So wenig Zeit

ᯓ★ Si peu de temps ★ᯓ
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Là où valsent les ombres, ondule la fumée, enlace le blizzard, renaît un corps, porté ici par les vagues du fatal et systématique Destin, allongée sur la pierre froide, la joue écrasée rencontrant les éclats de l'eau qui clapote non loin. Ici où glisse les secrets, se dispersent les basses messes, rampent les mystères dans les couloirs sinueux, où la lumière occulte confèrent stupeur et frissons. Par ici où les vastes salles emprisonnent le froid sensationnel, et offrent en ascétique échange angoisse et appréhension, là-bas où couchent les espoirs de la Nation, ces mines innocentes lors de l'engagement du pas, marquées au fer par le parcours frémissant à la marche de clôture. Durmstrang, dont les consonnes roulent sous le palais, tremblent au bout de la langue, Durmstrang qui, par sa simple existence dressante, regroupe à elle seule toute la mélancolie d'une espèce, celle d'enfants perdus dans l'océan, aux yeux suppliants une bouée de secours, se raccrochant désespérément à une main tendue, qui s'estompe car rêvée, puisqu'en réalité, la seule et langoureuse vérité trône sur une assurance peinée, abandonnant, un par un, le regard de ces rangées d'explorateurs, qui crurent jusqu'au dernier instant que, toujours, ils seraient accompagnés.
«Über allen Gipfeln, ist Ruh, in allen Wipfeln, spürest du, kaum einen Hauch, die Vögelein schweigen im Walde. Warte nur, balde, ruhest du auch.»
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«Tout est tranquille, au-dessus des monts, dans toutes les cimes, tu ne décèles, pas le moindre souffle, les oiseaux se taisent dans les bois. Bientôt, toi aussi, tu verras, tu trouveras le repos.»
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«Tout est tranquille, au-dessus des monts, dans toutes les cimes, tu ne décèles, pas le moindre souffle, les oiseaux se taisent dans les bois. Bientôt, toi aussi, tu verras, tu trouveras le repos.»
— Johann Wolfgang von Goethe, Wandrers Nachtlied II, 1823
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui/non
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ) : Simon Brennen, frère ainé, actif
- Lien vers la fiche du PNJ : Fiche PNJ
- Intérêt de ce RP pour votre PJ : Ecrire des deux personnages dans leur lieu d'études, voir leurs liens habituellement proches se dissiper étrangement à cause du manque de proximité, des évènements familiaux appris par des lettres, mais également et simplement à cause d'une fatigue qui les pousse à faire le strict minimum envers l'autre et ainsi développer une dynamique froide, moins puissante qu'à la normale, entre eux. Cette distance bouleverse ainsi Adélaïde et causera un poids en plus à porter, additionné avec le stress et la peur initiale.
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So wenig Zeit
1 septembre 2025
Ce n'est qu'un test, ce n'est qu'un test, ce...
Sans même le vouloir, tout le corps d'Adélaïde tremblait. Depuis quelques minutes, il était envahi de différents spasmes, à mesure que des scénarios plus invraisemblables les uns que les autres faisaient apparition dans son esprit.
D'un renvoi immédiat pour incapacité à répondre aux questions à un mauvais choix de voie, tout semblait être terrifiant pour la fillette.
Simon n'avait pas tort lorsqu'il racontait ses aventures à l'école. Le bâtiment lui-même apparaissait comme impressionnant, imposant. Comment allait-elle survivre à sept ans d'études dans cet établissement ? Il paraît que beaucoup d'élèves avaient abandonné les cours, ou étaient renvoyés. La brunette était quasiment certaine qu'elle ferait partie de cette catégorie là. Il fallait voir les choses en face : tout semblait si difficile.
Assise sur les longs pavés de pierre du couloir, elle patientait, angoissée, en face du bureau du directeur. Une jeune fille venait d'en sortir, le visage bien pâle. Adélaïde blêmit. Comment un simple entretient pouvait-il avoir de tels effets sur eux ? À moins que le directeur ne renferme un lourd secret à l'intérieur, tel qu'un élevage de Kelpy, il n'y avait aucune raison d'appréhender le moment, n'est-ce pas ?
La petite tentait, tant bien que mal, de se rassurer, à l'aide de différentes techniques. En vingt minutes, elle avait déjà essayé le déni : avec un peu de chance, le directeur serait un homme d'une bonté certaine, féru de thé et de biscuits. Puis, l'explication : peut-être que ce sont les élèves qui sont trop faibles pour affronter le tempérament de l'homme ! Lui était également parvenue l'idée de la possession : il se pouvait qu'il les faisaient agir de la sorte pour terrifier les élèves qui patientait, afin de les tester ?
Malgré toutes sortes d'hypothèses farfelues, Adélaïde n'arrivait pas à voir le positif dans ce moment proche. Le petit garçon devant elle avait pénétré la pièce contenant le responsable de leur angoisse, ce qui signifiait qu'elle était la prochaine.
Ses mains se faisaient de plus en plus moites et elle aurait juré avoir senti une goutte de sueur couler le long de son front.
Elle se devait de se tenir à carreaux et de réussir les tests que le directeur lui ferait passer, ne serait-ce que pour l'image qu'elle se doit d'entretenir auprès de ses petits camarades. Car oui, arriver à Durmstrang avec un an de plus, être née en fin d'année, était synonyme pour la jeune fille d'une supériorité certaine. Si elle a l'occasion d'étaler ses connaissances, ses aptitudes et son savoir, elle ne s'en gênerait pas.
Père et mère avaient toujours été dans cette optique-là : ne te retiens jamais de montrer de quoi tu es capable, simplement par peur de dénigrer quelqu'un d'autre.
Il est vrai qu'au début, Adélaïde était contre ce principe. Elle le trouvait prétentieux et quelque peu irrespectueux vis-à-vis des autres membres de la société. Mais il se peut qu'avec le temps, elle ait finit par y prendre goût, inconsciemment sûrement, car aujourd'hui, elle ne crevait que d'une seule chose : faire ses preuves.
L'allemande avait pris connaissance des différentes voies d'études qui, à son goût, étaient toutes extrêmement intéressantes. Il paraît que le programme est totalement différents dans d'autres écoles de magie. Père avait même dit que l'école de sorcellerie Poudlard était naze à côté de Durmstrang, ce qui, de toute évidence, avait agacé mère.
Non, ce qui importait, c'est ce qu'elle apprendrait dans la voie qui sera la sienne. Car bien que tous les cours soient sans doutes géniaux, il demeure toujours le même problème : est-ce que ce qui lui sera enseigné lui servira ?
Adélaïde aime apprendre. Elle aime apprendre la science. De façon générale, mais plus particulièrement, la science céleste. Mr Kummer lui avait déjà fait part de quelques informations mais reste toujours ce gros trou inexpliqué dans le cerveau de la fillette. Est-ce que Durmstrang lui fournira les réponses qu'elle attend ?
Mais était-elle même digne d'apprendre cela ? Aimait-elle assez la science pour être dans la voie correspondante ? Là était une autre question.
Le cerveau de la fillette était en ébullition totale. Difficilement, elle tenta de camoufler cette peur grandissante aux autres élèves présents dans le couloir.
Le petit garçon de tout à l'heure sortit alors du bureau, le visage patraque. Aïe.
Pourtant, l'heure n'était pas à s'inquiéter pour n'importe qui. S'il venait de quitter les lieux, cela signifiait qu'à présent, elle et elle seule devait entrer dans la pièce, et faire face à celui qu'elle redouterait sûrement la totalité de sa scolarité.
Malgré ce sentiment d'appréhension au creux de sa poitrine, elle se sentit étrangement confiante. Peut-être était-ce le mélange de toutes ses angoisses qui s'étaient combinés pour créer cette légèrement dansante dans son esprit. En effet, lorsqu'elle se leva, plus aucun de ses membres ne tremblaient, à l'instar d'il y a quelques minutes. Son lourd manteau rouge pour le moment dépourvu de sa distinction de voie flottait presque dans le couloir alors qu'elle avançait d'un pas fermé vers la porte entrouverte du bureau.
Elle avait attaché ses cheveux dans un chignon sérieux où aucune mèche rebelle ne dépassait, en connaissance de cause. Si elle était amenée à rater piteusement ce test, autant avoir l'air parfaitement impeccable. C'était un point positif. De plus, cela soulignait un sérieux et une prestance pertinente qui se devait d'être remarquée par l'autorité supérieure.
C'est donc, d'une élégance troublante et d'une attitude profondément concentrée qu'elle poussa la porte et passa le seuil du bureau.
— Здравствуйте, сэр.¹, salua t'elle en ponctuant sa phrase d'une petite révérence.
Le directeur était là, assit sur son fauteuil de la façon la plus normale qu'il soit. Adélaïde se surprit à penser que cela devait être profondément ennuyeux de passer la journée à recevoir des élèves, de se casser la tête et les guider vers la voie d'études qui, pour la plupart, seront abandonnées au bout de quelques années, d'après Simon. Elle chassa rapidement cette once de sympathie grandissante et de présenta.
— Аделаида Бреннен, сэр. Из Лор-на-Майне.²
Est-ce que son russe serait assez bien pour le directeur ? Elle n'en saura jamais rien. Mais il devait être habitué à recevoir des élèves de pays étrangers. Et selon Mr Kummer, sa maîtrise de la langue était suffisamment bonne pour pouvoir se débrouiller une fois sur place. À voir si cela était vrai, ou s'il avait prononcé ces mots pour la mettre en confiance, et seulement la mettre en confiance.
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¹ Zdravstvuyte, ser - Здравствуйте, сэр - Bonjour monsieur.
² Adelaida Brennen, ser. Iz Lor-na-Mayne - Аделаида Бреннен, сэр. Из Лор-на-Майне. - Adélaïde Brennen, monsieur. De Lohr am main.
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So wenig Zeit
Hiver 2025-2026
1ere année
Adélaïde ouvrit difficilement les yeux à l'entente des cris stridents de sa camarade de chambre, qui avait la pénible habitude de la réveiller en hurlant et en lui lançant des coussins. Sympathique. Elle plissa les paupières et s'enfouie un peu plus sous les couvertures en grognant pour échapper aux lumières. Il était tôt, la brunette grelottait dans ses draps, et le peu de sommeil qu'elle avait récolté cette nuit-là n'était pas d'une grande aide. Pourtant, quelques minutes plus tard, la fillette revêtissait son uniforme rouge ainsi que sa pelisse, aux couleurs de sa voie. Elle fit une pirouette devant son miroir pour mieux voir le galon brun sur sa jambe, puis s'empressa d'aller déjeuner avant d'aller en cours.
Un peu plus tard
L'allemande traversa le long couloir d'un pas ferme, le sac de cours lourdement posé sur l'épaule. Une nuée d'étudiants pressés marchaient également à ses côtés, mais aucun ne daignait courir dans l'enceinte de l'école, par peur de se faire prendre. Mais l'air reflétait la discipline de des lieux. Même enveloppée dans sa cape, Adélaïde frissonna. L'hiver russe était rude, et malgré les avertissements de Lothar, elle n'avait pas évalué la gravité de la situation. Loin des hivers à quelques degrés en Allemagne, les températures ici ne frôlait que rarement les degrés positifs. Étant constamment dans les négatifs, on trouvait toujours floppée d'élèves aux petits soins à l'infirmerie. Elle-même y était passé plusieurs fois depuis le début de l'année.
Épuisée, elle bifurquait à gauche et pénétra dans sa salle de classe ou s'affairait déjà quelques uns de ses camarades, qu'elle ne salua pas. Il était apparu que se faire des amis à Durmstrang était un défi. Que cela soit à cause de la discipline ou de la mentalité des élèves, la première année n'avait réussi à réellement discuter qu'avec 3 ou 4 personnes. Il faut dire qu'elle ne faisait pas non plus beaucoup d'efforts. Mais cela lui allait ainsi, c'est pourquoi elle ne fit pas d'histoire, et salua le professeur.
— Привет, учитель¹
D'un signe de tête poli, elle passa devant lui et s'installa à son habituel pupitre. Bien que fatiguée, sa posture restait droite et stricte. Il le devait, il en était ainsi.
____________________
¹ Привет, учитель - Privet, uchitel' - Bonjour professeur
365
1ere année
Adélaïde ouvrit difficilement les yeux à l'entente des cris stridents de sa camarade de chambre, qui avait la pénible habitude de la réveiller en hurlant et en lui lançant des coussins. Sympathique. Elle plissa les paupières et s'enfouie un peu plus sous les couvertures en grognant pour échapper aux lumières. Il était tôt, la brunette grelottait dans ses draps, et le peu de sommeil qu'elle avait récolté cette nuit-là n'était pas d'une grande aide. Pourtant, quelques minutes plus tard, la fillette revêtissait son uniforme rouge ainsi que sa pelisse, aux couleurs de sa voie. Elle fit une pirouette devant son miroir pour mieux voir le galon brun sur sa jambe, puis s'empressa d'aller déjeuner avant d'aller en cours.
Un peu plus tard
L'allemande traversa le long couloir d'un pas ferme, le sac de cours lourdement posé sur l'épaule. Une nuée d'étudiants pressés marchaient également à ses côtés, mais aucun ne daignait courir dans l'enceinte de l'école, par peur de se faire prendre. Mais l'air reflétait la discipline de des lieux. Même enveloppée dans sa cape, Adélaïde frissonna. L'hiver russe était rude, et malgré les avertissements de Lothar, elle n'avait pas évalué la gravité de la situation. Loin des hivers à quelques degrés en Allemagne, les températures ici ne frôlait que rarement les degrés positifs. Étant constamment dans les négatifs, on trouvait toujours floppée d'élèves aux petits soins à l'infirmerie. Elle-même y était passé plusieurs fois depuis le début de l'année.
Épuisée, elle bifurquait à gauche et pénétra dans sa salle de classe ou s'affairait déjà quelques uns de ses camarades, qu'elle ne salua pas. Il était apparu que se faire des amis à Durmstrang était un défi. Que cela soit à cause de la discipline ou de la mentalité des élèves, la première année n'avait réussi à réellement discuter qu'avec 3 ou 4 personnes. Il faut dire qu'elle ne faisait pas non plus beaucoup d'efforts. Mais cela lui allait ainsi, c'est pourquoi elle ne fit pas d'histoire, et salua le professeur.
— Привет, учитель¹
D'un signe de tête poli, elle passa devant lui et s'installa à son habituel pupitre. Bien que fatiguée, sa posture restait droite et stricte. Il le devait, il en était ainsi.
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¹ Привет, учитель - Privet, uchitel' - Bonjour professeur
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So wenig Zeit
Printemps 2025-2026
La neige avait disparu il y a quelques semaines déjà, et seul les pluies torrentielles du mois de Mai étaient présentes pour leur rappeler que la météo russe laissait à désirer. Cet après-midi là, Adélaïde était allée à la bibliothèque pour y rendre un livre de cours, et avait fini scotché à un roman d'aventure trouvé par hasard sur une des grandes étagères de la salle. L'histoire était un peu banale, assez courante. C'était toujours le même principe : un enfant différent, découvert par on ne sait quel génie qui allait faire de lui un héros légendaire. Ce héros partait pour une quête toujours plus grande, toujours plus difficile. Non, ce n'était pas vraiment le contexte qui la charmait, mais plutôt l'écriture. Chaque mot vivait de la plume de son autrice, on sentait la flèche d'un archer nous toucher, le désespoir du héros au point de chute, tout. Les mors étaient poignants, et le texte était rédigé d'une telle façon qu'on se sentait absorber par le monde de fiction qui s'ouvrait à nous. Un monde qui ne peut exister que dans la plus grande des imaginations, et qui résident parfois dans les esprits les plus inattendus. S'évader, de laisser engouffrer dans les pages d'un livre, Adélaïde acceptait de finir ainsi.
Elle avait passé deux bonnes heures plantée sur sa chaise, son expression changeante à chaque événement délirant, mais vint le moment de quitter la bibliothèque pour aller dîner. Elle emprunta le livre à l'habituelle vieille dame grincheuse et se dépêcha de rejoindre la salle de repas. Cela faisait un moment qu'elle ne s'était pas autant reposé à l'école, et pourtant, elle n'était qu'en première année d'étude... Et dire qu'Adélaïde n'avait pas cru Simon lorsqu'il lui avait raconté que beaucoup d'élèves abandonnaient leur cursus scolaire en plein milieu... Mais désormais, elle savait. Et elle était bien prête à relever le défi. Car Durmstrang était bien plus qu'une école; c'était une aventure.
320
La neige avait disparu il y a quelques semaines déjà, et seul les pluies torrentielles du mois de Mai étaient présentes pour leur rappeler que la météo russe laissait à désirer. Cet après-midi là, Adélaïde était allée à la bibliothèque pour y rendre un livre de cours, et avait fini scotché à un roman d'aventure trouvé par hasard sur une des grandes étagères de la salle. L'histoire était un peu banale, assez courante. C'était toujours le même principe : un enfant différent, découvert par on ne sait quel génie qui allait faire de lui un héros légendaire. Ce héros partait pour une quête toujours plus grande, toujours plus difficile. Non, ce n'était pas vraiment le contexte qui la charmait, mais plutôt l'écriture. Chaque mot vivait de la plume de son autrice, on sentait la flèche d'un archer nous toucher, le désespoir du héros au point de chute, tout. Les mors étaient poignants, et le texte était rédigé d'une telle façon qu'on se sentait absorber par le monde de fiction qui s'ouvrait à nous. Un monde qui ne peut exister que dans la plus grande des imaginations, et qui résident parfois dans les esprits les plus inattendus. S'évader, de laisser engouffrer dans les pages d'un livre, Adélaïde acceptait de finir ainsi.
Elle avait passé deux bonnes heures plantée sur sa chaise, son expression changeante à chaque événement délirant, mais vint le moment de quitter la bibliothèque pour aller dîner. Elle emprunta le livre à l'habituelle vieille dame grincheuse et se dépêcha de rejoindre la salle de repas. Cela faisait un moment qu'elle ne s'était pas autant reposé à l'école, et pourtant, elle n'était qu'en première année d'étude... Et dire qu'Adélaïde n'avait pas cru Simon lorsqu'il lui avait raconté que beaucoup d'élèves abandonnaient leur cursus scolaire en plein milieu... Mais désormais, elle savait. Et elle était bien prête à relever le défi. Car Durmstrang était bien plus qu'une école; c'était une aventure.
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So wenig Zeit
Septembre 2026-2027
Revenir sur les lieux d'une épreuve passée était toujours d'un accroc important. Mais qu'en étaient-ils des élèves qui, année après année, posait à nouveau pied dans le château de Durmstrang ? On était toujours présent pour soutenir les gens qui souhaitaient renouer avec le passé, mais jamais proche des jeunes adolescents auxquels on demandait toujours plus d'investissement. Le chemin était long, éprouvant, beaucoup n'en voyait jamais la fin. Mais pourtant, tous semblaient négliger l'effort que cela requiert. La puissance et la contenance que chaque retour en Russie demandait à chacun des étudiants de l'établissement étaient d'une véritable surprise. On ne pouvait imaginer l'ardeur du cœur d'un élève à l'approche de l'établissement, sans l'avoir vécu par le passé. Les paires d'yeux qui se posaient sur les pierres froides de leur lieu d'apprentissage y voyaient des infortunes par dizaines, et leurs simples souvenirs permettaient de provoquer en eux une véritable panique. On aurait tendance à penser que ça s'arrangera une fois qu'on sera habitué, mais Durmstrang n'était de celles dont on s'habituait. On la subissait. Ceux qui prétendaient y avoir passé la majorité de leurs années à s'amuser n'étaient que des diseurs de bonnes aventures qui contient des mensonges à longueur de journée en espérant que les plus manipulables les croiraient. Là-bas, on donnait notre sueur, notre sang et nos larmes. On en sortait vidé de toute énergie vitale, mais étrangement empli d'un soulagement qu'aucun autre n'aurait pu ressentir. Que serait le monde sans ces piques de bonheur, qui, à l'approche d'une renouvellement éprouvant, chutaient aussi vite qu'ils étaient apparus ? Alors, les élèves revêtaient à nouveau leurs uniformes, le rouge de leurs manteaux, à l'instar de leur teint pâle. Le palisse qui les distinguait, la couleur de leur ceinture, rien de tout cela ne les séparait. Ils avaient beau étudier différentes thématiques, être du sang opposé, ici, ils étaient tous les mêmes. Tous embarqués dans la même galère, où la seule solution était de prendre sur soi et donner le meilleur qu'on pouvait offrir. Compter sur l'aide d'un autre pouvait être d'un soulagement étrange, mais ils ne pouvaient être certains que cela paierait. Dans le doute, on préférait rester dans son coin, travailler comme jamais, et prier pour que cela fonctionne. Des amitiés se forgeaient, des habitudes s'installaient, des connaissances s'amassaient, mais la personne restait la même. Elle avait beau traverser des événements tenaces, le fin fond de sa personnalité ne bougeait drastiquement pas. L'étrange sensation d'avoir évolué, laissé derrière soi celle ou celui qu'on était avant notre arrivée n'était qu'une illusion de leurs pensées qui leur faisaient croire que l'école leur apportait autre chose que le supplice.
