mon esprit et commence à prendre de plus en plus de place. Sans un mot, je récupère l'avoir et l'Atlas que je glisse sous mon bras. Je repars à l'assaut du sourire de la femme et lui jette un : « Merci, bonne soirée, » avant de m'en aller précipitamment en direction de la sortie.
Mon coeur tambourine contre ma cage thoracique lorsque je passe la porte. La rue moldue m'avale toute entière avec ses bruits de moteur, ses klaxons qui résonnent, son brouhaha incessant. Je tourne la tête à droite puis à gauche. Au loin, je reconnais sa silhouette. Il marche lentement, il flâne, il n'est pas pressé ; sa démarche est légère, presque heureuse. Je l'imagine fier de sa bonne action. Peut-être qu'il a besoin de ça pour se sentir heureux et utile, peut-être que c'était égoïste, que c'était personnel. Dans tous les cas, c'était déplacé.
Je me lance à sa poursuite. Je ne cours pas, mes jambes ne me le permettraient pas, mais j'avance d'un bon pas, slalomant entre les passants et ignorant ceux qui me jettent des regards noirs parce que je les croise de trop près. Mes yeux ne se détournent pas du dos qui s'approche de plus en plus. Ma cible est là et je compte bien l'atteindre. Au fur et à mesure que la distance entre nous diminue, les mauvais sentiments qui s’agrippent à mon âme se font plus insistants. Je me sens en colère et humiliée, je me sens déjà redevable, parce que j'ai pris le livre et accepté l'avoir. Je déteste viscéralement ce sentiment, d'autant plus lorsqu'il m'est imposé.
Encore un pas et je suis sur lui. Ma respiration est précipitée, mes poumons me brûlent. J'ai trop travaillé aujourd'hui pour supporter ces simples efforts. Mais j'accélère encore jusqu'à être à son niveau.
« Attendez. »
J'exige plus que je demande. Sans attendre qu'il réagisse, j'attrape le morceau de papier donnée par la libraire et le lui fourre entre les doigts.
« Tenez, votre avoir. »
Mes sourcils sont froncés, mes yeux le condamnent, mes mâchoires crispées lui font mille reproches, ma voix brutale raconte tout ce que je n'ai pas encore dit. Ma main libérée, je plonge déjà mes doigts dans la poche de ma cape à la recherche du nombre de exact de £ que vaut le livre coincé sous mon bras. Au fond de moi grouille une nuée de mots colériques qui n'attendent que d'être libérés. Mais avant ça, je veux m'assurer qu'il ne s'enfuira pas sans l'argent que je lui dois.
Entre les lignes
Oscar aimait le monde. Il l'aimait de tout son être, de toute son âme. Même s'il aurait été plus exact de dire qu'il aimait les humains qui le composent, individuellement, il ne manquait jamais une occasion d'admirer ce qui était beau et positif lorsqu'il le pouvait. Même se promener dans la plus banale des rues de Londres, quelques livres au bras, en saluant de parfaits inconnus, avec un sourire et une rapide discussion, était pour lui l'un des pinacles de son existence.
Déjà, il parcourait mentalement son plan, son programme, avant de prendre le Uber qui l'amènerait au port pour qu'il puisse...
"Mh ?"
Surpris et pris au dépourvu par l'injonction d'une voix ferme qu'il reconnut sur le champ, cette accroche inattendue le fit cependant hésiter un court instant. Ah, c'est vous ! S'apprêta-t-il à dire, un immense sourire aux lèvres, trop heureux d'éventuellement pouvoir reprendre sa discussion avec l'inconnue de la librairie, lorsqu'elle lui rendit son avoir.
Son geste ferme, dénué de toute demande, son regard plongé dans le sien. Oscar s'en retrouva tout chamboulé. Et surtout, attristé. Cette scène le ramenait des décennies en arrière.
Honor aussi, détestait que l'on soit gentil avec elle spontanément et gratuitement. Elle détestait viscéralement cela, car elle avait l'impression, par la suite, de devoir quelque chose à l'autre. Et c'était, de toute évidence, le cas ici, également. Un soupir lui échappa, il baissa son regard morose sur le bout de papier froissé, symbole de cette incompréhension et du fossé séparant les deux âmes.
