21 sept. 2024, 23:36
 Coulure  Saveurs  PNJ 
Reducio
Hjúki est présent
Auprès de. Phœbe Swan (sœur-de-cœur, forte amitié) – active
Référencée.
Intérêt. Sortir de sa retraite irlandaise, socialiser, explorer les sentiments partagés de Hjúki du fait qu’elle accomplisse des études auxquelles il aurait pu aspirer, fut un temps


Printemps 2049

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Suivant l’allée menant à la banque, elle enroulait autour de l’index l’une des pointes du col de sa chemise en soie claire en regardant distraitement les devantures du côté gauche, puis son ombre dont la projection semblait indiquer que l’après-midi était déjà entamé, ce qui correspondait à ce qui avait été convenu avec Hjúki. Depuis ses débuts à la nouvelle sainte-Mangouste au début de l’année, la jeune adulte ne se résolvait pas à s’installer à Godric’s Hollow, la démarche lui paraissant de quelque manière inconvenante, préférant encore rejoindre les lieux du stage par voie magique. Ses premiers pas de guérisseuse et l’enjeu des patients contrastaient fortement avec les conditions académiques qu’elle avait prolongées après les aspics par des études à l’institut, l’exigence qu’elle s’imposait pour aussi bien assimiler qu’exécuter l’art des remèdes lui laissait peu d’espace pour se détendre. Profitant de cette fin de semaine de mai, elle avait proposé à son ami irlandais de se voir autour d’un rafraîchissement magique, loin de l’effrayante cité sorcière. Si des nouveautés enchantées étaient exposées ici ou là derrière les vitrines, elles attiraient à peine l’œil de Phœbe dont les doigts entamaient un tracé descendant pour quitter progressivement le contact du tissu alors que l’enseigne se précisait dans son champ de vision et qu’elle se focalisait désormais sur les Silhouettes gravitant aux alentours.
Déambulant à Londres en dépit de son peu d’entrain à s’éloigner de son île, il n’avait résisté à l’appel de sa Sœur-de-Cœur, également poussé par son cousin qui avait appuyé la nécessité d’une telle excursion en lui suggérant de ramener de l’Allée des éléments qui pourraient se montrer utiles à l’atelier. En cette période, il ne risquait pas de s’y trouver des châtelains en nombre et le mage avait proposé le glacier autant pour le plaisir de saison que pour son éloignement des considérations scolaires dont étaient entachés d’autres commerçants. Se sachant ponctuel, le jeune Anastase avança sans hésiter vers l’étudiante qui l’avait également remarqué et après une accolade ils se mirent en place pour commander en échangeant brièvement les nouvelles liminaires. Opa semblait se porter mieux même s’il ne pouvait plus s’activer autant qu’il le souhaiterait ; elle maîtrisait de mieux en mieux certains protocoles de préparation et appréhendait avec plus de confiance l’environnement médicomage au fil des semaines. Au moment du choix, la guérisseuse en herbe demanda la première deux boules de sorbet d’agrumes, au pamplemousse et à la mandarine ; tandis que Hjúki hésita avant de céder à une impulsion en prenant un duo de crèmes glacées, au café et au whisky pur feu, combinaison non sans rappeler le typique irish coffee qu’il avait néanmoins coutume de consommer ‘virgin’.
Dernière modification par Hjúki Anastase le 1 avr. 2025, 10:29, modifié 4 fois.

12 oct. 2024, 17:51
 Coulure  Saveurs  PNJ 
MAI 2049, APRÈS-MIDI,
GLACES FLORIAN FORTARÔME, CHEMIN DE TRAVERSE

Alyona, 19 ans,


Que c'est étrange de fouler ces rues en une pareille après-midi. J'ai presque l'impression de ne pas être au bon endroit, comme si, après toutes ces semaines de travail, je n'avais plus le droit d'errer, de laisser place à l'oisiveté. Je marche doucement, les doigts posés sur mon sac, mais une part de moi se révolte. Elle s'indigne, exige que je m'active, que je fasse quelque chose d'important, que je ne perde pas mon temps à déambuler dans une rue calme. Cependant, je ne l'écoute pas vraiment. Elle m'agace quelque peu. Je prends bien plus de plaisir à suivre les passants des yeux, à lever mes iris vers les oiseaux qui s'envolent, à prêter une oreille attentive aux bruits qui font le quotidien du Chemin de Traverse. Pourquoi m'agiter l'esprit avec des problèmes chimériques ? Les plumes noires et blanches des pies sont bien plus jolies.

J'ai toute mon après-midi pour moi. Ma grand-mère paternelle ne m'attend chez elle que ce soir, dans les quartiers sorciers bourgeois de Londres. Je ne pourrai pas arriver les mains vides, mais je sais que je trouverai de quoi lui faire plaisir ici. C'est pourquoi mes pas sont lents et davantage poussés par la curiosité que par une quelconque exigence temporelle. Cela contraste avec mes fins de semaine précédents, passées à l'Institut. Il y a un mois, le rendu de mon mémoire et ma soutenance orale sont venus clôturer une longue période accablante, épuisante, et difficile. Avoir désormais la possibilité de prendre du temps pour me divertir et voir mes proches est aussi réjouissant que surprenant. Néanmoins, je sais que cette sortie fait sujet d'exception. Mes cours ne sont pas terminés et les examens qui viendront nécessitent un engagement constant dans chacune des matières que je suis. Je n'ai pas fini de travailler, et finalement, cela a quelque chose de rassurant. Cela me coûte peut-être de l'avouer, mais passer une après-midi plongée dans des révisions est aussi grisant que de la passer ici, à errer dans des rues calmes.

