L'année du lièvre
25 janvier 2047
Aux Vapeurs de Hangzhou
Avec @Ernest Stevens
« Il reste toujours un peu de parfum à la main qui donne des roses. Confucius. »
Cette citation est jolie. Mais je ne suis pas vraiment sûre de comprendre sa signification. Je sais que dans ce genre de phrases, il y a toujours un sens caché, mais je peine bien souvent à le discerner. Comme si j'illustrais la citation, je porte mes mais près de mon nez pour les sentir. Elles sentent le Chow Mein de ce midi, ce plat de nouilles aux légumes et à la sauce à base de soja. Je n'aurais peut-être pas dû les manger avec les doigts.
Je dépose le petit papier avec la citation aux côtés des quatre autres que j'ai déjà lues, et je replonge ma main dans le bol de fortune cookies. Ce sont des petits biscuits croquants dans lesquels sont souvent mises des petites maximes chinoises. En mandarin, on les appelle Qian yu bing.
Ma mère passe subitement de la cuisine à la salle du restaurant dans laquelle je suis.
— Lina, arrête de manger, tu n'auras plus faim pour tout à l'heure. Viens plutôt m'aider.
Je casse alors celui que j'ai dans la main.
— D'accord maman, c'est le dernier.
Je mets les bouts de biscuit dans ma bouche et déplie le papier pour lire la citation.
« Les excès tuent plus sûrement que les épées. Proverbe chinois. »
Même les biscuits sont contre moi...
Aujourd'hui, c'est la fête du printemps. Oui, c'est assez tôt pour célébrer le printemps. Dehors, il fait encore froid, nous avons même eu un peu de neige la semaine dernière. Mais c'est ce jour-ci que tombe le début du nouvel an chinois. Pendant deux semaines, le quartier chinois de Soho va être animé de parades et d'activités traditionnelles, et se terminer avec la fameuse fête des lanternes. J'ai si hâte.
J'aime beaucoup la période du nouvel an. Il y a beaucoup de monde au restaurant, et il y a plein d'animations. J'ai le droit aussi à des cadeaux. C'est encore mieux que Noël ! Cette année, je suis un peu triste, car Mǎ, ma meilleure amie, n'est pas là. Comme beaucoup de famille d'origine chinoise, elle est retournée en Chine pour les fêtes. Elle est originaire de Pékin. Moi, je n'ai jamais été à Shanghai pour les fêtes. Je suis toujours restée au restaurant, avec toutes les autres familles chinoises qui, comme nous, n'avaient pas la possibilité de retourner auprès des leurs. C'est comme une autre famille au final : nous connaissons la plupart d'entre eux, ce sont des habitués du restaurant qui viennent célébrer la nouvelle année chez nous. Parfois, quelques londoniens curieux se mêlent à nous. Ils ne comprennent pas beaucoup les conversations en mandarins qui se crient dans toute la pièce, mais ma mère est toujours là pour les accueillir au mieux, avec toute la bienveillance qu'on lui connaît.
Comme j'ai enfin délaissé le bol de fortune cookies, j'aide ma mère à préparer les dernières décorations du restaurant. Nous avons installé une frise en forme de dragon le long d'un mur, ainsi que plein de petites lanternes rouges en papier. La nouvelle décoration festive cache presque les toiles asiatiques calmes et relaxantes habituelles. Je suis fière de notre travail ! Quant à mon père, il est déjà en cuisine. Il a travaillé dur pour préparer les plats du réveillon, et la soirée est loin d'être finie. Cela va être si délicieux. Je suis déjà si pressée de manger le gâteau !
Alors que nous venons juste de terminer les décorations, les premiers arrivés font leur entrée. Je replace la chaise que j'avais utilisée pour être en hauteur afin d'accrocher mes lanternes tandis que ma mère s'occupe de l'accueil.
2è année RP
Aux Vapeurs de Hangzhou
Avec @Ernest Stevens
« Il reste toujours un peu de parfum à la main qui donne des roses. Confucius. »
Cette citation est jolie. Mais je ne suis pas vraiment sûre de comprendre sa signification. Je sais que dans ce genre de phrases, il y a toujours un sens caché, mais je peine bien souvent à le discerner. Comme si j'illustrais la citation, je porte mes mais près de mon nez pour les sentir. Elles sentent le Chow Mein de ce midi, ce plat de nouilles aux légumes et à la sauce à base de soja. Je n'aurais peut-être pas dû les manger avec les doigts.
Je dépose le petit papier avec la citation aux côtés des quatre autres que j'ai déjà lues, et je replonge ma main dans le bol de fortune cookies. Ce sont des petits biscuits croquants dans lesquels sont souvent mises des petites maximes chinoises. En mandarin, on les appelle Qian yu bing.
Ma mère passe subitement de la cuisine à la salle du restaurant dans laquelle je suis.
— Lina, arrête de manger, tu n'auras plus faim pour tout à l'heure. Viens plutôt m'aider.
Je casse alors celui que j'ai dans la main.
— D'accord maman, c'est le dernier.
Je mets les bouts de biscuit dans ma bouche et déplie le papier pour lire la citation.
« Les excès tuent plus sûrement que les épées. Proverbe chinois. »
Même les biscuits sont contre moi...
Aujourd'hui, c'est la fête du printemps. Oui, c'est assez tôt pour célébrer le printemps. Dehors, il fait encore froid, nous avons même eu un peu de neige la semaine dernière. Mais c'est ce jour-ci que tombe le début du nouvel an chinois. Pendant deux semaines, le quartier chinois de Soho va être animé de parades et d'activités traditionnelles, et se terminer avec la fameuse fête des lanternes. J'ai si hâte.
J'aime beaucoup la période du nouvel an. Il y a beaucoup de monde au restaurant, et il y a plein d'animations. J'ai le droit aussi à des cadeaux. C'est encore mieux que Noël ! Cette année, je suis un peu triste, car Mǎ, ma meilleure amie, n'est pas là. Comme beaucoup de famille d'origine chinoise, elle est retournée en Chine pour les fêtes. Elle est originaire de Pékin. Moi, je n'ai jamais été à Shanghai pour les fêtes. Je suis toujours restée au restaurant, avec toutes les autres familles chinoises qui, comme nous, n'avaient pas la possibilité de retourner auprès des leurs. C'est comme une autre famille au final : nous connaissons la plupart d'entre eux, ce sont des habitués du restaurant qui viennent célébrer la nouvelle année chez nous. Parfois, quelques londoniens curieux se mêlent à nous. Ils ne comprennent pas beaucoup les conversations en mandarins qui se crient dans toute la pièce, mais ma mère est toujours là pour les accueillir au mieux, avec toute la bienveillance qu'on lui connaît.
Comme j'ai enfin délaissé le bol de fortune cookies, j'aide ma mère à préparer les dernières décorations du restaurant. Nous avons installé une frise en forme de dragon le long d'un mur, ainsi que plein de petites lanternes rouges en papier. La nouvelle décoration festive cache presque les toiles asiatiques calmes et relaxantes habituelles. Je suis fière de notre travail ! Quant à mon père, il est déjà en cuisine. Il a travaillé dur pour préparer les plats du réveillon, et la soirée est loin d'être finie. Cela va être si délicieux. Je suis déjà si pressée de manger le gâteau !
Alors que nous venons juste de terminer les décorations, les premiers arrivés font leur entrée. Je replace la chaise que j'avais utilisée pour être en hauteur afin d'accrocher mes lanternes tandis que ma mère s'occupe de l'accueil.
2è année RP
L'année du lièvre
Comme chaque année, Ernest était impatient de retrouver Soho, ses rues animées et colorées, parées des décorations du Nouvel an Chinois. Alors qu’il avançait aux côtés de ses mamans, son regard se perdait sur les lanternes rouges et dorées qui se balançaient au gré du vent. Depuis les étales de la rue commerçante, les odeurs alléchantes s’élevaient dans l’air et venaient chatouiller les papilles de l’adolescent. S’il aimait bien manger, la nourriture chinoise faisait partie de ses favoris.