Adélaïde, perchée sur ses chaussures cirées, haletait. Dans la fraîche soirée d'été nordique, se tenir face au château était bien plus qu'une simple image. Les jointures de ses mains étaient blanchies par la peur. La douleur ressentie par la pression de ses poings fermés ne la touchait même pas. Fraîchement descendue du navire, elle tentait désespérément de s'assurer que tout irait bien. L'avantage premier ; elle n'était plus nouvelle. À présent, les dédales du bâtiment n'avaient plus de secrets pour son petit cerveau d'adolescente. Elle n'avait pas à traverser une seconde fois la panique totale ressentie dans le bureau du directeur, il y a un an de cela. L'idéal aurait été de ne jamais reposer le pied sur ce monticule glacial, mais il lui était impossible de faire marche arrière. Et qu'aurait pensé ses camarades ? S'il y avait une chose à laquelle elle œuvrait pour ne pas que celle-ci se produise, c'était être vue comme une lâche. Comme celle qui aurait abandonné par pur égoïsme. La noiraude n'était pas seule. Elle n'était pas seule à ne rien comprendre en cours. Elle n'était pas seule à rater un exercice. Elle n'était pas la seule à avoir pleurée de douleur. La charge mentale qui reposait sur chacun de ces sorciers dépassait tout ce qu'on pouvait imaginer. Se contenter de s'en aller, sans prévenir, parce qu'elle ne se sentait pas à la hauteur pour continuer, était comme un péché. Personne ne la jugerait si elle avait du mal. Au contraire, elle serait à jamais identifiée comme la faible de service, si elle se laissait envelopper par l'abandon le plus total. Même se faire renvoyer serait plus acceptable. De toute façon, ils devaient passer par cette case de leur vie. Dans celle-ci, sans une éducation plus ou moins utile, il leur serait difficile de trouver un métier à la hauteur de leur attente. Alors, s'il fallait subir sept ans d'acharnement extrêmement, pour des dizaines d'années de bonheur, autant essayer de survivre. De son côté, Adélaïde essayait de voir tout cela comme un jeu. Les moldus en avaient un, apparemment, qui s'appelait le jeu de l'oie. Un mois représentait une case. Parfois, elle tombait sur un avantage, lui permettant de continuer plus facilement. Le reste du temps, c'était un malus qui se présentait à elle. Alors, elle tombait un peu plus. Mais ils finissaient toujours par terminer le jeu, peu importe le temps que cela prenait. La quête vers la réussite était longue, surmontée d'embuscades, certes, mais cela ne signifiait pas que celle-là était impossible. Certains mettaient simplement plus de temps que d'autres, et ils ne pouvaient en faire autrement.
Le cœur lourd, Adélaïde avança. Lentement, traînant du pas, mais elle avançait. Les grandes portes se dressaient devant son corps tendu, franchis par une horde d'autres élèves. L'écho de la voix masculine de Lothar s'empara de son esprit. Passe ces portes. Passe-les, et tout ira mieux. Jamais un tel conseil ne lui avait été confié. Pourtant, il semblait étrangement réel. Comme si, de simples mots pouvaient être le chemin vers la sécurité, la vérité. De toute façon, la jeune fille ne pouvait faire autrement. Si elle avait voulu s'en aller, cela aurait été fait, il y a bien longtemps. Son inconscient l'avait mené jusqu'ici, pour une raison bien précise, bien que mystérieuse pour le rationnel de l'enfant. Elle devait se contenter de cet instinct qui lui criait d'avancer, et c'était bien suffisant. Avoir l'impression qu'une émulation la contrôlait totalement, comme un pantin près à agir selon ses envies était déjà assez compliqué. Alors, guidée par les liens que tenait cette chose, elle pénétra dans l'enceinte massive du lieu, laissant les grands remparts derrière elle. La bouffée de chaleur que contenait l'intérieur sembla totalement s'abattre sur le visage de l'Allemande, qui grimaça amèrement. Ouch. Discrètement, elle jeta quelques coups d'œil aux autres, comme pour s'assurer que cette attaque n'était pas que le fruit de son imagination vociférant. Tous détenaient leur propre expression, bien qu'elles soient toutes plus ou moins reliées par le contrôle mentale pesant de Durmstrang. Les élèves étaient comme des marionnettes avec lesquelles la direction s'amusait. Ils étaient dévoués à une nouvelle année de contraintes, d'engourdissement et de lourdeur, mais personne ne pouvait rien n'y faire.
La deuxième année poursuivit son chemin en direction de son dortoir, où elle retrouverait ses camarades de chambrée. La mélancolie des doux réveils d'été, à l'allégresse des rires de Marius jouant avec Simon allait, dès demain matin, être remplacés par les cris stridents d'une de ses pseudo-amies, à moins qu'elle ne soit désignée pour s'en charger ce mois-ci. Si seulement Iaros avait pu être celui qui la mettait de bonne humeur chaque matin, avec une de ses blagues à la noix qui, malgré tout, la faisant rire bêtement. Si seulement son sourire charmeur avait pu être celui que rencontreraient ses yeux à l'aube, que son regard pétillant croise le sien jour après jour, que son parfum soit celui d'un renouveau, jour après jour, comme s'ils étaient à chaque fois un rêve toujours plus merveilleux, lumineux, fervent. C'est en fabulant d'un monde parfait qu'elle monta les escaliers en direction du troisième étage, où elle trouverait toutes les pièces reliées à sa voie d'étude. Plus elle progressait dans cette tenue, plus des têtes familières se montrèrent. Elle reconnut parmi eux certains de ses camarades de classe, à l'allure tout aussi morose qu'elle. Sa poitrine, toutefois, avait cessé de lui faire mal. Père ne s'était indubitablement pas trompé. Vraisemblablement, une fois à l'intérieur, le plus âpre était passée. Comme si un portail particulièrement lancinant défiait tous ceux qui le traversaient, leur faisant ressentir une profonde affliction, avant d'enfin leur ouvrir les portes du combat.
Elle bifurqua à droite en direction de l'aile nord, où résidaient les élèves. À force de s'y rendre plusieurs fois par jour, on se souvenait assez rapidement du trajet. Encore heureux pour quelqu'un qui y habitait depuis un an. Plus elle se rapprochait de son dortoir, plus le souvenir des draps agréables, de leur chaleur, et du feu ardent dans la cheminée embaumaient son esprit divaguant. Le premier jour, Adélaïde avait été passablement médusée par la qualité des couvertures. Elle qui s'attendait à un mobilier acariâtre, à l'image de l'école de sorcellerie, on pouvait dire qu'elle s'était totalement trompée. Ainsi, la direction se souciait du confort de leurs élèves dans leur temps de pause, mais ne s'évertuait pas à améliorer leur condition d'apprentissage. Quelque chose comme ralentir sur le rythme du labeur serait plutôt salutaire. Mais bon, ils ne pouvaient que s'efforcer de le conjecturer. Ils n'étaient pas en état de leur demander la Lune.
Face à la simple porte de son dortoir, Adélaïde soupira. En passant le seuil de celle-ci, elle allait retrouver un monde qui n'existait nulle part ailleurs. Un endroit où quelques sourires étaient échangés, des aides apportées, des jeux organisés. Les soirs de cours étaient toujours un peu plus supportable lorsqu'on se savait épaulé par d'autres filles, qui pouvaient s'apparenter à des amies. La jeune Brennen ne leur avait jamais posé la question. La considérait-elle comme une simple collègue, ou est-ce que les journées passées ensemble les avaient terriblement rapprochées les unes des autres ? Jamais elle n'oserait demander. Par peur d'avoir conçu une image de leur relation qui ne subsistait tout simplement pas, par appréhension d'un jugement colossale de leur part, par terreur que son image de pauvre fille s'étant attachée à d'autres qui n'avait jamais éprouvé rien de plus que de la répugnance de son égard se prolifère dans l'établissement tout entier, par épouvante du jugement singulièrement dantesque de la part de tous ceux qui auraient eu pitié d'elle. Adélaïde ne voulait de la pitié de personne. S'il fallait l'éviter en ne posant pas la question, elle le ferait. Un jour viendra où une d'entre elle osera prononcer cette interrogation à voix claire et entendue. Cela ne sera tout simplement pas elle, mais elle savait, au plus profond de son cœur, que celle-ci gagnerait l'entièreté de sa confiance et son empathie.
La brune s'avisait constamment de se rappeler qu'elle était bien trop faible pour faire face à un tel acte de courage. Ainsi, cette fille représentera la force dont elle n'aura jamais su faire preuve.
D'un geste indolent, elle poussa la large porte de bois et s'insinua à l'intérieur. Les effluves du bois consumé mélangé au parfum de celle qui se trouvait sur son lit naviguèrent jusqu'aux narines de la petite, qui se retint de souffler d'aise à la fragrance rassurante de son lieu de vie. D'un sourire entendu, elle salua l'autre, et s'empressa de déballer ses affaires. Ses uniformes retrouvèrent leur place dans l'armoire, ainsi que les vêtements du dimanche, bien qu'ils soient peu nombreux. Quelques jours auparavant, lorsqu'il avait été temps de boucler les valises, elle y avait glissé la robe offerte par mère cet été. Elle ne lui servirait sûrement pas, mais la simple pensée de la savoir ici, et non pas à la portée de n'importe qui d'autre qui s'introduirait dans sa chambre, était rassurante. Les quelques livres qu'elle avait achetés dans une boutique trônaient à présent sur l'étagère, disposés de sorte à ce que leurs traitées scientifiques apparaissent facilement aux yeux de tous. Ses autres babioles sentimentales furent placées dans le coffre, et sa baguette, durement choisie chez Gregorovitch, était à présent délicatement placée sur la table de chevet.
Lorsque la valise fut entièrement vidée – ou presque, quelques chaussettes vagabondes gisaient toujours à l'intérieur, mais qui furent rapidement dissimulées sous le lit– elle se laissa tomber sur le matelas rebondis. Le corps en étoile, elle se laissa engloutir par la couverture rouge, et ferma les yeux. Dans la pénombre, elle voyait des revers, des complications, des déchirements, mais surtout, une espérance flamboyante.
2055
Revenir sur les lieux d'une épreuve passée était toujours d'un accroc important. Mais qu'en étaient-ils des élèves qui, année après année, posait à nouveau pied dans le château de Durmstrang ? On était toujours présent pour soutenir les gens qui souhaitaient renouer avec le passé, mais jamais proche des jeunes adolescents auxquels on demandait toujours plus d'investissement. Le chemin était long, éprouvant, beaucoup n'en voyait jamais la fin. Mais pourtant, tous semblaient négliger l'effort que cela requiert. La puissance et la contenance que chaque retour en Russie demandait à chacun des étudiants de l'établissement étaient d'une véritable surprise. On ne pouvait imaginer l'ardeur du cœur d'un élève à l'approche de l'établissement, sans l'avoir vécu par le passé. Les paires d'yeux qui se posaient sur les pierres froides de leur lieu d'apprentissage y voyaient des infortunes par dizaines, et leurs simples souvenirs permettaient de provoquer en eux une véritable panique. On aurait tendance à penser que ça s'arrangera une fois qu'on sera habitué, mais Durmstrang n'était de celles dont on s'habituait. On la subissait. Ceux qui prétendaient y avoir passé la majorité de leurs années à s'amuser n'étaient que des diseurs de bonnes aventures qui contient des mensonges à longueur de journée en espérant que les plus manipulables les croiraient. Là-bas, on donnait notre sueur, notre sang et nos larmes. On en sortait vidé de toute énergie vitale, mais étrangement empli d'un soulagement qu'aucun autre n'aurait pu ressentir. Que serait le monde sans ces piques de bonheur, qui, à l'approche d'une renouvellement éprouvant, chutaient aussi vite qu'ils étaient apparus ? Alors, les élèves revêtaient à nouveau leurs uniformes, le rouge de leurs manteaux, à l'instar de leur teint pâle. Le palisse qui les distinguait, la couleur de leur ceinture, rien de tout cela ne les séparait. Ils avaient beau étudier différentes thématiques, être du sang opposé, ici, ils étaient tous les mêmes. Tous embarqués dans la même galère, où la seule solution était de prendre sur soi et donner le meilleur qu'on pouvait offrir. Compter sur l'aide d'un autre pouvait être d'un soulagement étrange, mais ils ne pouvaient être certains que cela paierait. Dans le doute, on préférait rester dans son coin, travailler comme jamais, et prier pour que cela fonctionne. Des amitiés se forgeaient, des habitudes s'installaient, des connaissances s'amassaient, mais la personne restait la même. Elle avait beau traverser des événements tenaces, le fin fond de sa personnalité ne bougeait drastiquement pas. L'étrange sensation d'avoir évolué, laissé derrière soi celle ou celui qu'on était avant notre arrivée n'était qu'une illusion de leurs pensées qui leur faisaient croire que l'école leur apportait autre chose que le supplice.
Adélaïde, perchée sur ses chaussures cirées, haletait. Dans la fraîche soirée d'été nordique, se tenir face au château était bien plus qu'une simple image. Les jointures de ses mains étaient blanchies par la peur. La douleur ressentie par la pression de ses poings fermés ne la touchait même pas. Fraîchement descendue du navire, elle tentait désespérément de s'assurer que tout irait bien. L'avantage premier ; elle n'était plus nouvelle. À présent, les dédales du bâtiment n'avaient plus de secrets pour son petit cerveau d'adolescente. Elle n'avait pas à traverser une seconde fois la panique totale ressentie dans le bureau du directeur, il y a un an de cela. L'idéal aurait été de ne jamais reposer le pied sur ce monticule glacial, mais il lui était impossible de faire marche arrière. Et qu'aurait pensé ses camarades ? S'il y avait une chose à laquelle elle œuvrait pour ne pas que celle-ci se produise, c'était être vue comme une lâche. Comme celle qui aurait abandonné par pur égoïsme. La noiraude n'était pas seule. Elle n'était pas seule à ne rien comprendre en cours. Elle n'était pas seule à rater un exercice. Elle n'était pas la seule à avoir pleurée de douleur. La charge mentale qui reposait sur chacun de ces sorciers dépassait tout ce qu'on pouvait imaginer. Se contenter de s'en aller, sans prévenir, parce qu'elle ne se sentait pas à la hauteur pour continuer, était comme un péché. Personne ne la jugerait si elle avait du mal. Au contraire, elle serait à jamais identifiée comme la faible de service, si elle se laissait envelopper par l'abandon le plus total. Même se faire renvoyer serait plus acceptable. De toute façon, ils devaient passer par cette case de leur vie. Dans celle-ci, sans une éducation plus ou moins utile, il leur serait difficile de trouver un métier à la hauteur de leur attente. Alors, s'il fallait subir sept ans d'acharnement extrêmement, pour des dizaines d'années de bonheur, autant essayer de survivre. De son côté, Adélaïde essayait de voir tout cela comme un jeu. Les moldus en avaient un, apparemment, qui s'appelait le jeu de l'oie. Un mois représentait une case. Parfois, elle tombait sur un avantage, lui permettant de continuer plus facilement. Le reste du temps, c'était un malus qui se présentait à elle. Alors, elle tombait un peu plus. Mais ils finissaient toujours par terminer le jeu, peu importe le temps que cela prenait. La quête vers la réussite était longue, surmontée d'embuscades, certes, mais cela ne signifiait pas que celle-là était impossible. Certains mettaient simplement plus de temps que d'autres, et ils ne pouvaient en faire autrement.
Le cœur lourd, Adélaïde avança. Lentement, traînant du pas, mais elle avançait. Les grandes portes se dressaient devant son corps tendu, franchis par une horde d'autres élèves. L'écho de la voix masculine de Lothar s'empara de son esprit. Passe ces portes. Passe-les, et tout ira mieux. Jamais un tel conseil ne lui avait été confié. Pourtant, il semblait étrangement réel. Comme si, de simples mots pouvaient être le chemin vers la sécurité, la vérité. De toute façon, la jeune fille ne pouvait faire autrement. Si elle avait voulu s'en aller, cela aurait été fait, il y a bien longtemps. Son inconscient l'avait mené jusqu'ici, pour une raison bien précise, bien que mystérieuse pour le rationnel de l'enfant. Elle devait se contenter de cet instinct qui lui criait d'avancer, et c'était bien suffisant. Avoir l'impression qu'une émulation la contrôlait totalement, comme un pantin près à agir selon ses envies était déjà assez compliqué. Alors, guidée par les liens que tenait cette chose, elle pénétra dans l'enceinte massive du lieu, laissant les grands remparts derrière elle. La bouffée de chaleur que contenait l'intérieur sembla totalement s'abattre sur le visage de l'Allemande, qui grimaça amèrement. Ouch. Discrètement, elle jeta quelques coups d'œil aux autres, comme pour s'assurer que cette attaque n'était pas que le fruit de son imagination vociférant. Tous détenaient leur propre expression, bien qu'elles soient toutes plus ou moins reliées par le contrôle mentale pesant de Durmstrang. Les élèves étaient comme des marionnettes avec lesquelles la direction s'amusait. Ils étaient dévoués à une nouvelle année de contraintes, d'engourdissement et de lourdeur, mais personne ne pouvait rien n'y faire.
La deuxième année poursuivit son chemin en direction de son dortoir, où elle retrouverait ses camarades de chambrée. La mélancolie des doux réveils d'été, à l'allégresse des rires de Marius jouant avec Simon allait, dès demain matin, être remplacés par les cris stridents d'une de ses pseudo-amies, à moins qu'elle ne soit désignée pour s'en charger ce mois-ci. Si seulement Iaros avait pu être celui qui la mettait de bonne humeur chaque matin, avec une de ses blagues à la noix qui, malgré tout, la faisant rire bêtement. Si seulement son sourire charmeur avait pu être celui que rencontreraient ses yeux à l'aube, que son regard pétillant croise le sien jour après jour, que son parfum soit celui d'un renouveau, jour après jour, comme s'ils étaient à chaque fois un rêve toujours plus merveilleux, lumineux, fervent. C'est en fabulant d'un monde parfait qu'elle monta les escaliers en direction du troisième étage, où elle trouverait toutes les pièces reliées à sa voie d'étude. Plus elle progressait dans cette tenue, plus des têtes familières se montrèrent. Elle reconnut parmi eux certains de ses camarades de classe, à l'allure tout aussi morose qu'elle. Sa poitrine, toutefois, avait cessé de lui faire mal. Père ne s'était indubitablement pas trompé. Vraisemblablement, une fois à l'intérieur, le plus âpre était passée. Comme si un portail particulièrement lancinant défiait tous ceux qui le traversaient, leur faisant ressentir une profonde affliction, avant d'enfin leur ouvrir les portes du combat.
Elle bifurqua à droite en direction de l'aile nord, où résidaient les élèves. À force de s'y rendre plusieurs fois par jour, on se souvenait assez rapidement du trajet. Encore heureux pour quelqu'un qui y habitait depuis un an. Plus elle se rapprochait de son dortoir, plus le souvenir des draps agréables, de leur chaleur, et du feu ardent dans la cheminée embaumaient son esprit divaguant. Le premier jour, Adélaïde avait été passablement médusée par la qualité des couvertures. Elle qui s'attendait à un mobilier acariâtre, à l'image de l'école de sorcellerie, on pouvait dire qu'elle s'était totalement trompée. Ainsi, la direction se souciait du confort de leurs élèves dans leur temps de pause, mais ne s'évertuait pas à améliorer leur condition d'apprentissage. Quelque chose comme ralentir sur le rythme du labeur serait plutôt salutaire. Mais bon, ils ne pouvaient que s'efforcer de le conjecturer. Ils n'étaient pas en état de leur demander la Lune.
Face à la simple porte de son dortoir, Adélaïde soupira. En passant le seuil de celle-ci, elle allait retrouver un monde qui n'existait nulle part ailleurs. Un endroit où quelques sourires étaient échangés, des aides apportées, des jeux organisés. Les soirs de cours étaient toujours un peu plus supportable lorsqu'on se savait épaulé par d'autres filles, qui pouvaient s'apparenter à des amies. La jeune Brennen ne leur avait jamais posé la question. La considérait-elle comme une simple collègue, ou est-ce que les journées passées ensemble les avaient terriblement rapprochées les unes des autres ? Jamais elle n'oserait demander. Par peur d'avoir conçu une image de leur relation qui ne subsistait tout simplement pas, par appréhension d'un jugement colossale de leur part, par terreur que son image de pauvre fille s'étant attachée à d'autres qui n'avait jamais éprouvé rien de plus que de la répugnance de son égard se prolifère dans l'établissement tout entier, par épouvante du jugement singulièrement dantesque de la part de tous ceux qui auraient eu pitié d'elle. Adélaïde ne voulait de la pitié de personne. S'il fallait l'éviter en ne posant pas la question, elle le ferait. Un jour viendra où une d'entre elle osera prononcer cette interrogation à voix claire et entendue. Cela ne sera tout simplement pas elle, mais elle savait, au plus profond de son cœur, que celle-ci gagnerait l'entièreté de sa confiance et son empathie.
La brune s'avisait constamment de se rappeler qu'elle était bien trop faible pour faire face à un tel acte de courage. Ainsi, cette fille représentera la force dont elle n'aura jamais su faire preuve.
