9 nov. 2024, 14:50
Une goutte de larme dans le lac
Mercredi 3 novembre 2049
Après-midi, 16h30
Près du Lac

Avec @Kenna Murray


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Image

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Le temps était froid, le sifflement du vent s'amusait à briser le silence, comme si il lui serrait la main un peu trop fort. Heureusement pour sortir Loëly avait enfilée sa chouette panoplie d'hiver aux couleurs de sa maison, un bonnet, une paire de gants et une écharpe si épaisse qu'elle cachait ses lèvres. C'était une journée sans cours, le mercredi était comme un jour de repos ou un jour de révision pour beaucoup d'autres élèves, la fillette n'avait pas envie de se remplir la tête d'informations qu'elle n'allait sans doute pas retenir, son esprit vagabondait ailleurs aujourd'hui. Les jours passaient comme des éclairs en plein orage, trop vite, et certains étaient violents, les évènements s'enchaînaient et elle avait bien du mal à faire taire le sentiment d'étouffement qui nouait sa gorge. Pourtant elle y parvenait sans difficulté depuis le début du mois, mais plus le froid se posait dehors et plus ses émotions jouaient au yoyo, les larmes ou le sourire? Quel élément choisir pour habiller son visage? Quels traits dessiner sur ses joues? Quelle couleur ajouter sur ses yeux? Elle s'imagina une palette émotionnelle, du bleu pour la tristesse, du rose pour la timidité, du jaune pour la joie, du marron pour le stresse. Elle soupira et caressa sa paupière droite de son indexe pour ajouter du blanc de façon imaginaire pour exprimer son, "je n'sais pas comme j'me sens". Le blanc, c'était pour la perdition, ses sentiments en danger de faire naufrage.

Pour se changer les idées Loëly se pencha pour attraper une poignée de galets plats qui semblaient parfaits pour faire ou du moins tenter de faire des ricochets. Elle tira la langue pour se concentrer et en jeta un premier. , complètement raté, elle était si nulle à ce point? Pourtant sur les rivières d'Athlone c'était presque une championne. Deuxième essai, , elle leva les yeux vers le ciel gris un moment, quelqu'un l'avait maudite ou lui avait craché dessus? La poisse trônait sur le lac pour se moquer d'elle, c'était sûr. Aller, troisième lancé, , ce n'était définitivement pas la bonne journée pour faire des ricochets, elle secoua sa tignasse bouclée et décida d'essayer une toute dernière fois, histoire de ne pas finir sur un échec, elle effectua un petit échauffement sportif à sa manière, secouer ses épaules, tourner les bras, faire une flexion et c'était suffisant. Elle lança le dernier galet qu'elle possédait, "Yes enfin!" La fillette sautilla sur place pour fêter sa victoire, son titre de championne reprenait sa place au dessus de sa tête, cet instant court mais joyeux, se colla en léger sourire sur ses lèvres.

Elle reprit sa promenade autour du lac et fourra ses mains dans ses poches pour les protéger du froid qui passait à travers ses gants en laine. Loëly s'arrêta net, constatant que sa précieuse pierre n'était plus là. Depuis la rentrée elle ne sortait pas de sa chambre sans le Lapis Lazuli que lui avait offert sa mère sur le quai de Londres avant son départ pour Poudlard et elle considérait que seul cet objet les unissait, rien d'autre. Leur relation se déchirait et cette pierre représentait les bons souvenirs, le bon geste, le petit lien, le petit fil. Elle ne pouvait pas le perdre.

- Non.. Non.. NON! J'lai pas perdue!

Loëly fouilla ses poches des dizaines de fois, sans succès, rien, alors elle rebroussa chemin en espérant tomber sur une étincelle bleue qui se nichait dans le sol. La Poufsouffle se tenait à l'endroit où elle avait jetée les galets, elle s'installa à genoux et chercha au mieux sa précieuse pierre, quitte à s'écorcher les doigts.

- Pourquoi t'es pas là?!

L'angoisse se nicha, comme du marron avec une pointe de noir sur ses paupières, l'angoisse forma des nœuds dans son estomac. Elle ne savait pas gérer ses émotions, ses sentiments, comment contrôler une telle peur? Comment la canaliser? L'apaiser? Il suffisait de la retrouver.

- Mais pourquoi t'es pas là?!

Les larmes commençaient à se loger dans ses yeux, ce qui ne l'aidait pas du tout dans ses recherches, sa vue se brouilla. En perdant cette pierre elle avait l'impression de perdre sa relation avec sa mère, une fois pour toute, c'était pas possible.

- J'suis nulle! J'suis nulle! J'suis nulle!

Loëly, dans le bouillard et la peine se recroquevilla sur elle même, cachant son visage contre ses genoux.
Dernière modification par Loëly Ternit le 17 nov. 2024, 09:15, modifié 2 fois.

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12 nov. 2024, 16:20
Une goutte de larme dans le lac
La matinée avait été bien remplie pour Kenna. Si le mercredi était un jour sans cours, pour la deuxième année, il était toujours l'heure de réviser. Ainsi, elle avait passé sa matinée à travailler à la bibliothèque. Il y avait toujours des choses à apprendre, à parfaire et l'ambiance studieuse du lieu l'aidait à se concentrer. Et puis, elle avait ainsi toujours le bon manuel à portée de main.