Le petit brun ne se souvenait plus depuis quand cette tradition faisait partie de son mode de vie. Peut-être bien depuis toujours. Dans un foyer mixte où la vie sorcière se mêlait à la vie non-magique, il avait fallu composer, faire des compromis et réinventer leur patrimoine culturel. Pas farouchement attaché à l’un aspect plus que l’autre, ses mères avaient choisis de ne garder que les valeurs dans lesquelles elles se retrouvaient, les traditions qui parlaient à leur cœur.
Les Stevens avaient leurs petites habitudes aux Vapeurs de Hangzou et n’auraient manqué pour rien au monde le somptueux festin donné pour la célébration de la nouvelle année. La fête du printemps, voilà quelque chose qui parlait à Ernest. Il était très attaché aux saisons, comme des repères qui jalonnaient son existence. Le petit brun avait toujours eu besoin de repères. Ils le rassuraient.
En entrant dans le restaurant, le garçon salua miss Zhao d’un timide “nǐ hǎo” et un sourire fendit son visage lorsqu’il aperçu Lina affairée à mettre la dernière touche aux décorations. Il jeta un coup d’oeil furtif aux adultes, occupés aux politesses d’usage. C’était toujours l’occasion pour Elianor de pratiquer un peu son mandarin. Ernest, lui, n'y comprenait rien mais ça sonnait joliment.
“Salut Lina ! Dis donc… à ce rythme le bol de kianubing, il va pas faire long feu… Au fait… joyeux nouvel an !”
Ernest était de nature introvertie, mais il connaissait Lina depuis assez longtemps pour arriver à passer les barrières de sa timidité.
@Lina Zhao
Le petit brun ne se souvenait plus depuis quand cette tradition faisait partie de son mode de vie. Peut-être bien depuis toujours. Dans un foyer mixte où la vie sorcière se mêlait à la vie non-magique, il avait fallu composer, faire des compromis et réinventer leur patrimoine culturel. Pas farouchement attaché à l’un aspect plus que l’autre, ses mères avaient choisis de ne garder que les valeurs dans lesquelles elles se retrouvaient, les traditions qui parlaient à leur cœur.
Les Stevens avaient leurs petites habitudes aux Vapeurs de Hangzou et n’auraient manqué pour rien au monde le somptueux festin donné pour la célébration de la nouvelle année. La fête du printemps, voilà quelque chose qui parlait à Ernest. Il était très attaché aux saisons, comme des repères qui jalonnaient son existence. Le petit brun avait toujours eu besoin de repères. Ils le rassuraient.
En entrant dans le restaurant, le garçon salua miss Zhao d’un timide “nǐ hǎo” et un sourire fendit son visage lorsqu’il aperçu Lina affairée à mettre la dernière touche aux décorations. Il jeta un coup d’oeil furtif aux adultes, occupés aux politesses d’usage. C’était toujours l’occasion pour Elianor de pratiquer un peu son mandarin. Ernest, lui, n'y comprenait rien mais ça sonnait joliment.
“Salut Lina ! Dis donc… à ce rythme le bol de kianubing, il va pas faire long feu… Au fait… joyeux nouvel an !”
Ernest était de nature introvertie, mais il connaissait Lina depuis assez longtemps pour arriver à passer les barrières de sa timidité.
@Lina Zhao
4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
- PRÉSENCE RÉDUITE -
- PRÉSENCE RÉDUITE -
L'année du lièvre
Une fois ma chaise délaissée, je me retourne enfin vers les nouveaux arrivants. Je reconnais tout de suite Ernest. Il a quelques années de plus, et il vient régulièrement. Il fait partie des têtes que je reconnais facilement, que j'apprécie et que je considère comme un ami. En même temps, je considère beaucoup trop de monde comme mes amis. Mais Ernest l'est un peu plus que beaucoup d'autres. Je cours alors dans sa direction.
— Ernest !
Il est un peu timide, et moi je ne le suis pas. Je suis même tout l'inverse. Alors je lui fais une accolade amicale, comme à chaque fois, sans vraiment me soucier de savoir si j'outrepasse ses acceptations sociales. Je salue également les mères d'Ernest. Très vite, nous laissons nos parents discuter. Ce sont des conversations d'adultes, je n'y comprends jamais rien. Ernest me fait alors remarquer le niveau bas du bol de fortune cookies. Sa prononciation du mandarin me fait sourire. Je le corrige, amicalement.
— Qiān yǔ bǐng ! Joyeux nouvel an à toi aussi ! Et lui propose : Tu en veux un ?
En fait, je ne lui laisse pas trop le choix. Je n'ai pas attendu sa réponse que je traverse déjà le restaurant pour prendre deux fortune cookies. Un pour Ernest, et un pour moi, évidemment. Je tends celui pour Ernest, tandis que je croque déjà dans l'autre, remarquant enfin le regard lourd que me porte ma mère. Je l'entends presque dire « Lina... » d'un air désespéré.
Oups !
Et en regardant l'ensemble des adultes, je me dis que j'aurais quand même pu en proposer aux mères d'Ernest.
La famille Stevens est une famille particulière. Ernest a deux mamans. La première fois, j'avais trouvé ça étrange : je n'avais jamais vu quelqu'un qui avait deux mamans ; et cela m'avait bien étonnée. Mais, à bien y regarder, il n'y avait aucune différence avec les autres parents. Les mères d'Ernest étaient très gentilles. Moi, je les aimais bien. Mais leur rencontre m'avait tout de même apporté un flot d'interrogations que je n'ai pu m'empêcher de poser à mon père, un soir.
J'étais alors en train de dessiner dans la cuisine, tandis que lui était aux fourneaux. J'aime bien dessiner là, le bruit des aliments qui cuisent et leurs odeurs sont agréables. Et la présence silencieuse de mon père est une grande aide à la concentration. Mais ce soir-là, je n'étais pas très concentrée. Je peinais à trouver une inspiration pour ma nouvelle oeuvre, et j'avais envie de poser les questions que j'avais en tête à mon cher père.
— Papa, tu savais qu'on pouvait avoir deux mamans ? Parce que Ernest, lui, il a deux mamans, je savais pas que c'était possible.
Mon père m'a alors répondu tout en faisant sauter les légumes dans sa poêle.
— Oui. C'est rare, mais on a déjà eu des familles avec deux mères dans notre restaurant.
C'est vrai ? J'avais jamais remarqué !
Voilà qui m'avait surprise. C'est vrai que je faisais rarement attention aux gens autour de moi, cela expliquait sans doute pourquoi je ne l'avais jamais remarqué.
— Est-ce que ça existe un enfant avec deux papas ?
— Oui, bien sûr.
Encore une fois, cela m'étonnait. Je continuais, alors.
— Est-ce que c'est possible pour un enfant d'avoir deux mamans et deux papas ?
— Non... Enfin, je ne sais pas.
C'est rare que mon père dise qu'il ne sait pas. Il n'aime pas ne pas savoir, surtout devant moi. Je sentais alors que mes questions commençaient à l'irriter. Mais j'avais enfin trouvé une source d'inspiration pour mon dessin. J'ai alors entamé les traits d'un enfant. Il aurait deux papas et deux mamans.
— Mais du coup, est-ce que ça veut dire que les mamans d'Ernest sont amoureuses, comme toi et maman ?
— Oui, j'imagine.
Mes parents sont très pudiques. Ils parlent rarement de leurs sentiments amoureux et montrent encore moins leur affection devant moi. J'ai donc bien senti que la question dérangeait mon père.
— Est-ce que moi aussi je peux être amoureuse d'une fille ?
— Lina...
— Quoi ?
— Tu m'embêtes avec tes questions. T'as pas des devoirs à faire ?
Cette question me fait souffler.
Des devoirs ? Encore des devoirs ? J'ai l'impression de ne faire que ça !
Je pars alors en soufflant chercher mes cahiers. Les questions n'ont pas toutes eu leur réponse. Alors j'imagine. Quand deux personnes sont amoureuses, elles sont heureuses, et elles décident de vivre ensemble. Les couples amoureux qui viennent au restaurant se sourient, ils rigolent ensemble, et passent du temps à deux. Moi, je pense alors à ma meilleure amie, Mǎ. On rit ensemble ; on passe beaucoup de temps à jouer ; quand je vais chez elle, c'est toujours trop court et l'on a envie de rester ensemble. Est-ce que ça veut dire que je suis amoureuse de Mǎ ?... Je crois que je ne comprends pas vraiment tout à l'amour.