D'un geste indolent, elle poussa la large porte de bois et s'insinua à l'intérieur. Les effluves du bois consumé mélangé au parfum de celle qui se trouvait sur son lit naviguèrent jusqu'aux narines de la petite, qui se retint de souffler d'aise à la fragrance rassurante de son lieu de vie. D'un sourire entendu, elle salua l'autre, et s'empressa de déballer ses affaires. Ses uniformes retrouvèrent leur place dans l'armoire, ainsi que les vêtements du dimanche, bien qu'ils soient peu nombreux. Quelques jours auparavant, lorsqu'il avait été temps de boucler les valises, elle y avait glissé la robe offerte par mère cet été. Elle ne lui servirait sûrement pas, mais la simple pensée de la savoir ici, et non pas à la portée de n'importe qui d'autre qui s'introduirait dans sa chambre, était rassurante. Les quelques livres qu'elle avait achetés dans une boutique trônaient à présent sur l'étagère, disposés de sorte à ce que leurs traitées scientifiques apparaissent facilement aux yeux de tous. Ses autres babioles sentimentales furent placées dans le coffre, et sa baguette, durement choisie chez Gregorovitch, était à présent délicatement placée sur la table de chevet.
Lorsque la valise fut entièrement vidée – ou presque, quelques chaussettes vagabondes gisaient toujours à l'intérieur, mais qui furent rapidement dissimulées sous le lit– elle se laissa tomber sur le matelas rebondis. Le corps en étoile, elle se laissa engloutir par la couverture rouge, et ferma les yeux. Dans la pénombre, elle voyait des revers, des complications, des déchirements, mais surtout, une espérance flamboyante.
2055
So wenig Zeit
Janvier 2027
Après quelques mois de réhabilité à la vie au château, Adélaïde allait un peu mieux. Du moins, elle ne s'effondrait plus toutes les cinq minutes lorsqu'on lui assignait une tâche pénible. Le traitement de princesse qu'elle recevait au manoir Brennen ne voulait apparemment pas la quitter, et ses camarades de chambrée avaient dû la secouer bien fort pour qu'elle se réveille de ses rêves irréalisables. Elle était sans le déni le plus total. Ne voulant pas quitter le confort quotidien qui lui était offert en Allemagne, elle avait rencontré beaucoup de difficulté à se remettre sur pied. Le matin, on devait venir lui donner deux ou trois claques pour qu'elle peine à ouvrir les yeux. Ses camarades n'avaient pas d'autre choix que de la traîner au renforcement, et la ramasser chaque fois qu'elle se laissait bêtement tomber de fatigue. Au déjeuner, il fallait lui mettre la cuillère dans la bouche, autrement, elle n'avalait rien. En cours, on lui soufflait de sortir ses affaires avant que les professeurs ne remarquent l'absence de tout matériel scolaire sur son bureau. Le soir, ses collègues la bordaient dans ses couvertures, en la sermonnant toujours de la même manière : c'est la dernière fois qu'on fait tout ça pour toi. Évidemment, elles recommençaient aussi rapidement qu'elles voyaient Adélaïde si peu investie dans sa scolarité. Si cette dernière n'était pas assez attentive pour retenir quoi que ce soit, elle remarquait bien tous les efforts que les autres faisaient à son encontre, comme si elles s'inquiétaient pour elle, comme des amies. Mais peut-être l'étaient-elles ? La nuit, dans la pénombre, durant les rares heures où son cerveau acceptait de fonctionner, elle se plongeait dans de lourdes réflexions sur la relation qu'elle entretenait avec ces filles. Étaient-elles simplement compatissantes, où est-ce que l'inquiétude s'emparait véritablement de leurs corps à l'approche de l'Allemande ? L'état physique et psychologique de la deuxième année s'aggravait sérieusement. Jour après jour, elle débarquait en cours un peu plus cernée, un peu plus écroulée. Personne n'osait rien dire à cette pauvre enfant qui se démenait. Celle-ci avait tout juste la force de paraître motivée lorsque les professeurs lui adressaient un coup d'œil entendu. Elle, qui avait tant participé à l'oral lorsqu'il le fallait, était devenue muette comme une carpe. Il y avait de quoi s'inquiéter.
La petite n'osait pas faire part de son mal-être aux autres élèves. Qu'en penseraient-ils ? Ses inquiétudes grandissantes deviendraient totalement réelles. Ils étaient tous dans la même galère. Elle n'était pas la seule à avoir beaucoup de mal à s'en sortir. C'était bien égoïste de sa part de penser que personne ne pouvait la comprendre. Pourtant, en parler semblerait empirer les choses. Ils comprendraient la source de son comportement, et lui assurerait qu'elle était immensément lâche d'avoir laissé afficher un tel sentiment, alors que tout autre œuvrait pour le dissimuler. Qu'elle osait, culottée qu'elle était, dévoiler aux yeux de tous un minuscule langueur tandis que le reste des élèves faisaient tout ce qui étaient en leur pouvoir pour enterrer leurs graves difficultés.
Toute personne un minimum informé ayant fréquenté l'établissement savait pertinemment que si on voulait passer outre sept ans à l'intérieur, mieux valait garder ses craintes pour soi. Confiées à n'importe qui, on ne pouvait imaginer les conséquences dévastatrices que de simples mots pouvaient avoir. Accorder sa confiance à toute personne qu'on prétendrait assez connaître pour être certain qu'elle ne dirait rien était suicidaire. Tous servaient des propres intérêts par le biais d'un autre. De telles informations aux mains d'un élève pouvaient être source de réussite, de renommée et de victoire. Conservées par un ami, même fidèle, qui était assez idiot pour penser qu'il ne les divulguerait pas ? De toute évidence, il les utiliserait à bon escient, pour le faire monter en grade. Durmstrang était un véritable Cluedo géant, où il fallait démontrer des aptitudes pour la découverte des trahisons et des mensonges. Sans un minimum d'attention, on pouvait laisser passer un détail cardinal sans encombre.
Ainsi, incitée par les conseils de ses angoisses, elle ne s'ouvrait jamais. Même Iaros n'avait pas eu le droit à ses explications. La petite était entièrement renfermée sur elle-même, comme une minuscule coquille vide. Car, en ne prononçant plus un mot, sa parole perdait de sa richesse. Sa voix n'était plus un souffle mélodieux, mais un braillement insupportable, chaque mot, autrefois au sens profond, était désormais dépourvu de toute morale. Et encore, si cela ne touchait que sa voix ! Son raisonnement tout entier, son physique sans exception, ses actions maladroites, tout laisser à penser qu'Adélaïde ne finirait jamais ses études. Elle allait craquer, c'était certain.
L'absence presque totale de nouvelle de sa famille depuis plusieurs mois y était certainement pour quelque chose. La dernière lettre reçue devait bien remonter à début septembre, quelques jours après la rentrée. Signée de la plume de Lothar, ses nouvelles étaient au nom de la famille toute entière, du moins c'est ce qu'il prétendait. Elle ne doutait pas assurément de la véracité de ses propos concernant Marius et lui-même, mais il était à la portée de n'importe qui de se poser des questions sur la partie où il parlait de Maeve. Elle semblait bien trop embellie par rapport à son comportement habituel. Son père avait-il voulu la manipuler en pensant qu'elle tomberait dans le panneau, ou est-ce simplement que mère était d'une douceur méconnaissable lorsque la noiraude quittait la maison ? Dans tous les cas, cela était bien trop étrange pour être sobrement passé sous silence. Après s'être concertée avec Simon qui avait reçu le même hibou, les deux s'étaient bel et bien rendu compte qu'arnaque, il y avait. Ils s'étaient promis de rester vigilant et de toujours prévenir l'autre si une nouvelle lettre leur parvenait, histoire de l'analyser ensemble pour en tirer des conclusions. En discuter avec son frère avait été comme un poids en moins, bien qu'une lourde pierre s'abattait toujours sur les épaules de l'enfant.
Mais rien. Rien d'autre n'était revenu depuis. Ni hibou grand-duc de père, ni la chouette hulotte de mère n'avait pénétré l'enceinte de Durmstrang depuis cet étrange mot. Alors, peinée, déboussolée, la passionnée d'astronomie avait commencé à chuter. Lentement, mais sûrement. Qu'avait voulu dire faire ? S'était-il basé sur sa crise de début d'été ? Pensait-il qu'elle avait besoin de réconfort, de savoir que Maeve s'inquiétait pour elle ?
La condescendance que dévoilait cette lettre était bien plus grave que n'importe quel autre signe de présence. Ayant déjà la pitié bien suffisante des autres élèves, elle n'avait pas besoin de la plus douloureuse, la plus signifiante, en plus. Les émotions de père valait bien plus que celles des autres s'imaginait la petite Brennen. Cependant, elle les préférait positive. Se voir accorder la confiance de père, sa joie, son euphorie, était bien plus agréable que de recevoir sa colère, son affliction, son jugement et ses visages déçus. À travers ce mot, il semblait affirmer tout son mépris, d'une fierté absolument troublante. Comment quelques lignes à la calligraphie appliquée pouvaient tant toucher une enfant ? Comment un père arrivait-il à surmonter le fait de communiquer de fausses vérités à sa fille ? Rien n'allait plus, et rien ne laisse penser que tout irait mieux.
Toutefois, en se réveillant ce matin, elle sentit une force chaleureuse détendre ses muscles engourdis. Une sensation inéluctable qui s'immisçait progressivement dans l'entièreté du son corps, la guidant vers une nouvelle voie, un nouveau chemin. Toutes dormaient encore, ce qui était assez compréhensible pour un début de dimanche. Adélaïde aussi se sentait épuisée, et aurait donné n'importe quoi pour savourer ses dernières heures de sommeil avant le déjeuner, ce qui était malheureusement impossible en cette fraîche journée d'hiver. La puissance de la chose qui la tirait hors du lit ne pouvait être combattue, comme si elle appartenait au sombre monde de la magie contrôleuse. Pantin d'une ombre qui n'existait pas, comme depuis le début de l'année, elle s'empressa de revêtir sa tenue avant de se glisser hors de la chambre, dans une discrétion presque totale.
Les dédales du château commençaient indolemment à se remplir, mais rien n'égalait aux véritables bouchons que rencontraient quotidiennement les élèves à chaque intercours. Sa longue cape rouge flottant autour de ses chevilles alors qu'elle se déplaçait furtivement dans le château, sans vraiment savoir où elle allait, et pourquoi. Le simple fait d'être sortie d'elle-même du lit était un exploit anémiant. Se demander ce qu'elle devait faire désormais était bien au-delà de ses capacités. Ses pieds la guidaient, à eux seuls, vers le réfectoire. En fait, peut-être s'était-elle levée par simple faim, et rien d'autre ? La dimension psychologique n'avait sûrement rien à voir avec cela ?
Le cerveau totalement engourdi, elle passa l'embrasure de la porte et s'installa précipitamment à une table vide. L'Allemande y restait ainsi quelques instants, sans bouger le petit orteil. Les minutes s'écoulèrent sans qu'un seul mouvement ne vienne perturber le calme instauré par la deuxième année à la table, vide. Plongée dans une vague d'incompréhension, sa vision se brouilla totalement, laissant place à un brouillard auquel elle ne pouvait faire face. La nourriture qui était disposée en de jolies assiettes fumantes embaumait lentement ses narines, la réveillant comme dans un conte de fées, ou un monde parfait, ou la seule inquiétude qui résidait dans le collectif était de savoir qui se joindrait à la fête ce soir organisé chez leurs chers amis.
Du revers de sa manche, elle frotta son visage engourdi. Ses yeux finirent par se stabiliser à nouveau et retrouvèrent un niveau de vision plutôt confortable. Son ventre gargouillait. Alors, faisant barrière à sa perte, elle porta le contenu d'un bol à ses lèvres, qui l'accueillirent avec grand plaisir. Le liquide bouillant traversa son corps comme une source de réconfort, une étreinte enveloppée d'un plaid, les rares fois où Maeve était venu l'embrasser avec le coucher...
Le reste du petit-déjeuner s'écoula dans le calme le plus total, Adélaïde sirotant par moment un verre d'eau fraîche en dépit du temps glacial.
De nouvelles têtes passaient régulièrement le seuil de la grande pièce, allant s'installer ici ou là sur les places libres. Ceux qui terminaient leur repas quittaient rapidement les lieux afin de libérer l'espace, assurant ainsi une alternance des plus fluide. Parmi ces élèves-ci apparu Simon. Son frère, bien qu'en années supérieures à elle, donnait l'impression d'être en parfaite santé. Aucun cerne ne venait ternir la pâleur de sa peau, nulle grimace ne dérogeait la beauté de ses traits, et malgré toutes les circonstances atténuantes, il parvenait à se tenir droit comme un roi. À la vue de sa petite sœur se tenant toute seule dans un coin, il ne fléchit pas et accourut.
— Hey.
Sa voix était pourtant faible, mais laissait transparaître une certaine aise. La maturité dont il savait faire preuve était d'une grande supériorité pour la brune. Celui-ci n'était apparemment pas aussi touché qu'elle part les récents événements. Ce qui, au final, était assez logique étant donné qu'ils avaient quelques années de plus qu'elle. Plus on gagnait en maturité, plus il était facile de placer un mur entre la souffrance et sa propre conscience, dans le but d'être moins impacté qu'un autre.
— Hey.
L'aîné n'eut pas à demander la permission de s'asseoir. Il s'avait qu'il en avait le droit. Un espace était toujours gardé près d'elle au cas où son frère en aurait besoin, ou envie. Il était bien le seul à bénéficier d'un tel avantage, et elle savait qu'il était au courant.
— J'ai... Mère a envoyé un hibou. Il paraît que c'est grave. Tu... Je pense que tu devrais le lire.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Quoi ? Grave ? C'était donc ça que Simon tentait de dissimuler. Elle se disait bien qui ne pouvait simplement se pointer avec une telle légèreté, en un pareil temps. Pourtant, il fallait avouer qu'il était extrêmement doué pour cacher ses émotions, à l'instar de la cadette. Il sortit un morceau de parchemin froissé de sa poche, et le tendit à sa sœur, tremblante. À son tour, elle saisit la lettre et la parcourut rapidement.
Son cœur battait de plus belle.
2012
Après quelques mois de réhabilité à la vie au château, Adélaïde allait un peu mieux. Du moins, elle ne s'effondrait plus toutes les cinq minutes lorsqu'on lui assignait une tâche pénible. Le traitement de princesse qu'elle recevait au manoir Brennen ne voulait apparemment pas la quitter, et ses camarades de chambrée avaient dû la secouer bien fort pour qu'elle se réveille de ses rêves irréalisables. Elle était sans le déni le plus total. Ne voulant pas quitter le confort quotidien qui lui était offert en Allemagne, elle avait rencontré beaucoup de difficulté à se remettre sur pied. Le matin, on devait venir lui donner deux ou trois claques pour qu'elle peine à ouvrir les yeux. Ses camarades n'avaient pas d'autre choix que de la traîner au renforcement, et la ramasser chaque fois qu'elle se laissait bêtement tomber de fatigue. Au déjeuner, il fallait lui mettre la cuillère dans la bouche, autrement, elle n'avalait rien. En cours, on lui soufflait de sortir ses affaires avant que les professeurs ne remarquent l'absence de tout matériel scolaire sur son bureau. Le soir, ses collègues la bordaient dans ses couvertures, en la sermonnant toujours de la même manière : c'est la dernière fois qu'on fait tout ça pour toi. Évidemment, elles recommençaient aussi rapidement qu'elles voyaient Adélaïde si peu investie dans sa scolarité. Si cette dernière n'était pas assez attentive pour retenir quoi que ce soit, elle remarquait bien tous les efforts que les autres faisaient à son encontre, comme si elles s'inquiétaient pour elle, comme des amies. Mais peut-être l'étaient-elles ? La nuit, dans la pénombre, durant les rares heures où son cerveau acceptait de fonctionner, elle se plongeait dans de lourdes réflexions sur la relation qu'elle entretenait avec ces filles. Étaient-elles simplement compatissantes, où est-ce que l'inquiétude s'emparait véritablement de leurs corps à l'approche de l'Allemande ? L'état physique et psychologique de la deuxième année s'aggravait sérieusement. Jour après jour, elle débarquait en cours un peu plus cernée, un peu plus écroulée. Personne n'osait rien dire à cette pauvre enfant qui se démenait. Celle-ci avait tout juste la force de paraître motivée lorsque les professeurs lui adressaient un coup d'œil entendu. Elle, qui avait tant participé à l'oral lorsqu'il le fallait, était devenue muette comme une carpe. Il y avait de quoi s'inquiéter.
La petite n'osait pas faire part de son mal-être aux autres élèves. Qu'en penseraient-ils ? Ses inquiétudes grandissantes deviendraient totalement réelles. Ils étaient tous dans la même galère. Elle n'était pas la seule à avoir beaucoup de mal à s'en sortir. C'était bien égoïste de sa part de penser que personne ne pouvait la comprendre. Pourtant, en parler semblerait empirer les choses. Ils comprendraient la source de son comportement, et lui assurerait qu'elle était immensément lâche d'avoir laissé afficher un tel sentiment, alors que tout autre œuvrait pour le dissimuler. Qu'elle osait, culottée qu'elle était, dévoiler aux yeux de tous un minuscule langueur tandis que le reste des élèves faisaient tout ce qui étaient en leur pouvoir pour enterrer leurs graves difficultés.
Toute personne un minimum informé ayant fréquenté l'établissement savait pertinemment que si on voulait passer outre sept ans à l'intérieur, mieux valait garder ses craintes pour soi. Confiées à n'importe qui, on ne pouvait imaginer les conséquences dévastatrices que de simples mots pouvaient avoir. Accorder sa confiance à toute personne qu'on prétendrait assez connaître pour être certain qu'elle ne dirait rien était suicidaire. Tous servaient des propres intérêts par le biais d'un autre. De telles informations aux mains d'un élève pouvaient être source de réussite, de renommée et de victoire. Conservées par un ami, même fidèle, qui était assez idiot pour penser qu'il ne les divulguerait pas ? De toute évidence, il les utiliserait à bon escient, pour le faire monter en grade. Durmstrang était un véritable Cluedo géant, où il fallait démontrer des aptitudes pour la découverte des trahisons et des mensonges. Sans un minimum d'attention, on pouvait laisser passer un détail cardinal sans encombre.
Ainsi, incitée par les conseils de ses angoisses, elle ne s'ouvrait jamais. Même Iaros n'avait pas eu le droit à ses explications. La petite était entièrement renfermée sur elle-même, comme une minuscule coquille vide. Car, en ne prononçant plus un mot, sa parole perdait de sa richesse. Sa voix n'était plus un souffle mélodieux, mais un braillement insupportable, chaque mot, autrefois au sens profond, était désormais dépourvu de toute morale. Et encore, si cela ne touchait que sa voix ! Son raisonnement tout entier, son physique sans exception, ses actions maladroites, tout laisser à penser qu'Adélaïde ne finirait jamais ses études. Elle allait craquer, c'était certain.
L'absence presque totale de nouvelle de sa famille depuis plusieurs mois y était certainement pour quelque chose. La dernière lettre reçue devait bien remonter à début septembre, quelques jours après la rentrée. Signée de la plume de Lothar, ses nouvelles étaient au nom de la famille toute entière, du moins c'est ce qu'il prétendait. Elle ne doutait pas assurément de la véracité de ses propos concernant Marius et lui-même, mais il était à la portée de n'importe qui de se poser des questions sur la partie où il parlait de Maeve. Elle semblait bien trop embellie par rapport à son comportement habituel. Son père avait-il voulu la manipuler en pensant qu'elle tomberait dans le panneau, ou est-ce simplement que mère était d'une douceur méconnaissable lorsque la noiraude quittait la maison ? Dans tous les cas, cela était bien trop étrange pour être sobrement passé sous silence. Après s'être concertée avec Simon qui avait reçu le même hibou, les deux s'étaient bel et bien rendu compte qu'arnaque, il y avait. Ils s'étaient promis de rester vigilant et de toujours prévenir l'autre si une nouvelle lettre leur parvenait, histoire de l'analyser ensemble pour en tirer des conclusions. En discuter avec son frère avait été comme un poids en moins, bien qu'une lourde pierre s'abattait toujours sur les épaules de l'enfant.
Mais rien. Rien d'autre n'était revenu depuis. Ni hibou grand-duc de père, ni la chouette hulotte de mère n'avait pénétré l'enceinte de Durmstrang depuis cet étrange mot. Alors, peinée, déboussolée, la passionnée d'astronomie avait commencé à chuter. Lentement, mais sûrement. Qu'avait voulu dire faire ? S'était-il basé sur sa crise de début d'été ? Pensait-il qu'elle avait besoin de réconfort, de savoir que Maeve s'inquiétait pour elle ?
La condescendance que dévoilait cette lettre était bien plus grave que n'importe quel autre signe de présence. Ayant déjà la pitié bien suffisante des autres élèves, elle n'avait pas besoin de la plus douloureuse, la plus signifiante, en plus. Les émotions de père valait bien plus que celles des autres s'imaginait la petite Brennen. Cependant, elle les préférait positive. Se voir accorder la confiance de père, sa joie, son euphorie, était bien plus agréable que de recevoir sa colère, son affliction, son jugement et ses visages déçus. À travers ce mot, il semblait affirmer tout son mépris, d'une fierté absolument troublante. Comment quelques lignes à la calligraphie appliquée pouvaient tant toucher une enfant ? Comment un père arrivait-il à surmonter le fait de communiquer de fausses vérités à sa fille ? Rien n'allait plus, et rien ne laisse penser que tout irait mieux.