Si mes pas sont légers, quelques racines s'immiscent parfois dans mon esprit pour faire trébucher mes pensées. C'est surtout à propos de ma famille, de mes amis, de mon avenir. Mes études sont un terrain sûr et solide, que je sais maîtriser. C'est mon travail, et aussi là où je suis à l'aise. Quelques fois, évidemment, certains exercices sont plus complexes que d'autres. Je doute, je me trompe, j'échoue, mais j'apprends et je finis par en sortir plus grande. Cependant, pour d'autres sujets, c'est bien différent. Mes conflits avec ma famille m'accablent terriblement. Je ne sais pas si je prends le bon chemin, ni si mes idées sont les bonnes. J'ai peur de mal faire, de regretter. Pourtant, je sais au fond de moi que, comme avec mes études, c'est en me trompant que je progresserai, que je saisirai davantage ce qui me semble être le meilleur et le plus juste. Néanmoins, je n'arrive pas à m'y faire ; je suis hantée par mes choix. Il en est de même pour mes relations et mon futur. L'angoisse s'emmêle à ces pensées glissantes et envahies de ronces. J'avance et un détail me ramène à elles, comme si elles profitaient d'une ouverture pour plonger dans mon âme. Alors, je suis contrainte de porter mon attention vers le monde qui m'entoure, pour éviter d'être happée par celui que je cache. Cela passe par un étrange besoin d'agir.

Mes pas me guident jusqu'au glacier de Florian Fortarôme. C'est surprenant : je n'ai pas souvent mis les pieds là-bas. Lorsque j'étais à Poudlard, il m'est arrivé de m'y rendre quelques fois, mais cela restait rare. C'est un lieu généralement prisé des jeunes sorciers, et s'y avancer, lors de certaines périodes, c'est prendre le risque de se trouver au milieu d'une foule enthousiaste et parfois maladroite. Pourtant, j'ai dans le crâne le souvenir d'une journée de juin ensoleillée avec Anaë, à déguster des glaces le visage tourné vers le ciel. Ces réminiscences me semblent parfois appartenir à une autre vie, comme les vestiges d'un temps révolu. Cependant, je garde un certain plaisir à les observer flotter dans le lac de ma mémoire. J'aimerais presque pouvoir les revivre, tout en conservant le regard que j'ai développé en grandissant.

Je me faufile pour acheter un thé glacé à la menthe, décidée à me rafraîchir et à occuper mes mains. L'attente pour obtenir ma commande n'est pas longue, ; pourtant, ce n'est qu'après celle-ci que je prends conscience de la présence de deux jeunes adultes, non loin de moi, dont les visages me sont connus. Mais d'où ? De Poudlard, certainement. J'oserai même m'avancer en pensant à l'Institut, pour ce qui est de la brune. Pour ce qui est de celui qui l'accompagne, je ne suis pas sûre. Le souvenir qui lui est lié est lointain. Nous sommes-nous déjà parlés ? Mon instinct me murmure que oui. Mais quand, et dans quelles conditions ?

Pour excuser le regard prolongé et indiscret que je dirige vers eux, je tente un sourire amical avant de baisser les yeux. M'ont-ils remarqué ? Me suis-je montrée trop inquisitrice ? Je serre ma boisson entre mes doigts, comme si je pouvais cacher l'inconvenance de mon comportement derrière la fraîcheur qui s'en dégage.

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baisse de présence jusque fin juillet

1 nov. 2024, 21:26
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Loin de l’ambiance estivale caractéristique de la période de pré-rentrée, où les visiteurs affluaient pour une pause entre les achats, pressés ou contraints par la chaleur extérieure ; le mois de mai était bien plus agréable et offrait de déguster tranquillement les ‘forts arômes’ du glacier en ne se souciant pas uniquement de la fraîcheur de ses compositions. La Silhouette de Hjúki à ses côtés lui rappelait leur première rencontre lors d’un solstice, à une porte de là, voilà bientôt cinq ans, durée qu’elle peinait à vraiment réaliser. Ce qu’elle avait appris de lui… à l’époque, ils n’auraient sans doute pas pu faire connaissance autour d’une glace. Depuis, il lui avait enseigné comment s’appuyer sur ses sens pour s’ancrer dans la réalité afin d’atténuer sa défiance à l’égard des mirages et genèses magiques. Elle demeurait peu friande des confiseries trop enchantées, d’où son choix fruité. Ayant pris une première bouchée du sorbet pamplemousse, elle le laisse lentement fondre entre la langue et le palais ; où l’amertume et l’acidité de l’agrume se mêlent à la sensation idoine qu’il provoque au-delà du goût, à l’instar de la menthe. Contrairement à ce que lui impose son activité de stagiaire, elle a le loisir de se concentrer sur sa perception sans qu’aucune préparation curative ne soit en jeu. Préparant une bouchée de sorbet mandarine à la saveur plus douce, Phœbe ajuste son regard en direction de son compagnon, dont le menton s’est orienté vers une nouvelle venue.
Humant sa combinaison aux parfums irlandais, Hjúki se demande si, quitte à faire le déplacement jusque Londres, il n’aurait pas dû opter pour des propositions plus britanniques avant de chasser cette objection : après tout, si les crèmes glacées sont bien préparées à partir de crème anglaise, il y a bien un fond anglais dans sa reconstitution glacée de l’irish coffee. Tout comme les desserts au café séduisent les enfants encore incapables d’en boire pur ; le mage est curieux de découvrir à quel point l’artisan a transformé le Whiskey Pur Feu, un breuvage qu’il n’a encore jamais consommé dans sa forme originelle. Il préfère ignorer ce qu’il manque plutôt que de finir par ne plus savoir s’en passer. Phœbe s’étant tue pour entamer son sorbet, le jeune Anastase ne s’attaque pas de façon distincte à chaque note mais les unit en quantité égale pour découvrir leur accord. Une part de lui s’attend à ne parvenir à réprimer un rictus, confronté à la puissance d’un alcool dont une bouteille ouverte laisse déjà présager de son agressivité ; mais sa transformation sucrée adoucit de façon étonnante les relents les plus piquants. Accompagné de la familiarité du café, il reconnaît presque une saveur réconfortante de son chez-soi, dans une variante toutefois opposée en termes de température ; au point d’éloigner la sensation berçante de la véritable évocation de souvenirs de Galway, de ceux qui éveilleraient des émotions apaisées. Grâce à sa Sœur-de-Cœur qui l’a sensibilisé à leur musique, il parvient à penser à son instrument magique sans animosité, à se figurer comment il les convertirait proprement, sans ces coulures semblables à la progressive fonte de la glace qu’il abhorrait. Relevant la tête, bien que ne se souciant pas tellement des passages du reste des clients, son champ de vision perçoit à la périphérie un mouvement lui donnant l’impression d’être épié. Souhaitant s’en débarrasser, sa nuque pivote mécaniquement et ses Perles-de-Nótt en identifient l’origine. Ne s’y attardant pas, son regard traîne dans le vague alors que des vieilles réminiscences reconstituent une image légèrement plus jeune de la sorcière. Qui est-ce ? Le jeune mage ne le sait pas tout à fait, il se souvient toutefois de Pré-au-Lard et de l’Oiseau bleu qu’il lui avait tendu en réponse au vertige qui la hantait. Ses ailes ont-elles été encrées ; a-t-il volé ? Enfoncé dans sa surprise, aucune réaction physique n’est engagée, si ce n’est un nouveau regard en sa direction, comme pour s’assurer ce que ses pupilles lui projettent.
Suivant la ligne partant des yeux de son aîné, Phœbe parvient à une sorcière adulte, pour qui Poudlard ne doit pas être un si lointain souvenir. Lui prêtant une plus fine attention, les traits de sa Silhouette ne lui paraissent pas complètement étrangers. Elle peut se confirmer mentalement qu’ils ne fréquentaient les souterrains de Serpentard ; son rôle passé de préfète lui permettant encore d’identifier les générations la succédant directement au sein de la maison de vert et d’argent. Occupée à la Nouvelle-Sainte-Mangouste depuis le début de son stage, elle n’a pas revu les visages de l’Institut depuis quelques mois mais la petite Swan finit par resituer son visage au sein des murs où elle étudiait encore jusqu’au semestre dernier. En outre de ne pas être de la même année ; elles ne partagent assurément pas le même cursus. Le sourire qu’elle dessine esquisse comme une connivence, la confirmation qu’ils devraient se connaître. La guérisseuse en herbe s’attarde sur le verre, notant le choix de la saveur-sensation de la menthe, avant de revenir à Hjúki. Indubitablement trop âgé pour avoir partagés des cours, elle amorce tout de même.
« Je crois qu’elle étudie également à l’Institut… » Il lui est difficile de lire si l’acquiescement qu’il décoche tient de l’intérêt ou de l’automatisme.
Se ressaisissant, le jeune Anastase traite l’information, comprenant que Phœbe, à défaut de suivre le même programme, la semi-côtoie et demande. « Puis-je l’inviter ? » S’il se méprend et qu’elle attend de la compagnie, il se retirera. La surprise passée, il se réjouit de la conjonction qui se produit sans avoir cherché à la provoquer. Ne rencontrant d’objection il approche l’étudiante et s’incline légèrement en salutations. « Nous nous recroisons. » Il n’ose recompter mentalement les saisons qui se sont écoulées. « J’espère que l’Oiseau bleu a aidé à vous alléger. Vous devez avoir mûri. » Étant sensiblement différent de l’adolescent d’alors, il suppose que son interlocutrice n’échappe pas non plus à la métamorphose du temps. « Je suis avec une amie… Phœbe, elle étudie les sciences magiques. Souhaiteriez-vous vous joindre à nous ? »

