13 oct. 2024, 19:51
Soutenance  SOLO 
6 AVRIL 2049, 9h58,
SALLE D'EXAMEN, IMSM

Alyona, 19 ans


Voilà, c'est aujourd'hui. Toutes ces semaines de préparation pour ce moment. Tout ce travail pour cette soutenance. Dans quelques minutes, il n'y aura plus que moi, droite, grande, parlant d'une voix forte à mon public, à mes examinateurs, leur expliquant mon mémoire et le sujet sur lequel j'ai travaillé durant ces derniers mois. Je serai seule face à eux, debout sur mon estrade, professeure pour quelques instants, sujet d'attention et de jugement. Ils me regarderont fixement, et je parlerai sans trembler. Ma voix sera ferme, mes mots seront sûrs. Je crois que je suis prête. Je me sens déterminée. Je ne souhaite pas faillir, pas aujourd'hui. Je veux pouvoir être fière de moi, non pas pour ma mère mais pour moi-même. Je me suis beaucoup préparée pour cette journée. Mes vêtements sont chics et propres, mon dossier est bouclé et connu, ma concentration est solide. C'est mon moment, mon heure de vérité. Et j'ai hâte, en réalité, de montrer ce que je vaux.

Debout sur l'estrade en attendant que tous soient prêts, j'aperçois Ondine dans le public. C'est presque étrange de la voir là, à me soutenir, après tout ce que nous avons traversé. Il y a deux semaines, je ne lui aurais même pas adressé la parole. Cependant, je suis heureuse de la savoir ici. Nahele a eu raison en me conseillant de lui pardonner ses actes. Cela m'a fait du bien d'échanger avec elle, de lui dire ce que j'avais ressenti après ce qu'elle m'avait demandé de faire, et de mettre ainsi les choses au clair. Cela m'a permis de me rendre compte que son amitié me manquait. Et je crois que cela a aussi soulagé Abby, attristée par la distance qu'Ondine et moi avions instauré. Pourtant, je sais que tout ne redeviendra pas totalement comme avant ; je sais que je ne pourrai pas pardonner l'intégralité de ses actes à la Bleue ; je sais qu'elle n'aura plus toute ma confiance. Néanmoins, pour le moment, ce n'est pas important. Je me suis réjoui de terminer mon mémoire avec elle, de réviser ma soutenance face à elle, et je me réjouis maintenant de la voir ici, pour ce moment important.

Je replace quelques mèches de cheveux derrière mes oreilles en relisant une partie de mon texte. On me fera bientôt signe pour que je commence ma soutenance. J'ai tellement travaillé pour ces quelques minutes ! Pourtant, je ne peux pas m'empêcher de douter, de stresser. Ce sont de petites pensées parasites, comme de minuscules nuages gris qui bourgeonneraient dans le ciel. Et si ma voix tremble ? Et si j'oublie quelque chose ? Et si je ne maîtrisais pas totalement mon sujet ? Et si rien ne se passait comme prévu ? Je me contrains à la concentration, m'enveloppant dans ma détermination. Tout ira bien. Je suis prête, et j'ai hâte.

Mon regard se lève une dernière fois vers le reste de la pièce. J'attends qu'on m'invite à prendre la parole, le ventre noué mais le front haut.

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baisse de présence jusque fin juillet

16 oct. 2024, 22:13
Soutenance  SOLO 
Enfin, mon regard croise celui d'un de mes examinateurs. Un geste de sa part et une parole que je n'entends guère, et voilà que le silence se fait. La pièce est muette et mon angoisse me serre la gorge. C'est bon, c'est à moi. Après l'attente, voilà qu'il me faut agir. Ouvrir la bouche, laisser les mots couler, défendre mon mémoire. Moi, moi, moi, et plus que moi. Non ! Il y a Ondine qui me regarde, Nahele et Abby qui, où qu'ils soient, pensent à moi ; il y a ma mère derrière son bureau qui projette ses ambitions sur ma personne ; il y a ma grand-mère maternelle qui sourit derrière ses fleurs, et ma grand-mère paternelle assise dans un fauteuil en train d'écouter de la musique ; il y a mes professeurs qui me soutiennent, et mes amis qui attendent de mes nouvelles. Je ne suis pas seule.

Je prends une grande inspiration, pose mes mains à plat sur mes notes, lève mes yeux vers la salle. Mes lèvres s'ouvrent. Je m'élance.

