Là d'où vient le Soleil
Le jour, ce matin, s'est levé comme un enfant. Il s'est jeté hors de son lit avec un éclat frais et une énergie nouvelle. On pouvait presque apercevoir son sourire, et la force de sa jeunesse. Il était vif, clair, bruyant, et annonçait l'arrivée du Soleil en chantant, le coeur et la voix jetés au ciel. Qu'il soit venu au sommet d'une montagne figée de silence, au sommeil lourd et sombre, ou au coeur d'une ville animée avant la lumière, parcourue de rues et d'hommes déjà pressés, il avait la même vivacité, la même vigueur, la même vitalité, peu importe où il courait. Ses foulées semblaient légères. On aurait dit qu'un souffle le ferait s'envoler. Pourtant, le vent n'a pas eu besoin de venir pour qu'il s'en aille. Il est parti aussi brusquement qu'il était arrivé, quittant le Pays de Galles pour plonger dans la mer, laissant derrière lui une traînée de lumière.
Il m'a éclairé brutalement et m'a laissé toute étourdie. Je suis cette hirondelle qui glisse et prends la direction du sud pour la première fois, éblouie comme elle ne l'a jamais été face à la chaleur de ces terres ensoleillées.
Je suis arrivée au magic'port de Cardiff ce matin pour y retrouver Nahele. Les sorciers déjà présents semblaient habitués à ce lieu ; ils y marchaient le pas droit, sûr, confiant, comme tirés par un fil vers leur destination, pantins d'un devoir inébranlable. Mon allure était plus incertaine. La nervosité fait se lever un brouillard dense sur l'horizon de mes pensées. J'ai du mal à réfléchir. Je me sens confuse, perdue, hésitante. Mon corps devient une herbe qui frissonne à chaque courant d'air. Les ondes qui m'atteignent m'apparaissent être d'une force imperturbable. J'oscille et je vacille, cherchant un point d'accroche autour de moi pour jeter l'ancre de mon navire et attendre que le brouillard se lève.
Heureusement, seules quelques gouttes de temps sont tombées sur le sol avant que je ne retrouve Nahele. Il m'attendait près de la zone de transplanage, inchangé, toujours avec les cheveux un peu ébouriffés et la peau hâlée, comme s'il venait de se réveiller après un long séjour dans le désert. Sa maison n'est pas reliée au réseau de cheminettes, ce qui m'a rassuré car je pense que l'idée d'arriver chez-lui par ce moyen et d'apparaître ainsi au centre de son salon m'aurait beaucoup dérangée. J'aurais eu l'air étrangère et impolie, tel un oiseau tombé dans la cheminée, recouvert de suie comme de honte.
Le sourire que Nahele portait pouvait chasser tous les brouillards. Le mien s'est en partie évaporé avec la présence de l'étudiant en pédiatromagie, et mes pensées se sont faites plus claires et posées. Je n'étais plus seule, et sa compagnie avait le pouvoir réaffirmer la mienne. C'est comme s'il m'avait rejoint sur mon navire, qu'il tirait et ouvrait les voiles pendant que je tournais le gouvernail. Je ne pouvais plus me dissiper dans les taches qui m'incombaient puisqu'une autre paire de mains fermes s'était jointe aux miennes. Mon ami me donnait du courage pour m'avancer dans ce qu'il restait de brumeux sur mon chemin.
Nahele m'a adressé quelques mots. Sincères, ou simplement courtois, je ne saurais pas l'affirmer. Ils sont restés à l'orée de ma conscience, et ma mémoire les a teintés d'opaque après que je leur aie apporté une réponse. Là n'était pas l'essentiel, là n'était pas le principal. Mon crâne était empli d'autres murmures qui l'incommodaient et arrachaient son regard au reste du monde.
Je redoutais le voyage. Je redoutais ma venue. Je redoutais mon accueil. Entrer dans une famille que je ne connais pas, ce n'était pas dans mes habitudes. C'était d'ailleurs la première fois que cela m'arrivait. Je me sentais mal à l'aise, et ce malgré la présence de Nahele. J'avais l'impression d'entrer dans la nuit, de m'enfoncer dans un nuage sombre. Je ne pouvais pas taire les questions qui surgissaient dans mon crâne, comme une nuée de guêpes bruyantes et envahissantes. Je devais écouter, et une à une chasser ces voix encombrantes. Non, je ne ferai pas demi-tour ; c'était une invitation, que j'ai acceptée. Non, je ne laisserai pas le dégoût de ma mère pour les moldus perler dans ma voix ; je serai moi avant d'être elle, aujourd'hui plus que jamais. Non, je ne chercherai pas à plaire avant toute autre chose ; je ne viens pas pour être jugée, ni pour juger en retour. J'avancerai, droite, polie, souriante, me montrant telle que je suis, observant avec curiosité et bienveillance, répondant calmement et sans trembler. Je ne suis pas une herbe qu'une brise peut courber, je suis faite de chair et d'os ; j'ai la peau dure comme l'écorce et un parfum aussi doux que celui des fleurs sauvages.
Finalement, Nahele a posé sa main sur mon épaule et nous avons transplané.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
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Là d'où vient le Soleil
Le transplanage laisse en moi une sensation désagréable, qui ne fait que s'ajouter aux symptômes déjà étouffants de mon angoisse. La douleur qui écrase mon crâne, la nausée dans mon ventre et la faiblesse de mes jambes me contraint à garder les yeux fermés quelques secondes après mon arrivée. Peut-être n'ai-je pas non plus envie de les ouvrir, eux qui m'obligeraient à faire face à cette étrange réalité : je suis chez Nahele, au milieu d'une ville moldue. Quand j'y pense, un vertige éclate dans mon corps. Mon ami garde sa main sur mon épaule, comme s'il sentait mon mal-être et qu'il pouvait me soutenir de cette manière. Je lui en suis reconnaissante, je crois. Le savoir à mes côtés me donne du courage. Ma respiration reprend un rythme correct, et la volonté d'affronter mes inquiétudes se lève dans mon cœur. Je ne suis pas venue jusqu'ici pour rester cloîtrée à l'abri, dans le noir, envahie de malaise et de peur.
Alors, j'ouvre les yeux et me redresse. Nahele et moi sommes dans ce qui semble être un chalet, néanmoins plutôt vide, ne contenant que quelques objets et machines que je ne connais pas. Un rapide coup d'œil autour de moi m'apprend que cette pièce est bien à l'extérieur, et non directement dans la maison de mon ami. Voilà qui est rassurant. L'idée de frapper à une porte d'entrée est plus commode pour se présenter.
« C'est notre site de transplanage. Il est dissimulé dans le jardin, passe pour un simple chalet, et nous permet d'entrer sans éveiller de soupçon, » m'explique l'étudiant en pédiatromagie.
Je hoche simplement la tête tandis qu'il lâche mon épaule et s'avance vers une première porte, qu'il ouvre avant de me désigner la sortie d'un mouvement du bras.
« Après toi. »
Je croise le regard de mon ami, échangeant avec lui un sourire. Non, je n'ai pas peur. Il m'a longtemps parlé de sa famille, de ses parents, de sa fratrie. Je n'ai rien à redouter de leur part. À vrai dire, je ne suis pas venue dans l'intention de les rencontrer, mais plutôt pour passer du temps avec Nahele, qui a à cœur de rester près d'eux. Je sais qu'ils seront accueillants, chaleureux et aimables, qu'ils chercheront à me mettre à l'aise et non à me juger ou à poser des questions inconvenantes. Je ne les verrai certainement pas longtemps. Mon ami m'a expliqué qu'il avait du travail, et que nous pourrons étudier ensemble dans son bureau, tout en discutant et en rattrapant les semaines passées sans que nous ne puissions nous voir. Bien sûr, je devrai certainement savoir répondre aux questions qu'on me pose, et rester polie et courtoise, mais je n'ai rien à redouter sur ce point-là. Je connais les usages et le savoir-vivre. Mes parents et ma grand-mère me les ont enseignés. C'est plutôt l'origine moldue d'une partie de la famille du brun qui me rend hésitante. Et si je trahissais une forme de mépris sans le vouloir ? Pourrais-je toujours compter sur l'amitié de Nahele et l'hospitalité de ses proches ? Si cela devait se produire, ma honte n'égalerait que mes regrets.
Je passe la porte, le cœur toujours lourd malgré l'envie d'échapper aux pensées désagréables qui me poursuivent. J'ai peur de moi, des mots qui pourraient trébucher hors de mes lèvres, de l'éducation qu'on m'a inculquée et qui s'est gravée dans mes instincts, du rejet de mes parents et de Nahele, de la honte que je pourrais provoquer chez ceux auxquels je tiens, de l'incapacité que j'ai à me forger une opinion et à la défendre à propos de cette politique pro-sang-pur. J'ai peur, et je m'inquiète, et l'anxiété creuse des sillons sur mon corps. Mes mains accrochées à ma nouvelle cape sont pourtant les seuls symptômes de mes pensées délirantes. Mon visage est souriant comme un masque qu'on aurait forgé dans le mensonge.
Dehors, il fait beau. Le jardin de Nahele n'est pas grand, mais on entend les oiseaux, et le printemps y bourgeonne avec tendresse. Les parfums et saveurs qui s'en dégagent m'éloignent de mes soucis. Ces nuances de vert et ces plantes me sont bien plus connue. Je peux me raccrocher à elles autant qu'à la présence de mon ami, qui pourtant, déjà, s'avance vers l'entrée de sa maison.
L'herbe luit sous le soleil. Je suis l'étudiant, portant mon sac au bout de mes doigts tremblants. Chez-lui, cela ne paraît pas très grand. Les murs sont blancs et des sons encore lointains s'échappent de l'intérieur. Plus j'approche, plus il me semble entendre de la musique. Nahele garde un sourire épanoui sur les lèvres. Est-ce donc cela, le plaisir de revenir chez-soi, là où on se sait attendu, là où on a une place ?
Mon ami frappe à la porte avant d'entrer. Les battements de mon cœur accélèrent tandis que le son d'une guitare emmêlé à celui d'une voix claire me parvient. Je ne peux plus faire demi-tour désormais. Me voilà chez Nahele, inconnue et étrangère dans une famille qui ne sera jamais comme la mienne.
