Mon Loucataire-Garou
![]() |
|
![]() |
![]() | BASSLINE ET TRIPPLEHORN
29 Septembre 2049 | ![]() |
Cette soirée, en poussant la porte du logement de toutes ses pensées, Tripplehorn s'attendait à retrouver son loustic et la petite Lutti... Il ne trouva que la petite Lutti, concentrée à replacer les dalles explosées du carrelage comme si elle réalisait un puzzle complexe. Le sorcier planté au milieu du salon observa la porte de la chambre.
« Ah, le Maître des lieux ! s'exclama l'elfe de maison en laissant retomber sa dalle. Monsieur Bobbie Bassline est parti au petit matin. Il m'a dit de vous dire : Le vent souffle dans le bon sens. » C'était bien une parole qu'il aurait pu prononcer... Le Maestro Piccolo fronça les sourcils, les voies de Bobbie étaient impénétrables. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres :
« Merci pour l'information, Lutti. Je vois que les travaux sur le sol sont bien engagés... L'elfe semblait ravie qu'il remarque ses efforts.
— Le Maître des lieux doit faire attention en marchant dans ce coin car Lutti a ramolli le sol pour en faire le matelas de Monsieur Bobbie Bassline. Il devrait bientôt retrouver sa solidité. »
D'un geste entendu, le sorcier se planta devant la fenêtre, pensif. Où était-il parti, son invité surprise ? N'avoir ni limites ni attaches lui était inconcevable et pourtant, il devait bien avouer que le mode de vie si particulier de ce sorcier l'avait toujours intrigué. Il avait failli le vivre, ce mode de vie, aujourd'hui il le répudiait comme si son parcours avait toujours été celui du plus parfait génie de l'art lyrique. Le souvenir de sa première rencontre avec Bobbie Bassline n'avait jamais été extrait de sa tête, un peu comme s'il ne voulait pas risquer de le partager à d'autres...
C'était l'un de ces soirs éreintants qui vous mettait à l'épreuve. En jeune sorcier sans aucune expérience de la vie, il bataillait alors pour trouver son chemin. Son petit diplôme en poche, Piccolo avait rejoint une troupe d'artistes de rue avec la promesse de voir un peu du pays sans les Sœurcières pour lui gâcher la vue. Joli et au fait de son talent de chanteur, il avait rapidement échangé la protection de son papa contre celle d'un chef de troupe imposant et surtout intéressé. Pour rester dans ses bonnes grâces et se rendre tout à fait indispensable à la joyeuse troupe, Piccolo avait menti : il s'était fait passer pour un chanteur professionnel doublé d'un musicien incomparable au luth.
La roulotte s'était arrêtée au plus profond de la campagne anglaise comme elle le faisait parfois pour préparer dans le secret la prochaine représentation, destinée au village suivant. Un jeune Piccolo se morfondait, isolé dans le petit bois adjacent. Assis sur une souche d'arbre aussi vieille que son luth - trouvé au rabais dans la plus louche des boutiques - il essayait de produire des accords "qui allaient bien ensemble", les joues humides par la pression qu'il s'était lui-même infligé. Au loin, il avait alors entendu la rumeur de quelques clochettes secouées. Ayant vite fait de sécher ses larmes, il avait laissé son luth de côté. Les clochettes s'étaient approchées encore jusqu'à tintinnabuler juste derrière son dos : un homme à la chevelure auburn et aux verres de lunettes colorés - malgré l'obscurité de la nuit - l'avait alors surplombé de toute sa hauteur : « Décale-toi, l'ami. » Sans même attendre de réponse, il s'était installé à ses côtés sur la souche d'arbre. Piccolo avait alors remarqué les deux guitares qui pendaient derrière son dos. Bobbie Bassline s'était saisi du maudit luth et, silencieux, un épis de maïs coincé dans la bouche, lui avait joué la plus jolie des mélodies. Une mélodie célèbre que les petits sorciers connaissaient bien. Piccolo, visiblement un peu plus à l'aise par cette présence déjà familière, lui avait alors chanté quelques notes pour l'accompagner - trop habitué à vouloir voler la vedette. Que lui avait-il dit ensuite, ce sorcier ? « J'ai trouvé un oisillon perdu dans le bois, il sait chanter mais ne sait pas se faire entendre. » Il lui avait appris quelques accords cette nuit-là, que Piccolo avait pu répéter jusqu'à l'arrivée du spectacle. Ça n'avait pas suffit à le faire passer pour un luthiste professionnel, mais ça avait prouvé sa détermination à vouloir faire partie de la troupe. Sans la présence de Bobbie Bassline, peut-être que Piccolo se serait laissé emporter par le désespoir de ne jamais être accepté dans cette famille d'artistes accomplis.
Bobbie Bassline apparaissait comme ces ermites coupés de tout qui possédaient la sagesse de la vie sauvage et donc toutes les réponses de l'univers. Il était connu de certaines troupes d'artistes qui voyageaient sur les routes et même de sorciers explorateurs qui partageaient son chemin le temps de quelques chansons. Il s'incrustait là où il se sentait le bienvenu - au grès du vent aurait-il dit. On ne savait pas d'où il venait ni où il allait. Un an après leur première rencontre, Bobbie Bassline était réapparu. Ils avaient partagé un petit en-cas au sein de la troupe comme s'il ne les avait jamais quitté. « Petit Coco a beaucoup grandi... Il va bientôt changer d'air. » Il avait encore eu raison, car quelques années plus tard, Piccolo s'était brûlé les ailes à l'Opéra en s'attirant la jalousie de ses pairs.
« Tout va bien Monsieur ? La voix de Lutti l'avait tiré de ses pensées étoilées.
— Réflexion faite... Il apparait que Bobbie Bassline n'avait pas du tout besoin d'un toit, hier soir... réalisait-il lentement. Il a simplement une façon bien particulière de proposer son aide... »
Piccolo n'avait jamais su lui rendre la pareille, il lui avait même subtilisé un petit médiator pailleté dans la dernière demeure qu'il lui connaissait - car la dernière fois que le sorcier avait eu de ses nouvelles, c'était à quelques pas d'ici, quand Bassline prenait des disciples pour tout leur enseigner des mystères des guitares.