Toutefois, en se réveillant ce matin, elle sentit une force chaleureuse détendre ses muscles engourdis. Une sensation inéluctable qui s'immisçait progressivement dans l'entièreté du son corps, la guidant vers une nouvelle voie, un nouveau chemin. Toutes dormaient encore, ce qui était assez compréhensible pour un début de dimanche. Adélaïde aussi se sentait épuisée, et aurait donné n'importe quoi pour savourer ses dernières heures de sommeil avant le déjeuner, ce qui était malheureusement impossible en cette fraîche journée d'hiver. La puissance de la chose qui la tirait hors du lit ne pouvait être combattue, comme si elle appartenait au sombre monde de la magie contrôleuse. Pantin d'une ombre qui n'existait pas, comme depuis le début de l'année, elle s'empressa de revêtir sa tenue avant de se glisser hors de la chambre, dans une discrétion presque totale.
Les dédales du château commençaient indolemment à se remplir, mais rien n'égalait aux véritables bouchons que rencontraient quotidiennement les élèves à chaque intercours. Sa longue cape rouge flottant autour de ses chevilles alors qu'elle se déplaçait furtivement dans le château, sans vraiment savoir où elle allait, et pourquoi. Le simple fait d'être sortie d'elle-même du lit était un exploit anémiant. Se demander ce qu'elle devait faire désormais était bien au-delà de ses capacités. Ses pieds la guidaient, à eux seuls, vers le réfectoire. En fait, peut-être s'était-elle levée par simple faim, et rien d'autre ? La dimension psychologique n'avait sûrement rien à voir avec cela ?
Le cerveau totalement engourdi, elle passa l'embrasure de la porte et s'installa précipitamment à une table vide. L'Allemande y restait ainsi quelques instants, sans bouger le petit orteil. Les minutes s'écoulèrent sans qu'un seul mouvement ne vienne perturber le calme instauré par la deuxième année à la table, vide. Plongée dans une vague d'incompréhension, sa vision se brouilla totalement, laissant place à un brouillard auquel elle ne pouvait faire face. La nourriture qui était disposée en de jolies assiettes fumantes embaumait lentement ses narines, la réveillant comme dans un conte de fées, ou un monde parfait, ou la seule inquiétude qui résidait dans le collectif était de savoir qui se joindrait à la fête ce soir organisé chez leurs chers amis.
Du revers de sa manche, elle frotta son visage engourdi. Ses yeux finirent par se stabiliser à nouveau et retrouvèrent un niveau de vision plutôt confortable. Son ventre gargouillait. Alors, faisant barrière à sa perte, elle porta le contenu d'un bol à ses lèvres, qui l'accueillirent avec grand plaisir. Le liquide bouillant traversa son corps comme une source de réconfort, une étreinte enveloppée d'un plaid, les rares fois où Maeve était venu l'embrasser avec le coucher...
Le reste du petit-déjeuner s'écoula dans le calme le plus total, Adélaïde sirotant par moment un verre d'eau fraîche en dépit du temps glacial.
De nouvelles têtes passaient régulièrement le seuil de la grande pièce, allant s'installer ici ou là sur les places libres. Ceux qui terminaient leur repas quittaient rapidement les lieux afin de libérer l'espace, assurant ainsi une alternance des plus fluide. Parmi ces élèves-ci apparu Simon. Son frère, bien qu'en années supérieures à elle, donnait l'impression d'être en parfaite santé. Aucun cerne ne venait ternir la pâleur de sa peau, nulle grimace ne dérogeait la beauté de ses traits, et malgré toutes les circonstances atténuantes, il parvenait à se tenir droit comme un roi. À la vue de sa petite sœur se tenant toute seule dans un coin, il ne fléchit pas et accourut.
— Hey.
Sa voix était pourtant faible, mais laissait transparaître une certaine aise. La maturité dont il savait faire preuve était d'une grande supériorité pour la brune. Celui-ci n'était apparemment pas aussi touché qu'elle part les récents événements. Ce qui, au final, était assez logique étant donné qu'ils avaient quelques années de plus qu'elle. Plus on gagnait en maturité, plus il était facile de placer un mur entre la souffrance et sa propre conscience, dans le but d'être moins impacté qu'un autre.
— Hey.
L'aîné n'eut pas à demander la permission de s'asseoir. Il s'avait qu'il en avait le droit. Un espace était toujours gardé près d'elle au cas où son frère en aurait besoin, ou envie. Il était bien le seul à bénéficier d'un tel avantage, et elle savait qu'il était au courant.
— J'ai... Mère a envoyé un hibou. Il paraît que c'est grave. Tu... Je pense que tu devrais le lire.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Quoi ? Grave ? C'était donc ça que Simon tentait de dissimuler. Elle se disait bien qui ne pouvait simplement se pointer avec une telle légèreté, en un pareil temps. Pourtant, il fallait avouer qu'il était extrêmement doué pour cacher ses émotions, à l'instar de la cadette. Il sortit un morceau de parchemin froissé de sa poche, et le tendit à sa sœur, tremblante. À son tour, elle saisit la lettre et la parcourut rapidement.
Son cœur battait de plus belle.
2012
So wenig Zeit
Mars 2027
L'eau coulait abondamment le long de ses muscles engourdis. Sur ses cheveux détachés, elle ruisselait lentement, comme un léger courant. Elle était bien chaude. Se précipiter dans les douches avant le reste du dortoir avait toujours été une bataille sans merci. Celles qui avaient le malheur de passer en dernier en ressortent souvent la mine renfrognée, en marmonnant, on ne savait trop quoi. Dans une école où on était debout depuis 5h45, une toilette bien douillette, avant de se coucher, n'était jamais de refus. Souvent, la brune s'y perdait, y passant de longues minutes sans rien faire, laissant le son de la douche masquer ses chansonnettes parfois exprimées à voix haute. Ses camarades, exaspérées, n'avaient d'autre choix que de venir toquer à sa porte pour lui demander de se dépêcher un peu. Adélaïde avait beaucoup de chance d'être pourvue d'une rapidité hors norme. Au manoir, elle s'entraînait à la course, et battait sans cesse ses propres records. Ainsi, quand le moment de la douche sonnait, elle était souvent la première à s'enfermer dans la cabine que toutes préféraient. L'eau, chauffée par le feu dont elles avaient constamment la charge, était évidemment bien meilleure lorsqu'on était la première à y goûter, que quand on précédait toute sa ribambelle de colocataires.
Adélaïde ne pouvait s'empêcher de regretter, jour après jour, le confort qu'offrait le manoir Brennen. Chaque membre de la famille avait ses propres appartements, donc leur propre salle de bain, garantissant de cette manière une totale liberté dans l'heure à laquelle on voulait y aller, et le temps qu'on souhaitait y passer. Des bribes de souvenirs durant lesquels elle se laissait reposer sous la tiède toilette après une séance de sport intensive lui revenaient. Encore plusieurs mois à tenir, et elle pourrait en profiter à nouveau. Pourtant, elle le savait, la fillette ne goûterait plus jamais au plaisir de vie que procurait un séjour dans sa maison. Maintenant, qu'elle y repensait, elle aurait dû en profiter bien plus lorsqu'elle était une enfant. Maintenant, les journées d'hiver, emmitouflé dans ses couvertures, la faible chaleur d'un rayon de Soleil à l'approche du printemps, ou même les feuilles orangées et craquantes sous les bottes pendant l'automne. Destinée à être enfermée au château pour la totalité de son adolescence, elle ne serait plus jamais là-bas pour entrevoir une nouvelle fois l'agrément des saisons qui se lèvent.
Cependant, en cette fraîche soirée de mars, l'Allemande se serait crue dans son pays natal. Les paupières lourdement fermées, à l'intérieur de la salle d'eau, les parfums des savons lui rappelait vaguement la fragrance de mère, lorsque celle-ci la tenait encore dans ses bras. Une sensation exquise mêlée à l'aisance et à la sécurité. Néanmoins, la vérité en était toute autre. Elle ne revenait pas d'un réjouissant après-midi à monter à cheval, à faire de l'exercice dans le jardin ou encore à s'entraîner à la harpe, mais bel et bien d'une multitude de cours ennuyeux, laborieux et extrêmement long. Une journée dans le grand Nord était extrêmement chronophage. On n'en voyait jamais le bout. Les élèves se levaient le matin dans la plus grande pénombre qui soit, s'asseyaient tout l'après-midi dans de petites salles à l'aspect condamnées, et lorsqu'enfin, il était temps de retourner dans les chambres, le ciel redevenait instantanément sombre. Parfois, ils passaient plusieurs jours sans voir une once de lumière naturelle, et étaient totalement éblouis par le feu des chandeliers trônant ici et là dans le bâtiment.
Adélaïde profitait pleinement de ce moment de sérénité. Lorsqu'on ne savait pas quand une telle chose se tiendrait de nouveau, on faisait tout nitre possible pour qu'elle ne s'arrête jamais. De plus, la douche était un moyen étrangement efficace de remettre son existence en question. Le cerveau de l'enfant, trempé par les gouttes, tournait à la vitesse d'un mécanisme de train. Elle aurait pu se servir de cette efficacité pour réviser ses cours, certes, mais c'était une question tout autre qui envahissait à présent son esprit. Quelques mois, auparavant, Simon lui avait fait part d'une lettre de Maeve, qu'il avait reçu. D'après ce qu'il avait expliqué, cela semblait plutôt grave. Rien que cela suffisait amplement à retourner totalement le moral de la noiraude. Pourquoi n'en avait-elle par eu une, elle aussi ? Pourquoi était-ce toujours son aîné qui avait droit aux hiboux importants, et jamais elle ? Comme si sa conscience était bien trop rustre pour comprendre des mots d'adultes. Par raccroc, il avait accepté, même désiré qu'elle en prenne connaissance. Son frère avait toujours eu cette incompréhensible envie de constamment l'introduire dans les débats, les problèmes. D'un point de vue extérieure, toute personne saine d'esprit trouverait ce comportement notablement toxique, mais elle, savait qu'il le faisait tout uniment pour qu'elle se sente incluse. Alors, il débarquait brûle-pourpoint, nouvelles en main, et passait de longues minutes à s'étaler sur le sujet, pour toujours ponctuer par une seule et même question : qu'en penses-tu. Le fait que quelqu'un demande son point de vue était suffisant pour l'émouvoir. Dans un monde où chacun préférait suivre sa propre opinion, faire part du sien suite à la volonté d'un autre était tout bonnement sain. Évidemment, elle s'en donnait à cœur joie et exposait avec beaucoup d'entrain les points à soulever, ce qu'elle pensait être juste ou au contraire, beaucoup moins. Toutefois, elle n'avait su que dire. Tant de fois sa parole avait été béni par le ciel, tant de fois elle aurait donné n'importe quoi pour pouvoir s'exprimer librement, mais là, niet. Rien n'eut pu passer la barrière de ses lèvres, ne serait-ce qu'une exclamation.
Pas de stupeur, contrairement à ce qu'on pourrait conjecturer, mais d'exclamation. Elle s'était fait un sang d'encre lorsqu'il lui avait confié que c'était apparemment grave. Elle s'était imaginé tant d'horreur : Marius s'était grièvement blessé, quelqu'un avait attrapé une maladie mortelle, ou toutes hypothèse touchant plus au moins à la santé d'un individu. Mais quelle ne fut sa surprise pas lorsque son regard eut rapidement parcouru le contenu du message ! Adélaïde s'était surprise à penser que jamais avant quelqu'un ne s'était autant fiché d'elle. N'importe qui pouvait se prêter à une faible blague dans le but de guetter la réaction d'un autre. Tous pouvaient affirmer que c'était plutôt amusant. Mais la façon dont cette timbrée avait tourné sa lettre, de sorte à même embobiné Simon ; c'était tout bonnement spectaculaire. Les deux s'étaient gravement affolés à la lecture d'un pareil torchon. Il fallait avouer qu'en dépit de son comportement égocentrique et insupportable, elle savait merveilleusement bien retourner les mots à son avantage. En premier lieu, la fratrie avait pensé à répondre sur-le-champ, afin de quémander plus d'informations sur le sujet. Ils avaient même préparé un morceau de parchemin et une plume. Mais alors qu'Adélaïde s'apprêtait à renvoyer le courrier, Simon avait attrapé sa main, comme pour l'en dissuader. En y réfléchissant bien, quelque chose était insinué dans ces mots sans sens premier.
Comme... Une accusation.
Mère paniquant totalement à la perte de plusieurs clients, au point de penser qu'il allait falloir vendre la propriété, c'était quelque chose. Mais surtout, cela dévoilait une partie bien plus sombre de son quotidien. Lothar travaillait durement également, et grâce à ses contacts et sa qualité de persuasion, il obtenait souvent un bon prix pour ses ventes. En s'exprimant ainsi, Maeve révélait tout son mépris pour son mari, un sentiment écoeurant auquel n'importe qui aurait rapidement voulu se détacher. De cette façon, elle laissait entendre qu'il ne faisait pas assez, que ses efforts n'étaient point suffisant. Comme si, à elle seule, elle ramenait l'argent à la famille. Mais n'oublierait-elle pas que si elle en est là aujourd'hui, c'est entièrement grâce à père ? Au-delà de sa précieuse aide pour lui dénicher un travail, lui et lui seul détenait entre ses mains l'héritage fructueux de sa famille. Le domaine, leurs vêtements, leurs biens, tout ce qui appartenait de près ou de loin à la famille Brennen avait été durement gagné par Lothar et ses ancêtres. Ce qu'ils prétendent faire pour rester sur la ligne aujourd'hui, ce n'est pas leur gagne-pain. Ce sont les richesses qu'ils offriront à leur tour à leur descendance, pour assurer une continuité de la richesse allemande. En ayant renié sa famille, adoptée le nom de celui qu'elle aimait, elle avait signé le pacte de l'ennemi. Celui où tout ce qu'elle pratiquait leur revenait. Celle-ci avait été bien ravie de pouvoir s'y prêter, étant donné que cela lui rapportait bien plus que si elle n'avait pas signé. Cependant, se comporter comme si elle seule maintenait en vie la puissance Brennen était tout simplement orgueilleux, et indigne de ses propres ancêtres. Les Irlandais étaient renommés pour leur attitude quelque peu déplaisante, mais Lothar, comme ses frères et sœurs, auraient espéré un peu plus de reconnaissance de sa part.
À travers ce message, Adélaïde et Simon pouvaient également y comprendre que de nouvelles disputes avaient pris place durant leur absence. D'après la source peu fiable qu'était Marius, papa et maman criaient beaucoup lorsqu'ils étaient à Durmstrang. Ainsi, feraient-ils semblant que tout allait bien lorsqu'ils revenaient ? Pourquoi eux, destinataires de telles lettres si subtiles, n'avaient pas droit aux mêmes remarques en face-à-face, alors que le pauvre bébé qu'était le benjamin y assistait sans encombre ? Même, comment des parents responsables pouvaient-ils laisser une si petite créature être témoin de pareils craquages ? Alors, au lieu de faire quoi que ce soit, Simon avait tout bonnement repris la source de leur agacement et était reparti, sans rien prononcer. Adélaïde supposait qu'il l'avait jetée dans le feu aussi vite qu'il était arrivé dans sa chambrée, ce qui serait totalement compréhensible au vu des circonstances actuelles.
Malgré les jours qui s'écoulaient, la rancœur habitait toujours les veines de la deuxième année. Elle ne pouvait s'empêcher de s'imaginer la vie au manoir lorsqu'ils reviendraient pour l'été. Est-ce que cela sera toujours pareil ? Par ailleurs, si Maeve se montrait aussi peu présente qu'elle l'avait été l'an passé, cela ne devrait pas poser de problème. Mais le cœur endolori de l'enfant angoissait. Père et mère, allaient-ils divorcer ? Ils ne le pouvaient pas, pas comme ça ? Les couples se disputaient, ça arrivait. Mais la fréquence à laquelle semblaient de produire les leurs était inquiétante. Ne serait-ce que pour le bien de leur fortune. Un tel acte de séparation briserait toutes les démarches mise en place pour fortifier les murs de richesse de la famille. Et qu'en serait-il de leur sang ? S'il y avait bien une chose que la brune ne supporterait pas, c'ce serait que l'un d'entre eux se remarie avec un homme de sang moldu. Quel déshonneur cela ferait à la fonction de sorcier. La noblesse du sang valait bien plus que tout acte magistral à ses yeux.
On avait beau accomplir un exploit inhumain, notre nature ne changeait en aucun point, tel qu'un arbre restait un arbre pour l'éternité, un animal restait un animal, un objet restait un objet. Peu importe l'utilité qu'on en faisait, il ne perdait pas sa forme, son histoire, ses propriétés. Certes, il avait plus ou moins de valeur par rapport à ce qu'il servait ou devenait, mais son cœur restait le même. Et c'est au plus profond de cet organe que se logeait la nature véritable de chacun.
Des millions d'hypothèses terrifiantes se formaient dans ses méninges alors qu'elle acceptait enfin de sortir, après plusieurs tambourinements à la porte. Sa maîtrise des sortilèges de séchage n'était pas encore son point fort, elle dut donc utiliser une serviette posée près d'un lavabo. Ses cheveux laissaient une traînée de gouttes derrière elle alors qu'elle s'approchait du miroir pour observer un instant ses imperfections. Elle aurait bien dû apporter sa crème. Mais bon, il était trop tard, désormais, il faudrait attendre l'été. Et puis elle avait remarqué des personnes bien plus laides qu'elle, d'après son radar toxique, toujours en quête de validité.
Une fois vêtue de son pyjama bien épais, elle se laissa tomber dans son lit, où elle fixa le plafond pendant de longues heures. Quoiqu'elle fasse, le sommeil refusait de montrer le bout de son nez, la laissant seule dans des réflexions qui n'étaient manifestement pas les siennes.
2018
L'eau coulait abondamment le long de ses muscles engourdis. Sur ses cheveux détachés, elle ruisselait lentement, comme un léger courant. Elle était bien chaude. Se précipiter dans les douches avant le reste du dortoir avait toujours été une bataille sans merci. Celles qui avaient le malheur de passer en dernier en ressortent souvent la mine renfrognée, en marmonnant, on ne savait trop quoi. Dans une école où on était debout depuis 5h45, une toilette bien douillette, avant de se coucher, n'était jamais de refus. Souvent, la brune s'y perdait, y passant de longues minutes sans rien faire, laissant le son de la douche masquer ses chansonnettes parfois exprimées à voix haute. Ses camarades, exaspérées, n'avaient d'autre choix que de venir toquer à sa porte pour lui demander de se dépêcher un peu. Adélaïde avait beaucoup de chance d'être pourvue d'une rapidité hors norme. Au manoir, elle s'entraînait à la course, et battait sans cesse ses propres records. Ainsi, quand le moment de la douche sonnait, elle était souvent la première à s'enfermer dans la cabine que toutes préféraient. L'eau, chauffée par le feu dont elles avaient constamment la charge, était évidemment bien meilleure lorsqu'on était la première à y goûter, que quand on précédait toute sa ribambelle de colocataires.
Adélaïde ne pouvait s'empêcher de regretter, jour après jour, le confort qu'offrait le manoir Brennen. Chaque membre de la famille avait ses propres appartements, donc leur propre salle de bain, garantissant de cette manière une totale liberté dans l'heure à laquelle on voulait y aller, et le temps qu'on souhaitait y passer. Des bribes de souvenirs durant lesquels elle se laissait reposer sous la tiède toilette après une séance de sport intensive lui revenaient. Encore plusieurs mois à tenir, et elle pourrait en profiter à nouveau. Pourtant, elle le savait, la fillette ne goûterait plus jamais au plaisir de vie que procurait un séjour dans sa maison. Maintenant, qu'elle y repensait, elle aurait dû en profiter bien plus lorsqu'elle était une enfant. Maintenant, les journées d'hiver, emmitouflé dans ses couvertures, la faible chaleur d'un rayon de Soleil à l'approche du printemps, ou même les feuilles orangées et craquantes sous les bottes pendant l'automne. Destinée à être enfermée au château pour la totalité de son adolescence, elle ne serait plus jamais là-bas pour entrevoir une nouvelle fois l'agrément des saisons qui se lèvent.
Cependant, en cette fraîche soirée de mars, l'Allemande se serait crue dans son pays natal. Les paupières lourdement fermées, à l'intérieur de la salle d'eau, les parfums des savons lui rappelait vaguement la fragrance de mère, lorsque celle-ci la tenait encore dans ses bras. Une sensation exquise mêlée à l'aisance et à la sécurité. Néanmoins, la vérité en était toute autre. Elle ne revenait pas d'un réjouissant après-midi à monter à cheval, à faire de l'exercice dans le jardin ou encore à s'entraîner à la harpe, mais bel et bien d'une multitude de cours ennuyeux, laborieux et extrêmement long. Une journée dans le grand Nord était extrêmement chronophage. On n'en voyait jamais le bout. Les élèves se levaient le matin dans la plus grande pénombre qui soit, s'asseyaient tout l'après-midi dans de petites salles à l'aspect condamnées, et lorsqu'enfin, il était temps de retourner dans les chambres, le ciel redevenait instantanément sombre. Parfois, ils passaient plusieurs jours sans voir une once de lumière naturelle, et étaient totalement éblouis par le feu des chandeliers trônant ici et là dans le bâtiment.
