Tu prendras bien un dessert ?
Samedi 19 septembre 20481
12h45
12h45

Avec : Florence Dean
Ex-compagne de Dominic. 38 ans.
#074b54
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Florence Dean, ex-compagne de Dominic, utilisation "actif"
- Lien vers la fiche du PNJ : lien de la fiche
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : évoquer la rupture avec Florence dans un contexte neutre ; les deux ne se sont pas séparés à l'amiable et la rupture fut douloureuse pour Dominic. Ici, il s'agit pour moi de montrer leur relation ambiguë alors que Florence tente de renouer avec mon PJ, tandis que ce dernier est, au début, plutôt sur la défensive. J'ai voulu par ce RP écrire l'évolution de la confiance qu'accorde Dominic à Florence.
« Tu vas voir, ils font de supers dim suns là-bas. », disait-elle avec son sourire et ses dents du bonheur.
Dominic hochait la tête, l'air absent, et continuait de marcher. Non pas qu'il n'aimait pas la cuisine chinoise de manière générale – au demeurant, il en était même friand, et il mangeait des mets asiatiques assez souvent. C'était le faire avec Florence qui était moins évident. Aller au restaurant avec Florence, manger avec Florence, s'asseoir face à Florence, se perdre dans les yeux océan de Florence... Tout cela n'avait rien d'évident. Même après huit ans de séparation. Surtout après huit ans de séparation.
Ruby, sa sœur, n'y comprenait rien. Elle pensait, peut-être avec justesse, qu'après tout ce temps, Dominic aurait dû, devait, devait se faire un devoir, d'oublier qu'il avait été un temps, autrefois, il y avait très longtemps, où lui et Florence étaient allés au restaurant, avaient mangé ensemble, s'étaient assis face à face, s'étaient perdus l'un l'autre dans leurs yeux respectifs... En se tenant la main et en la serrant bien fort. Mais malgré toutes ces propositions grammaticales et asyntaxiques qui encombraient son esprit, cette notion du « devoir fait » qui ne se justifiait que par le temps qui passe... Il était impossible pour Dominic de ne pas laisser les souvenirs affleurer. Après tout, Florence avait été, il fut un temps, autrefois, il y avait très longtemps, plus que des yeux océan. La femme de sa vie.
« Robin. Roooobin. », dit-elle d'un ton taquin.
Il ouvrit les yeux qu'il ne se souvenait pas avoir fermés. Elle était la femme seule de toute sa vie à l'appeler par son deuxième prénom. « On est arrivés. » Il releva la tête vers ce qui était effectivement l'établissement. Florence avait choisi un restaurant moldu assez discret pour leurs retrouvailles post-Coupe du Monde de Quidditch. Elle n'avait pas pu s'y rendre à cause de son emploi du temps, et c'était le prétexte qu'elle avait trouvé pour revoir Dominic. Quand ce dernier lui avait demandé la raison de son choix, Florence n'avait fait que hausser les épaules : « Parfois, ça me manque. Mon monde. » Dominic avait eu une expression pour dire qu'il comprenait, alors que rien ne pouvait être plus éloigné de la réalité. Ça faisait deux ans qu'ils jouaient à ce petit jeu. Se revoir pour se mieux se perdre de vue trois mois plus tard. « Pourquoi ? », mourrait-il envie de lui crier au visage. « Pourquoi tu me fais ça, à moi ? Tu n'as pas le droit... » Mais il se contenta de lui tenir la porte ouverte pour la laisser passer. Encore une fois.
Le restaurant était sobre et bien entretenu. Dominic avança lentement derrière Florence et s'installa en face d'elle. Florence se frottait les mains d'anticipation. Poussé par une soudaine et étrangère envie de faire disparaître le sourire de son ex-compagne, Dominic prit la parole, l'air désolé : « Je vais pas pouvoir rester longtemps, tu sais. J'ai promis de garder ma nièce cet après-midi. »
Florence ne parut pas ébranlée outre mesure. C'était donc un échec. « Ooh, quand même... Tu prendras bien un dessert ? »
@Lina Zhao et voici ! Désolé pour l'écriture-fleuve-asyntaxique-décousue... J'ai été inspiré
#4c4b16 - Baleine gracieuse
Tu prendras bien un dessert ?
C'est samedi. Samedi, ça veut dire que je n'ai pas école. Ça veut aussi dire que mes parents travaillent et que je dois m'occuper toute seule. Parfois, je vais au parc du quartier avec ma meilleure amie, Suzanne, que j'appelle Mǎ. Nous jouons alors à des jeux : il y a les balançoires desquels nous sautons parfois, et les anneaux suspendus qu'il faut passer un à un à la force de nos bras. Mǎ est très forte à ça, moi je n'ai pas encore réussi à le traverser entièrement. Mais j'y arriverai un jour ! Nous discutons également beaucoup, et nous cachons dans les buissons. Comme des aventurières, nous explorons le parc dans ses moindres recoins. Mǎ prend aussi des photos avec son téléphone portable. Elle a de la chance, moi je n'ai pas encore de téléphone portable. Mais parents disent que je suis trop jeune pour en avoir, et pourtant, je suis plus âgée que Mǎ. Je vais avoir 11 ans bientôt, alors que Mǎ a à peine dix ans et demi !
Aujourd'hui, je suis restée au restaurant. Il a plu les derniers jours et le parc est trempé. Mes parents n'aiment pas trop que je revienne pleine de boue, ils disent que ça salit et les oblige à devoir nettoyer partout. Moi je ne comprends pas, car même quand je reviens propre, ils nettoient. Quand je reste au restaurant, je m'assieds à une table et fais des dessins. Je suis douée en dessin, ça m'occupe autrement qu'en faisant mes devoirs ou du violon, c'est relaxant. Ce midi-là, j'avais envie de dessiner ce que j'aimerais faire plus tard : présentatrice télé pour une émission de cuisine !