« Je dois m'absenter plus tôt que prévu, ce soir. Repose-toi Lutti, tu vas te froisser une artère magique si tu continues sur ce rythme-là.
— Mademoiselle veut que je finisse rapidement toutes les rénovations », rétorqua l'elfe comme si le sorcier venait de l'insulter.
Retrouvant le vent d'automne, le sorcier en venait à espérer grandement avoir raison : si Bobbie Bassline voulait réellement l'aider, c'était le bon moment car lui n'était plus en mesure de repartir à la pêche aux locataires - trop blessé dans son ego. Dans tous les cas, le vent semblait effectivement souffler dans le bon sens alors qu'il empruntait le chemin vers la dernière adresse qu'il connaissait à Bassline, sur le Chemin de Traverse.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Mon Loucataire-Garou
![]() |
|
![]() |
![]() | MON LUNAIRE LOCATAIRE
29 Septembre 2049 | ![]() |
Le balai volant du Maestro Piccolo, trempé, trônait à l'entrée du petit studio de Bobbie Bassline. Sans surprise, il avait découvert que son invité de la veille possédait toujours son logement sur le Chemin de Traverse. Après avoir affronté la pluie battante, une pensée avait traversé la tête du sorcier : il se faisait tard et il n'avait maintenant plus envie de repartir pour les terres écossaises. Si son hôte ne l'autorisait pas à rester pour la nuit - chose qu'il pouvait bel et bien lui refuser étant donné que Piccolo lui avait dérobé un objet il y a deux ans - il finirait par la passer dans son logement vide, sur un sol ramolli...
Le studio de Bassline se trouvait sous les combles, ce qui lui donnait un côté cabane atypique. Le Maestro ne l'avait toujours visité qu'en journée, alors il lui découvrait une toute autre ambiance à la nuit tombée, comme s'il pouvait s'attendre à tomber à tout moment sur un Feu Follet. Son impressionnante collection de guitares, luths, sitars et autres banjos aux formes et couleurs peu communes n'avait pas diminué, au contraire. Les deux sorciers restaient silencieux devant leurs tasses de thé. Piccolo avait insisté pour participer à la préparation, toujours paranoïaque à l'idée qu'on cherche à l'empoisonner même s'il s'agissait du plus inoffensif des hôtes. La fumée de la tasse apaisait ses narines qui avaient été fortement mises à contribution dans cet endroit entouré de bâtons d'encens. Le sorcier n'avait jamais su démarrer une discussion avec Bobbie Bassline, il essaya de briser le silence comme s'il parlait à un ami à lui.
« Très cher, j'espère que vous avez passé une merveilleuse nuit dans mon appartement. Vous me pardonnerez peut-être le manque d'équipement, il doit subir encore quelques petits travaux... Il n'obtint aucune réaction, ce qui ne l'étonna pas beaucoup. Votre visite était une surprise... Une très bonne surprise. »
Cette fois-ci, Bassline le fixa, le regard toujours illisible derrière ses lunettes teintées. Il prit le temps de souffler sur sa tasse puis lui adressa enfin la parole : « Je serai installé quand la semaine s'achèvera. » Piccolo reposa sa tasse sur la table basse pour se donner le temps d'encoder cette annonce.
« Pardon ?
— Le petit Coco a des besoins que je peux satisfaire, sourit-il, démontrant un joli écart entre ses incisives. J'ai aussi des besoins qu'un petit Coco peut satisfaire. » Les sourcils froncés, Piccolo n'aimait visiblement pas beaucoup le phrasé. En revanche, la décision apparemment déjà réfléchie du luthier de s'imposer comme son locataire lui avait retiré un poids énorme de sa poitrine. Bobbie Bassline n'était certes pas le plus propre des sorciers, en témoignait son studio à l'aspect trop forestier pour lui... Mais il savait que ses parents étaient toujours derrière lui et qu'il ne manquait pas de ressources pour cette raison. Le loyer serait toujours payé.
« Je ne savais pas que vous aviez besoin de déménager, s'intéressa-t-il. Bobbie acquiesçât vivement, ses dents du bonheur toujours apparentes.
— Yeah man, les guitares m'ont dit qu'elles avaient besoin de plus de places. »
Le Maestro Piccolo reprit sa tasse, plus songeur encore. Est-ce qu'il allait réellement accepter la candidature - si c'en était réellement une - de son ermite mystérieux ? Est-ce que Bobbie Bassline voulait vraiment déménager pour avoir plus de place ou n'avait-il pas voulu seulement lui donner un coup de main ? Bassline connaissait sûrement les hurluberlus qui logeaient habituellement dans ce coin du Chemin de Traverse et pouvait avoir deviné les défis auxquels il était confronté. Ou bien peut-être qu'il attribuait un peu trop de lucidité à Bobbie qui était lui aussi un huluberlu de bien des manières. De toute façon, il n'osait pas amener la question sur la table, car il préférait imaginer qu'il avait trouvé une sorte d'âme pouvant apparaître à chaque fois qu'il avait besoin de lui.
« Vous voulez réellement vous installer à la fin de la semaine ? Il y a encore quelques travaux à finir..., s'intéressa-t-il. Bobbie acquiesçât vivement, ses dents du bonheur toujours apparentes.
— Tout va bien maan, les murs sont étanches, c'est tout ce dont les guitares ont besoin. Ça et les bonnes ondes. Je peux encore les sentir d'ici, à distance... » Piccolo ne put s'empêcher d'arquer un sourcil. Une grande dame avait perdu la vie entre ces murs, tout de même - mais ce n'était sûrement pas le moment d'en informer son potentiel locataire. Il respira longuement, sa décision était prise : il louerait son appartement à Bobbie Bassline, puisque le vent semblait l'avoir mené jusqu'à lui.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Mon Loucataire-Garou
![]() |
![]() |
![]() | UN JOUR CHAT, UN AUTRE RAT
29 Septembre 2049 | ![]() |
Allongé sur un matelas de coussins, à même le sol, le Maestro Piccolo avait l'impression de retourner à une période de sa vie qu'il aurait préféré taire à tout jamais. Bobbie Bassline n'était pas très loin, voire même un peu trop proche à son goût puisqu'il pouvait entendre sa respiration, mais le sorcier pouvait encore s'échapper dans sa contemplation du plafond étoilé. Il ne savait pas si c'était l'œuvre du baroudeur aux guitares ou si l'appartement lui avait été loué ainsi, mais il devait bien avouer que cette vision s'était présentée comme une jolie surprise lorsque l'on avait éteint toutes les bougies.
