30 sept. 2024, 13:04
L'insatiable  PV 
Samedi 17 juillet 2049
Fleury et Bott — Chemin de Traverse
Été après sa première année à l'AESM



Une pointe de culpabilité s'enfonce dans mon cœur lorsque je pousse les portes de la librairie. J'ai passé les dix-sept ou dix-huit premières années de ma vie à faire une guerre constante à cette boutique. Enfant, je n'avais même pas envie de la regarder lorsque je passais devant. Papa en riait : « Ne la boude pas comme ça, Ely, cette librairie est tout aussi passionnante que la mienne, même plus ! ». D'où me venait cette colère ? D'une réflexion faite par mon père, cette fois où il m'a raconté, lorsque je n'étais pas encore en âge de comprendre, que sa propre librairie ne pouvait que faire un chiffre moindre comparé à la réputée Fleury et Bott ? Est-ce que mon esprit enfantin en a conclu qu'elle représentait un danger pour le commerce de mon père ? Ou est-ce seulement ma loyauté qui parlait lorsque toute mon adolescence, j'ai refusé de mettre le moindre pied dans cette librairie, lui préférant amplement celle plus calme et plus intime de mon père ? Aujourd'hui, je passe les portes de Fleury et Bott et j'ai l'impression que l'odeur m'est familière, que je suis capable de reconnaître les vendeurs. Je connais cet endroit parce que je fréquente cet endroit. Je déteste ça.

Je m'enfonce entre les rayonnages, malgré moi soulagée d'être ici et pas dans la librairie de papa. Soulagée de ne pas croiser son regard douloureux, de ne pas le voir s'avancer vers moi au moment même où je pousse la porte d'entrée, une foule de questions débordant déjà de ses lèvres. Depuis quand ne suis-je pas allée au Dôme Libre ? Depuis quand n'ai-je pas vu papa ou un membre de ma famille ?

Je refuse de répondre à ces questions, à la place je me concentre sur le dos des livres qui s'offrent à moi. Je boude les sections inintéressantes (astronomie, divination, botanique et tant d'autres encore) pour me diriger vers les rayons concernant les potions. Je cherche un ouvrage parlant de l'Onguent d’amnésie du Dr Oubbly. Pas un jour ne passe sans que je pense à cette potion, à la petite fiole d’eau du fleuve Léthé que je garde précieusement dans mes affaires. Maintenant que j'ai abandonné l'idée de retrouver ma maîtrise du sortilège de magie noire qui me coupait de ma mémoire, je cherche des solutions ailleurs. Même des solutions désespérées.

Je ne m'arrête pas à un rayon. J'ai dégainé ma baguette magique pour que les livres que j'ai sélectionnés me suivent aveuglément. J'avance dans la librairie sans faire attention aux autres clients, dont une bonne partie sont des enfants en âge d'entrer à Poudlard ou d'y poursuivre leurs études. La pile de livres qui lévite dans mon dos augmente au fur et à mesure que le temps s'écoule. Chaque fois que j'en ajoute un, je me sens un peu mieux. Je me perds un peu plus dans mes réflexions, dans ma lecture de fragments de chapitres, de résumé, de magie, de savoir. J'en oublie ma colère essoufflée, ma peine constante, la douleur qui m'écrase les poumons lorsque je pense à la semaine horrible que je viens de passer.

J'oublie les examinateurs devant lesquels j'ai dû passer pour leur prouver que je vaux quelque chose, les regards surpris de mes camarades lorsqu'ils m'ont vu arriver, les yeux écarquillés de Rockfield qui se sont teintés d'une étincelle moqueuse qu'elle n'a pas su cacher. J'oublie ma difficulté à me concentrer sur les sujets des épreuves, à mon envie de brûler les parchemins et les tables, de me défouler sur tous les cancres que je côtoyais, tous ces abrutis heureux et plein d'espoir. J'aurais voulu les cramer, leur faire mal, les faire disparaître de la salle, effacer le bruit de leur plume sur les parchemins, leurs sourires rassurés à la fin des rattrapages. J'aurais voulu les cramer. Je me suis contentée de répondre aux sujets et de m'enfuir rapidement des salles de classe, terrassée par une honte lancinante d'avoir été forcée d'y foutre les pieds.

J'oublie toutes ces choses en me plongeant dans les livres, en me gorgeant de savoir. La vérité, c'est que je n'ai pas d'argent pour tout ça, pas si je veux avoir un toit qui n'abrite aucun membre de ma famille lorsque l'Académie fermera pour l'été, lundi. Je n'ai pas d'argent et pourtant je perds mon temps ici, parce que je n'arrive pas à me concentrer sur mes recherches personnelles, que je n'arrive pas à retourner au Plateau pour poursuivre mon enseignement de la magie noire, parce que j'ai toujours mal au coeur, une douleur qui n'a rien de physique, et que j'ai l'impression que je suis à bout de souffle à chaque instant. Alors je sélectionne des livres que je n’achèterai pas, je sélectionne encore et encore, et la pile dans mon dos augmente dangereusement, proportionnelle à ma honte de moi-même.

30 sept. 2024, 21:09
L'insatiable  PV 
Samedi 17 juillet 2049
Après midi, Chemin de Traverse puis chez Fleury et Bott

Loëly, 11 ans


Reducio
Image


Le soleil tapait contre ses yeux noisettes, comme si elle n'avait rien à faire là, ou alors c'était par ce que son teint était trop blanc, sous cette réflexion elle cocha mentalement la deuxième option sans aucun doute. Loëly était au chemin de Traverse pour accompagner son père, Léonard, qui était magicophotographe, c'était pas vraiment son truc les photos, c'était chouette pour garder des souvenirs, des images et des moments importants mais elle préférait son propre concept, attendre le soir, se coucher confortablement dans son lit et repasser dans sa mémoire ses instants préférés. C'était sa berceuse, sa veilleuse, ainsi les cauchemars ne toquaient pas contre sa caboche. Elle était donc présente dans un simple but, aller chez Fleury et Bott pour dénicher de bons livres, il fallait s'instruire un peu avant la rentrée à Poudlard qui approchait à grand pas. Elle s'arrêta donc net et se tourna vers son père d'un pas franc.

