1 nov. 2024, 13:34
Ces braises que l'on étouffe  PV 
TW : Angoisse, spasmophilie

Elle s'approche de moi et je ressens sa rage et sa haine comme des fluides injectés directement dans mon cœur. À chaque palpitation, ces fluides se propulsent dans les moindres recoins de mon corps, dans ma poitrine, mon estomac, mes jambes et mes orteils, mes bras et mes doigts, mon cou, mon visage et jusqu'au sommet de mon crâne. Sous la pression de ce venin, je tremble, je frissonne, j'ai l'impression que des millions de fourmis grouillent sur ma peau. Mon cœur s'accélère encore, il frappe contre mes côtes comme un prisonnier s'acharne contre les barreaux de sa cellule. Il va s'écraser sur ma cage thoracique à force de bondir ainsi, c'est certain, il va s'aplatir comme un vulgaire steak haché pressé contre une plaque de cuisson, se vider de son sang comme une éponge, il n'en restera rien.

Il va s'arrêter, je vais mourir. Je vais mourir. Je vais mourir. Mes tremblements s'accentuent, je n'ai plus d'air. Je prends de grandes inspirations, j'essaie d'aspirer tout l'air qui m'entoure pour gonfler mes poumons et survivre. Où est-il ? Pourquoi l'air a disparu ? Je respire plus fort, je souffle et me vide de mon air, j'inspire encore plus fort. Les fourmis qui parcouraient mon corps se concentrent dans le bout de mes doigts et dans mon palais. Il me faut plus d'air, encore plus.

Mon dos glisse contre la porte, je suis par terre, je ne vois plus que les jambes de cette fille. J'essaie de tenir sur mes jambes mais elles cèdent facilement et je me retrouve vite attirée par le centre de la terre. Je suis au sol, incapable de bouger par moi-même : mon corps est seulement agité de tremblements. Je suis une poupée qu'on s'amuse à électrocuter. Ma bouche avale tout l'air qu'elle peut et le recrache avec force. Je ne peux plus fermer mes lèvres et je sens un filet humide qui coule contre ma joue. Mes yeux gorgés d'eau ne voient plus rien. Ma tête trop lourde s'écrase contre le sol.

Je vais mourir, j'ai besoin d'aide. Aidez-moi. Pourquoi ne m'aide-t-on pas ? Je me sens si seule. Non : je suis seule. Personne ne viendra me sauver, je ne compte pour personne. Je ressens le désespoir d'un millier d'êtres humains. Peut-être qu'il serait plus facile de mourir maintenant, finalement ? Alors pourquoi mon corps se bat-il ainsi ? Pourquoi continuer à chercher toujours plus d'air ? Arrête de trembler, arrête de ressentir cette détresse, ça ne sert à rien, lâche prise, laisse-toi partir. Ce sera comme un long sommeil sans rêves et sans cauchemars. Il ne restera plus que le néant.

Pourquoi ai-je tant aimé la vie ?

Aide-moi, Aelle. Ne me laisse pas seule.

Équipe Modératus
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12 nov. 2024, 19:36
Ces braises que l'on étouffe  PV 
Son corps s’amollit sous mes doigts. Mon premier réflexe est de m’accrocher à son pull pour la maintenir. Pas pour la retenir : pour la maintenir ; la garder serrée contre ma colère, coincée entre le mur et mes membres renforcés par la rage. Mais lorsque mes yeux fouillent les siens à la recherche de la peur bouillonnante que je suis censée y trouver, je me retrouve face à deux billes qui regardent au-delà de moi, comme si je n’étais pas là, comme si tout l’univers dans mon dos était bien plus fascinant que je ne le serais jamais. Alors lorsque son poids entre ma poigne augmente, si bien que la maintenir ne suffit plus et qu’il me faut la retenir, mes doigts s’ouvrent d’eux-même pour la laisser glisser contre le mur.

Je me recule d'un pas, gênée par sa présence à mes pieds. Mon cœur rebondit dans ma poitrine, ma respiration s’emmêle dans ma bouche. Je sens mes bras qui tremblent ; sans rien à accrocher, à maintenir, à frapper, ils sont vides et je ne sais plus que faire d’eux. Je ne sais plus que faire de moi quand mes yeux tombent sur la fille prostrée au sol et que je comprends qu’il se passe quelque chose contre laquelle ma violence ne peut rien.

Je fais encore un pas en arrière en déglutissant péniblement et respire la bouche grande ouverte pour essayer d’apaiser la douleur dans mes poumons, pour tenter d’éclaircir ma vision. Là, au sol contre la porte, elle est immobile, yeux ouverts, elle tremble et cette vision me donne envie de frapper quelque chose. Moi aussi je tremble ! Je tremble de ma colère dont je ne sais plus que faire ! De ma respiration dont je ne parviens pas à retrouver le rythme ! J’aurais dû la frapper plus vite et plus fort, la maintenir entre mes doigts, je n’aurais pas dû la laisser faire son cirque !

J’inspire profondément par le nez, ma bouche se refermant en me donnant l’air décidé. Tout au bout de mes bras, mes poings se rappellent qu’ils existent : ils se referment en deux boules pleines de promesses. Regardez-là qui fait son cirque ! Elle tremble et elle ne voit plus ce qu’il se passe devant elle, prostrée comme une enfant. Je la déteste, je la déteste elle et tout son bordel, je la déteste avec ses mots pleins de vérité, je la déteste avec sa panique qui s’écoule d’elle par vagues, je la déteste de me rendre si inutile, bras ballants, corps hésitant, je la déteste de m’avoir reconnue, je la déteste de ne plus exister dans ma mémoire.

J’essuie mes joues à l’aide de claques qui me rougissent la peau. Je ne sais même pas comment j’en suis arrivée là, à déborder de toutes ces sensations, à cracher mes émotions. C’est elle, c’est de sa faute. Pendant un instant, je me vois profiter de sa malheureuse situation pour lui faire du mal, me débarrasser d’elle d’un bon coup de pied dans l’estomac. Malgré les signes évidents de sa panique, je ne peux m’empêcher de lui en vouloir de m'être si inaccessible. Je la trouve ridicule et je lui en veux de prendre toute la place avec sa crise alors que je ne l'ai même pas frappée. Alors que c'est moi la victime dans l'affaire, c'est moi qu'elle a alpagué alors que je n’avais rien demandé, c'est moi qu’elle a harcelé avec son indiscrétion, c'est ma tête qu’elle a rempli de questions, c'est moi qui devrais pleurer ! c'est moi qui devrais être au sol, à faire une crise pour échapper à l’autre. C'est moi ! Avec son cirque, elle rend ridicule l’angoisse qui me noue les entrailles et la peur immense et monstrueuse qui grandit en moi. Elle me rend ridicule, moi. Et si je continue à sévir comme j’en avais au départ l’intention pour la forcer à se taire, c’est moi que l’on prendra pour un monstre. Alors que je suis la victime !

Son corps a doucement glissé sur le côté, comme si elle ne pouvait pas le contrôler. Si elle ne peut pas se contrôler, elle ne peut pas me contrôler non plus. Je me rappelle tout à coup que je suis libre. Libre de fuir son harcèlement, d'éloigner d’elle mon esprit clairsemé pour le tenir à l'abri des informations avec lesquelles elle veut combler ses trous.