Alors, j'ouvre les yeux et me redresse. Nahele et moi sommes dans ce qui semble être un chalet, néanmoins plutôt vide, ne contenant que quelques objets et machines que je ne connais pas. Un rapide coup d'œil autour de moi m'apprend que cette pièce est bien à l'extérieur, et non directement dans la maison de mon ami. Voilà qui est rassurant. L'idée de frapper à une porte d'entrée est plus commode pour se présenter.
« C'est notre site de transplanage. Il est dissimulé dans le jardin, passe pour un simple chalet, et nous permet d'entrer sans éveiller de soupçon, » m'explique l'étudiant en pédiatromagie.
Je hoche simplement la tête tandis qu'il lâche mon épaule et s'avance vers une première porte, qu'il ouvre avant de me désigner la sortie d'un mouvement du bras.
« Après toi. »
Je croise le regard de mon ami, échangeant avec lui un sourire. Non, je n'ai pas peur. Il m'a longtemps parlé de sa famille, de ses parents, de sa fratrie. Je n'ai rien à redouter de leur part. À vrai dire, je ne suis pas venue dans l'intention de les rencontrer, mais plutôt pour passer du temps avec Nahele, qui a à cœur de rester près d'eux. Je sais qu'ils seront accueillants, chaleureux et aimables, qu'ils chercheront à me mettre à l'aise et non à me juger ou à poser des questions inconvenantes. Je ne les verrai certainement pas longtemps. Mon ami m'a expliqué qu'il avait du travail, et que nous pourrons étudier ensemble dans son bureau, tout en discutant et en rattrapant les semaines passées sans que nous ne puissions nous voir. Bien sûr, je devrai certainement savoir répondre aux questions qu'on me pose, et rester polie et courtoise, mais je n'ai rien à redouter sur ce point-là. Je connais les usages et le savoir-vivre. Mes parents et ma grand-mère me les ont enseignés. C'est plutôt l'origine moldue d'une partie de la famille du brun qui me rend hésitante. Et si je trahissais une forme de mépris sans le vouloir ? Pourrais-je toujours compter sur l'amitié de Nahele et l'hospitalité de ses proches ? Si cela devait se produire, ma honte n'égalerait que mes regrets.
Je passe la porte, le cœur toujours lourd malgré l'envie d'échapper aux pensées désagréables qui me poursuivent. J'ai peur de moi, des mots qui pourraient trébucher hors de mes lèvres, de l'éducation qu'on m'a inculquée et qui s'est gravée dans mes instincts, du rejet de mes parents et de Nahele, de la honte que je pourrais provoquer chez ceux auxquels je tiens, de l'incapacité que j'ai à me forger une opinion et à la défendre à propos de cette politique pro-sang-pur. J'ai peur, et je m'inquiète, et l'anxiété creuse des sillons sur mon corps. Mes mains accrochées à ma nouvelle cape sont pourtant les seuls symptômes de mes pensées délirantes. Mon visage est souriant comme un masque qu'on aurait forgé dans le mensonge.
Dehors, il fait beau. Le jardin de Nahele n'est pas grand, mais on entend les oiseaux, et le printemps y bourgeonne avec tendresse. Les parfums et saveurs qui s'en dégagent m'éloignent de mes soucis. Ces nuances de vert et ces plantes me sont bien plus connue. Je peux me raccrocher à elles autant qu'à la présence de mon ami, qui pourtant, déjà, s'avance vers l'entrée de sa maison.
L'herbe luit sous le soleil. Je suis l'étudiant, portant mon sac au bout de mes doigts tremblants. Chez-lui, cela ne paraît pas très grand. Les murs sont blancs et des sons encore lointains s'échappent de l'intérieur. Plus j'approche, plus il me semble entendre de la musique. Nahele garde un sourire épanoui sur les lèvres. Est-ce donc cela, le plaisir de revenir chez-soi, là où on se sait attendu, là où on a une place ?
Mon ami frappe à la porte avant d'entrer. Les battements de mon cœur accélèrent tandis que le son d'une guitare emmêlé à celui d'une voix claire me parvient. Je ne peux plus faire demi-tour désormais. Me voilà chez Nahele, inconnue et étrangère dans une famille qui ne sera jamais comme la mienne.
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Là d'où vient le Soleil
« Je suis de retour ! » lance Nahele.
Il entre et je suis derrière lui, mais mon regard se projette bien plus loin, s'avançant au-delà des épaules de mon ami. J'observe la pièce, ses murs blancs, ses meubles de bois, la simplicité des décorations et le charme qui s'en dégage. La première pensée qui me vient m'étonne. C'est petit. Et très différent de chez-moi. Mais à quoi m'attendais-je ? Ce n'est ni une maison sorcière, ni une maison bourgeoise. Pourtant, ce que je découvre ne correspond pas à ce que j'imaginais. C'est la première fois que j'aperçois l'intérieur d'une habitation moldue, et je pensais que la différence avec ce que je connais serait plus frappante. Merlin ! C'est tellement... étonnant. Rien ne bouge, rien ne transpire de magie, c'est petit et simple, mais c'est joli, accueillant, lumineux, honnête et intriguant. Je m'en retrouve curieuse d'en voir davantage. Mes yeux frôlent les détails, grands ouverts pour ne passer au-dessus de rien.
Nahele s'avance et enlève sa cape avant de tendre la main pour prendre la mienne. Plusieurs pas approchent, dont certains en courant. À l'étage, la musique s'est arrêtée lorsque nous sommes entrés. Et moi, je reste muette, retirée en moi-même, éblouie, charmée, surprise. C'est donc cela, une maison moldue ? Tout est différent, et en même temps si semblable ! Moi qui m'attendais à deux mondes opposés, je suis frappée par mon ignorance. Même quand le frère de Nahele et sa mère arrivent et posent des questions, je reste distante. Mes réponses sont courtoises, mon sourire est léger. Je suis là sans l'être. Je n'arrête pas de penser, de m'interroger, de regarder autour de moi. Je pars en quête d'éléments qui viendraient confirmer ce qu'on m'a appris. Où sont l'horreur et le dégoût ? Pourquoi tout est si beau, presque normal ? Pourquoi y a-t-il tant de ressemblances quand les différences devraient me brûler la rétine ? Est-ce ma distance qui m'empêche de comprendre ? Quelque chose ne va pas. Est-ce dû au fait que la famille de Nahele soit composée de sorciers et de moldus ? Merlin, je ne saisis pas. Ils sont tous gentils avec moi. Ils ne me reprochent pas mon sang pur. Ils n'en parlent même pas. Ils ne semblent ni gênés ni mal à l'aise par rapport à cela. Comme si nous étions tous pareils. Le sommes-nous ? M'a-t-on trompée en m'apprenant le contraire dans ma jeunesse ? Non, non, non ! Je ne peux pas y croire. C'est trop.... Ah, par Circé ! Je me sens tellement embarrassée. Était-ce une bonne idée de venir ici ?
On me pose des questions et je réponds. C'est plutôt simple, et de ce fait agréable car je ne suis pas contrainte de suivre le fil de la discussion. Je m'en veux de ne pas y parvenir, mais je suis trop surprise pour me concentrer sur autre chose que sur l'objet de mes étonnements. La mère de Nahele est polie et gentille. Je sens chez elle le désir de me mettre à l'aise. Et, en sa compagnie, je le suis. C'est plutôt le frère de mon ami qui tord mes raisonnements. Voici là un moldu qui parle du monde sorcier comme s'il y appartenait. C'est troublant. Il s'adresse à moi comme si nous étions pareils, comme si nous étions égaux. Parfois, alors que les phrases m'entourent comme de grands arbres, je pense à ma mère. Comment réagirait-elle si elle me voyait dans cette forêt interdite et brûlante de déshonneur ? Aurait-elle honte ? Serait-elle en colère ? Mon cœur me murmure que je ne veux pas le savoir.
Nahele et moi sommes retenus longtemps par son frère, sa mère, puis sa petite sœur. Son père n'est pas là. Il travaille. On nous conduit dans la salle à manger, puis le salon. Tout est simple et beau, et ma baguette enfoncée dans ma poche me paraît peser des tonnes. J'ai la sensation d'être un oiseau de ville perdu dans un marécage. Je ne me sens pas à ma place, et bien vite la distance derrière laquelle je me cachais ne suffit plus à calmer l'angoisse qui grimpe dans mon corps. Tout est fait pour me mettre à l'aise, et je ne peux rien reprocher à Nahele et sa famille. Pourtant, je ne me sens pas bien. C'est terrible, car je sais que je suis seule responsable de mon état. Ce sont mes pensées qui tissent la toile dans laquelle je me retrouve prisonnière. Cependant, je n'arrive pas à m'en dégager. Je suis même incapable d'arracher certains mots de mon crâne. Ils y ont poussé comme de mauvaises herbes. Quelque chose ici ne va pas ; quelque chose manque. Non ! C'est bien là le problème : rien ne manque. Et mon mythe de magie et de sang frémit comme ces arbres dénudés qu'on plonge dans l'hiver.
Au bout d'un moment, l'étudiant de médicomagie saisit l'occasion qui nous permet de quitter le rez-de-chaussée pour la quiétude de l'étage. Nous nous faufilons hors du salon, partageant un regard amusé et soulagé. Les quelques mots que nous échangeons sont dits à voix basse, comme si nous souhaitions désormais préserver le silence après l'avoir écrasé de paroles. Si c'est agréable de se retrouver de nouveau à deux, je ne peux cependant nier que la compagnie de la famille de Nahele était plaisante. J'ai retrouvé chez eux certains des traits que j'apprécie chez mon ami, et les découvrir après avoir tant entendu parler d'eux était assez réjouissant. D'autant plus que l'ancien Poufsouffle à mes côtés semblait particulièrement heureux et à l'aise, rayonnant d'une manière qui ne pouvait me laisser d'autres choix que celui de partager le bonheur qu'il renvoyait.
Et puis, enfin, en haut de l'escalier, dans le couloir de cet étage que je découvre, mon regard heurte celui de Kaliska Weaver.
Il entre et je suis derrière lui, mais mon regard se projette bien plus loin, s'avançant au-delà des épaules de mon ami. J'observe la pièce, ses murs blancs, ses meubles de bois, la simplicité des décorations et le charme qui s'en dégage. La première pensée qui me vient m'étonne. C'est petit. Et très différent de chez-moi. Mais à quoi m'attendais-je ? Ce n'est ni une maison sorcière, ni une maison bourgeoise. Pourtant, ce que je découvre ne correspond pas à ce que j'imaginais. C'est la première fois que j'aperçois l'intérieur d'une habitation moldue, et je pensais que la différence avec ce que je connais serait plus frappante. Merlin ! C'est tellement... étonnant. Rien ne bouge, rien ne transpire de magie, c'est petit et simple, mais c'est joli, accueillant, lumineux, honnête et intriguant. Je m'en retrouve curieuse d'en voir davantage. Mes yeux frôlent les détails, grands ouverts pour ne passer au-dessus de rien.