- Papa, tu sais que j'suis pas là pour te regarder travailler. Ca t'embête pas qu'j'aille fouiner pour trouver des nouveaux bouquins? J'ai des pièces dans ma poche. J'avais tout prévu.

Heureusement il n'afficha pas de mine déçue, il se contenta d'hocher les épaules en soupirant dans un léger sourire, cette situation ce n'était pas la première fois qu'il l'a vivait et évidemment ce n'était pas la dernière non plus. Il plissa les lèvres avant de lancer quelques mots.

- Bon, ici vers 17h. Je compte sur toi. J'y vais, j'ai encore quelques ajustements à faire sur le matériel avant de prendre quelques enseignes en photo.

Il se pencha et embrassa le front de Loëly. Elle lui sourit en retour et prit la direction de la boutique aux milles connaissances, aux milles mystères, aux milles histoires. Elle poussa la porte lentement et le grincement chatouilla ses oreilles, ce n'était pas agressif, ça annonçait son entrée, histoire de prévenir les livres pour qu'ils se mettent en rang devant ses yeux. Le choix n'était jamais simple à faire et puis sa bourse n'était pas bien grâce, elle ne mangeait pas assez de pièces, il y en avait assez pour acheter qu'un seul ouvrage ou deux avec un peu de chance mais pas plus. La fillette soupira en affaissant ses épaules légèrement en avant, tant pis, elle devra s'en contenter. Elle engouffra son corps dans la première allée, il n'y avait personne et elle en profita pour humer l'odeur que portait la boutique, un parfum de parchemin ancien mêlé aux grains de poussière du temps, c'était apaisant, ça caressait l'âme pour la calmer, l'adoucir. Elle caressa du bout des doigts les couvertures en cuire tout en marchant, parfois elle sentait la douceur des écriteaux dorés. Ce toucher était toujours satisfaisant, elle adorait se promener dans les allées avant de faire un choix, avant de se casser la tête, avant de devoir dire adieu à un livre pour donner la victoire à l'autre. Soudainement elle fronça le nez en même temps que ses sourcils. Mais qu'est ce que c'est qu'ça? Des ouvrages se faisaient la malle dans une des allées, ils étaient en rang entre deux étagères. Sa curiosité piquait sa langue et d'un pas bien engagé elle se mit à les suivre en touchant le dernier du doigts, elle tenta de les scruter. On a de la potion, de l'histoire, de la magie, y'en a combien? C'est une blague? Loëly accéléra le pas pour connaître l'auteur, le leader, l'ensorceleur. Elle plissa les yeux en s'approchant tout doucement. Elle constata une chevelure aussi peu coiffée que la sienne, quelques mèches se faisaient la guerre mais ça donnait aussi un certain charme à son visage. Ses cheveux bruns faisaient ressortir son teint de porcelaine, c'était une jolie fille, beaucoup plus grande que la petite observatrice. D'ailleurs, à trop se focaliser sur la mystérieuse sorcière promeneuse de livres, la fillette se cogna dans son dos. Aouch..

- Rah bouse de troll!

Elle plaqua ses petites mains contre son front et le frotta pour chasser les picotements. Sa maladresse était pire qu'un botruc attaché à une chemise. Elle était maudite, elle le savait. Loëly cligna plusieurs fois des yeux sous la gêne.

- J'suis désolé, j'ai jamais vu les livres se balader tout seul, du coup j'les ai suivit et puis boum ton dos! J'espère que j't'aie pas fait mal!

Elle adopta de nouveau son attitude naturelle. La fillette enfonça sa main dans sa poche pour en sortir une plume en sucre qu'elle dévora sans pitié. Elle épousseta les quelques grains de sucre qui traînaient sur son tee-shirt jaune. Ensuite elle se plaça près de sa voisine, tout en regardant les livres flotter derrière elle.

- Mais comment tu fais ça? C'est trop génial!

Loëly était tout bonnement impressionnée, elle aurait beaucoup aimée réaliser le même exploit dans la boutique de glaces ou de confiserie!

Quand on tombe dans l’eau, la pluie ne fait plus peur.
Fiche PR

2 oct. 2024, 07:44
L'insatiable  PV 
Un choc dans mon dos m'arrache à mes pensées. Il n'y a rien de brutal, c'est mou, ça me fait à peine me pencher vers l'avant, mais c'est un coup malgré tout. Mon esprit vit la chose plus brutalement que mon corps ; tout à coup, je perds le fil de mon observation des rayons, mes pensées trébuchent, se cassent la gueule — à quoi étais-je en train de songer, quel était le support de ma morosité ? Déjà je me retourne, j'oublie ces questions en plus du reste je croise de grands yeux bourrés d'innocence qui ne peuvent appartenir qu'à une enfant. Un enfant, effectivement, petite, peu discrète, avec les joues de la jeunesse et la voix immature. Je fronce les sourcils, réaction instinctive pour dire : « Tu ne peux pas regarder devant toi ? Tu me déranges ! ». Déjà un mot se forme sur mes lèvres, instinctif lui aussi.