« Psst, Bobbie ? interrogea-t-il au hasard dans le noir. C'était un peu étrange car, même si Bobbie ne lui avait pas répondu, Piccolo était persuadé d'être écouté. Vous vous souvenez de cette nuit près de Tinworth ? On s'était trop éloignés de la roulotte, aucun de nous deux avait réussi son permis de Transplanage, on avait dû passer la nuit sous la pluie... Je m'étais endormi, et vous aviez utilisé le sort du Parapluie toute la nuit pour m'abriter. »
Piccolo ne savait pas pourquoi il se rappelait de ce moment maintenant. Peut-être qu'il cherchait inconsciemment d'autres raisons de se convaincre qu'il avait pris une bonne décision en acceptant de louer son précieux bien à ce sorcier. Il le connaissait si peu, bien qu'ils avaient partagé des moments mémorables ensemble. Un bruit de froissement de draps se fit entendre. Piccolo avait l'impression de retourner en enfance, à vouloir retrouver ces discussions qui ne menaient nulle part au creux de la nuit. Ce qu'il se passait chez Bobbie Bassline restait chez Bobbie Bassline.
« Petit Coco est quand même tombé malade le lendemain... Ce souvenir lui décocha un petit rire :
— Ce n'était pas de votre faute, j'ai toujours eu la gorge fragile. »
Le studio les laissa dans un instant de silence contemplatif devant cette fenêtre du passé.
« Dites-moi, vous êtes heureux quand vous n'êtes pas sur les routes, à changer sans cesse d'horizon ? Il lui avait déjà posé la question sans obtenir de réponse. Cette fois-ci, il en obtint une, comme si elle avait mis deux ans à tourner dans sa tête.
— Je suis toujours sur les routes, maan. C'était un peu trop philosophique pour lui, mais c'était la réponse à laquelle il s'était attendu.
— C'est marrant, je n'ai jamais quitté le royaume. » Cette réalisation, qui prenait une forme d'aveu face à ce sorcier qui paraissait avoir réalisé plusieurs tours du monde, fragilisa sa voix. Il aurait pu tricher en considérant que partir en Ecosse c'était découvrir un tout autre pays que l'Angleterre, tant les paysages différaient, mais dans la nuit on ne trichait pas.
« Ça va arriver... Tout le monde doit quitter son royaume. Piccolo se retourna complètement sur la silhouette à ses côtés.
— Que voulez-vous dire ? Sa voix laissait transparaitre son inquiétude malgré la fatigue. Il n'obtint aucune réponse. Bobbie, que voulez-vous dire ? » insista-t-il un peu. Bobbie Bassline l'avait laissé sur un suspens un peu cruel, celui de ne pas savoir à quel moment on quitterait son royaume, ni quel horizon nous attendait ensuite si véritable horizon il y avait.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Mon Loucataire-Garou
![]() |
|
![]() |
![]() | LE CHAPERON DU PETIT COCO
30 Septembre 2049 | ![]() |
C'était un peu bizarre de s'endormir chez quelqu'un - dans ce qui lui servait de lit - et de constater au réveil que l'hôte vous avait laissé seul. Placido Tripplehorn n'était pas habitué à être celui que l'on abandonnait ainsi. Heureusement ou malheureusement, il n'avait pas le temps de s'inquiéter de l'absence de Bobbie Bassline : il devait rapidement retrouver le chemin du château de Poudlard pour surveiller le petit-déjeuner des apprentis sorciers et ouvrir la Salle de répétition à l'heure. Encore emprisonné dans les draps qui ressemblaient davantage à un amas de châles entremêlés, le sorcier étira ses bras maigres bien haut. Il était très tôt, au point que l'on aurait cru se trouver encore en pleine nuit. Il sembla contempler les énergies qui l'entouraient, les yeux rivés sur la peinture étoilée du plafond.
Par la petite fenêtre de toit, on pouvait constater que la bruine ne désépaississait pas. Le vieux balai du Maestro allait être mis à rude épreuve encore une fois, de Pré-au-Lard à la Tour du clocher. Curieusement, au lieu de s'activer, Piccolo se laissa repartir en arrière dans les nombreux coussins.
« Tout le monde doit quitter son royaume. » Ces paroles de Bobbie Bassline sonnaient encore dans sa tête comme un tocsin. Il avait fini par rêver d'un paysage méditerranéen, loin de la grisaille et du froid, durant la nuit. Peut-être était-ce le thé de Bobbie ou les bâtons d'encens, le sorcier avait l'impression de dériver lentement dans un autre monde qui lui était aussi étranger que familier - un monde où les horloges n'existaient pas.
L'épaisse porte en bois du studio glissa sur le plancher et un sorcier aux lunettes embuées apparut. Il ôta son poncho, attrapa le premier luth accroché au mur et se laissa tomber à ses côtés dans ses habits de la veille.
« Coco a eu le sommeil bien lourd... Mais il ne faut pas oublier les petits oiseaux en Ecosse... » lui murmura le luthier en grattant les cordes. Piccolo lui jeta un regard de côté. Il n'allait pas se donner la peine de lui demander où il était passé ces dernières minutes puisqu'il n'avait jamais obtenu de réponse à ce genre de questions triviales. Probablement que son hôte ne pouvait pas rester trop longtemps enfermé entre quatre murs, préférant errer sans but dans les rues de Londres à sa manière. Lui avait quelque chose à lui confier, en revanche :
« Je n'ai pas envie de travailler aujourd'hui. » La chanterelle se cassa dans un son strident.
Les verres colorés de Bassline semblaient le jauger. Quel horrible mot n'avait-il pas employé là : travailler. Piccolo l'observait en retour avec un peu de défiance, visiblement amusé par sa propre fatigue. Bobbie se réintéressa alors à sa corde, cherchant à la remettre en position.
« Les petits oisillons attendent Coco... lui dit-il sans plus le regarder. ...Ils ont besoin de chanter. » Le Maestro se redressa sur les coussins, pensif. Il s'agissait peut-être des seules paroles du sorcier qu'il parvenait à comprendre sans avoir à chercher leur signification. Il voulait retrouver le château et ses apprentis sorciers mais le chemin lui paraissait soudain trop long d'ici.