« On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. Antoine de Saint-Exupéry. »
Voilà la phrase de mon qian yu bing. Je la partage alors à Ernest.
— T'as quoi, toi ?
Je suis un peu trop excitée, comme à chaque nouvel an. J'ai envie de courir partout et de parler à tout le monde, mais je dois me contenir pour ne pas faire mauvaise impression auprès du monde qui commence à remplir le restaurant.
— Ça te dit qu'on demande à nos parents pour aller dehors ? Il doit y avoir les parades !
@Ernest Stevens, j'espère que ça te va. J'étais un peu trop inspirée je crois...
2è année RP
— Ernest !
Il est un peu timide, et moi je ne le suis pas. Je suis même tout l'inverse. Alors je lui fais une accolade amicale, comme à chaque fois, sans vraiment me soucier de savoir si j'outrepasse ses acceptations sociales. Je salue également les mères d'Ernest. Très vite, nous laissons nos parents discuter. Ce sont des conversations d'adultes, je n'y comprends jamais rien. Ernest me fait alors remarquer le niveau bas du bol de fortune cookies. Sa prononciation du mandarin me fait sourire. Je le corrige, amicalement.
— Qiān yǔ bǐng ! Joyeux nouvel an à toi aussi ! Et lui propose : Tu en veux un ?
En fait, je ne lui laisse pas trop le choix. Je n'ai pas attendu sa réponse que je traverse déjà le restaurant pour prendre deux fortune cookies. Un pour Ernest, et un pour moi, évidemment. Je tends celui pour Ernest, tandis que je croque déjà dans l'autre, remarquant enfin le regard lourd que me porte ma mère. Je l'entends presque dire « Lina... » d'un air désespéré.
Oups !
Et en regardant l'ensemble des adultes, je me dis que j'aurais quand même pu en proposer aux mères d'Ernest.
La famille Stevens est une famille particulière. Ernest a deux mamans. La première fois, j'avais trouvé ça étrange : je n'avais jamais vu quelqu'un qui avait deux mamans ; et cela m'avait bien étonnée. Mais, à bien y regarder, il n'y avait aucune différence avec les autres parents. Les mères d'Ernest étaient très gentilles. Moi, je les aimais bien. Mais leur rencontre m'avait tout de même apporté un flot d'interrogations que je n'ai pu m'empêcher de poser à mon père, un soir.
J'étais alors en train de dessiner dans la cuisine, tandis que lui était aux fourneaux. J'aime bien dessiner là, le bruit des aliments qui cuisent et leurs odeurs sont agréables. Et la présence silencieuse de mon père est une grande aide à la concentration. Mais ce soir-là, je n'étais pas très concentrée. Je peinais à trouver une inspiration pour ma nouvelle oeuvre, et j'avais envie de poser les questions que j'avais en tête à mon cher père.
— Papa, tu savais qu'on pouvait avoir deux mamans ? Parce que Ernest, lui, il a deux mamans, je savais pas que c'était possible.
Mon père m'a alors répondu tout en faisant sauter les légumes dans sa poêle.
— Oui. C'est rare, mais on a déjà eu des familles avec deux mères dans notre restaurant.
C'est vrai ? J'avais jamais remarqué !
Voilà qui m'avait surprise. C'est vrai que je faisais rarement attention aux gens autour de moi, cela expliquait sans doute pourquoi je ne l'avais jamais remarqué.
— Est-ce que ça existe un enfant avec deux papas ?
— Oui, bien sûr.
Encore une fois, cela m'étonnait. Je continuais, alors.
— Est-ce que c'est possible pour un enfant d'avoir deux mamans et deux papas ?
— Non... Enfin, je ne sais pas.
C'est rare que mon père dise qu'il ne sait pas. Il n'aime pas ne pas savoir, surtout devant moi. Je sentais alors que mes questions commençaient à l'irriter. Mais j'avais enfin trouvé une source d'inspiration pour mon dessin. J'ai alors entamé les traits d'un enfant. Il aurait deux papas et deux mamans.
— Mais du coup, est-ce que ça veut dire que les mamans d'Ernest sont amoureuses, comme toi et maman ?
— Oui, j'imagine.
Mes parents sont très pudiques. Ils parlent rarement de leurs sentiments amoureux et montrent encore moins leur affection devant moi. J'ai donc bien senti que la question dérangeait mon père.
— Est-ce que moi aussi je peux être amoureuse d'une fille ?
— Lina...
— Quoi ?
— Tu m'embêtes avec tes questions. T'as pas des devoirs à faire ?
Cette question me fait souffler.
Des devoirs ? Encore des devoirs ? J'ai l'impression de ne faire que ça !
Je pars alors en soufflant chercher mes cahiers. Les questions n'ont pas toutes eu leur réponse. Alors j'imagine. Quand deux personnes sont amoureuses, elles sont heureuses, et elles décident de vivre ensemble. Les couples amoureux qui viennent au restaurant se sourient, ils rigolent ensemble, et passent du temps à deux. Moi, je pense alors à ma meilleure amie, Mǎ. On rit ensemble ; on passe beaucoup de temps à jouer ; quand je vais chez elle, c'est toujours trop court et l'on a envie de rester ensemble. Est-ce que ça veut dire que je suis amoureuse de Mǎ ?... Je crois que je ne comprends pas vraiment tout à l'amour.
« On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. Antoine de Saint-Exupéry. »
Voilà la phrase de mon qian yu bing. Je la partage alors à Ernest.
— T'as quoi, toi ?
Je suis un peu trop excitée, comme à chaque nouvel an. J'ai envie de courir partout et de parler à tout le monde, mais je dois me contenir pour ne pas faire mauvaise impression auprès du monde qui commence à remplir le restaurant.
— Ça te dit qu'on demande à nos parents pour aller dehors ? Il doit y avoir les parades !
@Ernest Stevens, j'espère que ça te va. J'étais un peu trop inspirée je crois...
2è année RP
L'année du lièvre
Ernest et Lina se connaissaient depuis de nombreuses années. Elle devait d’ailleurs être la seule enfant qui avait eu une présence constante dans l’univers du petit brun. La seule qui avait connu un gamin un peu plus affable et rieur. Il avait toujours été timide mais son côté introverti s'était accentué avec les années. Avec les évènements qui avaient secoué les communautés sorcières et moldues il y a quelques années, était arrivé le poids des responsabilités. Ernest devait faire attention à ce qu’il disait, à ce qu’il faisait. Contrôler ses émotions pour éviter des manifestations de magie intempestives.
Plus jeune, il partageait ses histoires de créatures magiques avec les autres enfants et notamment la petite Lina. Sa culture aussi était pleine de légendes et de créatures mythiques. À la différence que celles d’Ernest étaient réelles. Mais qui se souciait alors des contes que pouvaient se raconter deux minots ? Plus jeune, il partageait ses doutes et ses peurs. À présent, il ne pouvait que les garder pour lui-même. Ce qui ne l’empêchait pas d’apprécier la présence de la petite brune, son rire cristallin et son air malicieux.
Il ne se formalisa pas non plus lorsque la demoiselle s’accrocha à son cou pour l’enlacer. En grandissant, il réalisait que ça le gênait un peu, mais Lina, c’était un peu comme une cousine pour un gamin qui n’avait autre que ses mères au quotidien. Les gens qui peuplaient son quotidien, c’était un peu comme une famille de substitution. Alors il la laissait faire. Il avait de toute manière la conviction qu’il ne pouvait pas faire grand chose pour l’en empêcher. Si la fillette était bien plus jeune que lui - parce qu’à leur âge, deux ans, c’était une grande différence - elle avait un caractère bien trempé. Et c’était toujours elle qui menait la danse.