« Put... »

La suite se perd au même endroit que mes pensées, avalée par la prise de parole de la gamine. Après s'être froncés, mes sourcils se haussent sur mon front. Quoi, des livres qui se baladent tout seul ? les suivre ? mon dos ? Je serre les mâchoires, arrivant bien vite à la conclusion qu'elle n'a pas regardé où elle allait, tout simplement. Déjà, je m'apprête à la réprimander durement. « Regarde où tu vas ! » pourrais-je lui dire, ou alors « La librairie n'est pas assez grande pour que tu ne me percutes pas ? ». Quelque chose de sévère, qui irait avec le venin qui ne cesse de couler dans mes veines depuis des mois, des années, peut-être une vie entière. Si je suis morose, les autres doivent l'être aussi. Si je suis morose, les autres doivent rester loin de moi.

Une plume en sucre plus tard, mes objectifs sont réduits à néant par un étonnement trop grand pour être ignoré. Le mien, à vrai dire. Avoir une fillette devant soi qui demande comment est-ce que je fais léviter des livres, ça ne peut que m'étonner. Le mépris remplace l'agacement ; quoi, c'est une enfant de moldus pour ne pas savoir quel sortilège permet de faire léviter les objets ? Ou bien c'est juste l'ignorance de l'enfance ? Déjà je me détourne légèrement, comme pour signifier que je ne compte pas poursuivre cette conversation indéfiniment. Mes livres suivent, s'avancent lentement derrière moi, entravés par le sortilège qui leur ordonne de se tenir bien sage.

« Ils se baladent pas tout seuls, répliqué-je sur le ton de l'évidence, ils sont ensorcelés. »

Je table sur l'ignorance due à l'enfance, ce qui ne me rend pas plus compréhensive pour autant : à son âge, je savais déjà ce qu'était le sortilège de lévitation et quelle était sa formule, son histoire. Après tout, c'est au programme de première année. Cette gamine ne me parait pas si petite que ça, se pourrait-elle qu'elle n'ait pas encore l'âge de faire son entrée à Poudlard ? Qu'elle n'ait donc pas pris la peine de prendre connaissance du programme ? Qu'importe, de toute manière ce n'est pas auprès de moi qu'elle comblera le gouffre abyssal de son ignorance.

« Fais gaffe si tu dois continuer dans ce rayon, la préviens-je en guise de au-revoir. Et c'est mieux de me contourner, et eux-aussi. »

D'un geste du menton, je désigne la pile de livre. Et si ma voix prend une teinte moqueuse sur les derniers mots, ce n'est peut-être pas par hasard.

2 oct. 2024, 21:52
L'insatiable  PV 
La jeune curieuse ne perdait pas de vue les livres qui reprirent leur promenade, la sorcière qui portait aussi le rôle de meneuse était assez effrayante, pendant l'espace d'un instant Loëly crut qu'elle allait se faire dévorer, sans même laisser une miette. Les pupilles de la plus âgée cachaient du noir, une sombreur qu'on ne pouvait observer sans se faire mal aux yeux. Cette pensée entoura son esprit d'une nuée de questions. "C'est quoi son problème? J'ai même pas fait exprès d'abord! Elle est triste ou en colère? J'veux pas être comme ça quand je s'rais grande! Elle est peut-être malade? Finalement cette ombre prenait toute la place et elle essaya de la balayer d'un coup de main imaginaire. Elle se doutait bien que la magie était la source de ces mouvements mais le nom du sortilège lui était parfaitement inconnu, ses parents étaient bien trop à fond sur leur travail pour s'occuper un peu de leur de fille et de ses questions à l'approche de la rentrée, elle se sentait honteuse d'ailleurs de ne rien connaître, mais elle était ici pour changer ça, elle était déterminée, elle n'allait pas arriver la tête vide au château. La voix de la sorcière était dure, grave, strict, elle se mêlait à ses yeux rempli de mystères et d'histoires. Pour autant ça ne faisait pas reculer la boule d'énergie qui traînait derrière comme un livre qui suivait la cadence des autres.

- J'ai comprit. J'ferais attention. J'vais plus te bousculer.

Elle joua nerveusement avec ses doigts, les yeux logés sur le livre devant elle. Un livre de magie visiblement. Peut-être qu'il cachait le sortilège qui faisait voler les bouquins? Loëly rêvait d'avoir une grande source de connaissance, pas pour avoir une belle image dans ses premiers pas en tant que future sorcière, mais plutôt pour se sentir à sa place dans le monde magique. Si certains en avaient rien à faire du savoir, de son côté elle désirait le toucher du doigt pour le porter jusque son esprit, pour le remplir, l'instruire et le charger d'histoires. Elle savait que Poudlard était un château, c'était un bon début non? Elle connaissait aussi les grands noms grâce à ses parents, par ce qu'elle avait insistée un jour pour les connaître, la jeune fille ne voulait pas avoir une étiquette d'idiote collée à son front. Ses pensées formèrent un nœud dans son estomac mais elle refusa d'y faire attention. Ses pas se firent un peu plus rapides, pour rattraper l'aînée. Elle adopta une voix plus sérieuse avec un brin naturel enfantin.

- J'suis là pour apprendre justement. J'en ai marre que mes parents me laissent de côté. J'apprends rien, j'sais rien et ça m'ennuie. J'vais arriver avec une valise remplie mais une cervelle vide à ma rentrée. C'est nul et ça m'fais pas plaisir de l'avouer.

Elle soupira, cette profonde vérité déballée entre deux étagères allait presque effacer son sourire, mais puisque cette vérité était aussi devenue une triste habitude, cela n'allait rien changer à son humeur. Heureusement. Malgré la situation le soleil de Loëly brillait encore et toujours d'un bel éclat. Elle prit son courage à deux mains, à deux pieds également, pour avoir toute les chances de son côté.

