Mon Loucataire-Garou
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![]() | LA CRÉATURE SOUS LE LIT
07 Octobre 2049 | ![]() |
Le sourire du Maestro s'était figé de nervosité : Bobbie Bassline lui avait bel et bien fermé la porte au nez. Etait-ce la menace d'un appel de loyer qui l'avait fait fuir ? Ou était-ce la même raison pour laquelle il avait été laissé tombé à Pré-au-Lard ? Comment son cœur pouvait s'apaiser lorsqu'il devait faire face à un tel comportement ? Plus hargneux que jamais, le sorcier tambourina à la porte.
« Bobbie, ce n'est pas poli de prendre congé comme ça ! » C'était un euphémisme pour lui qui se sentait complètement abandonné. Voilà que son sage protecteur censé apparaitre aux moments les plus critiques de sa vie était démissionnaire, d'une façon tout à fait incompréhensible. Comme plus aucun bruit ne transparaissait derrière la porte, Piccolo s'énerva complètement et sortit sa baguette magique.
Seule l'envie de ne pas avoir à faire remplacer sa serrure l'empêcha de l'exploser... « Très bien, se résigna-t-il. Je glisse le parchemin sous la porte... Mais sachez que vous me voyez obligé de l'envoyer par hibou postal également... essaya-t-il pour le faire culpabiliser - toujours sans résultat. Vous savez, j'aurais bien souhaité me reposer un peu, je suis si fatigué... Il suffirait d'une mauvaise prononciation dans une cheminée ou d'un manque de vigilance sur mon balai et je pourrais bien disparaitre complètement dans la nuit... » C'était une performance comme il n'en avait plus faite depuis un moment, mais elle ne toucha pas le public escompté. Le son d'un luth, en revanche, s'élevait depuis la porte.
Avec le regard d'un sorcier qui abandonnait, Piccolo descendit les marches bruyantes. Son attention se focalisait sur la loge sous l'escalier qu'il avait jusque là consciencieusement ignoré : la petite clef pendouillait toujours sur la serrure. Bassline ne lui avait jamais révélé s'il avait réussi à capturer l'Epouvantard - ou bien fait appel à un tierce sorcier pour le faire à sa place, puisque le baroudeur prônait la non-violence. Tripplehorn s'approcha prudemment, avec la pensée que rien ne pouvait être pire que l'indifférence imposée par son locataire. Il colla son oreille contre la petite porte, mais son regard fut rapidement accaparé par autre chose : un liquide coulait sous la porte.
Cette fois-ci, le sorcier ne serait pas pris par surprise. Essayant de conserver cet avantage, Piccolo recula jusqu'à ne plus pouvoir et se tint prêt, l'esprit concentré sur toutes les choses qui l'avaient fait tellement rire au cours de sa vie - du théâtre comique, des calembours qui l'avaient marqué, des souvenirs qui remontaient à un temps où l'Epouvantard aurait pris l'apparence de jouet à ressors. Lentement, l'amas de bulles, plus vert que jamais, grandissait et s'étalait sur le plancher, passant à travers les interstices de la paroi fermée.
Cette créature l'adorait de trop, évidemment, puisque Placido Tripplehorn était constitué à soixante-dix pourcents de manque de confiance en soi - caché sous des couches de fausse assurance -, de peurs irrationnelles, et d'un certain souvenir traumatisant qu'elle s'amusait à exploiter à sa façon. Ce poison qui l'avait rendu aphone, il y a quinze ans, avait maintenant l'apparence d'un grand monstre de bulles qui le dominait de taille. C'était comme s'il était capable de se renforcer encore et toujours en prenant des formes qui émanaient une force animale - à la fois tigre s'apprêtant à bondir, rhinocéros prêt à charger et hippopotame sur le point d'avaler. Les yeux clos, Piccolo préparait sa revanche, le laissant pour le moment à l'illusion qu'il prenait le dessus sur lui. Il ne remarqua pas immédiatement Bassline, dans l'escalier, qui l'observait intensément derrière ses lunettes teintées : Apaise ton cœur, semblait-il prier. C'était comme s'il avait su ce qui allait suivre lorsqu'il lui avait fermé sa porte.
Piccolo lui jeta un regard intense : il fallait qu'il s'écarte ou bien l'Epouvantard changerait de cible. Bobbie leva les deux pouces et remonta jusqu'à son palier. La rancune qu'il avait pu éprouver pour Bobbie Bassline l'instant d'avant s'amenuisait, car Piccolo comprenait quelque chose dans sa présence et la manière dont il l'avait encouragé : il avait voulu lui offrir un cadeau inestimable en le laissant dominer sa peur à travers cet Epouvantard. Son impression d'enfin saisir quelque chose le nourrissait dans sa magie. A vrai dire, les rires passés qui résonnaient en lui avaient sûrement un rôle dans cette compréhension. Il savait aussi maintenant que la présence de ce poison dans sa coupe n'avait jamais été juste, qu'il n'était pas fautif d'avoir provoqué un affreux instinct meurtrier chez son empoisonneur et, surtout, que la Petite Renata pouvait bien être mêlée dans cette affaire - une hypothèse trop rapidement écartée par la Grande Renata et qu'il n'avait pas été capable d'explorer en raison de sa confiance aveugle pour elle...
La vague toxique et visqueuse, aux bulles de respiration fumeuses, s'abattait sur le Maestro - mais il avait apaisé son cœur.
« Riddikulus. »
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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![]() | LE DEUXIÈME BOBBIE
07 Octobre 2049 | ![]() |
Les bulles verdâtres se désagrégeaient de l'amas de substance, comme si elles ne voulaient plus rien à voir avec lui. Tripplehorn avait ce rire de sorcier libéré. Il paraissait sûrement un peu dérangé, son ombre projetée contre le mur avait des airs de professeur fou qui était arrivé à la solution. De son poison vieux de quinze ans, il ne restait plus que les bulles de savons qui planaient, légères, en éclatant dans leur "plop" caractéristique. Le sorcier se laissa tomber, abattu par les émotions, mais quelque chose dans sa vision périphérique le rendit plus alerte que jamais.
« Bobbie, n'approchez pas ! » réussit-il à s'exclamer, à bout de souffle, en observant son locataire qui apportait une malle en osier. Le sorcier aux lunettes teintées la laissa glisser au sol, sous les bulles virevoltantes, mais l'Epouvantard reprenait déjà une nouvelle apparence. Bobbie Bassline fit coulisser la baguette magique coincée derrière son oreille et, avec un flegme étonnant, se mit en position d'attaque. Voilà qui était tout à fait curieux, lui qui avait toujours été dans le camp des pacifistes invétérés...