23 nov. 2024, 18:00
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Mon regard me brûle, comme si c'était sur moi qu'il était posé. Je voudrais le détacher, l'arracher, le détourner. Placer mes mains sur ses épaules et le tirer brusquement vers l'arrière. Va-t'en, va-t'en, va-t'en ! Ne vois-tu pas que cela ne se fait pas, que c'est trop ? Ne crois-tu pas qu'il est temps de partir ? N'es-tu pas conscient que des allers-retours qui souhaitent se faire discrets ne le sont en réalité pas du tout ? Merlin ! Mes yeux sont lourds. Les éloigner est tout un combat, à croire qu'ils se sont accrochés en s'élançant vers l'inconnu, ou qu'ils sont partis trop loin pour revenir. Et quand, enfin, je parviens à déplacer mes pupilles, c'est pour prendre conscience au dernier moment qu'on m'a repérée. Par Circé, cette situation est ridicule. Je devrais m'en aller, tourner les talons et marcher avant que la honte ne tombe sur mon corps comme une averse soudaine. Mais non, je reste là, droite et immobile, mon verre dans la main et mes pupilles tantôt plongée dedans, tantôt téméraires et insouciantes, à s'élever comme si cela éclaircirait mes souvenirs.

Deux regards qui se tournent vers moi et des paroles échangées, trop lointaines pour que je ne les perçoive. Tout laisse néanmoins à penser qu'elles aussi sont tournées vers moi. Qu'est-ce qui m'a pris ? C'est sûrement cette chose qui remue dans mon crâne, cette distante réminiscence qui tente de s'imposer à la surface de ma Pensine. Je me souviens d'une sensation de froid, qui étrangement n'était pas désagréable, et de bleu. Est-ce qu'un des deux jeunes adultes était de ma maison ? Poudlard s'éloigne et emporte les instants vécus comme la mer qui se retire. Dois-je courir après elle ou me contenter de saisir les écumes qu'elle laisse en s'avançant ? Ne m'épuiserai-je pas à poursuivre ce qui s'en va ? Ne faut-il pas mieux cueillir ce qui vient et renoncer au reste ? Un soupir menace de déborder entre mes lèvres. Je bois quelques gorgées de ma boisson pour oublier l'hésitation qui se balance toujours un peu dans mon coeur.

Quand je relève mon visage, j'ai la surprise de constater qu'un des deux jeunes adultes s'approche de moi. Je suis tentée de me retourner pour vérifier que je suis bien la personne vers laquelle il se dirige, mais ses yeux, déjà arrivés à destination, m'indiquent que ce n'est pas la peine. De toute évidence, la curiosité qui s'agitait dans mon crâne s'est retournée contre moi. Ce n'est pas vraiment pour me déplaire. D'ailleurs, un sourire réservé grandit vite sur mon visage, en écho à cette approche que je n'attendais pas.

J'incline la tête en réponse à sa salutation, cherchant sur ses traits des traces de mes souvenirs. Cependant, ce sont plutôt ses paroles et sa voix qui me ramènent soudainement en arrière, à une époque où Poudlard avait peuplé mon coeur d'inquiétudes. C'était un autre printemps, arrivé après un hiver aux ombres sombres, dernière étape avant mes BUSE dégoulinantes d'importance. Je me souviens des ruines de l'Artisanat, qui reflétaient celles de mon coeur tourmenté par le Dominion et les malheurs qui avaient glissé au sein même du château. Je me souviens avoir été attirée par cette fiole qui avait conservé l'hiver, et celui qui la conservait entre ses doigts. Et je me souviens de l'oiseau bleu que j'avais coloré de mes pensées ternes, qui avait emporté mes peines vers des terres d'ocre, qui m'avait permis de libérer mon corps d'un poids que je traînais sans m'en rendre compte. Tout cela me revient en un souffle, et la réserve embarrassée qui bourgeonnait dans mon crâne fleurit en gratitude.