Au départ, mes mots tombent en cascade. Ils sont poussés hors de ma bouche avec tumulte et rapidité, comme si j'étais incapable de les retenir. Ils chutent et s'écrasent, et engloutissent mon audience sous un flot de sons que j'ai bien du mal à contenir. Pourquoi ? Comment ? Le stress déploie ses racines dans mon corps, envahissant mon ventre et ma gorge. Plus je parle, plus je me rends compte que cela ne va pas. C'est un début que je ne maîtrise pas et qui, facilement, glisse vers une inondation d'informations. Je voudrais ralentir, voir plus clair dans mon discours et arracher l'angoisse qui me comprime les entrailles. Il faut que je me ressaisisse et que je réfléchisse. Mais, par Merlin, je n'ai pas le temps ! Je ne peux pas m'arrêter pour reprendre mes esprits. Et toutes mes pensées se nouent autour de cette idée. Je n'ai pas le droit de montrer une hésitation, ni de recommencer, ni de m'excuser parce que mes phrases se suivent comme les wagons d'un train, balayant les paysages de leur vent indomptable.
Alors, tendue mais lucide, je rattrape mes paroles pour les tordre, tarir le flot qui se déverse d'entre mes lèvres, et permettre des pauses, de légers silences, des temps de réflexion et d'assimilation.

Je cligne des yeux et respire, essayant de mettre brièvement de l'ordre dans mes idées. Une chose à la fois. Je connais mon texte, je connais mon sujet ; je peux y arriver. Ne l'ai-je pas répété cent fois ? Devant Ondine, devant un miroir, ou même parfois juste devant le petit poisson de notre chambre vide. Je suis prête. Je n'ai pas besoin de parler vite, ni de laisser l'angoisse s'accrocher à mon corps. Tout va bien se passer. Je maîtrise ce dont je parle, et je maîtriserai la manière dont je le dis.

Après quelques instants qui me paraissent être des heures, je parviens à dompter mon flot de phrases, adoptant un rythme plus appréciable. Mes doigts sont crispés sur mes notes et mon regard tendu vers l'horizon, mais ma voix ne galope plus après le temps. Je parviens même à introduire des silences, tout en me concentrant sur mon texte et l'objet de ma soutenance. Mon corps reste rigide et raide, mais mon visage s'en retrouve séparé, et davantage libre. Retrouver de cette manière mes capacités me donne confiance. Je ne perds pas le fil de mes explications et poursuis sans trembler. Jusqu'au bout. Je ne suis pas venue pour échouer.

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baisse de présence jusque fin juillet

18 oct. 2024, 19:59
Soutenance  SOLO 
C'est terminé.

Cette unique pensée me délivre. La tension qui s'était accumulée dans mon corps se relâche, mes muscles se décrispent, et je retrouve mon souffle. Je cligne des yeux et le monde me frappe la rétine. Dans la pièce, de nouvelles discussions naissent, les regards se détournent et le personnel refait surface dans les crânes des individus. Je ne suis plus au centre de l'attention et tous, sans exception, passent doucement à autre chose.

Si je pensais que cela me libérerait, je me suis trompée. De même, il m'est rapidement impossible de croire que tout est vraiment terminé. Les murmures perfides de mes pensées remplacent sans attendre les yeux concentrés qui s'enfonçaient dans ma peau. En rassemblant mes feuilles et mes affaires, j'ai la sensation de réunir mes angoisses. Alors, je fais quelques pas, me retirant pour laisser place à un autre étudiant. Et je quitte l'estrade pour trouver mes doutes et mes peurs.

J'aurais pu faire mieux. J'aurais dû faire mieux. Que dire de mes premières phrases, de ce départ incontrôlé et trop rapide ? C'est tellement décevant ! J'ai répété tant de fois ces mots, pourquoi n'ai-je pas réussi à les présenter comme je l'avais fait lors de mes entraînements ? Pourquoi tout est toujours moins bien ? Cependant, le jugement prononcé ne sera pas le mien. Et heureusement, peut-être. Enfin, je n'ai pas fait attention à mes examinateurs. Ont-ils froncé les sourcils ? Ont-ils murmuré entre eux ? Que se sont-ils dits ? Qu'ont-ils noté ? J'aimerais me glisser au-dessus de leurs feuilles, mais je sais que c'est impossible, et que ce serait idiot. Je vais devoir attendre qu'ils délibèrent. Merlin ! Ont-ils remarqué mes doigts qui tremblaient et la fragilité cachée derrière ma voix ? Ont-ils repéré mes silences trop longs et l'abondance de mes reprises sur ce que je prononçais ? Tout ne s'est décidément pas passé comme je le souhaitais, mais je me doutais que ce serait le cas. Maintenant, puis-je dire que je suis fière ? Je ne sais pas. Je ne sais rien. Dès que je regarde en arrière, seules mes erreurs me sautent aux yeux.

