12 nov. 2024, 19:34
 L.J  Forger l'acier sous la neige
ALORS QUE CHACUN DONNAIT SON MAXIMUM...
SEPTEMBRE 2026, COUR INTÉRIEURE

ft. @Lorelyne Jenkins


Le vent nordique s'immisçait lentement à travers les lourdes pierres qui constituaient le château. Les températures glaciales de fin d'année commençaient à se faire ressentir un peu partout dans l'établissement. Les élèves, matin et soir, se déplaçaient vêtus de leurs capes déjà chaudes, les aidant à résister un peu mieux aux frissons de la météo imperturbable. On voyait ici et là le rouge vif de leur uniforme, virer en direction de leur salle de classe, avec pour seule distinction la couleur de la fourrure.
Les étudiants sillonnaient les couloirs, sans prêter attention à ce qu'il se passait autour d'eux, avec pour seul objectif de se réfugier dans leur prochain cours, en espérant qu'il y ferait meilleur.

Heureusement, en dépit de l'horaire à lequel cela se tenait, ils avaient la chance de se réchauffer un peu, si toutefois, ils réussissaient à donner le meilleur d'eux-mêmes. Chaque matin, les yeux bouffis, on pouvait les trouver dans la cour intérieure, pratiquant divers exercices physiques, dans le but de renforcer leurs muscles et, par conséquent, leur résistance à un paquet d'épreuves. Adélaïde avait appris à apprécier ces 45 minutes sportives, bien que 6 heures du matin ne soit pas l'heure idéale selon elle. Pourtant, pratiquer si tôt réveillait ceux qui auraient osé se pointer en somnolant. Mais évidemment, comme tout élève qui se respecte, elle ne pouvait supporter un engagement physique et mental si intense, si tôt dans la journée.
La plupart du temps, elle se donnait quelques claques devant le miroir de son dortoir, en espérant paraître un peu moins épuisée. Elle en ressortait avec les joues rouges, et les yeux aussi petits qu'à l'origine, mais continuait tout de même à le faire. C'était une sorte de rituel, une façon d'annoncer ce qu'elle allait affronter. On ne pouvait espérer meilleur réveil qu'une matinée d'été, bien au chaud, avec un grand soleil et une journée de libre, mais malheureusement, à Durmstrang, la réalité en était tout autre. Chaque personne était responsable de soi-même, et devait prendre sur lui s'il souhaitait venir à bout de ses septs années d'études. Elle comprenait mieux pourquoi tant de gens abandonnaient leur scolarité en plein milieu du cursus. Ils privilégiaient leur santé à leur réussite, et seuls les plus résistants parvenaient au bout de cet exploit.

Selon l'Allemande, il s'agissait simplement d'habitude, et rien d'autre. À force de s'entraîner, jour après jour, on finissait toujours par gagner en maîtrise. Et lorsqu'on gagnait en maîtrise, on trouvait certaines choses plus simples qu'auparavant, et donc, on les supportait plus. Elle se souvenait plutôt bien des premières fois qu'elle avait fait ce renforcement. Elle en était ressortie toute essoufflée, suante, épuisée, et totalement étourdie. À la maison, Lothar la soumettait souvent à des activités éprouvantes, que cela soit pour l'aider dans ses tâches, comme pour le simple plaisir d'observer sa fille lutter pour réussir. Des activités bien pénibles, mais qui portaient leurs fruits : mois après mois, elle arrivait à porter de plus en plus de bûchettes en un temps record dont elle était bien fière. Mais ici, il n'était pas question de bûchettes ou de record. Tout était plus technique, élaboré, et demandait le triple de l'investissement mit dans le transport du bois.

Adélaïde passait beaucoup de temps, surtout le soir, à s'entraîner devant son lit. Elle reproduisait les exercices faits dans la matinée, en espérant les réussir un peu mieux que des précédentes tentatives, jusqu'à ce que ses camarades lui tombent dessus pour qu'elle éteigne sa lumière.
Cet été, le quart de ses vacances avait été consacré à cette même activité : à la même heure, chaque matin, dans le parc, elle s'installait dans l'herbe et pratiquait tranquillement, en montant petit à petit en puissance. Course, soulèvement de poids, aérobic et tout autre sorte de sport à la nature fatigante.
De temps en temps, Simon passait la soutenir et lui donner des conseils, bien que le plus souvent, il se pointait en robe de chambre, café à la main, la mine boudeuse, en marmonnant quelque chose du style complètement tarée. Adélaïde se demandait souvent comment il se débrouillait pour si peu s'inquiéter. Elle le voyait rarement se prêter aux activités sportives, bien qu'il se joigne parfois à elle pour galoper un peu. En-dehors de cela, il restait enfermé au manoir, à faire on ne savait quoi dans sa chambre, bien que la jeune fille soupçonnait qu'il écrivait en secret.