Il y avait plusieurs manières de régler cette situation. Et il y pensa, alors qu'il l'observait fouiller dans une poche, devinant aisément ce qu'elle s'apprêtait à sortir, confirmant au passage son appartenance au monde qu'il pensait. Qui se promène avec une cape aujourd'hui ? Mais son sourire mince fut de courte durée.
Oscar ne voulait pas gagner. D'autres se seraient accrochés à cet acte de gentillesse, pour prendre l'autre de court et le forcer a accepter. Mais lui n'avait que faire de cela. Si l'autre en face n'acceptait pas de son plein gré, si l'on insistait, l'acte perdait toute son essence. Aussi se contenta-t-il de quelques mots apaisants, doux et délicats, en souriant sans jugement, ni empressement.
"J'imagine aisément la futilité de vous dire cela, mais... vous ne me devez rien. C'était un plaisir."
Soudainement, il eut l'impression que le moindre de ses mots serait mal pris et retourné contre lui. Un nouveau soupir. Certaines personnes n'accepteront jamais ni aide ni gentillesse désintéressée. Il n'était pas celui qui voulait les changer. Pourquoi devraient-ils l'être ? Il ressentit cependant une immense tristesse, le temps d'un battement de cils. Une détresse profonde et candide, à l'idée qu'une femme de son âge agisse ainsi. Qu'avait-elle bien pu vivre pour ainsi rejeter toute forme d'assistance, la moindre main tenue ? Il secoua la tête, un léger rouge aux joues.
"Je vous présente des excuses si cela vous a contrarié. Vous n'avez pas à les accepter."
Aucun mot supplémentaire n'était venu. Seraient-ils seulement nécessaires ? Il n'avait pas vraiment à se justifier, et dans tous les cas, il avait l'intime conviction que ce n'était pas ce qu'elle recherchait. Il espérait cependant qu'elle rouvrirait une brèche de conversation, dans l'optimisme de pouvoir apaiser quelque peu les tracas de cette inconnue.
Déjà, il parcourait mentalement son plan, son programme, avant de prendre le Uber qui l'amènerait au port pour qu'il puisse...
"Mh ?"
Surpris et pris au dépourvu par l'injonction d'une voix ferme qu'il reconnut sur le champ, cette accroche inattendue le fit cependant hésiter un court instant. Ah, c'est vous ! S'apprêta-t-il à dire, un immense sourire aux lèvres, trop heureux d'éventuellement pouvoir reprendre sa discussion avec l'inconnue de la librairie, lorsqu'elle lui rendit son avoir.
Son geste ferme, dénué de toute demande, son regard plongé dans le sien. Oscar s'en retrouva tout chamboulé. Et surtout, attristé. Cette scène le ramenait des décennies en arrière.
Honor aussi, détestait que l'on soit gentil avec elle spontanément et gratuitement. Elle détestait viscéralement cela, car elle avait l'impression, par la suite, de devoir quelque chose à l'autre. Et c'était, de toute évidence, le cas ici, également. Un soupir lui échappa, il baissa son regard morose sur le bout de papier froissé, symbole de cette incompréhension et du fossé séparant les deux âmes.
Il y avait plusieurs manières de régler cette situation. Et il y pensa, alors qu'il l'observait fouiller dans une poche, devinant aisément ce qu'elle s'apprêtait à sortir, confirmant au passage son appartenance au monde qu'il pensait. Qui se promène avec une cape aujourd'hui ? Mais son sourire mince fut de courte durée.
Oscar ne voulait pas gagner. D'autres se seraient accrochés à cet acte de gentillesse, pour prendre l'autre de court et le forcer a accepter. Mais lui n'avait que faire de cela. Si l'autre en face n'acceptait pas de son plein gré, si l'on insistait, l'acte perdait toute son essence. Aussi se contenta-t-il de quelques mots apaisants, doux et délicats, en souriant sans jugement, ni empressement.
"J'imagine aisément la futilité de vous dire cela, mais... vous ne me devez rien. C'était un plaisir."