Adélaïde profitait pleinement de ce moment de sérénité. Lorsqu'on ne savait pas quand une telle chose se tiendrait de nouveau, on faisait tout nitre possible pour qu'elle ne s'arrête jamais. De plus, la douche était un moyen étrangement efficace de remettre son existence en question. Le cerveau de l'enfant, trempé par les gouttes, tournait à la vitesse d'un mécanisme de train. Elle aurait pu se servir de cette efficacité pour réviser ses cours, certes, mais c'était une question tout autre qui envahissait à présent son esprit. Quelques mois, auparavant, Simon lui avait fait part d'une lettre de Maeve, qu'il avait reçu. D'après ce qu'il avait expliqué, cela semblait plutôt grave. Rien que cela suffisait amplement à retourner totalement le moral de la noiraude. Pourquoi n'en avait-elle par eu une, elle aussi ? Pourquoi était-ce toujours son aîné qui avait droit aux hiboux importants, et jamais elle ? Comme si sa conscience était bien trop rustre pour comprendre des mots d'adultes. Par raccroc, il avait accepté, même désiré qu'elle en prenne connaissance. Son frère avait toujours eu cette incompréhensible envie de constamment l'introduire dans les débats, les problèmes. D'un point de vue extérieure, toute personne saine d'esprit trouverait ce comportement notablement toxique, mais elle, savait qu'il le faisait tout uniment pour qu'elle se sente incluse. Alors, il débarquait brûle-pourpoint, nouvelles en main, et passait de longues minutes à s'étaler sur le sujet, pour toujours ponctuer par une seule et même question : qu'en penses-tu. Le fait que quelqu'un demande son point de vue était suffisant pour l'émouvoir. Dans un monde où chacun préférait suivre sa propre opinion, faire part du sien suite à la volonté d'un autre était tout bonnement sain. Évidemment, elle s'en donnait à cœur joie et exposait avec beaucoup d'entrain les points à soulever, ce qu'elle pensait être juste ou au contraire, beaucoup moins. Toutefois, elle n'avait su que dire. Tant de fois sa parole avait été béni par le ciel, tant de fois elle aurait donné n'importe quoi pour pouvoir s'exprimer librement, mais là, niet. Rien n'eut pu passer la barrière de ses lèvres, ne serait-ce qu'une exclamation.
Pas de stupeur, contrairement à ce qu'on pourrait conjecturer, mais d'exclamation. Elle s'était fait un sang d'encre lorsqu'il lui avait confié que c'était apparemment grave. Elle s'était imaginé tant d'horreur : Marius s'était grièvement blessé, quelqu'un avait attrapé une maladie mortelle, ou toutes hypothèse touchant plus au moins à la santé d'un individu. Mais quelle ne fut sa surprise pas lorsque son regard eut rapidement parcouru le contenu du message ! Adélaïde s'était surprise à penser que jamais avant quelqu'un ne s'était autant fiché d'elle. N'importe qui pouvait se prêter à une faible blague dans le but de guetter la réaction d'un autre. Tous pouvaient affirmer que c'était plutôt amusant. Mais la façon dont cette timbrée avait tourné sa lettre, de sorte à même embobiné Simon ; c'était tout bonnement spectaculaire. Les deux s'étaient gravement affolés à la lecture d'un pareil torchon. Il fallait avouer qu'en dépit de son comportement égocentrique et insupportable, elle savait merveilleusement bien retourner les mots à son avantage. En premier lieu, la fratrie avait pensé à répondre sur-le-champ, afin de quémander plus d'informations sur le sujet. Ils avaient même préparé un morceau de parchemin et une plume. Mais alors qu'Adélaïde s'apprêtait à renvoyer le courrier, Simon avait attrapé sa main, comme pour l'en dissuader. En y réfléchissant bien, quelque chose était insinué dans ces mots sans sens premier.
Comme... Une accusation.
Mère paniquant totalement à la perte de plusieurs clients, au point de penser qu'il allait falloir vendre la propriété, c'était quelque chose. Mais surtout, cela dévoilait une partie bien plus sombre de son quotidien. Lothar travaillait durement également, et grâce à ses contacts et sa qualité de persuasion, il obtenait souvent un bon prix pour ses ventes. En s'exprimant ainsi, Maeve révélait tout son mépris pour son mari, un sentiment écoeurant auquel n'importe qui aurait rapidement voulu se détacher. De cette façon, elle laissait entendre qu'il ne faisait pas assez, que ses efforts n'étaient point suffisant. Comme si, à elle seule, elle ramenait l'argent à la famille. Mais n'oublierait-elle pas que si elle en est là aujourd'hui, c'est entièrement grâce à père ? Au-delà de sa précieuse aide pour lui dénicher un travail, lui et lui seul détenait entre ses mains l'héritage fructueux de sa famille. Le domaine, leurs vêtements, leurs biens, tout ce qui appartenait de près ou de loin à la famille Brennen avait été durement gagné par Lothar et ses ancêtres. Ce qu'ils prétendent faire pour rester sur la ligne aujourd'hui, ce n'est pas leur gagne-pain. Ce sont les richesses qu'ils offriront à leur tour à leur descendance, pour assurer une continuité de la richesse allemande. En ayant renié sa famille, adoptée le nom de celui qu'elle aimait, elle avait signé le pacte de l'ennemi. Celui où tout ce qu'elle pratiquait leur revenait. Celle-ci avait été bien ravie de pouvoir s'y prêter, étant donné que cela lui rapportait bien plus que si elle n'avait pas signé. Cependant, se comporter comme si elle seule maintenait en vie la puissance Brennen était tout simplement orgueilleux, et indigne de ses propres ancêtres. Les Irlandais étaient renommés pour leur attitude quelque peu déplaisante, mais Lothar, comme ses frères et sœurs, auraient espéré un peu plus de reconnaissance de sa part.
À travers ce message, Adélaïde et Simon pouvaient également y comprendre que de nouvelles disputes avaient pris place durant leur absence. D'après la source peu fiable qu'était Marius, papa et maman criaient beaucoup lorsqu'ils étaient à Durmstrang. Ainsi, feraient-ils semblant que tout allait bien lorsqu'ils revenaient ? Pourquoi eux, destinataires de telles lettres si subtiles, n'avaient pas droit aux mêmes remarques en face-à-face, alors que le pauvre bébé qu'était le benjamin y assistait sans encombre ? Même, comment des parents responsables pouvaient-ils laisser une si petite créature être témoin de pareils craquages ? Alors, au lieu de faire quoi que ce soit, Simon avait tout bonnement repris la source de leur agacement et était reparti, sans rien prononcer. Adélaïde supposait qu'il l'avait jetée dans le feu aussi vite qu'il était arrivé dans sa chambrée, ce qui serait totalement compréhensible au vu des circonstances actuelles.
Malgré les jours qui s'écoulaient, la rancœur habitait toujours les veines de la deuxième année. Elle ne pouvait s'empêcher de s'imaginer la vie au manoir lorsqu'ils reviendraient pour l'été. Est-ce que cela sera toujours pareil ? Par ailleurs, si Maeve se montrait aussi peu présente qu'elle l'avait été l'an passé, cela ne devrait pas poser de problème. Mais le cœur endolori de l'enfant angoissait. Père et mère, allaient-ils divorcer ? Ils ne le pouvaient pas, pas comme ça ? Les couples se disputaient, ça arrivait. Mais la fréquence à laquelle semblaient de produire les leurs était inquiétante. Ne serait-ce que pour le bien de leur fortune. Un tel acte de séparation briserait toutes les démarches mise en place pour fortifier les murs de richesse de la famille. Et qu'en serait-il de leur sang ? S'il y avait bien une chose que la brune ne supporterait pas, c'ce serait que l'un d'entre eux se remarie avec un homme de sang moldu. Quel déshonneur cela ferait à la fonction de sorcier. La noblesse du sang valait bien plus que tout acte magistral à ses yeux.
On avait beau accomplir un exploit inhumain, notre nature ne changeait en aucun point, tel qu'un arbre restait un arbre pour l'éternité, un animal restait un animal, un objet restait un objet. Peu importe l'utilité qu'on en faisait, il ne perdait pas sa forme, son histoire, ses propriétés. Certes, il avait plus ou moins de valeur par rapport à ce qu'il servait ou devenait, mais son cœur restait le même. Et c'est au plus profond de cet organe que se logeait la nature véritable de chacun.
Des millions d'hypothèses terrifiantes se formaient dans ses méninges alors qu'elle acceptait enfin de sortir, après plusieurs tambourinements à la porte. Sa maîtrise des sortilèges de séchage n'était pas encore son point fort, elle dut donc utiliser une serviette posée près d'un lavabo. Ses cheveux laissaient une traînée de gouttes derrière elle alors qu'elle s'approchait du miroir pour observer un instant ses imperfections. Elle aurait bien dû apporter sa crème. Mais bon, il était trop tard, désormais, il faudrait attendre l'été. Et puis elle avait remarqué des personnes bien plus laides qu'elle, d'après son radar toxique, toujours en quête de validité.
Une fois vêtue de son pyjama bien épais, elle se laissa tomber dans son lit, où elle fixa le plafond pendant de longues heures. Quoiqu'elle fasse, le sommeil refusait de montrer le bout de son nez, la laissant seule dans des réflexions qui n'étaient manifestement pas les siennes.
2018
So wenig Zeit
Juin 2027
Adélaïde n'appréciait guère les fins d'années à Durmstrang. Par chance, en dehors des examens de fin d'année, les deuxièmes années passaient les derniers mois de l'année scolaire les mains en l'air. Lorsqu'ils n'avaient pas cours, ils profitaient de beau temps –à l'échelle russe– qui commençait à montrer le bout de son nez. Jeux à l'extérieur, rigolades dans les dortoirs, tout laisser à penser que les semaines à venir allaient être d'une ambiance incroyable. Ce n'était guère le cas des quatrième et septième année qui eux, se retrouvaient face à des épreuves de plus grandes envergure. Confrontés aux examens gouvernementaux, on en les voyaient presque plus dans les couloirs, si ce n'est pour se rendre à la bibliothèque ou en salle d'étude pour réviser, les bras chargés de cahiers et de notes. La mine totalement désespérée, bien plus que toutes les autres années qui ne négligeaient pas pour autant leurs gros contrôles, ils avaient tous l'air de ne pas avoir eu de sommeil réparateur depuis plusieurs semaines, ce dont personne ne remettait en cause la véracité. Simon faisait inévitablement partie de cette catégorie. Lui qui avait l'habitude de se tenir droit, se peigner, montrer la meilleure image de lui-même et de la famille Brennen, depuis quelque temps, il ne ressemblait plus qu'à une puce à moitié écrasée par une semelle. Adélaïde n'avait pas eu l'occasion de lui adresser la parole depuis le début des séances de révision auxquelles tous les étudiants se prêtaient, sans exception. De toute façon, ceux qui oseraient dévier les règles générales se faisaient rapidement remettre sur le droit chemin. Aussi, au vu de la quasi-cruauté de la direction, ces cas se faisaient rares. Heureusement, d'ailleurs. Pour l'élève, comme pour le reste de l'établissement. De faire pincer l'oreille devant les yeux ébahis de plusieurs centaines d'enfants, ce n'était jamais une image très flatteuse.
Le soir, allongée en étoile sur son matelas l'Allemande se plongeait dans de larges réflexions sur ce qu'elle arriverait à produire si elle était Simon. Dans moins de deux ans, elle sera quasiment à sa place, vivant ses premiers examens nationaux. En ce temps, la petite ne doutait pas une seule seconde de ses capacités intellectuelles. Pourtant, un pressentiment lui assurait qu'elle perdrait une par une chaque once de courage qui grouillait dans ses veines. Comment les autres étudiants arrivaient-ils à survivre à de pareilles épreuves ? C'était un véritable mystère pour cette petite tête brune remplie de doutes. Que se passerait-il si elle les ratait ? À aucun instant, elle ne remettait pas en question l'intelligence de son frère. Lui y arriverait, c'était sûr et certain. Pourtant, elle, c'était une autre histoire. Son cerveau acceptait de fonctionnement quand bon lui semblait. La plupart du temps, elle pouvait s'en servir correctement en cours, mais lorsqu'il s'agissait de remplir des questions d'évaluations, il s'autorisait quelques pauses ici ou là, la laissant seule face à la feuille blanche. Si elle ne passait pas des examens, dans quelques années, que dirait père, que dirait mère ? Eux qui avaient placé tellement d'espoir en leur unique fille, leur fierté, on pourrait dire. Quand cela les arrangeait bien entendu. Tout le monde savait que les familles riches se servaient de leurs enfants comme de leurs énièmes trophées sans scrupules. De plus, marcher dans les pas de son frère si brillant n'était pas une mince affaire. On partait toujours du principe que si l'un pouvait aisément le faire, les autres aussi. Après tout, pourquoi serait-ce impossible ? Le tout était de ne pas faire de gaffe et écouter chaque conseil qu'on recevait, en espérant égaler le niveau de son aîné, voire de le dépasser, dans le meilleur de cas. Adélaïde ne pouvait empêcher ses pensées de fabuler un avenir merveilleux si elle passait outre cette aventure. Tant de possibilités s'offriraient à elle, tant de portes s'ouvriraient devant elle. Elle pourrait être ce qu'elle veut, ce qu'elle a toujours voulu. Le problème, c'est que l'image précise refusait bêtement de venir. La simple chose dont elle était certaine, c'était d'être célèbre, reconnue pour son travail, peut-être même admirée et enviée, comme tant d'autres individus sur cette planète. Voilà tout, fallait-il encore en être capable. Personne ne pouvait rêver d'un tel monde sans le background bien solide qui devait être derrière. On ne devenait pas appréciés sans rien, du jour au lendemain. Non, c'était un monde qui se travaillait, qui se creusait, à toute heure de sa vie, dans l'espoir d'un jour arriver au monticule de la gloire. Le chemin vers celle-ci était comme celui d'un alpiniste le long d'une façade de montagne. On gravissait, on retombait parfois, mais on remontait. Certains ne parvenaient jamais tout en haut, d'autres avaient plus de chance, mais n'y découvraient pas la vue à laquelle il s'attendait. On pouvait très bien être tout en haut de l'échelle dans pour autant s'y plaire. Tout était une question de perception. La deuxième année, elle, souhaitait plutôt pouvoir apprécier la beauté du paysage qui s'offrirait à elle lorsqu'elle gravirait le haut du relief. Car peu importe l'esthétique objective de celui-ci, il conservait toujours une part de douceur que seules quelques élites se prêtaient à apprécier. C'était le même principe de la richesse. On pouvait l'être sans être célèbre, vivre en solitaire une vie tranquille dépourvue d'obligations contraignantes. Adélaïde voulait cette vie là, par-dessus tout.
Tandis qu'elle rêvait de gloire et de victoire, Simon, lui, vivait le pire des supplices, enfermé dans son dortoir. Des dizaines de parchemins froissés étaient étalés tout autour de lui, sur son lit. Son écriture, de plus en plus illisible, laissait clairement transparaître sa détresse. Ces examens déterminaient son avenir, comme tout autre élève ici. Le pauvre jeune homme de faisait un sang d'encre pour un rien. Le problème, c'était qu'il était le premier de fratrie à se présenter là-bas. Il devait se montrer exemplaire, pour tracer une marque de repère pour Adélaïde et Marius, qui levait tout le temps leurs petites têtes vers lui en quête d'approbation. D'après Lothar, s'il avait bien travaillé tout au long de l'année, et qu'il se livrait à des séances intenses de révisions, le garçon aurait ses chances de s'en sortir. Ce dernier savait évidemment que l'adulte avait embelli tout cela en y rajoutant des paillettes et des anecdotes inexistantes, dans l'unique but de booster sa confiance en lui. L'effet contraire s'appliquait totalement à lui. Si tant d'efforts étaient mis à disposition de tels mensonges, c'est que l'exigence des professeurs n'était que plus terrifiantes. Si même père redoutait cette période, il était fini. Dans sa chambrée, le silence régnait. Seul le simple froissement de feuille, le crépitement du feu ou le craquement d'une plume remplissait le silence glacial qui régnait. Par quelques fois, un courageux garçon avait proposé à Simon de lui faire réviser un chapitre de leur programme. L'audace dont il avait fait preuve avait suffi au brun à se décider. L'unique courage qu'il avait démontré pour briser les cordes monotones de la pièce avait surpris tout le monde, bien qu'aucun d'entre eux n'eut ouvert la bouche. Alors, dans un coin, en chuchotant, l'un posait une question tandis que l'autre y répondait avec le plus de précision possible. Rapidement, ce petit manège se répandit dans l'aile Nord, et bientôt de nombreux messes basses s'imprégnaient dans les pierres froides de Durmstrang.
Adélaïde avait par deux fois croisé le regard empli d'angoisse de son frère durant les repas communs au réfectoire. D'un simple sourire, elle lui transmettait tout son courage, mais aussi l'amour sincère qu'elle portait à la figure de confiance qu'il avait toujours merveilleusement bien représentée. De façon générale, le réfectoire ressemblait à l'enfer commun. Comme si un immense poids était raccroché au plafond, menaçant à tout moment de s'effondrer si quiconque en défiait la tranquillité. Alors, tous laissaient les quatrième et septième année tranquille. Sans la moindre interaction avec ceux-ci, les plus petits étaient résignés à se divertir entres eux. Les filles trouvaient quotidiennement de nouvelles idées de jeux à pratiquer avant d'aller dormir. Rapidement, les inventions se déplaçaient dans tout le château, absorbant un peu du déchaînement enfoui dans chacun des cœurs. Tous étaient plutôt rassurés du reste d'humanité qui trônait encore dans l'établissement. La future astronome, elle, était un peu perdue. D'un côté, elle souhaitait désespérément renter à la maison, pour retrouver Marius, son lit, sa salle de bain, son confort chéri et ses nuits complètes. De l'autre, rester ici n'était pas un si mauvais choix, bien que totalement irréalisable. La vision de se tenir devant Maeve et Lothar, après le courrier de nature extrêmement dérangeante de début d'année semblait être une action au-delà de toute morale. Qui sait ce que Mère serait capable de faire ? Ce que père pourrait dire sans scrupule ? Adélaïde était terrifiée à l'idée qu'ils se disputent à nouveau, ou que maman pète les plombs au point de ne plus jamais revenir, comme elle l'avait plusieurs fois cru, plus jeune.
Tout au fond de son cœur, bien dissimulée derrière une barrière de déni épaisse, résidait cependant la vérité. Elle la connaissait, en était même certaine. Là où la plupart des gens auraient tendance à penser que plus jamais la convivialité serait telle qu'elle avait toujours été, la noiraude savait pertinemment que rien ne changerait. Rien ne bougeait, aucun signe de nouveauté ne se manifesterait. Car les Brennen possédaient cette capacité a absolument insupportable de ravaler leurs émotions pour ensuite tout recracher lorsque plus personne n'était présent pour les entendre. Père ne parlerait pas, mère ne reviendrait pas, Marius ne comprendrait pas. Simon partirait à la recherche d'une école supérieure, laissant Adélaïde seule au centre d'une incompréhension totale. Si par chance aucun des deux parents ne viendrait la solliciter pour l'aider, elle pouvait penser que tout irait bien. Dans le cas contraire, ils étaient totalement capables de requérir son témoignage pour gagner un argument contre l'autre. De véritables enfants. Le pire, c'est qu'en fin de compte, les adultes devaient toujours s'aimer. En fin de compte, ils priaient séparément pour que tout s'arrête, qu'ils reviennent à une vie paisible et calme. Mais leur caractère n'était d'aucune aide. La susceptibilité dont ils faisaient preuve à leur âge était absolument flagrante. Il suffisait d'un élément mineur, un mouvement las, une parole vaine pour redémarrer la guerre. La guerre bruyante, avec des coups puissants, une agressivité fulgurante, ou au contraire, une guerre froide, où personne n'échangeait un regard. La petite préférait encore la première option. Vivre dans un silence complet pendant deux mois, non merci.
Elle se promit d'en discuter avec Simon dans le navire du retour, si toutefois elle parvient à le trouver avant l'arrivée. Après l'avoir noté mentalement, elle se révéla d'un mouvement frénétique et attrapa sa valise dissimulée sous son lit. En l'ouvrant, elle poussa un cri d'exclamation en y retrouvant la chaussette vagabonde perdue depuis le début de l'année. Tel qu'elle l'avait fait pour l'arrivée, ses vêtements retrouvèrent leur place dans la valise, ainsi que les livres, cornés par endroits en guise de marque-page, les babioles utilisés pour la plupart une à deux fois si ce n'est pour s'en servir de projectile dans le dortoir, et ses accessoires de toilette qu'elle était partie chercher dans la salle de bain. Plier bagage n'était pas ce que préférerait l'Allemande. Cela signait toujours la fin d'une ère, même si celle-ci était parfois temporaire. Lorsqu'on refermait quelque chose dans le but de quitter l'endroit, on traçait un trait sur les moments passés ici. De nouveaux se reconstruiraient, c'était certain, mais il était toujours extrêmement éprouvant de quitter un lieu où on avait résidé pendant près d'une année. De toute façon, étant partagée entre l'endroit où elle préférait se trouver en ce moment, son rangement se fit extrêmement machinalement, sans regret ou hâte particulière. Simplement des mouvements lents cherchant un peu partout les affaires oubliées.