Beaucoup d'enfants de cuisiniers qui auraient passé leur enfance dans le restaurant de leurs parents auraient sûrement envie de ne plus toucher à une casserole de leur vie, par lassitude. Ce n'est pas mon cas. Parfois, je cuisine avec mon père, il dit que je suis très douée en cuisine, même si c'est lui qui me dicte tout ce que je dois faire et s'occupe des découpes avec le grand couteau de chef. D'autres fois, j'aide ma mère au restaurant, pour prendre les commandes des clients en sa compagnie. Ça amuse souvent les gens qui ne viennent pas souvent aux Vapeurs de Hangzhou. Les clients les plus réguliers savent que je prends ces responsabilités très à cœur ! Alors, ils se comportent comme si j'étais une vraie serveuse. Car j'en suis une, n'est-ce pas ?
J'ai toujours été fascinée par la télévision. Je ne suis pas timide, j'aime parler, et faire des exposés en classe. Des fois, je regarde les émissions de cuisine qui passent sur le poste du restaurant, et j'ai aussi envie de parler à tout le monde, montrer comment on prépare des Xiao Long Bao ou des nouilles dan-dan ! Mais ce projet de carrière ne plaît pas trop à mes parents. Ils préfèrent que je travaille dur pour avoir un métier qui paie bien. Bien plus que les leurs. Ils voudraient que je sois médecin ou ingénieure. Je ne veux pas être médecin, je trouve ça dégueu de s'occuper de personnes qui toussent sur toi et des enfants plein de morves au nez. Et ingénieur, je ne sais pas ce que ça veut dire. Mon père essaie de m'expliquer avec des mots simples : il me dit parfois qu'ils construisent des choses comme des avions, d'autres fois qu'ils étudient comment construire des immeubles, ou qu'ils font de l'informatique. Je ne sais pas si il sait vraiment ce que c'est, mais moi, je ne comprends vraiment rien. Au moins, la cuisine, je sais déjà ce que c'est, et je suis sûre que je pourrai déjà présenter des recettes sur Channel 4 !

Alors que mon dessin est presque terminé, j'entends la petite cloche sonner l'arrivée de nouveaux clients. Ils sont deux. Un couple, je suppose alors.
C'est mon tour !
Je devance ma mère pour les accueillir, un peu maladroitement.
— Ni hao ! Bienvenue dans notre restaurant ! Vous voulez vous asseoir ?
Ma mère arrive aussitôt.
— Bonjour madame, bonjour monsieur. Aujourd'hui, c'est Lina qui va s'occuper de vous.
Je leur souris, en me tenant bien droite, comme une militaire. Je suis fier de faire comme ma mère ! Elle poursuit alors :
— Entrez donc. Ce sera pour deux personnes ou vous attendez du monde ?
Imitant ma mère, je m'écarte pour laisser passer le monsieur et la madame. Je regarde plus longuement l'homme qui entre. Je le trouve impressionnant : il est grand, et son turban lui donne un côté très mystérieux.
Est-ce qu'il porte un turban parce qu'il est chauve ?
Je chasse vite cette question de ma tête. Je dois être pro-fes-sion-nelle !
Ne t'excuse pas, j'ai bien aimé lire tes inspirations ! Et comme tu peux le constater, je serais mal placée pour t'en vouloir de laisser libre court à ton envie d'écrire
2è année RP
Aujourd'hui, je suis restée au restaurant. Il a plu les derniers jours et le parc est trempé. Mes parents n'aiment pas trop que je revienne pleine de boue, ils disent que ça salit et les oblige à devoir nettoyer partout. Moi je ne comprends pas, car même quand je reviens propre, ils nettoient. Quand je reste au restaurant, je m'assieds à une table et fais des dessins. Je suis douée en dessin, ça m'occupe autrement qu'en faisant mes devoirs ou du violon, c'est relaxant. Ce midi-là, j'avais envie de dessiner ce que j'aimerais faire plus tard : présentatrice télé pour une émission de cuisine !
Beaucoup d'enfants de cuisiniers qui auraient passé leur enfance dans le restaurant de leurs parents auraient sûrement envie de ne plus toucher à une casserole de leur vie, par lassitude. Ce n'est pas mon cas. Parfois, je cuisine avec mon père, il dit que je suis très douée en cuisine, même si c'est lui qui me dicte tout ce que je dois faire et s'occupe des découpes avec le grand couteau de chef. D'autres fois, j'aide ma mère au restaurant, pour prendre les commandes des clients en sa compagnie. Ça amuse souvent les gens qui ne viennent pas souvent aux Vapeurs de Hangzhou. Les clients les plus réguliers savent que je prends ces responsabilités très à cœur ! Alors, ils se comportent comme si j'étais une vraie serveuse. Car j'en suis une, n'est-ce pas ?
J'ai toujours été fascinée par la télévision. Je ne suis pas timide, j'aime parler, et faire des exposés en classe. Des fois, je regarde les émissions de cuisine qui passent sur le poste du restaurant, et j'ai aussi envie de parler à tout le monde, montrer comment on prépare des Xiao Long Bao ou des nouilles dan-dan ! Mais ce projet de carrière ne plaît pas trop à mes parents. Ils préfèrent que je travaille dur pour avoir un métier qui paie bien. Bien plus que les leurs. Ils voudraient que je sois médecin ou ingénieure. Je ne veux pas être médecin, je trouve ça dégueu de s'occuper de personnes qui toussent sur toi et des enfants plein de morves au nez. Et ingénieur, je ne sais pas ce que ça veut dire. Mon père essaie de m'expliquer avec des mots simples : il me dit parfois qu'ils construisent des choses comme des avions, d'autres fois qu'ils étudient comment construire des immeubles, ou qu'ils font de l'informatique. Je ne sais pas si il sait vraiment ce que c'est, mais moi, je ne comprends vraiment rien. Au moins, la cuisine, je sais déjà ce que c'est, et je suis sûre que je pourrai déjà présenter des recettes sur Channel 4 !