Soudainement, il eut l'impression que le moindre de ses mots serait mal pris et retourné contre lui. Un nouveau soupir. Certaines personnes n'accepteront jamais ni aide ni gentillesse désintéressée. Il n'était pas celui qui voulait les changer. Pourquoi devraient-ils l'être ? Il ressentit cependant une immense tristesse, le temps d'un battement de cils. Une détresse profonde et candide, à l'idée qu'une femme de son âge agisse ainsi. Qu'avait-elle bien pu vivre pour ainsi rejeter toute forme d'assistance, la moindre main tenue ? Il secoua la tête, un léger rouge aux joues.
"Je vous présente des excuses si cela vous a contrarié. Vous n'avez pas à les accepter."
Aucun mot supplémentaire n'était venu. Seraient-ils seulement nécessaires ? Il n'avait pas vraiment à se justifier, et dans tous les cas, il avait l'intime conviction que ce n'était pas ce qu'elle recherchait. Il espérait cependant qu'elle rouvrirait une brèche de conversation, dans l'optimisme de pouvoir apaiser quelque peu les tracas de cette inconnue.
Entre les lignes
Ses mots coulent sur moi sans le moindre effet. Je me fiche de ses excuses que je ne compte effectivement pas accepter ; de toute manière, je les sais peu sincères et, contrairement à un remboursement, elles ne changent rien à la situation dans laquelle il m'a mise. Mon agacement me colle à la peau, accentué par l'immense fatigue qui me dévore l'âme et celle, plus discrète mais pas plus tendre qui rend mes membres gourds. Ce n'est pas tant contre lui que je suis en colère. C'est surtout contre ces gens-là. Ceux qui se pensent le devoir de décider à notre place en faisant nos tâches pour nous soulager, en payant ce que l'on désire pour nous aider. Au final, ils ne nous soulagent de rien et ne nous aident pas : ils se soulagent et s'aident eux-même. Sous une action altruiste se cache en vérité un égoïsme déconcertant. Le pire, c'est qu'il le sait. Sinon, comment saurait-il que cela m'a contrarié ?
Les mâchoires contractées, je ne réponds rien à ses paroles prononcées sur un ton affecté. Il ne devait certainement pas s'attendre à ce que je lui cours après. Peu importe. J'attrape la bourse de monnaie moldue que j'apporte avec moi dès que je quitte le monde sorcier. N'étant que peu familière de ces pièces et de ses morceaux de papier à la texture étrange, je plonge la main dedans pour en attraper une bonne poignée. Les sourcils froncés par l'effort, j'essaie de me souvenir comment se compte cette monnaie. La fatigue ne m'aide pas à être rapide. De toute façon, ce n'est certainement pas lui qui me choppera la bourse des mains pour s'enfuir en courant avec — ce n'est pas le profil du personnage.
« Le compte est bon, » marmonné-je au bout de quelques secondes, après m'être assurée qu'aucun erreur ne s'est infiltrée dans mon calcul.
Je tends la main pour que l'homme attrape les billets et la monnaie. Ce faisant, mon regard se dépose sur son visage aux traits doux. Il a l'air penaud, mais cela ne m'attendrit pas. Il aurait pu nous éviter à tous les deux de perdre notre temps.
« Vous n'avez aucune raison de dépenser votre argent pour une personne que vous ne connaissez pas. »
Je prononce cette phrase sur un ton froid et sans appel. Ce n'est pas une invitation à discuter, c'est une affirmation. Autour de nous le flot des passants continue de s'écouler à un débit plutôt léger. Ma présence ici s'éternise, ce n'était pas prévu et cela ne me plait pas.
« Vous pourrez utiliser l'avoir comme vous voulez dans la boutique, d'après la libraire, » précisé-je au cas où, parce que je n'ai pas envie que l'argent que contient ce morceau de papier s'envole aux quatre vents.
Je sais que le sentiment désagréable qui me tenaille ne s'affaiblira qu'au moment où il acceptera l'argent. C'est quelque chose qui pèse sur mon cœur et qui me tracasse l'esprit, ça restera là tant que je n'aurais pas détruit cette dette, ou que je ne l'aurais pas remboursé. Mes sourcils se froncent un peu plus lorsque je plonge le regard dans celui de l'homme. D'une certaine manière, il me rappelle mon père. Malheureusement, me rappeler mon père n'est pas la meilleure façon de se faire apprécier de moi. J'ai déjà du mal à supporter la présence de l'homme qui m'a élevé et qui est l'être le plus aimable et le plus gentil que la Terre ait porté, alors ce n'est pas pour m'encombrer d'un autre caractère comme le sien.