Nahele s'avance et enlève sa cape avant de tendre la main pour prendre la mienne. Plusieurs pas approchent, dont certains en courant. À l'étage, la musique s'est arrêtée lorsque nous sommes entrés. Et moi, je reste muette, retirée en moi-même, éblouie, charmée, surprise. C'est donc cela, une maison moldue ? Tout est différent, et en même temps si semblable ! Moi qui m'attendais à deux mondes opposés, je suis frappée par mon ignorance. Même quand le frère de Nahele et sa mère arrivent et posent des questions, je reste distante. Mes réponses sont courtoises, mon sourire est léger. Je suis là sans l'être. Je n'arrête pas de penser, de m'interroger, de regarder autour de moi. Je pars en quête d'éléments qui viendraient confirmer ce qu'on m'a appris. Où sont l'horreur et le dégoût ? Pourquoi tout est si beau, presque normal ? Pourquoi y a-t-il tant de ressemblances quand les différences devraient me brûler la rétine ? Est-ce ma distance qui m'empêche de comprendre ? Quelque chose ne va pas. Est-ce dû au fait que la famille de Nahele soit composée de sorciers et de moldus ? Merlin, je ne saisis pas. Ils sont tous gentils avec moi. Ils ne me reprochent pas mon sang pur. Ils n'en parlent même pas. Ils ne semblent ni gênés ni mal à l'aise par rapport à cela. Comme si nous étions tous pareils. Le sommes-nous ? M'a-t-on trompée en m'apprenant le contraire dans ma jeunesse ? Non, non, non ! Je ne peux pas y croire. C'est trop.... Ah, par Circé ! Je me sens tellement embarrassée. Était-ce une bonne idée de venir ici ?
On me pose des questions et je réponds. C'est plutôt simple, et de ce fait agréable car je ne suis pas contrainte de suivre le fil de la discussion. Je m'en veux de ne pas y parvenir, mais je suis trop surprise pour me concentrer sur autre chose que sur l'objet de mes étonnements. La mère de Nahele est polie et gentille. Je sens chez elle le désir de me mettre à l'aise. Et, en sa compagnie, je le suis. C'est plutôt le frère de mon ami qui tord mes raisonnements. Voici là un moldu qui parle du monde sorcier comme s'il y appartenait. C'est troublant. Il s'adresse à moi comme si nous étions pareils, comme si nous étions égaux. Parfois, alors que les phrases m'entourent comme de grands arbres, je pense à ma mère. Comment réagirait-elle si elle me voyait dans cette forêt interdite et brûlante de déshonneur ? Aurait-elle honte ? Serait-elle en colère ? Mon cœur me murmure que je ne veux pas le savoir.
Nahele et moi sommes retenus longtemps par son frère, sa mère, puis sa petite sœur. Son père n'est pas là. Il travaille. On nous conduit dans la salle à manger, puis le salon. Tout est simple et beau, et ma baguette enfoncée dans ma poche me paraît peser des tonnes. J'ai la sensation d'être un oiseau de ville perdu dans un marécage. Je ne me sens pas à ma place, et bien vite la distance derrière laquelle je me cachais ne suffit plus à calmer l'angoisse qui grimpe dans mon corps. Tout est fait pour me mettre à l'aise, et je ne peux rien reprocher à Nahele et sa famille. Pourtant, je ne me sens pas bien. C'est terrible, car je sais que je suis seule responsable de mon état. Ce sont mes pensées qui tissent la toile dans laquelle je me retrouve prisonnière. Cependant, je n'arrive pas à m'en dégager. Je suis même incapable d'arracher certains mots de mon crâne. Ils y ont poussé comme de mauvaises herbes. Quelque chose ici ne va pas ; quelque chose manque. Non ! C'est bien là le problème : rien ne manque. Et mon mythe de magie et de sang frémit comme ces arbres dénudés qu'on plonge dans l'hiver.
Au bout d'un moment, l'étudiant de médicomagie saisit l'occasion qui nous permet de quitter le rez-de-chaussée pour la quiétude de l'étage. Nous nous faufilons hors du salon, partageant un regard amusé et soulagé. Les quelques mots que nous échangeons sont dits à voix basse, comme si nous souhaitions désormais préserver le silence après l'avoir écrasé de paroles. Si c'est agréable de se retrouver de nouveau à deux, je ne peux cependant nier que la compagnie de la famille de Nahele était plaisante. J'ai retrouvé chez eux certains des traits que j'apprécie chez mon ami, et les découvrir après avoir tant entendu parler d'eux était assez réjouissant. D'autant plus que l'ancien Poufsouffle à mes côtés semblait particulièrement heureux et à l'aise, rayonnant d'une manière qui ne pouvait me laisser d'autres choix que celui de partager le bonheur qu'il renvoyait.
Et puis, enfin, en haut de l'escalier, dans le couloir de cet étage que je découvre, mon regard heurte celui de Kaliska Weaver.
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baisse de présence jusque fin juillet
Là d'où vient le Soleil
C'est ainsi que je la découvre : appuyée contre l'encadrement d'une porte, le regard perçant et amusé, un ballongomme de Bullard dans la bouche et un sourire aux lèvres, les cheveux déliés qui cascadent en boucles noires jusqu'à ses omoplates, la peau mate, les yeux sombres, les lèvres pleines, avec un maquillage léger, un débardeur blanc et une longue jupe crème ; et des pupilles pleines d'audace qui viennent frapper les miennes. Kaliska Weaver me coupe le souffle sans avoir besoin de parler.
Je ne m'attendais pas à la voir (c'est avec cette pensée que je me rassure en constatant que mon coeur a loupé un battement et que mes yeux se sont légèrement arrondis). Je l'ai sûrement déjà croisée à Poudlard, mais jamais de cette manière, presque de front, si j'ose dire. Elle ne dégage rien de comparable à Nahele. Elle a quelque chose qui vous envoûte et vous repousse en même temps, comme si vous touchiez à un objet qui ne vous appartenait pas — mais il est si attirant ! comment s'empêcher ? — ; son allure est sauvage et indépendante, cela se perçoit très vite qu'elle a en elle un fauve que rien ne peut dompter ; ses yeux sont un piège, je le sens : je suis tombée dans son puits et il a englouti tout mon horizon. Elle jette autour d'elle un soleil qui n'aveugle pas mais brûle. Elle consume d'un sourire et boit vos pensées d'un regard. Non, elle n'a besoin de rien : ni parler, ni bouger, ni même produire le moindre son ; sa seule présence embrase tout mon présent.
Kaliska plaque son ballongomme dans un coin de sa joue, se redresse et croise les bras. Ses iris me détaillent, glissent sur Nahele et reviennent à moi.
« Tu dois être Alyona, » lance-t-elle.
Mon ami à mes côtés a un sourire que je n'aperçois pas.
« C'est cela, » parviens-je à articuler avant de contraindre mes lèvres à s'étirer, ce qui a pour résultat une grimace embarrassante.
Est-ce que Nahele lui a parlé de moi ? Merlin ! Bien sûr qu'il l'a fait puisque toute sa famille m'a accueillie comme si elle me connaissait. Il a dû les prévenir de ma venue, leur offrir mon nom, et leur donner quelques informations à propos de mes études. Alors pourquoi est-ce que cela m'inquiète ? Pourquoi suis-je incapable d'ajouter quoi que ce soit et de penser correctement face au regard de la brune qui, tel celui de Méduse, me pétrifie ? C'est idiot, et je suis fatiguée. C'est un effet du transplanage, n'est-ce pas ?
J'essaie de me souvenir de ce que je sais sur elle, comme une défense face à ce qu'elle peut connaître de moi. Elle est en septième année à Gryffondor. Ou peut-être à Serpentard ? Non, elle a tout d'une Rouge : sa force se lit sur son front et son courage éclate dans ses yeux sombres. Qu'est-ce que Nahele m'a raconté d'autres ? N'est-elle pas musicienne ? Le souvenir de la guitare que j'avais entendue en entrant dans la maison me revient. Aucun membre de la famille de mon ami n'en avait avec lui, alors l'instrument doit sûrement être le sien. Et quoi d'autre ? Que sais-je de plus ? Je plonge dans ma mémoire avec agitation, secouant les souvenirs et déterrant des phrases aux mots devenus flous, mais rien ne me revient. Kaliska reste un mystère et la manière dont elle m'observe me fait me sentir démunie.
La sorcière hoche légèrement la tête et se remet à mâcher son ballongomme.
« Bah moi, c'est Kaliska. »
Sur ces mots, elle jette un regard appuyé à Nahele, comme si elle lui reprochait quelque chose. Lui en veut-elle de ne pas l'avoir introduite ? Souhaitait-elle que l'étudiant en pédiatromagie me la présente avant que nous ne soyons retenus par sa famille au rez-de-chaussée ? Mais dans ce cas, pourquoi n'est-elle pas descendue ?
Je m'empresse de répondre pour éviter à mon ami d'avoir à se défendre.
« Je m'en doutais, répliqué-je, avec un sourire cette fois plus sincère. Je suis ravie de faire ta connaissance. »
J'hésite un instant à tendre la main avant d'abandonner cette idée qui s'annonce bien trop intimidante. Cela semble convenir à la Rouge dont le sourire s'est épanoui.
« C'est toi qui jouais de la guitare ? demandé-je. Nahele m'a dit que tu étais musicienne. »
Ses yeux se mettent à briller et font fondre ma confiance. Comment peut-on avoir un regard si sombre et en même temps si chaud ? Voilà une ressemblance avec mon ami. Ils ont tous les deux l'été dans les iris, de manière bien différente, comme si c'était un trait de famille.
« Ouais c'était moi, je m'entraîne un peu. T'as bien aimé ?
― Oh, oui ! C'était bien. »
Je réponds rapidement, sans réfléchir, et ce simple fait éveille une angoisse étonnée dans mon coeur. Ai-je dit quelque chose de correct ? Ne me suis-je pas montrée trop évasive, ou trop peu intéressée ? Ne devrai-je pas poser d'autres questions pour avancer une certaine curiosité ? Merlin, Merlin, Merlin. Je voudrais juste que mes pensées se taisent.