Alors que mon dessin est presque terminé, j'entends la petite cloche sonner l'arrivée de nouveaux clients. Ils sont deux. Un couple, je suppose alors.
C'est mon tour !
Je devance ma mère pour les accueillir, un peu maladroitement.
— Ni hao ! Bienvenue dans notre restaurant ! Vous voulez vous asseoir ?
Ma mère arrive aussitôt.
— Bonjour madame, bonjour monsieur. Aujourd'hui, c'est Lina qui va s'occuper de vous.
Je leur souris, en me tenant bien droite, comme une militaire. Je suis fier de faire comme ma mère ! Elle poursuit alors :
— Entrez donc. Ce sera pour deux personnes ou vous attendez du monde ?
Imitant ma mère, je m'écarte pour laisser passer le monsieur et la madame. Je regarde plus longuement l'homme qui entre. Je le trouve impressionnant : il est grand, et son turban lui donne un côté très mystérieux.
Est-ce qu'il porte un turban parce qu'il est chauve ?
Je chasse vite cette question de ma tête. Je dois être pro-fes-sion-nelle !
Ne t'excuse pas, j'ai bien aimé lire tes inspirations ! Et comme tu peux le constater, je serais mal placée pour t'en vouloir de laisser libre court à ton envie d'écrire
2è année RP
Tu prendras bien un dessert ?
À peine avaient-ils pénétré à l'intérieur du restaurant que le couple était joyeusement accueilli par une enfant, la fille des propriétaires, sans doute. Florence n'en parut nullement étonnée, et tandis que Dominic souriait à la petite, une femme s'avançait vers eux. « Enchanté Lina, moi c'est Dominic, et voici Florence », dit le trentenaire qui s'était légèrement penché en avant. Voilà qui lui permettait d'oublier ses soucis, au moins le temps du déjeuner. Cette enfant ne pouvait pas soupçonner à quel point son intervention maladroite venait de dissiper les idées noires dans l'esprit de Dominic. Florence répondit à la femme qui était venue à leur rencontre : « Nous ne sommes que deux, mais nous sommes prêts à manger pour dix. N'est-ce pas Robin ? » La jeune femme se tourna vers Dominic, qui acquiesça légèrement, non sans remercier la propriétaire. Il comptait de toute façon rappeler à son ex-compagne qu'il ne comptait pas rester très longtemps.
« Robin, tu prendras bien un dessert ? », répéta Florence, cette fois avec un léger agacement perceptible dans sa voix. Dominic hocha la tête machinalement, tout en s'emparant du menu. « Oui, oui, laisse-moi regarder ce qu'ils ont d'abord. » Il se demandait bien comment le repas allait se terminer avec ce premier orage de dispute qui se profilait à l'horizon. Florence ne releva pas, sentant peut-être elle aussi qu'elle devenait encore une fois trop interventionniste.
Après quelques minutes à étudier le menu, Dominic le posa sur la table, et, sans un regard pour Florence qui, il s'y attendait, était prête à commander pour eux deux, fit un signe vers la petite fille. « Mademoiselle Lina ? J'ai choisi. » Il attendit que l'enfant arrive à sa hauteur pour lui désigner ce qu'il souhaitait : « Je vais prendre les nouilles dan-dan, s'il-vous-plaît. Est-ce possible d'ajuster le niveau de piment ? » Dominic savait que les enfants adoraient qu'on les prenne au sérieux, et il ne comptait certainement pas enlever ce plaisir à Lina.
#4c4b16 - Baleine gracieuse
***
« Robin, tu prendras bien un dessert ? », répéta Florence, cette fois avec un léger agacement perceptible dans sa voix. Dominic hocha la tête machinalement, tout en s'emparant du menu. « Oui, oui, laisse-moi regarder ce qu'ils ont d'abord. » Il se demandait bien comment le repas allait se terminer avec ce premier orage de dispute qui se profilait à l'horizon. Florence ne releva pas, sentant peut-être elle aussi qu'elle devenait encore une fois trop interventionniste.
Après quelques minutes à étudier le menu, Dominic le posa sur la table, et, sans un regard pour Florence qui, il s'y attendait, était prête à commander pour eux deux, fit un signe vers la petite fille. « Mademoiselle Lina ? J'ai choisi. » Il attendit que l'enfant arrive à sa hauteur pour lui désigner ce qu'il souhaitait : « Je vais prendre les nouilles dan-dan, s'il-vous-plaît. Est-ce possible d'ajuster le niveau de piment ? » Dominic savait que les enfants adoraient qu'on les prenne au sérieux, et il ne comptait certainement pas enlever ce plaisir à Lina.
#4c4b16 - Baleine gracieuse
Tu prendras bien un dessert ?
Le monsieur avec son turban est le premier à porter son attention sur moi. Il me sourit et s'occupe des présentations. Je réponds d'un « Enchantée » jovial en m'inclinant en avant en guise de révérence. Ma mère se charge ensuite de conduire le couple jusqu'à leur table. J'en profite alors pour courir chercher un petit bol de biscuits apéritifs. Je sais que ma mère en donne à chaque table, j'anticipe. Après tout, ce sont MES clients, JE dois les servir comme il se doit. En revenant avec le petit bol, je vois ma mère me sourire, signe que je travaillais bien. Je lui chuchote discrètement en passant :
— Je peux en prendre un ?
— Non, Lina, ce n'est pas pour toi.
Je dépose donc les amuse-bouches entre Dominic le monsieur au turban et Florence la madame aux cheveux dorés. Je leur glisse un « Bon appétit ! », et pars en courant pour regagner ma table et mes dessins.