C'est donc pour la énième fois –elle avait arrêté de compter– que la deuxième année se joignit à la danse. Grâce à ses nombreuses sessions d'entraînement, cela lui semblait un peu plus supportable. Elle avait même commencé à prendre du plaisir à venir. Ce sentiment retombait aussi vite qu'il apparaissait lorsqu'elle tombait de fatigue. Elle courrait, soufflait, poussait, tirait, s'arrêtait, reprenait, avec toujours le même entrain, l'envie de réussir. Adélaïde s'en sortait un peu mieux que certains autres, auquel elle pourrait se comparer lorsqu'elle avait un an de moins.
Enfin, techniquement, deux ans la séparaient de la classe inférieure. La jeune fille en avait par-dessus la tête de tous ceux qui répétaient qu'elle devrait tenir plus longtemps que ses camarades, car elle avait un an de plus, et donc apparemment, un corps un peu plus développé. Balivernes. La petite se sentait tout autant fragile et épuisée que les autres, allant jusqu'à se demander si c'était bien normal. Après tout, une seule année d'écart, ce n'était presque rien, surtout lorsqu'on savait que beaucoup étaient nés seulement quelques mois après elle.

Elle s'arrêta de courir, appuyée contre ses genoux, la tête baissée, hors d'haleine. L'exercice était particulièrement laborieux, et avait puisé presque les trois-quarts de son énergie, mais au moins, elle ne s'en sortait pas trop mal. Vivement la méditation. Haletante, elle patienta quelques secondes avant de recaler sa respiration sur un rythme un peu moins effréné. Une lourde chaleur s'abattait sur ses poumons, avant de disparaître, comme à chaque fois, lorsqu'elle reprenait des esprits.

Enfin, elle releva la tête, difficilement, et jeta quelques coups d'œil autour d'elle. Le niveau était assez hétérogène ; certains, à son image, se situaient dans un niveau correct, d'autres étaient carrément au-dessus, tandis que la partie restante canotait complètement. L'immense masse d'élèves qui se déplaçait dans la cour lui provoquaient de légers tournis auxquels elle s'était rapidement habituée, bien que sa vision se brouillait tout de même.
Dans un flou plus ou moins conséquent, du coin de l'œil, elle crut percevoir quelqu'un tomber. Ou du moins, être à terre. Elle ne savait pas si le mouvement était réel ou s'il avait été provoqué par les masses mouvements voilés de sa vision.

Adélaïde se frotta frénétiquement les yeux de ses poings fermés, avant d'avance précipitamment à l'aveuglette. Si quelqu'un s'était blessé, il fallait intervenir, bien qu'une chute sportive soit parfois sans séquelle. Il se pouvait également que cette personne se soit écroulée sous la fatigue, ce qui arrivait souvent. Dans tous les cas, elle aurait bien besoin d'un coup de main non ?

Ça va ? chuchota-t-elle dans un russe convainquant, la tête penchée sur le côté, accroupie face à la petite bouille d'une fille blonde.

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23 nov. 2024, 01:00
 L.J  Forger l'acier sous la neige
L’aube s’étirait à peine sur les montagnes ciselées entourant Durmstrang lorsque Lorelyne ouvrit les yeux avec la lourdeur d'une nuit tumultueuse et malmenée par ses souvenirs. Ses rêves s’étaient faits plutôt vagues et oppressants : elle avait revu les forêts norvégiennes, le chant familier des fjords, et les visages tendres de ses parents. Mais désormais tout cela lui semblait si lointain et perdu dans ce bastion froid et austère où régnait la discipline absolue. Dans cette école, les faibles n’avaient pas leur place, elle le comprendrait malheureusement assez vite et à ses dépends.

À peine avait-elle avalé une gorgée d’un thé sombre et épais qu’on l’avait poussé dehors avec les autres élèves, elle ne le savait pas encore, mais le renforcement physique allait marteler le rythme de ses journées durant sept ans. Ce matin-là l’air vif s’enfonça dans ses poumons comme une lame glacée et autour d’elle, des élèves plus âgés couraient avec une cadence martiale, une grande détermination sculptée sur leur visage.

A leur côté la jeune fille avait du mal à suivre, chacune de ses foulées pesaient sur ses jambes comme si elles étaient enchaînées à des boulets. Elle s’accrocha pourtant, tenta de garder la cadence, mais son cœur tambourinait férocement dans sa poitrine, et un goût métallique commençait à envahir sa bouche.

« Lèvez les genoux ! » criait une voix autoritaire derrière elle.

La petite blonde essaya d’obéir, mais ses muscles s'y refusaient. Son souffle court formait des volutes dans l’air glacial tandis que la honte l’envahissait, elle chancela et manqua de s’effondrer au sol une première fois, mais elle continua à avancer d’un pas lourd, tête baissée, en espérant se rendre invisible parmi la masse disciplinée.

C’est alors que la chute devint inévitable, son pied buta contre une pierre, et son corps tomba sur le sol dur soulevant un petit nuage de poussière. La brûlure dans ses genoux était vive, mais ce fut l’humiliation qui lui fit monter les larmes aux yeux.

Puis une voix. Une voix douce mais empreinte d’assurance s’éleva au-dessus de son épuisement, c'était celle d'une jeune fille aux cheveux sombres qui venait de s’accroupir près d’elle. Ses jambes se mirent à trembler et sa gorge se noua, la douleur physique de l’effort n’était rien comparée au poids de son chagrin... Loin de la Norvège et de son quotidien habituel, elle se sentait comme un bateau à la dérive, ballottée par les vagues de cette école étrangère. Lorelyne avait tenu bon toute la nuit, refoulant ses larmes sous les couvertures rugueuses de son lit, mais maintenant face à cette main tendue qu'elle ne pensa même pas à agripper, et face à cette voix douce qui perçait l’austérité de cette matinée, quelque chose en elle bascula.

Les mots frappèrent l'enfant comme une invitation à céder, à laisser les larmes couler... Aussi abondamment qu'un torrent, tout comme ses souvenirs qui lui revenaient.