- Dis, j'sais qu'on s'connaît pas, mais tu penses que tu pourrais m'dire deux ou trois trucs sur la magie et sur Poudlard? Ou m'conseiller des livres? J'peux même payer ton temps en bonbons ou en pièces, j'en ai un peu..

Elle fouilla grossièrement dans ses poches pour sortir une petite poignée de sous. Elle releva la tête vers la sorcière dans un léger espoir d'obtenir une réponse à ses questions. En réalité elle espérait surtout rester en vie et ne pas se faire manger comme un fondant au chaudron. Sous le noir se cachait peut-être un lueur agréable à partager.

Quand on tombe dans l’eau, la pluie ne fait plus peur.
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3 oct. 2024, 18:24
L'insatiable  PV 
Une fois éloignée d'elle, mes pensées reprennent leur teinte habituelle. Leur cours n'a été dévié qu'une fraction de seconde, pas suffisamment longtemps pour que le lit de mes pensées change radicalement de chemin. Aussi me puis-je me remettre à jeter mon désespoir sur les livres que je croise, m'arrêtant dès que mon intérêt est titillé, même très légèrement, pour assouvir l'immense besoin de mon esprit de se détourner de l'obscurité qui l'accable. À peine me suis-je éloignée de la fille que j'ouvre un nouvel ouvrage, que je découvre son sommaire, que je m'en vais visiter un chapitre. Mais je commence tout juste à lire que cette voix d'enfant se fait de nouveau entendre, tout proche.

Je me tourne vers elle, les yeux baissés pour la regarder en face. Notre différence de taille me parait comme une parfaite représentation de nos situations mutuelles : elle, si petite, si peu renseignée, et moi qui culmine à... Brutalement, je me souviens de mes résultats au deuxième semestre, de ma présence dans les salles de rattrapage. Ma gorge se noue affreusement et cette impression de tanguer au bord d'un précipice me revient de plein fouet. Parviendrais-je un jour à me débarrasser de cette honte qui me colle à la peau comme la transpiration un jour d'été ? J'en doute. Je suis maudite, destinée à ressentir cela jusqu'au bout de ma vie, tout comme je ressentirai cette peine et ce désespoir liés au retour de mes souvenirs. Non, me corrigé-je, pas au retour de mes souvenirs : à son absence à elle, l'absence de Kristen dans ma vie.

Insensible à ma chute intérieure, la gamine continue de parler. Son ton, qui me semble bourré d'une motivation dont je ne connais plus le goût, parvient à se frayer un chemin jusqu'à ma conscience. Je cligne des yeux, je focalise sur elle. Je me recentre. Il me faut quelques instants néanmoins pour parvenir à deux conclusions : une, elle me croit capable de lui donner une chose que je n'ai pas à offrir (mon aide) ; deux, elle vient d'avouer qu'elle avait conscience de son ignorance. Et qu'elle voulait y remédier. Et ça, Merlin, ce n'est pas une chose qui arrive tous les jours, surtout chez une enfant de cet âge-là.

Je pose un regard circonspect sur l'argent qui déborde de sa petite main. Ses friandises ne m'intéressent guère, cela fait bien longtemps que je n'ai plus faim, mais ça... Moi qui manque d'argent et qui répugne attendre avec impatience la bourse mensuelle que m'envoient mes parents, ces mêmes parents que je ne vais plus visiter, je ne peux qu'être tentée d'accepter ce paiement, en contre partie d'une chose qui ne me demanderait pas le moindre effort, qui plus est. Malheureusement, j'ai été éduquée avec certaines valeurs, et même si je n'hésite pas à envoyer balader certaines d'entre elles lorsque l'envie m'en prend, il y en a d'autres sur lesquelles je ne peux décidément pas m'asseoir. Extorquer de l'argent à une enfant, par exemple, même si elle me le propose d'elle-même, en fait partie — elle n'a aucune conscience de ce qu'elle est en train de faire, de ce sur quoi elle fait une croix en m'offrant ses pièces. Quand j'avais son âge, moi aussi j'aurais pu payer pour apprendre quelque chose. Oh oui, je l'aurais fait, plutôt deux fois qu'une ! Mais j'ai dix-neuf ans désormais et l'argent est devenu une chose dont j'ai douloureusement conscience depuis que j'ai compris à mes dépends sa nécessité.

« Mon temps se paye en conversations intéressantes, » dis-je finalement d'une voix acide, mon regard sévère passant de sa petite fortune à son visage plein d'espoir.

J'entends encore sa voix me dire : « Si tu as un sujet plus exaltant à aborder, je t'en prie. Sinon, bonne nuit. ». C'est ça le prix de l'attention : avoir quelque chose à offrir. J'ai bien compris la leçon, dans la peine et la douleur. Kristen s'est-elle dit que je n'avais plus rien à lui offrir de passionnant lorsqu'elle a décidé de m'abandonner ? Est-ce cela qui a motivé son choix ?

Un soupir me monte du fond des poumons et échoue sur mes lèvres. Si l'enfant ne m'avait pas fait l'aveu de sa profonde ignorance, je l'aurais certainement rabrouée. Mais elle ne l'a fait.