Ce jour-là, Kenna n'avait pourtant pas été très productive, l'esprit toujours préoccupé par sa dispute avec Rosaleen. Les tracas la poursuivaient même dans son lieu préféré de Poudlard. Cela faisait deux jours que les filles s'étaient embrouillées et il n'y avait pas l'aube d'une réconciliation en vue. Soucieuse mais avide de passer à autre chose, la petite sorcière se dit qu'une balade dans le parc lui ferait le plus grand bien. Rien ne valait la nature lorsqu'il fallait décompresser. Surtout que le parc de l'école lui faisait penser à sa maison et sa maison était toujours rattachée à d'heureux souvenirs.

Une bourrasque de vent cueillit la jeune sorcière à peine sortie du château. La pluie n'avait pas encore pointé le bout de son nez mais les nuages gris s'accumulaient dans le ciel, ne laissant passer que de maigres rayons de lumière. Les pas de Kenna la guidèrent tout droit vers le lac. L’eau se colorait de mille nuances de bleu, tirant vers le gris comme une réponse au ciel. Kenna remonta son écharpe de manière bien protéger son cou fragile. Une fois arrivée près de l'eau, elle enleva un de ses gants et toucha les vaguelettes qui venaient s'écraser contre la rive. L'eau était glaciale. Près d'elle, une autre fille s'amusait à lancer des ricochets sans vraiment réussir. La Poufsouffle, elle, n'avait jamais vraiment réussi à faire rebondir la pierre sur l'onde avec habilité. Mais elle s'en fichait. Après tout, elle préférait le rugissement de la mer et les vagues rendaient les ricochets impossibles. Elle se releva et repartit marcher.

Le pas peu assuré sur les galets, Kenna rejoignit le chemin faisant le tour du lac. Perdue dans ses pensées, elle ne fit d'abord pas attention à la fille qu'elle dépassait. C'est en entendant ses exclamations paniquées qu'elle se retourna. Que se passait-il ? Ce n'était pas des cris de joie, assurément. La fille, que Kenna reconnut en se rapprochant, était une Poufsouffle nommée Loëly. Elle faisait partie de l'équipe de quidditch, ce qui était stupéfiant pour une première année. Son visage était crispé, ses mains voguaient maladroitement entre ses poches ou se tordaient d'anxiété. Quelque chose n'allait pas.

Hésitante, Kenna se rapprocha de sa camarade quand elle entendit cette dernière s'adresser des paroles affreuses. " J'suis nulle! J'suis nulle! J'suis nulle! " avait-elle dit. Bien que Kenna se le répétait souvent aussi, elle était convaincue que personne n'était vraiment nul et qu'il ne fallait pas se répéter des choses mauvaises comme celles-ci. Plus facile à dire qu'à faire évidemment, elle en était bien consciente, souffrant elle-même du même vice. Mais si quelqu'un, de surcroit une Poufsouffle, n'allait pas bien, elle pouvait peut-être l'aider. Telle était la qualité première de la jeune fille : toujours un mot, un geste pour venir en aide malgré sa timidité.

" Excuse-moi... Tout va bien ? " Elle avait parlé d'une voix douce, confiante, qui appelait au calme. " Tu... Tu as perdu quelque chose ? " Kenna ne comprenait pas trop ce qu'il se passait et faire un pas vers Loëly l'avait déjà épuisé. Mais il fallait essayer.

584 mots

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22 nov. 2024, 21:06
Une goutte de larme dans le lac
"Tu l'as perdu? Mais Loëly enfin, qu'est ce qui te passe par la tête? Je ne te félicite pas, vraiment! Toi qui adore ces choses, les pierres, tu les collectionne même, on ne peut décidemment rien te confier! La voix de sa mère tapait contre les parois de son crâne, sa mélodie colérique lui frappait le front pour la blesser, la torturer. La fillette serra davantage ses genoux, essayant d'étouffer les résonnances sombres qui faisaient couler ses larmes comme une cascade, son corps tout entier brûlait, il bouillonnait, de fatigue, de peine et surtout d'épuisement. Oui, c'était épuisant pour une enfant de se poser trop de question, c'était impossible pour une gosse de se mettre dans la peau de ses parents, c'était infernal pour une gamine de tenter d'entretenir une relation à distance seine avec sa famille. De plus, ce n'était pas à elle de le faire, ce n'était pas son rôle. Depuis la rentrée elle n'avait reçue aucune nouvelle, aucune lettre, aucun mot. Pourquoi? Elle était de trop? A peine existante? Ou encore il fallait que ce soit elle? La petite? D'envoyer les premières lignes dans l'espoir d'obtenir une réponse? La peur de ne rien recevoir en retour l'a tétanisée. C'était crevant à la longue. Ce faussé. Sa respiration se saccadait sous ses émotions trop importantes. Tout, tout prenait trop de place.