Une légère moue déforma son visage alors que la jeune fille corrigeait sa prononciation. Il répéta l’expression plusieurs fois à mi-voix. Avant d'acquiescer à la proposition, un léger sourire aux lèvres. Ernest était curieux mais ce qu’il aimait le plus dans les fortune cookies, c’était les petits billets qui se trouvaient à l’intérieur. Et il n’en recevait qu’ici, aux Vapeurs de Hangzhou. Il avait même son petit rituel. Du bout des doigts, il saisissait le gâteaux et exerçait une pression égale avec ses pouces pour arriver à le briser de manière régulière et nette. Ensuite il retirait le papier avant de le fourrer dans sa bouche. Cette fois ne fit pas exception. Il déplia lentement le billet prêt à recevoir sa sentence. “On ment plus qu'il ne faut par manque de fantaisie : la vérité aussi s'invente.” Ernest fronça les sourcils, chiffonna le message avant de l’enfouir dans sa poche.
“Hein ? Euh… Ah ouai la parade ! J’ai super hâte !”
L’enthousiasme de la gamine venait de lui sauver la mise et le sujet de discussion avait changé rapidement. Comment pourrait-il lui expliquer que le mensonge tenait une place importante dans sa vie alors même qu’il ne savait pas mentir ? Il ne lui restait plus que le silence. Après avoir acquiescé docilement aux recommandations de leurs parents, les deux enfants se précipitèrent vers la sortie. Ernest avait quand même réussi à attraper une boule Ha Kao au passage. C’était ses préférées de loin.
“Tu crois qu’il y aura de nouveau le dragon géant comme l’année dernière ?”
On est jamais trop inspiré
@Lina Zhao
Plus jeune, il partageait ses histoires de créatures magiques avec les autres enfants et notamment la petite Lina. Sa culture aussi était pleine de légendes et de créatures mythiques. À la différence que celles d’Ernest étaient réelles. Mais qui se souciait alors des contes que pouvaient se raconter deux minots ? Plus jeune, il partageait ses doutes et ses peurs. À présent, il ne pouvait que les garder pour lui-même. Ce qui ne l’empêchait pas d’apprécier la présence de la petite brune, son rire cristallin et son air malicieux.
Il ne se formalisa pas non plus lorsque la demoiselle s’accrocha à son cou pour l’enlacer. En grandissant, il réalisait que ça le gênait un peu, mais Lina, c’était un peu comme une cousine pour un gamin qui n’avait autre que ses mères au quotidien. Les gens qui peuplaient son quotidien, c’était un peu comme une famille de substitution. Alors il la laissait faire. Il avait de toute manière la conviction qu’il ne pouvait pas faire grand chose pour l’en empêcher. Si la fillette était bien plus jeune que lui - parce qu’à leur âge, deux ans, c’était une grande différence - elle avait un caractère bien trempé. Et c’était toujours elle qui menait la danse.
Une légère moue déforma son visage alors que la jeune fille corrigeait sa prononciation. Il répéta l’expression plusieurs fois à mi-voix. Avant d'acquiescer à la proposition, un léger sourire aux lèvres. Ernest était curieux mais ce qu’il aimait le plus dans les fortune cookies, c’était les petits billets qui se trouvaient à l’intérieur. Et il n’en recevait qu’ici, aux Vapeurs de Hangzhou. Il avait même son petit rituel. Du bout des doigts, il saisissait le gâteaux et exerçait une pression égale avec ses pouces pour arriver à le briser de manière régulière et nette. Ensuite il retirait le papier avant de le fourrer dans sa bouche. Cette fois ne fit pas exception. Il déplia lentement le billet prêt à recevoir sa sentence. “On ment plus qu'il ne faut par manque de fantaisie : la vérité aussi s'invente.” Ernest fronça les sourcils, chiffonna le message avant de l’enfouir dans sa poche.
“Hein ? Euh… Ah ouai la parade ! J’ai super hâte !”
L’enthousiasme de la gamine venait de lui sauver la mise et le sujet de discussion avait changé rapidement. Comment pourrait-il lui expliquer que le mensonge tenait une place importante dans sa vie alors même qu’il ne savait pas mentir ? Il ne lui restait plus que le silence. Après avoir acquiescé docilement aux recommandations de leurs parents, les deux enfants se précipitèrent vers la sortie. Ernest avait quand même réussi à attraper une boule Ha Kao au passage. C’était ses préférées de loin.
“Tu crois qu’il y aura de nouveau le dragon géant comme l’année dernière ?”
On est jamais trop inspiré
@Lina Zhao
4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
- PRÉSENCE RÉDUITE -
- PRÉSENCE RÉDUITE -
L'année du lièvre
« On ment plus qu'il ne faut par manque de fantaisie : la vérité aussi s'invente. »
Je ne suis pas très douée pour comprendre les phrases des Qian yu bing. Mon talent, c'est plutôt de les manger sans en être lassée. J'essaie malgré tout d'avoir une réflexion sur la citation.
La vérité s'invente aussi...
Quand je mens, c'est comme si j'inventais une vérité. Hélas, ça m'arrive un peu trop souvent. Non pas que je sois atteinte d'une mythomanie sévère. Mais quand l'on me gronde, j'ai tendance à esquiver les râles des adultes avec de la "vérité inventée". Bien souvent, mon père, ma mère, ma maîtresse, arrivent à faire preuve de la sagacité nécessaire pour comprendre que je suis à l'origine de la bêtise. Je dois mal raconter la vérité, c'est ce que je retiendrai de ce message.
Ernest ne semble pas plus inspiré par la citation qu'il vient de lire. En tout cas, je ne pense pas que le mensonge fasse écho en lui. Bien qu'il soit très réservé, je ressens une honnêteté singulière auprès de lui. Tout ce qu'il dit semble mesuré avec une justesse et une gentillesse profonde, loin de la fantaisie du mensonge. Depuis que je connais Ernest, il est comme ce grand frère sage que je n'ai pas. Malgré cela, sa sagesse le laisse de marbre et il fronce simplement les yeux. J'achève donc le moment de philosophie, déjà trop long pour mon cerveau surexcité, en l'empoignant hors du restaurant, lui laissant juste le temps d'attraper un ha kao au passage.
— Tu crois qu’il y aura de nouveau le dragon géant comme l’année dernière ?
— C'est même sûr ! Il y en a un chaque année !
Un peu plus tard
À Leicester Square
West End de Londres
Le Leicester Square est un lieu très attractif. Petit terrain aux jardinières et aux arbres décoratifs, il se situe en plein centre culturel du West End, à quelques pas du quartier de Soho. Avec ses cinémas et ses rues lumineuses la nuit, la culture moderne côtoie les vieilles références du théâtre anglais dont la statue de William Shakespeare au centre de la place en est le roi.
En ce jour de nouvel an chinois, les lueurs des panneaux publicitaires et les devantures des cinémas semblent camouflées par les guirlandes dorées et les lanternes flamboyantes. L'agitation diurne des gens pressés de terminer leur métro-boulot-dodo s'est métamorphosée en un spectacle nocturne aux danses rythmées qui s'arrêteront qu'à l'aube venue. Leicester Square est un passage immanquable de la parade du nouvel an. Il y a du monde, mais bien moins qu'à Trafalgar Square, où doit s'achever le voyage des dragons. C'est aussi beaucoup plus proche de chez moi.
Toujours le poignet d'Ernest dans la main, je me faufile entre les jambes et les coudes. Les tambours et les flûtes résonnent dans ma tête et me guident comme des phares dans cette marée humaine. Dans ses courants, des explosions festives envoient les fusées des feux de Bengale dans le ciel noir. Il y a du bruit, il y a des chants, il y a des danses, il y a des cris. Il y a de la vie.
— Par là ! Crié-je à Ernest.
Plus loin, l'on aperçoit le cœur de la parade caché par un mur de dos. Se distinguent par les quelques fenêtres de vide les mouvements ondulants d'un dragon blanc. Je tire à nouveau Ernest par la main : il ne faut pas rater le passage des dragons ! Faisant des coudes, j'arrive à nous faire une place nous permettant de profiter du spectacle. Les danseurs passent presque devant nous, et les premiers dragons suivent le chant des flûtes, s'arrêtant de temps à autre, les têtes dirigées vers nous, comme s'ils nous fixaient de leurs regards reptiliens aussi fascinants que perturbants.