« Je peux te dire des trucs, tant que tu parviens à formuler des questions pertinentes. Quant à la bibliographie... » Je lève les yeux au ciel, un rictus agacé déformant mes lèvres. « Je suis pas libraire, j'ai pas que ça à faire. De toute façon, le choix des autres n'importe pas : fais tes propres recherches. Cette librairie est suffisamment bien organisée pour que tu trouves les rayons souhaités et que tu fasses une sélection. Juste... Évite les attrapes-abrutis : en général, c'est les livres précisant "pour les élèves de tel niveau" ou "prévu au programme de telle matière". Se laisser limiter par un programme ou un niveau, c'est prendre le chemin de médiocrité. »

4 oct. 2024, 11:40
L'insatiable  PV 
Loëly osa lever la tête pour plonger ses yeux ronds observateurs dans ceux de son interlocutrice, ses pupilles noires semblaient inertes et étrangement la fillette était fascinée, l'ombre était si profonde que si on y plongeait, la sûreté d'en sortir sans séquelle était maigre, pauvre. Son naturel s'émergeait bien souvent dans les regards du monde pour tenter de lire quelques morceaux de l'âme, elle le faisait sans s'en rendre compte, sans même le contrôler, peut-être par ce qu'au fond, elle aimerait être lue de la même façon par ses parents. Des personnes qui passaient à côté comme s'ils frôlaient un vase sur le point de se briser sous une secousse trop vive, on ne se retournait pas pour la rattraper, c'était à elle seule de tenir parfaitement sur ses pieds pour ne pas tomber. Sous la réponse de la sorcière elle se mit à sourire dans un hochement de tête en rangeant ses quelques pièces bien au fond de sa poche, les sucreries aussi furent tassées bien correctement, la gourmandise avait la même valeur que l'argent dans l'esprit de la petite. La monnaie était bien complexe à manier et s'en servir pour acheter du temps et des réponses ne la dérangeait pas, après tout c'était pour une bonne cause, pour remplir sa tête de tout un tas d'informations intéressantes et amusantes. Un soupir s'éleva entre les deux étagères pour embrasser leur conversation, il était le suspens, la suite, il était une première réponse.

La fillette ne put s'empêcher de sourire fièrement, comprenant qu'elle allait abreuver sa soif de connaissance, enfin, il était temps, quelqu'un allait l'accompagner, même si ce n'était qu'un peu, sur le chemin de la magie. Ses pieds se mirent à doucement sautiller, martelant légèrement le sol, sans le blesser. Elle s'arrêta net après quelques secondes, ne voulant pas effrayant la plus âgée, il ne fallait pas la faire regretter. Loëly regarda ses mains, des grains de sucre se promenaient sur ses paumes, c'était de la faute des plumes. Elle les frotta vigoureusement sur son short en jean et en tendit une vers l'inconnue. Dans un sourire sérieux et déterminé, ses yeux fixés dans les siens. Elle se racla un bon coup la gorge avant de se lancer.

- J'm'appelle Loëly. Et j'te remercie, euh, toi, de bien vouloir nourrir mon esprit. Et si ça peut te rassurer, j'aime pas suivre les étiquettes, comme avec les gens finalement. C'n'est pas par ce qu'un type dans la rue sera jugé méchant, idiot ou trop maladroit que c'est ce qu'il contient dans le cœur. Les livre c'est pareil.

De ses doigts elle chatouilla le dos d'un livre de magie avant de continuer.

- Cette couverture est poussiéreuse, assez vieille je dirais, mais regarde..

La fillette prit le livre dans ses mains et l'ouvrit au hasard. Un sortilège était expliqué avec une belle gestuelle en forme de vague.

- Ce qu'il contient est magnifique. J'vais royalement m'en foutre qu'on m'dise qu'il n'est pas pour moi, trop vieux ou encore mal en point. J'le prendrais quand même. Par ce que sous sa couverture abimée se cache de belles histoires intéressantes et enrichissantes. J'troue que les gens c'est pareil..

Elle remit le livre à sa place et avec soin avant de se retourner de nouveau vers la sorcière. Son visage adopta son brin enfantin naturel, ses lèvres étaient habillées d'un léger sourire sincère. C'est comme ça que marchait son propre monde. Sans étiquette, sans jugement hâtif, elle traçait sa propre route, faisant ses propres choix même si c'était des erreurs. Il fallait bien en faire un peu à 11 ans. Ca faisait parti du processus après tout, c'est comme ça qu'il fallait grandir.

- C'qui m'fascine avant tout, c'est l'essence magique, j'me demande si on la ressent toute de la même façon. J'me dis que forcément elle se rattache à notre personnalité, elle doit être beaucoup plus vive pour les personnes de fort caractère non? Ca s'passe comment pour toi? Si tu veux bien m'le dire.

Lors de sa manifestation, Loëly n'avait ressentit que des picotements dans ses mains et dans ses yeux, c'était léger, c'était sa première fois, elle avait peur de ne plus la ressentir, ou du moins, comment elle allait la ressentir.

Quand on tombe dans l’eau, la pluie ne fait plus peur.
Fiche PR

5 oct. 2024, 13:37
L'insatiable  PV 
Une petite main que j'imagine toute collante de sucre se dresse vers moi sans la moindre hésitation. Si je ne la serre pas, ce n'est pas parce qu'elle recouverte de sucre, ni même parce qu'elle pourrait être moite à cause de la chaleur. C'est seulement parce que je ne sais rien de cette main et de la personne à laquelle elle appartient. Et puis, pourquoi cette fille se présente-t-elle ? Mal, en plus ; elle n'a pas de nom de famille, cette gamine-là ? Je me fiche de son prénom. Je me fiche même de son nom, d'ailleurs. Et je me fiche de cette main que je dédaigne sans honte en rangeant mes propres doigts tout au fond de mes poches. Je n'ai jamais aimé cette tendance qui pousse les gens à se présenter aussi rapidement alors que rien ne nous liera plus dans une poignée de minutes.