Une fille du dortoir lui adressa un léger sourire lorsqu'elle releva la tête après avoir bouclé sa valise. Est-ce qu'elle aussi était un peu perdue face à tant de décisions compliqués ? Ou au contraire, avait-elle un but précis en tête ? Personne ne pouvait vraiment le savoir, et c'était bien dommage. Enfin, tous sauf les legilimens, dont avait parlé père une fois. La deuxième année donnerait n'importe quoi pour posséder leurs capacités, ne serait-ce qu'un faible instant.
2035
Adélaïde n'appréciait guère les fins d'années à Durmstrang. Par chance, en dehors des examens de fin d'année, les deuxièmes années passaient les derniers mois de l'année scolaire les mains en l'air. Lorsqu'ils n'avaient pas cours, ils profitaient de beau temps –à l'échelle russe– qui commençait à montrer le bout de son nez. Jeux à l'extérieur, rigolades dans les dortoirs, tout laisser à penser que les semaines à venir allaient être d'une ambiance incroyable. Ce n'était guère le cas des quatrième et septième année qui eux, se retrouvaient face à des épreuves de plus grandes envergure. Confrontés aux examens gouvernementaux, on en les voyaient presque plus dans les couloirs, si ce n'est pour se rendre à la bibliothèque ou en salle d'étude pour réviser, les bras chargés de cahiers et de notes. La mine totalement désespérée, bien plus que toutes les autres années qui ne négligeaient pas pour autant leurs gros contrôles, ils avaient tous l'air de ne pas avoir eu de sommeil réparateur depuis plusieurs semaines, ce dont personne ne remettait en cause la véracité. Simon faisait inévitablement partie de cette catégorie. Lui qui avait l'habitude de se tenir droit, se peigner, montrer la meilleure image de lui-même et de la famille Brennen, depuis quelque temps, il ne ressemblait plus qu'à une puce à moitié écrasée par une semelle. Adélaïde n'avait pas eu l'occasion de lui adresser la parole depuis le début des séances de révision auxquelles tous les étudiants se prêtaient, sans exception. De toute façon, ceux qui oseraient dévier les règles générales se faisaient rapidement remettre sur le droit chemin. Aussi, au vu de la quasi-cruauté de la direction, ces cas se faisaient rares. Heureusement, d'ailleurs. Pour l'élève, comme pour le reste de l'établissement. De faire pincer l'oreille devant les yeux ébahis de plusieurs centaines d'enfants, ce n'était jamais une image très flatteuse.
Le soir, allongée en étoile sur son matelas l'Allemande se plongeait dans de larges réflexions sur ce qu'elle arriverait à produire si elle était Simon. Dans moins de deux ans, elle sera quasiment à sa place, vivant ses premiers examens nationaux. En ce temps, la petite ne doutait pas une seule seconde de ses capacités intellectuelles. Pourtant, un pressentiment lui assurait qu'elle perdrait une par une chaque once de courage qui grouillait dans ses veines. Comment les autres étudiants arrivaient-ils à survivre à de pareilles épreuves ? C'était un véritable mystère pour cette petite tête brune remplie de doutes. Que se passerait-il si elle les ratait ? À aucun instant, elle ne remettait pas en question l'intelligence de son frère. Lui y arriverait, c'était sûr et certain. Pourtant, elle, c'était une autre histoire. Son cerveau acceptait de fonctionnement quand bon lui semblait. La plupart du temps, elle pouvait s'en servir correctement en cours, mais lorsqu'il s'agissait de remplir des questions d'évaluations, il s'autorisait quelques pauses ici ou là, la laissant seule face à la feuille blanche. Si elle ne passait pas des examens, dans quelques années, que dirait père, que dirait mère ? Eux qui avaient placé tellement d'espoir en leur unique fille, leur fierté, on pourrait dire. Quand cela les arrangeait bien entendu. Tout le monde savait que les familles riches se servaient de leurs enfants comme de leurs énièmes trophées sans scrupules. De plus, marcher dans les pas de son frère si brillant n'était pas une mince affaire. On partait toujours du principe que si l'un pouvait aisément le faire, les autres aussi. Après tout, pourquoi serait-ce impossible ? Le tout était de ne pas faire de gaffe et écouter chaque conseil qu'on recevait, en espérant égaler le niveau de son aîné, voire de le dépasser, dans le meilleur de cas. Adélaïde ne pouvait empêcher ses pensées de fabuler un avenir merveilleux si elle passait outre cette aventure. Tant de possibilités s'offriraient à elle, tant de portes s'ouvriraient devant elle. Elle pourrait être ce qu'elle veut, ce qu'elle a toujours voulu. Le problème, c'est que l'image précise refusait bêtement de venir. La simple chose dont elle était certaine, c'était d'être célèbre, reconnue pour son travail, peut-être même admirée et enviée, comme tant d'autres individus sur cette planète. Voilà tout, fallait-il encore en être capable. Personne ne pouvait rêver d'un tel monde sans le background bien solide qui devait être derrière. On ne devenait pas appréciés sans rien, du jour au lendemain. Non, c'était un monde qui se travaillait, qui se creusait, à toute heure de sa vie, dans l'espoir d'un jour arriver au monticule de la gloire. Le chemin vers celle-ci était comme celui d'un alpiniste le long d'une façade de montagne. On gravissait, on retombait parfois, mais on remontait. Certains ne parvenaient jamais tout en haut, d'autres avaient plus de chance, mais n'y découvraient pas la vue à laquelle il s'attendait. On pouvait très bien être tout en haut de l'échelle dans pour autant s'y plaire. Tout était une question de perception. La deuxième année, elle, souhaitait plutôt pouvoir apprécier la beauté du paysage qui s'offrirait à elle lorsqu'elle gravirait le haut du relief. Car peu importe l'esthétique objective de celui-ci, il conservait toujours une part de douceur que seules quelques élites se prêtaient à apprécier. C'était le même principe de la richesse. On pouvait l'être sans être célèbre, vivre en solitaire une vie tranquille dépourvue d'obligations contraignantes. Adélaïde voulait cette vie là, par-dessus tout.
Tandis qu'elle rêvait de gloire et de victoire, Simon, lui, vivait le pire des supplices, enfermé dans son dortoir. Des dizaines de parchemins froissés étaient étalés tout autour de lui, sur son lit. Son écriture, de plus en plus illisible, laissait clairement transparaître sa détresse. Ces examens déterminaient son avenir, comme tout autre élève ici. Le pauvre jeune homme de faisait un sang d'encre pour un rien. Le problème, c'était qu'il était le premier de fratrie à se présenter là-bas. Il devait se montrer exemplaire, pour tracer une marque de repère pour Adélaïde et Marius, qui levait tout le temps leurs petites têtes vers lui en quête d'approbation. D'après Lothar, s'il avait bien travaillé tout au long de l'année, et qu'il se livrait à des séances intenses de révisions, le garçon aurait ses chances de s'en sortir. Ce dernier savait évidemment que l'adulte avait embelli tout cela en y rajoutant des paillettes et des anecdotes inexistantes, dans l'unique but de booster sa confiance en lui. L'effet contraire s'appliquait totalement à lui. Si tant d'efforts étaient mis à disposition de tels mensonges, c'est que l'exigence des professeurs n'était que plus terrifiantes. Si même père redoutait cette période, il était fini. Dans sa chambrée, le silence régnait. Seul le simple froissement de feuille, le crépitement du feu ou le craquement d'une plume remplissait le silence glacial qui régnait. Par quelques fois, un courageux garçon avait proposé à Simon de lui faire réviser un chapitre de leur programme. L'audace dont il avait fait preuve avait suffi au brun à se décider. L'unique courage qu'il avait démontré pour briser les cordes monotones de la pièce avait surpris tout le monde, bien qu'aucun d'entre eux n'eut ouvert la bouche. Alors, dans un coin, en chuchotant, l'un posait une question tandis que l'autre y répondait avec le plus de précision possible. Rapidement, ce petit manège se répandit dans l'aile Nord, et bientôt de nombreux messes basses s'imprégnaient dans les pierres froides de Durmstrang.
Adélaïde avait par deux fois croisé le regard empli d'angoisse de son frère durant les repas communs au réfectoire. D'un simple sourire, elle lui transmettait tout son courage, mais aussi l'amour sincère qu'elle portait à la figure de confiance qu'il avait toujours merveilleusement bien représentée. De façon générale, le réfectoire ressemblait à l'enfer commun. Comme si un immense poids était raccroché au plafond, menaçant à tout moment de s'effondrer si quiconque en défiait la tranquillité. Alors, tous laissaient les quatrième et septième année tranquille. Sans la moindre interaction avec ceux-ci, les plus petits étaient résignés à se divertir entres eux. Les filles trouvaient quotidiennement de nouvelles idées de jeux à pratiquer avant d'aller dormir. Rapidement, les inventions se déplaçaient dans tout le château, absorbant un peu du déchaînement enfoui dans chacun des cœurs. Tous étaient plutôt rassurés du reste d'humanité qui trônait encore dans l'établissement. La future astronome, elle, était un peu perdue. D'un côté, elle souhaitait désespérément renter à la maison, pour retrouver Marius, son lit, sa salle de bain, son confort chéri et ses nuits complètes. De l'autre, rester ici n'était pas un si mauvais choix, bien que totalement irréalisable. La vision de se tenir devant Maeve et Lothar, après le courrier de nature extrêmement dérangeante de début d'année semblait être une action au-delà de toute morale. Qui sait ce que Mère serait capable de faire ? Ce que père pourrait dire sans scrupule ? Adélaïde était terrifiée à l'idée qu'ils se disputent à nouveau, ou que maman pète les plombs au point de ne plus jamais revenir, comme elle l'avait plusieurs fois cru, plus jeune.
Tout au fond de son cœur, bien dissimulée derrière une barrière de déni épaisse, résidait cependant la vérité. Elle la connaissait, en était même certaine. Là où la plupart des gens auraient tendance à penser que plus jamais la convivialité serait telle qu'elle avait toujours été, la noiraude savait pertinemment que rien ne changerait. Rien ne bougeait, aucun signe de nouveauté ne se manifesterait. Car les Brennen possédaient cette capacité a absolument insupportable de ravaler leurs émotions pour ensuite tout recracher lorsque plus personne n'était présent pour les entendre. Père ne parlerait pas, mère ne reviendrait pas, Marius ne comprendrait pas. Simon partirait à la recherche d'une école supérieure, laissant Adélaïde seule au centre d'une incompréhension totale. Si par chance aucun des deux parents ne viendrait la solliciter pour l'aider, elle pouvait penser que tout irait bien. Dans le cas contraire, ils étaient totalement capables de requérir son témoignage pour gagner un argument contre l'autre. De véritables enfants. Le pire, c'est qu'en fin de compte, les adultes devaient toujours s'aimer. En fin de compte, ils priaient séparément pour que tout s'arrête, qu'ils reviennent à une vie paisible et calme. Mais leur caractère n'était d'aucune aide. La susceptibilité dont ils faisaient preuve à leur âge était absolument flagrante. Il suffisait d'un élément mineur, un mouvement las, une parole vaine pour redémarrer la guerre. La guerre bruyante, avec des coups puissants, une agressivité fulgurante, ou au contraire, une guerre froide, où personne n'échangeait un regard. La petite préférait encore la première option. Vivre dans un silence complet pendant deux mois, non merci.
Elle se promit d'en discuter avec Simon dans le navire du retour, si toutefois elle parvient à le trouver avant l'arrivée. Après l'avoir noté mentalement, elle se révéla d'un mouvement frénétique et attrapa sa valise dissimulée sous son lit. En l'ouvrant, elle poussa un cri d'exclamation en y retrouvant la chaussette vagabonde perdue depuis le début de l'année. Tel qu'elle l'avait fait pour l'arrivée, ses vêtements retrouvèrent leur place dans la valise, ainsi que les livres, cornés par endroits en guise de marque-page, les babioles utilisés pour la plupart une à deux fois si ce n'est pour s'en servir de projectile dans le dortoir, et ses accessoires de toilette qu'elle était partie chercher dans la salle de bain. Plier bagage n'était pas ce que préférerait l'Allemande. Cela signait toujours la fin d'une ère, même si celle-ci était parfois temporaire. Lorsqu'on refermait quelque chose dans le but de quitter l'endroit, on traçait un trait sur les moments passés ici. De nouveaux se reconstruiraient, c'était certain, mais il était toujours extrêmement éprouvant de quitter un lieu où on avait résidé pendant près d'une année. De toute façon, étant partagée entre l'endroit où elle préférait se trouver en ce moment, son rangement se fit extrêmement machinalement, sans regret ou hâte particulière. Simplement des mouvements lents cherchant un peu partout les affaires oubliées.
Une fille du dortoir lui adressa un léger sourire lorsqu'elle releva la tête après avoir bouclé sa valise. Est-ce qu'elle aussi était un peu perdue face à tant de décisions compliqués ? Ou au contraire, avait-elle un but précis en tête ? Personne ne pouvait vraiment le savoir, et c'était bien dommage. Enfin, tous sauf les legilimens, dont avait parlé père une fois. La deuxième année donnerait n'importe quoi pour posséder leurs capacités, ne serait-ce qu'un faible instant.
2035
So wenig Zeit
Octobre 2027
Le pas frénétique, Adélaïde s'échappa de la salle de cours dès que la sonnerie retentit. Le contrôle hebdomadaire cette fois-ci lui avait paru étrangement simple, ou était-ce peut-être car elle s'était fortement remise au travail depuis la rentrée ? Ne souhaitant pas revenir sur sa propre image pitoyable, un an plus tôt, elle s'était juré de se remettre sur pied, malgré les récents événements compromettants. Tous les soirs, là où elle se laissait tomber dans ses couvertures l'année passée, elle s'installait de nouveau et ouvrait ses multiples cahiers tachés de son encre, et relisait tranquillement chacun de ses cours. Si sa motivation le lui permettait, elle refaisait parfois quelques exercices exécutés en classe pour s'entraîner, il paraît que c'était une bonne technique pour maîtriser les notions un maximum, d'après Simon. Son cœur se pinça lestement à la pensée de celui-ci. Le mois dernier, à bord du navire, elle s'était plongée dans une longue réflexion sur la façon de se positionner par rapport à son absence. Elle en était arrivée à la conclusion qu'il ne pouvait toujours regarder après elle, et qu'il était de se frayer son propre chemin, sans marcher bêtement dans les pas tout fait de son grand frère, bien que cela soit extrêmement tentant et rassurant.
Alors, elle s'était prise en main. Depuis quelques semaines, elle appliquait un planning minutieusement préparé en début d'année, qui constituait la plupart du temps à réviser et travailler, en alternant différentes méthodes permettant une meilleure mémorisation de l'entièreté des concepts à acquérir. Ses camarades de chambrée avaient rapidement adhéré à son programme qui s'avérerait curieusement efficient. Les deux derniers examens étaient revenu éminemment fructifiant. Les résultats de l'ensemble du dortoir s'amélioraient considérablement, bien que la brune sache pertinemment que ce n'était pas grâce à elle. En effet, sa simple motivation à mieux faire avait entraîné un effet de groupe, mais la qualité de leurs travaux ne reposait que sur leurs compétences à elles. Adélaïde n'avait été que l'élément déclencheur, rien de plus. Ces filles avaient naturellement une bonne mémoire et un bon raisonnement, facilitant grandement leur progression.
Pour la première fois depuis trois ans, il lui arrivait de prendre du plaisir à aller en cours. Les sujets étudiés en ce début d'année se révélaient plutôt intéressants, et inévitablement plus immersifs. Un principe de base jouait grandement sur l'opinion de la petite : plus on comprend, plus on réussissait, plus on prenait du plaisir à effectuer quelque chose. C'était aussi simple que ça. La facilité d'une étude gratifiait toujours les élèves de bonnes notes. Ainsi, il était possible d'entrevoir un sourire se dessiner sur la mine ravie de l'enfant lorsqu'elle sortait d'une salle de cours, ou après avoir reconstitué un exercice avec lequel elle avait eu du mal en classe.
Quelques années auparavant, elle n'aurait pas cru possible que son frère prenne du plaisir à se rendre à Durmstrang, en dépit du grand froid. Aujourd'hui, elle commençait à comprendre l'optique dans laquelle il se tournait lorsqu'il le lui expliquait. Tout était une question de perception et de compréhension. Parfois, il suffisait d'avoir un peu de volonté pour le saisir, d'autres fois, on doit expérimenter la chose pour en avoir un avis subjectif. Certaines choses méritent d'être vues, d'autres entendues, tandis que le reste doit être vécu, avec la plus grande difficulté possible.
L'allégresse lui avait fait quasiment oublier deux problèmes majeurs auxquels elle avait fini par s'accommoder.
L'affront avec Maeve lui avait puisé toute son énergie pour la semaine qui suivait. Heureusement, grâce à l'intervention de Simon, elle avait pu se remettre sur pied rapidement. Après la violence de sa crise, celui-ci l'avait porté jusqu'à sa chambre, où il l'avait installée sur un petit fauteuil moelleux. Sa conscience avait fait un tel bond que seules quelques bribes de souvenirs lui remontaient. Ils avaient beaucoup discuté, vraiment beaucoup. Elle avait ri, pleurée, chuchoté, crié. Il ne l'avait pas jugé, même ne serait-ce que pour un instant. Tout au long de leur échange, il s'était montré doux, posé, tel qu'elle l'avait toujours connu, tel qu'elle l'avait toujours apprécié. Il l'avait porté, faites tourner, l'avait enlacée, avant de la ramener dans sa chambre où elle avait passé le reste de la nuit le sourire en lèvres, bien que le cœur n'y était qu'en partie. Lorsque ses souvenirs s'étaient montrés moins flous de nouveau, c'était déjà le moment de quitter le manoir, et de monter sur le navire. Simon l'avait accompagné, la troisième année n'ayant pas souhaité que ses parents l'y emmène, et lui avait tiré une révérence ridicule avant qu'elle ne monte à bord du vaisseau. Au loin, entre deux cimes de sapin, elle avait cru apercevoir l'aile brune de Vorsicht lui adresser un au revoir solennel. Elle avait souri de plus bel.
Le second problème était un peu plus profond, voire mystérieux. Comment qualifier ses camarades de chambre ? La fin d'année dernière, ou même la rentrée avaient été deux moments passés avec absolument merveilleux. La cohésion présente au sein d'entre elles étaient telles qu'on pourrait facilement croire qu'elles étaient toutes sœurs. Séparées par la nationalité, mais unifiée la langue, l'Allemande avait toujours été stupéfaite des bienfaits que des mots pouvaient avoir. Elles étaient toutes si différentes : des passions contraires, des hobbies divergents, des physiques éloignés, des histoires toutes plus farfelues les unes que les autres, et pourtant, le simple fait de toutes parler le Russe avait suffit à faire d'elles des personnes liées depuis trois ans. Mais revenait toujours cette même interrogation : se comportaient-elles ainsi par amitié, ou simplement car elles savaient que, dans tous les cas, elles devraient se fréquenter pendant le restant de leur scolarité ici ? Pour sa part, Adélaïde les considérait comme de véritables amies. Des amies à qui elle n'osait pas encore s'ouvrir, mais des amies quand même. Des individus qui la faisait sourire avec une blague ridicule, qui l'aidait à travailler, qui l'avaient traîné dans les couloirs de l'établissement en début d'année dernière lorsqu'elle ne pouvait plus bouger d'elle-même. Oui, des amies, de jeunes filles à qui elle pourrait sans hésiter dévouer l'entièreté de son existence. Le nombre de fois qu'elle avait voulu en serrer une dans ses bras pour la remercier, offrir un cadeau à une autre, leur confier à quel point elle était heureuse d'être parmi elles ne pouvait plus se compter sur les doigts d'une main. Un sentiment d'impesanteur légèrement, délicieux ne la quittait plus depuis plusieurs jours. Physiquement, son corps se trouvait à Durmstrang. Métaphoriquement, la totalité de sa personne planait dans un monde merveilleusement rosé, qui sentait bon le bonheur et la liberté. Parfois, elle avait l'impression que son esprit s'envolait quelques instants, la tirant elle aussi un peu vers le haut, avec d'atterrir de nouveau en salle de classe, devant son pupitre.
Ce dimanche-là, elle avait pris son courage à deux mains et s'était promenée dans le parc. Les élèves pouvaient encore en profiter quelques jours avant que les températures ne dérivent et emportent avec elles toute notion de chaleur. De la sorte, sa cape rouge vif virevoltant à la légèreté de la brise nordique, Adélaïde parcourait la cour extérieure en prenant le temps d'apprécier la vétusté du paysage. Tant ils étaient plongés dans un climat de stress constant, de besoin de faire ses preuves et réussir que beaucoup passait à côté de la somptueuse nature qui les entourait. Le col de la montagne était à lui seul d'une splendeur illégale. Le mélange des couleurs offertes par mère nature assurait un paysage digne d'un tableau de peintre célèbre. Si seulement elle avait eu le temps de dessiner, elle se serait prêtée à l'exercice. À la place, elle irait à la bibliothèque ; peut-être y trouverait t'elle des traces de reconstitution de cette échappée. Son souffle était court, coupé par son propre organisme qui se focalisait sur ce qui se dressait autour d'elle. Elle resta quelques instants, appuyée contre un banc, à guetter le moindre détail qui pourrait l'émerveiller encore plus qu'elle ne l'était actuellement. N'importe qui passerait par là en cet instant pour témoigner à juste valeur qu'elle ressemblait plus à une attardée mentale qu'autre chose, mais elle n'en avait plus grand-chose à faire. La royauté de la nature valait bien plus que n'importe quel jugement moral.