— Regarde celui-là, il est original !
Mon doigt pointe une dragon zigzagant parmi les autres. Il m'a sauté aux yeux par sa couleur peu commune chez les dragons autour de lui. Sur toute sa longueur et entre ses dorures, le reptile rampant comme un serpent arbore une couleur verte.
2è année RP
Je ne suis pas très douée pour comprendre les phrases des Qian yu bing. Mon talent, c'est plutôt de les manger sans en être lassée. J'essaie malgré tout d'avoir une réflexion sur la citation.
La vérité s'invente aussi...
Quand je mens, c'est comme si j'inventais une vérité. Hélas, ça m'arrive un peu trop souvent. Non pas que je sois atteinte d'une mythomanie sévère. Mais quand l'on me gronde, j'ai tendance à esquiver les râles des adultes avec de la "vérité inventée". Bien souvent, mon père, ma mère, ma maîtresse, arrivent à faire preuve de la sagacité nécessaire pour comprendre que je suis à l'origine de la bêtise. Je dois mal raconter la vérité, c'est ce que je retiendrai de ce message.
Ernest ne semble pas plus inspiré par la citation qu'il vient de lire. En tout cas, je ne pense pas que le mensonge fasse écho en lui. Bien qu'il soit très réservé, je ressens une honnêteté singulière auprès de lui. Tout ce qu'il dit semble mesuré avec une justesse et une gentillesse profonde, loin de la fantaisie du mensonge. Depuis que je connais Ernest, il est comme ce grand frère sage que je n'ai pas. Malgré cela, sa sagesse le laisse de marbre et il fronce simplement les yeux. J'achève donc le moment de philosophie, déjà trop long pour mon cerveau surexcité, en l'empoignant hors du restaurant, lui laissant juste le temps d'attraper un ha kao au passage.
— Tu crois qu’il y aura de nouveau le dragon géant comme l’année dernière ?
— C'est même sûr ! Il y en a un chaque année !
Un peu plus tard
À Leicester Square
West End de Londres
Le Leicester Square est un lieu très attractif. Petit terrain aux jardinières et aux arbres décoratifs, il se situe en plein centre culturel du West End, à quelques pas du quartier de Soho. Avec ses cinémas et ses rues lumineuses la nuit, la culture moderne côtoie les vieilles références du théâtre anglais dont la statue de William Shakespeare au centre de la place en est le roi.
En ce jour de nouvel an chinois, les lueurs des panneaux publicitaires et les devantures des cinémas semblent camouflées par les guirlandes dorées et les lanternes flamboyantes. L'agitation diurne des gens pressés de terminer leur métro-boulot-dodo s'est métamorphosée en un spectacle nocturne aux danses rythmées qui s'arrêteront qu'à l'aube venue. Leicester Square est un passage immanquable de la parade du nouvel an. Il y a du monde, mais bien moins qu'à Trafalgar Square, où doit s'achever le voyage des dragons. C'est aussi beaucoup plus proche de chez moi.
Toujours le poignet d'Ernest dans la main, je me faufile entre les jambes et les coudes. Les tambours et les flûtes résonnent dans ma tête et me guident comme des phares dans cette marée humaine. Dans ses courants, des explosions festives envoient les fusées des feux de Bengale dans le ciel noir. Il y a du bruit, il y a des chants, il y a des danses, il y a des cris. Il y a de la vie.
— Par là ! Crié-je à Ernest.
Plus loin, l'on aperçoit le cœur de la parade caché par un mur de dos. Se distinguent par les quelques fenêtres de vide les mouvements ondulants d'un dragon blanc. Je tire à nouveau Ernest par la main : il ne faut pas rater le passage des dragons ! Faisant des coudes, j'arrive à nous faire une place nous permettant de profiter du spectacle. Les danseurs passent presque devant nous, et les premiers dragons suivent le chant des flûtes, s'arrêtant de temps à autre, les têtes dirigées vers nous, comme s'ils nous fixaient de leurs regards reptiliens aussi fascinants que perturbants.
— Regarde celui-là, il est original !
Mon doigt pointe une dragon zigzagant parmi les autres. Il m'a sauté aux yeux par sa couleur peu commune chez les dragons autour de lui. Sur toute sa longueur et entre ses dorures, le reptile rampant comme un serpent arbore une couleur verte.
2è année RP
L'année du lièvre
Un sourire timoré glissa sur ses lèvres à l’exclamation de la petite fille. Comme une évidence. Ernest poussa un soupir un peu nostalgique. C’était le dernier nouvel an chinois auquel il assisterait avant plusieurs années. Sept longues années. Et s’il se réjouissait évidemment d’entrer à Poudlard à la rentrée prochaine, il ne pouvait empêcher le poids de cette séparation de peser sur son petit cœur bien trop sensible malgré tous ses efforts pour se montrer plus courageux.
Et que pourrait-il bien dire à son amie de toujours pour expliquer son départ ? La vérité était exclue. Mais mentir… La citation du Qian yu bing continuait de tourner dans sa tête alors que les deux jeunes gens parcouraient les rues bondées de Soho. Ernest n’aimait pas le monde. Il n’avait jamais été très fan de la foule. Mais ce soir, c’était différent. L’ambiance qui flottait dans ces rues décorées et illuminées le transportait.
L’espace de quelques heures, le temps de la parade, les gens oubliaient leurs problèmes, leurs responsabilités et se retrouvaient simplement pour célébrer. Si la communauté chinoise était la première concernée, les gens du quartier ne manquaient pas de descendre dans les rues pour profiter du spectacle et de la chaleurosité des festivités. Comme si d’un seul coup, les rues qui composaient le parcours de la parade se retrouvaient englobées par une sorte d’aura bienveillante. Une aura un peu… magique.
Le pré-adolescent s’était laissé entraîner par ce petit bout fille dont l’énergie n’était clairement pas proportionnelle à la taille. Lina était aussi démonstrative qu’il était introverti. Mais leur duo fonctionnait dans une sorte d’équilibre étrange. Ils étaient complémentaires d’une certaine manière. Un peu chahuté par l’élan de la petite brunette qui le tirait à travers la foule pour leur faire un chemin, le garçon se laissait néanmoins dériver entre les gens sans vraiment faire trop attention. Son regard glissait sur les lampions qui éclairaient les rues et sur les milliers de petites loupiotes qui donnaient au quartier une ambiance particulière.
Ils se frayèrent un chemin jusqu’à l’avant des spectateurs, le spot parfait pour ne pas perdre une miette de la manifestation. Une chance finalement qu’ils ne soient pas si grands ni l’un ni l’autre. Il était rare qu’Ernest se fasse ce genre de réflexion, lui qui se trouvait toujours trop petit. Face à eux, les explosions de couleurs et de matières se reflétaient dans leurs regards émerveillés. Bien que modeste, un sourire s’étirait d’un bout à l’autre de ses lèvres.
Son regard se posa sur Lina et son rictus s’étira un peu plus. À cet instant, il se sentait juste chanceux qu’elle fasse partie de son petit monde. Il acquiesça quand elle lui indiqua le grand vouivre émeraude qui ondulait d’un bout à l’autre de la rue. Grâce aux nombreux danseurs qui manipulaient la créature, la chorégraphie parfaitement coordonnée donnait l’illusion d’une ondulation sinueuse fluide et incroyablement réaliste. Si le garçon avait déjà commencé à spéculer sur sa répartition future à Poudlard, il était loin d’imaginer que la couleur du spécimen qui s’agitait sous les yeux pourrait avoir quelque chose de prémonitoire.
Dans un geste qui n’était pas tout à fait aussi naturel pour lui qu’il aurait bien voulu le faire croire, l’adolescent posa maladroitement ses mains sur les épaules de la petite brune et lui adressa un nouveau sourire.