Mes lèvres s'étirent désormais sans retenue.

« Oui, lancé-je, l'Oiseau bleu m'a aidée. Et je suis heureuse de vous recroiser, car cela me donne l'occasion de vous remercier pour ce soutien que je n'ai pas oublié malgré les années. »

La maturité évoquée me fait baisser légèrement les yeux. Ai-je mûri ? Sûrement. Le temps ne laisse aucun plant indemne. J'ose croire que j'ai grandi, et qu'en se faisant je suis devenue une personne dont je suis fière. Les saisons en passant m'ont forgée. Je suis davantage sûre de moi, sereine et indépendante ; du moins c'est ce que je me plais à penser. Cependant, comment savoir, comment en être certaine ? Pour cela comme pour d'autres réalités, je suppose qu'il faut apprendre à se faire confiance et à écouter sa raison. Alors, je choisis de ne pas m'avancer et de laisser à ce presque-inconnu jailli du passé l'occasion d'en juger par lui-même.

À la mention de son amie, Phœbe, mon regard se tourne vers celle qui est restée au loin, celle dont le visage ne m'était également pas inconnu et qui étudie à l'Institut, comme je l'imaginais. Mes pensées se déploient vers elle avant de se figer à la question finale de mon interlocuteur. Me joindre à eux ? La surprise éclabousse discrètement mon visage. Il est vrai qu'aujourd'hui je suis seule, mais je ne veux pas m'imposer, ni me glisser là où on ne veut peut-être pas de moi. Néanmoins, si la question est posée, n'est-ce pas parce qu'une réponse positive serait acceptée ?

« Oh, je ne veux pas vous déranger, » répondis-je.

Je cherche mes mots pour ne pas paraître importune ou grossière, et mes doigts se resserrent autour de mon verre.

« Mais si vous insistez, eh bien cela me ferait plaisir de vous accompagner. »

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baisse de présence jusque fin juillet

2 déc. 2024, 21:18
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Si quelque crispation avait encore prise sur son corps, elle s’envole quand il lui est confirmé que l’Oiseau a fait son œuvre. Cette question ne l’avait récemment pas taraudé, loin de là ; ne lui étant revenue que ponctuellement, alors que ses doigts coloraient quelque papyrus, une curiosité songeuse perçait avant de ne plus y penser durant plusieurs cycles. Néanmoins, face à elle, ce revêtait de l’importance d’apprendre que le conte avait suivi son cours de la sorte.

« Je vous en prie, je suis ravi de l’entendre. »

Son sourire l’allège et le mage se sent respirer plus librement, discernant alors avec plus d’acuité la senteur de menthe qui se prélassait dans l’air, y simulant une impression de fraîcheur et dissimulant son parfum. Cette note était-elle déjà perceptible dans les ruines ? Le souvenir sensoriel est trop lointain, accaparé par la saison encapsulée, certains aspects lui ont échappé. Son regard avise le verre, comme le centre de gravité, de là se diffusent les arômes de la plante. Se mêlent-ils aux siens ? Remontant des mains à la chevelure, le jeune mage tente de se concentrer sur l’instant présent pour occulter l’image qui se faufile des tréfonds de sa mémoire : celle d’une fleur aux pétales blancs se tâchant de pourpre avant de flétrir. Humant lentement, la réalité de la menthe s’impose sur les pernicieux vestiges d’un autre temps.

Sa proposition spontanée pourrait bouleverser des plans, qui sait si l’étudiante projetait déjà de voir quelque connaissance londonienne ; c’est pourquoi Hjúki attend prudemment sa décision sans trop de certitudes. Bien qu’hésitante, elle ne décline pas tout à fait l’invitation et le jeune Anastase confirme.


« Il me plairait d’échanger plus amplement, et je crois que pourriez avoir un terrain d’intérêts commun avec Phœbe, même si elle ne m’a paru vous avoir fréquentée de près. »

La sorcière n’était pas taiseuse, pour autant il était loin de pouvoir prétendre tout savoir de ses études à l’Institut, s’étant pour sa part montré que modérément curieux. Contrairement à Phœbe ou à l’adolescente rencontrée à Pré-au-Lard, il n’avait pas souhaité envoyer quelque candidature que ce soit après les aspics. Il ne l’enviait pas, ne regrettait pas son choix ; ce qui ne l’empêchait pas sentir que leurs chemins avaient bifurqués. Bientôt diplômée, elle s’ouvrait la possibilité d’une carrière et d’aucuns tiendraient son parcours en plus haute estime. Une proximité plus naturelle pourrait-elle se nouer entre les deux sorcières ? Leur relation n’avait pas à se confiner à ce noyau d’adelphes-de-Cœur qui s’étaient tant soutenus à Poudlard, le sorcier avait certes dévié du scénario où il aurait développé ses talents dans un cadre académique, il serait égoïste de l’empêcher d’y trouver des affinités nouvelles. Pas forcément plus naturelle, seulement différente. Leur lien ne saurait faillir, il acceptait que des fils d’une autre couleur viennent broder des nouveaux motifs.