Les yeux écarquillés, Piccolo suivit son regard : un miroir se tenait là, comme prêt à exploser en mille morceaux si l'on en croyait ses tremblements erratiques. La vitre se fendait de toute part, mais Bobbie lançait son sort, doté d'un flegme monumental malgré la sueur qui perlait sur son visage. Piccolo se rappela de cette fureur qu'il lui avait découverte à Pré-au-Lard, lorsqu'il l'avait immobilisé pour lui faire passer son message. La dualité de ce sorcier ne l'avait jamais autant intrigué qu'à cet instant où le miroir était apparu comme son Epouvantard. Au moment de se briser en éclats, il se reconstitua sous leurs yeux, laissant apparaitre un grotesque reflet de fête foraine. Le Bobbie Bassline aplati du miroir agitait sa main, aussi flegmatique que d'habitude.
L'auteur hilare du sort rangea le miroir dans la malle qu'il avait apportée. « Cool, maan », souriait-il. Ils ne partageaient visiblement pas les mêmes émotions, mais quelques secrets profonds avaient été révélés et Piccolo sentait que leur relation pouvait retrouver quelques couleurs après cette bataille. Leurs regards observaient la malle agitée comme lorsque l'on déclamait quelques derniers paroles à un défunt. « Vous me devez toujours le loyer du mois, insista Tripplehorn pour mettre à profit cet instant suspendu. Bobbie et ses lunettes insondables s'arrêtèrent sur lui.
— Une petite infusion ? »
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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![]() | MADAME LAPEUR
07 Octobre 2049 | ![]() |
Tripplehorn avait bien fait comprendre à Bassline qu'il passerait la nuit dans l'appartement. En passant dans l'entrée, il avait ramassé le parchemin du loyer qui était apparemment resté au sol, toujours ignoré par son destinataire. Vraiment, Bobbie manquait de civisme.
« Je me permets de poser ce document important... Quelque part. » Il observait autour de lui, les meubles manquaient toujours à l'appel. Le parchemin finit par se trouver coincé derrière l'un des luths accroché contre le mur - au moins, il était sûr qu'il le verrait.
La soirée fut bien calme en comparaison à la bataille qui venait d'avoir lieu dans le hall du bâtiment. Si les deux sorciers ne se parlaient pas beaucoup, ou alors seulement de choses bien peu profondes, ils avaient trouvé un autre moyen de communiquer leurs émotions : se rapprocher physiquement. L'infusion qu'ils avaient préparé les aidait aussi à oublier la malle gigotante enfermée dans la loge sous l'escalier. La venue du sorcier qu'ils avaient dépêché pour la récupérer était très attendue. Près du feu, bercés par le bruit de la théière pleine de rouille qui remplissait de nouveau les tasses, et emmitouflés dans une épaisse couche de draps, les sorciers profitaient de cette tranquillité revenue.
« Je vois que votre plafond étoilé est réapparu... » C'était une remarque à mi-chemin du reproche car, normalement, lorsque l'on était un bon locataire, on prévenait son propriétaire de tout changement opéré dans le logement. Cela dit, il s'agissait d'un bel ajout. Bobbie restait silencieux, comme s'il détectait automatiquement les moments qui pouvaient le mettre en porte-à-faux. Il délaissa sa tasse et disparut dans la pile de coussins.
« Elles nous rappellent à quel point on est tous minuscules, maan... »
— Je ne me sens pas particulièrement concerné, rétorqua Piccolo en le rejoignant. Le sourire presque imperceptible de Bassline réapparut.
— C'était un bien beau sort, petit Coco... »
Un peu vexé par cet enchaînement, Piccolo se remmitoufla dans les draps puis se rapprocha un peu de Bobbie. Il était toujours aussi insondable, et pourtant plus humain que jamais. Comment évoquer de la bonne façon cet Epouvantard aux traits de miroir brisé ? - car il y avait toujours mille mauvaises façons de s'adresser à lui et jamais rien qu'une seule bonne façon d'obtenir une réponse.
« Bobbie vous avez un charme fou, j'espère que vous en êtes bien conscient. »
Il paraitrait peut-être pour le plus superficiel des sorciers, mais c'était pour les besoins de sa petite enquête. Le sorcier, comme à son habitude, sembla le sonder un instant à travers ces lunettes qu'il ne quittait jamais - pas même dans son sommeil. « Ne t'en fais pas pour moi, maan. » Quelle étrange réponse... Piccolo s'en faisait sûrement un peu plus, à présent, mais au moins il était persuadé que Bobbie garderait son compliment - il en était certain, car on gardait toujours les compliments d'un beau sorcier en mémoire.
« On ne combat jamais vraiment entièrement la peur, n'est-ce pas ? s'enquit-il en fronçant les sourcils. Son poison, il le garderait toujours dans ses veines, bien qu'il pouvait apparemment trouver la force de l'affronter parfois.
— Alors là t'y es totalement maan. »
Piccolo fut surpris par cette approbation si rare ces derniers temps. Cela dit, c'était une très mauvaise nouvelle pour tout le monde. Curieusement, il ne réagit pas lorsque Bobbie l'enlaça au point où il pouvait deviner à présent ses véritables yeux à travers ses verres teintés. « Merci, laissa-t-il échapper. Placido se trouva très bête et enfantin, bien qu'il se raccrochait un peu plus à lui. Vous savez Bobbie, cet Epouvantard aurait pu bien ressembler à un miroir pour moi aussi. Il sentait les battements de cœur de Bassline. Il n'avait jamais senti des battements si tranquilles. C'était l'apparence que ces créatures aimaient prendre quand j'étais plus jeune... Les miroirs ont toujours eu une importance capitale pour moi. » Ils en avaient toujours un peu. S'il avait cru que Bassline resterait encore un peu silencieux, il se trompa :
« Qu'est-ce que tu voyais dans leurs reflets ?