“J’suis content d’être là avec toi…”
@Lina Zhao, désolée pour le retard
J'ai probablement dû me perdre entre Hong Kong et ici
Et que pourrait-il bien dire à son amie de toujours pour expliquer son départ ? La vérité était exclue. Mais mentir… La citation du Qian yu bing continuait de tourner dans sa tête alors que les deux jeunes gens parcouraient les rues bondées de Soho. Ernest n’aimait pas le monde. Il n’avait jamais été très fan de la foule. Mais ce soir, c’était différent. L’ambiance qui flottait dans ces rues décorées et illuminées le transportait.
L’espace de quelques heures, le temps de la parade, les gens oubliaient leurs problèmes, leurs responsabilités et se retrouvaient simplement pour célébrer. Si la communauté chinoise était la première concernée, les gens du quartier ne manquaient pas de descendre dans les rues pour profiter du spectacle et de la chaleurosité des festivités. Comme si d’un seul coup, les rues qui composaient le parcours de la parade se retrouvaient englobées par une sorte d’aura bienveillante. Une aura un peu… magique.
Le pré-adolescent s’était laissé entraîner par ce petit bout fille dont l’énergie n’était clairement pas proportionnelle à la taille. Lina était aussi démonstrative qu’il était introverti. Mais leur duo fonctionnait dans une sorte d’équilibre étrange. Ils étaient complémentaires d’une certaine manière. Un peu chahuté par l’élan de la petite brunette qui le tirait à travers la foule pour leur faire un chemin, le garçon se laissait néanmoins dériver entre les gens sans vraiment faire trop attention. Son regard glissait sur les lampions qui éclairaient les rues et sur les milliers de petites loupiotes qui donnaient au quartier une ambiance particulière.
Ils se frayèrent un chemin jusqu’à l’avant des spectateurs, le spot parfait pour ne pas perdre une miette de la manifestation. Une chance finalement qu’ils ne soient pas si grands ni l’un ni l’autre. Il était rare qu’Ernest se fasse ce genre de réflexion, lui qui se trouvait toujours trop petit. Face à eux, les explosions de couleurs et de matières se reflétaient dans leurs regards émerveillés. Bien que modeste, un sourire s’étirait d’un bout à l’autre de ses lèvres.
Son regard se posa sur Lina et son rictus s’étira un peu plus. À cet instant, il se sentait juste chanceux qu’elle fasse partie de son petit monde. Il acquiesça quand elle lui indiqua le grand vouivre émeraude qui ondulait d’un bout à l’autre de la rue. Grâce aux nombreux danseurs qui manipulaient la créature, la chorégraphie parfaitement coordonnée donnait l’illusion d’une ondulation sinueuse fluide et incroyablement réaliste. Si le garçon avait déjà commencé à spéculer sur sa répartition future à Poudlard, il était loin d’imaginer que la couleur du spécimen qui s’agitait sous les yeux pourrait avoir quelque chose de prémonitoire.
Dans un geste qui n’était pas tout à fait aussi naturel pour lui qu’il aurait bien voulu le faire croire, l’adolescent posa maladroitement ses mains sur les épaules de la petite brune et lui adressa un nouveau sourire.
“J’suis content d’être là avec toi…”
@Lina Zhao, désolée pour le retard
4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
- PRÉSENCE RÉDUITE -
- PRÉSENCE RÉDUITE -
L'année du lièvre
Après quelques zigzags le long du chemin formé par nous, spectateurs, le dragon vert finit par s'échapper en direction de Trafalgar Square. Des danseurs aux déguisements atypiques et colorés s'enchaînent, encouragés par les cris de la foule. La fanfare, qui commence à s'éloigner, vient de changer de morceau et l'on entend les trompettes tonner le Gong Xi Gong Xi, chanson de nouvel an. Je sens des mains se poser sur mes épaules. Je sais Ernest très peu tactile, ce contact me fait me concentrer sur ce qu'il a à dire, saisissant chaque mot comme s'ils passaient par ses doigts pour entrer vers moi. Lorsque sa voix s'éteint sur sa jolie phrase, je lui rend son sourire. Et comme je suis plus tactile que lui, je l'encercle de mes bras et colle ma tête sur l'une de ses épaules.
— Moi aussi ! Lui dis-je. Ma mère ne m'aurait pas laissé aller voir la parade si ce n'était pas avec toi. Je suis contente qu'on passe ce moment ensemble.
Je me replace face au spectacle : j'ai senti dans mon dos la chaleur des flammes des cracheurs de feu. Cela m'a toujours fasciné. Comment font-ils pour que le feu sorte de leur bouche ? Parce que, oui, je suis persuadée qu'ils crachent vraiment du feu. On ne les appellerait pas ainsi autrement, n'est-ce pas ?
Des chars avancent, tous faits de tissus colorés. C'est joli. Mais mon esprit semble se perdre dans ce cumul d'animations. Je vois autour de moi toutes les familles ensemble réunies. Ça parle anglais, ça parle surtout mandarin. Je vois des enfants avec leurs parents, et aussi leurs grands-parents. Et cela me rappelle que je n'ai jamais passé le nouvel an avec les miens. Je les appelle souvent le lendemain, mais ce n'est pas pareil. L'animation et les gens autour de moi me rappellent que je rêve d'un jour les rejoindre pour partager ces moments festifs, manger à leur côté une part de nian gao.
En attendant, je profite de la parade londonienne. C'est la meilleure que j'ai pu voir. C'est aussi la première que je vois sans mes parents à côté de moi. J'ai l'impression d'être une grande qu'on a autorisée à sortir, pourtant je n'ai que neuf ans.
Un bruit criard me sort de mes pensées et un jet d'éclat lumineux fend l'air juste devant moi. Un feu de Bengale mal dirigé fuse devant nous et s'envole au-dessus des platanes du Leicester Square. Par réflexe, j'ai crié, et j'ai enfoui ma tête sur l'épaule d'Ernest pour trouver une protection fraternelle.
C'est dangereux par ici !
Quand je relève ma tête, la parade a fini de défiler devant nous. Les chars, les danseurs et les dragons continuent leur voyage dans les rues de la capitale. Les gens qui nous entouraient ont décidé soit de suivre l'animation, soit de rentrer chez eux pour la suite des festivités. Déjà, le parc s'assombrit sans les torches du défilé. Le Square fourmille de personnes chantant et dansant. Certaines, plus loin, n'ont plus l'air d'être maîtres de leurs mouvements. Mon père dit que c'est ce qui se passe quand on boit trop d'alcool.
— On devrait peut-être commencer à rentrer. Dis-je à Ernest.
@Ernest Stevens
2è année RP
— Moi aussi ! Lui dis-je. Ma mère ne m'aurait pas laissé aller voir la parade si ce n'était pas avec toi. Je suis contente qu'on passe ce moment ensemble.
Je me replace face au spectacle : j'ai senti dans mon dos la chaleur des flammes des cracheurs de feu. Cela m'a toujours fasciné. Comment font-ils pour que le feu sorte de leur bouche ? Parce que, oui, je suis persuadée qu'ils crachent vraiment du feu. On ne les appellerait pas ainsi autrement, n'est-ce pas ?
Des chars avancent, tous faits de tissus colorés. C'est joli. Mais mon esprit semble se perdre dans ce cumul d'animations. Je vois autour de moi toutes les familles ensemble réunies. Ça parle anglais, ça parle surtout mandarin. Je vois des enfants avec leurs parents, et aussi leurs grands-parents. Et cela me rappelle que je n'ai jamais passé le nouvel an avec les miens. Je les appelle souvent le lendemain, mais ce n'est pas pareil. L'animation et les gens autour de moi me rappellent que je rêve d'un jour les rejoindre pour partager ces moments festifs, manger à leur côté une part de nian gao.
En attendant, je profite de la parade londonienne. C'est la meilleure que j'ai pu voir. C'est aussi la première que je vois sans mes parents à côté de moi. J'ai l'impression d'être une grande qu'on a autorisée à sortir, pourtant je n'ai que neuf ans.
Un bruit criard me sort de mes pensées et un jet d'éclat lumineux fend l'air juste devant moi. Un feu de Bengale mal dirigé fuse devant nous et s'envole au-dessus des platanes du Leicester Square. Par réflexe, j'ai crié, et j'ai enfoui ma tête sur l'épaule d'Ernest pour trouver une protection fraternelle.