Les mâchoires contractées, je ne réponds rien à ses paroles prononcées sur un ton affecté. Il ne devait certainement pas s'attendre à ce que je lui cours après. Peu importe. J'attrape la bourse de monnaie moldue que j'apporte avec moi dès que je quitte le monde sorcier. N'étant que peu familière de ces pièces et de ses morceaux de papier à la texture étrange, je plonge la main dedans pour en attraper une bonne poignée. Les sourcils froncés par l'effort, j'essaie de me souvenir comment se compte cette monnaie. La fatigue ne m'aide pas à être rapide. De toute façon, ce n'est certainement pas lui qui me choppera la bourse des mains pour s'enfuir en courant avec — ce n'est pas le profil du personnage.
« Le compte est bon, » marmonné-je au bout de quelques secondes, après m'être assurée qu'aucun erreur ne s'est infiltrée dans mon calcul.
Je tends la main pour que l'homme attrape les billets et la monnaie. Ce faisant, mon regard se dépose sur son visage aux traits doux. Il a l'air penaud, mais cela ne m'attendrit pas. Il aurait pu nous éviter à tous les deux de perdre notre temps.
« Vous n'avez aucune raison de dépenser votre argent pour une personne que vous ne connaissez pas. »
Je prononce cette phrase sur un ton froid et sans appel. Ce n'est pas une invitation à discuter, c'est une affirmation. Autour de nous le flot des passants continue de s'écouler à un débit plutôt léger. Ma présence ici s'éternise, ce n'était pas prévu et cela ne me plait pas.
« Vous pourrez utiliser l'avoir comme vous voulez dans la boutique, d'après la libraire, » précisé-je au cas où, parce que je n'ai pas envie que l'argent que contient ce morceau de papier s'envole aux quatre vents.
Je sais que le sentiment désagréable qui me tenaille ne s'affaiblira qu'au moment où il acceptera l'argent. C'est quelque chose qui pèse sur mon cœur et qui me tracasse l'esprit, ça restera là tant que je n'aurais pas détruit cette dette, ou que je ne l'aurais pas remboursé. Mes sourcils se froncent un peu plus lorsque je plonge le regard dans celui de l'homme. D'une certaine manière, il me rappelle mon père. Malheureusement, me rappeler mon père n'est pas la meilleure façon de se faire apprécier de moi. J'ai déjà du mal à supporter la présence de l'homme qui m'a élevé et qui est l'être le plus aimable et le plus gentil que la Terre ait porté, alors ce n'est pas pour m'encombrer d'un autre caractère comme le sien.
Entre les lignes
Un simple soupir de tristesse s'échappa des narines d'Oscar, alors qu'il percevait tout le mal-être de son interlocutrice. Ce miasme poisseux, débordant de la jeune femme, semblant presque se démener de toutes ses forces pour se tenir le plus loin possible de lui. Mentalement, cela s'entendait. Émotionnellement, elle fuyait l'interaction comme la peste, le moindre geste, la moindre main tenue se voyait repoussée comme une baïonnette rouillée. La moindre coupure pourrait lui être fatale, selon elle, de toute évidence.
L'amusement le traversa, ironie salvatrice, comble sarcastique, voilà que c'était elle qui lui faisait des leçons de morale. D'un geste las, il rajusta ses lunettes sur son nez, cherchant ses mots. Mais plus il les cherchait, plus il les appelait, plus ils semblaient le fuir. Les mots exprimaient une confrontation, avec cette jeune femme, de toute évidence. Malgré tout, il tenait à essayer. Un sourire calme et patient, presque tendre, les yeux rieurs, amicalement.
"Je n'avais aucune raison, c'est vrai. C'était tout l'intérêt."
