2 nov. 2024, 17:24
Allemagne Der schwarze Vogel
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| Générique d'Artagnan
L'oiseau Noir

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Adélaïde, 18 ans
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Lothar, 43 ans
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Maeve, 41 ans
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Simon, 23 ans
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Marius, 11 ans
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le coup de pouce

Août 2032
Domaine Brennen, dans l'après midi


Je n'ai rien à apprendre de toi ! Fallait t'y prendre plus tôt, j'en ai rien à faire !

Adélaïde ! Parle autrement à ta mère !

Mais elle n'écoutait plus. Ses poings étaient serrés, les jointures blanches de rage. Son visage entier était engourdit par la douleur, l'effort qu'était l'émotion. Ses pupilles étaient fixement accrochées à celle de Maeve; elles brillaient. Il y avait quelque chose d'effrayant dans ce regard, bien plus que la torpeur et la rage. Dans ces yeux, on lisait un désespoir, profond, une mélancolie délicieusement fragile. Un véritable flot de sentiments inexprimés, de crises retenues, de mal commit. Tous ses membres tremblaient, elle ne tenait plus sur ses jambes. Le silence qui s'était installé dans le salon familial l'engloutissait entièrement. Elle se noyait dans ce blanc douloureux, où même Simon n'osait dire un mot. Chaque respiration laissait échapper une part d'incompréhension, d'attente même. Que pourraient-ils faire de toute façon ? Elle avait tellement patienté, elle avait tellement changé, pour leur plaire, pour répondre à leurs attentes. Pourtant, malgré tous ces efforts, rien ne s'était amélioré. Rien. Dans ce cas là, que pouvait-elle faire ? Ses parents eux, pouvaient avancer, faire un pas en avant, et lui tendre la main. Ils le pouvaient. ils étaient les véritables adultes, en dépit de la majorité d'Adélaïde. Si on ne détient pas le pouvoir, on ne peut agir. Et si cette famille ne pouvait le lui donner, elle irait le chercher ailleurs. Cette liberté d'aider, d'écouter mais aussi d'entendre. Elle la trouverait. Mais pas ici.

Adélaïde-

Mais Maeve aurait dû s'exprimer avant, bien avant. Il était trop tard.

j'men vais.

L'allemande fit demi-tour en prenant le soin de bousculer fortement l'épaule de son père et monta à l'étage, où elle rassembla ses affaires. En vérité, elle avait prévu, depuis la fin des cours, de s'en aller. Certains de ces vêtements étaient déjà prêts à être emportés, et elle avait commencé à vider la pièce. Enfin. Désormais, elle avait le droit de les quitter, de sillonner le monde, sans eux. De découvrir, seule. La famille n'est parfois qu'un nom sur un papier, une demeure commune, des inconnus. On croit les connaître, mais on se trompe, et ils nous déçoivent. Savoir accorder sa confiance aux bonnes personnes, cela s'apprend. Analyser est la clé, pour tous. Avoir un sang commun ne permet pas de déroger à la règle.

Elle fourra précipitamment ses affaires dans une sacoche sans fond, en saisissant des objets plus ou moins intéressant. Livres, vêtements, babioles inutiles...
Rapidement, la chambre fut vidé de toute vie et Adélaïde en sortit, furieuse. La bouffée d'air frais qui l'englobait lorsqu'elle claqua fermement la porte la poussa dans les escaliers en colimaçon, que la jeune fille dévala rapidement et bruyamment.

Elle s'arrêta devant le salon.
Lothar s'était assit dans un fauteuil, et tenait sa tête dans ses mains, l'air morose. Maeve, elle, se tenait toujours debout. Elle ne semblait pas avoir bougée, comme si le monde avait été mis en pause. Pourtant, il continuait d'avancer. Simon serrait fermement Marius, secoué par l'affront.
Quelques rayons de soleil avaient traversé les mosaïques teintées, et coloraient doucement le centre de la salle, apportant cette touche l'allégresse, disparu il y a plusieurs minutes. Mais personne ne s'en souciait.
Adélaïde adressa un dernier regard, dépourvu d'émotions, à son grand frère, puis s'en alla.

Elle passa le seuil de la porte et traversa le jardin sur le ponton. La légère brise d'été chatouillait doucement la cime des pins, dans la forêt d'à côté. C'était une belle journée pour profiter de la nature...
Adélaïde était totalement aveuglée par la colère, elle ne savait plus ce qu'elle faisait, où elle allait. Elle marcha quinze bonnes minutes dans les petites ruelles du village d'à côté, avant de s'engouffrer dans la forêt, où, enfin elle craqua. Aucune larme ne s'échappa des ses yeux, mais le cœur, lui, souffrait. Elle avait mal, désespérément mal. Son cœur cognait fort dans sa poitrine, le sang affluait dans ses tempes, et tapait fort contre son crâne engourdi. Elle se laissa tomber, piteusement. À genoux contre la terre foulée, Adélaïde ressemblait à un chevalier déchu, renié, abandonné. L'image fantastique d'un héros perdu, l'armure lourde s'abattant contre ses muscles comme la sombre et meurtrière fatalité se dessina dans son esprit. Le chevalier tenait avec difficulté son épée d'argent, planté dans le sol, dernier symbole de son activité passée. Son symbole, son souvenir à elle, Adélaïde le tenait dans sa paume. Resplendissante, le topaze de Lothar, autrefois incrusté dans son épée, avant d'être retirée pour lui être confiée. Un des précieux bijoux familiaux que détenait désormais la jeune femme, et qu'elle garderait, pour l'éternité.