C'est dangereux par ici !
Quand je relève ma tête, la parade a fini de défiler devant nous. Les chars, les danseurs et les dragons continuent leur voyage dans les rues de la capitale. Les gens qui nous entouraient ont décidé soit de suivre l'animation, soit de rentrer chez eux pour la suite des festivités. Déjà, le parc s'assombrit sans les torches du défilé. Le Square fourmille de personnes chantant et dansant. Certaines, plus loin, n'ont plus l'air d'être maîtres de leurs mouvements. Mon père dit que c'est ce qui se passe quand on boit trop d'alcool.
— On devrait peut-être commencer à rentrer. Dis-je à Ernest.
@Ernest Stevens
2è année RP
L'année du lièvre
Ernest avait beau avoir été élevé dans la chaleur du corps de ses mères, il n’en restait pas moins d’une pudeur excessive. S’il avait été un petit garçon très câlin et d’une sensibilité toute particulière, les codes de genres l’avaient rapidement rattrapés à mesure que les années d’école avaient défilées. Les câlins, c’était pour les filles. Ou pour les bébés. Des préjugés qu’ils n’avaient pas envie de croire mais il fallait bien se conformer à la dure loi de la cour de récré. Face à la profusion de sentiments de Lina, il restait maladroit mais un sourire timide étirait néanmoins ses lèvres alors que son regard retrouvait les éclats de la parade.
La fascination s’emparait rapidement de lui. Dans ces moments-là, Ernest avait bien du mal à dissocier le monde magique du monde “normal”. Ils semblaient si proches l’un de l’autre. Pas aussi différents que ce que les livres voulaient lui faire croire. Pourquoi un tel gouffre entre les deux communautés ? Les cracheurs de feux, les jongleurs, les danseurs, ils avaient l’air tout aussi magiques que les héros sorciers de ses histoires d’enfant.
Et cette langue qui n’était pas la sienne sonnait à ses oreilles comme le doux écho de formules magiques, des incantations qu’il imaginait assez puissantes pour que tous les gens présents en oublient le temps l’espace de quelques heures. Si ça ce n’était pas de la magie…
Le gamin fut alors sorti de ses rêveries par un petit cri aigu qui déclencha chez lui un sentiment protecteur assez rare pour être relevé. Ernest était de nature plutôt craintive et cette méfiance de tout s’était accentuée avec les années. Mais cette relation qu’il avait noué avec la petite fille faisait ressortir un garçon un peu différent. L’amitié qui les liait était probablement capable de lui donner des ailes, même s’il n’en avait pas conscience. Lina faisait parfois germer en lieu quelques graines de courage. Parce qu’il était le plus âgé. Le grand.
D’un geste étonnamment ferme, Ernest attira la gamine vers lui et un peu à l’écart du mouvement de foule un peu chaotique qui commençait à se former à la suite du cortège.
“T’inquiète pas… tant que je suis avec toi, t’as pas de souci à te faire…”
Il acquiesça à la réflexion de la petite fille qui sonnait plutôt comme une demande et c’est lui qui prit sa main cette fois, en lui adressant un sourire qui se voulait rassurant. On aurait presque pu croire que le sens des responsabilités lui avait fait gagner un centimètre ou deux.
@Lina Zhao
La fascination s’emparait rapidement de lui. Dans ces moments-là, Ernest avait bien du mal à dissocier le monde magique du monde “normal”. Ils semblaient si proches l’un de l’autre. Pas aussi différents que ce que les livres voulaient lui faire croire. Pourquoi un tel gouffre entre les deux communautés ? Les cracheurs de feux, les jongleurs, les danseurs, ils avaient l’air tout aussi magiques que les héros sorciers de ses histoires d’enfant.
Et cette langue qui n’était pas la sienne sonnait à ses oreilles comme le doux écho de formules magiques, des incantations qu’il imaginait assez puissantes pour que tous les gens présents en oublient le temps l’espace de quelques heures. Si ça ce n’était pas de la magie…
Le gamin fut alors sorti de ses rêveries par un petit cri aigu qui déclencha chez lui un sentiment protecteur assez rare pour être relevé. Ernest était de nature plutôt craintive et cette méfiance de tout s’était accentuée avec les années. Mais cette relation qu’il avait noué avec la petite fille faisait ressortir un garçon un peu différent. L’amitié qui les liait était probablement capable de lui donner des ailes, même s’il n’en avait pas conscience. Lina faisait parfois germer en lieu quelques graines de courage. Parce qu’il était le plus âgé. Le grand.
D’un geste étonnamment ferme, Ernest attira la gamine vers lui et un peu à l’écart du mouvement de foule un peu chaotique qui commençait à se former à la suite du cortège.
“T’inquiète pas… tant que je suis avec toi, t’as pas de souci à te faire…”
Il acquiesça à la réflexion de la petite fille qui sonnait plutôt comme une demande et c’est lui qui prit sa main cette fois, en lui adressant un sourire qui se voulait rassurant. On aurait presque pu croire que le sens des responsabilités lui avait fait gagner un centimètre ou deux.
@Lina Zhao
4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
- PRÉSENCE RÉDUITE -
- PRÉSENCE RÉDUITE -
L'année du lièvre
Mon cri aigu s'était mêlé à celui de la fusée de Bengale. En y repensant, je me demande encore comment Ernest a pu dissocier les deux. Et surtout, comment il a pu conserver son ouïe. Mais loin de se plaindre, le garçon m'a tirée vers lui dans un geste chevaleresque auquel je ne m'attendais pas.
D'habitude, Ernest est plutôt timide. Même avec moi, malgré les années. Je sais qu'il m'apprécie, mais j'ai parfois l'impression qu'il le cache pour ne pas me le montrer. Ma maman dit que c'est parce que c'est un garçon, et que c'est comme ça, un garçon. Et c'est vrai que, quand je regarde dans la cours de mon école, ce sont plus souvent les filles qui démontrent leurs sentiments entre elles de manière expansive. Les mecs, pour la plupart, sont moins expressifs, et les plus populaires aiment se confronter sur leur force et leur propension à se distinguer de nous. Ils jouent aux grands, et c'est ce jeu qui fait qu'ils ne le sont pas encore vraiment.
Mais Ernest est différent de ces garçons. Je le sens. Ou peut-être est-ce parce que je l'espère. Sa timidité lui confère une certaine sensibilité qui rend nos moments plus légers, comme si les secondes en sa compagnie énonçaient les vers d'une poésie. Que raconterait-elle, d'ailleurs, cette poésie ?... Sans doute l'histoire d'un geste protecteur qu'eut pour réflexe un garçon ; qui vint amener en son cœur, en la douceur d'un geste, une fille. En prononçant ces mots « Tant que je suis avec toi, t’as pas de souci à te faire », qui à la lumière des lanternes rouges et au son des flûtes de bambou, semblaient ériger une muraille de xīn1.
Je suis dans un premier temps surprise, encore un peu sonnée par la peur qui vient de me serrer les tripes. Je me redresse, quittant l'épaule d'Ernest, avant que celui-ci acquiesce à ma proposition. Et cette fois-ci, c'est lui qui me prend par la main. Mais c'est différent que lorsque c'est moi qui ai pris la sienne.
Moi, quand je lui ai pris sa main, c'était pour le mener vers la fête, retrouver une ambiance festive et lumineuse, dans un souhait de laisser-aller.
Lui, il me saisit la main pour quitter la fête, fuir les retombées de l'obscurité, et dans une volonté de protéger.
Je ne suis pas habituée à voir Ernest aussi entreprenant dans ses gestes. Enfin, ce n'est pas la première fois qu'il joue le grand frère avec moi, mais c'est suffisamment notable pour que je m'en étonne. Et c'est ce que j'aime chez lui, et qui le rend différent des autres garçons : il sait donner de l'importance aux autres. À la fille que je suis. Il ne cherche pas à jouer les grands : il sait l'être.
Nous arrivons de nouveau au restaurant. Il y a encore du monde : les lumières s'échappent de la grande fenêtre et éclairent la nuit glacée. Bien que le nouvel an chinois est censé fêter l'arrivée du printemps, les soirées froides de janvier nous rappellent qu'à Londres, c'est encore l'hiver.