Nahele se tourne vers moi, et le regarder suffit à me redonner de l'assurance.
« 'Liska joue très bien. C'est une artiste de talent. Je t'emmènerais l'écouter à l'occasion, parfois elle joue dans des petits bars avec un groupe. »
Kaliska secoue doucement la tête, une lueur amusée sur le visage.
« Pff, tu exagères. Je remplace juste pour l'instant, en attendant de terminer Poudlard. » Son visage se retourne vers moi. « Mais t'as pas besoin de Nahele pour venir. Si t'es dispo un jour, tu seras la bienvenue. »
Je me sens flattée, comme si sa proposition relevait du privilège. L'idée me plaît autant qu'elle m'intimide. Écouter la soeur de Nahele, elle que je connais si peu, sans même la présence de mon ami ? N'est-ce pas étrange ? Peut-être pas, puisque c'est elle qui m'a invitée. Cela me fait penser à ma grand-mère, à son amour pour la musique qu'elle a toujours souhaité me transmettre. Lorsque nous sommes allées au concert du nouvel an à Godric's Hollow, c'était agréable. Cela peut-il l'être également avec Kaliska Weaver ? Je l'observe derrière mes cils, attirée comme un papillon par la lumière qu'elle dégage. Assurément, cela peut l'être.
Mes joues rougissent quelque peu et mon sourire revient.
« Merci, ce serait avec plaisir. »
Ma réponse semble satisfaire la Rouge. Elle pose de nouveau ses yeux noirs sur moi et, encore une fois, j'ai la sensation qu'ils me brûlent et me traversent. Sa tête haute m'encourage à ne pas baisser la mienne. Être à côté de Kaliska et Nahele a quelque chose de vivifiant. C'est sûrement dans leur manière si particulière d'être au monde : ils semblent l'affronter de face, avec courage et audace, mais sans aucune vanité. J'admire la force qu'ils dégagent et la beauté de leur sourire. Je pense que, quoi qu'ils me demandent, je serai incapable de leur refuser.
Nous échangeons encore quelques phrases, qui cette fois-ci sont surtout polies. C'est à propos de mon voyage, des études de Kaliska, des nouvelles qu'elle a à donner. Elle ne m'apparaît alors pas particulièrement proche de son frère, et même très différente de lui. Pourtant, ils partagent un lien solide et confiant que les années n'ont pas effrité. Leur compagnie m'éloigne définitivement de mes pensées ébranlées par cette maison moldue. Il me coûterait certainement de l'avouer, mais discuter avec des sorciers est plus rassurant pour moi. Je retrouve là un terrain familier, et un monde qui, finalement, est le mien.
Puis, Kaliska interrompt notre conversation en indiquant qu'elle a du travail. Et alors, Nahele et moi la laissons pour rejoindre l'antre de mon ami, saisissant enfin la possibilité d'échanger sur des sujets plus spécifiques qu'il nous tardait d'aborder.
Les yeux plein d'audace de Kaliska resteront longtemps à l'arrière-plan de mes pensées cette après-midi-là.
Je ne m'attendais pas à la voir (c'est avec cette pensée que je me rassure en constatant que mon coeur a loupé un battement et que mes yeux se sont légèrement arrondis). Je l'ai sûrement déjà croisée à Poudlard, mais jamais de cette manière, presque de front, si j'ose dire. Elle ne dégage rien de comparable à Nahele. Elle a quelque chose qui vous envoûte et vous repousse en même temps, comme si vous touchiez à un objet qui ne vous appartenait pas — mais il est si attirant ! comment s'empêcher ? — ; son allure est sauvage et indépendante, cela se perçoit très vite qu'elle a en elle un fauve que rien ne peut dompter ; ses yeux sont un piège, je le sens : je suis tombée dans son puits et il a englouti tout mon horizon. Elle jette autour d'elle un soleil qui n'aveugle pas mais brûle. Elle consume d'un sourire et boit vos pensées d'un regard. Non, elle n'a besoin de rien : ni parler, ni bouger, ni même produire le moindre son ; sa seule présence embrase tout mon présent.
Kaliska plaque son ballongomme dans un coin de sa joue, se redresse et croise les bras. Ses iris me détaillent, glissent sur Nahele et reviennent à moi.
« Tu dois être Alyona, » lance-t-elle.
Mon ami à mes côtés a un sourire que je n'aperçois pas.
« C'est cela, » parviens-je à articuler avant de contraindre mes lèvres à s'étirer, ce qui a pour résultat une grimace embarrassante.
Est-ce que Nahele lui a parlé de moi ? Merlin ! Bien sûr qu'il l'a fait puisque toute sa famille m'a accueillie comme si elle me connaissait. Il a dû les prévenir de ma venue, leur offrir mon nom, et leur donner quelques informations à propos de mes études. Alors pourquoi est-ce que cela m'inquiète ? Pourquoi suis-je incapable d'ajouter quoi que ce soit et de penser correctement face au regard de la brune qui, tel celui de Méduse, me pétrifie ? C'est idiot, et je suis fatiguée. C'est un effet du transplanage, n'est-ce pas ?
J'essaie de me souvenir de ce que je sais sur elle, comme une défense face à ce qu'elle peut connaître de moi. Elle est en septième année à Gryffondor. Ou peut-être à Serpentard ? Non, elle a tout d'une Rouge : sa force se lit sur son front et son courage éclate dans ses yeux sombres. Qu'est-ce que Nahele m'a raconté d'autres ? N'est-elle pas musicienne ? Le souvenir de la guitare que j'avais entendue en entrant dans la maison me revient. Aucun membre de la famille de mon ami n'en avait avec lui, alors l'instrument doit sûrement être le sien. Et quoi d'autre ? Que sais-je de plus ? Je plonge dans ma mémoire avec agitation, secouant les souvenirs et déterrant des phrases aux mots devenus flous, mais rien ne me revient. Kaliska reste un mystère et la manière dont elle m'observe me fait me sentir démunie.
La sorcière hoche légèrement la tête et se remet à mâcher son ballongomme.
« Bah moi, c'est Kaliska. »
Sur ces mots, elle jette un regard appuyé à Nahele, comme si elle lui reprochait quelque chose. Lui en veut-elle de ne pas l'avoir introduite ? Souhaitait-elle que l'étudiant en pédiatromagie me la présente avant que nous ne soyons retenus par sa famille au rez-de-chaussée ? Mais dans ce cas, pourquoi n'est-elle pas descendue ?
Je m'empresse de répondre pour éviter à mon ami d'avoir à se défendre.
« Je m'en doutais, répliqué-je, avec un sourire cette fois plus sincère. Je suis ravie de faire ta connaissance. »
J'hésite un instant à tendre la main avant d'abandonner cette idée qui s'annonce bien trop intimidante. Cela semble convenir à la Rouge dont le sourire s'est épanoui.
« C'est toi qui jouais de la guitare ? demandé-je. Nahele m'a dit que tu étais musicienne. »
Ses yeux se mettent à briller et font fondre ma confiance. Comment peut-on avoir un regard si sombre et en même temps si chaud ? Voilà une ressemblance avec mon ami. Ils ont tous les deux l'été dans les iris, de manière bien différente, comme si c'était un trait de famille.
« Ouais c'était moi, je m'entraîne un peu. T'as bien aimé ?
― Oh, oui ! C'était bien. »
Je réponds rapidement, sans réfléchir, et ce simple fait éveille une angoisse étonnée dans mon coeur. Ai-je dit quelque chose de correct ? Ne me suis-je pas montrée trop évasive, ou trop peu intéressée ? Ne devrai-je pas poser d'autres questions pour avancer une certaine curiosité ? Merlin, Merlin, Merlin. Je voudrais juste que mes pensées se taisent.
Nahele se tourne vers moi, et le regarder suffit à me redonner de l'assurance.
« 'Liska joue très bien. C'est une artiste de talent. Je t'emmènerais l'écouter à l'occasion, parfois elle joue dans des petits bars avec un groupe. »
Kaliska secoue doucement la tête, une lueur amusée sur le visage.
« Pff, tu exagères. Je remplace juste pour l'instant, en attendant de terminer Poudlard. » Son visage se retourne vers moi. « Mais t'as pas besoin de Nahele pour venir. Si t'es dispo un jour, tu seras la bienvenue. »
Je me sens flattée, comme si sa proposition relevait du privilège. L'idée me plaît autant qu'elle m'intimide. Écouter la soeur de Nahele, elle que je connais si peu, sans même la présence de mon ami ? N'est-ce pas étrange ? Peut-être pas, puisque c'est elle qui m'a invitée. Cela me fait penser à ma grand-mère, à son amour pour la musique qu'elle a toujours souhaité me transmettre. Lorsque nous sommes allées au concert du nouvel an à Godric's Hollow, c'était agréable. Cela peut-il l'être également avec Kaliska Weaver ? Je l'observe derrière mes cils, attirée comme un papillon par la lumière qu'elle dégage. Assurément, cela peut l'être.
Mes joues rougissent quelque peu et mon sourire revient.
« Merci, ce serait avec plaisir. »
Ma réponse semble satisfaire la Rouge. Elle pose de nouveau ses yeux noirs sur moi et, encore une fois, j'ai la sensation qu'ils me brûlent et me traversent. Sa tête haute m'encourage à ne pas baisser la mienne. Être à côté de Kaliska et Nahele a quelque chose de vivifiant. C'est sûrement dans leur manière si particulière d'être au monde : ils semblent l'affronter de face, avec courage et audace, mais sans aucune vanité. J'admire la force qu'ils dégagent et la beauté de leur sourire. Je pense que, quoi qu'ils me demandent, je serai incapable de leur refuser.
Nous échangeons encore quelques phrases, qui cette fois-ci sont surtout polies. C'est à propos de mon voyage, des études de Kaliska, des nouvelles qu'elle a à donner. Elle ne m'apparaît alors pas particulièrement proche de son frère, et même très différente de lui. Pourtant, ils partagent un lien solide et confiant que les années n'ont pas effrité. Leur compagnie m'éloigne définitivement de mes pensées ébranlées par cette maison moldue. Il me coûterait certainement de l'avouer, mais discuter avec des sorciers est plus rassurant pour moi. Je retrouve là un terrain familier, et un monde qui, finalement, est le mien.