L’instant d’après, je profite de sa malheureuse situation pour arracher mon regard de sa silhouette abattue. Je transplane en même temps que je fais demi-tour ; ma cape n’a pas le temps de suivre mon mouvement que j'ai disparu dans un craquement, aspirée par la magie et l’espace. Recrachée à des miles de distance, au cœur d’une forêt traversée par de timides rayons de soleil.

Le silence prend toute la place, il me bouche les oreilles. Une crampe à l'estomac me force à me plier en deux, la main plaquée sur la bouche pour ne rien laisser sortir. Mon cœur bat vite et fort, mes tremblements me forcent à m’accroupir pour ne pas tomber, une main enfoncée dans la terre, l’autre couvrant toujours ma bouche. Derrière mes yeux fermés, les images défilent ; je suis en train de fouiller dans les souvenirs que je n’ai pas pour retrouver la trace de cette fille que je ne connais pas.

Impossible de savoir combien de temps je reste dans cette position, courbée en direction du sol à me concentrer sur chaque inspiration pour ne pas me soumettre aux crampes qui malmènent mon estomac. Je n’arrive pas à calmer mon cœur affolé, ni à oublier l’image de cette fille, ni à ignorer les mots qu’elle m’a dit. J’ai la sensation qu’elle est la partie manquante de ma vie, alors même que je ne sais qui elle est ! Que dois-je faire ? Attendre que le Sortilège ne fasse plus effet pour comprendre qui elle est ? Ne pas laisser les souvenirs revenir et l’oublier totalement, faire comme si elle n’avait jamais existé ? Aller la chercher et la forcer à me dire ce qu’elle sait ? Même si elle m’a dit ne rien savoir, je n’arrive pas à la croire ; impossible que le hasard ait placé sur mon chemin la personne liée à ce que j’ai voulu oublier grâce au Sortilège et que celle-ci n’ait pas plus de souvenir que moi. Impossible ! Elle se fout de moi, c’est obligé. Elle se moque de moi ! Elle me torture pour me faire payer quelque chose !

La bouffée de colère me retourne l'estomac et lorsqu'une nouvelle crampe m'assaille, je vomis de la bile qui me brûle le fond de la gorge. Je crache péniblement dans l'herbe, mes sentiments rapidement étouffés par la douleur. Lorsque je me redresse en m'essuyant la bouche du dos de la main, l'endroit dans lequel je me trouve me parait tout à fait déplacé. Pourquoi ai-je choisi de transplaner dans la forêt de mon école ? Ma clairière s'ouvre à moi, mon lieu d'entraînement, mon repaire lorsque je souhaite m'éloigner du bruit constant de l'Académie.

Ce que je viens de vivre s'oppose avec cet endroit rassurant qui fait partie de mon quotidien. Au lieu de voir les arbres familiers, c'est à la ruelle du Chemin de Traverse que je pense. Et au lieu d'entendre le murmure du vent dans les branches, c'est le son de la respiration coupée de la fille que j'entends. Puis-je reprendre ma vie là où je l'ai laissée ? Retourner dans ma chambre, me disputer avec Ashley, soutenir le regard réprobateur de Nyakane qui désapprouve mes sorties au pub, me plonger dans ma lecture du moment ? Puis-je réellement faire cela alors qu'à un bond magique de moi se trouve une personne qui connait mon prénom alors que je ne me rappelle pas le lui avoir donné ? Qu'est-ce qui m'empêche d'attendre que le Sortilège cesse de faire effet afin que mes souvenirs répondent à mes questions ? La réponse est si évidente que j'ai l'impression de chanceler alors que je ne bouge pas d'un pouce : qui qu'elle soit, et Merlin est témoin que je n'ai aucune idée de qui elle est, je sais exactement où elle se trouve. Et je suis persuadée sans pouvoir expliquer pourquoi qu'avoir la cause de mes malheurs (quels malheurs ?) devant moi est suffisamment exceptionnel pour que je ne la laisse pas filer.

Sans en avoir conscience, mes doigts se resserrent autour de ma baguette. Un craquement sonore résonne dans mes oreilles et me voilà de retour dans la ruelle, les yeux écarquillés sur le corps abandonnée de l'inconnue.

Ce n'est pas moi qui m'avance vers elle. Ce n'est pas moi qui lance un regard noir à cette passante qui s'approche de la fille, l'air inquiet. Ce n'est pas moi qui abats ma main sur l'épaule de l'inconnue. Ce n'est pas moi non plus qui crache d'une voix amère à la vieille passante : « Je m'occupe d'elle ». Ce n'est pas moi qui enfonce mes genoux dans le sol pour me donner la force de soulever la silhouette inerte par les bras afin de la redresser contre le mur. Ce n'est pas moi qui essaie de croiser son regard pour la ramener à la réalité. Ce n'est pas moi qui la secoue et qui essaie d'attirer son attention :

« Eh ! Eh, tu m'entends ? ».

Ce n'est pas moi qui agis, mais c'est moi qui pense. Je suis terrifiée d'être de retour devant elle. Terrifiée car je n'ai aucune idée de ce que je fous encore ici.

8 déc. 2024, 18:34
Ces braises que l'on étouffe  PV 
TW : pensées noires

When the night is dark and lonely
And you got no place to go
From your eyes tears are falling
The other side is calling


Oh, comme il serait confortable de se laisser aller à l'obscurité qui m'envahit. Partir loin d'ici et ne jamais revenir, m'évaporer dans le néant, devenir un million de particules flottant librement dans l'espace infini, au-delà du visible. Je n'ai pas choisi d'être en vie, je n'ai pas choisi de subir ce monde insensé où l'on court tout le temps après le temps, où l'on oublie d'être heureux comme on s'oublie soi-même, où l'on tâche de passer les jours, encore et encore, jusqu'à la fin, jusqu'à l'éternel repos. Je me souviens des ténèbres desquelles j'ai jailli, avant d'être poussée dans le monde contre mon gré. Oh, comme je leur en ai voulu, à mes géniteurs, de m'avoir tirée de l'obscur confort où je nageais sans me soucier de mes besoins, de mes émotions, des autres. De quel droit m'ont-ils créée, qu'est-ce qui leur a fait croire qu'ils pouvaient me jeter dans la vie comme si ce n'était rien que l'ordre des choses ? Créer la vie est tellement banal. Pense-t-on au libre arbitre de l'enfant qui va naître ? Et s'il ne voulait pas vivre et affronter ce monde ? Personne ne leur demande leur accord. On naît de la décision d'autrui et on doit faire avec ce choix jusqu'à la fin. Comment peut-on imposer la vie aux êtres qui sont censés nous être les plus chers ? Quel drôle de monde.

Cela me revient, maintenant. J'ai souvent voulu m'en aller. J'y pensais souvent, le soir, avant de m'endormir. Et si je ne me réveillais pas demain matin ? Ce serait tellement plus facile ! Je n'aurais pas besoin de faire quoi que ce soit, je n'aurais même pas besoin de mobiliser mon courage pour quitter le monde, je n'aurais qu'à fermer les yeux et ce serait fini. Mais ce n'est jamais arrivé, je me réveillais toujours le lendemain, maudissant chaque jour qui commençait et qui ressemblerait au précédent. Alors, j'ai dû agir, prendre quelques mesures pour accélérer les choses. Prendre une retraite anticipée. J'ai frôlé le vide. Pourquoi suis-je de retour sur terre, après tous ces efforts ? Pourquoi dois-je encore subir la réalité ? J'étais sûre d'en avoir terminé avec tout cela. On m'a volé ce choix, encore une fois. Je ne devrais pas être là et pourtant le sol contre lequel ma tête s'écrase est bien réel, les palpitations de mon cœur me rappellent que ma vie se poursuit, et le désespoir qui m'agite ne me permet pas d'oublier à quel point je déteste subir toutes ces émotions terrestres.