Penchant imperceptiblement la tête sur le côté, tic acquis de sa femme après deux décennies de vie commune, son sourire s'élargit de quelques rides. Il s'apprêtait à récupérer doucement ce qu'elle lui tendait, lorsqu'enfin, son esprit mit le doigt sur ce qui le démangeait depuis le début.
Qui, encore aujourd'hui, transportait son argent dans une bourse pareille ? Qui, encore aujourd'hui, s'habillait d'une cape ? Et même ses vêtements, de façon globale... De plus, quelle femme de son âge, apparemment cultivée, avide lectrice, pointue et érudite, aurait des difficultés à compter une si faible somme d'argent ?
Son visage s'éclaircit d'une brusque lueur, alors que les pièces du puzzle s'emboîtèrent les unes aux autres.
Une sorcière.
Une drôle d'euphorie glissa dans sa poitrine, alors que le sentiment d'être arrivé à la bonne conclusion, la satisfaction d'avoir trouvé la solution à une énigme vibraient en lui. Un petit grésillement dans sa nuque. Il était tenté de mettre le comportement de cette inconnue sur le fait qu'elle n'était pas dans son monde habituel, qu'elle était entourée de moldus, mais quelque chose lui disait que ce n'était qu'une partie du tableau. Quoi qu'il en était, peu importait les raisons, les conclusions, les explications, faire durer l'interaction n'était de toute évidence pas une expérience agréable pour cette jeune femme.
Aussi, il récupéra d'un geste délicat la somme et et l'avoir, un sourire étrange aux lèvres, avant de soupirer à nouveau.
"Je vous remercie."
Qu'est-ce c'était, déjà, cette expression que Narcisse s'était mis à employer ?.. Ah, oui, il l'avait. Redressant le visage pour regarder la brune, ses yeux noirs entourés d'une lueur mystérieuse, il sourit, et pencha rapidement la tête sur le côté, d'un air presque entendu.
"Sur ce, par... Merlin, c'était un plaisir, j'espère vous recroiser. Belle journée."
Ses talons glissèrent doucement sur le bitume, ses doigts rangèrent le contenu de sa main dans l'une de ses poches, avant de remonter pour assurer la prise sur ses précieux livres. Déjà, il était de nouveau concentré sur les autres, qui l'entouraient, les saluant d'un hochement de tête, un sourire çà et là, tout guilleret de cette rencontre fortuite.
L'amusement le traversa, ironie salvatrice, comble sarcastique, voilà que c'était elle qui lui faisait des leçons de morale. D'un geste las, il rajusta ses lunettes sur son nez, cherchant ses mots. Mais plus il les cherchait, plus il les appelait, plus ils semblaient le fuir. Les mots exprimaient une confrontation, avec cette jeune femme, de toute évidence. Malgré tout, il tenait à essayer. Un sourire calme et patient, presque tendre, les yeux rieurs, amicalement.
"Je n'avais aucune raison, c'est vrai. C'était tout l'intérêt."
Penchant imperceptiblement la tête sur le côté, tic acquis de sa femme après deux décennies de vie commune, son sourire s'élargit de quelques rides. Il s'apprêtait à récupérer doucement ce qu'elle lui tendait, lorsqu'enfin, son esprit mit le doigt sur ce qui le démangeait depuis le début.
Qui, encore aujourd'hui, transportait son argent dans une bourse pareille ? Qui, encore aujourd'hui, s'habillait d'une cape ? Et même ses vêtements, de façon globale... De plus, quelle femme de son âge, apparemment cultivée, avide lectrice, pointue et érudite, aurait des difficultés à compter une si faible somme d'argent ?
Son visage s'éclaircit d'une brusque lueur, alors que les pièces du puzzle s'emboîtèrent les unes aux autres.
Une sorcière.
Une drôle d'euphorie glissa dans sa poitrine, alors que le sentiment d'être arrivé à la bonne conclusion, la satisfaction d'avoir trouvé la solution à une énigme vibraient en lui. Un petit grésillement dans sa nuque. Il était tenté de mettre le comportement de cette inconnue sur le fait qu'elle n'était pas dans son monde habituel, qu'elle était entourée de moldus, mais quelque chose lui disait que ce n'était qu'une partie du tableau. Quoi qu'il en était, peu importait les raisons, les conclusions, les explications, faire durer l'interaction n'était de toute évidence pas une expérience agréable pour cette jeune femme.