Puis, Kaliska interrompt notre conversation en indiquant qu'elle a du travail. Et alors, Nahele et moi la laissons pour rejoindre l'antre de mon ami, saisissant enfin la possibilité d'échanger sur des sujets plus spécifiques qu'il nous tardait d'aborder.
Les yeux plein d'audace de Kaliska resteront longtemps à l'arrière-plan de mes pensées cette après-midi-là.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
Là d'où vient le Soleil
L'après-midi a glissé silencieusement sur le fil du jour. Les heures se sont suivies sans se bousculer, rapides et agréables, désormais enveloppées dans du velours à l'intérieur de mon crâne. Nahele et moi avons discuté, surtout de choses futiles et banales, presque trop polies, trop normales. Au départ, il s'agissait principalement de sa chambre, de sa famille, de l'accueil qu'on m'avait fait, mais aussi de mon voyage, d'Abby, d'Ondine, de nos amis communs. Nous avons fait le tour de notre monde sans y entrer. C'est terrible comme ces discussions avec l'étudiant m'avaient manquée durant ces semaines loin de lui. Il n'y a rien de plus merveilleux en ces temps chargés que de pouvoir être près d'un ami, pour garder le silence ou parler librement, de tout et de rien, de ce qui nous passe par la tête et de ce qui nous préoccupe, appréciant sa présence et son oreille attentive. Je le sais d'accord avec moi là-dessus, car c'est lui qui, le premier, aborde des sujets qui lui tiennent à cœur. Allongé sur son lit, les jambes pliées au bord de celui-ci, il me parle de ses doutes, de son avenir flou, de sa peur de quitter sa famille, de celle de ne pas trouver du travail, de ne pas réussir. Il dépose sur les épaules de notre amitié ses inquiétudes, et je les enveloppe de ma présence, les estompe en l'écoutant. Je comprends, tu vas y arriver, je crois en toi, cela ira, ils comprendront si tu t'en vas, fais ce qui est le mieux pour toi. Je suis riche de ce qu'on m'offre, et je me sens grande, et je me sens bien.
Allongée près de Nahele, les mains sur le ventre et le regard perdu sur son plafond, j'écoute le silence et le bruit que fait Kaliska, dans la pièce d'à côté. Est-elle en train d'étudier, de lire, de travailler des sorts, de réviser pour ses ASPIC ? Que faisais-je, moi, l'année dernière, à cette période de l'année ? Sûrement la même chose. Je ne saurai même pas dire si cela m'apparaît lointain ou proche. Le temps passe étrangement.
Mon ami quitte la vallée de ses pensées en tournant la tête vers moi, me poussant également à délaisser mes réflexions pour saisir pleinement les secondes passées en sa compagnie.
« Tu ne m'as rien dit sur ta soutenance. Cela a été ? »
L'étonnement souffle sur mon visage. Je n'ai pas mentionné ma soutenance ? C'est étrange. Depuis qu'elle est terminée, je la vois s'éloigner, devenir floue, et presque disparaître. À croire qu'elle ne m'appartient plus, qu'elle n'est déjà plus mienne. Le passé peut avaler certains événements avec une rapidité déconcertante. Mais, tout de même, mon mémoire a tant occupé mes pensées ces derniers mois, comment ai-je pu omettre d'en parler à mon ami ? D'autant plus que cela s'est bien passé. Je n'ai rien à cacher, il n'y a rien dont j'ai honte.
Je viens glisser mon avant-bras sous ma tête, plongeant l'arrière de mon crâne dans le creux de mon coude.
« Oui, oui cela a été. Je ne saurai même pas dire pourquoi je ne t'en ai pas parlé plus tôt ! Ondine était là, dans la salle. Elle m'a rassuré quand cela s'est terminé. M. Pierce est aussi venu me voir pour me dire que je m'en étais bien sortie. »
Un sourire se glisse sur mes lèvres.
« Je suis soulagée d'en avoir terminé avec ça, ajouté-je.
- Tu peux l'être, ce n'était pas rien. »
Je me souviens d'Ondine, de sa main sur mon épaule, de son soutien que je n'attendais pas. Ondine ! Merlin, je lui en ai tant voulu après ce qu'elle m'a fait le mois dernier. Et encore maintenant, je garde dans le coeur une pincée amère de rancune. Pourtant, je lui en suis aussi reconnaissante d'avoir été là. Son amitié m'est chère, c'est certain.
« Tu as pu reparler à Ondine alors ? Et pour elle, comment cela s'est passé ? Quel était son sujet ? »
Je tourne mon visage vers celui de Nahele.
« Oui, j'ai été la voir. J'ai suivi ton conseil. Et j'ai bien fait. » Mon sourire s'étire, faisant écho à celui de mon ami. « Cela a été pour elle aussi. Elle travaillait sur les algues, mais je ne saurai pas te dire le sujet précis. » Je secoue la tête, doucement amusée. « Sûrement quelque chose de complexe et bien particulier. C'est Ondine, après tout. »
L'étudiant en pédiatromagie sourit.
« C'est Ondine, oui. »
Le silence se glisse durant un bref instant dans la pièce, juste le temps de percevoir le monde extérieur à l'îlot sur lequel nous flottons. C'est la voix de la mère de Nahele, les pas rapides et bruyants de sa petite sœur, les murmures de Kaliska, plongée dans un monde musical que nous ne pouvons pas entendre, auquel nous n'avons pas accès. Les silences comme celui-ci sont si légers ! C'est comme regarder les nuages passer dans le ciel, traînant nos pensées et nos rêves. Rien ne sert de remplir le vide de mots vains, ce ne serait pas approprié ; d'autant plus que rien ne manque, puisque l'espace dégagé est avant tout partagé, avec amitié et simplicité.
Ceux qui se connaissent n'ont pas toujours besoin de se parler.
« Et Abby ? demande Nahele. Je lui ai envoyé un hibou il y a quelques semaines, mais elle est restée très évasive dans sa réponse.
— C'est difficile pour elle, avoué-je, Je ne suis pas certaine que ce qu'elle fasse lui plaise.
— Moi non plus. »
Abby m'est proche. J'apprécie sa gentillesse et sa douceur ; je me retrouve dans ses hésitations et dans ses acceptations. C'est une artiste de talent ! J'ai eu la chance de voir quelques-unes de ses peintures, et elles portent en elles une vie singulière et forte. Le fait que mon amie ne puisse pas peindre aussi librement à l'Institut, c'est comme si cela ternissait les couleurs de sa palette. Le souffle qui s'en dégage s'épuise, et son sourire se tord. Elle ne devrait pas poursuivre ses études ici.
« Je crois que c'est à cause de son père, précise Nahele, comme s'il lisait dans mes pensées, qu'il n'accepte pas qu'elle puisse vivre d'art, qu'il préfère qu'elle utilise son intelligence pour un métier plus... pratique. »
Je n'ajoute rien. J'en ai déjà parlé avec Abby, quelques fois, jamais longtemps. Elle n'apprécie pas ce sujet, et sent certainement qu'elle a tort sur ce point. J'aimerais tant qu'elle puisse faire ce qu'elle souhaite, et ce pour quoi elle est faite ! Mais elle s'obstine, se refuse ce droit. Et quelle douleur de voir des amis descendre volontairement les marches de leurs Enfers.
Abby, Abby, Abby. Je souhaiterais être capable de la raisonner, mais c'est devenu impossible. S'opposer à son choix, c'est comme consolider sa résolution.
« Et toi, avec des parents ? Tu as pu leur reparler ? Tu m'avais dit que c'était compliqué. »
Je me mords les lèvres. Ma famille ! Structure solide mais disloquée, aux membres qui pour l'extérieur s'unissent, tout en se fragilisant de l'intérieur. Les miens. Ma mère, mon père, mes grands-mères. Et la place qui m'est laissée, le rôle que je dois jouer, les responsabilités qu'il me faut prendre. Il y a tant à faire de ce côté-ci.
« Pas vraiment. C'est toujours aussi étrange. Je dois aller voir ma grand-mère paternelle le mois prochain. Elle m'écrit beaucoup ces temps-ci, et c'est déjà la deuxième fois qu'elle m'invite chez elle depuis le début d'année. Je ne comprends pas pourquoi. »
Je pousse un soupir et ferme les yeux.
« Je ne sais pas si cela va s'améliorer. Ma mère... »
Comment poursuivre ? Qu'ajouter ? Ma mère s'agite ? Ma mère m'apparaît bien trop pensive ? J'ai l'impression que ma mère construit quelque chose pour moi ? Celle qui m'a transmis ses cheveux cuivrés, sa détermination, son goût pour les belles choses ; celle qui m'a appris à lire, à penser, à m'accrocher ; celle qui était près de moi à l'aube de ma vie, qui a tout fait, tout sacrifié pour que je puisse grandir dans un milieu plus agréable que le sien ; ma mère, maman, celle que je connais si peu. Tu m'inquiètes. Je t'admire. Je t'en veux. J'aimerais être comme tu me rêves. Je m'épuise à poursuivre tes ambitions. Je ne te comprends pas.
Mon ami, percevant cette marée de détresse qui monte sur mon corps, attrape mon poing dans sa main. Ses doigts se referment au-dessus des miens et sa paume recouvre la mienne. Son soutien me donne de la force. « Tu n'es pas seule », qu'il semble dire. « Je suis là. » Et cela me convient, parce que je me sens si isolée quand je pense à ma famille et à ce chemin obscur que je vais devoir emprunter pour me créer ma place près d'eux. Son amitié m'aide à affronter le monde, tout en m'offrant une autre perspective sur celui-ci.
« N'y pense pas trop, Alyona. Prends ce qui vient. Cela va aller, ne t'en fais pas. Et ne fais pas comme Abby : ne t'oublie pas pour eux. Reste fidèle à toi-même. »
Un sourire revient éclairer mon visage. Il a en lui un peu de la douceur d'un matin de printemps. Il cache quelques bourgeons, offerts dans les paroles de mon ami.
Je fleuris en traversant les paysages désolés de mes difficultés.
« Tu es bien sage, Nahele Weaver. J'essaierai de suivre tes conseils, encore une fois. »
Il est secoué d'un rire chantant et délicat qui enveloppe mes pensées de ciel bleu.
« Merci. »
Je ferme les yeux, apaisée.
Et nous demeurons là, allongés sur cet îlot de draps, à rêver d'une éternité dans les paroles et l'amitié.