I'm the one who's left alone
I still remember when you told me
You would never leave me on my own
Where are the ones I used to know?


Je suis à peine consciente mais je sens qu'elle est partie. Cette fille, Aelle, qui devait être mon dernier pilier, m'a abandonnée. J'ai dû lui faire pitié. Peut-être qu'elle y arrive, elle, à ne rien ressentir. Elle s'en fout et elle a bien raison. C'est comme cela qu'on doit vivre, rien ne doit nous atteindre, il faut fermer son cœur et continuer sa route en se délestant du superflu. J'essaie de m'en convaincre mais je ne supporte pas son départ. Il me tire encore plus profondément vers les abysses, il agite dans mon esprit le souvenir de tant d'autres abandons, dont je ne me souviens pas forcément mais dont l'empreinte ne peut s'effacer totalement de mon cœur. J'ai l'étrange impression d'avoir perdu l'amour de ma vie alors que je ne me souviens pas avoir un jour aimé. Qui est cette femme, terriblement belle avec ses grands yeux bleus et ses traits délicats, dont je sens encore l'étreinte contre ma peau alors que je ne peux pas me souvenir l'avoir un jour rencontrée ? Pourquoi ai-je la sensation de l'avoir perdue à tout jamais sans même l'avoir connue ?

The mountains falling all around me
The deep blue ocean overflows
The ground is shaking underneath me
In this spinning world without control


Alors que ma conscience se dilue, mes émotions s'intensifient. Elles s'enracinent dans mon estomac et le tordent violemment. Ma tête tambourine, comme si on essayait de toquer à une porte située juste derrière mon front. Je ne reconnais pas les pensées qui me traversent l'esprit, tout est flou et se mélange. Les visages qui flottent dans ma tête me semblent inconnus, ou reconstitués de lointains souvenirs, fugaces, comme les visages que l'on applique sur les personnages annexes dans les rêves. Je les connais sans m'en souvenir. Dès que j'aurai ouvert les yeux, ils auront disparu.

Oh, though it's hard, little sun
You have to know
When dark comes around
It's when you have to glow

Time is passing by
I just watch it go
But I'll be around
Even though I may not show


Il y a cette force en moi, étrangère, qui me pousse à m'accrocher. C'est la même qui m'a sauvée de la violence des hommes dans la rue. Celle qui m'a confié des pouvoirs magiques et m'a conduite à m'aventurer ici même, dans cette auberge de sorciers. Je voudrais lui dire de se taire, qu'elle me laisse tranquille, car je ne mérite pas sa force. Je ne veux pas être sauvée, je ne veux pas de sa puissance. Laisse-moi partir, ne me retiens pas ! Éteins ma conscience.

Mais elle reste, je sens sa présence, son cœur, son esprit, son pouvoir, et je cède. Aelle partie, tous les autres disparus ; cette force inconnue est tout ce qu'il me reste, comme une petite braise au fond de mon âme qui fait de son mieux pour ne pas finir étouffée par mon désespoir. Elle n'arrêtera pas de se battre. Elle n'a aucune intention de m'abandonner. Elle est mon rempart contre la solitude, elle est le souffle de la vie. Je n'ai pas le choix.

Try to understand but I am in a haze
In this sorry world I only see your face

In the corners of my mind
The darkness hides
Don't you know, I need your light?
Don't you know, I need you so?

You're not alone, I will always stay


« ...m'entends ? »

J'ouvre les yeux. Aelle. Aelle est revenue. Elle ne m'a pas abandonnée. Je hoche péniblement la tête. Je me sens encore vaporeuse et épuisée.

« Merci... merci d'être revenue... chuchoté-je, le souffle court. »

Je baisse le regard, profondément désolée de faire peser mes malheurs sur cette fille. Je ne peux pas faire autrement, tout me pousse vers elle. Dedans et dehors, je suis attirée par son souvenir. Je lève ma main vers ma poitrine et les mots m'échappent sans que je les comprenne tout à fait :

« Je... ça..? elle t'aimait beaucoup, tu sais ? Aide-la... aide-moi à comprendre... S'il te plaît. »

Je ne veux pas t'imposer ça mais c'est plus fort que moi.

Équipe Modératus
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5 janv. 2025, 10:43
Ces braises que l'on étouffe  PV 
J'ai l'impression de me débattre contre les mains invisibles de l'univers pour ne serait-ce qu'avoir une étincelle d'attention de la part de l'autre fille. Ses yeux sont fermés, comme si elle n'arrivait pas soulever ses lourdes paupières, et puisqu'elle ne me répond pas de suite j'ai l'impression qu'elle ne m'a pas entendu — ou qu'elle ne veut pas entendre. Sa peau est livide, ses traits tirés, son front recouvert d'une légère couche de sueur, ses yeux sont humides et ses lèvres entrouvertes laissent laborieusement passer sa respiration affolée. Oh ! comme je déteste tout ce que je vois ! Je déteste chaque partie de son visage, chaque morceau de son être. Je déteste son affolement et je déteste le contact de ma main sur son épaule noueuse. Je déteste tout de cette inconnue qui me fait ressentir un sentiment d'effroi comme j'en ai rarement ressenti dans ma vie. Je déteste tout de ce moment. Je veux partir, je veux partir, loin d'ici et pour toujours, je veux partir et ne plus jamais la revoir, renforcer le sortilège pour l'oublier elle aussi, l'oublier elle et tous les autres.

L'étendue de ma bêtise me frappe alors : pourquoi avoir eu recours à un sombre sortilège de magie noire alors que s'offrait à moi la possibilité d'oublier définitivement ? Oh, Merlin, si j'avais eu le courage de me faire lancer le sortilège d'Oubliettes, je n'aurais pas tous ces problèmes, je n'aurais jamais réagi comme je le fais, je me serais contentée de disparaître après avoir insulté de pauvre folle cette idiote paniquée. Voilà que je paie mon manque de courage ! Quoi que j'ai voulu oublier, quoi que signifient les souvenirs fugaces qui me reviennent à des moments où rien ne les appelle (une cheminée à l'âtre sans feu ; un grand bureau recouvert de coupures de journaux ; une petite montagne de dragées surprises manipulée par une main pâle aux longs doigts fins), quoi que signifient toutes ces images, j'aurais dû avoir le courage de m'en séparer définitivement. Voilà où j'en suis désormais à cause d'elles !

Enfin ses yeux semblent me voir ; ils s'ouvrent. Je croise ses pupilles si étranges et pour la première fois je m'attarde sur elles, comme la fille n'est qu'à quelques centimètres de moi. Ses yeux ont quelque chose de bizarre et lorsque je finis par mettre le doigt dessus, cela ne fait que me rendre plus méfiante encore : un œil semble plus bleu que vert. Bah, qu'importe ! Elle prends une courte inspiration et je sais qu'elle va parler. Inconsciemment, mes doigts se referment plus fort sur son épaules.

Mes mâchoires ses crispent avec colère quand elle me remercie. Cela me donne envie de la lâcher subitement et de l'abandonner à son sort. Je suis pas revenue pour toi ! ai-je envie de lui hurler, alors ne me remercie pas !