— Moi... Tout simplement moi. » Piccolo ne s'était jamais contenté de sa beauté, il avait toujours poursuivi la perfection en craignant la banalité qu'il pouvait exprimer dans le regard des autres. Comme d'habitude, il avait cru que partager cet élément de sa vie intérieure lui permettrait d'accéder à celle de son sorcier baroudeur. « Mh. » Voilà tout ce qu'il obtint en retour.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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![]() | IL ÉTAIT UNE FOIS UN POISON
08 Octobre 2049 | ![]() |
Recraché par un vilain cauchemar, Piccolo s'éveillait dans l'obscurité. Le monde des vivants avait visiblement encore besoin de lui. Il s'étira, repoussant quelques coussins à ses côtés. Les matins dans cet appartement étaient un peu froid, constatait-il alors que sa conscience revenait complètement. En voulant s'agripper à Bobbie, il fut confronté à un vide à ses côtés.
« Encore ?! » laissa-t-il échapper, furieux. C'était une sensation extrêmement désagréable pour lui que de s'endormir dans les bras de quelqu'un et de se réveiller sans autre âme que la sienne - il se promit encore une fois qu'il ne la reproduirait jamais plus de sa vie sur une autre personne. Le sorcier s'emmitoufla dans les draps, attrapa sa baguette magique et alluma un feu. Si Bobbie ne réchauffait pas davantage son logement, ses guitares finiraient par être victimes de l'humidité ambiante... Piccolo les observait une par une, jusqu'à arriver au luth derrière lequel il avait coincé le parchemin du loyer. Il n'avait pas bougé d'un pouce. Un autre luth à ses côtés sursauta dans un petit son, comme lorsque l'on rêvait trop intensément. En les scrutant ainsi, le sorcier avait atteint la conviction que tous ces instruments ne craignaient ni l'humidité ni aucune menace extérieure grâce à l'amour que Bobbie leur vouait. Piccolo se retenait d'en détacher un pour le tester, bien conscient de l'infamie qu'un tel geste constituait pour un sorcier musicien. Son regard se posa sur la porte fermée qui menait à la chambre.
Pour la première fois depuis qu'il connaissait cet appartement, la poignée ne céda pas. C'était donc ça, la frustration du propriétaire. La baguette magique dans sa main se ravisa : ça non plus, il ne pouvait pas se le permettre. Depuis que Piccolo s'était levé, il nourrissait une certaine conviction sur ce qu'il devait faire. La rencontre de la veille avait été l'étincelle de cette décision, et partir en expédition dans l'appartement qu'il louait lui permettait seulement de retarder l'inévitable : il y avait des choses qui avaient besoin d'être dites, aussi incommodantes demeuraient-elles pour lui. Lorsqu'il eut fini d'observer les couches de poussière et le fond des chaudrons, Piccolo retourna à la petite cheminée. La pile de boites en bois posée sur le manteau de la cheminée le motiva. Il ne pourrait confronter la Petite Renata qu'ici et maintenant, dans cet appartement symbolique pour eux.
Dans l'optique de trouver la poudre de cheminette, Piccolo ouvrit la première boite... vide. Il trouva la seconde et afficha une grimace d'incompréhension : il n'avait aucune idée de ce qu'il était en train de regarder. Des petits morceaux solides et pointus, comme des bouts d'ongles mais de couleur noire, l'observaient en retour comme si eux-mêmes ne savaient pas ce qu'ils faisaient là. Piccolo referma la boite sans vouloir enquêter davantage de si bon matin, et trouva sa poudre de cheminette dans la troisième boite.
« Signorina Renata Maldiaddome... » appela-t-il, accroupi devant la chaleur de l'âtre. Il eut le temps de faire chauffer de l'eau sous un chaudron avant d'obtenir une réponse - et Bobbie n'était curieusement toujours pas de retour. Il n'aurait pas refusé sa présence pour cette nouvelle bataille.
« Qui m'appelle ? Je ne suis pas coiffée, et personne ne l'est à cette heure-ci~ reprochait la voix cristalline et lointaine de la Petite Renata.
— Renata... pesta-t-il, concentré. Je suis le sorcier que vous avez dilapidé de son succès il y a quinze ans, en versant quelques gouttes de poison dans sa coupe. » C'était une accusation très précise, mais il souhaitait recevoir une réaction qui l'était tout autant. Les flammes ne permettaient pas de distinguer les émotions de sa vieille rivale, mais il pouvait entendre son silence inquiet.
Le temps de réflexion - ou de surprise - passé, la voix de la chanteuse s'éleva de l'âtre :
« Mamma mia, il était temps Piccolo... Sa voix ne contenait aucune intonation médisante, plutôt une douceur qui ne lui convenait aucunement : c'était la seule qu'il voyait jouer ce rôle d'empoisonneuse à la perfection, pourquoi ne le tenait-elle pas jusqu'au bout ? Une fureur intacte, tout droit venue du passé, le motivait à tenir position près de ce feu qui lui donnait tous les airs d'un esprit vengeur. Puisque vous semblez prêt à explorer les eaux de la vérité, rencontrons-nous devant une Pensine... Votre famille en possède une, n'est-ce pas ? » Sa voix tranquille - aussi tranquille que les battements de cœur de Bobbie Bassline - l'avait enveloppé tout entier.
La conviction de Piccolo s'étiolait. Le ton innocent et compatissant de la Petite Renata créait en lui un flot de dissonances. Où était passées son ironie habituelle, ses piques cruelles, la jalousie maladive qu'elle avait toujours éprouvé à son égard ?
« Peut-être bien que vous disposez d'un solide alibi, mais je sais que c'est vous, peu importe qui a versé le poison ! s'emporta le sorcier, devenu soudain enfantin sans toutes ses protections habituelles.
— Nous aurions dû commencer cette discussion il y a quinze ans, ce sera mon seul et unique regret bien que la responsabilité n'incombe ni à vous, ni à moi... Je dispose de bien mieux qu'un alibi : je sais précisément ce qu'il s'est passé ce soir-là... Je vous montrerai, Piccolo... Si vous êtes réellement en capacité de faire ce voyage. » Il l'était. La créature sous son lit avait été délogée et il n'avait plus d'autre choix que de s'en occuper. Ils convinrent d'une date pour ce rendez-vous urgent.
« Je serai peut-être très désagréable.