« Ça... ça va... » balbutia-t-elle finalement, sa voix brisée et à peine audible. La jeune fille inspira profondément, cherchant à reprendre un semblant de contrôle.

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5 févr. 2025, 23:26
 L.J  Forger l'acier sous la neige
Son regard se porta doucement sur la main qu'elle tenait dans la sienne. Une main, qu'elle avait tendue avec la plus grande simplicité qui soit, et pourtant, qui semblait tant toucher, tant bouleverser. Sa voix, elle aussi, avait dansé jusqu'aux oreilles de la blonde, atteignant une région de sa sensibilité qui n'avait apparemment pas tenu le coup sous la compassion qu'Adélaïde lui offrait. Une humanité qui lui avait manqué, au milieu des masques de marbres de Durmstrang. Tous, dissimulés sous des visages qui n'étaient pas les leurs, des expressions qui ne pouvaient s'afficher naturellement sur le visage d'un individu normal. Mais, là était bien le problème. Ici, mêlés aux douces fraîcheurs bientôt hivernales, aucun étudiant n'était normal. Chacun avait, un jour ou l'autre, échangé son sourire contre une grimace d'une raideur repoussante. Un rire habituellement allègre pour un soubresaut sec, une étincelle dans la pupille, par un regard morne, inanimé. Toute une vie qui était pourtant bien là, enfouie quelque part, dissimulée sous un soupir harassé, un mouvement las d'une routine trop rude, trop abject, mais qui ne daignait montrer signe d'existence matérielle. Une vie perdue, envolée en coup de vent, amicalement aux côtés de quelques survivants à la désolante terre russe. Une lumière qui se perd donc, qui ternit doucement à la lueur presque éteinte de la précédente, annonçant avec amertume, à chaque fois, l'adieu de son prochain, la nouvelle flamme, brûlante d'un avenir radieux, qui, sans déroger à la règle, passerait par cette désastreuse tornade. Alors, combler ce vide, sans impunité, était aussi simple que de souffler sur ces bougies. Manquer, c'est connaître. Avoir connu un passé coloré, si ardent, si pressé de grandir, de connaître ce que tous qualifieraient de la vie future, inconnue, révélatrice, porteuse de renouveau. Comment pourrait-on manquer, de toute façon, un bien qui nous est inconnu ? On pouvait le désirer, si fort qu'on s'en arrachait le cœur, que notre conscience étouffait sous la chaleur d'une chose qu'on aurait aimé posséder, expérimenter. Mais le manque n'existe alors pas. Tout simplement. À Durmstrang, on manquait de soleil, de lumière, de tout ce qui alimentait les poitrines d'une énergie positive, réconfortante. Mais, au dépens de la grisaille, vivaient dans les tours masse d'élèves avachis contre leurs chaises, désormais le bourreau d'un ennui souffrant de la routine. C'est pourquoi, les larmes, éclat d'une matinée, avalanche contre les joues rougies de sa camarade, la consolait plus qu'elle n'aurait pu le croire, en cet instant d'irréalité. Elle était la rationalité dans une fiction on ne pouvait plus inquiétante, l'abri sous la pluie, la fleur au milieu des ronces. Elle incarnait, si subtilement, une échappée à l'entraînement fastidieux, une consolation qu'elle-même ne pensait pas pouvoir refléter. Adélaïde voyait-elle trop ? Interprétait-elle trop ? Ou était-ce simplement la vertu d'une motivation à vaincre ce parcours, cette emprise que détenait l'établissement sur sa conscience ? Elle n'en savait rien. Comment le pouvait-elle ? Elle ne respectait qu'avec automatisme le protocole strict qu'on lui donnait à suivre. C'est tout. Cette vérité résonnait comme un reproche aux oreilles de l'Allemande. C'est tout ? Mais suivre bêtement n'était-il déjà une forme de soumission, d'abdication ? Comprimer son esprit sous le poids de la direction, accepter niaisement de restreindre sa pensée, sa liberté à s'exprimer pour plaire au format de l'archétype studieux et obéissant de tout élève de l'école ? Tout cela résidait dans un raisonnement et une réflexion qu'Adélaïde n'était pas certaine de maîtriser. Alors, perdue dans les tumultes de ce regard, ce regard fébrile, elle affirma sa poigne et retint l'autre fille.

T'inquiètes pas, au début c'est compliqué, mais on s'y habitue... Vite. avança t'elle d'une voix rassurante, pour se convaincre elle-même plus que son interlocutrice. La brune n'avait pas relevé sa réponse altérée. Évidemment que ça n'allait pas. Ce genre de question n'était que banalités abruptes, en réalité, elle n'en attendait aucun retour. Aucun. Quoique, si. Elle n'en cherchait pas le sens dans les mots, mais dans la voix. Craquée, brisée, troublée ? Que le son lui cachait-il ? Comment ces cordes vocales répondaient-elles à l'anarchie typique, ici ? Écouter, interpréter, évaluer. De quoi cette fille avait-elle besoin ? Une pause, évidemment. Mais c'était impossible, n'est-ce pas ? Simuler un mal quelconque pour se réfugier à l'infirmerie, c'était à tenter, mais presque certain d'être refusé.

Adélaïde, se présenta t'elle comme si sa personne était une solution acceptable. Tu veux qu'on aille voir si tu t'es pas blessée ?