Lorsqu'elle se met à bouger, je m'éloigne enfin tout en restant accroupie devant elle. Je n'ai pas envie de la ramasser une nouvelle fois par terre : si elle commence à glisser je la rattraperai. En attendant, je récupère ma main, mon bras, mon espace à moi et je fais peser sur elle un sombre regard dans lequel pèse mille reproches que ni elle ni moi ne pouvons comprendre.

Ses paroles m'envoient une nouvelle salve dans la tête ; une brusque montée d'émotions qui me donnent chaud au visage et qui menacent de faire déborder mes yeux. Elle ? Qui ça, elle ? Qui m'aimait beaucoup, bordel ?! Il y a donc une autre personne en plus de cette fille ? Une autre personne que je voulais oublier ? Mais qui, pourquoi, comment, pourquoi cette fille-là est-elle au courant, pourquoi, Merlin ?

Je m'étrangle dans une inspiration affolée et l'instant d'après je plonge mon visage dans mes mains pour étouffer un hurlement de colère et de frustration. Assez ! J'en ai assez !

Je me redresse subitement. Mes jambes sont faibles sous mon corps ; j'essaie d'ignorer leurs tremblements. Je domine l'inutile inconnue de mon regard haineux et de toute ma taille.

« Lève-toi ! » craché-je en serrant les poings.

Nous commençons à attirer l'attention des passants.

« Allez, lève-toi ! »

Mes doigts viennent naturellement crocheter l'immonde pull moldu qu'elle porte et je l'aide à se relever, qu'elle ait eu l'intention de le faire ou non. Puis je pose mes deux sur mon épaule, dans une attitude inconsciemment menaçante même si, pour une fois, je n'ai aucune intention de lui faire un mal quelconque.

« On va transplaner, la préviens-je. Ok ? Alors reste tranquille parce que c'est pas moi qui vais te guérir si tes conneries te font te désartibuler. » Je lui donne une secousse pour la forcer à m'écouter. « C'est clair ? Reste tranquille ! »

Je ne lui laisse pas le temps de répondre. Peut-être suis-je au courant, au fond de moi, que lui laisser une chance de parler entravera mes objectifs. Alors je transplane sans attendre. Je suis entièrement consciente qu'en plus de n'avoir jamais réussi à me faire subir à moi-même autre chose que des transplanages hautement désagréables et violents, je n'ai pas eu beaucoup d'occasion de m'exercer au transplanage d'escorte.

5 janv. 2025, 17:37
Ces braises que l'on étouffe  PV 
La magie est dangereuse, j’en ai conscience depuis que je connais (ou me rappelle) son existence. D’ailleurs, c’est à peu près tout ce que je sais de la magie. C’est une force dévastatrice qui soigne le mal par le mal, punit les méchants en faisant couler leur sang, c’est une arme qui m’habite et me protège. Frappe-moi et je frapperai encore plus fort. Je ne me souviens pas des jolies bougies flottantes, des fleurs qui poussent en quelques secondes, des feux d’artifice, des plaies qui guérissent d’un coup de baguette ou d’une gorgée de potion, je ne me rappelle pas l’odeur des chaudrons remplis de philtre d’amour, j’ai tout oublié de la beauté des licornes et des hippogriffes. Pour moi, la magie a le goût ferreux du sang et ressemble à un ciel étoilé : une obscurité insondable, infinie, parsemée de gouttelettes de lumière qui sont déjà évaporées au moment où on les regarde. La force qui m’habite est brutale, impitoyable même, et c’est pourtant mon seul espoir de survie.

Aelle ne m’aurait pas contredite, je crois. La magie qui suintait d’elle était aussi empreinte de rage. Son être tout entier débordait d’émotions féroces. Mais elle était là, elle ne me lâchait pas et il me semblait que c’était tout ce qui comptait. Elle tira sur mon sweatshirt pour me relever et, visiblement impatiente, m’expliqua brièvement qu’on allait « transplaner » et qu’il ne fallait rester tranquille au risque de se « désartibuler », ce qui ne m’évoquait rien de spécial (mais rien de bon non plus). De toute façon, je n’avais pas suffisamment de force pour me débattre et je faisais bizarrement confiance à cette sorcière toute brusque et colérique, encore une fois à cause de ce sentiment inexplicable et déraisonnable. Alors, nous transplanâmes.

Même pendant l’action, je n’étais toujours pas sûre de comprendre ce que « transplaner » voulait dire. Il me semblait qu’on essorait mes tripes pour faire remonter mon dîner par l’œsophage, qu’on pressait ma tête dans un étau et qu’on passait mes bras dans une déchiqueteuse à papier. Pendant un instant, j’ai sincèrement cru qu’Aelle, au bout des limites de sa patience, avait tout simplement décidé de me tuer de la plus horrible des façons. Elle avait dû jeter un sortilège qui me détruisait de l’intérieur et bientôt je ne serai plus qu’un milliard de confettis s’envolant au gré du vent. J’avais bien la sensation qu’elle voulait se débarrasser de moi, après tout…

Et puis, le supplice prit fin dans un grand « boum ». Il faisait froid et humide comme dans un sous-bois. Au-dessus de moi, de grands arbres agitaient leurs branches en suivant la brise, projetant sur moi des ombres inquiétantes. Nous étions bien loin de la rue magique à la sortie du Chaudron Baveur.

La douleur de cette téléportation avait été si intense que je ne réalisai pas tout de suite la situation dans laquelle je me trouvais. C’est en sentant le vent dans ma bouche, alors qu’elle était fermée, que je commençai à m’interroger sur cette sensation inédite. Je passai mes mains sur mes joues et, alors que ma main accrochait normalement ma joue gauche, ma joue droite était étrangement glissante et humide. Et surtout, elle me paraissait bizarrement creusée, comme si je pouvais sentir mes gencives et mes dents au travers… Je ramenai ma main devant mes yeux pour constater qu’elle était pleine de sang.

La magie est dangereuse.

« Put***, qu’est-ce qui m’arrive ? Qu’est-ce que tu m’as fait ? pensai-je dire, quand Aelle ne put entendre que : uhain, kéki a’iv ? kéku a fé ? »

La coupure était si nette que je ne l’avais pas sentie. En revanche, prononcer ces quelques mots l’avait instantanément activée et je me retins de hurler, bien consciente qu’ouvrir la bouche une fois de plus aurait arraché ce qu’il restait de ma joue droite.

Pourquoi m’avait-elle mutilée ainsi ? M’avait-elle emmenée dans cette forêt pour m’enterrer à l’abri des regards, comptait-elle me torturer ? Qu’est-ce qui m’avait pris, de lui faire confiance si aveuglément, d’être prête à lui confier mes espoirs et ma vie ? Pourquoi mon cœur m’avait-il guidé vers elle avec tant d’ardeur ? M’avait-elle envoûtée, depuis le début, dans le but de m’isoler et me tuer ? Les tueuses en série devaient bien exister chez les sorciers. Je savais qu’il y avait toute cette rage en elle, pourquoi mon instinct de survie m’avait-il à ce point menti, me livrant à elle comme on livre un agneau à une meute de loups ?