— Rien de nouveau dans le chaudron pour moi. »
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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![]() | VIEILLE AMIE
08 Octobre 2049 | ![]() |
Au lieu de se rendre immédiatement chez l'Oncle Typhus, lieu du rendez-vous, Tripplehorn avait transplané jusqu'à sa propriété du Chemin de Traverse. Toute la journée, il n'avait cessé d'imaginer tous les scénarios possibles en prévision du face à face. Il en était venu à la conclusion qu'il avait besoin que Bobbie l'accompagne, c'était en quelque sorte la condition pour qu'il se sente en position de force devant sa vieille rivale, la Petite Renata. Le matin même, son locataire avait disparu de l'appartement et Piccolo lui avait laissé une note expliquant son entrevue dans la cheminée de la sorcière, ainsi que deux mornilles pour la poudre de cheminette qu'il avait emprunté.
Il tambourina à la porte, pressé : « Bobbie, vous êtes là ?! Pitié, dites-moi que vous êtes là. » Le sorcier entendait du bruit, sans identifier réellement de quoi il s'agissait. A priori, les luths et sitars n'étaient pas encore capables de se déplacer seuls. Curieusement, ce ne fut pas la porte de l'appartement qui s'ouvrit, mais la porte du hall. Bobbie Bassline s'arrêta au pas des escaliers, ses deux guitares toujours collées à son dos.
Les deux sorciers gagnaient ensemble l'appartement de l'Oncle Typhus entre les flaques d'eau. Visiblement, Bassline avait été rapidement convaincu. Tripplehorn avait fait passer ce service comme une occasion d'obtenir son pardon pour l'avoir une nouvelle fois laissé seul au petit matin. « Où étiez-vous parti, d'ailleurs ? C'est inquiétant tout de même... La chose la plus inquiétante, c'était quand le baroudeur ne répondait pas. Si la Petite Renata vous pose des questions, faites comme à votre habitude : gardez votre silence mystérieux. »
Ce dernier conseil arrivait à point nommé, puisqu'ils avaient atteint le vieil immeuble londonien de l'Oncle Typhus et son logement bric-à-brac. La première mauvaise surprise du Maestro fut celle
d'apercevoir la Petite Renata installée dans le fauteuil favori. Elle finissait de porter une petite tasse à ses fines lèvres comme si elle prenait son temps pour saluer les deux arrivants. Tripplehorn pouvait sentir qu'elle se retenait de l'accueillir de ses quelques moqueries habituelles - ce qu'il valait mieux pour elle car, comme annoncé, il allait se montrer plus désagréable que d'habitude étant donné la teneur de l'affaire qui les réunissait.
Il donna un baiser sur la main de l'Oncle Typhus. « Tu as bien reçu mon billet ? Nous devons utiliser la Pensine.
— Ta charmante amie avait commencé à m'expliquer, oui... et vous Monsieur Bassline, vous voulez une tasse de thé ? Bobbie était occupé à fureter autour de la radio magique, les mains tendues devant lui comme s'il captait des ondes.
— Il ne veut rien, ça ira », décida Piccolo pour lui. Son regard se planta dans celui de la Petite Renata qui possédait ce petit sourire narquois : Où est-ce que tu l'as dégoté celui-là ? Aujourd'hui, Piccolo ne s'en faisait pas, ayant bien plus important sur le feu.
Le grenier, aussi poussiéreux que la dernière fois où il avait osé y mettre les pieds, n'avait pas changé ou presque. L'Oncle Typhus avait tiré la Pensine au milieu de l'espace à défaut de pouvoir la descendre en bas. Il n'était d'ailleurs pas monté avec eux, occupé à terminer la dernière Féériflamme en date, non sans un dernier rappel glissé à son neveu : Reviens-moi vite.
Dans la semi obscurité, le bassin à oiseaux diffusait une lumière presque rassurante si l'on s'y attardait longuement. Encore une fois, le regard de Piccolo se posa sur la Petite Renata. Bassline avait l'allure d'un épouvantail à ses côtés - bien qu'elle s'était habillée plus modestement que d'habitude si l'on en croyait sa grande collection de robes à froufrous. Peut-être bien qu'elle n'était pas là pour fanfaronner, mais plutôt dans une démarche bienveillante - il en douterait jusqu'au bout... « Vous m'avez surpris ce matin, Piccolo... mais j'attendais ce moment. J'ai apporté ce que vous cherchez. Elle tira de son petit sac en tissu une fiole argentée. Est-ce que vous pouvez demander à votre ami d'arrêter de me sentir ? Piccolo secoua la tête pour se réveiller de cette mémoire embouteillée. Il prit la place de Bobbie devant la Pensine, s'immisçant entre eux.
— Votre parfum est très floral, ça doit lui rappeler la nature... » Il tendit la main pour récupérer la fiole, mais la sorcière préféra s'occuper elle-même de son souvenir, le déversant au centre du bassin d'un air déterminé. Leurs regards convergèrent un instant. Qu'avait-elle pu réussir à cacher - à lui, aux autorités, et surtout à sa propre mère la Grande Renata - durant plus de quinze ans ?
Tripplehorn s'avança un peu, mais la main de la Petite Renata l'arrêta dans son empressement. Ses yeux étaient implorants et le sorcier ne pouvait comprendre ce qu'ils signifiaient pour le moment.
« Maestro, vous allez me haïr de tout votre être... Mais je serai bien là pour recevoir votre colère. » Sans plus de manières, la sorcière s'écarta d'un pas et, plus que jamais, Piccolo redoutait le voyage qu'il allait entreprendre. Bobbie tapota son épaule comme pour lui donner du courage, puis il plongea.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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![]() | LE CHARDONNERET NE CHANTERA PLUS
08 Octobre 2049 | ![]() |
Le sorcier observait le décor qui se formait autour de lui, déjà saisi par la beauté de ce lieu qu'il avait bien connu. S'il avait dû choisir son héritage lui-même parmi les demeures dans lesquelles la Grande Renata avait vécu, il aurait choisi cette maison et sa cour intérieure qui vous évitait de partir à la recherche d'un endroit aéré pendant l'été. Un petit bijou architectural qui ne devait même plus exister aujourd'hui. Deux sorcières s'éventaient contre l'un des parapets, elles semblaient en grande discussion. En les voyant si vivantes, la sensation de voyager dans le passé lui revenait comme un souvenir désagréable. Dans d'autres circonstances, il aurait adoré rester ici plus longtemps, à surprendre des discussions qu'il n'avait encore jamais entendu. Les voix étouffées laissèrent soudain place à des paroles bien distinguables :
« Non c'est non. Je ne peux pas prendre la responsabilité d'un tel acte... Tu as créé ce monstre, alors c'est toi qui devrais trouver le moyen de t'en débarrasser ! pestait la Petite Renata. Sa mère la Cantatrice laissa échapper un râle :
— Ce n'est pas si simple... Je ne pourrais pas le faire toute seule. Et j'attire tous les regards partout où je passe ! Elle détourna les yeux de sa fille un instant avant de revenir avec force : Pour ta gouverne, il n'a pas eu besoin de moi pour atteindre ses sommets... Au contraire, je n'ai fait que contenir sa carrière durant tout ce temps. Ça t'a aidé plus que tu ne le crois...