Une dizaine de minutes plus tard, ou peut être plusieurs heures, elle n'avait pas compté, son corps se remit automatiquement en marche et la traîna jusqu'à la bibliothèque, un de ses lieux de prédilection. Les trésors qu'elle y avait découverts les années précédentes étaient restés marqués dans son esprit, et s'y accrochait fermement, comme un tatouage. Les marques des écrits lui étaient d'un véritable réconfort, plus qu'un contact physique ou qu'une parole prononcée oralement, à la portée de n'importe qui. Les quelques tables d'études étaient occupées par des élèves de diverses années qu'elle évita scrupuleusement en bifurquant à droite derrière une étagère, qu'elle commença à fouiller machinalement. Les meilleures trouvailles survenaient toujours quand on s'y attendait le moins, c'est pourquoi elle laissa l'inconnu prendre possession de sa main et la guider à travers les différentes rangées d'ouvrages. Plusieurs d'entre elles étaient remplies d'œuvres que la fillette eut qualifiées de déceptions profondes. L'univers des sports magiques sur balais n'était pas réellement le sujet qui la passionnait le plus, il fallait bien l'avouer. Alors, sans perdre espoir, elle glissa vers une autre rangée apparemment dédiée à l'art et continua de fouiller pendant plusieurs minutes. La reliure de chacun des livres avait une spécificité bien propre. Certaines étaient rugueuses, d'autre teintées d'un tissu épais, certaines ornées de décorations dorées, ou encore de simples dessins reflétant le thème du volume. Tous traînaient un thème profond et sans aucun doute nullement intéressant, mais ne se rapprochait pas spécialement du tome qu'elle cherchait. Il lui fallait quelque chose de plus détaillé, de plus élaboré. Quelque chose qui saurait satisfaire son besoin vital de découverte. Alors qu'elle commençait à grommeler, ce quelque chose se proposa à elle. Un simple carnet d'un brun terni, corné par endroit. Il devait sans aucun doute avoir fait un bout de chemin avant de se retrouver ici. Elle tira le livre hors des deux gros dictionnaires qui le clair fortement et vint s'asseoir sur une chaise vide, exilé de tous les autres groupes de travail. La première de couverture, à l'instar du cartonné de l'extérieur, avait gardé tout son charme et sa délicatesse. Les lettres y étaient inscrites avec beaucoup de goût, sans aucun doute par un copiste, vu l'élégance de chacune des lettres. La totalité de l'ouvrage paraissait se rapprocher de l'amalgame entre la religion et l'école de sorcellerie. Elle évita scrupuleusement cette partie, se farçant déjà des discours sur on ne savait quelles divinités de la part de père tous les dimanches matin. Elle sauta donc la moitié des pages afin d'arriver jusqu'au numéro ou l'école était traité. Adélaïde feuilleta lentement chacune des pages de parchemin en prenant le soin de ne pas les tourner trop vite au cas où elles seraient fragiles. Dégrader un bien de l'école était bien la dernière chose qu'elle aimerait qui lui arrive aujourd'hui. Enfin, une première peinture fut déposée. Elle était assez simple, quelques coups de pinceaux seulement, mais tels étaient-ils que les reliefs du bâtiment étaient aussi distinguables qu'une boule fluorescente dans le noir. Son hypothèse était donc bien prouvée : elle n'était pas la seule ici à avoir ressenti le besoin de représenter un pareil lieu. De toute évidence, elle serait incapable de faire aussi bien que le coup de maître qui se tenait sur ses genoux, mais si elle en avait l'occasion, relever le défi ne pouvait qu'être divertissant.
Le reste de l'heure put se résumer par l'extase de l'enfant. Quelques autres œuvres reposaient dans le petit carnet, cette fois-ci à l'image de certains couloirs de l'établissement qu'elle reconnu sans encombre. Le génie à l'origine de ces croquis se voyait à présent décerner toute la passion de l'Allemande, qui, un de ces jours, reviendrait pour en savoir davantage sur ce maître de l'art.
Après l'avoir reposé à son emplacement d'origine, simplement décalé de quelques centimètres pour ne pas être serré entre deux énormes parchemins liés, elle quitta la pièce. Le dîner ne devait pas tarder, pourtant, elle emprunta la direction totalement opposée au réfectoire. Dans les dédales frisquets du troisième étage, elle réfléchissait à la façon dont elle pourrait m'expliquer à ses camarades. Comment démontrer sa passion pour quelque chose, sans paraître complètement timbrée ? Là était toute la question.
Passant la porte massive de la chambre, elle jeta sa longue cape sur le rebord boisé de son lit, et attrapa de nouveaux vêtements. De toute évidence, elle ne pouvait se pointer à table avec une allure aussi terreuse. Les promenades en plein air avaient leurs avantages, mais aussi leurs inconvénients...
2117
Le pas frénétique, Adélaïde s'échappa de la salle de cours dès que la sonnerie retentit. Le contrôle hebdomadaire cette fois-ci lui avait paru étrangement simple, ou était-ce peut-être car elle s'était fortement remise au travail depuis la rentrée ? Ne souhaitant pas revenir sur sa propre image pitoyable, un an plus tôt, elle s'était juré de se remettre sur pied, malgré les récents événements compromettants. Tous les soirs, là où elle se laissait tomber dans ses couvertures l'année passée, elle s'installait de nouveau et ouvrait ses multiples cahiers tachés de son encre, et relisait tranquillement chacun de ses cours. Si sa motivation le lui permettait, elle refaisait parfois quelques exercices exécutés en classe pour s'entraîner, il paraît que c'était une bonne technique pour maîtriser les notions un maximum, d'après Simon. Son cœur se pinça lestement à la pensée de celui-ci. Le mois dernier, à bord du navire, elle s'était plongée dans une longue réflexion sur la façon de se positionner par rapport à son absence. Elle en était arrivée à la conclusion qu'il ne pouvait toujours regarder après elle, et qu'il était de se frayer son propre chemin, sans marcher bêtement dans les pas tout fait de son grand frère, bien que cela soit extrêmement tentant et rassurant.
Alors, elle s'était prise en main. Depuis quelques semaines, elle appliquait un planning minutieusement préparé en début d'année, qui constituait la plupart du temps à réviser et travailler, en alternant différentes méthodes permettant une meilleure mémorisation de l'entièreté des concepts à acquérir. Ses camarades de chambrée avaient rapidement adhéré à son programme qui s'avérerait curieusement efficient. Les deux derniers examens étaient revenu éminemment fructifiant. Les résultats de l'ensemble du dortoir s'amélioraient considérablement, bien que la brune sache pertinemment que ce n'était pas grâce à elle. En effet, sa simple motivation à mieux faire avait entraîné un effet de groupe, mais la qualité de leurs travaux ne reposait que sur leurs compétences à elles. Adélaïde n'avait été que l'élément déclencheur, rien de plus. Ces filles avaient naturellement une bonne mémoire et un bon raisonnement, facilitant grandement leur progression.
Pour la première fois depuis trois ans, il lui arrivait de prendre du plaisir à aller en cours. Les sujets étudiés en ce début d'année se révélaient plutôt intéressants, et inévitablement plus immersifs. Un principe de base jouait grandement sur l'opinion de la petite : plus on comprend, plus on réussissait, plus on prenait du plaisir à effectuer quelque chose. C'était aussi simple que ça. La facilité d'une étude gratifiait toujours les élèves de bonnes notes. Ainsi, il était possible d'entrevoir un sourire se dessiner sur la mine ravie de l'enfant lorsqu'elle sortait d'une salle de cours, ou après avoir reconstitué un exercice avec lequel elle avait eu du mal en classe.
Quelques années auparavant, elle n'aurait pas cru possible que son frère prenne du plaisir à se rendre à Durmstrang, en dépit du grand froid. Aujourd'hui, elle commençait à comprendre l'optique dans laquelle il se tournait lorsqu'il le lui expliquait. Tout était une question de perception et de compréhension. Parfois, il suffisait d'avoir un peu de volonté pour le saisir, d'autres fois, on doit expérimenter la chose pour en avoir un avis subjectif. Certaines choses méritent d'être vues, d'autres entendues, tandis que le reste doit être vécu, avec la plus grande difficulté possible.
L'allégresse lui avait fait quasiment oublier deux problèmes majeurs auxquels elle avait fini par s'accommoder.
L'affront avec Maeve lui avait puisé toute son énergie pour la semaine qui suivait. Heureusement, grâce à l'intervention de Simon, elle avait pu se remettre sur pied rapidement. Après la violence de sa crise, celui-ci l'avait porté jusqu'à sa chambre, où il l'avait installée sur un petit fauteuil moelleux. Sa conscience avait fait un tel bond que seules quelques bribes de souvenirs lui remontaient. Ils avaient beaucoup discuté, vraiment beaucoup. Elle avait ri, pleurée, chuchoté, crié. Il ne l'avait pas jugé, même ne serait-ce que pour un instant. Tout au long de leur échange, il s'était montré doux, posé, tel qu'elle l'avait toujours connu, tel qu'elle l'avait toujours apprécié. Il l'avait porté, faites tourner, l'avait enlacée, avant de la ramener dans sa chambre où elle avait passé le reste de la nuit le sourire en lèvres, bien que le cœur n'y était qu'en partie. Lorsque ses souvenirs s'étaient montrés moins flous de nouveau, c'était déjà le moment de quitter le manoir, et de monter sur le navire. Simon l'avait accompagné, la troisième année n'ayant pas souhaité que ses parents l'y emmène, et lui avait tiré une révérence ridicule avant qu'elle ne monte à bord du vaisseau. Au loin, entre deux cimes de sapin, elle avait cru apercevoir l'aile brune de Vorsicht lui adresser un au revoir solennel. Elle avait souri de plus bel.
Le second problème était un peu plus profond, voire mystérieux. Comment qualifier ses camarades de chambre ? La fin d'année dernière, ou même la rentrée avaient été deux moments passés avec absolument merveilleux. La cohésion présente au sein d'entre elles étaient telles qu'on pourrait facilement croire qu'elles étaient toutes sœurs. Séparées par la nationalité, mais unifiée la langue, l'Allemande avait toujours été stupéfaite des bienfaits que des mots pouvaient avoir. Elles étaient toutes si différentes : des passions contraires, des hobbies divergents, des physiques éloignés, des histoires toutes plus farfelues les unes que les autres, et pourtant, le simple fait de toutes parler le Russe avait suffit à faire d'elles des personnes liées depuis trois ans. Mais revenait toujours cette même interrogation : se comportaient-elles ainsi par amitié, ou simplement car elles savaient que, dans tous les cas, elles devraient se fréquenter pendant le restant de leur scolarité ici ? Pour sa part, Adélaïde les considérait comme de véritables amies. Des amies à qui elle n'osait pas encore s'ouvrir, mais des amies quand même. Des individus qui la faisait sourire avec une blague ridicule, qui l'aidait à travailler, qui l'avaient traîné dans les couloirs de l'établissement en début d'année dernière lorsqu'elle ne pouvait plus bouger d'elle-même. Oui, des amies, de jeunes filles à qui elle pourrait sans hésiter dévouer l'entièreté de son existence. Le nombre de fois qu'elle avait voulu en serrer une dans ses bras pour la remercier, offrir un cadeau à une autre, leur confier à quel point elle était heureuse d'être parmi elles ne pouvait plus se compter sur les doigts d'une main. Un sentiment d'impesanteur légèrement, délicieux ne la quittait plus depuis plusieurs jours. Physiquement, son corps se trouvait à Durmstrang. Métaphoriquement, la totalité de sa personne planait dans un monde merveilleusement rosé, qui sentait bon le bonheur et la liberté. Parfois, elle avait l'impression que son esprit s'envolait quelques instants, la tirant elle aussi un peu vers le haut, avec d'atterrir de nouveau en salle de classe, devant son pupitre.
Ce dimanche-là, elle avait pris son courage à deux mains et s'était promenée dans le parc. Les élèves pouvaient encore en profiter quelques jours avant que les températures ne dérivent et emportent avec elles toute notion de chaleur. De la sorte, sa cape rouge vif virevoltant à la légèreté de la brise nordique, Adélaïde parcourait la cour extérieure en prenant le temps d'apprécier la vétusté du paysage. Tant ils étaient plongés dans un climat de stress constant, de besoin de faire ses preuves et réussir que beaucoup passait à côté de la somptueuse nature qui les entourait. Le col de la montagne était à lui seul d'une splendeur illégale. Le mélange des couleurs offertes par mère nature assurait un paysage digne d'un tableau de peintre célèbre. Si seulement elle avait eu le temps de dessiner, elle se serait prêtée à l'exercice. À la place, elle irait à la bibliothèque ; peut-être y trouverait t'elle des traces de reconstitution de cette échappée. Son souffle était court, coupé par son propre organisme qui se focalisait sur ce qui se dressait autour d'elle. Elle resta quelques instants, appuyée contre un banc, à guetter le moindre détail qui pourrait l'émerveiller encore plus qu'elle ne l'était actuellement. N'importe qui passerait par là en cet instant pour témoigner à juste valeur qu'elle ressemblait plus à une attardée mentale qu'autre chose, mais elle n'en avait plus grand-chose à faire. La royauté de la nature valait bien plus que n'importe quel jugement moral.
Une dizaine de minutes plus tard, ou peut être plusieurs heures, elle n'avait pas compté, son corps se remit automatiquement en marche et la traîna jusqu'à la bibliothèque, un de ses lieux de prédilection. Les trésors qu'elle y avait découverts les années précédentes étaient restés marqués dans son esprit, et s'y accrochait fermement, comme un tatouage. Les marques des écrits lui étaient d'un véritable réconfort, plus qu'un contact physique ou qu'une parole prononcée oralement, à la portée de n'importe qui. Les quelques tables d'études étaient occupées par des élèves de diverses années qu'elle évita scrupuleusement en bifurquant à droite derrière une étagère, qu'elle commença à fouiller machinalement. Les meilleures trouvailles survenaient toujours quand on s'y attendait le moins, c'est pourquoi elle laissa l'inconnu prendre possession de sa main et la guider à travers les différentes rangées d'ouvrages. Plusieurs d'entre elles étaient remplies d'œuvres que la fillette eut qualifiées de déceptions profondes. L'univers des sports magiques sur balais n'était pas réellement le sujet qui la passionnait le plus, il fallait bien l'avouer. Alors, sans perdre espoir, elle glissa vers une autre rangée apparemment dédiée à l'art et continua de fouiller pendant plusieurs minutes. La reliure de chacun des livres avait une spécificité bien propre. Certaines étaient rugueuses, d'autre teintées d'un tissu épais, certaines ornées de décorations dorées, ou encore de simples dessins reflétant le thème du volume. Tous traînaient un thème profond et sans aucun doute nullement intéressant, mais ne se rapprochait pas spécialement du tome qu'elle cherchait. Il lui fallait quelque chose de plus détaillé, de plus élaboré. Quelque chose qui saurait satisfaire son besoin vital de découverte. Alors qu'elle commençait à grommeler, ce quelque chose se proposa à elle. Un simple carnet d'un brun terni, corné par endroit. Il devait sans aucun doute avoir fait un bout de chemin avant de se retrouver ici. Elle tira le livre hors des deux gros dictionnaires qui le clair fortement et vint s'asseoir sur une chaise vide, exilé de tous les autres groupes de travail. La première de couverture, à l'instar du cartonné de l'extérieur, avait gardé tout son charme et sa délicatesse. Les lettres y étaient inscrites avec beaucoup de goût, sans aucun doute par un copiste, vu l'élégance de chacune des lettres. La totalité de l'ouvrage paraissait se rapprocher de l'amalgame entre la religion et l'école de sorcellerie. Elle évita scrupuleusement cette partie, se farçant déjà des discours sur on ne savait quelles divinités de la part de père tous les dimanches matin. Elle sauta donc la moitié des pages afin d'arriver jusqu'au numéro ou l'école était traité. Adélaïde feuilleta lentement chacune des pages de parchemin en prenant le soin de ne pas les tourner trop vite au cas où elles seraient fragiles. Dégrader un bien de l'école était bien la dernière chose qu'elle aimerait qui lui arrive aujourd'hui. Enfin, une première peinture fut déposée. Elle était assez simple, quelques coups de pinceaux seulement, mais tels étaient-ils que les reliefs du bâtiment étaient aussi distinguables qu'une boule fluorescente dans le noir. Son hypothèse était donc bien prouvée : elle n'était pas la seule ici à avoir ressenti le besoin de représenter un pareil lieu. De toute évidence, elle serait incapable de faire aussi bien que le coup de maître qui se tenait sur ses genoux, mais si elle en avait l'occasion, relever le défi ne pouvait qu'être divertissant.
Le reste de l'heure put se résumer par l'extase de l'enfant. Quelques autres œuvres reposaient dans le petit carnet, cette fois-ci à l'image de certains couloirs de l'établissement qu'elle reconnu sans encombre. Le génie à l'origine de ces croquis se voyait à présent décerner toute la passion de l'Allemande, qui, un de ces jours, reviendrait pour en savoir davantage sur ce maître de l'art.
Après l'avoir reposé à son emplacement d'origine, simplement décalé de quelques centimètres pour ne pas être serré entre deux énormes parchemins liés, elle quitta la pièce. Le dîner ne devait pas tarder, pourtant, elle emprunta la direction totalement opposée au réfectoire. Dans les dédales frisquets du troisième étage, elle réfléchissait à la façon dont elle pourrait m'expliquer à ses camarades. Comment démontrer sa passion pour quelque chose, sans paraître complètement timbrée ? Là était toute la question.
Passant la porte massive de la chambre, elle jeta sa longue cape sur le rebord boisé de son lit, et attrapa de nouveaux vêtements. De toute évidence, elle ne pouvait se pointer à table avec une allure aussi terreuse. Les promenades en plein air avaient leurs avantages, mais aussi leurs inconvénients...
2117
So wenig Zeit
Décembre 2027
Un grand repas convivial s'était dressé dans le cadre des festivités de fin d'année. Le réveillon était encore en cours de préparation par le corps enseignant, ce que ne prenait pas le temps de remarquer les élèves, bien trop occupés à profiter de l'ambiance chaleureuse de Noël qui s'était installé depuis quelques jours. Même pendant les cours, on sentait que toutes et tous avaient hâte de déballer leurs cadeaux, comparer avec ceux du copain, et avaler le délicieux repas préparé pour l'ensemble des résidents de l'établissement. De son côté, Adélaïde était partagée. Bien qu'elle raffolait de l'atmosphère joyeuse et légère de cette période, il fallait tout de même faire face à plusieurs problèmes, comme toujours, encore et encore. Les années précédentes, chacun avait reçu un ou deux cadeaux de la part de sa famille et cela n'allait pas au-delà de ça. C'était simple et concis, arrangeant tout le monde. Pourtant, cette année, ses camarades de dortoir avaient eu la merveilleuse idée d'organiser un Secret Santa, c'est-à-dire recevoir un cadeau sans en connaître le destinataire, pour ensuite, en fonction du présent, déposer une hypothèse sur la potentielle personne à son origine. Le principe en lui-même était plutôt amusant, voire sympathique. Là n'était pas le souci. C'était plutôt de le faire avec ces filles-là, ces filles avec qui elle avait tant de mal à se positionner, entre l'entente et l'amitié. Pourquoi était-ce si difficile ? Pourtant, elle ne semblait pas être la seule à rencontrer des inconvénients avec ce détail. Du nombre d'heures qu'elle avait passé dans l'aile nord du troisième étage, jamais elle ne les avait entendu prononcer le mot amie pour designer l'une d'entre elle. Était-ce donc une galère générale, ou une simple hallucination de la part de l'Allemande ? Peut-être est-ce que tous les élèves de Durmstrang avaient du mal avec l'attachement émotionnel. Il fallait dire qu'avec les circonstances de vie du lieu, tout obstacle était décuplé par dix. Alors, aller de façon aléatoire confier à d'autres personnes qu'on les considérait d'une façon ou d'une autre semblait plut compliqué que de gravir l'Everest. Du moins, c'est ce que pensa Adélaïde tout au long du dîner. La fourchette jouant avec ses morceaux de viande, elle divaguait totalement. Son esprit alternait entre ses camarades, et sa famille. Camardes, famille. Famille, camarades. Des sortes de bonds répétés à l'infini depuis plusieurs heures maintenant. Dans le dortoir, son cadeau, prêt à être offert, était minutieusement emballé et trônait sur l'oreiller de sa destinataire, en attendant leur retour. Peut-être serait-ce l'occasion de leur faire sa déclaration ? La brune se sentait terriblement à l'aise en compagnie de celles-ci. Chaque mince événement les avait un peu plus rapprochées les unes des autres, les obstacles parfois écartés, mais d'autres finissaient toujours par tout faire revenir à la normale. Mais c'était aussi ça le problème. Et si, par sa simple confession, une dispute éclatait ? Si une d'entre elle commençait à dénaturer ses propos, que pourrait-elle faire ? Ou pire ! Et si cela s'en suivait d'un silence profondément gênant ? Avec des messes basses et des regards emplis de jugement, comme si elle était à plaindre ? L'angoisse était bien trop grande. Au final, elle ne connaissait pas vraiment ces filles. Elles parlaient de tout et de rien, mais très rarement de leur vie personnelle et familiale. Personne ne pouvait prétendre en savoir assez sur celles-ci pour ne pas risquer l'humiliation. Peut-être allaient-elles le répétaient partout dans le collège, les autres élèves des autres années seraient rapidement au courant que la troisième année s'était trop attachée aide simples camarades. La honte. Elle avait tellement paniqué qu'un échange épistolaire avec Simon avait été nécessaire. Dans un parchemin recto-verso gribouillé de caractères, elle lui avait confié ses inquiétudes quant à son ouverture vers ces autres. Évidemment, il avait répondu “à la grand frère” : Quelque chose du style, il ne faut pas s'inquiéter, si tu t'amuses avec elles, c'est qu'elles doivent ressentir la même chose, elles n'ont simplement pas le courage de l'exprimer à voix haute. Ces phrases simples mais étrangement pourvues d'un sens rassurant avaient légèrement reboosté le corps de l'enfant, comme une énergie nouvelle après une prise de vitamine.