Comme un être omniscient, Bobbie Bassline allait lui apporter une réponse : « Maan, t'avais plus besoin de moi que tu le pensais... Sa silhouette voutée se releva pour enfiler le luth dans son dos. Il lui tendit une main. Pour affronter ta pluie, il te faudra un parapluie... »
Cette fois-ci, Piccolo avait réellement l'impression d'avoir fait un bond vingt ans en arrière : Bobbie Bassline et ses vieilles guitares l'accompagnaient sur les chemins d'Albion, son sortilège du Parapluie au-dessus de sa tête. Bobbie n'avait semblait-il jamais craint le contact de l'eau. Une pensée avait traversé la tête du Maestro, alors qu'ils se quittaient sur la berge du village de Pré-au-Lard : jusqu'à l'apparition du baroudeur, il avait espéré dégoter un tout autre type de locataire. Piccolo avait imaginé quelqu'un qui lui ressemblait un peu, soucieux de la sécurité des gallions. Bobbie Bassline ne correspondait pas à son locataire mortel mais, à présent, il ne voyait personne d'autre occuper ce logement. Il fallait croire qu'un simple visage du passé contenait le pouvoir de procurer un certain sentiment de sécurité.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Mon Loucataire-Garou
![]() |
|
![]() |
![]() | LA VOLEUSE DE RÊVE
03 Octobre 2049 | ![]() |
La fin de semaine était arrivée sans prévenir, un peu à l'image du Maestro qui venait observer l'installation de son tout premier locataire le soir venu. D'après ce que Bobbie Bassline avait annoncé, il devait avoir fini de transférer guitares, matériel et mobilier - presque inexistant - dans son nouveau sanctuaire. La rapidité avec laquelle il avait agi demeurait quelque peu mystérieuse : quand avait-il posé son préavis pour pouvoir quitter son ancien studio aussi rapidement ? Ou bien payer deux loyers en même temps pendant quelques mois n'était pas un souci pour lui - ou ses parents... Arrivant au coin de la rue, Piccolo sentit l'excitation prendre le dessus. La fenêtre entrouverte était éclairée et les accords d'une mélodie raffinée lui parvenaient. La musique paraissait irréelle, tant il avait été affecté par le silence de l'endroit.
Ce fut Lutti, la logeuse intérimaire, qui l'accueillit en sortant de sous l'escalier du hall d'entrée. Elle souriait, mais quelque chose dans son regard faisait dire au sorcier qu'elle n'était pas dans son assiette. « Monsieur a trouvé son locataire, Mademoiselle semblait très contente de l'apprendre. » Ah, il l'avait presque oublié elle.
— Tant mieux, tant mieux... » Curieusement, il n'avait pas réellement envie de connaitre l'avis de la Petite Renata sur le nouveau locataire. Nul doute qu'elle aurait trouvé mieux que son énergumène, mais cette petite rivalité n'était plus si importante pour lui. Bassline avait toute sa reconnaissance - et le Maestro n'était pas souvent reconnaissant.
« Ne te fais pas de souci pour le reste des travaux, tu as fait un excellent travail Lutti et Bobbie ne semble pas dérangé par l'état du sol de toute façon... »
Les grandes oreilles de la petite elfe de maison s'abaissèrent.
« Tout va bien très chère..?
— Lutti doit rentrer auprès de sa Mademoiselle... » Piccolo estimait qu'il s'agissait d'une réaction de circonstance : lui aussi aurait baissé la tête de tristesse s'il avait dû partager son quotidien avec la Petite Renata. Frottant le plancher de son pied, elle tenait quelque chose derrière son dos.
« Oh, Lutti ? C'est un cadeau de départ ? Il ne fallait pas... Le Maestro avait beau dire, il essayait d'observer derrière le dos de l'elfe qui se retournait pour l'en empêcher. Qu'est-ce que c'est ? demandait-il, les yeux pétillants d'avidité.
— Ah ! Monsieur se méprend..! C'est ma lecture du soir, je l'ai simplement gardée en main dans ma hâte pour vous accueillir. »
Piccolo s'empara du petit livre pour découvrir la couverture. Son regard sembla se figer devant le paysage qui se présentait à lui. « Trouver la fraîcheur dans les rues de Naples : Guide de voyage pour sorciers anglophones », lut-il tout haut. La petite Lutti couina, comme si elle devait se justifier d'avoir une telle lecture : « C'est le livre de Mademoiselle, elle me l'a prêté pour préparer notre prochain séjour. »
Tout grimaçant, le Maestro Piccolo lui rendit le guide qu'il tenait du bout des doigts comme infecté d'une sombre maladie. Quelque chose lui faisait dire que l'elfe avait reçu l'ordre de le lui montrer d'une façon ou d'une autre, bien que cet ordre n'enchantait pas l'elfe...
« Naples, hein ? Cette nouvelle l'atteignait bien plus qu'il ne le montrait, lui et son rêve méditerranéen. Bon voyage Lutti, tu as bien mérité quelques vacances. »
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Mon Loucataire-Garou
![]() |
|
![]() |
![]() | LE PASSÉ QUI EMPOISONNE
03 Octobre 2049 | ![]() |
D'un pas traînant, Bobbie Bassline s'éloignait de l'entrée, laissant son désormais propriétaire découvrir la nouvelle décoration. On ne pouvait pas dire que Piccolo était dépaysé par l'absence de mobilier, ce qui en soi constituait une bonne nouvelle. Pourtant, le sorcier n'esquissait pas le moindre sourire. Bassline sembla le remarquer alors qu'il était déjà parti retrouver sa pile de coussins :
« T'as l'œil qui tremble maaan. »
Encore sonné par la bassesse de la Petite Renata qui lui avait annoncé son prochain voyage par le biais de l'elfe de maison, Piccolo faisait en effet une drôle de tête. En avançant, il constatait que le plafond n'avait pas été peint. Quelque part, il s'en voyait déçu car il s'agissait de la seule chose qu'il avait réellement apprécié dans l'ancien studio de Bassline, outre les instruments parfaitement choyés. Ils semblaient d'ailleurs avoir été les premiers à occuper leurs places de choix dans l'appartement, accrochés de toute part, presque intimidants. D'ailleurs, Piccolo avait l'impression de découvrir de nouveaux modèles. S'il avait été de meilleure humeur, il aurait demandé l'expertise de Bobbie qui n'était jamais avare en anecdotes quand on le lançait sur le sujet - qu'elles soient réelles ou enjolivées. Maintenant, il avait seulement envie de planifier une revanche.