— Alors tu admets qu'il a du talent et que je n'en ai pas, trancha la Petite Renata. La Cantatrice planta ses yeux alourdis par le maquillage dans ceux de sa fille.
— Amore mio... Tu apprendras que c'est mieux de ne pas en avoir. »
Les yeux plissés, Piccolo s'efforçait de rester attentif mais ces paroles lui paraissaient incongrues. Etait-ce de lui que l'on parlait ainsi ? La scène changeait et, comme il devait s'y attendre, l'Opéra se dessinait dans ses teintes rouges. Cette fois-ci, la Grande Renata semblait presque poursuivre sa chère fille dans la coursive, chose rendue difficile par sa grosse robe. L'ombre les observa passer devant lui comme des Harpies.
« Rends-moi Lutti, alors. C'était mon elfe avant qu'elle ne me quitte pour toi...
— Tu l'as virée ! rétorquait la Petite Renata sans s'arrêter. Tu ne pourras pas la forcer à faire quoi que ce soit... Et je ne veux rien savoir de ton plan ! » La Petite Renata repartait en courant, semant sa mère sans trop de difficulté.
La scène changeait de nouveau, beaucoup trop vite pour Piccolo dont la respiration devenait difficile. La réalisation lui faisait perdre son souffle ou bien la vision qui se dessinait devant lui l'emmenait vers un cauchemar revécu de trop nombreuses fois. Le jeune Chardonneret débutant au centre de la scène était illuminé par une ronde de bougies flottantes. C'était un point de vue qui prenait Piccolo de court : on ne savait jamais réellement à quoi on ressemblait depuis le plus lointain des fauteuils. La Petite Renata ne l'observait pas aussi scrupuleusement que les autres spectateurs venus l'acclamer pour son premier grand rôle. De temps en temps, elle lançait des regards à l'autre bout de la salle comme pour vérifier quelque chose. En suivant sa direction, le sorcier trouva la Cantatrice, derrière sa paire de Multiplettes, qui semblait surveiller le moindre des faits et gestes de son protégé comme à son habitude - un peu à l'image des grands producteurs moldus qui visionnaient et revisionnaient les prestations de leurs poulains captées par une caméra pour corriger le moindre faux pas. Alors que la scène atteignait le point culminant de sa tragédie - le sorcier au cœur velu s'allongeant auprès de sa bienaimée pour l'accompagner dans la mort dans une dernière complainte saisissante - Piccolo découvrait, en même temps que la Petite Renata, le siège vide de la Cantatrice.
Ce n'était pas si inhabituel puisqu'elle était toujours la première à l'accueillir à son retour de loge - mais le sorcier se rappelait bien de son absence ce soir-là, puisqu'il l'avait attendu en buvant ce breuvage empoisonné. Piccolo pressentait enfin assister à l'horreur de la vérité, puisque la Petite Renata s'était levée de son siège comme pour prendre en filature sa mère... Malheureusement pour lui, la jeune sorcière se ravisa devant les acclamations des spectateurs - comme prise dans la spirale de sa jalousie - applaudissant les artistes sur scène jusqu'à l'abaissement du rideau.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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![]() | LA PLUS LONGUE NUIT
08 Octobre 2049 | ![]() |
Tripplehorn était resté un moment agrippé au bassin, la poitrine douloureuse. Il avait senti Bobbie Bassline à ses côtés et l'avait saisi avant de ployer complètement sous le poids de sa profonde détresse. Le sorcier sentait la main de Bobbie lui caresser les cheveux.
« Il... Il est en train de mourir ?! s'inquiétait la Petite Renata en lui créant du vent avec son éventail.
— Choc émotionnel ma sœur... Faut laisser le temps. » La sorcière ne retint pas sa grimace devant Bobbie, mais elle continua d'éventer de plus belle le visage livide de son vieux rival. L'Oncle Typhus réapparaissait, apparemment lui aussi inquiet de ne plus rien entendre depuis un moment. Piccolo continuait de s'agripper à Bobbie, la tête cachée dans son manteau de fourrure. Il disait quelque chose mais on ne comprenait rien.
« Merlin, qu'est-ce qu'on va faire... diagnostiqua le vieux sorcier derrière ses grosses binocles.
— T'inquiète pas maan, faut laisser le temps, répéta d'un ton tranquille Bassline. Ils étaient maintenant tous réunis au sol près de la Pensine, à examiner Piccolo qui mettrait du temps à se remettre.
— Vous aviez prévenu que le choc serait violent mais... Je ne crois pas l'avoir déjà vu aussi atteint, leur apprit le vieux sorcier. C'était faux car son neveu pouvait se montrer extrêmement sensible dans certaines situations précises - et l'Oncle Typhus avait souvent été témoin de ces situations. La sorcière avait semblé peser le pour et le contre avant de s'autoriser à répondre : « Il sait qui lui a volé sa voix... » Piccolo hoqueta de nouveau. L'Oncle Typhus paraissait deviner, la Cantatrice n'avait jamais fait l'unanimité chez les Tripplehorn et elle avait longtemps été leur suspecte désignée bien qu'ils n'avaient jamais osé en parler devant le petit protégé. Il se rapprocha de son neveu et saisit son visage éploré entre ses mains. On ne pouvait imaginer ce qu'il traversait - ses yeux côtoyaient un enfer qui supprimait l'espoir de toute aide extérieure. A vrai dire, il avait toujours eu ce regard hanté.
« Il faut que... je retourne... à Poudlard, réussit-il à prononcer distinctement. Je dois... partir... maintenant.
— Non ! » scandèrent en chœur tous les sorciers.
Le regard perçant du Maestro revint un instant. L'éclair vengeresse fixait la Pensine qui accueillait encore les souvenirs de la Petite Renata.