Loëly cependant leva rapidement les yeux vers la voix familière qui se mêlait à la brise froide, c'était Kenna, une camarade de maison qu'elle croisait assez souvent. Elle ressuya grossièrement ses paupières à l'aide des manches de son manteau, elle sentit ses mains glacées frotter ses joues, ce qui lui arracha une vilaine grimace. Elle ouvrit les lèvres, ses mots étaient cassés.

- J'lai perdue! La ... pierre que m'a offert ma ... maman avant d'partir à ... Poudlard. Si j'la perds pour de bon, j'suis sûre que j'vais tout ... perdre, j'suis sûre qu'elle va m'en vouloir..

L'irlandaise renifla une bonne quinzaine de fois, tout était saccadé, ses gestes, ses mots, sa voix, son regard ne savait même plus où chercher. La peur et la colère se bâtèrent mentalement pour lui filer un bon mal de tête. Ne pas savoir gérer ses émotions était horrible. "J'suis nulle comme fille! Maman va m'en vouloir.. Elle va être en colère! Maman va plus jamais m'offrir de pierre.. Franchement j'la comprends maintenant, j'pourrais tout gâcher, pour ça qu'elle m'écarte, pour ça qu'on s'ra pas ensemble à Noël! Rage et peine étaient de vraies pestes aussi. Elle secoua son visage un instant pour tenter de reprendre ses esprits et remit ses doigts dans les cailloux pour les jeter doucement de gauche à droite, toujours dans l'espoir de la retrouver, ce beau Lapis Lazuli. Sans détourner son regard du sol, Loëly reprit la parole.

- Je cherche une.. une pierre bleue.. un La.. Lapis Lazuli.. Tu l'aurais vu..?

Si ça se trouve, avec un grain de chance, Kenna était tombée dessus pendant sa promenade, et puis si ça se trouve, peut-être même qu'elle se trouvait dans sa poche. C'est ça! Si ça se trouve, elle l'avait!

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24 nov. 2024, 00:17
Une goutte de larme dans le lac
Loëly n'arrivait pas à reprendre son souffle. Elle semblait dans un monde à part, enfermée avec ses pensées sombres et ses regrets. Elle reniflait souvent et sa respiration était saccadée. La première année semblait au bord de la crise d'angoisse, du moins, ça y ressemblait grandement pour Kenna, étant elle-même sujette à ces crises. Sachant à quel point la peur pouvait vous tétaniser dans ces moments-là, elle compatissait avec la première année. Elle aurait voulu aspirer sa tristesse et l'encaisser elle-même. C'était facile de supporter ses propres angoisses quand cela faisait longtemps qu'on vivait avec. Les endosser devenait aussi naturel qu'une action comme respirer. Porter ses angoisses était un fardeau si habituel qu'il en devenait rassurant. Cependant, voir quelqu'un d'autre souffrir de la sorte, porter le même poids, était intolérable pour Kenna. Elle sentit son cœur se serrer à la vue de Loëly si triste, si loin, si perdue.

La joueuse de quidditch lui expliqua en bafouillant, le visage emporté par les larmes, qu'elle avait perdu une pierre - sa pierre - que sa maman lui avait offerte. Kenna ressentit aussitôt une vague d'empathie à ces mots. Elle-même aurait pleuré à chaudes larmes, si elle avait perdu la précieuse écharpe que ses parents lui avaient offert, ou pire encore, la lettre écrite de leur main qu'ils lui avaient donné avant d'arriver à Poudlard et qu'elle relisait pour se rassurer le soir. Il ne fallait pas négliger l'attachement des enfants à un objet leur rappelant leur maison, surtout lorqu'ils vivaient loin de leur famille.

Loëly ne regardait pas Kenna, son regard était fixé dans les cailloux qui jonchaient la plage à perte de vue. Elle avait perdu un lapi-lazulli. Si Kenna se souvenait bien, c'était une pierre précieuse bleue, facilement reconnaissable parmi les galets gris. Mais encore fallait-il que sa camarade l'ait perdu au bord du lac. C'était un problème à prendre en compte mais peut-être pas à évoquer à voix haute pour ne pas effrayer la première année. Kenna se devait d'être méthodique, de procéder par étape pour affiner les recherches et retrouver au plus vite la pierre.

" Ne t'inquiètes pas, on va la retrouver, " affirma-t-elle d'une voix douce mais pleine de conviction. " Est-ce que tu te rappelles où tu l'as perdue ? Est-ce que tu peux refaire dans ta tête le chemin et voir où tu t'es rendue compte que tu ne l'avais plus ? "

Kenna n'avait pas parlé de la mère de Loëly, elle sentait qu'il y avait là un sujet tendu dont l’abcès était loin d'avoir été crevé. La première étape était de retrouver la pierre précieuse et peut-être qu'ensuite les deux Poufsouffle discuteraient de ce sujet à vif. Au fur et à mesure de sa scolarité, Kenna se rendait compte qu'elle avait énormément de chance d'avoir deux parents qui la soutenaient coûte que coûte et l'encourageaient dans toutes ses actions. Ils n'étaient jamais déçus par leur fille. Enola n'avait pas cette chance, Rosaleen non plus avec ses grands-parents et voilà que Loëly aussi.

501 mots

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