Je dresse le menton en la regardant de très haut, les yeux exagérément baissés vers le bas pour ne pas la quitter du regard. Tout à coup, elle se met à babiller. Elle parle, et parle encore. Elle ne dit pas que des conneries, mais je sens bien que si je n'interviens pas elle se contentera de faire la conversation pour nous deux. Elle me racontera toute sa vie s'il le faut tant qu'elle dira quelque chose. C'est dommage qu'un esprit avec une tendance si rare (celle de ne pas se laisser dicter son comportement par des racontars extérieurs ou des a-priori) soit si bavarde.

De mon regard las, je suis ses mouvements, le livre qu'elle touche du bout des doigts, qu'elle ouvre pour appuyer son propos. Je ponctue son discours d'un « mh » qui n'engage à rien et elle enchaîne sur l'essence magique. Ah. L'essence magique. Un sourcil inquisiteur se dresse sur mon front. C'est une formulation très hasardeuse, pour ne pas dire abstraite. Pour quelqu'un à qui j'ai demandé de formuler des questions pertinentes, on ne peut pas dire que ce soit une réussite. Pourtant, je pense comprendre ce qu'elle me demande, mais j'hésite entre la pousser à éclaircir sa question, à trouver les bons mots, ou lui répondre tout simplement.

J'ai l'impression qu'un univers tout entier nous sépare. Elle est si petite et si maladroite, sa curiosité est encore si naïve, presque étincelante. Il y a quelque chose en elle qui me dérange, mais je ne sais pas quoi. Sa façon de sautiller légèrement sur la pointe de ses pieds ? de me parler comme si je ne tirais pas une tronche de six pieds de long depuis tout à l'heure ? son ton joyeux alors que le mien est sec, désagréable, cassant comme une vieille écorce ?

« Non, je veux pas te dire, articulé-je lentement d'une voix profonde, le regard braqué sur son visage trop joyeux. C'est une question beaucoup trop personnelle à poser à quelqu'un que tu connais pas. »

Et puis de toute manière ça ne se raconte pas avec les mots. Ça se ressent. Comme cette fois-là avec Thalia dans la salle de bains des dortoirs. Ou cette fois-ci avec Kristen, sa magie qui éclate, sa magie qui fascine, qui me hante encore aujourd'hui à chaque fois que je m'entraîne sur le haut Plateau écossais à faire éclater des sapins à l'aide de ma magie brute. Je pince les lèvres et, après un autre petit moment de silence, j'ajoute sur un ton ton tout aussi distant.

« Mais non, on la ressent pas tous de la même manière. C'est unique à chacun. Et la personnalité n'a rien à voir avec la façon dont on ressent la magie tout au fond de soi. Plutôt à voir avec ce qu'on fera d'elle, comment on l'utilisera. C'est mal formulé, ta question, d'ailleurs. Essence magique, c'est trop vague. Je ne sais pas si tu parles de la magie, du noyau magique ou encore d'autre chose. Précise ta pensée. »

Sur cet ordre murmuré à mi-voix, je poursuis mon cheminement dans le rayonnage. Une grande partie de mon attention est focalisée sur la petite fille, mais j'ai besoin d'occuper mes mains et mes yeux à autre chose qu'à observer sous toutes les coutures son visage enfantin. Je lui coupe l'accès à mes yeux et je m'en sens un peu soulagé ; pourquoi ? Ce n'est pas tant que je veux me cacher d'elle. Je crois que c'est elle que je souhaite cacher. Je n'ai pas envie de voir l'intérêt se dessiner sur son visage, ses yeux s'écarquiller sous la passion ou sa bouche s'ouvrir dans un souffle qui m'indiquera qu'elle recommencera à parler. Je n'ai pas envie parce que ça titille quelque chose en moi et que je n'ai aucune idée de ce dont il s'agit.

8 oct. 2024, 22:05
L'insatiable  PV 
C'était difficile de savoir comment se comporter, c'était difficile de trouver les bons mots, plus le temps passait et plus Loëly avait l'impression de marcher sur les pieds de la mystérieuse sorcière, tout en éparpillant des bêtises tout autour. Elle regarda ses mains, il n'y avait plus aucun grain, il n'y avait pas non plus d'odeur nauséabonde, alors c'était quoi le problème? Elle n'était pas suffisamment polie? Elle ne se tenait pas droite? Elle hocha ses épaules en laissant tomber ses bras autour de son corps, ça servait à rien de persister, elle s'était présentée, c'était dans le manuel des bonnes manières, pas besoin d'en faire plus. La fillette leva la tête et elle avait la sensation de s'enfoncer dans le sol sous le regard pesant et lourd de l'inconnue, c'était étrange, elle n'avait jamais ressentie ça, c'était comme si ses chaussures étaient coincées dans le parquet, elle était immobile et pourtant son désir de chasser l'ombre ne s'éteignait pas. Le ton de sa voix était toujours aussi froid, sa question avait été visiblement trop indiscrète. En fait, c'était trop compliqué d'être moi? J'ai sûrement un souci. J'suis p'têtre malade. J'suis le problème? Sous cette pensée elle ressentit une vague de frissons parcourir son corps, à 11 ans c'était pas facile de se poser ce genre de question, vagabonder dans les pattes de ses parents comme un petit fantôme commençait à ternir sa lumière. Malgré tout elle ne perdit pas son énergie bien longtemps. Ses oreilles restèrent attentives pour écouter la suite.

Pendant un moment elle resta immobile, ne suivant plus la traînée de livres entre les étagères, elle se concentra sur ses sentiments, sur ce qu'elle voulait en faire et sur ce qu'elle allait devenir avec. J'suis pas un peu p'tite encore? Mais si j'était pas faite pour ça.. et si j'était pas prête pour ça? Loëly suivit de nouveau les pas de la plus âgée. La sombreur de ses yeux ne cachait aucune clarté, comme maniait-elle sa magie? Sa source? Comment la trouver? Elle se demandait si son chemin futur serait noir ou blanc, est-ce que son noyau était encore innocent, pure, elle ce qu'il n'était pas déjà tâché à cause de ses parents? Elle soupira un moment, les yeux rivés sur le dernier bouquin de la balade.