« Ba luobo, ba luobo,
Hai yao hai yao,
Ba luobo.1 »
Je chantonne, crayon à la main, tout en dodelinant de la tête au rythme de la comptine. Cela ne m'empêche pas de guetter le couple dont je dois m'occuper. Ils sont en face de moi et font de très bons modèles pour ma nouvelle et superbe oeuvre d'art. Les observer fait me rendre compte qu'ils ne sont pas comme tous les autres couples qui viennent manger au restaurant. La plupart du temps, ils rient, échangent avec complicité et passent leurs mains sur celles de l'autre. Ce n'est pas le cas de mes clients qui n'ont pas l'air très bavards. Je peux presque ressentir la lourdeur de leur relation depuis ma chaise. Il faut absolument que je réussisse à leur faire passer un bon moment pour qu'ils reviennent un jour manger chez nous !
« Ba luobo, ba luobo,
Hai yao hai yao,
Ba luobo. »
Alors que j'avais repris ma chanson et mon coloriage, monsieur Turban m'appelle. J'abandonne tout et prends le petit carnet et le crayon que j'avais laissé sur le côté. Je cours jusqu'à leur table et écoute avec attention leur commande.
— Je vais demander à mon père de mettre moins de piment. Il dit que si vous êtes pas habitué et en mangez trop, vous allez cracher du feu comme les dragons ! Mais moi, j'ai jamais vu quelqu'un cracher du feu, souvent les gens deviennent juste tout rouge et boivent de l'eau. Heureusement, parce que sinon ils mettraient le feu partout, et...
— Lina...
Je tourne la tête en direction de ma mère qui me surveille. Je parle un peu trop, je m'en rends compte. Je me tourne alors vers madame Florence.
— Et pour vous, madame ?
Malgré les présentations faites par monsieur Dominic, je n'ose pas les appeler par leurs prénoms. Je trouve les adultes intimidants. Je termine de noter la commande avant de courir en cuisine pour la transmettre à mon père, sans oublier de demander d'adoucir les plats.
____________________
1 拔萝卜 — Picking radish.
2è année RP
— Je peux en prendre un ?
— Non, Lina, ce n'est pas pour toi.
Je dépose donc les amuse-bouches entre Dominic le monsieur au turban et Florence la madame aux cheveux dorés. Je leur glisse un « Bon appétit ! », et pars en courant pour regagner ma table et mes dessins.
« Ba luobo, ba luobo,
Hai yao hai yao,
Ba luobo.1 »
Je chantonne, crayon à la main, tout en dodelinant de la tête au rythme de la comptine. Cela ne m'empêche pas de guetter le couple dont je dois m'occuper. Ils sont en face de moi et font de très bons modèles pour ma nouvelle et superbe oeuvre d'art. Les observer fait me rendre compte qu'ils ne sont pas comme tous les autres couples qui viennent manger au restaurant. La plupart du temps, ils rient, échangent avec complicité et passent leurs mains sur celles de l'autre. Ce n'est pas le cas de mes clients qui n'ont pas l'air très bavards. Je peux presque ressentir la lourdeur de leur relation depuis ma chaise. Il faut absolument que je réussisse à leur faire passer un bon moment pour qu'ils reviennent un jour manger chez nous !
« Ba luobo, ba luobo,
Hai yao hai yao,
Ba luobo. »
Alors que j'avais repris ma chanson et mon coloriage, monsieur Turban m'appelle. J'abandonne tout et prends le petit carnet et le crayon que j'avais laissé sur le côté. Je cours jusqu'à leur table et écoute avec attention leur commande.
— Je vais demander à mon père de mettre moins de piment. Il dit que si vous êtes pas habitué et en mangez trop, vous allez cracher du feu comme les dragons ! Mais moi, j'ai jamais vu quelqu'un cracher du feu, souvent les gens deviennent juste tout rouge et boivent de l'eau. Heureusement, parce que sinon ils mettraient le feu partout, et...
— Lina...
Je tourne la tête en direction de ma mère qui me surveille. Je parle un peu trop, je m'en rends compte. Je me tourne alors vers madame Florence.
— Et pour vous, madame ?
Malgré les présentations faites par monsieur Dominic, je n'ose pas les appeler par leurs prénoms. Je trouve les adultes intimidants. Je termine de noter la commande avant de courir en cuisine pour la transmettre à mon père, sans oublier de demander d'adoucir les plats.
____________________
1 拔萝卜 — Picking radish.
2è année RP
Tu prendras bien un dessert ?
Dominic picorait avec parcimonie les biscuits apéritifs, croisant parfois le regard de Florence qui semblait s'être radoucie depuis le début du repas. Peut-être que la présence innocente de la fille des propriétaires n'y était pas pour rien. « Tu aurais dû me le dire que tu n'avais pas faim. J'ai l'impression de te forcer. » Le ton de l'Irlandaise était teinté d'un reproche dont les accents de tristesse étaient facilement devinables pour Dominic. Il est difficile d'oublier la mélodie d'un être que l'on a aimé pendant près de dix ans.
Dominic secoua la tête en signe de négation : « Non, non. Je fais juste attention à ce que je mange ». Il se retint de dire « Comme toujours ». Quelque chose, son instinct peut-être, lui soufflait que ce n'était pas une bonne idée. Florence regarda par la fenêtre, un demi-sourire étirant les commissures de ses lèvres. C'était comme un regret.