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Excuse moi pour ce retard :S

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18 févr. 2025, 17:51
 L.J  Forger l'acier sous la neige
Les paupières encore lourdes, la petite Lorelyne leva les yeux vers sa camarade, elle avait envie d'enfouir son visage dans ses bras pour disparaître. La main d’Adélaïde était ferme mais chaleureuse, et une fois dans la sienne, elle agissait comme une ancre face à la tourmente. Elle déglutit difficilement et chercha ses mots dans le brouillard de ses pensées.

« Je... non, murmura-t-elle à peine, ses lèvres étaient en train de trembler, il lui était difficile de parler sous l'émotion. Je ne suis pas blessée... juste... fatiguée. »

Sa voix, si fragile, semblait se briser à chaque mot. L’effort de parler puisait encore dans ses maigres réserves d’énergie.

Au début c’est compliqué, mais on s’y habitue... vite. Cette phrase résonna étrangement en elle. S’habituer ? Est-ce que cela signifiait abandonner tout ce qu’elle était avant d’arriver ici ?

« Lorelyne lâcha-t-elle enfin en même temps que sa main.

Vous deux, qui vous a dit d'arrêter ? La séance n'est pas terminée, courez ! Tout de suite ! » aboya le professeur qui supervisait l'entraînement.

L'enfant hocha la tête d’un mouvement saccadé, des larmes de honte recommencèrent à rouler sur ses joues. Elle chancela légèrement, son corps protestait... Ses jambes étaient lourdes comme du plomb, tandis que son souffle était court et rauque.

Tout en elle criait son désespoir, elle avait une envie irrépressible de fuir cet endroit qui lui semblait à la fois austère et cruel. Elle voulait rentrer chez elle, pas dans un mois, ni dans deux, maintenant. L’idée d’attendre les prochaines vacances lui semblait insurmontable, une éternité qu’elle n’avait ni la force ni le courage d’affronter.

« C'est tous les matins comme ça ? demanda-t-elle de façon réthorique. Je veux rentrer chez moi, je n'y arriverai jamais... »

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2 avr. 2025, 23:05
 L.J  Forger l'acier sous la neige
La mine bouleversée de sa camarade lui donnait l'envie de mettre à mal le terrain d'entraînement, d'en retourner la terre pour n'y laisser que les débris matériels d'un lieu qui n'eut pu compatir à leur détresse physique et émotionnelle. Ces larmes qui pouvaient tomber à chaque instant, et ces muscles qui se déchiraient en cris accablés à chaque nouveau mouvement, tout. Jour après jour, elle avait constaté cet état chez ses autres confrères, mais pour la première fois elle eut vraiment rage de guerre envers les professeurs. Pour la première fois oui, elle avait ressenti un pincement dans sa poitrine, un petit quelque chose qui sans doute naissait de ce que lui faisait ressentir la blonde, mais qui pouvait également lui appartenir, lui provenir. Cette complicité à la dérive émergée de la fatigue commune ne pouvait former plus fort lien que celui de deux êtres liés par une même souffrance. Une peine qui pesait plus lourd chaque fois qu'un nouveau mot passait par son interlocutrice. Une envie si forte de la rassurer, de lui dire que tout irait bien, que c'était temporaire, n'importe quoi qui pourrait rappeler à la vie un sûr sourire qui à chance certaine avait dû perdre de sa teinte depuis son arrivée au château. La crainte que la peur ne verrouille pour de bon son emprise sur Lorelyne, qu'il la retienne et la torture comme doivent le vivre certains, cette crainte qui peinait à s'estomper dans l'esprit de l'Allemande, désespérément à la recherche de mots, des mots dont le sens pourraient apaiser la fille. Des vagues des consonnes qui s'écrasaient contre la paroi ferme de leurs consciences, tambourinant aux portes de leurs lèvres qui se refusaient désormais toute parole irréfléchie, comme si mot après mot devaient depuis lors être étudiés en amont pour ne laisser voie libre qu'à ce qui ne risquait rien. Chaque son était devenu langue à conserver, si bien que seul l'essentiel ne passait outre les étapes du filtrage, inconsciemment comme si la gaieté s'était émoussée pour laisser passer la gravité. Adélaïde hocha simplement la tête à la réponse de l'autre, rassurée à l'idée qu'au moins, dans ce chaos, elle s'en sorte indemne. En partie, du moins. Le mental, c'était autre chose. Avec un peu de chance, elle aurait pu être dispensée si blessure grave s'était manifestée, seulement fallait-il qu'elle soit visible. Car les plaies ouvertes qui séjournent dans cœur et esprit ne sont que superficielles pour ceux qui carburent à l'oxygène fraîchement usé des centaines d'élèves galopant dans la douce nature si peu pittoresque de Durmstrang. Malgré des tentatives de détachement, la question persistait à résonner, plus ou moins fort lorsque l'oreille de la brune y prêtait attention. Fallait-il réellement être sincère ?

C'est... souvent le cas. apaisait une petite voix qui camouflait d'un voile transparent la flagrante vérité qui ne résidait qu'en la récurrence de ces activités, sans saisir sur l'interrogation pouvait ne pas attendre de réponse. D'une certaine façon, il ne pouvait y avoir plus véridique que cette réponse, mais restait toujours que la fréquence induite ne fut la plus précise. Elle ferait avec. Les rugissements du professeur rebondissaient sur les murs et arbres alentours, pour revenir en force s'écraser de tout leur poids sur les oreilles des deux étudiantes. Dans un mouvement presque mécanique, la sorcière se remit en position de course et invita l'autre à faire de même.