- J'suis pas toujours comme ça, à sourire toute la journée comme si c'était une passion. J'suis pas toujours gentille. J'me demande où la magie me mènera et si elle va même me mener quelque part, c'est tout. J'veux être une bonne sorcière. Mais si j'men sors pas et si je dérape, j'ferai tout foirer. J'veux juste savoir comment garder ma magie pure, sans mal finir. J'pense que ça concerne le noyau magique.

Loëly aimait tout un tas de chose, elle avait même déjà fait une liste pour ses années à venir, son chemin était bien tracé dans son esprit, un chemin sans trop d'obstacles ou de soucis. Une direction qui la mènerait vers la meilleure voie possible, bien blanche et sereine. A côté de sa splendie collection de cailloux atypiques, elle adorait se renseigner sur les lectures divinatoires, elle avait essayée deux-trois trucs de pyromancie sur son bureau, elle avait convaincue ses parents de lui offrir une boîte de bougies de couleurs. Elle s'en sortait plutôt bien, dans ses yeux d'enfant en tout cas. C'était quoi son parcours à cette grande dame aux yeux noirs? Elle avait un diplôme en regards maudits? Elle déglutit, n'osant presque plus poser de questions trop personnelles auxquelles elle n'aurait pas de réponse, enfin, peut-être qu'un coup d'aplomb reviendrait plus tard.

- J'sais où et comment j'veux finir. Mais j'sais pas si j'en serais capable et j'sais vraiment pas si j'ai ce qu'il faut. Mes manifestations sont pas grandioses.

Finalement elle fit revivre un de ses bras pour attraper un plume en sucre et la manger en silence, un peu dans son coin. Cherchant des yeux un livre concernant la chiromancie, tout en suivant la mystérieuse sorcière, bien intrigante.

Quand on tombe dans l’eau, la pluie ne fait plus peur.
Fiche PR

11 oct. 2024, 07:58
L'insatiable  PV 
Je lui lance un regard acéré par dessus le livre que j'ai attrapé dans le rayon ; la voilà qui se confie à moi, et d'une drôle de façon. Si une vague de gêne m'envahit à l'idée qu'elle me croit dotée d'une oreille prête à l'écouter, ce sentiment s'écoule bien vite lorsque je comprends où elle veut en venir. Mes lèvres se pincent, je baisse l'ouvrage de quelques centimètres pour mieux regarder l'enfant qui m'a suivi mais qui a cessé de se trémousser sur ses pieds comme une gamine. Son discours me trouble, parce qu'il est à la fois trop grave et inquiet pour une personne de cet âge et trop flou pour que je le prenne véritablement au sérieux — conséquence de cet âge, justement, sinon elle s'exprimerait certainement autrement. Ou du moins, je l'espère.

« T'es une enfant, répliqué-je sur un ton las, et t'as pas encore mis les pieds à Poudlard à t'écouter : évidemment que tu n'as encore rien fait de grandiose. »

Finalement, peut-être est-elle bien en train de me confondre avec une oreille attentive. Qu'attend-elle de moi ? Que je lui dise qu'elle a le temps de faire ses preuves, qu'elle n'a même pas commencé donc qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter ? Ou pire, pense-t-elle que je vais la rassurer à propos du grand Bien et de l'importance de faire de bonnes actions pour rester pure ? Merlin, quelle connerie ! Quelle énorme bêtise, ces pensées ; des inepties, des idioties. Et puis, je suis bien mal placée pour être la personne à qui dire ce qu'elle m'a dit. Je ne me voile plus la face. Après tout, cela ne fait-il pas un an et plus que je pratique une magie qui est considérée comme beaucoup dans ce pays comme la magie du Mal, des êtres méchants et profondément mauvais ?

Quoi qu'il en soit, il n'y a rien de réconfortant qui me traverse l'esprit. Ce que j'ai envie de lui dire est beaucoup plus dur et je pense qu'elle mérite clairement de l'entendre — si tout le monde lui répète qu'elle a le temps de faire ses preuves, elle finira exactement comme elle a peur de finir : elle n'aura jamais ce qu'il faut et n'ira donc nulle part. Tout simplement.

Un soupir long comme mon bras s'extirpe de mes lèvres. Je baisse définitivement mon livre qui pend désormais au bout de mon bras.

« Écoute, les "bonnes sorcières" ça n'existe pas. Si tu penses que tu vas rester "pure" toute ta vie, tu te goures : c'est pas possible. Après, c'est toi qui décideras ce que tu veux faire de ta magie. Mais c'est un pas en disant que tu ne sais pas si tu en es capable que tu y arriveras. T'as encore rien fait. Contente-toi de faire avant de croire que tu ne sauras pas faire. »

Il n'y a rien qui m'insupporte davantage que les gens qui disent "je veux" sans faire ou qui affirment "je ne sais pas" alors qu'ils n'ont encore rien tenté. Et elle, elle est pire que les autres puisqu'elle ose dire qu'elle sait où elle veut aller avant d'affirmer qu'elle ne sait pas si elle y arrivera ! Cela m'insupporte. Agis, bon sang ! Apprend, tente, essaie, mais arrête de te dire incapable, sinon tu finiras effectivement par l'être, incapable ! Je garde tous ces mots à l'intérieur de moi parce que ce n'est qu'une inconnue rencontrée au détour d'un rayon de librairie et que je me fiche de ce qu'elle deviendra.