Quand je pensais que cette soirée ne pouvait pas être pire…


Reducio
Pour les curieux et les fans de JDR sur papier, les événements de ce RP ont été joués aux dés. Le premier tirage concernait la réussite du transplanage. Le résultat était 15 (tirage avec désavantage), ce qui aboutit à l’échec du transplanage sans encombre. Il a donc été décidé que l’un des personnages (ou les deux) serait désartibulé, ce qui a été décidé par un nouveau tirage. Entre 1 et 50, Aelle aurait été désartibulée. Entre 51 et 100, c’était Yshre. Le résultat était 84, ce qui signifie qu’Yshre prend la quasi-totalité des dégâts possibles. Un 3e tirage (sur un d20) nous a permis de déterminer la zone touchée, chaque face correspondant à une partie du corps.

Équipe Modératus
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6 janv. 2025, 10:49
Ces braises que l'on étouffe  PV 
J'en ai connu des transplanages catastrophiques. J'ai déjà vomi, trébuché, mélangé le haut et le bas, j'ai même perdu un morceau de doigt, une fois, bêtise qui a heureusement été réparée par les bons soins de mon frère. Je n'ai jamais aimé ce transport magique, comme aucun autre d'ailleurs, mais cette fois-ci je crois que j'ai réalisé des prouesses encore jamais atteintes.

Je sais instinctivement en atterrissant au coeur de la forêt de Cwm Rhaeadr que quelque chose ne va pas. Une certitude morbide qui ne m'empêche pas de m'étaler dans la boue le visage en avant, le corps frappé par un froid mordant qui semble atteindre mes os. Je ne bouge d'abord pas, déjà parce que me relever alors que je suis enlisée dans la boue est un effort trop grand, mais aussi parce que mon estomac danse le rock, là-dedans, et que je sais ne pas pouvoir me redresser sans rendre tout son contenu. Je reste allongée dans le froid et l'humidité en respirant profondément par le nez, les yeux fermés pour ne surtout pas voir celle que j'ai amené avec moi et qui, plus que la nausée ou la boue, représente la chose la plus douloureuse actuellement.

C'est son farfouillis verbal qui me rappelle que je dois m'attendre à une cascade de reproches pour l'avoir fait transplaner de la sorte, si je n'ai pas à gérer à la place des vomissements impromptus dont je ne saurais supporter la vue. Non sans effort, je me redresse à la force de mes bras en grommelant contre la boue qui parsème mon visage et mes vêtements. Avant même de jeter un regard à l'autre fille dont le simple rappel de l'existence suffit à réveiller une colère qui était enfouie je ne sais où, je me débarrasse des saletés d'un coup de baguette magique. Alors seulement je consens à la regarder.

Je ravale mon cri horrifié dans une brusque inspiration étranglée. Ma première pensée à la vue de sa joue disparue : on dirait un monstre ! Ce n'est que la seconde d'après que je comprends ce que signifie ce vide soudain sur son visage qui semble la terroriser autant qu'il m'a horrifié. Je me rassoie lourdement dans la boue, accablée par un désespoir si grand d'avoir loupé mon transplanage que je pourrais me mettre à hurler là, maintenant, sous la sombre canopée de cette forêt si familière. Mais ce n'est pas un cri qui sort de ma bouche, c'est un rire hystérique, très bref, mais qui résonne longtemps à mes oreilles lorsque je plonge pour la deuxième fois aujourd'hui mon visage dans mes mains pour camoufler l'immense accablement d'enchaîner les bévues qui me tombe dessus.

Il ne manquait plus que cela ! Un désartibulement ! La question que je voulais poser à la fille à l'instant même où on aurait transplané est déjà oubliée, perdue quelque part dans la boue, certainement au même endroit où se trouve actuellement sa joue. Voilà ma première action concrète une fois surmonté le désespoir lancinant qui m'a fait m'asseoir le cul dans la boue : balayer les alentours du regard pour retrouver le morceau de corps manquant. Il me faut encore un moment pour comprendre que cette vaine quête me sert d'excuse pour ne pas avoir à regarder la fille qui s'agite devant moi, certainement en proie à une douleur insupportable et une peur d'autant plus grande.

Grace à quelques efforts inconsidérés pour ravaler mon horreur, je parviens à me lever. Mais lorsque je m'approche de la fille qui se souvient plus de mon prénom que du sien, je comprends au froid qui se répand dans mes membres que je suis bien consciente d'être en tort dans cette histoire et d'avoir tellement merdé mon transplanage que j'ai arraché une joue à une personne déjà bien dérangée. Après sa crise de panique idiote, voilà que je dois gérer sa douleur — Merlin, faites qu'elle ne panique pas encore, je ne le supporterai pas !

« Tu as été désartibulée, annoncé-je tout de go d'une voix rauque, considérant que l'information est la première solution face à la panique. Tu as... » Ma main s'agite devant moi, entre nous, désignant tout et rien à la fois. « Perdu ta joue, quoi. »

La voilà informée, c'est une bonne chose. Et maintenant, que faire ? Oui, elle a perdu sa joue. C'est horrible, songé-je en la regardant avec un regard dégoûté. De là où je me tiens, j'aperçois un éclat blanchâtre que je devine être ses dents. Cela me rappelle un schéma passionnant aperçu dans un livre aussi sombre que les sous-bois dans lesquels nous nous trouvons, mais ce n'est certainement pas le moment de penser à la magie noire.

« C'est une conséquence du transplanage, cru-je bon d'ajouter avant de froncer les sourcils et de cracher entre mes dents qui, elles, sont bien camouflées par mes joues intactes : putain, j'aurais dû te laisser là-bas. »

Et de plonger une nouvelle fois mon visage dans mes mains sans chercher à camoufler, cette fois-ci, le cri de colère qui m'échappe et qui fait s'envoler une volée d'oiseaux qui nichaient dans les branches au-dessus de nous. Je nous revois sur ce terrain balayé par les vents, moi à genoux devant toi parce que je n'ai pas supporté le transplanage que tu m'as imposé sans prévenir. elle t'aimait beaucoup, tu sais. L'image se dissout aussi vite qu'elle est arrivée et quand je lève de nouveau les yeux sur la blessée, je ne sais plus très bien qui je suis censée voir et comment les événements ont pu s'enchaîner pour que je me retrouve ici, dans cette situation.

Je déglutis péniblement et consens enfin, consciente que j'aurais dû faire cela dès le départ, à m'affaisser dans la boue à ses côtés, ma baguette bien visible dans ma main.

« Laisse-moi voir, » demandé-je d'une voix faible.

Je suis parfaitement consciente d'être en train d'hésiter tandis que je la regarde. Hésiter entre me servir de sa mauvaise posture, de sa blessure pour la forcer à répondre à toutes les questions qui grossissent dans mon esprit, ou me jeter corps et âme dans la réparation de son corps pour oublier toute l'affaire, toutes les images dans ma tête, toutes ses paroles absconses, toute la panique qui grouille au fond de moi.