Tu pourrais simuler une blessure, tu sais. Tu cries très fort un bon coup, il sera bien obligé de te laisser aller à l'infirmerie, poursuivit-elle sans vraiment réfléchir à une véritable solution, enfin, normalement.

Elles pouvaient bien essayer, non ? Ce serait bénéfique pour les deux ! Lorelyne pourrait en profiter pour reprendre son souffle, et Adélaïde pour se promener dans les couloirs au lieu de lever les genoux comme une décérébrée. De toute façon, qui ne tente rien, n'a rien. Au pire, il refuserait, et elles retourneraient, par dépit, au parcours de renforcement ! Alors, aveuglée par une idée totalement stupide, elle attendit avec espoir une confirmation de sa camarade, sans même prendre une seule seconde pour se faire à l'idée que bon nombre d'élèves avaient déjà dû user de cette technique pour parvenir à leurs fins, ce qui la rendait pour sûr totalement obsolète.

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15 mai 2025, 11:32
 L.J  Forger l'acier sous la neige
Encore haletante et rougie par l'effort, Lorelyne fixa Adélaïde et une larme roula sur sa joue, rapidement essuyée d’un geste maladroit. Elle baissa la tête, honteuse de se montrer si vulnérable devant sa camarade, qui elle semblait si forte et résiliante. La jeune fille voulait trouver la même force en elle, mais chaque pensée la ramenait à la même conclusion : elle ne se sentait pas à sa place. Elle voulait à tout prix retrouver la chaleur et la sécurité de son foyer, pour cela il fallait vite que l'entraînement se termine pour qu'elle puisse écrire à ses parents, leur envoyer un hibou pour qu'ils viennent la chercher immédiatement.

Les mots de sa camarade lui paraissaient absurdes. Simuler une blessure ? Jamais elle n'oserait. Mentir, tricher ou même contourner les règles lui semblait impensable. Lorelyne baissa les yeux, observant ses pieds tremblants, tachés de terre et de neige fondue, elle se sentait si petite et si faible dans cette école qui exigeait d’elle bien plus qu’elle ne pensait pouvoir donner.

« Mais, et s'il s'en rend compte... Et s'il me le faisait payer, je ne peux pas... » murmura-t-elle, d'une voix brisée et à peine audible.

Ses mains s’agrippèrent nerveusement à son pull trempé de sueur, puis elle releva un regard implorant vers Adélaïde, espérant y trouver une réponse, une solution, quelque chose qui pourrait lui offrir un peu de répit dans cet enfer glacé. Elle était juste sous ses yeux, sa solution : cette jeune fille brune au courage brut, cette chose qui lui manquait mais dont elle pouvait s’inspirer, la norvégienne avait vu quelque chose en Adélaïde qui éveilla en elle une étincelle.

Lorelyne redressa légèrement son dos encore courbé par la fatigue, puis le souffle court, elle se força à respirer plus profondément afin de calmer cette vague de panique qui menaçait de la submerger à nouveau.

« Adélaïde... Lorelyne déglutit, se sentant fragile mais aussi légèrement rassurée par la présence de la jeune fille à ses côtés. Je peux pas y arriver toute seule. Mais toi... toi, tu sais comment faire, comment tenir. Tu... t’es forte.

Je ne veux pas abandonner, mais sans toi, je ne pense pas que j'y arriverai. Tu peux... m'aider ?
»

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12 juil. 2025, 00:32
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Le regard d'Adélaïde parcourait à intervalles réguliers la surface du terrain sur lequel les deux jeunes filles se retrouvaient, là, comme deux simples enfants emportés par la masse d'étudiants qui courraient autour d'eux. En guettant ainsi les professeurs, elle s'assurait que nul ne réalise qu'elles n'effectuaient tout simplement pas l'exercice demandé. Lorsqu'une lointaine grimace sévère se posait le temps d'une seconde sur leurs visages haletants, la brune saisissait le bras de sa nouvelle rencontre et mimait à ses côtés des mouvements qui s'apparentaient aux consignes à suivre.

Malheureusement, les faux-semblants ne suffisaient pas à réellement faire face au problème. Lorelyne était épuisée. Devant ses yeux, sa cadette peinait même à se tenir convenablement debout, et cela pesait sur le cœur de la deuxième année, qui s'efforçait donc de se tenir bien droite, et de dissimuler ces foutus tremblements de jambes en changeant de position toutes les deux secondes.

Adélaïde détestait cet établissement. Oh, elle l'avait, à vrai dire, toujours haït du plus profond de son âme, comme tant d'autres par ici. Mais jamais elle n'avait autant ressenti l'envie d'y mettre feu qu'en cet instant. La simple pensée que de ravager l'école en usant de sortilèges qu'elle ne maîtrisait pas accentuait plus encore ces pulsions négatives qui la retenait de se jeter sur un entraîneur et de lui faire avaler son sifflet. Pulsions qu'elle s'efforçait de ravaler en broyant le tissu de son pantalon comme s'il s'agissait du bras de Simon, qui endurait les crises de l'enfant comme un punching-ball depuis plusieurs années. Oui. Elle abhorrait cet endroit. De quel droit se réservait-il d'ainsi traiter leurs élèves ? Qui, parmi eux, pouvait s'estimer honorable, fier et bon, d'ainsi servir ce lieu ? Quelle ignominie...