Je lève de nouveau mon livre devant moi. Un ouvrage de belle taille qui traite de l'alchimie et de ce que l'on en fait dans le monde. Il sera de toute manière moins bien que ce que j'ai pu lire à Uagadou lors de mon séjour en Ouganda, mais je suis curieuse de voir ce qu'il peut proposer. Je l'ouvre au sommaire et continue d'une voix traînante, déjà un peu lointaine.

« Et non, ça n'a rien à voir avec le noyau magique. Il y a une grande différence entre ce que tu fais de ta magie, tes actes donc ; et ton noyau magique en lui-même qui est ce qu'il est et sur lequel tu peux agir avec des efforts et du travail... Enfin, si il est suffisant pour permettre des actes magiques, bien sûr, » ajouté-je avec une grimace.

Mon regard s'arrête un instant sur elle. Ce serait tout à fait possible que son noyau soit atrophié, incapable, ridiculement petit. Cela ferait d'elle une cracmolle. Ou une mauvaise sorcière. Et elle ne pourrait rien faire pour changer ça. Ce serait terrible, évidemment. Heureusement que cela ne me concerne en rien. Elle est bien loin la période où, lorsque j'étais bien plus jeune qu'elle, je faisais des cauchemars dans lesquels j'étais une demi-sorcière, une cracmolle incapable, comme mon grand-père paternel. J'ai longtemps maudit mon père de m'avoir raconté l'histoire de ses racines ; sans cela, je n'aurais sans doute pas développé une telle crainte.

Je me secoue pour m'extirper de ces pensées désagréables qui, sans raison aucune, traînent mon esprit en direction des rattrapages que je viens de passer. Le simple souvenir de la salle de classe dans laquelle j'ai passé plusieurs heures en compagnie des ignares et des idiots de l'AESM suffit à me plonger dans un désarroi qui est la porte ouverte vers le désespoir.

1 nov. 2024, 08:17
L'insatiable  PV 
"Grandiose" ce mot lui offrait plusieurs effets étrangement, celui d'une mouche venant se poser sur l'une de ses oreilles pour la piquer et un autre, moins désagréable, celui de vouloir devenir quelqu'un un jour. C'était compliqué d'avoir 11 ans et de devoir faire un tri dans sa tête pour partir à l'aventure sereinement et sur un bon pied. A ce petit âge on pouvait quand même avoir des envies, commencer à façonner certains rêves, Loëly de son côté, pour le moment, ne désirait qu'une chose, en savoir plus sur le monde magique pour ne pas arriver telle une cruche sans eau à Poudlard. Ses yeux quittèrent les différentes étagères pour s'attacher sur les mouvements de la sorcière, elle soupira avant de laisser pendre son bouquin. "Eh bh, si j'étais à sa place j'aurai sans doute perdue un membre, heureusement qu'il est costaud."

Pour une fois, on ne l'a traité pas comme une enfant, avec des phrases mielleuses pour les touts petits. "Ne va pas jouer au bord. Reste tranquille! Occupes toi seule. Va dehors chercher des cailloux? Laisses maman travailler." Non. Aujourd'hui on lui parlait vraiment et même si certains mots étaient plus graves que d'autres, ça lui faisait du bien, là, elle avait l'impression de mettre un pied chez les plus âgés. Ce sentiment vivifiant fit trépigner de nouveau ses pieds contre le sol, qu'elle tenta de cacher pour ne pas agacer sa voisine. Elle y gagnerai un nouveau soupire, encore un peu et elle allait former une brume dans la boutique.

- OK. Faire avant de croire que tu ne ... sauras pas faire! J'vais la noter en rentrant à la maison! J'vais apprendre! J'vais être gentille et polie et j'vais bien étudier!

C'était une bonne phrase d'accroche, ce coup de pied aux fesses fit revivre le peps, balayant d'une main imaginaire ses derniers sentiments sombres, de toute façon, elle savait très bien qu'elle ne pourrait jamais avancer si elle se coinçait toute seule dans ce cercle noir dans lequel ses parents n'étaient que des ombres qui se promenaient pour faire leur simple job, être parent au premier palier. Sa rentrée devait être un renouveau, un changement, une nouvelle route, en commençant sous un beau soleil et non sous une pluie tortueuse qui, si forte, creuserait dans les esprits pour jouer avec les vilaines pensées.

"Si il est suffisant pour permettre des actes magiques?" Cette phrase lui filait la trouille, comment on pouvait le savoir? Ignorante elle s'arrêta quelques instants et posa ses mains contre son ventre comme si elle pouvait sentir son noyau, espérant qu'il soit déjà bien grand pour pouvoir bientôt faire comme la mystérieuse sorcière, balader des livres entre deux étagères sans les toucher. Loëly ne se laissa pas abattre par cette pensée, au contraire, elle fit revenir son naturel au galop, elle reprit le pas derrière la plus âgée.

- Dis! Comment tu as vécu ta première rentrée? Et tu savais plein de trucs avant d'y aller? T'avais peur aussi de ne pas être une vraie sorcière ou .. d'pas avoir de magie?

La fillette observa sa voisine du coin de l'œil, ses pupilles noires cachaient bien des mystères, est-ce qu'elle possédait aussi des cercles sombres avec des ombres malicieuses qui prenaient sans cesse du plaisir à faire des nœuds avec les pensées et les doutes? Pourquoi le noir était la première couleur que la jeune fille remarquait dans son allure? Dans sa démarche? Dans ses mots? Même ses mouvements comprenaient des vibrations foncés.
Dernière modification par Loëly Ternit le 5 nov. 2024, 22:10, modifié 2 fois.

Quand on tombe dans l’eau, la pluie ne fait plus peur.
Fiche PR