Les secondes passèrent, puis lentement, les minutes s'écoulèrent. Adélaïde avait chaud, le soleil tapait sans ménagement contre son corps agenouillé, faible. Il l'aveuglait.
Dans les films, le point de chute se déroulait toujours sous la pluie, dans le noir, durant une tempête. Mais, ici, la lumière, la chaleur la narguait, comme pour lui rappeler qu'elle n'aurait pas dû, qu'elle n'aurait pas pu. Qu'elle aurait pu se détendre dans le jardin, se reposer, faire ce qu'elle voulait. Mais pas s'en aller.

Elle se redressa, enfin. Un premier pied rencontra de nouveau le sentier, la hissa. Elle vacillait, se rattrapait. Elle s'étira, soupira. Lorsqu'elle sentit son corps s'emplir d'une force nouvelle, elle savait qu'il était temps. Temps d'avancer, de continuer. Quelque chose venait de se terminer, de la quitter. Quelque chose qui était enfouie en elle, s'était envolé.

Alors, elle avança. Dire qu'Adélaïde ne savait pas ce qu'elle faisait était un euphémisme. Elle marchait, c'est tout. Sans un permis de transplanage, sans balai, les dispositions étaient restreintes. Et hors de question de retourner au manoir pour voyager par le réseau de cheminée, ni pour chercher Gottheit à l'écurie. La jeune femme se décida donc à voyager à pied. Elle trouverait bien une diligence qui pourrait la transporter. Mais, pour aller où. Là était la véritable question.
Établir une destination précise n'était pas dans ses cordes, elle improviserait. Elle savait simplement, que de l'autre côté de la forêt se trouvait la première étape de son parcours. Le lieu où elle leur dirait adieu. Après, elle trouverait un endroit où s'installer pour continuer ses études, loin d'ici.



Et malgré l'échéance, s'enfouie à jamais l'espérance.


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Directrice de l'Astronarium since Octobre 49 • Discord : ison0mi.a
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Impératrice-Sirène des Contrées Germaniques, Célestes et Maritimes • Idole d'Elam • Adézheimer - Mémoire fallacieuse - Vance

3 nov. 2024, 01:28
Allemagne Der schwarze Vogel
TW : mention de la mort, cimetière

| Albert rejoint Haydée


Adélaïde progressait dans la forêt épaisse, en se faufilant entre différents buissons, traçant son propre chemin. Elle connaissait le raccourci, Lothar lui avait montré plusieurs fois. Penser à son père n'était pas la meilleure des idées, pourtant, elle semblait ressentir une certaine sérénité en l'imaginant, assit dans le salon de leur demeure, continuant tranquillement sa vie après son départ. Maintenant qu'elle était seule, qu'elle savait qu'ils ne seraient plus près d'elle, les imaginer, se rappeler des quelques bons souvenirs ne semblaient plus si difficile. Elle pouvait faire ce qu'elle voulait sans en avoir à subir les conséquences. Si elle voulait penser du mal d'eux, elle n'aurait pas ensuite à leur faire face et se retenir de leur cracher à la figure. Si elle souhaitait être mélancolique, elle n'aurait pas à le regretter en leur faisant face après une énième dispute.

Sa sacoche n'était pas très lourde grâce aux sortilèges, mais elle sentait tout de même un léger poids tirer son épaule, alors, elle changea de côté. S'aventurer dans la forêt en longue robe n'était pas très pratique, elle dû tenir les épais tissus entre ses mains, à la façon princesse, pour éviter de rester accrochée à une brindille. Elle avait attaché ses cheveux en un chignon rapide, dont la plupart des mèches s'échappait de l'élastique fin, minute après minute, et qu'elle repoussait en un simple mouvement de bras, plutôt que de se recoiffer.
Elle levait la tête, plissait les yeux pour apercevoir un rayon de soleil à travers les arbres. Il faisait encore jour. Ce petit jeu durait depuis une demie-heure, toutes les cinq minutes environ. Trainer ici la nuit, au milieu des animaux, était une bien mauvaise idée. De toute façon, elle était bientôt arrivée à sa première destination.