Après que Dominic eût passé commande, Lina, la fille des restaurateurs, se lança dans un monologue sur les dragons que le trentenaire trouva amusant. Il glissa une remarque ponctuée d'un sourire poli à la propriétaire : « Votre fille a beaucoup d'imagination, Madame. » Il sentit le regard de Florence posé sur lui et cette fois-ci, le rencontra sans trop d'appréhension. Dominic n'avait jamais caché son désir d'avoir des enfants. Florence, elle, avait toujours été réticente. L'espace d'un instant, il y eut la réminiscence de cette terrible conversation, terrible au sens du tonnerre qui s'abat sur vous – dans le salon qu'ils avaient autrefois partagé à Bristol... Et puis, plus rien. Plus qu'un éclair, peut-être, dans les yeux bleus de son ex-compagne.
« C'est gentil, Lina », poursuivit-il. « L'ajustement du piment, c'est plutôt pour madame », fit-il en désignant d'un geste élégant sa vis-à-vis. « Je le supporte plutôt bien, en ce qui me concerne. » Florence commanda quant à elle une soupe au poulet.
Lorsque l'enfant fit volte-face, Dominic se remit à jouer avec les biscuits. C'est Florence qui, une fois de plus, brisa la glace : « Et donc... Tu en es où, de tes travaux ? La dernière fois, tu me disais que tu faisais des recherches sur des sceaux... » Elle allait s'arrêter là, avant de rajouter le mot « ... archéologiques. » Même si le duo passait inaperçu aux yeux des Moldus, il fallait toujours rester prudent.
« Je pensais que tu ne t'intéressais pas à ces vieilleries. », répliqua Dominic avec un petit sourire.
« Il se trouve qu'elles ont leur intérêt dans mon métier aussi. » Florence arqua un sourcil amusé. « Ce n'est pas à toi que je vais l'apprendre. »
Le tonnerre grondait de moins en moins sourdement. Il était plus lointain, aussi, à la lisière de l'horizon. Peut-être allaient-ils, en fin de compte, passer un bon moment.
« Oui, c'est vrai, j'y suis encore d'ailleurs, surtout sur leur qualité... Supposément protectrice. Ça ressemble un peu aux anneaux dits talismaniques qui existent au Soudan du Sud. Mais j'ai très peu de temps pour moi avec le travail. » Florence hocha la tête en buvant son verre d'eau pétillante. Les habitudes avaient la vie dure.
Ce n'est pas mon meilleur post mais le voici enfin ! Encore désolé pour ce retard !
#4c4b16 - Baleine gracieuse
Dominic secoua la tête en signe de négation : « Non, non. Je fais juste attention à ce que je mange ». Il se retint de dire « Comme toujours ». Quelque chose, son instinct peut-être, lui soufflait que ce n'était pas une bonne idée. Florence regarda par la fenêtre, un demi-sourire étirant les commissures de ses lèvres. C'était comme un regret.
***
Après que Dominic eût passé commande, Lina, la fille des restaurateurs, se lança dans un monologue sur les dragons que le trentenaire trouva amusant. Il glissa une remarque ponctuée d'un sourire poli à la propriétaire : « Votre fille a beaucoup d'imagination, Madame. » Il sentit le regard de Florence posé sur lui et cette fois-ci, le rencontra sans trop d'appréhension. Dominic n'avait jamais caché son désir d'avoir des enfants. Florence, elle, avait toujours été réticente. L'espace d'un instant, il y eut la réminiscence de cette terrible conversation, terrible au sens du tonnerre qui s'abat sur vous – dans le salon qu'ils avaient autrefois partagé à Bristol... Et puis, plus rien. Plus qu'un éclair, peut-être, dans les yeux bleus de son ex-compagne.
« C'est gentil, Lina », poursuivit-il. « L'ajustement du piment, c'est plutôt pour madame », fit-il en désignant d'un geste élégant sa vis-à-vis. « Je le supporte plutôt bien, en ce qui me concerne. » Florence commanda quant à elle une soupe au poulet.
Lorsque l'enfant fit volte-face, Dominic se remit à jouer avec les biscuits. C'est Florence qui, une fois de plus, brisa la glace : « Et donc... Tu en es où, de tes travaux ? La dernière fois, tu me disais que tu faisais des recherches sur des sceaux... » Elle allait s'arrêter là, avant de rajouter le mot « ... archéologiques. » Même si le duo passait inaperçu aux yeux des Moldus, il fallait toujours rester prudent.
« Je pensais que tu ne t'intéressais pas à ces vieilleries. », répliqua Dominic avec un petit sourire.
« Il se trouve qu'elles ont leur intérêt dans mon métier aussi. » Florence arqua un sourcil amusé. « Ce n'est pas à toi que je vais l'apprendre. »
Le tonnerre grondait de moins en moins sourdement. Il était plus lointain, aussi, à la lisière de l'horizon. Peut-être allaient-ils, en fin de compte, passer un bon moment.
« Oui, c'est vrai, j'y suis encore d'ailleurs, surtout sur leur qualité... Supposément protectrice. Ça ressemble un peu aux anneaux dits talismaniques qui existent au Soudan du Sud. Mais j'ai très peu de temps pour moi avec le travail. » Florence hocha la tête en buvant son verre d'eau pétillante. Les habitudes avaient la vie dure.
Ce n'est pas mon meilleur post mais le voici enfin ! Encore désolé pour ce retard !
#4c4b16 - Baleine gracieuse
Tu prendras bien un dessert ?
— Votre fille a beaucoup d'imagination, Madame.
Ça, on me le dit souvent. Que ce soit quand je montre mes dessins, ou quand je raconte des histoires. Je n'ai jamais su comment prendre cette remarque. J'ai parfois l'impression qu'elle sonne comme ce genre de phrase « C'est original. ». Un faux-compliment pour déguiser que cela nous gêne. Mais ça n'a pas l'air d'être le cas de monsieur Dominic qui me sourit avec une douceur bienveillante.
Il m'explique alors pour qui est l'ajustement de piment, et je griffonne alors ma feuille pour rectifier ce que je m'étais empressée de noter un peu trop vite. J'espère que Chef-Papa va comprendre ce que j'ai noté.