« Venons, l’invita-t-il en tâchant de rejoindre la table où la guérisseuse en herbe était demeurée. je ne pense pas m’être présenté : Hjúki, mage d’Irlande, et voici… »


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Du coin de l’œil, la petite Swan avait suivi la Silhouette du mage se faufiler vers la plus jeune étudiante, intriguée par ce besoin immédiat d’aller à sa rencontre. Ont-ils quelque passif de Poudlard ou de ses errances avec Ulysse ? Ils ne se disent pas tout, et s’il est une rencontre commune qu’il leur a été vitale de se partager, il est bien quelques noms et des visages qui ont croisé sa route sans qu’elle ne le rapportât à son aîné. La réciproque est vraie, mais l’idée d’avoir partagé des mois durant des couloirs, bibliothèques et autres salles avec une camarade ayant laissé une empreinte dans la mémoire de Hjúki est… étonnante. Éduquée par des parents très instruits mais de façon solitaire, elle avait appris à traiter les tâches scolaires avec soin, mais sans partage. Déjà dans la Geôle elle s’acquittait de ses devoirs en se souciant que peu des élèves l’entourant. N’ayant connu que ce conditionnement, elle avait mécaniquement entamé des études supérieures en un milieu tout autant encadré où elle n’avait pas cherché à multiplier les contacts avec les étudiants, que ce soit par des activités de groupe ou du tutorat à l’égard des plus jeunes. Ne pas être intime avec grand-monde à l’Institut n’était pas si étonnant, ce n’était même pas à Poudlard qu’elle avait croisé pour la première fois celui qu’elle aimait comme son frère, le seul en compagnie de qui la magie avait pu rimer avec partage… une cuiller de pamplemousse glacé l’aida à calmer ses pensées et Phœbe pu constater le retour du mage avec l’étudiante. Elle décida de se présenter sobrement selon la perspective qui les liait, celle des sciences magiques.

« Phœbe Swan, je termine actuellement ma formation d’experte en anti-poison. Nous nous sommes croisées sans encore échanger plus avant. »

12 janv. 2025, 18:28
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L'invitation se transforme rapidement en résolution. L'occasion, il faut l'avouer, est trop rare pour ne pas être saisie. Ma curiosité et celle du sorcier se rejoignent et se rassemblent afin de nous entraîner sur un sentier qu'aucun de nous, sûrement, ne pensait fouler aujourd'hui. C'est une de ces surprises qui, parce qu'on ne l'attendait pas, n'en est que plus agréable. Ainsi, mon sourire demeure presque inchangé sur mon visage, se colorant néanmoins légèrement, s'enroulant dans des nuances orangées de satisfaction et d'intrigue. Je me glisse et disparais derrière une porte entr'ouverte.

Des « intérêts communs » ? Mes pensées font le tour de la formulation dans le but de la détailler, marchant dans son ombre pour en extraire des points clefs. Phœbe étudie à l'Institut, mais dans quelle voie ? Il ne me semble pas l'avoir aperçue en botanique. Peut-être est-elle davantage tournée vers les potions ? C'est, étrangement, la première idée qui s'introduit dans mon crâne. Elle coule du souvenir que je partage avec le sorcier, de cette fiole qu'il portait et qui conservait l'hiver. Je me rappelle des sensations acérées et des flocons qui tombaient, presque aussi bien que de mon éblouissement et de mon étonnement ; pourtant, tout cela semble lointain, comme si je devais me retourner pour apercevoir ces images floues au bout de l'horizon. Le temps est passé terriblement vite.

Je remercie Hjúki pour son invitation avant de le suivre. Son prénom n'est pas commun, et lui correspond donc plutôt bien, d'après les premières impressions qu'il m'avait faites il y a de cela plusieurs années. La manière dont il se présente m'intrigue, elle aussi. Elle fait naître des questions sur le bout de ma langue. « Mage d'Irlande »... Ainsi, il n'est pas étudiant. Voyage-t-il ? Travaille-t-il ? Qu'est-ce qui le pousse à se lever, le matin ? et qu'est-ce qui le garde éveillé, le soir ? J'espère avoir l'occasion de le découvrir, mais pour le moment, mon regard est appelé loin du visage de l'irlandais pour se poser vers celui de son amie, Phœbe, dont il semble que j'avais su viser juste concernant la branche d'études.

« Enchantée, articulé-je avec un sourire amical. J'ai débuté cette année des études en botanique, donc nous nous sommes certainement déjà rencontrées, en effet. Je m'appelle Alyona », ajouté-je finalement.

Mon nom reste enfermé derrière mes lèvres ; il ne me semble pas très utile de le laisser s'échapper.

Mes pupilles passent de la sorcière au sorcier, et du sorcier à la sorcière, s'aventurant doucement tantôt vers leurs mains et la glace qu'ils ont choisi, tantôt vers leur visage et leurs vêtements, y cherchant des détails, des traces vers des souvenirs que j'aurais pu conserver et qui m'en apprendraient davantage sur eux. Cependant, force est de constater que rien ne me vient. Je ne connais de ces jeunes adultes que cette inclinaison vers l'art des potions, qui dans mon esprit les rassemble. C'est donc tout naturellement par le biais de ce point commun que je les interroge, perçant le brouillard de mystère d'une question que j'espère ne pas être trop déplacée.

« Est-ce qu'un certain attrait pour les potions est quelque chose que vous partagez ? » Je me tourne vers Hjúki afin d'expliquer l'entièreté de ma pensée. « Je me souviens d'une fiole que vous m'aviez montrée, lorsque nous nous sommes rencontrés. Elle conservait l'hiver, comme un souffle retenu dans une cage de verre... »

Mes yeux se plissent tandis que les sensations reviennent, lointaines, distantes. Nous venons à peine de traverser la saison de Chioné, et ma mémoire sensitive en garde des traces fraîches. Comme pour les raviver, je porte mon thé glacé à mes lèvres. Sa saveur se diffuse dans ma bouche en flocons de plaisir. Merlin sait que j'ai toujours apprécié cette saison qui me rappelle à mes origines et à des souvenirs associés à ma famille. Le fait qu'elle laisse place à la délicatesse du printemps ne la rend que plus agréable. Elle n'a été, cependant, cette année, pas particulièrement plaisante pour moi. Pourtant, cela ne change rien au regard que je lui porte. Certaines idées sont ancrées trop profondément pour être changées.