« Je... Je ne peux pas rester ici », leur informa-t-il. Il bouscula les mains qui s'efforçaient de le consoler et se releva comme si l'on s'apprêtait à interpréter un rôle sur scène. Malgré toutes les tentatives pour essayer de le retenir - quoi que Bobbie s'était montré distant - le sorcier s'extirpa rapidement de l'appartement, capuchon abaissé sur la tête. Le froid mordant et l'obscurité des rues semblèrent lui procurer un instant tout ce dont il avait besoin. L'espace d'une seconde, en observant le ciel pollué de Londres, il avait cru vouloir partir au hasard d'une route à l'image de Bobbie Bassline, libéré de toutes ses attaches.
Sa longue cape continuait de se faufiler à travers les ruelles les moins fréquentées à la tombée de la nuit. Il avait conscience de ne pas ressembler au plus commode des sorciers. Bassline le suivait de loin, Piccolo avait senti son parfum à quelques mètres de lui. L'Oncle Typhus l'avait sûrement forcé à le prendre en filature...
« Rentrez chez vous, ne vous en faites pas pour moi. » Il ne savait pas d'où lui venait cette force de paraitre encore un peu normal. Dans la lumière d'une lune presque pleine, la silhouette de Bobbie se détachait du coin de rue. Son grand manteau de fourrure, ses lunettes de soleil, ses deux guitares sur son dos, son allure tranquille malgré les mauvais regards à son égard... Longtemps, Piccolo avait pensé qu'il valait mieux être un Bobbie Bassline qu'un Placido Tripplehorn et pourtant, l'Epouvantard avait pris l'apparence d'un miroir brisé devant son baroudeur à l'esprit sain.
« Rentrez chez vous... » répéta Piccolo alors que Bobbie le rejoignait. Il passa son bras sous le sien et l'entraîna dans une autre direction sur le Chemin de Traverse, visiblement déterminé à ne pas le laisser traverser la nuit sans escorte. Curieusement, cette insistance lui apparut comme un cadeau. Peut-être bien que Bobbie Bassline possédait une attache particulière. Tripplehorn se laissa convaincre.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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![]() | LE PASSAGER CLANDESTIN
08 Octobre 2049 | ![]() |
Piccolo se laissait guider, ce qui demeurait une sensation finalement agréable lorsque l'on se trouvait entre les mains de Bobbie Bassline. Il pouvait imaginer que le sorcier allait lui changer les idées en lui montrant un endroit curieux, un paysage renversant ou bien quelque chose, n'importe quoi, qui sortait un peu de l'ordinaire... Un peu déçu, le sorcier constatait plutôt qu'il l'emmenait tout droit dans son appartement... Héritage de la Cantatrice. Piccolo pila, incapable d'aller plus loin.
« Je ne peux pas aller plus loin, je vais... pleurer », prévint-il, sa voix faiblissant de nouveau. Jusqu'à présent, il avait évoqué son lien à la Cantatrice sans trop de difficultés à Bobbie - du moins, le lien qu'il avait cru entretenir avec elle - jusqu'à lui révéler ce qu'il avait vu dans la Pensine. Le silence du luthier l'aidait souvent à réorganiser sa pensée, mais à présent il ne pouvait pas le suivre davantage, bloqué par cette vision du passé qui prenait la forme d'un vieux bâtiment tordu.
« Aah ouaais, c'était sa crèche... comprenait Bobbie Bassline derrière l'éclat de ses lunettes de soleil. Bah, c'est la mienne maintenant. » Le toupet du sorcier surprit assez Piccolo pour lui soutirer un rire.
La fatigue le poussait dans ses retranchements. Son locataire n'avait pas beaucoup insisté pourtant le Maestro réagit comme tel :
« D'accord, très bien... Je vous suis mais je vais quand même pleurer...
— T'auras pas le temps de pleurer Coco... » Voilà qui était mystérieux et même très intriguant. Le sorcier commençait à connaitre son énergumène au point de deviner qu'il voulait lui changer les idées avant l'heure des cauchemars.
Cependant, arrivés à la porte, Bassline sembla hésiter en tournant la clef.
« Maan, avant qu'on rentre j'ai besoin de savoir quelque chose... Piccolo ouvrit grand les yeux et les oreilles pour l'inviter à poser sa question. Si Romeo et Juliet faisaient... Mettons, soixante-quinze centimètres de hauteur... et mettons aussi qu'ils ne sont plus acceptés dans ton château... est-ce que tu serais furax s'ils habitaient ici ? » C'était une question qui donnait la migraine - et qui sortait de nulle part - mais Piccolo se mit à y réfléchir sérieusement par politesse. On aurait dit qu'il s'agissait d'un test pour déterminer s'il pouvait être digne d'entrer chez lui - ce qui était un peu désagréable étant donné qu'il avait grand besoin qu'on le ménage un peu ce soir et tout le monde s'accordait sur ce point.
« Si j'en crois le Guide des bons logeurs de sorciers, mieux vaut ne pas accepter les animaux de tailles moyennes à grandes. D'ailleurs peu d'appartements sont loués avec des animaux à Londres, j'ai entendu dire que les propriétaires Moldus sont les pires à ce sujet... Il frotta son menton. Soixante-quinze centimètres, c'est l'équivalent d'un enfant de douze mois si j'en crois mes neveux - et ils faisaient déjà beaucoup de dégâts à cet âge-là. De toute façon, si Romeo et Juliet devenaient aussi grand qu'un géant, je m'inquiéterai d'abord de leur alimentation, ou bien je provoquerai en duel le sorcier qui aura osé leur lancer un sortilège de Gavage...
— Mh. Bassline le fixait sans bouger, comme s'il n'était pas satisfait de sa réponse, mais Piccolo commençait à s'inquiéter pour une autre raison...
— Bobbie dites-moi, j'ai cru entendre du bruit dans l'appartement en venant vous chercher tout à l'heure... Vous n'hébergeriez pas des oiseaux de soixante-quinze centimètres, quand même ? »
Bassline sembla avaler de l'air pour répondre avant de se raviser. Il laissa sa main tomber de la poignée, également, comme s'il était déterminé à lui accorder une deuxième chance pour trouver la bonne réponse : « Imagine que Romeo et Juliet ne peuvent pas retrouver leur toute petite taille... mais que je propose de les accueillir ici. Piccolo leva un doigt menaçant, essayant de garder sa voix basse dans le cas où quelques voisins les écoutaient.