Allongée près de Nahele, les mains sur le ventre et le regard perdu sur son plafond, j'écoute le silence et le bruit que fait Kaliska, dans la pièce d'à côté. Est-elle en train d'étudier, de lire, de travailler des sorts, de réviser pour ses ASPIC ? Que faisais-je, moi, l'année dernière, à cette période de l'année ? Sûrement la même chose. Je ne saurai même pas dire si cela m'apparaît lointain ou proche. Le temps passe étrangement.
Mon ami quitte la vallée de ses pensées en tournant la tête vers moi, me poussant également à délaisser mes réflexions pour saisir pleinement les secondes passées en sa compagnie.
« Tu ne m'as rien dit sur ta soutenance. Cela a été ? »
L'étonnement souffle sur mon visage. Je n'ai pas mentionné ma soutenance ? C'est étrange. Depuis qu'elle est terminée, je la vois s'éloigner, devenir floue, et presque disparaître. À croire qu'elle ne m'appartient plus, qu'elle n'est déjà plus mienne. Le passé peut avaler certains événements avec une rapidité déconcertante. Mais, tout de même, mon mémoire a tant occupé mes pensées ces derniers mois, comment ai-je pu omettre d'en parler à mon ami ? D'autant plus que cela s'est bien passé. Je n'ai rien à cacher, il n'y a rien dont j'ai honte.
Je viens glisser mon avant-bras sous ma tête, plongeant l'arrière de mon crâne dans le creux de mon coude.
« Oui, oui cela a été. Je ne saurai même pas dire pourquoi je ne t'en ai pas parlé plus tôt ! Ondine était là, dans la salle. Elle m'a rassuré quand cela s'est terminé. M. Pierce est aussi venu me voir pour me dire que je m'en étais bien sortie. »
Un sourire se glisse sur mes lèvres.
« Je suis soulagée d'en avoir terminé avec ça, ajouté-je.
- Tu peux l'être, ce n'était pas rien. »
Je me souviens d'Ondine, de sa main sur mon épaule, de son soutien que je n'attendais pas. Ondine ! Merlin, je lui en ai tant voulu après ce qu'elle m'a fait le mois dernier. Et encore maintenant, je garde dans le coeur une pincée amère de rancune. Pourtant, je lui en suis aussi reconnaissante d'avoir été là. Son amitié m'est chère, c'est certain.
« Tu as pu reparler à Ondine alors ? Et pour elle, comment cela s'est passé ? Quel était son sujet ? »
Je tourne mon visage vers celui de Nahele.
« Oui, j'ai été la voir. J'ai suivi ton conseil. Et j'ai bien fait. » Mon sourire s'étire, faisant écho à celui de mon ami. « Cela a été pour elle aussi. Elle travaillait sur les algues, mais je ne saurai pas te dire le sujet précis. » Je secoue la tête, doucement amusée. « Sûrement quelque chose de complexe et bien particulier. C'est Ondine, après tout. »
L'étudiant en pédiatromagie sourit.
« C'est Ondine, oui. »
Le silence se glisse durant un bref instant dans la pièce, juste le temps de percevoir le monde extérieur à l'îlot sur lequel nous flottons. C'est la voix de la mère de Nahele, les pas rapides et bruyants de sa petite sœur, les murmures de Kaliska, plongée dans un monde musical que nous ne pouvons pas entendre, auquel nous n'avons pas accès. Les silences comme celui-ci sont si légers ! C'est comme regarder les nuages passer dans le ciel, traînant nos pensées et nos rêves. Rien ne sert de remplir le vide de mots vains, ce ne serait pas approprié ; d'autant plus que rien ne manque, puisque l'espace dégagé est avant tout partagé, avec amitié et simplicité.
Ceux qui se connaissent n'ont pas toujours besoin de se parler.
« Et Abby ? demande Nahele. Je lui ai envoyé un hibou il y a quelques semaines, mais elle est restée très évasive dans sa réponse.
— C'est difficile pour elle, avoué-je, Je ne suis pas certaine que ce qu'elle fasse lui plaise.
— Moi non plus. »
Abby m'est proche. J'apprécie sa gentillesse et sa douceur ; je me retrouve dans ses hésitations et dans ses acceptations. C'est une artiste de talent ! J'ai eu la chance de voir quelques-unes de ses peintures, et elles portent en elles une vie singulière et forte. Le fait que mon amie ne puisse pas peindre aussi librement à l'Institut, c'est comme si cela ternissait les couleurs de sa palette. Le souffle qui s'en dégage s'épuise, et son sourire se tord. Elle ne devrait pas poursuivre ses études ici.
« Je crois que c'est à cause de son père, précise Nahele, comme s'il lisait dans mes pensées, qu'il n'accepte pas qu'elle puisse vivre d'art, qu'il préfère qu'elle utilise son intelligence pour un métier plus... pratique. »
Je n'ajoute rien. J'en ai déjà parlé avec Abby, quelques fois, jamais longtemps. Elle n'apprécie pas ce sujet, et sent certainement qu'elle a tort sur ce point. J'aimerais tant qu'elle puisse faire ce qu'elle souhaite, et ce pour quoi elle est faite ! Mais elle s'obstine, se refuse ce droit. Et quelle douleur de voir des amis descendre volontairement les marches de leurs Enfers.
Abby, Abby, Abby. Je souhaiterais être capable de la raisonner, mais c'est devenu impossible. S'opposer à son choix, c'est comme consolider sa résolution.
« Et toi, avec des parents ? Tu as pu leur reparler ? Tu m'avais dit que c'était compliqué. »
Je me mords les lèvres. Ma famille ! Structure solide mais disloquée, aux membres qui pour l'extérieur s'unissent, tout en se fragilisant de l'intérieur. Les miens. Ma mère, mon père, mes grands-mères. Et la place qui m'est laissée, le rôle que je dois jouer, les responsabilités qu'il me faut prendre. Il y a tant à faire de ce côté-ci.
« Pas vraiment. C'est toujours aussi étrange. Je dois aller voir ma grand-mère paternelle le mois prochain. Elle m'écrit beaucoup ces temps-ci, et c'est déjà la deuxième fois qu'elle m'invite chez elle depuis le début d'année. Je ne comprends pas pourquoi. »
Je pousse un soupir et ferme les yeux.
« Je ne sais pas si cela va s'améliorer. Ma mère... »
Comment poursuivre ? Qu'ajouter ? Ma mère s'agite ? Ma mère m'apparaît bien trop pensive ? J'ai l'impression que ma mère construit quelque chose pour moi ? Celle qui m'a transmis ses cheveux cuivrés, sa détermination, son goût pour les belles choses ; celle qui m'a appris à lire, à penser, à m'accrocher ; celle qui était près de moi à l'aube de ma vie, qui a tout fait, tout sacrifié pour que je puisse grandir dans un milieu plus agréable que le sien ; ma mère, maman, celle que je connais si peu. Tu m'inquiètes. Je t'admire. Je t'en veux. J'aimerais être comme tu me rêves. Je m'épuise à poursuivre tes ambitions. Je ne te comprends pas.
Mon ami, percevant cette marée de détresse qui monte sur mon corps, attrape mon poing dans sa main. Ses doigts se referment au-dessus des miens et sa paume recouvre la mienne. Son soutien me donne de la force. « Tu n'es pas seule », qu'il semble dire. « Je suis là. » Et cela me convient, parce que je me sens si isolée quand je pense à ma famille et à ce chemin obscur que je vais devoir emprunter pour me créer ma place près d'eux. Son amitié m'aide à affronter le monde, tout en m'offrant une autre perspective sur celui-ci.
« N'y pense pas trop, Alyona. Prends ce qui vient. Cela va aller, ne t'en fais pas. Et ne fais pas comme Abby : ne t'oublie pas pour eux. Reste fidèle à toi-même. »
Un sourire revient éclairer mon visage. Il a en lui un peu de la douceur d'un matin de printemps. Il cache quelques bourgeons, offerts dans les paroles de mon ami.
Je fleuris en traversant les paysages désolés de mes difficultés.
« Tu es bien sage, Nahele Weaver. J'essaierai de suivre tes conseils, encore une fois. »
Il est secoué d'un rire chantant et délicat qui enveloppe mes pensées de ciel bleu.
« Merci. »
Je ferme les yeux, apaisée.
Et nous demeurons là, allongés sur cet îlot de draps, à rêver d'une éternité dans les paroles et l'amitié.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
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Là d'où vient le Soleil
20 AVRIL 2049, 11H53
Je descends les escaliers en silence, une main sur la rambarde, comme si j'avais besoin de m'accrocher pour déambuler dans cette maison qui n'est pas la mienne. Le bois est dur sous ma paume, dur et solide, agréable. J'aime cette matière que j'associe si facilement à la famille — ne parle-t-on pas, après tout, d'arbre généalogique ? — et qui évoque, comme un idéal, un ensemble stable et ferme, capable de soutenir sans jamais se courber. Depuis que je suis arrivée, l'entourage de mon ami m'encourage à me sentir bien et chez moi. C'est étonnant, aimable, et en même temps, tellement épineux ; je pourrai si facilement être mieux ici qu'à Godric's Hollow, si seulement je m'en laissais le droit. Je doute cependant d'en être capable. Comment avouer qu'on peut se sentir plus proche d'inconnus que de ses propres parents ? Ma fierté m'en empêche. Ma famille, quelles que soient nos relations, demeure l'arbre auquel je suis reliée ; je ne peux pas partager mes racines avec un autre tronc. Je suis fidèle à mon sang, aux miens, à mes parents, quoi qu'il arrive.
Quelques bruits s'échappent des pièces du rez-de-chaussée, accompagnés d'odeurs appétissantes. Je m'y dirige sans réfléchir, naturellement intriguée et attirée. Chez moi, ces émanations sont essentiellement associées à Deesy, l'elfe de maison de ma grand-mère paternelle, et à mon père, qui se charge des repas quand Deesy n'est pas là. La cuisine est un lieu de refuge. J'aime y être, autant pour passer du temps avec ceux que j'apprécie que pour les senteurs, les goûts, les effluves, et la possibilité d'y être utile à tous. Ma mère ne vient jamais en cuisine. Moi, je me plais à préparer des plats simples et bons, et ce de plus en plus. Alors, comment résister à l'appel de ces odeurs et de ces sons ? Je ne pense même pas à ce que je fais, je suis attirée comme par un fil.