12 janv. 2025, 18:56
Ces braises que l'on étouffe  PV 
L’horreur qui m’accablait devait avoir quelque chose de comique, puisqu’Aelle ne put s’empêcher de rire comme une folle en découvrant mon visage. Je ne savais pas moi-même à quoi je ressemblais et j’avais même du mal à l’imaginer. Comment peut-on se figurer son visage sans joue ? Complètement ahurie et horrifiée, je passai à nouveau ma main sur ma figure pour tenter de réaliser ce qui m’arrivait. La stupéfaction m’empêchait de crier mais le rire et l’apparente désinvolture d’Aelle me mirent hors de moi et mon visage se crispa, mes yeux se froncèrent et mes dents se serrèrent, ce qui amplifia ma douleur. Je voulus attraper son cou de mes deux mains et serrer très fort. Je vais te buter ! Je vais te buter comme ce conn*** de « Moldu », c’est pas ta joue qui va saigner, c’est toutes tes put***s de tripes qui vont se déverser par terre, ça va abreuver le sol, tu vas morfler et je vais te regarder et je vais rire moi aussi, put*** de folle de sorcière ! Elle osait m’expliquer que ma joue s’était fait la malle comme si c’était un phénomène tout à fait banal, comme on dirait « ah oui, il a plu hier soir. » Mais qui était cette dingue et pourquoi je m’étais fourrée dans une galère pareille ? Je la détestais et je me haïssais encore plus : je voulais m’arracher le cœur pour faire sortir cette présence au fond de moi qui m’emmenait dans des galères sans nom, cette présence soi-disant protectrice qui, aujourd’hui, m’avait poussée vers cette jeune sorcière folle à lier. Mais qu’est-ce qui tourne pas rond chez moi ?

Le cri qu’Aelle poussa ensuite me pétrifia davantage. Je ne savais pas ce qu’il voulait dire et les larmes remontaient (encore) dans mes yeux. Puis, elle dégaina sa baguette magique et me demanda de la « laisser voir ». J’eus un mouvement de recul et je secouai la tête, terrorisée, comme suppliant un criminel de me laisser la vie sauve. J’avançai la main qui avait touché mon reliquat de joue, rougie par le sang, et montrai ma paume à Aelle. Il me fallait une baguette magique, moi aussi. Alors, j’aurais pu rivaliser. J’aurais pu la pointer sur elle et lui lancer des sorts pour la maîtriser. Pour l’instant, ce combat était bien inégal, je n’avais que mes poings et au fond de moi une force que je ne maîtrisais pas. Si par chance j’avais la capacité de réitérer mes exploits sanglants (ce n’était pas l’envie qui manquait), qu’aurais-je fait ensuite, blessée dans une forêt, je ne sais où, en pyjama et sans arme pour me défendre ? Il fallait qu’elle reste en vie pour me ramener vers la civilisation. Mais je n’avais aucun moyen de faire pression sur elle, j’étais tout à fait démunie. Mon poing me démangeait, je rêvais de lui flanquer un grand coup dans le nez mais j’étais consciente de la stupidité de l’entreprise. Il ne me restait que la peur.

Je lâchai alors un soupir navré qui ne m’appartenait pas. Ridicule, entendis-je résonner dans ma tête. Je ressentis au creux de l’estomac un profond sentiment de déception. Je secouai encore la tête, cette fois pas pour Aelle, mais pour moi-même. Tais-toi ! J’ai de sacrées bonnes raisons de flipper ! Pendant ce temps, la sorcière folle s’était approchée encore plus, baguette en main. Elle avait l’air fâché et m’ordonna de m’arrêter, m’assurant qu’elle n’allait pas me faire de mal. C’est ça, ouais ! Je voulus la repousser mais au lieu de se ficher dans la tronche d’Aelle, ma main se baissa et je restai à sa merci. Je tremblotais de peur mais mon corps refusait de se rebeller. Je fermai les yeux très fort (ce qui tira encore sur ma joue) et la laissai faire.

Elle prononça coup sur coup trois formules magiques. La première sembla assécher ma joue et stopper le saignement. La seconde fit apparaître quelque chose (je supposai que c’était un pansement) sur le trou béant qui restait sur mon visage. La troisième me donna un coup de fouet si inattendu qu’il me fit me dresser sur mes jambes. Je rouvris les yeux et profitai de l’énergie retrouvée pour m’éloigner de quelques pas. Elle s’attendait peut-être à ce que je la remercie pour ses soins mais c’était hors de question, après tout, elle n’aurait pas eu besoin de faire la démonstration de sa magie curative si elle ne m’avait pas blessée en premier lieu. Je la regardai d’un air méfiant.

Mon visage me faisait toujours mal quand j’ouvris la bouche pour parler mais je me sentais drôlement mieux. Très lentement, je parvins à articuler :

« Tu vas me dire où on est ? Et elle est où, ma put*** de joue ? Je suis défigurée, littéralement, m*rde. Ça repousse, le visage, chez les sorciers ? »

Je me retins de lui ordonner de répondre au risque de lui refaire la face (question d'équité). Elle tenait toujours sa baguette magique et pouvait me dégommer d'une formule magique et d'une petite chorégraphie du poignet. Je devais me tenir à carreau.

Soudain, une pensée absurde fusa et j’étouffai un rire. Avec ma gueule à moitié arrachée, les mecs n’auraient peut-être plus l’idée de m’embêter. A la moindre main baladeuse, pouf, je n’aurais qu’à retirer mon pansement, faire une grimace terrifiante et ils prendraient leurs jambes à leur cou.

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13 janv. 2025, 11:26
Ces braises que l'on étouffe  PV 
Je fais un pas vers elle, un seul avant qu'elle ne se recule précipitamment. Et j'ai beau ne pas avoir une empathie très développée, j'ai des yeux qui savent voir et qui reconnaissent la terreur qui s'affiche sur ses traits. Une main ensanglantée se dresse en rempart entre nous, barrière aisément franchissable qui, pourtant, ralentit mon avancée. J'observe avec un drôle de mélange d'intérêt et d'agacement l'horreur qui déforme les traits de la jeune femme. Si je le voulais, je pourrais graver cette terreur dans son âme. Il me suffirait d'un ou deux sortilèges, d'une menace, et j'aurais cette fille totalement sous mon contrôle, j'en suis persuadée. La terreur, plus que l'amitié ou n'importe quel autre sentiment, peut nous permettre de contrôler les autres. L'idée passe dans mon esprit et s'en va aussi rapidement qu'elle est venue : je n'ai aucune envie de la contrôler. Actuellement, la seule chose que je souhaite c'est de me débarrasser d'elle et d'oublier toute cette histoire.

« Arrête ! lui ordonné-je alors d'une voix froide. Je vais pas te faire du mal. »

L'agacement est facilement perceptible dans ma voix. Quelle cesse donc de s'agiter bêtement pour que je puisse la réparer, bordel ! Mes mâchoires se crispent en avisant sa main qui se baisse. Et bien voilà, ce n'était pas si difficile, non ? Mes sourcils se froncent davantage lorsque je m'approche et que mes yeux tombent sur l'intérieur de sa joue. Répugnant. Mais aussi fascinant.

Je m'accroupis aux côtés de la fille qui, les yeux fermés, a décidé d'arrêter de me considérer comme le danger numéro un. J'aimerais lui jeter au visage que les désartibulements sont des accidents, que ce n'est pas de ma faute si elle se retrouve avec cette tronche dégoûtante et que je n'ai rien voulu de tout cela, moi, que je voulais seulement lui arracher toutes les réponses possibles, qu'elle m'explique qui elle est et qui est ce elle dont elle a parlé plus tôt. S'il y avait un elle quelque part sur cette fichue planète qui m'aimait beaucoup, je le saurais, hein. Sauf que c'est ça qui est drôle : non, je ne le saurais pas, tout simplement parce que ce matin même je me suis lancée un sortilège de magie noire qui me coupe d'une partie de ma mémoire. Je l'ai fait consciemment, parce que je le voulais, et me voilà maintenant face à une fille qui me connait mais que je ne connais pas, à avoir viscéralement besoin de réponses tout en sachant que je ne dois rien apprendre de ce qu'elle sait, au risque de voir resurgir des souvenirs malvenus. Je suis déchirée de toute part et cela m'épuise, je sens la fatigue cogner derrière mes globes oculaires, j'en ai assez de tout cela. Avec un léger soupir, j'entreprends de me concentrer sur les soins à venir pour ne pas avoir trop à penser.

Je lève ma baguette magique et murmure un premier sortilège censé refermer les plaies sur le contour du trou de la joue manquante. Je me concentre plus que nécessaire, puisant à l'intérieur de moi pour retrouver cet état de calme extrême dans lequel je me plonge toujours lorsque je manie la magie. Je contrôle mon souffle, mes pensées, ma visualisation et cela m'aide à reprendre pied et à retrouver un calme bienvenu qui apaise légèrement la panique qui grondait toujours au fond de mes entrailles. Les plaies se referment lentement sous mon regard chirurgical et une fois que je suis satisfaite du travail, je lance un second sortilège : un pansement apparaît sur feu la joue de la fille. Ce n'est qu'alors que, me redressant difficilement sur mes jambes douloureuses, je lance le dernier sortilège pour permettre à cette idiote de se remettre de toutes ces émotions :

« Revigor. »

Elle se lève sans attendre. Je ne range pas ma baguette, au cas où, mais je m'éloigne de quelques pas en la surveillant, les yeux plissés par une méfiance qui donne à mon visage une froideur contrôlée.

J'écoute attentivement ses paroles maladroites, étonnée qu'elle ait encore le courage et la force de me jeter ces reproches au visage après tout ce qu'elle vient de vivre. Je crispe les mâchoires, à deux doigts de l'abandonner ici en lui disant d'aller se faire voir mais, après avoir longuement inspiré par le nez, je consens à lui répondre :

« On est dans la forêt de Ch... Cr... » Putain de mots gallois ! « Bref, asséné-je d'une voix sèche en balayant l'air d'un geste agacé, une forêt au Pays de Galles, ce qui t'avance à rien du tout, j'en suis sûre. Quant à ta joue, j'ai aucune idée d'où elle peut être, moi ! »

Je gonfle les joues, agacée par sa seule existence.

« Accio morceau de joue ! m'exclamé-je ironiquement, persuadée que rien n'atterrira dans ma main tendue.

Et effectivement, rien ne bouge dans la clairière. Je pose un regard affligé sur la jeune femme, mes yeux disant clairement : t'as vu, j'avais raison !

Je suis consciente d'être responsable de son état, mais incapable pour autant de m'empêcher d'être énervée par tout ce qu'elle fait et dit. Il y a une poignée de minutes à peine, j'étais tranquillement en train de lire en sirotant une boisson alcoolisée et maintenant, je suis de retour à l'école en compagnie d'une inconnue qui m'appelle par mon prénom et qui a un discours incohérent. Pourquoi Merlin m'a-t-il donc refilé la folle du coin ? Pourquoi c'est à moi de la gérer ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?

« Fais chier, » marmonné-je en secouant la tête.

Pour me défouler, je donne un coup de pied dans une pierre qui vole à l'autre bout de la clairière. Ce geste m'apaise légèrement et je trouve la force de lever une nouvelle fois les yeux pour les déposer sur la folle du coin.

« Évidemment que tu vas retrouver ta joue, répliqué-je en croisant les bras sur ma poitrine, même si elle va pas "repousser". »

Je mime les guillemets avec mes doigts ; repousser, non mais d'où elle sort celle-là !

« Je t’emmènerai à l'hôpital, l'informé-je comme si ça coulait de source, parce que c'est la seule solution qui me vient actuellement, même si pour rien au monde je voudrais nous refaire subir un transplanage. Oui, répété-je. À l'hôpital. »

Cet objectif me paraît tout à fait cohérent. Avoir une idée précise de ce que je dois faire me soulage énormément. Je n'aurais pas ce poids à supporter pendant très longtemps.

« Suis-moi, » lui lancé-je avant de prendre la direction de l'Académie qui, la fille ne le sait pas, se camoufle derrière les arbres qui nous entourent, à quelques centaines de mètres de là où nous nous trouvons.

En m'éloignant sur le sentier, je réfléchis au bobard que je vais dire au premier sorcier capable de transplaner que je vais croiser pour qu'il emmène cette folle à la Nouvelle Sainte-Mangouste. Me concentrer sur cela m'empêche de me demander si j'ai envie de la questionner sur les mystères qu'elle a prononcés plus tôt ou non. La vérité c'est que j'en crève d'envie. Viscéralement. C'est pour ça que je pince les lèvres pour m'efforcer de ne pas parler, parce que si je le fais, je le regretterai clairement. Je le sais. Je le sais au plus profondément de moi. Parce que pas une seule journée ne passe depuis mars sans que j'ai des flashs de souvenir impromptus. À longueur de temps, des images défilent dans ma tête sans cohérence, elles me font mal, me font peur, me font ressentir des choses douloureuses, aussi suis-je capable de comprendre que ces souvenirs doivent absolument rester à leur place. Je dois faire confiance à la Aelle du passé qui a pris la décision, un jour, d'utiliser un sortilège de magie noire pour se protéger de ses souvenirs. Si elle l'a fait, c'est pour une très bonne raison. Toujours avoir confiance en ses agissements passés, même si on ne se souvient pas de pourquoi on a agi de cette façon. Je me le répète tel un mantra : toujours avoir confiance en ses agissements passés, toujours, toujours.

26 janv. 2025, 18:24
Ces braises que l'on étouffe  PV 
Aelle fut bien incapable de me livrer la moindre information : elle ne put ni me dire précisément où on était, ni où se trouvait ma joue. Elle pouvait bien serrer la mâchoire tant qu’elle voulait pour me témoigner son agacement, j’étais tout à fait en droit de faire la même chose, exprimer ma colère par tous les mouvements possibles de mon visage, sauf que… cela me faisait trop mal. Je dus me concentrer pour que mon visage reste le plus détendu possible malgré mon envie de faire la gueule, moi aussi. Je regrettais amèrement de connaître cette fille et d’avoir voulu son aide pour retrouver la mémoire. À bien y réfléchir, il était peut-être préférable de l’oublier – elle était après tout de très mauvaise compagnie. Quand elle tendit la main et prononça une formule (sûrement) censée me ramener mon morceau de joue, je crus bien qu’elle se fichait de moi et ma colère n’en fut que plus grande. Quelle garce. Encore une fois, j’eus envie de lui asséner un bon coup de poing en pleine poire et je maudis ma faiblesse qui m’empêchait d’agir face à une sorcière armée. Si seulement je pouvais lui confisquer sa baguette pour combattre à armes égales… Peut-être même que je pourrais l’utiliser, tiens, puisque j’étais une sorcière, moi aussi. Je pourrais lancer quelque abracadabra, agiter le bras et ordonner à ma magie de lui arracher un morceau de sa tronche renfrognée de lémurien enragé. Le simple fait de l’imaginer me donna du baume au cœur et je poussai un minuscule soupir de satisfaction.

Après avoir puni un pauvre caillou qui traînait là, elle se ficha une fois de plus de mon ignorance quant à la repousse des joues chez les sorciers. Qu’est-ce que je pouvais en savoir, moi ? La téléportation ? Bien sûr ! Un siège qui vous transporte dans un bar magique ? Il n’y a qu’à demander ! Découper des gens ? Mais évidemment ! Faire repousser une joue ? Non mais, n’importe quoi, franchement. Eh bien, je décidai que lorsque je serai une sorcière accomplie, j’inventerai un sort permettant de faire repousser les joues. Je ferai disparaître la sienne en la téléportant n’importe où et quand elle me supplierait de lui faire repousser, je prendrai tout le plaisir du monde à la faire passer pour une folle en prétextant qu’un tel sort n’existe évidemment pas, voyons, un peu de bon sens !

Lorsqu’elle annonça m’emmener à l’hôpital, je remerciai le dieu des sorciers (Merlin, je crois) d’être bientôt en sécurité loin de cette insupportable sorcière. Je me promis de ne plus écouter mon instinct, ni aucune voix dans ma tête, ne plus écouter mon cœur non plus, et rester à l’écart des fichues ados mal lunées dans son genre. J’agirai avec la plus grande prudence, je ne laisserai plus rien paraître. J’effectuerai mes recherches dans mon coin sans chercher à me lier à qui que ce soit. Rien ne sert de courir, comme on dit. Si je devais tout réapprendre sans l’aide de personne, qu’il en soit ainsi. Au moins, ça m’éviterait de perdre ma joue et ma dignité.

Mais pour l’instant, ma dignité, je la laissai de côté et je suivis la sorcière sans broncher. Je n’avais aucune intention de lui parler. Qu’elle m’emmène à l’hôpital et qu’on n’en parle plus, qu’on trace nos routes et surtout qu’elles ne se croisent plus jamais. Si je voulais plus d’informations sur cette Aelle que je pensais connaître, j’irai chercher ailleurs. Nous restâmes un moment sans nous adresser la parole, marchant vers notre destination, toutes deux agacées par la présence de l’autre. Je ne pus m’empêcher de baragouiner quelques mots totalement incompréhensibles pour Aelle mais qui me soulagèrent un peu : « gngnfoutue sorcière, gngn ben non les joues ça repousse pas, t’es débile ou quoi ? gngn ouh là là je suis en colère je donne un coup de pied dans un vilain caillou, méchant caillou, méchant ! »

Ne la perds pas de vue, souffle une voix dans mon esprit.

« Mais tu vas la fermer, oui ? Tu dis que des c**neries ! »

La colère, l’incompréhension, l’ambiguïté totale de mes sentiments, l’incompatibilité entre ce que je veux, ce que je pense et ce que je ressens, ne font que qu’amplifier ma rage. Je voudrais me dévisser la tête et lui donner un grand coup de pied pour l’envoyer à des milliers de kilomètres de là. Ma tête ne pouvant malheureusement pas se dévisser à volonté, je reportai moi aussi ma colère sur un innocent caillou et je n’y trouvai aucun plaisir. Alors, j’accélérai le pas et je tentai de devancer Aelle avant qu’elle ne se fiche encore de moi : ben alors, et maintenant t'entends des voix, pauvre demeurée ? On aura tout vu !

J’imaginais qu’en continuant toujours tout droit, j’arriverai à l’hôpital.

Équipe Modératus
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29 janv. 2025, 11:24
Ces braises que l'on étouffe  PV 
Si un animal se trouvait dans les alentours, il aurait tôt fait de s'enfuir à toute allure tant nous sommes bruyantes. Les branches qui craquent, les feuilles qui s'écrasent sous nos pieds, les bruissons qui bruissent à notre passage... Un joyeux brouhaha qui a au moins le mérite d'occuper une partie de mon esprit. Je préfère me concentrer sur le bruit que nous faisons en marchant que sur la fille qui me suit et que je surveille du coin de l’œil. Elle marche dans mes pas, n'est pas très loin derrière moi, aussi n'ai-je aucun mal à entendre qu'elle est en train de marmonner. Sa voix est comme une bourdonnement incessant et désagréable. Je l'entends mais je ne la comprends pas. Et elle marmonne, elle marmonne ; parfois, j'entends un mot qui me fait me dire qu'elle parle de moi. Cailloux, joue. Alors je crispe les mâchoires et les poings en continuant d'avancer, je m'efforce de contenir la colère qui grimpe dans mon corps, qui grimpe de plus en plus, au risque d'exploser pour la seconde fois de la journée — à moins que ce ne soit la troisième ?

Son éclat soudain me fait sursauter. Je ne m'y attendais pas. Hallucinée, je m'immobilise carrément pour me tourner vers elle, un reproche violent sur le bord des lèvres.

« Non mais t'es séri... ! »

Elle me passe devant en un coup de vent, me dépassant sans le moindre effort pour poursuivre sur le chemin. Je prends alors conscience que sa phrase ne s'adressait pas particulièrement à moi, ce qui est logique puisque je n'étais pas en train de parler. Elle était la seule à marmonner des choses... Se dirait-elle à elle-même de la fermer ? Imaginer ça me glace le cœur. Cela me paraîtrait complètement fou, donc très effrayant. Se parler à soi-même, s'ordonner de se taire. À croire qu'elle entend des voix !

Voyant qu'elle avance à toute allure et qu'elle n'a pas l'air d'avoir l'intention de ralentir, je me lance à sa poursuite, allant même jusqu'à trottiner pour la rattraper. Et puisque son éclat soudain a brisé ma concentration, évidemment ma colère n'a plus aucune laisse pour la retenir. Elle s'échappe donc de ma bouche tel un magma fumant qui coulerait du cœur d'un volcan.

« C'est quoi ton souci ? lui lancé-je brusquement en essayant de tenir le rythme de sa marche. Tu te parles toute seule, maintenant ? Putain, mais sur qui je suis tombée... »

L'appréhension prend un peu plus de place dans mon corps. Elle gagne du terrain. Alors que le Sortilège est censé me protéger des cauchemars de ma mémoire, voilà que je suis incapable de ne pas fouiller mon esprit à la recherche des réponses qui pourraient expliquer le comportement de la fille. Suis-je censé savoir pourquoi elle agit comme ça ? Est-ce qu'elle a raison, nous nous connaissons et nous sommes censées être familières l'une de l'autre ? Je suis censée comprendre ? Mon ventre se noue. Je déteste cette situation. Je déteste ne rien savoir, ça me brûle l'intérieur du corps, ça fait tonner mon cœur.

« Sérieux, ajouté-je alors d'une voix grave et basse sans avoir prévu que j'allais parler, t'es qui ? »

Je lève le bras pour lui attraper l'épaule, mais je me rétracte au dernier moment. Au lieu de ça, je donne une accélération pour la dépasser, me placer devant elle et la forcer à s'arrêter en m'immobilisant sur le chemin. Mon regard fouille le sien à la recherche de réponses, dévale son visage dans l'espoir de reconnaître quelque chose, n'importe quoi.

« T'es qui ? » répète-je de cette même voix profonde due aux émotions qui m'entravent la gorge.

J'ai les bras tendus le long du corps, secoués par d'infimes tremblements. Ma colère n'a plus lieu d'être car c'est autre chose qui a pris sa place. Quelque chose de plus grand et plus incontrôlable, qui a la main mise sur mes entrailles tordues et mes pensées agitées. C'est la même créature qui fouille dans mon esprit, qui lacère ma mémoire à la recherche de choses qui ne sont plus là. Des fragments de souvenir explosent ci-et-là, comme des feux d'artifice sur un ciel trop sombre. Je ne comprends aucun d'entre eux.