— Non, non, non Bobbie, je partirai vivre avec mes grosses perruches à la campagne. Et même je vais vous dire, j'en profiterai pour quitter ce pays ! » Ce n'était pas la bonne réponse, mais Piccolo sentait son sang bouillir dans ses veines - son père lui aurait dit que c'était son côté italien. Bassline tourna la poignée de la porte et l'invita à entrer. Piccolo n'ôta même pas sa cape, il chercha immédiatement un animal du regard.
« Wouf. » L'attention du sorcier se focalisa immédiatement sur la grande pile de coussins. Il y avait une anomalie cachée dans les motifs : deux yeux en amandes le fixaient aussi profondément que les lunettes de Bobbie Bassline.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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![]() | DANS LA FORÊT-NOIRE
08 Octobre 2049 | ![]() |
Piccolo ne s'approcha pas davantage de la pile de coussins, cherchant plutôt une réponse auprès de son locataire. Le sifflement de Bobbie Bassline décida la créature à sortir de sa cachette, d'un bond, pour se diriger tout droit vers lui. Cet animal bien trop immense à ses yeux ne faisait effectivement pas partie du contrat. Piccolo recula un peu quand le gros chien sembla se détourner du maître.
« Euh, Bobbie..? eut-il le temps de demander avant que deux grosses pattes ne viennent se coller à sa robe de sorcier.
— Tu as été accepté, maan... » C'était culotté de sa part car il n'avait aucunement accepté la présence d'un tel animal dans l'appartement. Un peu comme un réflexe, ses mains malaxèrent les joues dodues du chien. Il était d'une douceur extrême et ses yeux ambrés avaient de quoi raconter une histoire aussi profonde que la sienne.
« C'est... un loup ?! ne put-il s'empêcher de demander, le cœur battant. Bobbie fit redescendre la bête pour la mener vers une gamelle.
— Tu devrais quitter ton royaume plus souvent mon Coco... Tu n'aurais pas eu besoin de poser cette question. » Il était vrai que pour Bobbie, parler semblait être une perte de temps.
En tout cas, ce gros chien venait de coller la moitié de son pelage sur ses habits. Piccolo s'époussetait d'un air renfrogné.
« Je comprends mieux les choses maintenant... Vous aviez besoin de plus de place, hein ? Bassline avait évoqué ses instruments de musique toujours plus nombreux, mais son soudain besoin de déménager s'expliquait plutôt par l'arrivée de ce compagnon aux oreilles pointues. Est-ce que votre ancien propriétaire vous a viré de votre studio ?
— Yeah man, dès qu'il a vu le chien. Il était pas aussi arrangeant que toi...
— Bobbie, je n'ai pas encore accepté, rétorqua Piccolo en croisant les bras. Les dents du bonheur du baroudeur réapparurent comme s'il savait que c'était déjà gagné pour lui. Je prendrai ma décision demain », insista le sorcier.
Il avait bien choisi son moment pour lui faire cette révélation... Trop épuisé, Piccolo se laissa tomber dans le hamac, gardant un œil suspicieux sur la bête qui dévorait son morceau de viande.
« Où l'avez-vous trouvé ?
— C'est lui qui m'a trouvé... »
Ce n'était pas étonnant : Bassline avait le don de traverser les environnements les plus extrêmes, avec une préférence pour les bois et les forêts enneigés, et devait par conséquent faire des rencontres bien hasardeuses - qu'il liait probablement au destin. Le plus impressionnant pour lui, c'était qu'il voyageait la plupart du temps seul : il était son propre navigateur.
« Personne n'a l'énergie nécessaire pour s'occuper de lui, expliquait partiellement le luthier en revenant vers Piccolo avec une épaisse couverture dans les bras. Cela devait peut-être dire qu'il avait déjà essayé de le confier à ses parents.
— Est-ce qu'il ne se sentirait pas mieux dans la nature ? Il eut immédiatement l'impression d'avoir proféré une insulte.
— C'est pas un loup ! Quelqu'un l'a abandonné.
— Bobbie, je pense que vous m'avez assez bordé là. » En effet, le sorcier l'emprisonnait dans le hamac, comme devenu plus virulent à la pensée d'un abandon d'animal. Piccolo avait bien d'autres questions mais il sentait que c'était une discussion à réserver pour plus tard. En gardant le silence, il s'offrit une dernière parole de Bobbie Bassline avant de tomber dans un sommeil bienvenu.
« C'est un chien-loup, une sorte de mélange... Un hybride à deux visages comme nous. »
Piccolo se remémorait le miroir brisé. Peut-être bien que Bassline possédait deux visages... Il était aussi nomade que sédentaire. Mais lui ? Pourquoi devait-il se sentir hybride ? Il se retourna pudiquement dans le hamac pour trouver l'isolement. Son âme avait toujours été morcelée et moulée par la Cantatrice. Même dans la mort, il avait continué de lui appartenir. C'était plutôt elle, l'hybride à deux visages. Elle l'avait détesté au point de vouloir le mettre en danger... ou le supprimer ? Piccolo se retourna une nouvelle fois, seule la lumière d'une chandelle éclairait la pièce. Le chien était retourné dans la chambre tandis que Bassline restait accroupi dans la pile de coussins. Qu'attendait-il, ainsi ? Oh, il veillait sur lui... Comme s'ils se trouvaient au milieu d'une nature sauvage. Ce chien... Même Bobbie avait des secrets à lui cacher... Ses yeux clos contemplèrent le paysage enneigé.
Il suivait les traces de pattes d'un loup dans l'épaisse couche blanche, comme s'il les avait toujours suivi. Ce loup lui parlait avec une voix tranquille. Il détenait le secret de l'univers.
« Tu as trouvé la vérité maan... Que vas-tu en faire maintenant ? Le loup s'arrêta pour le fixer de ses yeux ambrés. La puissante Lune éclairait ce paysage silencieux, doux, apaisant.
— L'accepter..? » tenta-t-il comme s'il devait trouver la seule et unique bonne réponse. La neige se mit à tomber, fondant sur le tapis dans un son de grelots lointain. Le loup avait rebroussé chemin pour le retrouver, lentement. Il l'enveloppait comme un manteau pour contempler les étoiles à ses côtés.
« Toutes les âmes morcelées comme tous les miroirs brisés, peuvent se recoller. Des aurores boréales se formaient dans l'immensité du ciel. Libère-toi de tes chaînes, Coco... Sois ton propre navigateur. »
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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![]() | UN LOUP A TOUJOURS RAISON
09 Octobre 2049 | ![]() |
Le balancement des vieux pins s'accentuaient sous l'effet du vent, où était-ce le hamac qui tanguait de plus en plus à gauche... Piccolo ouvrit un œil, tombant nez à nez avec deux grands yeux ambrés.