L'Allemande serrait la mâchoire, évacuant tant bien que mal sa fureur. Si Durmstrang était l'attaquant, elle se devait d'être la défenseuse. Et pour ce faire, il fallait se calmer. Les boucliers ne peuvent pas se fracturer.

Elle hocha simplement la tête à la réticence de Lorelyne, bien que songeant que seule, elle aurait pu avoir recours à cette solution de secours. Mais en cet instant, elle devait penser pour deux, et non pour son simple corps déjà plus habitué que celui de la première année.

Ses poumons se comprimèrent lorsqu'elle entendit les paroles suivantes. Elle, forte ? Elle n'avait jamais réfléchi à une telle chose. Peut-être l'était-elle, alors ? Ou était-ce seulement l'ombre qui se reflétait sur ses traits, l'image du mensonge qui seule, transparaissait sur son visage ?

Peu importe.

Si pour la plus jeune, Adélaïde était forte, alors elle l'était. Elle devait l'être. Pour elle. Pour Lorelyne.

..Viens. Elle agrippa de nouveau le bras de son interlocutrice, qu'elle soutint avec force alors qu'elle entreprenait de les remettre sur le parcours. Déjà...Si tu arrives à trouver un bon rythme respiratoire, c'est beaucoup plus facile de tenir. Affirma t'elle sans vraiment savoir que dire pour la rassurer, pour être digne de l'image façonnée par l'enfant. Elle illustra plusieurs inspirations, suivis d'expirations sur une continuité stable, pour que l'autre puisse l'imiter.

Elle posa un instant ses pupilles sur ces yeux, inconnus, il y a quelques minutes encore, et, doucement, sans réellement comprendre à quoi elle s'engageait, elle en fit la promesse :

Tu peux compter sur moi.

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12 juil. 2025, 23:54
 L.J  Forger l'acier sous la neige
Tu peux compter sur moi. Lorelyne sentit son ventre se serrer, mais ce n'était plus de peur, c'était autre chose. Une nouvelle émotion l'avait envahit, elle était réconfortante ce qui la rendait encore plus confuse... Comment pouvait-on ressentir tant de chose à la fois ? Le corps humain était-il programmé pour recevoir autant d'informations différentes ? En tout cas, elle tenait bon pour l'instant, son coeur aussi.

Elle baissa les yeux, fixant les mains d'Adélaïde qui la maintenaient debout, et se laissa guider sans un mot. Elle n'avait montré aucun signe de résistance et s'était complètement abandonnée à elle, elle lui faisait confiance. La norvégienne en avait besoin, il lui fallait quelqu'un pour l'aider à déconstruire tout ce qu'elle avait connu auparavant, pour s'ancrer dans cette nouvelle réalité.

Sous ses conseils, la jeune fille inspira quand sa camarade le fit, elle tenta d'imiter un rythme lent et profond, mais le premier souffle qu'elle prit fut tremblant et saccadé. Elle toussa un peu, manquant presque de s'étouffer puis essaya à nouveau, plus lentement cette fois. Ses petites épaules frémissaient toujours sous l’effet du froid et de l'épuisement, mais l'air circulait un peu mieux.

Adélaïde pensait vraiment qu'elle pouvait y arriver ? La blonde émit un doute, elle avait peur de ne pas être assez forte, peut-être qu'elle avait fait une erreur en venant ici, peut-être que Durmstrang n'était pas pour elle. Elle avait honte. Honte de douter, honte d’avoir besoin de quelqu’un pour avancer... Malgré tout, Lorelyne serra un peu plus fort le bras de son aîné.

« Je ne suis pas faite pour ça, je crois... Elle grimaça aussitôt, coupable. Enfin, pas encore. Je veux dire que j'essaie.. Vraiment. Oui c'est juste que je n'ai pas l’habitude. Ça fait beaucoup, beaucoup trop et d'un coup.

Ses lèvres tremblaient, ses joues étaient rougies par l'embarras. Elle avait mal, elle avait peur, elle était perdue, mais elle continuer à s'accrocher... À Adélaïde et à sa promesse.

Toi aussi... C'était comme ça, au début ? Toi aussi t'as eu l'impression que t'y arriverais jamais ? Ou t'as toujours été... comme maintenant ? La douleur disparait au bout de combien de temps ? »

Si elle avait réussi à passer par-là, alors peut-être que Lorelyne aussi y parviendrait. Mais les deux jeunes filles venaient sûrement d'un milieu différent, il était fort probable qu'elle n'avait pas vécu sur une île isolée et coupée du monde dans le grand nord, ses parents ne devaient pas non plus vivre de la pêche, et avoir peu de temps à répondre à ses questions sur la magie. Elle se demandait alors qu'elle enfance elle avait bien pu avoir, et ce qu'elle-même avait pu manquer.

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13 juil. 2025, 01:31
 L.J  Forger l'acier sous la neige
La poitrine lourde d'une inspiration glacée par les températures, elle jeta un coup d'œil discret à la main de sa camarade, qu'elle aurait juré senti se resserrer autour de son bras. Et petit à petit, la signification de tout cela retomba à ses pieds : Lorelyne était perdue, et Adélaïde avait accepté d'être sa boussole, sa carte dans la forêt noire, son phare dans la tempête meurtrière. Ce corps était bien aussi jeune que le sien, ces pensées devaient être les mêmes que les siennes, du moins elles le furent un jour, sans aucun doute. Au milieu de l'effervescence forcée, elle fut persuadée que rien de concret ne séparaient réellement leurs deux existences. Tout ce qui pouvait s'apparenter à une différence n'était sûrement qu'illusion et coup monté, tous les moyens étaient bons pour que l'Allemande se persuade qu'elles étaient semblables. Comment sauver quelqu'un de la noyade lorsque notre propre corps était attiré dans la profondeur des abysses ?

Elle avait peur.

Peur d'endosser un rôle qu'elle trahirait plus tard, qu'elle ne pourrait pas assurer. En était-elle même capable ? Tant de nouvelles choses étaient apparues depuis son arrivée à Durmstrang, des nouveautés qu'elle avait appréhendées avec solidité, et qu'elle avait combattues par dépit, mais elle était allée au-delà. Était-elle encore capable de prendre en charge une neuve responsabilité ? Le cœur de l'enfant battait plus vite encore, mais comment déceler la frayeur qui s'y installait lorsque le muscle était déjà entièrement habité par l'effort sportif ?

Plus la blondinette parlait, plus il était difficile de se défaire de cette crainte, et pourtant, ses mots parvenaient à faire dériver sa pensée d'un tout autre côté.

Oh, oui, c'est bien trop. Je sais bien, Lorelyne... Je sais bien.

Mais...

Mais on ne peut rien y faire.

Et cette vérité la frappa en pleine face. Une violente gifle qui brûla sa peau jadis congelée par le climat russe. Tout ce qu'elle avait accompli, réussi, n'était que le fruit de l'obéissance. En pensant que s'acclimater était lutter, elle s'était en réalité pliée aux attentes de ceux qui les regardaient actuellement cracher leurs poumons. Ceux qui ne s'adaptaient pas étaient jartés. Le combat, le vrai, était la fierté. Celle d'aller au-delà. De regarder d'un air lointain cette école, implantée dans les montagnes finement taillées, et de songer de nouveau aux visages des professeurs, auxquels ils avaient survécu sept ans de suite. La victoire la plus pure.

Mais la deuxième année qu'elle était n'y songea pas une seule seconde.

Suivre les ordres, et survivre, pas vivre. La voilà, sa technique.

Mais pour Lorelyne, elle irait au-delà, d'une façon, ou d'une autre.

Une nouvelle question. Avait-elle été toujours comme maintenant ? Comme quoi ? Celle qui prétendait tout contrôler comme un chef d'orchestre, qui se languit de ce spectacle ridicule, oh, lui le musicien bien au-dessus de ce simple remue-ménage des basses-cours ? Oui. Elle l'avait lu sur les traits de père, elle l'avait compris dans la résilience de son frère. Ici, plus le masque déformait le réel visage, moins étaient les risques de tomber. C'est ce qu'elle en avait compris. On n'échappait pas au malheur en le suppliant de nous épargner, mais en se jouant de lui. La voilà, la Adélaïde qu'elle était à Durmstrang, dans cet aveuglant uniforme rouge.

Et la douleur. Mais quelle douleur ? Celle qui tenaille leurs muscles dès l'aube ? Celle qui les assomment en fin de journée, étouffés dans leurs draps ? Ou celle qui fend leurs cœurs en rentrant à la maison, étrangère après tant de temps, lorsqu'ils réalisaient que tout avait évolué sans eux, que tout le réconfort qu'ils s'attendaient à retrouver s'était depuis longtemps évaporé ?

Rien ne disparaît jamais, Lorelyne. Tout se transforme, tout se cramponne à l'esprit, sous une forme différente, mais elle reste la même, Lorelyne... Elle reste la même.

Mentir à sa cadette lui parut impensable et indispensable en même temps. Une nouvelle fois, cette interrogation : était-elle assez mature pour l'aider ? Sa vision des choses était peut-être archaïque, démesurée. Elle ne pouvait pas l'immerger dans un océan de terreur. Elle sera la seule qu'il pourra engloutir.

Protéger Lorelyne. À n'importe quel prix.

Ceux qui prétendent résister dès les premières heures sont les pires menteurs. Jamais je n'aurais l'audace et la prétention d'affirmer que j'ai toujours été...comme maintenant. Ces deux derniers mots lui brûlèrent le palais, une petite flamme intérieure qui lui murmurait que ce comme maintenant n'eut jamais été. Je crois en l'idée que nous avons tous un équilibre à trouver. Et...Je suis persuadée de n'être encore qu'au début de ma quête. Souffla t'elle un peu plus facilement, ce semblant de vérité glissait plus limpidement dans sa bouche que n'importe quelle invention.

Elle passa une main pressée dans ses cheveux pour replacer une mèche, détournant cette fois-ci le regard.

La douleur...Finira par s'atténuer. Tais-toi, Adélaïde, tais-toi ! J'ai suivi un programme strict durant l'été, dispensé par mon père. Mon frère l'a suivi aussi, il y a quelques années, et il paraitrait que cela eut porté ses fruits. En effet. Pour combattre la fatigue, il fallait y être habitué, et la contredire. De même pour la douleur. Souvent se prélasse-t-on au soleil estival, mais alors le corps perdait tout son savoir, toute cette force accumulée, qu'il fallait au contraire travailler, endurcir pour revenir plus forte, plus puissante que jamais, et espérer être digne de ces exercices répétés. Alors je m'y suis mise. Tous les matins, un peu comme ici, je m'adonne à différentes tâches un peu partout autour de la propriété.

Elle se perdit un instant dans un souvenir ridicule dans lequel elle transportait des bûches d'une aile à l'autre du manoir Brennen.

Jamais son ego n'avait été aussi ravagé que lorsque mère avait ri lorsque, pour la énième fois, le morceau de bois échappait à ses bras, et roulait alors sur le terrain incliné.

...Et je t'assure que ça fonctionne ! Se précipita d'ajouter la brune avec un entrain qui lui était méconnu. J'ai beaucoup moins... Mal ? Impossible. L'avouer à Lorelyne ? Encore pire. Elle ne pouvait qu'être forte. C'est tout. Je m'adapte beaucoup mieux à l'endurance du renforcement. Qu'est-ce que tu racontes encore ? Tu t'es regardée cinq minutes ? Pour qui te prends-tu ? Ne sens-tu pas tout ton corps vociférer l'envie de crouler au sol ? Pourquoi négliges-tu cette goutte de sueur, qui perle sur ton front ? Que redoutes-tu, Adélaïde ? De quoi as-tu peur ?

La jeune sorcière se griffa l'intérieur de la paume, jusqu'à ce que la douleur soit assez vile pour que son cerveau se concentre dessus plutôt que sur toute autre forme de panique qui survenait. Et surtout, chasser ces maudites pensées qui devaient être réduites au silence !

À force de prétendre, tu tomberas.

Puis, tout s'éteint.

Un sourire faussement assuré à sa camarade, et un espoir immense qu'elle croie à chacun de ses mots. Qu'elle croie en elle. En Adélaïde Brennen.

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Impératrice-Sirène des Contrées Germaniques, Célestes et Maritimes • Idole d'Elam

13 juil. 2025, 18:53
 L.J  Forger l'acier sous la neige
Le vent mordait sa peau, pourtant elle ne sentait plus le froid, ou pas celui du dehors du moins. Le vrai froid il était en elle, logé dans ses os et son coeur depuis des années. Ce n'était pas celui qui venait des montagnes, ni de Durmstrang, mais plutôt celui des hivers norvégiens, celui qu'elle portait en elle depuis l'enfance.

Lorelyne écoutait attentivement chaque mot et chaque soupir de sa camarade. Elle était assoiffée de sens et d'espoir, Adélaïde représentait le parfait mode d'emploi qu'on avait omis de lui remettre à son arrivée. Et elle crut comprendre enfin qu'elle n'était pas invincible, pas plus qu'elle. Ses doigts relâchèrent leur étreinte sur le bras de sa camarade et un souffle plus profond souleva sa poitrine.

Pour la première fois, la petite blonde avait comprit que d'autres aussi luttaient, et que même les plus forts avaient un jour douté. Elle avait toujours cru qu'il fallait être née pour ça, que c'était aussi innée qu'un don de voyance. Elle avait cru un instant qu'Adélaïde avait été taillée dans un autre bois qu'elle. Mais finalement non, pas vraiment.

« Je veux l'apprendre aussi. Si le programme de son père a fonctionné, elle voulait aussi l'essayer, peu importe ce qu'il en coûte, peu importe si elle serait mauvaise au début. Mais je ne veux pas que tu me ménages. Si tu m'apprends, fais-le vraiment. Comme ton père l'a fait avec toi. »

La filliette était fatiguée d'avoir honte de ses faiblesses, alors il fallait bien commencer quelque part, si le programme pouvait la rendre plus forte, ou même un peu, alors elle devait essayer. La résilience avait toujours été une de ses plus grandes forces, elle releva la tête, le regard plus déterminé. Peut-être qu'elle était bien plus forte qu'elle le croyait, peut-être qu'elles l'étaient toutes les deux.

« On commence quand ? »

Lorelyne n'avait jamais su pourquoi elle avait eu l'arrogance de croire, avant même de poser le pied dans cette école, qu'elle serait différente des autres. Peut-être parce qu'enfant, on n'avait cessé de lui répéter qu'elle avait du potentiel. Un mot creux, sans valeur... Qui voulait à la fois tout et rien dire. Pourtant elle n'avait pas anticipé qu'elle tomberait aussi vite à Durmstrang, même si elle n'était pas la seule. Certains pleuraient aussi la nuit, mais au matin ils reprenaient leur masque, ils faisaient front et ils continuaient sans rien laisser paraître. Mais Lorelyne n'en avait pas. Ou du moins pas encore. Ce n'était pas qu'elle était plus fragile que les autres, mais elle ne savait pas encore comment faire semblant, on ne lui avait pas encore appris.

Alors en secret, elle doutait de tout ce qu'elle était : elle doutait d'être assez forte et d'avoir vraiment mérité sa place ici. La blonde croyait qu'il fallait être solide tout de suite, parfaite tout de suite. Mais sans s'en rendre compte, cet instant où elle osa demander à Adélaïde comment elle avait fait, était un premier pas. Lorelyne ne le savait pas encore, ce geste-là marquerait sa vie à jamais.

Car un jour, elle serait capable de se relever seule.
Un jour, elle ne douterait plus de sa valeur.
Un jour, elle verrait dans son propre reflet non pas une enfant effrayée, mais une sorcière puissante et reconnue.

Freya, viking badass et WikiPFR officiel.
Compte adulte d'Alaska Cross