Aussi, il récupéra d'un geste délicat la somme et et l'avoir, un sourire étrange aux lèvres, avant de soupirer à nouveau.
"Je vous remercie."
Qu'est-ce c'était, déjà, cette expression que Narcisse s'était mis à employer ?.. Ah, oui, il l'avait. Redressant le visage pour regarder la brune, ses yeux noirs entourés d'une lueur mystérieuse, il sourit, et pencha rapidement la tête sur le côté, d'un air presque entendu.
"Sur ce, par... Merlin, c'était un plaisir, j'espère vous recroiser. Belle journée."
Ses talons glissèrent doucement sur le bitume, ses doigts rangèrent le contenu de sa main dans l'une de ses poches, avant de remonter pour assurer la prise sur ses précieux livres. Déjà, il était de nouveau concentré sur les autres, qui l'entouraient, les saluant d'un hochement de tête, un sourire çà et là, tout guilleret de cette rencontre fortuite.
Entre les lignes
Rien ne pourrait m'arracher à la profondeur de mes émotions et de ma fatigue qui m'attirent inlassablement vers le désespoir. Ni les sourires d'Oscar, ni sa douce voix, ni ses mimiques bienveillantes. Surtout pas ses paroles, que je juge sans intérêt. De toute façon, il ne cherche pas à me dire quoi que ce soit. Il se contente de répondre et, en quelques sortes, d'accepter ce qui lui arrive. Cela me soulage d'un poids que je n'avais pas conscience de porter : je craignais effectivement qu'il insiste, qu'il s'énerve ou qu'il refuse mon argent. Bref, qu'il fasse quelque chose qui oblige ce moment à perdurer et qui m'empêche de retrouver le calme tout relatif de ma chambre. Mais non, et j'en suis tellement soulagée que je le ressens physiquement dans mes épaules qui se décrispent.
Rien, donc, n'aurait pu m'arracher à mon humeur sombre malgré ce bref soulagement. Pourtant, un mot me fait tiquer. Je fronce les sourcils en ramenant mes yeux que j'avais déjà détourné vers l'homme. Je n'ai pas rêvé. Il a dit "Merlin". Mon cœur a sursauté, son rythme s'est emballé. Déjà, le choc s'amenuise. Un sorcier, songé-je. Oui, qui d'autre emploierait une telle expression ? Je ne m'y attendais pas, voilà tout. Statistiquement, les chances de croiser un autre sorcier dans le Londres moldu ou tout simplement le monde moldu sont très basses. Trop de moldus pour peu de sorciers. Cela dit, nous ne sommes pas très loin de l'entrée du Chaudron Baveur et la librairie dans laquelle nous nous sommes rencontré est réputée. Le hasard, parfois, permet de drôle de choses.
Un froncement de sourcils et un regard inquisiteur, voilà comment s'exprime ma surprise. Ce qui me perturbe d'avantage, c'est cette tête qui se penche sur le côté, ce regard qui plonge dans le mien ; comme s'il voulait me faire passer un message. Je suis beaucoup trop épuisée pour avoir ne serait-ce que l'envie de m'attarder sur la signification de tout cela. Instinctivement, c'est un rictus un peu moqueur qui m'étire les lèvres, mais j'ai été trop longtemps formée à la nécessité de garder l'existence de mon monde secrète pour dévoiler quoi que ce soit d'autre. On rabâche aux enfants sorciers dès leur plus jeune âge qu'il ne faut rien dire aux moldus, qu'il faut être discrets, on leur apprend à se camoufler, à porter des vêtements passe partout (enfin, on est censé, mais peut-être aurais-je dû y réfléchir à deux fois avant de considérer que ce que je porte pouvait passer pour un manteau un peu original). C'est ancré au plus profond de moi qu'il n'est pas dans mon intérêt de parler de mon monde dans une rue bondée de moldus.
Alors je fais ce qui est naturel à faire dans cette situation. Je pince les lèvres, je détourne les yeux vers mon objectif au bout de la rue, j'abandonne l'homme à son observation des passants. De toute façon, sans son regard sur moi c'est comme s'il était déjà loin. Je comprends qu'il n'attend rien de plus de moi. Heureusement, je n'attends rien de plus de lui moi non plus.