Je pousse doucement la porte, assez pour permettre à mon regard de s'introduire dans cet abri des délices.
Kaliska est là, de dos, penchée sur un plan de travail, elle cuisine. Nulle baguette près d'elle, uniquement des couteaux et ustensiles plus communs aux moldus qu'aux sorciers. La Rouge épluche des pommes de terre, presque tout simplement. Je la regarde sans oser m'approcher. Ses coudes mouvants, ses cheveux sombres comme les plumes d'un corbeau, son bassin incliné vers la jambe gauche sur laquelle elle se repose, ses pieds nus, et son corps de jeune femme enveloppé dans un tablier usé. Elle prépare le déjeuner, seule, accompagnée uniquement par un air de musique sorti d'une petite boîte posée sur un meuble. La scène a quelque chose de si beau que je reste immobile, sur le pas de la porte, muette et saisie.
Je n'ai pas beaucoup reparlé à la soeur de Nahele depuis notre rencontre la veille. Je ne sais pas comment m'y prendre, et je n'ose pas le faire. C'est dans ce qu'elle dégage ! Il y a quelque chose de si naturel et sacré que moi, je n'y trouve pas ma place. Pourtant, je la sais amicale. Elle a un regard perçant mais facilement complice ; une manière franche de s'exprimer, mais jamais désagréable. Son sourire est sincère, son rire est communicatif. Elle m'intrigue, mais m'intimide trop pour que je m'approche. C'est tellement idiot ! Et je reste figée derrière cette porte comme si le temps pouvait se suspendre.
« Tu sais, ça ne me dérange pas si tu rentres », lance Kaliska sans se retourner.
Je me mords les lèvres, surprise et embarrassée. Elle se doutait que j'étais là ! Merlin, je dois lui sembler ridicule à me cacher de cette manière. Que pense-t-elle ? Que je suis timide ? Que je n'ose pas ? Mais n'est-ce pas le cas, après tout ? Pourtant, ce n'est pas dans mes habitudes. Aux premiers abords, peut-être, mais jamais très longtemps.
Incapable désormais de faire demi-tour ou de rester à ma place, je pousse la porte de la cuisine et m'approche de la brune.
« Excuse-moi, je ne pensais pas m'arrêter là », avoué-je.
Elle sourit et me jette un regard vif et amusé. Bien décidée à poursuivre son épluchage, elle ne tourne qu'à peine la tête vers moi, concentrée sur ses légumes et ses gestes répétitifs. Pourquoi n'utilise-t-elle pas sa baguette ? N'en a-t-elle donc pas encore l'âge ? Rencontre-t-elle des difficultés en sortilèges ?
« Et qu'est-ce qui t'as retenu ? »
Mes lèvres s'étirent doucement tandis que je glisse mes doigts sur le plan de travail pour m'y appuyer, tout en conservant une certaine distance avec Kaliska.
« Oh, eh bien cela sent bon alors j'essayais de voir ce que tu préparais », dis-je en parcourant les légumes et les bols du regard.
— Rien de compliqué : des pommes de terre, quelques légumes, de la viande et une sauce. C'est pour ce midi ! »
Les odeurs charment mes sens. C'est un voyage qui parle directement à mon appétit. Les taches de couleurs sur le plan de travail renvoient à des souvenirs et à des goûts. Je sens ce que mes yeux voient de mille manières différentes. Les pommes de terre, c'est la botanique, les sorts, les tentatives, les échecs, le sol sec ou humide entre mes doigts qui laisse des traces sombres ; c'est Deesy qui me permet d'observer son travail, de goûter à ses préparations, de respirer les odeurs de ses confections ; c'est un sac posé à même le sol dans le noir d'un cellier ; c'est un goût habituel et reconnaissable ; c'est une texture, un quotidien, un repas de famille. Et dans les mains de Kaliska, c'est la promesse d'un régal.
Les bols, les épluchures, les légumes. Tout est éparpillé sur un plan sale et désorganisé. J'ai presque envie de tout ranger, moi qui suis habituée à des méthodes plus strictes.
« Tu cuisines chez toi, Alyona ? me demande-t-elle.
— Un peu. De temps en temps. »
Elle tourne son visage vers moi, et mes yeux croisent enfin les siens.
« Tu veux m'aider ? »
L'aider ? Moi ? « Oh, je n'y connais pas grand-chose », réponds-je rapidement. Sa proposition fait s'élever de nouveau mon trouble à son égard. Merlin, je ne lui ai qu'à peine parlé ! C'est la soeur de Nahele. Elle m'intimide. Mais, en même temps, ne serait-ce pas l'occasion d'apprendre à la connaître ? Je ne sais pas. Mon coeur se balance. Je débute en cuisine, ce n'est pas une place qu'on me laisse facilement chez moi. Et si mon ami me voyait avec sa soeur, que penserait-il ? Ne devrai-je pas rester avec lui ? Il travaille, peut-être est-ce mieux que je ne le dérange pas. Et si Kaliska m'avait proposé de l'aider par politesse ? Si elle ne le souhaitait pas, elle ? Non, c'est idiot ! Mes pensées s'emmêlent tant, ce matin.
La musicienne détourne son visage de moi.
« Moi non plus. Mais ce n'est pas grave, je n'attends pas de toi que tu excelles en cuisine. Je te propose juste de m'aider. Pour le reste, ajoute-t-elle en ramenant ses épluchures dans sa main afin de les jeter, eh bien, après tout, on en apprend tous chaque jour ! »
Je baisse les yeux et me détache du plan de travail.
« Je veux bien t'aider, alors », accepté-je finalement.
En réalité, cela me fait plaisir. L'idée de me rendre utile de cette manière à la famille de Nahele tout en passant un peu de temps avec la Rouge me séduit profondément.
« Ah ! parfait ! Aide-moi à éplucher les pommes de terre, on ira plus vite. » Elle fait glisser quelques-uns de ces légumes vers moi. « Ça m'arrange bien, c'est si long et chiant comme étape. »
Son vocabulaire me fait sourire. Familier, il me donne l'impression que Kaliska est tout à fait naturelle avec moi. Elle ne retient pas ses mots, ni ce qu'elle pense. Sa franchise a quelque chose d'agréable ; elle implique presque une forme de confiance. La musicienne détonne de ce que je connais. Dans ma famille, personne n'a cette sincérité, ce parler, ou ce naturel. C'est peut-être cela qui m'attire chez elle ; le fait qu'elle entre si peu dans les cases du monde dans lequel j'ai grandi.
Ma mère ne l'aimerait pas. C'est ce que je pense à mesure que les secondes se poursuivent. Kaliska chantonne, Kaliska est une sorcière qui utilise des ustensiles et des vêtements moldus, Kaliska est audacieuse et à l'aise, Kaliska est jolie. Et moi, je suis comme un petit papillon qui ne réalise même pas qu'il est poussé vers cette lumière. La Rouge n'est même pas encombrée par ma présence ; c'est comme si, parce que j'étais amie avec son frère, je faisais partie de sa famille. Non, ma mère n'apprécierait pas Kaliska Weaver.
Je ne peux pas m'empêcher de couler des regards vifs vers elle, et surtout vers ses mains détachées de toute magie. Comment fait-elle pour résister à l'envie de gagner du temps et d'utiliser un sort ? Cela me fait penser à mon épreuve pratique des ASPIC de sortilèges. Ce n'était pas simple, mais c'était efficace, non ?
« Pourquoi est-ce que tu n'utilises pas ta baguette ? demandé-je, incapable de retenir cette question.
— Parce que je peux faire sans, et que j'aime bien faire sans. »
Je fronce les sourcils, observe mes mains, puis ma baguette accrochée à ma ceinture.
« Mais cela va plus vite de faire avec, non ? Et puis, tu pourrais réviser tes sorts de cette manière. »
Kaliska tourne brusquement son visage vers moi pour accrocher mon regard. Mes yeux se heurtent aux siens et s'en retrouvent tout ébranlés. Son regard sombre a tant de force et de détermination ! On dirait qu'elle ne doute jamais, qu'elle n'a jamais peur.
« Peut-être, mais je n'ai pas envie d'aller vite ou de ne penser qu'à la Magie. J'aime travailler avec mes mains plus qu'avec ma tête. Et puis, on m'a appris à être capable de faire les deux, alors maintenant je peux choisir. » Elle retourne à son occupation et détourne son visage. « Et je choisis d'utiliser mes mains pour cuisiner, parce que c'est ce que je préfère. »
Et moi, on ne m'a pas appris à être une moldue. On m'a enseigné qu'ils étaient inférieurs et mauvais, qu'il fallait les éviter, eux et leur sang. On m'a dit que je ne devais pas m'y mélanger, apprendre leurs pratiques, soutenir leurs causes, porter leur voix. On m'a expliqué que je devais rester avec des sorciers, et des vrais, au sang pur. On m'a dit de ne jamais me séparer de ma baguette. On m'a appris à vivre avec la magie, mais pas sans. Je ne suis rien sans.
Mais je pense, je réfléchis, je remets en question, je doute, j'apprends, je comprends, j'essaye, je me forge. Et je n'ai pas toujours envie de suivre ce qu'on m'a enseigné. Je veux pouvoir être différente de mes parents, de ma mère, de leurs idéaux qui excluent ceux que j'aime. Je veux pouvoir penser par moi-même et avoir mes propres opinions. Je veux pouvoir m'éloigner du sentier qu'on a tracé pour moi afin de suivre celui qui me correspond.
Et Kaliska, dans ses actes, son assurance, son audace et sa franchise, me pousse inéluctablement à quitter ce nid familial dans lequel j'ai passé tant d'années à me conformer à ce qu'on attendait de moi.
Entraînée par une volonté nouvelle, j'attrape ma baguette pour la sortir de ma ceinture. Une fois entre mes doigts, sans penser, sans douter, sans hésiter, je dépose ce bout de bois qui a tant d'importance pour moi sur la table qui se trouvait dans mon dos. Je remonte mes manches et reviens près du plan de travail. En levant mon regard vers Kaliska, je découvre qu'elle m'observait, un sourire amusé au bord des lèvres. Étrangement, cela renforce ma détermination.
« Est-ce que tu peux me passer un... »
L'hésitation refait surface. Comment est-ce que cette chose se nomme ?
« Un épluche-légumes ? complète la Rouge.
— Oui, s'il te plaît. »
Elle glisse l'ustensile directement dans ma main avant d'en sortir un autre. Puis, Kaliska poursuit son épluchage en me jetant de brefs coups d'oeil tandis que j'observe la manière dont elle s'y prend afin de reproduire ses gestes.