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baisse de présence jusque fin juillet

20 janv. 2025, 13:12
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Bien qu’ayant fréquenté le même Institut, c’est la première fois qu’elle partage une table, ou du moins une telle proximité avec la nouvelle venue qui dévoile sa spécialité. La faune et la flore magiques, essentielles pour l’obtention des ingrédients curatifs qu’elle utilise, sont des disciplines délicates qui lui avaient résisté durant sa scolarité et valu ses efforts exceptionnels aux aspics, résultats moins brillants que son parcours quasi sans faute en potions. La petite Swan n’aurait probablement pas pu prétendre à la filière botanique, cette divergence suscitait néanmoins en elle une forme de respect à l’égard d’Alyona. Cela signifiait qu’elle savait s’y prendre pour accompagner la force vitale des plantes, aussi fragile qu’exigeante, de la graine à leur développement. Elle devait être d’une patience rare pour se destiner à la culture de pousses dont la maturité ne pouvait être atteinte qu’au terme d’une saison voire d’années entières – il ne suffisait pas de les soumettre à un sortilège d’engorgement dans l’espoir de tricher avec le temps, tout comme les décoctions réagissant aux mouvements du ballet céleste et aux cycles lunaires se laisseraient difficilement berner par quelque faux astre. La responsabilité de ne pas endommager un rare spécimen paraissait plus accablante que celle de réussir une préparation qui pouvait toujours être recommencée. Quoique… se tromper en créant un remède destiné à un patient et non à être noté comme lors d’un examen de potion était désormais moins pardonnable. D’où lui venait cet attrait pour les potions ? Elle appréciait l’ordre, la précision, les consignes claires, la possibilité de les suivre sans sauter d’étape, sans céder à l’approximation, savoir quoi faire, avancer dans un processus en perpétuelle évolution, plus perceptible encore qu’en une métamorphose. Elle appréciait voir ce pouvoir magique se construire sous ses yeux, ces derniers temps notamment elle a été conduite à retravailler d’après la troisième loi de Golpalott, le bézoard ne pouvait être réponse à tout, aussi extraordinaire soit son pouvoir. Pour autant Phœbe ne ressentait pas d’aversion particulière à l’égard de la magie plus immédiate des sortilèges, également chantante à sa manière.
« C’est une noble voie que tu as choisie. J’aurais eu peut-être eu ma place à l’académie des sortilèges, mais mon affinité pour les potions rejoint mieux la sensibilité de Hjúki. »

La sorcière, en se présentant, devient un peu plus réelle. La botaniste qu’elle souhaitait devenir affleurait-elle déjà lors de leur première rencontre ? Il n’est pas sûr que le jeune homme aurait pu soupçonner la retrouver sous ce jour, une amie de la Nature. Son ouïe s’accroche sur ce nom qui résonne, inexplicablement, comme celui d’une danseuse russe. De Poudlard ne sortent pas des danseuses, alors pourquoi cette sensation flotte dans son esprit ? A-t-il perçu quelque grâce dans sa démarche ; ou peut-être sont-ce ces syllabes qui coulent comme une mélodie russe… qui roule et demeure comme une idée insaisissable sur le bout de la langue. L’écoute à outrance de musique russe et dansante, en quête de sensations le connectant à sa magie, lui montent à la tête ; à moins qu’Alyona soit liée de quelque manière à cette immense contrée. A-t-elle voyagé, ou rêve-t-elle d’explorer des régions lointaines pour y découvrir des plantes enchantées idoines, étrangères au sol britannique ? Hjúki songe au joli jardin d’Opa qui, loin de lui avoir inculqué une faim d’exotisme, lui avait appris à apprécier ce qui naissait de la terre irlandaise. Cela ne l’empêche pas de penser parfois aux arbres magiques des contes allemands, de s’imaginer un jour se trouver au pied de l’un d’eux. Capables d’incarner une prison, un autel, une réincarnation ou une source de sagesse, le jeune Anastase se demandait lesquels relevaient de la fantaisie, lesquels du témoignage. Les forêts d’Allemagne l’attiraient avec la promesse de secrets digne de leur homologue interdite, qu’adolescent il avait peu visité en dehors des leçons s’y tenant.

Le souvenir ouaté de la fiole qu’il avait baptisée souffle de Chioné et autour de laquelle ils avaient échangé à l’époque étire un sourire tendre sur ses lèvres. Cette manifestation représentait particulièrement bien la dimension sensorielle de l’art des potions. Une fois terminée, une préparation suscitait diverses sensations et réactions ; en bouche elles pouvaient être plus douces, rêches, douloureuses, apaisantes, rafraîchissantes, brûlantes. Elles pouvaient caresser la peau, la transformer. Depuis le commencement, dès la première goutte ou le premier brin mobilisé, une potion éveillait les sens, ancrant le mage physiquement. Une relation totalement palpable avec sa magie se développait, quand le flux devant couler jusqu’à la baguette semblait en comparaison si volatil. Les mots ou les formules ne rendaient pas à ses yeux la magie des sortilèges rationnelle, trop attachée à un intangible qui aujourd’hui n’était plus hors de sa portée mais avait longtemps nourri une aversion envers cette partie de ses pouvoirs. En faisant fondre un peu de crème glacée au café entre sa langue et son palais, Hjúki sentait la saveur évoluer au fil de sa montée en température, songeant que la conscience de la sensorialité des potions ne devait pas échapper à l’étudiante qui buvait une infusion portant une sensation outre ses arômes.


« Les potions sont une forme de magie plus ancrée à mes sens, nous partageons ce goût, sans toutefois l’appréhender de façon identique. »

15 févr. 2025, 23:35
 Coulure  Saveurs  PNJ 
Échanger à propos des potions me pousse inexorablement à penser à mon rapport à la botanique, cette voie qui, qu'elle soit noble ou non, est celle que j'ai choisi. Qu'est-ce qui m'a conduite vers elle ? Je ne suis même pas sûre de pouvoir l'expliquer. C'est un ensemble de rendez-vous, de hasards, et de sensibilités. Je me souviens avoir rencontré cette discipline très jeune, auprès de ma grand-mère. Ce fut certainement un moyen de me rapprocher d'elle, mais aussi de me calmer, de canaliser mes sentiments en les enfouissant dans le sol (les cacher pour ne plus les voir, pour ne plus les avoir). Je me souviens avoir toujours apprécié ce contact direct avec les êtres vivants ; mettre mes mains dans la terre, salir mes ongles, me saisir d'un sécateur ; c'est concret et nécessaire. C'est également une matière qui exige de la patience, et une certaine rigueur ; pour prendre soin d'une plante, il faut la connaître, et lui laisser du temps et de l'espace pour qu'elle puisse se développer, après avoir assuré que ce soit dans les meilleures conditions. J'aime cet aspect d'accompagnement vers un état plus beau, plus fort, plus adulte. Cela m'aide à me sentir utile, et c'est toujours vers cette utilité que j'ai souhaité me tourner, me tendre, et avancer.