Bassline continuait de jouer la mélodie qu'il avait commencé avant l'apparition de Tripplehorn, et celui-ci déposait une petite pile de feuilles de parchemins sur le chaudron retourné.
« Vous y jetterez un coup d'œil à tête reposée. L'avantage d'avoir Bassline en locataire, c'est qu'il avait toujours la tête reposée. Le contrat demande une signature. » Il se retourna d'un geste machinal et se retrouva nez à nez avec Bobbie et sa paire de lunettes jaune.
« Lui ? » désignait-il du doigt pour demander confirmation. Tandis que Piccolo se décalait un peu en lui confirmant qu'il s'agissait bien du contrat, son locataire attrapait la plume coincée dans ses cheveux. Il planta l'embout dans son index sous le visage éberlué de Tripplehorn, et dessina une croix tremblotante sur le document. Incertain, déglutissant, Piccolo l'informa :
« C'était votre exemplaire, j'aurai besoin d'une autre signature sur le parchemin en dessous.
— No problemo amigo. »
Bobbie Bassline n'avait pas bronché, et il ne semblait pas sur le point d'utiliser un sortilège de Guérison sur son doigt. Le Maestro récupéra son exemplaire et attrapa sa baguette magique, un peu plus pâle que d'habitude. Il attendit que Bobbie ait fini de sucer son doigt pour lui proposer son petit sort. Les verres teintés se plantèrent alors sur lui : « Ça ira maan, c'est natuure. »
C'est nature, mais c'est aussi et surtout absolument la plus barbare des pratiques pour signer un simple document. Une méthode de sorcier un peu crasseux qui, finalement, ne détonnait pas tant que cela avec les choses auxquelles Bassline l'avait habitué durant leurs promenades. Piccolo tenait son contrat contre lui. Il avait pris le temps de le rédiger sous les conseils du Guide des bons logeurs de sorciers et il se sentait aussi souillé que lui à présent - si les parchemins pouvaient éprouver des sentiments. Le sorcier n'avait pas été traversé par une telle impression depuis qu'il avait été victime d'une tentative d'empoisonnement.
« Je ne vais pas m'attarder plus longtemps... Vous avez l'air d'être bien installé, c'est très bien. N'hésitez pas à me contacter en m'envoyant un hibou au château de Poudlard !
— Les vibrations sont pas bonnes. » Piccolo resta coi. Bassline semblait éprouver de la pitié pour lui, derrière ses lunettes pourtant insondables. Est-ce qu'il pouvait deviner à quel point il était celui qui aurait eu bien besoin d'un sortilège de Guérison sur son âme ?
« Le petit Coco pense à quelque chose de très mal. Il attrapa une pomme dans le panier près du chaudron retourné. Définitivement, Bobbie avait écouté à la porte et avait perçu sa discussion avec l'elfe de maison. Avant de croquer dans la pomme, il la tourna dans sa main comme pour lui signifier quelque chose. Coco pense à un souvenir qui pourrait réveiller une vieille rivalité... » Tripplehorn, qui détestait être lu si facilement, se trouvait curieusement écouté et compris. Il reposa le contrat sur la table, acceptant visiblement l'invitation à rester plus longtemps.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Mon Loucataire-Garou
![]() |
|
![]() |
![]() | IN VINO VERITAS
04 Octobre 2049 | ![]() |
Tripplehorn avait quitté Bassline avec la promesse de revenir le lendemain, comme si une seule soirée ne suffisait pas pour déballer ses états d'âme - anciens comme nouveaux. Toute la journée, il n'avait plus pensé qu'à revoir son ermite et lui exposer ses plans machiavéliques pour se venger une bonne fois pour toute de sa vieille rivale la Petite Renata. Cela dit, ses perruches très agitées au château de Poudlard lui avaient bien signifié à leur façon qu'il s'absentait un peu trop à leur goût dernièrement. Heureusement pour elles, le sorcier leur avait organisé une petite distraction du soir en compagnie de ses jeunes choristes. « Ce ne sera pas si long et vous découvrirez bien d'autres mélodies que les miennes... Je sais, vous aimez les miennes... », avait-il remarqué dans la plus vaniteuse des manières.
Avec une certaine ferveur retrouvée à l'idée de réaliser un énième aller-retour, le Maestro Piccolo s'engouffrait dans le hall du bâtiment. Lutti était officiellement rentrée auprès de sa maîtresse, car la loge sous l'escalier semblait inoccupée. Le sorcier essaya de ne pas observer de trop près la peine que son départ lui faisait. Il frappa à la porte du logement au premier étage puis réalisa quelques pas sur le palier. L'appartement paraissait aussi inoccupé que la petite loge sous l'escalier. Piccolo se souvenait bien d'avoir convenu de son retour ce soir précisément auprès de l'occupant qui avait même paru enthousiaste - aussi enthousiaste que Bobbie pouvait être. Peut-être s'était-il attardé quelque part dans l'une des nombreuses boutiques du Chemin de Traverse, après tout les devantures automnales avaient de quoi attirer même les plus hermétiques à la surconsommation. Il fallait dire aussi que l'on avait toujours besoin de réaliser quelques achats après un déménagement, même si l'ancien et le nouveau lieu d'habitation se trouvaient à quelques mètres l'un de l'autre...
Dans tous les cas, Piccolo était bien embêté d'être laissé à la porte. Il avait donné la seule clef à Bobbie - et n'aurait pas hésité à l'utiliser si elle s'était trouvée en sa possession. A cette pensée, il se souvint qu'il disposait d'une autre clef : celle de la loge sous l'escalier. Résigné après avoir testé toutes sortes de marches inconfortables en tant que sièges, il tourna la petite clef dans la serrure. Comme il aurait pu s'y attendre, le sorcier constata que la loge était encore plus petite que sa cabine au château de Poudlard. Il y avait un petit matelas, quelques étagères vides accrochées au mur et un lavabo. Piccolo n'aurait jamais pu penser qu'on aurait pu faire pire que l'absence d'une baignoire. A vrai dire, au moins, elle ne sentait pas la fumée mais un bois parfumé. Il s'installa sur le matelas comme quand l'on attendait l'arrivée d'un Médicomage.