« Tu ne parles pas toi, hein..? murmura-t-il, encore dans le souvenir du loup, guide de sa forêt.
— Wouf... » Le poids des deux pattes sur le bord du hamac le menaçaient de le renverser. Le sorcier se redressa un peu pour retrouver un certain équilibre et laissa courir sa main dans le pelage déjà hivernal et moelleux du chien-loup. Celui-ci semblait vouloir tester cet étrange panier suspendu à force de se rapprocher de lui. Cette nuit semblait encore loin de prendre fin, pourtant il ne s'était pas remis à pleurer comme il l'aurait pensé. "Ne gémis pas comme un violon sans partition", voilà ce que lui aurait asséné la Cantatrice dans un moment pareil et ce qu'il s'efforçait peut-être de réaliser inconsciemment. "Sois ton propre navigateur" lui paraissait être de meilleur conseil. D'où tenait-il une telle parole ? Bobbie Bassline s'était assoupi tête la première dans les coussins, mais sa voix retentit :
« Il dit qu'il veut une promenade... » Piccolo comprenait maintenant ce que faisait Bobbie lorsqu'il ne réapparaissait pas au petit matin. Il devait aller loin pour libérer sa bête, pour ne pas qu'on lui pose de questions idiotes comme celle qu'il avait lui-même posé en demandant s'il s'agissait d'un loup. Du moins, c'était ce qu'il ferait s'il devait s'occuper d'un tel chien. Ce devait être forcément une expérience différente de promener cette grosse bête par rapport aux deux petits caniches de sa mère. D'ailleurs cette grosse bête continuait de s'appuyer contre lui, commençant à lui tenir chaud. S'ils partaient se promener, il était hors de question qu'il se retrouve seul ici comme toutes les autres fois.
« Je peux vous accompagner..? »
Emmitouflé dans une épaisse écharpe prêtée par Bassline, Piccolo sentait l'eucalyptus ou une plante similaire. Les sorciers suivaient le chien euphorique dans la campagne anglaise, seulement éclairés par la luminosité que produisait la Lune presque pleine. On ne savait à vrai dire si Bobbie Bassline promenait le chien ou bien le sorcier insomniaque qui trainait un peu derrière lui.
« Je crois que je reconnais cet endroit... » constatait Piccolo en remarquant l'étendue du lac. La nuit, les paysages se ressemblaient tous un peu, mais il se rappelait particulièrement de l'enclos à moutons qu'ils allaient croiser. Son regard se dirigea vers la lueur en amont : le petit village et son cimetière où était enterrée la Cantatrice.
« Vous vous promenez ici tous les jours, Bobbie..? s'enquit Piccolo, un peu suspicieux.
— Non maan, c'est le chien qui choisit. » C'était curieux, trop curieux pour être vrai. Alors qu'il se posait davantage de questions, Piccolo comprit que Bobbie se foutait de lui - et dû bien avouer que c'était drôle. Il lui semblait avoir laissé un loup parlant dans un rêve, alors tout était possible.
Après un moment de silence, le sorcier s'autorisa une autre question :
« Vous ne lui avez pas donné de nom ? Bobbie et son trou entre les dents l'inquiétèrent un peu. Qu'est-ce qui était si risible dans ses interrogations ? Il fallait bien que ce chien possède un nom pour le dresser correctement, ou simplement pour l'administration...
— Nomme-le, si tu veux. » Piccolo laissa échapper un rire un peu cruel. Tout était si simple et léger dans le monde de Bassline... Il voulait qu'il le nomme dans l'espoir qu'il s'attache à lui et qu'il accepte de le laisser vivre dans l'appartement.
« Je sais que vous lui avez déjà trouvé un nom, je ne tomberai pas dans le panneau. Piccolo toucha le bout de son nez pointu.
— Coco est très intelligent... et très bête en même temps. » Bobbie valsa un peu sur le côté, légèrement poussé par le sorcier insulté.
Cette promenade avait de quoi paraitre irréelle dans cette nuit lumineuse, à travers les chemins boueux d'un lieu aussi familier qu'étranger, aux côtés d'un sorcier étoile filante qui apparaissait seulement aux moments les plus curieux de la vie. Sans s'en rendre compte, ils suivaient le chien enjoué, peu importe le chemin qu'il choisissait - comme s'il ne pouvait pas se tromper dans sa joie.
« Je suis votre ami, Bobbie ? demanda Piccolo avec l'honnêteté d'un soir triste.
— Oui. » La réponse pour une fois limpide, rapide, sans aucun silence examinateur de la part du luthier, le ramena à un paysage enneigé et éclairé par les aurores boréales. Tripplehorn n'avait pas réalisé à quel point il avait eu besoin de clarifier la chose. Plus que jamais, il fallait lui aussi qu'il clarifie sa décision pour la chose qui préoccupait Bobbie au point de la dissimuler depuis tout ce temps. « Alors vous savez déjà qu'un ami ne vous mettra jamais à la porte. » Bobbie l'observa à travers ses lunettes teintées, comme étonné. C'était la première fois que Piccolo lisait cette expression sur son visage : visiblement, il existait encore quelques secrets de l'univers qui échappaient au sage baroudeur. Sa vie de solitaire l'avait peut-être gardé de connaitre ce que l'on pouvait tirer d'un lien durable et profond avec un autre sorcier. Alors qu'ils se séparaient à l'orée du village, tous les deux se sentaient mieux, le cerveau plus en ordre... Quoique.
« Il ne m'a pas encore confié son nom, lui apprit Bobbie. Le chien les observait comme s'il avait déjà adopté l'aura mystérieuse du sorcier.
— Il ne m'a pas confié son nom à moi non plus. » Cette phrase devait avoir plu à Bobbie Bassline puisqu'il lui caressa la joue, comme il se permettait de le faire parfois lorsqu'ils se quittaient. Ils nourrissaient tous les deux la conviction qu'ils se reverraient en de meilleures augures.
Les silhouettes du sorcier et de son gros chien-loup s'éloignaient dans la bruine et celle de Piccolo restait à les observer jusqu'à se sentir tout à fait seule. Il allait rendre visite à quelqu'un avant de retrouver la forteresse de Poudlard.
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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