Alors, pour m'arracher à ma soutenance, je me joins au groupe venu m'écouter, espérant me fondre parmi eux et disparaître dans leur mouvement vers les portes de sortie.

Je n'ose pas les écouter. Que diront-ils de moi, tous ces étudiants et professeurs ? À quel point seront-ils critiques ? De toute manière, je suis incapable de concentrer mon attention sur leurs paroles. Les sourcils froncés, je repasse ma soutenance en boucle dans mon crâne. Mon œil se tourne à l'intérieur de moi et m'éblouit de son jugement. J'ai été trop rapide. J'ai oublié de mentionner un point de mes recherches. J'ai manqué de détails dans cette partie. J'aurais pu expliquer davantage cet autre axe. J'avance et chaque pas résonne dans ma tête comme un reproche. Je ne fais même pas attention vers là où je me dirige. Je me contente de suivre le groupe.

Jusqu'à ce qu'une main se pose sur mon épaule et que mon nom éclose à mes oreilles.

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baisse de présence jusque fin juillet

21 oct. 2024, 11:39
Soutenance  SOLO 
« Eh, Alyona ! Attends-moi ! »

C'est Ondine. Je l'avais presque oubliée, plongée comme je l'étais dans mes réflexions. Elle s'était échappée de mes pensées, mais sa main sur mon épaule et sa voix dans mon dos l'y ramènent inévitablement.

Ondine. Malgré tout ce que nous avons traversé, elle n'a pas changé. Toujours la même voix rauque, les mêmes gestes brusques, et la même façon de m'interpeller avec entrain et sans gêne. Si ce n'est que maintenant, au moins, elle ne m'appelle plus par mon nom de famille. Je ne saurai même pas dire pourquoi elle a changé ses habitudes sur ce point-là. Peut-être s'est-elle simplement rendu compte que cela ne me plaisait pas ? Et cherche-t-elle à me plaire davantage, désormais, ou plutôt à se faire pardonner à cause de l'attitude fermée que je continue à lui présenter ? Finalement, je m'en veux presque autant que je lui en veux.

« Oh, désolée. » Je résiste à la foule pour laisser à mon amie l'occasion de m'approcher, et pouvoir ainsi lui parler plus simplement. « J'étais dans mes pensées, » répondis-je en guise d'excuse.

La brune se glisse à mes côtés et lâche mon épaule. Elle semble heureuse et épanouie, comme si sa soutenance n'avait pas lieu demain. Étrangement, cela ne m'étonne pas de sa part. L'ancienne Bleue est toujours arrivée sereinement à des examens, comme si l'angoisse qui assiégeait les autres, elle l'accueillait et la dévorait. Néanmoins, je ne peux nier que cela lui a toujours été utile. C'est une bonne élève, qui réussit généralement dans ce qu'elle entreprend. Je me demande ce qu'elle deviendra, par la suite. Elle sera sûrement un de ces chercheurs passionnés qui errent sans cesse dans leur laboratoire.

« Franchement, tu t'en es bien sortie. »

Cet avis prononcé sans que je ne pose de question me ramène irrémédiablement à ma soutenance. Car c'est bien de cela qu'elle parle, n'est-ce pas ? Toutes mes pensées et ma rancune sur Ondine se disloquent avec ses quelques mots. Je m'en suis donc bien sortie ? Malgré mes phrases rapides, mes mains qui tremblaient, ma peur et mon angoisse ? Me dit-elle cela pour me rassurer, ou le pense-t-elle vraiment ? Ai-je le droit de m'en sentir soulagée ? Puis-je faire confiance à son avis ?

Dans mes yeux, l'étonnement fait place à l'incertitude. J'ouvre la bouche et la referme. Je m'en suis bien sortie ? Merlin, je n'ose pas espérer.

Comme si elle avait deviné mes réflexions, mon amie poursuit :

« Bon, c'est vrai que ce n'était pas parfait. Tu as fait mieux devant moi. Et quand tu as commencé, on avait du mal à te suivre. »

Elle pose sa main sur mon bras, peut-être pour me guider vers les portes de sortie, moi qui suis restée immobile, suspendue à ses lèvres. Je n'ose pas penser trop fort.