L'heure avait tourné et il était si tard que l'on entendait plus que les bruissements d'ailes de chauve-souris dans la nuit. Piccolo s'était allongé, entouré de sa cape comme d'un drap. Il avait créé un petit feu portatif pour se réchauffer, ce qui donnait à cette cage un aspect de cabanon secret. Le sorcier était si énervé contre le manque de fiabilité de son locataire qu'il ne l'aurait pas accueilli dans son chaleureux cocon s'il était réapparu. Il avait sorti de son petit cartable en cuir de dragon un joli journal qu'il ne sortait que quand personne ne l'observait, pas même ses perruches. Sa présence dans ses affaires était rare, aussi : ce journal aurait dû lui servir de base pour trouver les points faibles de la Petite Renata en compagnie de Bassline.
A présent ses yeux parcouraient ces lignes parfois trop sévères, revisitaient ces dessins trop idiots et souriaient parfois en s'étonnant de la justesse du propos. Se replonger dans les affres du passé constituait en soi un véritable voyage, qui pouvait rapidement tourner vinaigre - il l'avait appris à ses dépends en utilisant la Pensine chez le vieil Oncle Typhus.
Ma Grande Renata,
Quelqu'un pense à vous ce soir.
Quelqu'un pense à vous ce soir.
Ces mots, à la dernière page noircie du carnet, eurent l'effet d'une lame dans le cœur. Il avait tenté de la contacter de tant de façons différentes depuis qu'ils s'étaient perdus semblait-il à tout jamais... Elle aurait sûrement ri de ces rivalités infinies entre sa fille et son protégé - mais elle aurait aussi pris parti. Ce soir plus que jamais, ce fait lui paraissait dissonant : Pourquoi diable s'était-elle toujours évertuée à prendre son parti devant sa fille unique ? Lui-même devait bien avouer qu'il s'était souvent trouvé dans des situations où il ne pouvait être que désigné coupable et pourtant... Surtout, pourquoi diable ne pouvait-il pas accepter la moindre provocation provenant de la Petite Renata, elle dont la souffrance et la jalousie lui paraissait parfois - souvent - légitime ? Piccolo avait une réponse, mais il avait encore du mal à la faire sortir. Plus que jamais, il maudissait l'absence inexpliquée de Bassline qui aurait dû l'aider à remettre de l'ordre dans ses souvenirs. Sans crier gare, il s'assoupissait, son vieux journal comme un oreiller.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Mon Loucataire-Garou
![]() |
|
![]() |
![]() | NONNE IN VINO VERITAS?
04 Octobre 2049 | ![]() |
Une joie immense le traversait dans les artères de l'Opéra et pour cause, on entendait encore la clameur de son rappel sur scène. Avec beaucoup d'assurance, il retournait dans sa loge pour trouver les compliments de sa protectrice, agrippant une coupe au passage. C'était la boisson qu'il exigeait après chacune de ses prestations : un délicieux mélange d'herbes qui soulageait immédiatement sa précieuse voix. Il se retourna pour identifier le sorcier ou la sorcière qui l'avait servi, mais l'ombre s'était déjà éclipsée dans le couloir sombre - probablement pour profiter de la ferveur de cette grande première parmi toutes les autres silhouettes de sa haie d'honneur. Arrivé dans sa loge, un vide le transperça de plein fouet : la Grande Renata n'était pas encore arrivée. Ce n'était pas si inhabituel, pourtant, mais ce sentiment continuait de grandir sans aucun contrôle. Il s'installa alors sur son divan et secoua le breuvage dans la coupe. Le sorcier chantant observa longuement - très longuement - le liquide fumant, comme figé dans ses reflets. Le liquide lui paraissait extrêmement repoussant mais ses lèvres continuaient de s'avancer sur le rebord de la coupe.
Sans savoir pourquoi, Tripplehorn sursauta sur le matelas. Son petit feu magique s'était éteint lorsqu'il s'était assoupi, mais la lumière du hall s'infiltrait encore assez sous la porte pour qu'il puisse distinguer quelque chose d'inhabituel : l'extrémité du matelas paraissait imbibé d'un liquide poisseux. La tache s'étendait lentement comme si elle cherchait précisément à l'atteindre. Il n'était plus à l'Opéra, il était de retour sur le Chemin de Traverse, dans la minuscule loge sous l'escalier où il s'était endormi. Le poison ? La pensée le traversa immédiatement malgré son esprit encore brumeux par ce réveil soudain. Son cauchemar ne pouvait avoir dégouliné jusque dans sa réalité... Ses jambes se replièrent d'elles-mêmes dans l'espoir d'éviter le moindre contact avec la tache. elle continuait son chemin vers lui, de moins en moins liquide, de plus en plus verdâtre. Elle grossissait à vue d'œil et des bulles commençaient à s'en dégager comme s'il elle s'était mise à respirer.
La peur grandissait au creux de son estomac vide, le crispant assez pour empêcher sa réaction. Il mit du temps avant d'atteindre sa baguette magique, mais quand il l'attrapa enfin : « Riddikulus ! »
Comme déjà délivré, sa poitrine se gonfla enfin d'air. Un trou d'évacuation était apparu au bout du matelas - c'était la créature transformée - avalant la substance qui redevenait aussi liquide et claire comme de l'eau. Encore haletant, Piccolo se redressa dans un dernier élan de survie, attrapa ses affaires, et sortit dos à la porte pour garder un œil sur cet immonde Epouvantard.
Quelque peu désorienté, le sorcier ne prit pas la peine de vérifier l'heure, s'enfuyant presque dans la nuit fraîche. Il ne cessait de se retourner pour observer derrière lui, les bras enserrant son balai qui devait le conduire à l'abris au château et son cartable, quand soudain son corps percuta un obstacle.