Une fois la note remplie, je m'empresse de l'apporter en cuisine pour mon père, toujours sous les regards superviseurs de ma mère. Puis en attendant les plats de mes clients, je retourne à mes dessins.
Je ne suis pas très loin du couple. Je sais que ce n'est pas bien d'écouter les gens, mais je suis un peu trop proche pour ne pas pouvoir entendre. En même temps, si je m'éloigne, je ne pourrai plus les regarder et perdrai mes modèles.
— La dernière fois, tu me disais que tu faisais des recherches sur des sceaux...
Des seaux ? Cet été aussi, j'avais été cherché un seau à la plage pour pouvoir faire des châteaux. Est-ce que son métier c'est de faire des châteaux de sable ?
Je m'interroge alors. C'est quand même étrange comme métier. Mais je me dis qu'il y a bien des endroits où l'on pourrait demander à construire des château de sable. Peut-être dans les déserts.
C'est donc pour ça qu'il porte un turban ?
Ça y est. J'en suis convaincue, mon client est un constructeur de châteaux de sable dans les déserts. Il doit être vraiment fort.
Je poursuis donc mon dessin, représentant monsieur Dominic avec un seau en train de faire un château de sable pour madame Florence. Je continue, bien malgré moi (évidemment), d'entendre la conversation des adultes. J'entends des mots très étranges : « Anneaux talismaniques... ». Cette conversation d'adultes est vraiment trop compliquée à comprendre. Et comme mon dessin vient de se terminer et que les plats tardent à venir, je m'en vais montrer mon oeuvre aux intéressés (ou pas).
J'arrive, un peu timide, au niveau de la table des adultes. Je leur tends alors le dessin pour qu'ils puissent le voir.
— Regardez, je vous ai dessinés en train de construire un château.
J'ai pris soin d'ajouter quelques couleurs. Ce n'est pas mon meilleur dessin, mais l'on reconnaît bien mes modèles, j'en suis très satisfaite.
2è année RP
Ça, on me le dit souvent. Que ce soit quand je montre mes dessins, ou quand je raconte des histoires. Je n'ai jamais su comment prendre cette remarque. J'ai parfois l'impression qu'elle sonne comme ce genre de phrase « C'est original. ». Un faux-compliment pour déguiser que cela nous gêne. Mais ça n'a pas l'air d'être le cas de monsieur Dominic qui me sourit avec une douceur bienveillante.
Il m'explique alors pour qui est l'ajustement de piment, et je griffonne alors ma feuille pour rectifier ce que je m'étais empressée de noter un peu trop vite. J'espère que Chef-Papa va comprendre ce que j'ai noté.
Une fois la note remplie, je m'empresse de l'apporter en cuisine pour mon père, toujours sous les regards superviseurs de ma mère. Puis en attendant les plats de mes clients, je retourne à mes dessins.
Je ne suis pas très loin du couple. Je sais que ce n'est pas bien d'écouter les gens, mais je suis un peu trop proche pour ne pas pouvoir entendre. En même temps, si je m'éloigne, je ne pourrai plus les regarder et perdrai mes modèles.
— La dernière fois, tu me disais que tu faisais des recherches sur des sceaux...
Des seaux ? Cet été aussi, j'avais été cherché un seau à la plage pour pouvoir faire des châteaux. Est-ce que son métier c'est de faire des châteaux de sable ?
Je m'interroge alors. C'est quand même étrange comme métier. Mais je me dis qu'il y a bien des endroits où l'on pourrait demander à construire des château de sable. Peut-être dans les déserts.
C'est donc pour ça qu'il porte un turban ?
Ça y est. J'en suis convaincue, mon client est un constructeur de châteaux de sable dans les déserts. Il doit être vraiment fort.
Je poursuis donc mon dessin, représentant monsieur Dominic avec un seau en train de faire un château de sable pour madame Florence. Je continue, bien malgré moi (évidemment), d'entendre la conversation des adultes. J'entends des mots très étranges : « Anneaux talismaniques... ». Cette conversation d'adultes est vraiment trop compliquée à comprendre. Et comme mon dessin vient de se terminer et que les plats tardent à venir, je m'en vais montrer mon oeuvre aux intéressés (ou pas).
J'arrive, un peu timide, au niveau de la table des adultes. Je leur tends alors le dessin pour qu'ils puissent le voir.
— Regardez, je vous ai dessinés en train de construire un château.
J'ai pris soin d'ajouter quelques couleurs. Ce n'est pas mon meilleur dessin, mais l'on reconnaît bien mes modèles, j'en suis très satisfaite.
2è année RP
Tu prendras bien un dessert ?
Après un silence moins pesant qu'à l'accoutumée, Florence fit remarquer, en désignant la jeune fille d'un geste nonchalant : « Elle est mignonne la fille des proprios. Je crois qu'elle t'aime bien. » Dominic se retourna vers l'intéressée, le regard en suspens, puis reporta son attention sur son interlocutrice avec un sourire :
« Tu crois ? Je ne vois pas en quoi... »
« Elle t'a fixé, toute à l'heure, toi et ton turban. C'est vrai que vous ne passez pas inaperçus tous les deux. » Et une pique de placée. C'est ce que ça faisait longtemps.
« Moi et mon turban te remercions pour le compliment. » Malgré l'espace étriqué entre la chaise et la table, Dominic fit une petite révérence qui manqua de faire renverser la carafe d'eau pétillante. Il la saisit au vol, embarrassé et la nuque comme en feu, pendant que Florence s'esclaffait avec un rire cristallin. Un rire clair à l'image de ses yeux bleu océan.