« Cependant... Bah, t'as dit le plus important, et tu l'as bien dit. C'était clair et intéressant. Non : tu l'as rendu intéressant. » Est-ce un compliment ? Mes yeux s'arrondissent, je manque de trébucher. « Vraiment, tu peux être satisfaite. Pas la peine de te retourner la tête avec ça, ça a été. »

Je ne sais pas quoi dire. Est-ce donc ainsi que mon amie voit les choses ? Elle qui a posé un regard extérieur sur ma soutenance, elle semble confiante ? Pour moi ? Ondine ? J'ai presque du mal à penser cela possible. Cela signifie-t-il donc que je peux avoir de l'espoir ? M'en suis-je réellement bien sortie ? Je n'arrive pas à arracher ses paroles de ma tête. Puisqu'elle y croit, j'ai presque envie, moi aussi, d'y croire.

J'ai réussi ma soutenance.

Avant que je n'aie le temps d'ajouter quoi que ce soit, Ondine se glisse derrière moi et me contraint à passer les portes. Nous quittons la foule pour le couloir, et retrouvons un peu de calme.

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baisse de présence jusque fin juillet

21 oct. 2024, 19:00
Soutenance  SOLO 
Ondine et moi nous arrêtons sur le côté, à quelques mètres des salles d'examen. C'est surtout une contrainte que je lui impose, celle-ci semblant de prime abord prête à poursuivre son chemin jusqu'à une destination inconnue. Cependant, ma halte soudaine l'oblige à se tourner vers moi.

L'ancienne Bleue m'observe, et je secoue la tête. Alors, tout se termine aussi rapidement ! Je travaille pendant des mois, passe quelques minutes face à un jury, reçois l'avis bienveillant de mon amie sur ce que j'ai fait, et c'est tout ? Je suis censée passer à autre chose, me sentir rassurée et confiante, croire que tout est fini, et que le résultat sera à la hauteur de mes attentes ? Ma bouche est sèche. J'ai du mal fermer la page de ma soutenance. Malgré les paroles de mon amie, je n'arrête pas de revoir en boucle mes erreurs. Et si ce que j'avais fait ne suffisait pas ? Et si, au contraire de ce qu'Ondine affirme, je n'avais pas assuré à cet examen ? N'ai-je pas le droit de douter ?

Le regard plongé dans celui de la brune, je laisse les questions qui montaient dans mon corps retomber brutalement. En réalité, je n'ai pas envie de ressasser sans cesse mon travail. J'aimerais, comme mon amie, pouvoir avancer sans hésitation. Je voudrais effacer l'incertitude et faire confiance à l'avenir. Pourquoi est-ce si difficile ? Le passé ne m'appartient plus.

Je me racle la gorge, tentant de dissimuler mon malaise derrière ce bruit.

« Tu... »

Je me penche dans mon crâne pour rassembler les éléments de doute. Angoisses, souvenirs, paroles non dites, mains qui tremblent, lèvres qui bougent trop vite, voix qui résonne étrangement. Toutes ces choses collent à mes doigts. Je voudrais les lancer au loin, ne plus les avoir sur mes paumes, ne plus les traîner dans mon sillage. Donnez-moi la force de m'en détacher.

Et puis, un nom qu'on appelle derrière moi. « Personne suivante, s'il-vous-plaît. » Des vagues puissantes éclaboussent mon visage et se jettent sur mes mains, en arrachant le contenu. Mon souvenir tombe dans ma gorge en tintant.

Face à moi, le regard d'Ondine est interrogatif.

« Merci. » dis-je promptement pour effacer ma phrase laissée en suspens, et exprimer ma gratitude vis-à-vis des paroles précédentes de mon amie.

Nous verrons plus tard pour les résultats, les regrets, les angoisses, les déceptions. Ma soutenance est terminée, pourquoi revenir sans cesse dessus ? Ondine ne souhaitait-elle pas m'emmener quelque part ? N'est-ce pas l'heure de passer à autre chose ? Mon mémoire est définitivement terminé. J'y ai moi-même apporté le point final. Et oui, je crois que j'en suis fière. J'ai travaillé, j'ai appris, et j'ai fait de mon mieux. N'est-ce pas tout ce que je pouvais espérer ? N'ai-je pas désormais le devoir de soutenir mes amis, qui bientôt devront à leur tour passer leur soutenance ? Ils ont besoin de moi.

L'ancienne Bleue hausse les épaules, presque gênée.

« Bah... C'est rien, commence-t-elle avant de poursuivre rapidement. Allez, viens, Abby a terminé son cours, et elle doit attendre de tes nouvelles. Tu sais bien, elle était aussi stressée que toi. »

Je hoche la tête avant de suivre mon amie, qui reprend sa marche dans les couloirs. Abby, Ondine ; Ondine et Abby. Et moi. Je suis heureuse de les connaître, d'avoir leur soutien et leur amitié. Et, plus que tout, je suis heureuse d'avoir le coeur léger, soulagé du poids de ma soutenance.


f i n

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