« Ah, pardon je..! Bobbie..! D'abord heureux de tomber sur lui après cette mauvaise rencontre sous l'escalier, il se souvint que tout était de sa faute. Mais... Mais enfin où étiez-vous passé ? Je viens de subir une agression sans précédent dans la loge... Je vous attendais... commença-t-il d'un ton accusateur avant de réaliser : J'ai... J'ai laissé la clef sur la serrure, n'y entrez surtout pas, c'est un Epouvantard. » Son flot de paroles traduisait son choc encore cuisant, d'autant plus que Piccolo semblait toujours se protéger derrière ses bagages dressés comme un bouclier contre tout le monde. Quelle heure était-il ? Il lui avait paru s'endormir longtemps, pourtant le croissant de Lune lui semblait avoir tout juste entamé son chemin dans le ciel. Bobbie Bassline était visiblement troublé : il s'afférait autour de lui, réalisant des pas en direction du bâtiment avant de revenir vers lui dans un comportement erratique.
Selon Piccolo, c'était la moindre des choses de s'en vouloir, mais il commençait à s'inquiéter pour la santé mentale de Bassline : il ne l'avait jamais vu si perturbé au point de ne pouvoir lui parler.
« Bon... Ne vous en faites pas plus que cela, je l'ai courageusement affronté et il est enfermé dans la loge pour le moment... se sentit-il obligé de lui dire pour pouvoir rentrer au plus vite sur une bonne note. J'ignore ce qui vous retenait, mais donnons-nous rendez-vous demain autour d'un thé... Chez Madame Pieddodu..? C'était un moyen d'éviter de retourner sur les lieux - tout en s'assurant que Bassline serait présent pour écouter ses états d'âme, c'était plus important que jamais. Ils convinrent de l'heure avant de se quitter.
« Je serai là, maan. »
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Mon Loucataire-Garou
![]() |
|
![]() |
![]() | APAISE TON COEUR
05 Octobre 2049 | ![]() |
Madame Pieddodu n'ouvrait pas le mardi. Les deux sorciers, plantés comme deux concombres de mer devant la porte fermée, venaient de s'en rappeler. Il était treize heures et la pluie automnale tombait drue à Pré-au-Lard.
« Vous savez, je ne comptais pas boire son thé, de toute façon, annonça Piccolo d'un air tout de même dépité.
— Il y avait de la lumière aux Trois Balais, maan. » Ça ne plaisait pas beaucoup au Maestro qui avait compté sur la confidentialité du salon de thé. Bassline sembla lire sa grimace. Il s'engagea pourtant dans la rue principale, comme persuadé qu'il serait suivi dans son idée. Peu enclin à réfléchir davantage par lui-même, Piccolo se laissa très facilement convaincre. Cela dit, au lieu de continuer son chemin jusqu'à l'auberge, son guide bifurqua en direction du Grand préau. Piccolo le suivit encore, l'air hagard. Ses yeux cernés se plissaient à chaque nouveau pas sous la pluie.
Les deux sorciers s'étaient simplement assis sous le préau, au moins abrités. Bien heureusement, leurs flammes bleues embouteillées les réchauffaient quelque peu. Le journal de Piccolo, que ce dernier avait placé entre eux à la vue de son compagnon, ne provoquait des réactions que d'un seul côté : Bobbie Bassline paraissait toujours insondable derrière sa paire de lunettes.
« ...Donc tout cela me laisse à penser qu'elle est coupable, conclut le Maestro avec passion. A la fin de son laïus, il se rendit compte qu'il avait parlé tout seul.
— Je pensais à un truc, maan... Plein d'espoir, le sorcier invita le luthier à s'exprimer - et regretta aussitôt. Pourquoi on n'a pas parlé de l'Epouvantard ?
— Parlé de... répéta Piccolo, circonspect. Bassline parut d'un seul coup plus distant, à vrai dire il s'était même décalé un peu de lui. Bon... se résigna Piccolo, encore un peu incertain à l'idée d'aborder le sujet. Est-ce que vous avez ouvert la loge ? Vous avez réussi à vous en débarrasser ? » Il devait bien avouer que sa propre tentative n'avait pas dû s'avérer fameuse car c'était bien un Epouvantard toujours en activité qu'il avait quitté, n'ayant pas pu le vaincre d'un rire. Seul son départ précipité de la loge - qu'il avait pu fermer à clef - l'avait épargné de devoir réitérer l'essai. Bassline se releva en silence et, contre toute attente, reprit sa marche. Cette fois-ci, Piccolo ne comprenait plus rien à son attitude. Devait-il le suivre ? Il n'avait pas l'air de l'y inviter, en tout cas.
Un peu perdu, le sorcier rangea son journal et sa bouteille de flammes. Quelque chose n'allait pas et, à y réfléchir, il ne savait toujours pas ce qui avait retenu son locataire jusqu'à tard la veille au point de rater leur rendez-vous. « Bobbie, voyons, attendez-moi ! Il trottina pour le rattraper, son balai sous le bras et son capuchon presque tombé sur les yeux.
— L'étreinte de la nature m'appelle... »
Que voulait-il dire ? « Je vous dois des excuses, je vous ai offensé... Ma quête de réponses est si prenante que je n'ai pas même pas pensé que je pouvais vous ennuyer... » Piccolo courait toujours un peu après lui, s'il fallait le rattraper jusqu'à la crête d'une montagne écossaise, il le ferait. Il ne s'était jamais aussi bien remis en question qu'en la présence de ce sorcier mystérieux. « Quant aux événements d'hier... Je suis encore secoué par cette rencontre, voilà tout... Avouez tout de même que ce n'est pas commun de s'endormir en compagnie d'un Epouvantard... » Il avait compté sur Bobbie pour éclaircir ses idées, mais à présent celui-ci se retournait sur lui-même pour l'immobiliser en saisissant ses bras. C'était inutile car Piccolo était déjà figé par la fureur qui émanait de lui.
« L'Epouvantard était un avertissement. » Il le secouait presque, pourtant Piccolo ne réagissait pas. Son regard essayait de lire à travers les lunettes du baroudeur qui n'avait jamais, ô grand jamais, haussé le ton avec lui. C'était comme découvrir une autre personne et se sentir trahi dans un même battement. Il fallait dire que ce sorcier ne pouvait pas être fiable pour quelqu'un comme lui, trop rationnel. Alors pourquoi dégageait-il une sincérité si convaincante ? Pourquoi son avis lui importait tellement ? Cela dit, à cet instant, il ressemblait plutôt à sa sœur conspirationniste.