« Regardez, je vous ai dessinés en train de construire un château. »
L'Anglo-soudanais fut brusquement sorti de sa rêverie par la jeune fille. « Oh, montre-nous donc », dit-il avec ce ton radouci que tous les adultes adoptent quand ils se préparent par anticipation à complimenter un enfant, parfois quand ce n'est pas le sien – peut-être surtout quand ce n'est pas le sien.
Mais aucune convenance ni aucune bienséance, pas même celles inculquées par sa mère pour le rendre digne d'un gentleman, ne purent aider Dominic à prévoir le sentiment étrange que produisit chez lui la vue de ce dessin. La situation pouvait pourtant prêter à sourire : Florence et lui dans le sable, et lui qui construisait un château. Les couleurs étaient vives, naïves sans être maladroites pourtant. Sincères, aussi, franches, elles tranchaient sur le papier à dessin comme le rire de Florence dans l'ambiance du restaurant.
Plus important encore, ils étaient ensemble, alors même que leurs rendez-vous étaient aussi espacés que pouvait se le permettre Dominic. Parce que leur séparation, alors vieille de bientôt dix ans, faisait toujours l'effet d'un lancinement dans sa poitrine. Une douleur qui se rappelait à sa chair, de celles pour lesquelles on n'ose pas aller chez le médecin, pas tout de suite, parce qu'on pense qu'elle va nous passer. Mais elle ne nous passe jamais vraiment.
Les voir tous les deux à travers les yeux de cette enfant venait de réveiller cette douleur dans le cœur de Dominic. Ce dernier leva les yeux vers Florence et finit par adresser un demi-sourire à la petite fille : « C'est très ressemblant, Lina. Tu aimes les châteaux de sable ? Tu en construis quand tu vas à la mer ? » Il souhaitait dissimuler toute trace de mélancolie qui aurait pu se creuser sur son propre visage.
Florence ne disait rien. Souriait presque. Jusqu'à ce que... « Je commence à avoir vraiment faim. Tu peux aller voir avec ton père comment se portent nos plats Lina ? » Le ton n'était ni particulièrement brusque, ni particulièrement affable. Un peu... Factuel, pour une enfant d'à peu près dix ans.
Toutes mes excuses pour ce retard Lina !
#4c4b16 - Baleine gracieuse
« Tu crois ? Je ne vois pas en quoi... »
« Elle t'a fixé, toute à l'heure, toi et ton turban. C'est vrai que vous ne passez pas inaperçus tous les deux. » Et une pique de placée. C'est ce que ça faisait longtemps.
« Moi et mon turban te remercions pour le compliment. » Malgré l'espace étriqué entre la chaise et la table, Dominic fit une petite révérence qui manqua de faire renverser la carafe d'eau pétillante. Il la saisit au vol, embarrassé et la nuque comme en feu, pendant que Florence s'esclaffait avec un rire cristallin. Un rire clair à l'image de ses yeux bleu océan.
« Regardez, je vous ai dessinés en train de construire un château. »
L'Anglo-soudanais fut brusquement sorti de sa rêverie par la jeune fille. « Oh, montre-nous donc », dit-il avec ce ton radouci que tous les adultes adoptent quand ils se préparent par anticipation à complimenter un enfant, parfois quand ce n'est pas le sien – peut-être surtout quand ce n'est pas le sien.
Mais aucune convenance ni aucune bienséance, pas même celles inculquées par sa mère pour le rendre digne d'un gentleman, ne purent aider Dominic à prévoir le sentiment étrange que produisit chez lui la vue de ce dessin. La situation pouvait pourtant prêter à sourire : Florence et lui dans le sable, et lui qui construisait un château. Les couleurs étaient vives, naïves sans être maladroites pourtant. Sincères, aussi, franches, elles tranchaient sur le papier à dessin comme le rire de Florence dans l'ambiance du restaurant.
Plus important encore, ils étaient ensemble, alors même que leurs rendez-vous étaient aussi espacés que pouvait se le permettre Dominic. Parce que leur séparation, alors vieille de bientôt dix ans, faisait toujours l'effet d'un lancinement dans sa poitrine. Une douleur qui se rappelait à sa chair, de celles pour lesquelles on n'ose pas aller chez le médecin, pas tout de suite, parce qu'on pense qu'elle va nous passer. Mais elle ne nous passe jamais vraiment.
Les voir tous les deux à travers les yeux de cette enfant venait de réveiller cette douleur dans le cœur de Dominic. Ce dernier leva les yeux vers Florence et finit par adresser un demi-sourire à la petite fille : « C'est très ressemblant, Lina. Tu aimes les châteaux de sable ? Tu en construis quand tu vas à la mer ? » Il souhaitait dissimuler toute trace de mélancolie qui aurait pu se creuser sur son propre visage.
Florence ne disait rien. Souriait presque. Jusqu'à ce que... « Je commence à avoir vraiment faim. Tu peux aller voir avec ton père comment se portent nos plats Lina ? » Le ton n'était ni particulièrement brusque, ni particulièrement affable. Un peu... Factuel, pour une enfant d'à peu près dix ans.
Toutes mes excuses pour ce retard Lina !
#4c4b16 - Baleine gracieuse
Tu prendras bien un dessert ?
L'homme au turban se penche sur mon dessin le premier. Il a un ton très doux et semble vraiment intéressé par ce que j'ai dessiné. Ma mère, si elle me voyait, me dirait sûrement de ne pas les déranger. Mais, de un, elle ne m'a pas vu ; et de deux, je suis persuadée que l'homme est sincèrement content de voir mon dessin. Je le regarde observer les traits colorés qui parsèment le papier. Je suis loin d'imaginer qu'avoir dessiné mes deux clients ensemble puisse faire revenir quelque sentiment douloureux. Au contraire, même, je suis sûre que mon dessin leur plaît. D'ailleurs, Dominic me complimente. Je le remercie en retour.
