Ça n'augure rien de bon
27 novembre 2049.
Ç'avait beau être le week-end, la matinée avait été chargée pour Maeline. Comme c'était d'ailleurs le cas depuis quelques jours. D'ordinaire, la fillette rechargeait ses batteries avec fainéantise et oisiveté avant d'attaquer la semaine pleine d'une énergie renouvelée mais il n'était pas question de flâner alors qu'elle avait de gros projets sur les bras. Elle s'était donc aménagé un planning strict auquel elle adhérait étonnamment bien compte tenu de son habituel manque de discipline.
Levée de bonne heure, la Poufsouffle avait engouffré hâtivement un petit-déjeuner frugal avant de faire un passage éclair à la bibliothèque pour échanger les livres qu'elle utilisait comme références. Ce n'est pas qu'elle avait subitement développer une passion pour la lecture mais il fallait bien se renseigner sur le sujet qu'elle avait besoin de connaître pour mener à bien sa mission. Car si Maeline fournissait tous ces efforts, ce n'était pas pour son propre amusement mais bien parce qu'elle avait un devoir de la plus haute importance à accomplir et que les condisciples de sa Maison comptaient sur elle pour se montrer à la hauteur.
Fidèle au programme qu'elle avait donc établi, la blaireautine avait consacré deux heures de lecture à ces volumineux livres d'Histoire et une autre à réviser ce qu'elle avait étudié jusque là à l'aide de quelques fiches de révisions qu'elle avait préparées. Mais le réconfort du déjeuner n'était qu'une trêve bienvenue avant de s'attaquer aux quelques exercices pratiques qui l'attendaient en cet après-midi couvert et frisquet. Emmitouflée dans un gros manteau, des gants en laine, une écharpe, un bonnet et des bottines fourrées, Maeline traversa le parc à la recherche d'un coin tranquille. Ce n'était pas exactement difficile à trouver en cette saison maussade au climat peu avenant. Les élèves avaient moins tendance à venir s'enivrer d'air frais, voire trop frais, qu'au bon temps et se réfugiaient plus volontiers derrière les murs du château auprès de cheminées d'autant plus douillettes qu'un bon feu réconfortant brûlait dedans.
Si elle s'infligeait un tel isolement, ce n'était du tout par simple plaisir ni une quelconque envie de solitude, certainement pas. Il n'y avait pas grand chose que Maeline craignait plus encore que d'être seule. Elle allait à l'écart d'une part pour ne pas importuner ses camarades en s'adonnant à son entraînement et d'autre part par volonté d'entretenir une certaine surprise. Ces petites séances d'exercice pratique requéraient déjà par leur seule nature de faire du bruit et de parler assez fort. Mais la blonde volubile étant ce qu'elle était, c'est à dire exagérément bruyante, le volume sonore de ses sessions d'entraînement avaient tendance à atteindre un seuil critique tandis qu'elle se laissait emporter par son enthousiasme au fur et à mesure.
La première partie, sans doute la plus difficile indéniablement la plus ennuyeuse, consistait à réciter un texte qu'elle se devait de connaître sur le bout des doigts. Rien de vraiment passionnant à cela. Dans le cadre de sa tâche, Maeline avait écrit, aidée par d'autres élèves auxquels elle avait demandé conseil, quelques phrases qu'il lui fallait maîtriser par cœur pour le grand jour. Vu que ces répliques contenaient des mots inhabituels ou un peu compliqués pour la jeune fille ainsi qu'une liste de noms, ce n'était pas chose aisée que de se souvenir de tout quand on à une mémoire approximative et la faculté de concentration d'un chaton qui découvre le monde. Néanmoins, Maeline s'appliqua studieusement et avec résolution jusqu'à être satisfaite de sa diction.
Ce n'est qu'ensuite qu'elle pouvait passer aux choses sérieuses, ou plutôt amusantes. Dans un registre beaucoup plus improvisé, elle s'affaira à s'exprimer en changeant sa voix pour avoir un timbre plus grave et parler d'un ton sifflant. Là, sa créativité débordante pouvait se déchaîner sans la moindre retenue et elle en profitait pour jouer à sa façon des scènes d'événements qui s'étaient produits bien avant sa naissance et qu'elle ne pouvait qu'imaginer à partir de ce qu'elle avait lu dans les manuels d'Histoire le matin même ou les jours précédents. Tout ce que Maeline avait à faire, c'était de se glisser dans la peau de son personnage et s'en donner à cœur joie pour s'exprimer de manière aussi grandiloquente que possible et pousser l'un ou l'autre rire sardonique aussi fort qu'elle en était capable.
704 mots.
"Pour ma défense, j'ai été laissée sans surveillance."
Code couleur = #5b5b00