Je m'en sors rapidement plutôt bien, même si la soeur de Nahele me donne aussi quelques conseils de sécurité. Ce n'est pas si difficile qu'on pourrait l'imaginer. Certes, c'est bien plus long qu'avec une baguette, mais ce n'est pas désagréable à utiliser. Je comprends désormais l'avis de Kaliska quand elle m'a affirmé préférer cela à l'emploi de la magie. Il y a là quelque chose de bien plus... sensible.
Ainsi, nous poursuivons notre travail. Kaliska me pose quelques questions, entre deux musiques qui la poussent irrésistiblement à chantonner — elle a une voix grave terriblement envoûtante. Nous discutons, échangeons et apprenons un peu à nous connaître. C'est assez plaisant. La compagnie de la brune est aussi agréable que celle de son frère.
Et parfois, quand l'outil entre mes doigts dérape, je pense à ma mère, et cela me fait sourire. Si elle savait !
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
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Là d'où vient le Soleil
Les heures passent. Après la cuisine, le repas. Après le repas, le travail, les discussions, les rires. Je fais la vaisselle avec Nahele et sa petite soeur si vive d'esprit. Pendant ce temps, Kaliska chante avec son frère, et ses doigts frottent les cordes de sa guitare. La mère de mon ami est assise dans un coin. Elle lit et nous regarde, et je fais de son sourire le mien, tant je trouve dans son visage une satisfaction et un plaisir que je connais. Elle peut être fière de sa famille, de ses enfants, de cet âtre chaleureux et épanouissant qu'elle a construit avec son mari. On s'y sent tellement bien, et ce si facilement. Entrer dans cette maison chantante et riante, c'est pénétrer dans un autre monde, composé de lumières colorées et d'une mélodie entraînante. Plus tard, j'aimerais pouvoir être comme elle : une mère dans le coin d'un foyer fleuri et triomphant, observant cet avenir rieur et éclatant dont elle prend soin, et dont les bourgeons sont si prometteurs. Je ne serai pas comme Anastasia Farrow, je ne chercherai pas à grimper sur la montagne du pouvoir pour abriter les miens, et s'en détourner. Je marcherai sur un chemin nouveau et qui me correspond davantage. Je resterai proche de ceux que j'aime, et je leur serai fidèle, avant toute autre chose. Construire une famille heureuse me semble bien plus important que de consolider un nom ancien. Tel est mon choix, telle est ma voie. Je le sais maintenant, je l'ai compris. Et je m'y tiendrai.
Le Soleil monte au sommet du ciel avant de décliner. Il roule sur les nuages dans lesquels nos paroles viennent se perdre. Les fenêtres sont ouvertes et les oiseaux chantent. Nahele rit et le tournesol de mon coeur s'épanouit. Tout est à sa place. Les minutes sont dorées ; les scènes sont belles ; les tableaux sont merveilleux. Le présent est un fruit si juteux que personne ne regarde désormais vers l'avenir.
Le frère de mon ami, Lenn, nous entraîne dans des parties de jeux moldus que je ne connaissais pas. Nous déplaçons des pions sur des plateaux colorés, regroupons des cartes entre nos doigts, gesticulons pour mimer des actions du quotidien. À ces jeux nouveaux, les proches de l'étudiant en pédiatromagie se montrent bien plus compétents que moi. Je me retrouve un peu perdue, et parfois même frappée par cet écart de culture entre mon milieu au sang-pur et cette famille à moitié moldue. C'est moi, cette fois-ci, qui suis placée à l'écart, qui ne comprends pas, qui ne connais pas, qui arrive dans un monde nouveau. Heureusement, j'y suis bien accueillie et accompagnée. Jamais les Weaver ne se montrent moqueurs envers moi. Parfois, bien sûr, nous rions, amusés par mon ignorance et les différences entre nos habitudes. Cependant, ce n'est jamais méchant. C'est même plutôt agréable de comprendre que nous pouvons vivre ensemble et nous côtoyer de cette manière, que nous ne sommes pas si éloignés. Peut-être que mes parents ont tort quand ils pensent que les sang-pur ont le monopole de la vie sorcière.
Néanmoins, les heures passent trop rapidement. Le soleil tombe dans le ciel en un clin d'oeil. Et bientôt, il nous faut envisager mon départ. C'est désagréable, et désespérant. Je prends brutalement conscience que je n'ai pas vraiment envie de retourner à Godric's Hollow. Là-bas, je perdrai cette chaleur, cette familiarité, cette simplicité qui caractérise la maison de mon ami. Mes parents seront certainement heureux de me voir, mais ils ne m'accueilleront pas aussi bien, ni avec autant de joie. Ce sera différent, oui. Et je crois que je préfère être ici. Pourtant, cela fait longtemps que je n'ai pas vu les miens. Entre mon mémoire et ces longues semaines de travail, nous n'avons pas vraiment eu l'occasion d'échanger. Or, depuis Noël, nos relations sont plus tendues, et mériteraient qu'on en prenne davantage soin. C'est mon devoir de retourner près d'eux. Et si mon coeur se serre à cette pensée, ma raison sait, elle, que c'est ce qu'il faut faire, et ce que je ferai, inévitablement.
Les au revoir sont surprenant et délicats. On me prend dans les bras, on me serre la main, on m'offre des chocolats. Lenn insiste même pour que je reparte avec un jeu de société, mais Nahele et moi l'en décourageons à force de raisonnement — il prendrait la poussière, chez moi, ce jeu. Kaliska m'offre un sourire et un regard désarmants. Je lui laisse même mon adresse, pour la prochaine fois qu'elle passera à Godric's Hollow avec son groupe de musique. Me dire que je la reverrai, juste elle, en dehors de cette maison, me laisse une drôle de sensation dans le ventre. La mère de mon ami m'annonce que je serai toujours la bienvenue à Felindre, et que je pourrai revenir sans souci si je le souhaite. Comme une deuxième maison, qu'elle dit. Cela me touche d'une manière toute particulière. Alors je lui promets que oui, bien sûr, je reviendrai. Et je les remercie, tout en sachant que ce qu'ils m'ont offert est bien plus précieux que ce qu'ils imaginent.
Enfin, Nahele m'accompagne jusqu'à la cabane au fond de son jardin. Il pose une main sur mon épaule, et nous transplanons.
Le soleil glisse sous la ligne d'horizon, et le ciel s'assombrit. Godric's Hollow m'ouvre les bras.
Le Soleil monte au sommet du ciel avant de décliner. Il roule sur les nuages dans lesquels nos paroles viennent se perdre. Les fenêtres sont ouvertes et les oiseaux chantent. Nahele rit et le tournesol de mon coeur s'épanouit. Tout est à sa place. Les minutes sont dorées ; les scènes sont belles ; les tableaux sont merveilleux. Le présent est un fruit si juteux que personne ne regarde désormais vers l'avenir.
Le frère de mon ami, Lenn, nous entraîne dans des parties de jeux moldus que je ne connaissais pas. Nous déplaçons des pions sur des plateaux colorés, regroupons des cartes entre nos doigts, gesticulons pour mimer des actions du quotidien. À ces jeux nouveaux, les proches de l'étudiant en pédiatromagie se montrent bien plus compétents que moi. Je me retrouve un peu perdue, et parfois même frappée par cet écart de culture entre mon milieu au sang-pur et cette famille à moitié moldue. C'est moi, cette fois-ci, qui suis placée à l'écart, qui ne comprends pas, qui ne connais pas, qui arrive dans un monde nouveau. Heureusement, j'y suis bien accueillie et accompagnée. Jamais les Weaver ne se montrent moqueurs envers moi. Parfois, bien sûr, nous rions, amusés par mon ignorance et les différences entre nos habitudes. Cependant, ce n'est jamais méchant. C'est même plutôt agréable de comprendre que nous pouvons vivre ensemble et nous côtoyer de cette manière, que nous ne sommes pas si éloignés. Peut-être que mes parents ont tort quand ils pensent que les sang-pur ont le monopole de la vie sorcière.
Néanmoins, les heures passent trop rapidement. Le soleil tombe dans le ciel en un clin d'oeil. Et bientôt, il nous faut envisager mon départ. C'est désagréable, et désespérant. Je prends brutalement conscience que je n'ai pas vraiment envie de retourner à Godric's Hollow. Là-bas, je perdrai cette chaleur, cette familiarité, cette simplicité qui caractérise la maison de mon ami. Mes parents seront certainement heureux de me voir, mais ils ne m'accueilleront pas aussi bien, ni avec autant de joie. Ce sera différent, oui. Et je crois que je préfère être ici. Pourtant, cela fait longtemps que je n'ai pas vu les miens. Entre mon mémoire et ces longues semaines de travail, nous n'avons pas vraiment eu l'occasion d'échanger. Or, depuis Noël, nos relations sont plus tendues, et mériteraient qu'on en prenne davantage soin. C'est mon devoir de retourner près d'eux. Et si mon coeur se serre à cette pensée, ma raison sait, elle, que c'est ce qu'il faut faire, et ce que je ferai, inévitablement.
Les au revoir sont surprenant et délicats. On me prend dans les bras, on me serre la main, on m'offre des chocolats. Lenn insiste même pour que je reparte avec un jeu de société, mais Nahele et moi l'en décourageons à force de raisonnement — il prendrait la poussière, chez moi, ce jeu. Kaliska m'offre un sourire et un regard désarmants. Je lui laisse même mon adresse, pour la prochaine fois qu'elle passera à Godric's Hollow avec son groupe de musique. Me dire que je la reverrai, juste elle, en dehors de cette maison, me laisse une drôle de sensation dans le ventre. La mère de mon ami m'annonce que je serai toujours la bienvenue à Felindre, et que je pourrai revenir sans souci si je le souhaite. Comme une deuxième maison, qu'elle dit. Cela me touche d'une manière toute particulière. Alors je lui promets que oui, bien sûr, je reviendrai. Et je les remercie, tout en sachant que ce qu'ils m'ont offert est bien plus précieux que ce qu'ils imaginent.
Enfin, Nahele m'accompagne jusqu'à la cabane au fond de son jardin. Il pose une main sur mon épaule, et nous transplanons.
Le soleil glisse sous la ligne d'horizon, et le ciel s'assombrit. Godric's Hollow m'ouvre les bras.
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#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
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