— J'aime bien, oui. J'en construis chaque été. Une fois, j'ai perdu mon seau dans le sable d'ailleurs. Peut-être que vous le retrouverez... Je veux dire, c'est votre métier de trouver les seaux, peut-être que vous tomberez dessus.
J'aurais peut-être pas dû parler autant. Je ne suis pas censée être au courant de son métier, et me rends compte de l'impolitesse dont je fais preuve en sous-entendant que j'avais écouté leur conversation. Comme si l'ajout d'une nuance pouvait atténuer mon malaise, je dis :
— Enfin, je crois... c'est possible.
Puis finalement, la dame aux cheveux blonds prend la parole pour me dire qu'elle commençait à avoir faim. Je n'arrive pas à vraiment comprendre le ton de la jeune dame : peut-être que je les dérange vraiment ?
— Je vais aller lui demander ! Restez-là ! Puis je m'enfuis en courant en direction des cuisines.
Restez-là... Je me répète, me rendant compte de ma stupidité. Ils vont pas bouger en même temps ! Pourquoi j'ai dit ça ?
J'entre dans les cuisines. Les vapeurs et les fumées tapissent d'un léger voile le plafond, emmenant avec eux leurs odeurs épicées. Il fait aussi bien plus chaud que dans la pièce du restaurant. Même avec les fenêtres ouvertes en oscillo-battant, la température reste lourde.
— Papa ! Est-ce que c'est bientôt près ?
— De quoi ? Me demande mon père.
— Ce qu'ils ont commandé, mes clients. C'est les dan-dan mian et la soupe de poulet.
— C'est prêt dans trois minutes. Tu peux rester ici pour emporter les plats.
Je m'assois alors sur un des tabourets de la cuisine, regardant mon père finir ses cuissons et dresser les assiettes. Je ne peux m'empêcher de lui poser des questions sur le couple de la table que je sers.
— Papa, tu crois qu'ils sont amoureux ?
— J'en sais rien. Me répond-il, concentré sur son travail. Sûrement.
— Dis, papa. Est-ce que c'est un métier de chercher les seaux dans le sable, à la plage ?
— Non.
Finalement, les deux plats finissent par être dressés et mon père me fait signe que je peux les emmener. Comme ils sont un peu lourds pour moi toute seule, ma mère vient m'aider en en transportant un. Arrivées à leur table, c'est moi qui prends la parole, tout naturellement.
— Voilà. Mon père m'a dit que je pouvais attendre pour vous les apporter directement, parce qu'ils étaient presque prêts.
— Bonne dégustation. Leur dit ma mère, me rappelant à demi-mot les politesses de tout bon serveur.
— Bonne dégustation ! Je répète avec enthousiasme.
Puis ma mère passe ma main sur ma tête en m'emportant à l'écart de la table, voyant que j'étais prête à rester les observer manger.
— Ne les embête pas, hein. Me glisse-t-elle.
2è année RP
— J'aime bien, oui. J'en construis chaque été. Une fois, j'ai perdu mon seau dans le sable d'ailleurs. Peut-être que vous le retrouverez... Je veux dire, c'est votre métier de trouver les seaux, peut-être que vous tomberez dessus.
J'aurais peut-être pas dû parler autant. Je ne suis pas censée être au courant de son métier, et me rends compte de l'impolitesse dont je fais preuve en sous-entendant que j'avais écouté leur conversation. Comme si l'ajout d'une nuance pouvait atténuer mon malaise, je dis :
— Enfin, je crois... c'est possible.
Puis finalement, la dame aux cheveux blonds prend la parole pour me dire qu'elle commençait à avoir faim. Je n'arrive pas à vraiment comprendre le ton de la jeune dame : peut-être que je les dérange vraiment ?
— Je vais aller lui demander ! Restez-là ! Puis je m'enfuis en courant en direction des cuisines.
心
Restez-là... Je me répète, me rendant compte de ma stupidité. Ils vont pas bouger en même temps ! Pourquoi j'ai dit ça ?
J'entre dans les cuisines. Les vapeurs et les fumées tapissent d'un léger voile le plafond, emmenant avec eux leurs odeurs épicées. Il fait aussi bien plus chaud que dans la pièce du restaurant. Même avec les fenêtres ouvertes en oscillo-battant, la température reste lourde.
— Papa ! Est-ce que c'est bientôt près ?
— De quoi ? Me demande mon père.
— Ce qu'ils ont commandé, mes clients. C'est les dan-dan mian et la soupe de poulet.
— C'est prêt dans trois minutes. Tu peux rester ici pour emporter les plats.
Je m'assois alors sur un des tabourets de la cuisine, regardant mon père finir ses cuissons et dresser les assiettes. Je ne peux m'empêcher de lui poser des questions sur le couple de la table que je sers.
— Papa, tu crois qu'ils sont amoureux ?
— J'en sais rien. Me répond-il, concentré sur son travail. Sûrement.
— Dis, papa. Est-ce que c'est un métier de chercher les seaux dans le sable, à la plage ?
— Non.
心
Finalement, les deux plats finissent par être dressés et mon père me fait signe que je peux les emmener. Comme ils sont un peu lourds pour moi toute seule, ma mère vient m'aider en en transportant un. Arrivées à leur table, c'est moi qui prends la parole, tout naturellement.
— Voilà. Mon père m'a dit que je pouvais attendre pour vous les apporter directement, parce qu'ils étaient presque prêts.
— Bonne dégustation. Leur dit ma mère, me rappelant à demi-mot les politesses de tout bon serveur.
— Bonne dégustation ! Je répète avec enthousiasme.
Puis ma mère passe ma main sur ma tête en m'emportant à l'écart de la table, voyant que j'étais prête à rester les observer manger.
— Ne les embête pas, hein. Me glisse-t-elle.
2è année RP