Pourtant, ce n'était manifestement pas suffisant pour entièrement la calmer. Une part de doute s'accaparait encore une grande partie de son cœur. Des doutes assez vastes pour lui couper totalement l'appétit. Son assiette colorée et bien garnie restait intouchée depuis plusieurs minutes, alors que la plupart des autres étaient déjà vidées de leur contenu. Tant que personne ne remarquait son manque d'appétit, tout irait bien. Voilà un autre soulèvement. Et si quelqu'un faisait un commentaire sur son repas non touché ? Comment réagirait-il ? Étrangement, une part d'angoisse qui n'aurait jamais existé en temps normal prenait de plus en plus d'ampleur. On pourrait la traiter de meuf bizarre, anorexique, tout ce qu'ils voulaient. Et encore une fois, cela avait tout moyen d'entacher sa réputation, à laquelle elle œuvrait pour garder la plus saine possible.
Fort heureusement, la fin du repas s'approchait à grands pas, et lorsqu'enfin, les étudiants furent autorisés à quitter les lieux, elle fut la première à sauter de sa chaise et se faufiler dans les couloirs frais et sombres du château, plongés dans la pénombre en cet hostile mois de décembre. Son pas frénétique de ses semelles en bois claquait vigoureusement contre la pierre froide des sols. Ainsi, elle notait que si elle souhaitait s'enfuir un jour, mieux valait le faire pieds nus si on voulait éviter de se faire prendre. Et puis franchement, quelle idée ! Pour aller où ? Durmstrang était littéralement perdu au milieu de nulle part, et ce n'était pas pour rien que personne n'en connaissait l'emplacement. Eux, élèves, savaient la situer, mais pas y aller, et encore moins la quitter. Alors c'était bien beau de vouloir fuir, mais fallait-il encore le pouvoir, et ça, c'était une tout autre histoire. Elle irait peut-être faire quelques recherches sur le sujet à la bibliothèque dans les prochains jours.
Quelques minutes plus tard, lorsqu'elle parvient à la porte de la chambre, elle vérifia que ses camarades n'étaient pas encore arrivées et s'y engouffra, referment vivement la porte derrière son dos. En ce soir de fête, la pièce avait une allure bien différente qu'habituellement. L'aspect physique était le même, mais l'ambiance qui y pesait n'avait jamais été si subtile. Un étrange mélange entre le bonheur paradisiaque de Noël, humant l'odeur des plats préparés et des cadeaux offerts, mais d'un autre côté l'angoisse grandissante à l'approche de la révélation venait effacer une par une chaque once de positivité, ou qu'elle allait. Elle se laissa tomber lourdement sur son matelas. Sous le poids du choc, la couverture rouge l'enveloppa par endroit, mais venait surtout le petit poc inconnu qui avait attiré son attention. Un minuscule paquet argenté, plutôt lourd en dépit de sa taille lui était tombé sur le front lorsqu'elle s'était jeté à l'intérieur. Elle le saisit d'une main intéressée et scruta l'emballage pendant bien trop longtemps. Le papier cadeau lui-même était une œuvre d'art qu'elle ne saurait accepter. Mais alors, si une telle banalité lui semblait trop, qu'en serait-il de l'objet qu'il contenait ? Sans même avoir à regarder à l'intérieur, Adélaïde savait pertinemment de qui il venait. Le raffinement si caractéristique qu'elle retrouvait dans chacun de ses mouvements, mais également l'idée de faire petit, mais pas moins, c'était typique de sa voisine de lit. Elle tourna la tête pour observer le sien, et constata avec surprise que c'était bel et bien son cadeau qui était déposé sur la couette. Zut. En demandant à Simon de le lui envoyer, elle pensait avoir fait une trouvaille d'enfer. Pourtant, par rapport à ce que semblait être ce qui lui était destiné, le sien avait tout d'une grande farce. Mais bon, elle devrait faire avec.
D'un bond, la noiraude se releva pour refaire bien ses couvertures froissées, et reposer le cadeau découvert à son emplacement d'origine, comme pour faire semblant qu'elle ne l'avait pas vu. Les cinq autres n'étant apparemment toujours pas arrivées, elle décida de faire un tour dans la salle d'eau où elle prit une rapide douche chaude, avant de se mettre en tenue confortable pour le restant de la soirée. Déballer son présent en pyjama, pourquoi pas ? Ce n'est pas comme si elles avaient prévu de faire des photos de toute façon. Et au pire, sa tête aurait tout simplement l'air d'un babouin abandonné.
Après s'être nettoyée le visage et appliquée la crème hydratante qu'elle s'était assurée d'emporter cette année, elle sortit de la pièce, où elle tomba nez à nez avec celles qu'elle attendait. Instinctivement, elle tourna la tête et se mit à légèrement rougir en les saluant. Chacune assise sur son matelas, elles déclarent la session cadeau ouverte, et une par une, les déballèrent. Livres, vêtements, jeux, l'imagination de ces filles n'avaient donc pas de limite et chacune semblait réellement attachée à sa nouvelle possession. Son propre cadeau qu'elle avait donné, une toute nouvelle plume aux finitions en or, avait ravie l'ensemble de la chambrée.
Lorsque son tour arriva, elle tira sur la cordelette, tentant de dissimuler sa main tremblante. De peur d'abîmer l'emballage, elle ne tira que sur les extrémités, là où tout était fixé avec un joli pli maîtrisé.
Le papier méticuleusement étalé sur le sol, elle porta à ses yeux la fine boîte de velours qui en était enveloppé. Le simple fait de la tenir dans sa main était un mauvais présage. Elle n'avait pas osé ? Rien que la qualité du matériau laissait à penser que ce qu'il contenait était d'une valeur sentimentale éperdue, inestimable. Alors, de plus en plus secouée, elle leva le petit couvercle et se laissa envahir par la stupeur. Un violent reflet de lumière s'était attaqués à ses pupilles, ou peut-être étaient-ce elles même qui l'avait produit ? Dans tous les cas, un éclat l'avait totalement aveuglé, et ça, tout simplement à cause de la magnifique bague rubis qui reposait dans ce petit coussinet noir. Sans vraiment comprendre ce qui lui arrivait, la bouche en O, elle la décoinça de son emprise avant de la faire tourner à 360° pour l'examiner de tous ses angles, comme pour vérifier qu'elle était bien réelle. Évidemment qu'elle l'était, et cette réalisation la frappa en pleine poitrine.
— Je... Qu'est-ce que... C'est absolument magnifique.
C'était le moment. C'était le moment où jamais de laisser ces quelques mots sortir, de les laisser s'échapper pour l'éternité, les envoyer voler dans les cieux. Cela ne demandait rien de plus que de garder la bouche ouverte, et d'articuler distinctement la raison de sa prise de parole. Rien de bien compliquer. Son teint était livide, une goutte de sueur coulait le long de sa tempe. Était-ce réellement une bonne idée ? Trop tard. Les cinq autres s'attendaient apparemment à la voir terminer sa phrase, toutes penchées à 90° vers elle, comme si elles écoutaient les histoires d'une diseuse de bonne aventure à son point culminant. Alors, d'une faible voix, pourtant, on ne peut plus sincèrement, elle se lança.
— Merci les amies.
À l'intérieur, c'était la panique totale. Un feu était en train de s'envenimer au niveau de ses joues, ses neurones fonctionnaient à mille à l'heure au cas où elle aurait besoin d'un plan d'attaque pour riposter si cela ne se produit pas comme prévu. À l'extérieur, un sourire béat se dessinait sur son visage amusé. Un petit rire gêné s'échappa de sa gorge, avant qu'elle en baisse la tête. À sa plus grande surprise, personne ne se moqua, personne ne s'offusqua. Une par une, elles lui répondirent simplement d'un merci, à leur tour. Comme si elles toutes attendaient ce moment avec impatience. Au final, peut-être n'était-elle pas la seule à se faire un sang d'encre à propos de la relation qu'elles entretenaient. Mais à partir de ce soir, tout laissait à penser que plus jamais une telle interrogation viendrait troubler leurs réflexions les plus profondes. Les six amies étaient désormais soudées par un pacte moral et physique pour l'éternité, auquel Adélaïde s'accrocherai fermèrent pour le restant de sa scolarité.
2009
Un grand repas convivial s'était dressé dans le cadre des festivités de fin d'année. Le réveillon était encore en cours de préparation par le corps enseignant, ce que ne prenait pas le temps de remarquer les élèves, bien trop occupés à profiter de l'ambiance chaleureuse de Noël qui s'était installé depuis quelques jours. Même pendant les cours, on sentait que toutes et tous avaient hâte de déballer leurs cadeaux, comparer avec ceux du copain, et avaler le délicieux repas préparé pour l'ensemble des résidents de l'établissement. De son côté, Adélaïde était partagée. Bien qu'elle raffolait de l'atmosphère joyeuse et légère de cette période, il fallait tout de même faire face à plusieurs problèmes, comme toujours, encore et encore. Les années précédentes, chacun avait reçu un ou deux cadeaux de la part de sa famille et cela n'allait pas au-delà de ça. C'était simple et concis, arrangeant tout le monde. Pourtant, cette année, ses camarades de dortoir avaient eu la merveilleuse idée d'organiser un Secret Santa, c'est-à-dire recevoir un cadeau sans en connaître le destinataire, pour ensuite, en fonction du présent, déposer une hypothèse sur la potentielle personne à son origine. Le principe en lui-même était plutôt amusant, voire sympathique. Là n'était pas le souci. C'était plutôt de le faire avec ces filles-là, ces filles avec qui elle avait tant de mal à se positionner, entre l'entente et l'amitié. Pourquoi était-ce si difficile ? Pourtant, elle ne semblait pas être la seule à rencontrer des inconvénients avec ce détail. Du nombre d'heures qu'elle avait passé dans l'aile nord du troisième étage, jamais elle ne les avait entendu prononcer le mot amie pour designer l'une d'entre elle. Était-ce donc une galère générale, ou une simple hallucination de la part de l'Allemande ? Peut-être est-ce que tous les élèves de Durmstrang avaient du mal avec l'attachement émotionnel. Il fallait dire qu'avec les circonstances de vie du lieu, tout obstacle était décuplé par dix. Alors, aller de façon aléatoire confier à d'autres personnes qu'on les considérait d'une façon ou d'une autre semblait plut compliqué que de gravir l'Everest. Du moins, c'est ce que pensa Adélaïde tout au long du dîner. La fourchette jouant avec ses morceaux de viande, elle divaguait totalement. Son esprit alternait entre ses camarades, et sa famille. Camardes, famille. Famille, camarades. Des sortes de bonds répétés à l'infini depuis plusieurs heures maintenant. Dans le dortoir, son cadeau, prêt à être offert, était minutieusement emballé et trônait sur l'oreiller de sa destinataire, en attendant leur retour. Peut-être serait-ce l'occasion de leur faire sa déclaration ? La brune se sentait terriblement à l'aise en compagnie de celles-ci. Chaque mince événement les avait un peu plus rapprochées les unes des autres, les obstacles parfois écartés, mais d'autres finissaient toujours par tout faire revenir à la normale. Mais c'était aussi ça le problème. Et si, par sa simple confession, une dispute éclatait ? Si une d'entre elle commençait à dénaturer ses propos, que pourrait-elle faire ? Ou pire ! Et si cela s'en suivait d'un silence profondément gênant ? Avec des messes basses et des regards emplis de jugement, comme si elle était à plaindre ? L'angoisse était bien trop grande. Au final, elle ne connaissait pas vraiment ces filles. Elles parlaient de tout et de rien, mais très rarement de leur vie personnelle et familiale. Personne ne pouvait prétendre en savoir assez sur celles-ci pour ne pas risquer l'humiliation. Peut-être allaient-elles le répétaient partout dans le collège, les autres élèves des autres années seraient rapidement au courant que la troisième année s'était trop attachée aide simples camarades. La honte. Elle avait tellement paniqué qu'un échange épistolaire avec Simon avait été nécessaire. Dans un parchemin recto-verso gribouillé de caractères, elle lui avait confié ses inquiétudes quant à son ouverture vers ces autres. Évidemment, il avait répondu “à la grand frère” : Quelque chose du style, il ne faut pas s'inquiéter, si tu t'amuses avec elles, c'est qu'elles doivent ressentir la même chose, elles n'ont simplement pas le courage de l'exprimer à voix haute. Ces phrases simples mais étrangement pourvues d'un sens rassurant avaient légèrement reboosté le corps de l'enfant, comme une énergie nouvelle après une prise de vitamine.
Pourtant, ce n'était manifestement pas suffisant pour entièrement la calmer. Une part de doute s'accaparait encore une grande partie de son cœur. Des doutes assez vastes pour lui couper totalement l'appétit. Son assiette colorée et bien garnie restait intouchée depuis plusieurs minutes, alors que la plupart des autres étaient déjà vidées de leur contenu. Tant que personne ne remarquait son manque d'appétit, tout irait bien. Voilà un autre soulèvement. Et si quelqu'un faisait un commentaire sur son repas non touché ? Comment réagirait-il ? Étrangement, une part d'angoisse qui n'aurait jamais existé en temps normal prenait de plus en plus d'ampleur. On pourrait la traiter de meuf bizarre, anorexique, tout ce qu'ils voulaient. Et encore une fois, cela avait tout moyen d'entacher sa réputation, à laquelle elle œuvrait pour garder la plus saine possible.
Fort heureusement, la fin du repas s'approchait à grands pas, et lorsqu'enfin, les étudiants furent autorisés à quitter les lieux, elle fut la première à sauter de sa chaise et se faufiler dans les couloirs frais et sombres du château, plongés dans la pénombre en cet hostile mois de décembre. Son pas frénétique de ses semelles en bois claquait vigoureusement contre la pierre froide des sols. Ainsi, elle notait que si elle souhaitait s'enfuir un jour, mieux valait le faire pieds nus si on voulait éviter de se faire prendre. Et puis franchement, quelle idée ! Pour aller où ? Durmstrang était littéralement perdu au milieu de nulle part, et ce n'était pas pour rien que personne n'en connaissait l'emplacement. Eux, élèves, savaient la situer, mais pas y aller, et encore moins la quitter. Alors c'était bien beau de vouloir fuir, mais fallait-il encore le pouvoir, et ça, c'était une tout autre histoire. Elle irait peut-être faire quelques recherches sur le sujet à la bibliothèque dans les prochains jours.
Quelques minutes plus tard, lorsqu'elle parvient à la porte de la chambre, elle vérifia que ses camarades n'étaient pas encore arrivées et s'y engouffra, referment vivement la porte derrière son dos. En ce soir de fête, la pièce avait une allure bien différente qu'habituellement. L'aspect physique était le même, mais l'ambiance qui y pesait n'avait jamais été si subtile. Un étrange mélange entre le bonheur paradisiaque de Noël, humant l'odeur des plats préparés et des cadeaux offerts, mais d'un autre côté l'angoisse grandissante à l'approche de la révélation venait effacer une par une chaque once de positivité, ou qu'elle allait. Elle se laissa tomber lourdement sur son matelas. Sous le poids du choc, la couverture rouge l'enveloppa par endroit, mais venait surtout le petit poc inconnu qui avait attiré son attention. Un minuscule paquet argenté, plutôt lourd en dépit de sa taille lui était tombé sur le front lorsqu'elle s'était jeté à l'intérieur. Elle le saisit d'une main intéressée et scruta l'emballage pendant bien trop longtemps. Le papier cadeau lui-même était une œuvre d'art qu'elle ne saurait accepter. Mais alors, si une telle banalité lui semblait trop, qu'en serait-il de l'objet qu'il contenait ? Sans même avoir à regarder à l'intérieur, Adélaïde savait pertinemment de qui il venait. Le raffinement si caractéristique qu'elle retrouvait dans chacun de ses mouvements, mais également l'idée de faire petit, mais pas moins, c'était typique de sa voisine de lit. Elle tourna la tête pour observer le sien, et constata avec surprise que c'était bel et bien son cadeau qui était déposé sur la couette. Zut. En demandant à Simon de le lui envoyer, elle pensait avoir fait une trouvaille d'enfer. Pourtant, par rapport à ce que semblait être ce qui lui était destiné, le sien avait tout d'une grande farce. Mais bon, elle devrait faire avec.
D'un bond, la noiraude se releva pour refaire bien ses couvertures froissées, et reposer le cadeau découvert à son emplacement d'origine, comme pour faire semblant qu'elle ne l'avait pas vu. Les cinq autres n'étant apparemment toujours pas arrivées, elle décida de faire un tour dans la salle d'eau où elle prit une rapide douche chaude, avant de se mettre en tenue confortable pour le restant de la soirée. Déballer son présent en pyjama, pourquoi pas ? Ce n'est pas comme si elles avaient prévu de faire des photos de toute façon. Et au pire, sa tête aurait tout simplement l'air d'un babouin abandonné.
Après s'être nettoyée le visage et appliquée la crème hydratante qu'elle s'était assurée d'emporter cette année, elle sortit de la pièce, où elle tomba nez à nez avec celles qu'elle attendait. Instinctivement, elle tourna la tête et se mit à légèrement rougir en les saluant. Chacune assise sur son matelas, elles déclarent la session cadeau ouverte, et une par une, les déballèrent. Livres, vêtements, jeux, l'imagination de ces filles n'avaient donc pas de limite et chacune semblait réellement attachée à sa nouvelle possession. Son propre cadeau qu'elle avait donné, une toute nouvelle plume aux finitions en or, avait ravie l'ensemble de la chambrée.
Lorsque son tour arriva, elle tira sur la cordelette, tentant de dissimuler sa main tremblante. De peur d'abîmer l'emballage, elle ne tira que sur les extrémités, là où tout était fixé avec un joli pli maîtrisé.
Le papier méticuleusement étalé sur le sol, elle porta à ses yeux la fine boîte de velours qui en était enveloppé. Le simple fait de la tenir dans sa main était un mauvais présage. Elle n'avait pas osé ? Rien que la qualité du matériau laissait à penser que ce qu'il contenait était d'une valeur sentimentale éperdue, inestimable. Alors, de plus en plus secouée, elle leva le petit couvercle et se laissa envahir par la stupeur. Un violent reflet de lumière s'était attaqués à ses pupilles, ou peut-être étaient-ce elles même qui l'avait produit ? Dans tous les cas, un éclat l'avait totalement aveuglé, et ça, tout simplement à cause de la magnifique bague rubis qui reposait dans ce petit coussinet noir. Sans vraiment comprendre ce qui lui arrivait, la bouche en O, elle la décoinça de son emprise avant de la faire tourner à 360° pour l'examiner de tous ses angles, comme pour vérifier qu'elle était bien réelle. Évidemment qu'elle l'était, et cette réalisation la frappa en pleine poitrine.
— Je... Qu'est-ce que... C'est absolument magnifique.
C'était le moment. C'était le moment où jamais de laisser ces quelques mots sortir, de les laisser s'échapper pour l'éternité, les envoyer voler dans les cieux. Cela ne demandait rien de plus que de garder la bouche ouverte, et d'articuler distinctement la raison de sa prise de parole. Rien de bien compliquer. Son teint était livide, une goutte de sueur coulait le long de sa tempe. Était-ce réellement une bonne idée ? Trop tard. Les cinq autres s'attendaient apparemment à la voir terminer sa phrase, toutes penchées à 90° vers elle, comme si elles écoutaient les histoires d'une diseuse de bonne aventure à son point culminant. Alors, d'une faible voix, pourtant, on ne peut plus sincèrement, elle se lança.
— Merci les amies.
À l'intérieur, c'était la panique totale. Un feu était en train de s'envenimer au niveau de ses joues, ses neurones fonctionnaient à mille à l'heure au cas où elle aurait besoin d'un plan d'attaque pour riposter si cela ne se produit pas comme prévu. À l'extérieur, un sourire béat se dessinait sur son visage amusé. Un petit rire gêné s'échappa de sa gorge, avant qu'elle en baisse la tête. À sa plus grande surprise, personne ne se moqua, personne ne s'offusqua. Une par une, elles lui répondirent simplement d'un merci, à leur tour. Comme si elles toutes attendaient ce moment avec impatience. Au final, peut-être n'était-elle pas la seule à se faire un sang d'encre à propos de la relation qu'elles entretenaient. Mais à partir de ce soir, tout laissait à penser que plus jamais une telle interrogation viendrait troubler leurs réflexions les plus profondes. Les six amies étaient désormais soudées par un pacte moral et physique pour l'éternité, auquel Adélaïde s'accrocherai fermèrent pour le restant de sa scolarité.
2009