« Je ne comprends pas, Bobbie... lui confia-t-il, attentif. Le sorcier l'enlaça dans ses bras. L'abandonnait-il dans sa quête de vengeance ?
— Apaise ton cœur, maan. » Les yeux embués, l'air démuni, Piccolo l'observa s'éloigner sous la pluie.
— Je vous ai offert un meilleur toit que votre vieux taudis ! » se laissa-t-il emporter. C'était une drôle de dernière tentative pour le retenir qui ne fonctionna guère. Pour Piccolo, il s'agissait ni plus ni moins d'une fuite identique à la sienne devant la créature de la veille. La Petite Renata ne pouvait avoir placé un Epouvantard dans la loge, ce serait aller trop loin dans leur jeu de rivalité...
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Mon Loucataire-Garou
![]() |
|
![]() |
![]() | BOUQUET DE FLEURS
07 Octobre 2049 | ![]() |
Il restait encore quelques jours avant que cette semaine infernale s'achève et Piccolo avait l'impression que le temps reculait. D'ailleurs, peut-être bien que le temps avait toujours joué contre lui. En se levant ce matin, il avait écrit à ses parents qui profitaient d'un soleil revigorant de l'autre côté de l'hémisphère. L'exercice qui consistait à éviter de leur raconter les aspects peu glorieux de sa vie lui devenait presque impossible dernièrement... Piccolo avait pourtant essayé d'arranger un peu les choses - ou au moins tenté de prendre la température. C'était inenvisageable pour lui de perdre son locataire maintenant qu'il l'avait trouvé et installé. Surtout, il ne voulait pas être la raison de ce départ, se sentant plus que jamais espionné par le regard moqueur de la Petite Renata.
La veille, Piccolo était retourné au Chemin de Traverse dans l'optique de rétablir le dialogue avec son locataire, sans trouver le courage d'aller jusqu'au bout de sa démarche. Comme souvent dans ces moments, il s'était réfugié chez l'Oncle Typhus malgré l'heure tardive. Toujours très occupé par sa lanterne - peut-être même plus occupé qu'à l'époque où il travaillait à l'Abricadabrac - il lui avait néanmoins soufflé quelques conseils pour arranger les choses. Selon Piccolo, la plupart des conseils ne correspondaient pas tout à fait à sa situation, car on ne traitait pas avec Bobbie Bassline comme l'on traitait avec le premier sorcier du coin. C'était un énergumène de sa propre espèce : indomptable, parfois irritant, trop souvent énigmatique.
Il y avait un conseil cependant que Piccolo pensait pouvoir appliquer : l'approcher avec un nouveau prétexte. Bobbie Bassline lui devait le montant de son premier loyer, et le bon propriétaire qu'il était devenu allait lui apporter le parchemin d'appel. Cette excuse le rendait plus confiant car on ne pouvait pas refuser d'ouvrir la porte à son propriétaire. A l'heure où le diner de la Grande Salle commençait, Piccolo continuait d'observer le gros bouquet de fleurs automnal qu'il avait préparé dans un chaudron. Ses choristes tiendraient compagnie aux inséparables Romeo et Juliet tandis qu'il partait à la reconquête de son locataire... Il devait rassembler tout son courage pour ce voyage plus incertain que les précédents.
A la porte de l'appartement, le Maestro ressemblait à un sorcier qui s'apprêtait à vivre son premier rendez-vous amoureux. Il cacha d'abord le bouquet derrière son dos, puis décida qu'il valait mieux se protéger derrière lui. Bassline semblait bien se trouver chez lui puisque de la lumière traversait la fenêtre donnant côté rue, mais cela n'empêcha pas le fait qu'il dut patienter un long moment avant que la porte ne s'entrouvre. Son locataire passa d'abord un œil dans l'interstice et Piccolo crut un instant qu'il allait lui claquer la porte au nez. Au contraire, Bassline parut rassuré à sa vue... Plus que cela, il s'avança un peu et caressa sa joue comme s'il avait aperçu un revenant. Puisqu'il semblait persuadé que la Petite Renata en avait après sa vie, ce devait effectivement être étonnant de le voir matérialisé sur son perron. Le contact de ses doigts de guitariste sur sa peau ne le gêna pas, bien qu'il y avait peu de personnes autorisées à l'approcher ainsi. Ses mains glissèrent sur le chaudron, il acceptait visiblement l'offrande.
Piccolo restait muet, terrifié à l'idée de commettre une erreur après ce premier contact encourageant.
« Le vent t'a porté jusqu'ici... Coco, ton cœur est apaisé ? C'était une question piège car le sorcier ne s'était pas beaucoup écouté ces derniers temps. Son cœur encore inexploré n'était pas apaisé.
— Mon sommeil revient petit à petit... se contenta-t-il de répondre. J'espère que ma visite ne vous trouble pas. » L'Oncle Typhus lui avait conseillé de s'intéresser à son locataire, en retour... Ou alors était-ce le Guide des bons logeurs de sorciers - il s'emmêlait les pinceaux à force de chercher ses réponses partout.
« Mon cœur est toujours apaisé, maan. C'était culotté, venant de lui qui avait perdu son sang froid lors de leur dernière rencontre.
— Vous m'en voyez ravi. » A présent, il était délicat de lui montrer le parchemin de son loyer sans risquer de lui briser le cœur... Il aurait été plus facile de le faire si Bobbie l'avait invité à rentrer, mais ce n'était pas le cas. Deux concombres de mer se tenaient sur le perron, à s'observer sans un mot. A vrai dire, seul Piccolo passait sous un scan.
« Est-ce que... Le bouquet vous plait ? La sorcière qui me l'a vendu m'a dit qu'il pouvait attirer les pipaillons de nuit... » Cette information l'avait convaincu sur son choix puisque la nature semblait manquer terriblement à Bassline. Il semblait apprécier le geste puisqu'un sourire - presque imperceptible si on ne le connaissait pas un peu - apparut sur son visage.
Voilà qui était encourageant, c'était le moment d'enchaîner avec sa diversion, qu'il extirpa de la poche intérieure de sa cape. « Ce présent vous plaira peut-être bien moins, mais je voulais vous l'apporter en mains propres pour... Pour... » Bassline avait fermé la porte.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer












