Ce même goût de rance OS

Je préfère mettre un avertissement de contenu : crise d'angoisse, mal-être, déréalisation
Il revient toujours,
ce même goût de rance.
Du temps des rêves
qui jouaient avec la mort.

SIXIÈME JOUR DU MOIS DE SEPTEMBRE 2049
Après l'épisode des beuglantes, Ashley et Ander se sont disputés


*T'es vraiment débile* me répétais-je inlassablement. Ma tête tournait, je me sentais doucement flotter, loin de mon corps, c'était à peine si mes membres m'appartenaient. Ma vision était floue, obstruée de larmes et de poussière. D'un pas à l'autre, un sursaut de nausée me secouait et je dus me retenir à un mur. Les parois semblaient tanguer sous mon poids et, le cœur lourd, je craignais de le voir écrasé contre le sol si je baissais mon regard. Mon souffle se faisait atrocement douloureux, d'inspiration en inspiration, je priai pour que chaque suivante soit la dernière.

Je me dirigeai comme un homme ivre vers la cabine la plus éloignée de l'entrée. Là, je verrouillai la porte et me fracassai le dos contre le mur, laissant tout mon poids s'étirer de la paroi jusqu’au sol. J'avais merdé grave et je le savais. Des sanglots étouffés s'ajoutaient à une poitrine brûlante. Je sentais mon esprit me lâcher : les pleurs se faisaient si violents que je ne pouvais que me questionner sur l'issue de cette soirée. Déjà la réalité sensorielle m'échappait. Je commençai par pincer la peau fine de mes avant-bras jusqu'à sentir une ébauche de douleur. Je répétai l'action comme un appel à l'aide, en vain. Mon bras laissé rouge, ma tête se glissa entre mes jambes, front sur les genoux. Mes coudes pressant contre mes genoux et mes oreilles à la fois, je formais la masse humaine la plus compacte possible. Aucun son ne me parvenait plus. Mes doigts, appuyés contre mon crâne, se glissèrent sous les mèches tirées en un chignon pour les sortir une à une.

Je fixais les ténèbres de mes cuisses, respirant l'air humide que j'expirais et qui me revenait, sans parvenir à se renouveler. Je ne voulais plus penser, je ne voulais plus réfléchir et je ne voulais plus jamais revoir la douleur dans les yeux d'Ashley. *J'ai vraiment vraiment merdé cette fois* Qu'est-ce qu'il m'avait pris ? C'étaient eux qui avaient raison en fait. Comment diable avais-je pu penser ne serait-ce qu'une seconde que cette terrible farce serait réellement drôle ? Des lèvres tremblantes, des disputes et des souffles de choc coupés m'apparurent. Mon pouls redoubla d'énergie. Je le sentais battre dans ma gorge, dans mon crâne et sous mes veines. Le bruit était assourdissant. Je pressai mes paupières ensemble jusqu'à voir danser des points de lumière blanche derrière. Puis, je balançai mon corps d'avant en arrière, roulant sur mes fesses et rebondissant sur la plante de mes pieds pour me relancer chaque fois.

De toute ma vie, je n'avais eu qu'une amie à aimer, et je gâchais tout. Je ne lui en voudrais même pas si elle décidait de pas revenir. A vrai dire, moi à sa place, j'arrêterais de me fréquenter pour la vie entière. Je me dégoûtais de l'avoir traitée ainsi, et me dégoûtais encore plus de craindre l'idée de son silence éternel. Il serait légitime après tout. Je n'avais pas vraiment le droit d'attendre d'elle une clémence infinie. Pour autant, mon cerveau était rendu incapable de tisser de son absence une existence heureuse. La douceur de ses yeux hantait mes rêves et l'écho de ses rires me poursuivait dans le parc lorsque j'allais courir le matin.

Mon corps trembla. Par des larmes et par des vagues de chaleur, il expira toute la douleur accumulée depuis quelques jours. La tristesse hors de moi et la terreur survécue, je restais suant, vidé de toute énergie. Ce fut à travers mes doigts que revinrent les premières sensations. Puis je sentis la morsure de mon bras rougi, qui maintenant me démangeait horriblement. La seule chose qui ne me revint pas fut la conscience de mes propres émotions. Homme-coquille, je sonnais creux. Dans le néant de mon cœur, pillé de son humanité, se battaient désormais poussière et courants d'air.


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spoil : ça va mieux avec Ashley :P

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