Elle continua donc, passant par dessus les branches gisant au sol, la boue, les falaises d'eau par endroit. Elle croisa un petit hérisson au bord d'un grand sapin. Elle s'arrêta un instant pour le regarder de plus près, en s'agenouillant, et en lui faisant un petit coucou. L'adorable bête ne s'était pas recroquevillée mais n'avait pas bougée pour autant. Un peu comme Maeve...
La jeune femme se redressa et poursuivit sa route, en prenant soin de toujours relever les pans de sa robe bleue.

Une vingtaine de minutes suffirent à arriver à l'orée de la forêt, où un arc naturel de fleurs s'était formé, comme pour accueillir ceux qui s'étaient aventuré si loin dans la nature. Enfin, pour Adélaïde, une heure avait suffit. La partie qu'elle avait traversé était des plus fines, rendant facile le parcours jusqu'ici.
Elle passa sous la création de mère nature, la tête relevée pour en profiter pleinement, émerveillée. Un petit chemin de pierres brut naissait à la sortie de la forêt, se dessinant jusqu'à un petit portillon de fer rouillé, englouti par la végétation.
Son sourire disparu, et elle pénétra dans l'espace dessiné par des murets de briques démoli. Elle jeta un coup d'œil à gauche, puis à droite. Personne. Seulement des collines campagnardes, multicolores à perte de vue. Elle se perdit dans la beauté du paysage, la clarté du ciel, parsemé ici où là de nuages à l'allure de barbe à papa. Une lignée de maisonnettes au loin, dessinait l'horizon. Sûrement de petites fermes.
L'allemande détourna la tête, et concentra toute son attention sur le parterre de fleurs sauvages, autour des tombes, abandonnées pour la plupart. Elle s'accroupit sur une première, et écarta les quelques lianes qui recouvraient l'inscription gravée dans la pierre brut. Pas eux. Elle s'avança et répéta l'opération une seconde fois, en répétant à mi-voix les noms de chacun des défunts. La sixième fut la bonne. D'une pierre tombale grise, rognée par endroit et recouverte de mousse, elle avait la même allure que les autres.

Odile et Oisin Brennen...

Elle l'avait presque chuchoté. En vérité, elle ne savait pas vraiment pourquoi elle était venue ici. Son inconscient l'avait guidée jusqu'ici, elle le laissa donc prendre les commandes.

Ce n'est qu'un au revoir... elle soupira, la gorge nouée. Ce n'est pas la fin de nos liens. Par delà les forêts, les murs et les tempêtes, chaque membre honore, en ce jour, comme hier, demain et pour l'éternité, la noblesse du sang Brennen. Je... Je ne renis pas ma famille, je la quitte, pour mieux la retrouver. Comme n'importe qui d'autre, l'oiseau fini toujours par quitter son nid. Mon envole etait simple plus brusque.... Chaque mot était d'une intense complexité à prononcer, il sortait, tour à tour, comme des piques de douleur qui marqueraient à jamais. Un jour viendra où je serais là, à vos côtés, je l'espère. Quand viendra ce jour, je serais fière. Fière d'avoir abandonnée des mois de souffrances, pour reconstruire les murs de mon espérance. Je ne serais que plus tolérante. Großvater, Großmutter ¹, ça ira.

D'un geste monotone, elle sortit sa baguette, la passa doucement entre ses doigts fins, l'examinant de toute angle, puis, d'un mouvement de poignet gracieux, lança un orchideus sur la pierre tombale. De grandes roses d'un rouge sang recouvrirent le reste de la végétation. C'en était presque un spectacle, un cadeau de la magie qu'on souhaitait lui offrir. Elle en saisit une.

Une fleur finit toujours par faner. Mais une autre prendra rapidement sa place. Incendio. un jet lumineux s'échappa majestueusement de sa baguette.

Eine Blume wird immer brennen ².

Les pétales de la fleurs brûlèrent à la vitesse de la lumière, avant de retomber par dessus les épines. Une lueur orangée s'accrochait aux restes du végétal, crépitait doucement. Puis, plus rien.

Alors, elle fit volte-face, et s'en alla. Elle prit un chemin à droite, terreur, cabossé. Quelque chose était né dans son esprit. Une envie de renouveau, de révolte, de liberté. Lorsqu'on cherche une telle chose, on sait où aller. Souvent, elle avait reçu des hiboux d'eux, des invitations par dizaine, mais jamais elle n'avait daigné y aller. Il fallait dire que Lothar l'en avait bien dissuadé, et Maeve était bien contente d'y échapper. Adélaïde ne comprenait pas quel pouvait bien être le problème avec ces gens. Fort heureusement, elle allait pouvoir le découvrir, d'elle-même. N'était-ce pas le meilleur moyen d'apprendre ce que l'on souhaite ? Elle n'avait pas besoin de l'avis de ses parents pour savoir que penser de ces gens, surtout lorsqu'on connaissait la mentalité de ceux-ci. Alors, en quête de découverte, la jeune femme partie en direction du manoir O'Sullivan, en Irlande.


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¹ Großvater, Großmutter – Grand-père, grand-mère.

² Eine Blume wird immer brennen – Une fleur brûlera toujours.

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