« Bonne soirée, » marmonné-je du bout des lèvres.
La phrase est peut-être indiscernable tant je l'ai prononcée bas. Je m'en fiche. J'arrondis les épaules, dans l'espoir de me réchauffer je resserre autour de moi les pans de cape qui ne ressemble apparemment à un manteau un peu original, et je tourne le buste vers la suite de ma vie. Tout le chemin qu'il me reste à faire jusqu'à ma chambre me semble déraisonnablement long. Comme si jamais je ne pourrais l'atteindre, comme si jamais je ne pourrais reposer mon corps. Mon épuisement va au-delà du corps. Il est en train de me bouffer toute entière. Je m'éloigne doucement, amenant mon mal-être avec moi, abandonnant l'autre à ses soucis d'homme soi-disant là pour les autres, surtout là pour lui.
Rien, donc, n'aurait pu m'arracher à mon humeur sombre malgré ce bref soulagement. Pourtant, un mot me fait tiquer. Je fronce les sourcils en ramenant mes yeux que j'avais déjà détourné vers l'homme. Je n'ai pas rêvé. Il a dit "Merlin". Mon cœur a sursauté, son rythme s'est emballé. Déjà, le choc s'amenuise. Un sorcier, songé-je. Oui, qui d'autre emploierait une telle expression ? Je ne m'y attendais pas, voilà tout. Statistiquement, les chances de croiser un autre sorcier dans le Londres moldu ou tout simplement le monde moldu sont très basses. Trop de moldus pour peu de sorciers. Cela dit, nous ne sommes pas très loin de l'entrée du Chaudron Baveur et la librairie dans laquelle nous nous sommes rencontré est réputée. Le hasard, parfois, permet de drôle de choses.
Un froncement de sourcils et un regard inquisiteur, voilà comment s'exprime ma surprise. Ce qui me perturbe d'avantage, c'est cette tête qui se penche sur le côté, ce regard qui plonge dans le mien ; comme s'il voulait me faire passer un message. Je suis beaucoup trop épuisée pour avoir ne serait-ce que l'envie de m'attarder sur la signification de tout cela. Instinctivement, c'est un rictus un peu moqueur qui m'étire les lèvres, mais j'ai été trop longtemps formée à la nécessité de garder l'existence de mon monde secrète pour dévoiler quoi que ce soit d'autre. On rabâche aux enfants sorciers dès leur plus jeune âge qu'il ne faut rien dire aux moldus, qu'il faut être discrets, on leur apprend à se camoufler, à porter des vêtements passe partout (enfin, on est censé, mais peut-être aurais-je dû y réfléchir à deux fois avant de considérer que ce que je porte pouvait passer pour un manteau un peu original). C'est ancré au plus profond de moi qu'il n'est pas dans mon intérêt de parler de mon monde dans une rue bondée de moldus.
Alors je fais ce qui est naturel à faire dans cette situation. Je pince les lèvres, je détourne les yeux vers mon objectif au bout de la rue, j'abandonne l'homme à son observation des passants. De toute façon, sans son regard sur moi c'est comme s'il était déjà loin. Je comprends qu'il n'attend rien de plus de moi. Heureusement, je n'attends rien de plus de lui moi non plus.
« Bonne soirée, » marmonné-je du bout des lèvres.
La phrase est peut-être indiscernable tant je l'ai prononcée bas. Je m'en fiche. J'arrondis les épaules, dans l'espoir de me réchauffer je resserre autour de moi les pans de cape qui ne ressemble apparemment à un manteau un peu original, et je tourne le buste vers la suite de ma vie. Tout le chemin qu'il me reste à faire jusqu'à ma chambre me semble déraisonnablement long. Comme si jamais je ne pourrais l'atteindre, comme si jamais je ne pourrais reposer mon corps. Mon épuisement va au-delà du corps. Il est en train de me bouffer toute entière. Je m'éloigne doucement, amenant mon mal-être avec moi, abandonnant l'autre à ses soucis d'homme soi-disant là pour les autres, surtout là pour lui.