La porte s'ouvre en cognant le petit carillon de bambous que l'on entend à peine par dessus les éclats de voix. L'atmosphère du restaurant est chargée de l'odeur des plats qui ont véhiculé toute la soirée dans la salle à manger. Des fragrances sucrées viennent réchauffer nos petits corps : mon père à sorti les Nian gao.
— Oh, du gâteau !
J'emmène Ernest avec moi. Il en a sûrement déjà mangé si ce n'est pas la première fois qu'il fête le nouvel an, mais je suis heureuse d'en partager un avec mon Gēge2.
_________________________
1 Le mot xīn (心) se prononce (presque) comme le mot Chine et signifie « Coeur », ou « Amour ».
2 哥哥 (gēge) : grand frère. Il a aussi un sens de protecteur.
@Ernest Stevens
607
2è année RP
D'habitude, Ernest est plutôt timide. Même avec moi, malgré les années. Je sais qu'il m'apprécie, mais j'ai parfois l'impression qu'il le cache pour ne pas me le montrer. Ma maman dit que c'est parce que c'est un garçon, et que c'est comme ça, un garçon. Et c'est vrai que, quand je regarde dans la cours de mon école, ce sont plus souvent les filles qui démontrent leurs sentiments entre elles de manière expansive. Les mecs, pour la plupart, sont moins expressifs, et les plus populaires aiment se confronter sur leur force et leur propension à se distinguer de nous. Ils jouent aux grands, et c'est ce jeu qui fait qu'ils ne le sont pas encore vraiment.
Mais Ernest est différent de ces garçons. Je le sens. Ou peut-être est-ce parce que je l'espère. Sa timidité lui confère une certaine sensibilité qui rend nos moments plus légers, comme si les secondes en sa compagnie énonçaient les vers d'une poésie. Que raconterait-elle, d'ailleurs, cette poésie ?... Sans doute l'histoire d'un geste protecteur qu'eut pour réflexe un garçon ; qui vint amener en son cœur, en la douceur d'un geste, une fille. En prononçant ces mots « Tant que je suis avec toi, t’as pas de souci à te faire », qui à la lumière des lanternes rouges et au son des flûtes de bambou, semblaient ériger une muraille de xīn1.
Je suis dans un premier temps surprise, encore un peu sonnée par la peur qui vient de me serrer les tripes. Je me redresse, quittant l'épaule d'Ernest, avant que celui-ci acquiesce à ma proposition. Et cette fois-ci, c'est lui qui me prend par la main. Mais c'est différent que lorsque c'est moi qui ai pris la sienne.
Moi, quand je lui ai pris sa main, c'était pour le mener vers la fête, retrouver une ambiance festive et lumineuse, dans un souhait de laisser-aller.
Lui, il me saisit la main pour quitter la fête, fuir les retombées de l'obscurité, et dans une volonté de protéger.
Je ne suis pas habituée à voir Ernest aussi entreprenant dans ses gestes. Enfin, ce n'est pas la première fois qu'il joue le grand frère avec moi, mais c'est suffisamment notable pour que je m'en étonne. Et c'est ce que j'aime chez lui, et qui le rend différent des autres garçons : il sait donner de l'importance aux autres. À la fille que je suis. Il ne cherche pas à jouer les grands : il sait l'être.
哥
Nous arrivons de nouveau au restaurant. Il y a encore du monde : les lumières s'échappent de la grande fenêtre et éclairent la nuit glacée. Bien que le nouvel an chinois est censé fêter l'arrivée du printemps, les soirées froides de janvier nous rappellent qu'à Londres, c'est encore l'hiver.
La porte s'ouvre en cognant le petit carillon de bambous que l'on entend à peine par dessus les éclats de voix. L'atmosphère du restaurant est chargée de l'odeur des plats qui ont véhiculé toute la soirée dans la salle à manger. Des fragrances sucrées viennent réchauffer nos petits corps : mon père à sorti les Nian gao.
— Oh, du gâteau !
J'emmène Ernest avec moi. Il en a sûrement déjà mangé si ce n'est pas la première fois qu'il fête le nouvel an, mais je suis heureuse d'en partager un avec mon Gēge2.
_________________________
1 Le mot xīn (心) se prononce (presque) comme le mot Chine et signifie « Coeur », ou « Amour ».
2 哥哥 (gēge) : grand frère. Il a aussi un sens de protecteur.
@Ernest Stevens
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Dernière modification par Lina Zhao le 2 mars 2025, 11:06, modifié 1 fois.
2è année RP
L'année du lièvre
Les enseignes lumineuses des Vapeurs de Hangzhou se découpèrent rapidement dans le champ de vision des deux enfants. Comme un ancrage réconfortant, une vision familière et le soulagement d’être arrivé dans un endroit sécurisant. Passé la porte du restaurant, le contraste entre le froid mordant de l’extérieur et la chaleur enveloppante était saisissant. Il paraît qu’il faisait toujours froid à Poudlard. Ernest ralentit l’allure et laissa Lina partir légèrement devant lui à la recherche du Saint Graal. Il était étonnant que l’adolescent réfrène une promesse de sucre. Mais sa tête était ailleurs.
Le regard posé sur ses mère, il les observa de longues secondes. Lucy jouait constamment avec ses baguettes et ses joues étaient légèrement rosies, probablement par le vin de riz. Elianor semblait plus détendue, elle aussi. En tout cas elles avaient le sourire et la conversation allait bon train. Le petit brun eut un léger pincement au cœur en pensant que ce serait le dernier Nouvel An chinois auquel il participerait avant un long moment. Sept ans. Il poussa un profond soupir avant de se faire happer par les odeurs qui étaient plus fortes que la raison.
Il rejoint la petite fille sans cérémonie et relativement décontracté. C’est qu’il avait ses habitudes ici. Un sourire franc vint fendre son visage.
“Oh des Nian gao !”
Celui-là, il n’était pas difficile à prononcer. C’est probablement le premier qu’Ernest avait dû apprendre dès lors qu’il avait su parler. L’adolescent enfourna une tranche dans sa bouche d’un seul tenant. Il apprécie particulièrement la texture moelleuse et collante de la pâtisserie, même si il était difficile de mâcher quand on en avait plein les joues. Le petit brun s’affaissa alors que le sucre infusait ses papilles.
“Mmm…. Ch’est vraiment crop bon… Merchi… ”
Il ferma un instant les yeux dans un sourire de contentement. Parfois, il fallait arrêter de trop penser et simplement profiter de la beauté des choses simples. Avec les gens qui nous sont proches.
325
@Lina Zhao
Le regard posé sur ses mère, il les observa de longues secondes. Lucy jouait constamment avec ses baguettes et ses joues étaient légèrement rosies, probablement par le vin de riz. Elianor semblait plus détendue, elle aussi. En tout cas elles avaient le sourire et la conversation allait bon train. Le petit brun eut un léger pincement au cœur en pensant que ce serait le dernier Nouvel An chinois auquel il participerait avant un long moment. Sept ans. Il poussa un profond soupir avant de se faire happer par les odeurs qui étaient plus fortes que la raison.
Il rejoint la petite fille sans cérémonie et relativement décontracté. C’est qu’il avait ses habitudes ici. Un sourire franc vint fendre son visage.
“Oh des Nian gao !”
Celui-là, il n’était pas difficile à prononcer. C’est probablement le premier qu’Ernest avait dû apprendre dès lors qu’il avait su parler. L’adolescent enfourna une tranche dans sa bouche d’un seul tenant. Il apprécie particulièrement la texture moelleuse et collante de la pâtisserie, même si il était difficile de mâcher quand on en avait plein les joues. Le petit brun s’affaissa alors que le sucre infusait ses papilles.
“Mmm…. Ch’est vraiment crop bon… Merchi… ”
Il ferma un instant les yeux dans un sourire de contentement. Parfois, il fallait arrêter de trop penser et simplement profiter de la beauté des choses simples. Avec les gens qui nous sont proches.
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@Lina Zhao
4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
- PRÉSENCE RÉDUITE -
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