Cependant, finalement, si mes pas ont suivi le chemin qui me menait à la botanique, c'est aussi parce que c'est une voie dans laquelle la nature a une place essentielle. Or, Merlin sait que j'ai toujours apprécié son contact, et qu'il m'aurait été difficile de m'en passer. C'est sûrement pour cela que je ne me suis dirigée ni vers l'art des potions ni vers la médicomagie. C'est avec la botanique que je me suis trouvée, et cela me convient bien, car je ne me verrai pas m'épanouir dans une autre branche.

Je m'envole loin de ces pensées teintées de vert pour recueillir les phrases qu'on m'offre et les idées qui les accompagnent, et que j'associe aux miennes. Qui sait quelle sera la texture, la couleur, l'odeur et la saveur de ce mélange de paroles et de partage que nous sommes en train de confectionner ? Peut-être ce souvenir, une fois fabriqué, sera-t-il un remède ? Je souris et me faufile dans ce chaudron rempli de présent.

La mention de l'Académie des sortilèges m'étonne un peu ; c'est une voie assez différente de celle des potions. Elle me fait penser à Oswald et Bristyle et aux réponses qu'ils m'avaient apportés sur cette école que je connais si peu. Je comprends néanmoins qu'elle puisse attirer. Le rapport à la magie, là-bas, a quelque chose de beaucoup plus intime et ancré en soi. Ce qui est construit vient souvent directement de celui qui construit, il y a beaucoup moins d'intermédiaires.

« Les potions sont également intéressantes. J'apprécie dans cet art l'usage qui est fait de certains ingrédients, et l'utilité que la préparation finale peut avoir. expliqué-je avant d'avouer : Fabriquer des remèdes m'a toujours plu, et j'essaye de le faire encore, quand je le peux. C'est aussi important pour ma discipline, de connaître à quoi les plantes qu'on cultive peuvent servir. »

J'affiche un léger sourire avant de porter mon verre à mes lèvres, baissant les yeux sur mes doigts, comme si je pouvais disparaître derrière eux.

La sensibilité, les sens... Ces mots qui reposaient dans mon crâne remontent à la surface de mes pensées. Ils semblent étonnamment associés à ce sorcier d'Irlande que je retrouve aujourd'hui. Mais, est-ce vraiment surprenant ? Lorsque nous nous sommes rencontrés, il portait avec lui cette fiole riche en sensations, cachant l'hiver dans ses replis. En ce jour de mai, doux sans être chaud de manière insupportable, c'est avec deux crèmes glacées que je l'aperçois ; deux crèmes dont les saveurs sont associées à des liquides porteurs de chaleur, pour l'une concrète et pour l'autre impliquée. Ce n'est certainement pas anodin. Alors, cela me pousse à porter un regard intrigué sur ce sorcier dont je ne connais presque rien.

« Ce sont donc les sensations associées aux potions qui vous plaisent dans cet art ? » demandé-je aux deux jeunes adultes, une pointe de curiosité dans la voix, mon verre de nouveau posé sur la table, et mes doigts enroulés autour.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet

19 févr. 2025, 13:04
 Coulure  Saveurs  PNJ 
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Récupérant les coulures fondant à la périphérie des boules, la jeune guérisseuse laisse les deux parfums glisser à l’unisson sur son palais, la douceur de la mandarine contrant l’attaque du pamplemousse, formant un équilibre plus pastel, atténuant les saillances de l’agrume rose qu’elle est pourtant capable d’apprécier seul. La coexistence de la botanique et des potions au sein du même Institut n’est pas anodine, et bien que faire preuve d’une aisance égale dans les deux domaines n’est pas automatique, entendre l’étudiante confier son appétence pour les mélanges issus des ingrédients qu’elle apprend pour certains à cultiver n’est pas si étonnant. Son sourcil se hausse en réaction spontanée à la suggestion que leur rapport aux sensations serait semblable. À n’en pas douter, son Frère-de-Cœur sait s’immerger dans sa perception sensorielle, chose bien plus compliquée pour la petite Swan qui résiste parfois à cet envahissement.

« Absolument pas. »

La radicalité de sa réponse l’étonne en premier lieu. Cela aurait été d’autant plus vrai avant sa rencontre avec Hjúki, depuis il serait exagéré de prétendre qu’elle en était complètement insensible. Si l’on avait interrogé cette jeune élève vert et argent qui collectionnait les optimals en potions sur la place des sensations, ces dernières n’auraient pas assurément pas occupé le premier plan. Sans doute partiellement conditionnée par l’éducation de parents chercheurs, la création l’avait fascinée très tôt, tant par la baguette que par le chaudron. C’était la rigueur de la discipline, les recherches auxquelles pouvaient inviter des manipulations, l’étude des effets associé à la nature, la concentration, la découpe, la température des ingrédients. La compréhension en somme des paramètres éclairant les réactions provoquées à chaque étape, affinée jusqu’à devenir capable de créer soi-même de nouvelles préparations. Phœbe se remémore une scène du passé, face à Erin Grayce, un modèle d’admiration au même titre que l’inventrice de la neige en bouteille. Elle y était parvenue, à développer l’expertise nécessaire pour ne pas uniquement suivre des recettes de manuel, s’adapter aux situations.

« Disons, en tant que novice c’était surtout la précision des instructions qui était rassurante ; puis j’ai été charmé par la compréhension que l’on pouvait gagner au fruit d’un travail de recherche minutieux sur les paramètres et éléments de préparation. Il peut paraître ingrat de demander à des enfants des dizaines de centimètres sur les propriétés d’un tel ingrédient, mais cela offre en somme une vision plus large de la façon dont on produit chaque effet et contre-effet pour aller au-delà de l’application d’un protocole mais l’adapter voire en produire. »


La promptitude avec laquelle sa benjamine nie appelle des sentiments partagés chez le jeune mage, entre le souvenir de la détresse et de la défiance qui l’habitaient à l’égard de ce que la magie pouvait lui faire sentir, et la conscience de ses progrès qu’elle peine encore à reconnaître. Leur éclosion mutuelle dans la salle sur demande les avait fait grandir, mais tout comme l’adolescent n’avait pas trouvé l’harmonie parfaite avec son instrument magique, il n’imaginait pas de Phœbe une immersion pleine dans ses sensations ; il était plutôt question de rapports apaisés alors qu’il lui avait montré comment se rattacher à des indices du réel par les sens pour s’ancrer. Il laisse fondre sur sa langue les saveurs irlandaises lui procurant la chaleur réconfortante rappelant la maison en l’écoutant développer, en se demandant dans quelle mesure la caféine ou l’alcool pourraient troubler ses perceptions à ce niveau de dilution. Dans une moindre mesure, a priori, le jeune Anastase demeurait néanmoins prudent en ne se précipitant pas. Craignant l’altération des sens, il se retenait de dépasser un café ou un thé par jour, la simple complexité aromatique de certaines boissons l’enivrait déjà. Surtout depuis que son cousin lui avait partagé ses connaissances sur la préparation des feuilles de thé et à quel point chaque geste pouvait influer sur le développement de leur saveur et amertume ; il avait découvert cet excès dans la qualité et non dans la quantité. Hjúki repense au vertige où l’avaient mis certaines leçons de magie ne reposant pas sur les sensations mais invoquant des émotions, quand l’enfant les savait présentes, elles s’avéraient aussi délicates à attraper qu’un objet invisible, que de vains tâtonnements finiraient par manquer, ignorant où chercher. Oui, les sensations, palpables et saisissables, lui plaisaient. Indépendamment de son humeur, il parvenait à se concentrer et se plonger dans cette construction, brique par brique, de l’effet enchanté valsant sur le foyer.

« Vous devinez juste pour ma part, j’associe la conception des potions à des formes de matérialité et de transformation très concrètes et perceptibles. Il est possible de sentir, voir et humer chaque évolution qui se produit dans le temps et éprouve la patience. Le passage des ingrédients bruts à la magie embouteillée est un processus qui se vit, sans précipitation, et incomparable avec l’immédiateté d’une métamorphose… Je suppose que vous trouvez également une forme de physicalité dans le contact à la terre et aux organismes qu’elle nourrit en botanique. »

Dans le soin de la faune et de la flore magique s’ajoutait une vitalité dont il était presque effrayant d’en être garant en se spécialisant, il les respectait sans pouvoir s’imaginer en devenir le gardien comme elle.

15 mars 2025, 19:45
 Coulure  Saveurs  PNJ 
La négation catégorique de l'étudiante en potion me surprend et me trouble. Je ne sais pas si je dois me sentir coupable d'avoir mal réfléchi aux paroles qui ont été prononcées, ou au contraire, si je dois me montrer intéressée par la correction qu'elle apportera sûrement, et qui m'éclairera dans la compréhension de mon erreur. En cherchant de quel côté pencher, je tente de remonter le fil de mes pensées pour saisir ce qui m'a amenée à poser cette question. Je m'entortille dans mes idées et, au lieu de choisir une manière de réagir, je trébuche sur les possibles et me retrouve tâchée d'une culpabilité rose et d'un désir de compréhension qui me laissent bredouillante. Je murmure une excuse avant de me rattraper aux explications qui me sont offertes et qui m'offrent l'occasion de m'extraire de mon malaise.

J'écoute, m'éloignant ainsi des sentiments qui me donnaient l'impression de tâtonner. J'entrevois la possibilité d'une compréhension et m'engouffre. Merlin sait que je n'aime pas rester sur des erreurs. Je ne peux pas le nier, je connais bien mal ces deux jeunes adultes, mais si nous partageons aujourd'hui une table, c'est aussi probablement pour changer ce fait. Apprendre à connaître. Cela prend du temps, mais souvent cela en vaut la peine.

Comprendre les ingrédients pour mieux les utiliser... C'est sûrement pour cela que l'étudiante hésitait avec la voie des sortilèges ; on retrouve cette idée dans leur application. Je peux dire que je saisis désormais mieux ce qui lui plaît dans l'art des potions. Pourtant, ce n'est pas ce point qui me séduit le plus dans cette discipline. Ma satisfaction et mon plaisir proviennent bien souvent de l'utilisation, de l'utilité qu'on peut faire du travail qui nous occupe. Avec les potions comme avec les sortilèges, on peut soigner, guérir, améliorer l'état de quelqu'un ; cela a quelque chose de magique, mettre ses services au profit des autres. Ce qui nous attrait est donc assez différent, et pourtant cela ne nous a pas conduites dans deux voies très éloignées, au contraire.

Mes yeux se tournent vers Hjúki et son approche des potions, différente de celle de Phœbe et de la mienne, et qu'il vient exposer et expliquer. Les sensations qu'il évoque me parlent, peut-être plus que l'analyse et la compréhension de son amie. D'ailleurs, quand il propose un lien avec la botanique, je ne peux pas m'empêcher de hocher spontanément la tête, avant même d'articuler un mot. Le rêche, la douceur, l'humidité, l'aspect sableux, le velours, le piquant, le moelleux, le brûlant ; oui, cela éveille bien des choses en moi. Les sensations, en botanique, sont toujours présentes, et souvent nécessaires pour mieux approcher certaines notions. Elles forment une part de mon quotidien que je ne peux pas négliger, et que, même si je le pouvais, je ne souhaiterais tout simplement pas négliger.

« Je comprends mieux, merci, commencé-je, en réponse aux deux explications qui m'ont été offertes. Et vous avez raison, il y a une part importante de sensations en botanique, qui participe au plaisir que je trouve dans cette voie. »

Pour le reste, je sens qu'il est de mon devoir d'expliquer à mon tour ce qui m'attire et ce qui me séduit dans la branche que j'ai choisie, mais aussi dans les potions, qui se retrouvent finalement plutôt au coeur de notre échange. Il ne s'agit pas que de donner dans un sens, je dois aussi permettre aux deux anciens élèves de Poudlard de mieux me comprendre. C'est tout naturel.

« Le concret et les sensations me canalisent, et m'aident à me recentrer, révélé-je. Mais pour les potions comme la botanique, c'est surtout l'utilité du travail fait qui m'attire. J'aime cette possibilité qui m'est donnée d'agir pour un bien qui n'est pas directement le mien. Confectionner des remèdes, protéger par des sorts, c'est ce qui me plaît. Et, en botanique, je m'épanouis dans l'idée de prendre soin des plantes, de rester proche de la nature, et donc un peu de mes sensations aussi, finalement. »

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet