L'espoir comme un souvenir
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La pendule indiquait minuit trente. Immobile et silencieuse sous sa couette, Jeanne attendait que toute sa famille se couche. Elle finit par quitter son lit, le cœur palpitant.
Cette nuit, elle allait faire ce qu'elle s'était toujours interdit.
Elle devait s'enfuir. Partir loin de cette nouvelle réalité qu'elle ne pouvait pas supporter.
Bon. Comment faire maintenant ? Elle n'osait pas passer par les vieux escaliers de bois. Les emprunter aurait rendu son passage aussi inaperçu que celui d'un troupeau d'éléphants. Il fallait passer par la fenêtre. Ça ne devait pas être si... sorcier. Dans les films, ils y arrivaient toujours. L'air qui s'engouffra dans la pièce était chaud et humide.
Dehors, la rue n'était éclairée que par de rares lampadaires. La lune était invisible et de lourds nuages laissaient planer la menace d'un orage. Jeanne respira profondément avant de passer une jambe par dessus le rebord de la fenêtre. Le monde n'était plus le même depuis qu'elle avait reçu cette fichue lettre. Si seulement tout pouvait redevenir normal ! Et si seulement... si seulement elle pouvait encore avoir confiance en quelqu'un. Comment avait-on pu lui cacher tout ça ? Comment sa mère avait pu lui mentir toute sa vie sur le monde qui l'entourait ? Pourquoi son père ne faisait rien pour l'aider ? Jeanne avait la sensation d'être trahie, par tout le monde, et de ne même pas pouvoir se faire confiance à elle-même. Elle ne se connaissait pas. Depuis la lettre, elle était comme une étrangère à ses propres yeux. Une sorcière. Jeanne tentait de retenir ses pleurs. Personne ne devait l'entendre. Mais elle aurait tant voulu que quelqu'un l'aide. Un instant, elle avait pensé à parler à Thomas, mais il n'aurait jamais pu la croire. Une école de magie ! Elle aurait été plus crédible en racontent qu'elle avait rencontré la fée clochette. Si seulement elle avait pu parler de tout ça à quelqu'un qui pouvait vraiment l'écouter. Comme mamie Evelyne par exemple... Mais elle non plus ne la croirait pas. Il ne restait que... le chat.
Jeanne s'efforçait de ralentir sa respiration qu'elle ne contrôlait plus. Elle dut prendre quelques instants pour se ressaisir. Le tonnerre gronda et la pluie commença à tomber. La jeune fille entama la descente du mur qu'elle observa avec attention. Elle devait en repérer les meilleurs points d'appui. La chambre se trouvait au premier étage, et elle souhaitait arriver en bas en un seul morceau. La distance qui la séparait du sol avait de quoi impressionner. Elle essaya de ne pas trop y penser. Ses mains étaient moites et la pluie rendait les briques glissantes. Elle tremblait. Il lui fallut du temps avant de trouver le courage de se déplacer d'une brique à l'autre. À tout instant, elle sentait qu'elle pouvait déraper. Il ne lui resta bientôt plus que trois ou quatre mètres à parcourir avant d'arriver en bas.
- miaaaaou se pleignit un petit animal au pied du mur.
Jeanne sursauta.
- Citrouille ! Tais-toi, va t'en !
La jeune fille tourna la tête vers la chatte et son pied glissa. Elle ne put s'empêcher de pousser un cri en tombant. La lumière de la chambre des parents s'alluma aussitôt. Flûte ! Sans même prêter attention à la douleur lancinante de son bras, Jeanne courut se cacher derrière l'arbuste du jardin. La porte s'ouvrit bientôt laissant apparaître la silhouette d'un homme en pyjama.
- Quelqu'un est là ? demanda l'homme, inquiet.
C'était le père de Jeanne. Il était grand et plutôt maigre. La réponse à sa question ne se fit pas attendre, car Citrouille y répondit d'un miaulement.
- Qu'est-ce que vous faites là ? demanda-t-il à la chatte qui grelottait. Pourquoi n'ètes-vous pas chez vous à cette heure-ci ?
Jeanne fut étonnée d'entendre son père vouvoyer leur animal de compagnie. Immobile derrière les feuillages du petit arbre, elle retenait son souffle. Daniel demanda à Citrouille de se mettre au chaud, mais la chatte s'y refusa obstinément, préférant apparemment rester dehors. Jeanne fut soulagée lorsque son père retourna dans la maison. Elle attendit que les lumières soient toutes éteintes pour quitter sa cachette.
Fiou ! C'était moins une. Mais elle avait réussi. Elle venait de sortir en douce sans que personne ne le remarque.
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Dernière modification par Jeanne Hammond le 29 nov. 2024, 20:07, modifié 33 fois.
L'espoir comme un souvenir
Elle jeta un coup d'œil à la petite maison qu'elle laissait derrière elle. Combien de temps allait-elle devoir partir ? Est-ce que rater le jour de la rentrée suffirait à éviter d'être emmenée à l'école des sorciers ? Est-ce que des monstres allaient la pourchasser jour et nuit pour l'y emmener de force ? En tout cas, sa vie normale était terminée. Qu'elle attende ici ou qu'elle s'en aille, elle finirait par être séparée de tout ce qui jusqu'ici avait été sa vie. Un éclair traversa le ciel dans un grondement sourd. Jeanne s'engouffra dans les sombres ruelles où commençait à ruisseler la pluie comme les larmes sur ses joues.
La fille de onze ans sentait ses cheveux roux lui coller le visage. Les pavés étaient devenus glissants sous ses pieds, et sa salive avait pris un goût amer. Elle avait si froid ! Elle était restée en pyjama et n'avait rien pris avec elle. Courir la réchauffait un peu, au moins. Mais elle était plongée au cœur de la nuit, toute seule dans ce dédale sans fin que formaient les rues.
Elle se rendit compte que des bruits de pas semblaient suivre les siens. La petite Hammond n'aurait pas su dire si ce qu'elle entendait n'était que le fruit de son imagination ou si quelqu'un s'était mis à la poursuivre pour de bon. Effrayée, elle accéléra de toutes ses forces. Elle n'osa ni faire de pause, ni tourner la tête, même un instant. Deux points de côté finirent par avoir raison d'elle, et elle finit par s'arrêter, haletante. Elle tourna sur elle même pour voir s'il y avait quelqu'un. Personne. Malgré tout, elle quitta la rue pour se cacher dans le jardin d'une propriété. Elle s'assit dans l'herbe humide, le cœur battant. Toujours personne à l'horizon. Peut-être n'avait-elle rien entendu d'autre que l'écho de ses propres pas. À moins que...
- miaaaaaaaaou
Citrouille était là, à quelques mètres de la fillette, les yeux luisant dans l'obscurité.
- Mais... Tu m'as suivie ? s'étonna Jeanne qui laissa échapper un petit rire nerveux.
Elle grattouilla l'animal au pelage roux – et désormais tout trempé – juste en dessous du menton. Citrouille ferma les yeux et ronronna.
- Tu es une vraie petite aventurière, toi, tu sais ? Mais oui, je t'aime aussi ma Citrouille !
La présence de la chatte la réconfortait. Elle se sentait moins seule, et un peu moins angoissée. Mais elle sursauta en entendant des anneaux de fer s'entrechoquer. Un peu plus loin dans le jardin, un énorme chien se mit à aboyer et à se dévisser la tête comme un fou, essayant de briser les chaînes qui le retenaient. Jeanne poussa un cri de surprise. Heureusement, la bête ne pouvait pas l'atteindre, mais elle était beaucoup trop bruyante ! Elle ne tarderait pas à réveiller toute la rue. La fillette fit un pas en arrière.
- Tais-toi, moins fort ! le suppliait-elle en lui lançant un caillou sur la tête pour qu'il arrête.
- Silencio ! ordonna avec assurance la voix chevrotante d'une vieille dame.
L'imposant molossoïde se tut. Jeanne se retourna, stupéfaite. La grand-mère qui avait parlé se tenait au milieu de la rue, un parapluie rouge et or dans une main, un mince bout de bois dans l'autre. Elle portait un manteau de velours orange qui, malgré le parapluie, avait été complètement trempé. Et Citrouille avait disparue.
La mamie aux yeux en amande regardait la jeune fille avec un large sourire.
- M... mamie Evelyne ? bredouilla la petite.
- Comment vas-tu ma Jeannette ?
- Mais... Qu'est-ce que tu... Comment...
Evelyne se rapprocha de sa petite-fille afin de la mettre à l'abri des gouttes qui tombaient encore et lui essuya le visage avec sa manche.
- T'inquiète pas ma puce. Allons nous mettre au chaud. Tu as vu dans quel état tu es ?
Jeanne resta muette. Elle était traversée par trop d'émotions contradictoires pour sortir le moindre mot. La grand-mère prononça ce qui devait être une autre formule magique, et un vieux balais paille de riz courut jusqu'à sa main.
- Allez, monte. fit-elle. N'aie pas peur, je volerai doucement.
Voler ? C'en était trop. Jeanne explosa.
.
La fille de onze ans sentait ses cheveux roux lui coller le visage. Les pavés étaient devenus glissants sous ses pieds, et sa salive avait pris un goût amer. Elle avait si froid ! Elle était restée en pyjama et n'avait rien pris avec elle. Courir la réchauffait un peu, au moins. Mais elle était plongée au cœur de la nuit, toute seule dans ce dédale sans fin que formaient les rues.
Elle se rendit compte que des bruits de pas semblaient suivre les siens. La petite Hammond n'aurait pas su dire si ce qu'elle entendait n'était que le fruit de son imagination ou si quelqu'un s'était mis à la poursuivre pour de bon. Effrayée, elle accéléra de toutes ses forces. Elle n'osa ni faire de pause, ni tourner la tête, même un instant. Deux points de côté finirent par avoir raison d'elle, et elle finit par s'arrêter, haletante. Elle tourna sur elle même pour voir s'il y avait quelqu'un. Personne. Malgré tout, elle quitta la rue pour se cacher dans le jardin d'une propriété. Elle s'assit dans l'herbe humide, le cœur battant. Toujours personne à l'horizon. Peut-être n'avait-elle rien entendu d'autre que l'écho de ses propres pas. À moins que...
- miaaaaaaaaou
Citrouille était là, à quelques mètres de la fillette, les yeux luisant dans l'obscurité.
- Mais... Tu m'as suivie ? s'étonna Jeanne qui laissa échapper un petit rire nerveux.
Elle grattouilla l'animal au pelage roux – et désormais tout trempé – juste en dessous du menton. Citrouille ferma les yeux et ronronna.
- Tu es une vraie petite aventurière, toi, tu sais ? Mais oui, je t'aime aussi ma Citrouille !
La présence de la chatte la réconfortait. Elle se sentait moins seule, et un peu moins angoissée. Mais elle sursauta en entendant des anneaux de fer s'entrechoquer. Un peu plus loin dans le jardin, un énorme chien se mit à aboyer et à se dévisser la tête comme un fou, essayant de briser les chaînes qui le retenaient. Jeanne poussa un cri de surprise. Heureusement, la bête ne pouvait pas l'atteindre, mais elle était beaucoup trop bruyante ! Elle ne tarderait pas à réveiller toute la rue. La fillette fit un pas en arrière.
- Tais-toi, moins fort ! le suppliait-elle en lui lançant un caillou sur la tête pour qu'il arrête.
- Silencio ! ordonna avec assurance la voix chevrotante d'une vieille dame.
L'imposant molossoïde se tut. Jeanne se retourna, stupéfaite. La grand-mère qui avait parlé se tenait au milieu de la rue, un parapluie rouge et or dans une main, un mince bout de bois dans l'autre. Elle portait un manteau de velours orange qui, malgré le parapluie, avait été complètement trempé. Et Citrouille avait disparue.
La mamie aux yeux en amande regardait la jeune fille avec un large sourire.
- M... mamie Evelyne ? bredouilla la petite.
- Comment vas-tu ma Jeannette ?
- Mais... Qu'est-ce que tu... Comment...
Evelyne se rapprocha de sa petite-fille afin de la mettre à l'abri des gouttes qui tombaient encore et lui essuya le visage avec sa manche.
- T'inquiète pas ma puce. Allons nous mettre au chaud. Tu as vu dans quel état tu es ?
Jeanne resta muette. Elle était traversée par trop d'émotions contradictoires pour sortir le moindre mot. La grand-mère prononça ce qui devait être une autre formule magique, et un vieux balais paille de riz courut jusqu'à sa main.
- Allez, monte. fit-elle. N'aie pas peur, je volerai doucement.
Voler ? C'en était trop. Jeanne explosa.
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Dernière modification par Jeanne Hammond le 30 nov. 2024, 00:52, modifié 6 fois.
L'espoir comme un souvenir
- Une sorcière ! Tu es une sorcière toi aussi ! Pourquoi tu ne m'as jamais rien dit toi non plus ? POURQUOI ?
Jeanne hurla comme elle n'avait jamais hurlé. Jamais elle ne s'était comportée comme ça, et encore moins avec sa mamie. Mais elle n'en pouvait plus, elle débordait. Ça devait sortir. Elle cria toute sa colère, son incompréhension, tout ce qui la déchirait. Elle cria toute l'injustice qu'elle ressentait dans ce monde qui avait perdu son sens. Jeanne n'avait plus de repères, plus rien. Quand elle arriva enfin au bout de sa tirade, elle se laissa fondre en larmes.
Durant un moment, ni elle ni sa mamie ne parlèrent. Evelyne essuya les joues de Jeanne. Un nœud s'était formé dans sa gorge.
- Je comprends. fit-elle d'une voix éteinte. Mais ne reste pas là. Monte, tu veux ?
La petite fit non de la tête, le visage et les cheveux trempés par la pluie.
- Pardon mamie, j'aurais...
Elle regarda le sol, un peu honteuse.
- J'aurais jamais dû te crier dessus comme ça... pardon. Mais je peux pas aller à Poudlard.
Mamie Evelyne posait sur sa petite fille un regard rempli de compassion.
- Je ne t'y emmène pas, ma puce. Nous allons chez moi.
Jeanne, hésita un peu, mais elle faisait confiance à sa mamie. Elle accepta de la rejoindre sur le balai magique. Elle eut à peine le temps de s'y asseoir que, s'accrochant à la taille de sa grand-mère, elle sentit ses pieds quitter le sol ! La respiration de Jeanne s'emballa. Elle s'agrippait de toutes ses forces. Des frissons coururent dans son ventre tandis que le balai s'élevait dans les airs.
- Wow...
Quand elle et sa mamie furent suffisamment hautes, elle eut l'impression d'être perdue dans l'espace. En bas, la multitude de lampadaires formait comme les constellations d'un second ciel nocturne. C'était à la fois magnifique et inquiétant.
- Tu ne vas rien dire à papa et maman, hein ?
- Non ma chérie, mais il va bien falloir que tu rentres au bercail un jour ou l'autre, non ? Où voulais-tu donc aller ?
Jeanne affichait une mine boudeuse. Evelyne le devina.
- Pas à Poudlard.
- C'est sûr, tu aurais eu du mal à t'y rendre.
La petite soupira. Parfois, sa mamie pouvait être agaçante.
- Je veux pas être une sorcière. Je déteste la magie.
- Tu n'as jamais essayé.
- Mais je... Je veux pas partir ! Je t'ai dit que je veux rester là, je connais personne là-bas !
Jeanne sentait à nouveau les larmes lui monter aux yeux. Evelyne resta muette un moment, puis lâcha :
- Je serais toi, je m'arrangerais pour me faire virer.
- ... hein ?
- Tu t'arranges pour faire une ou deux petites conneries, tu te fais choper, tu es renvoyée de l'école, et hop ! Tu reviens ici.
- Mais...
En fait, Jeanne trouvait l'idée superbe, même incroyable ! Mais qu'est-ce que ses parents penseraient d'elle si elle se faisait renvoyer ? Elle n'était pas capable de les décevoir. Même si elle était fâchée contre eux. Et puis, jamais elle ne s'était mal comportée à l'école. Pas devant des adultes. Sauf peut-être une fois en fait. Mais le faire comme ça, volontairement, ça lui paraissait trop difficile. Elle était sûre qu'elle se retrouverait paralysée devant des adultes. Pire, devant des adultes sorciers !
- Je peux pas... j'y arriverais pas.
Pourtant, elle ne voyait pas de meilleure solution. Mamie avait raison, il fallait qu'elle le fasse. Pour rester près de sa famille, elle devait être prête à tout, même s'il lui fallait subir la pire honte de sa vie.
Peu importe, se dit-elle. Il fallait au moins qu'elle essaye.
- Ou alors, dit Evelyne, je te propose un marché. Tu vas à Poudlard seulement pour cette année. Si quand tu reviens, la vie au château ne te plaît toujours pas, alors je te promets que je m'arrangerai pour que tu n'y retournes plus.
Jeanne hurla comme elle n'avait jamais hurlé. Jamais elle ne s'était comportée comme ça, et encore moins avec sa mamie. Mais elle n'en pouvait plus, elle débordait. Ça devait sortir. Elle cria toute sa colère, son incompréhension, tout ce qui la déchirait. Elle cria toute l'injustice qu'elle ressentait dans ce monde qui avait perdu son sens. Jeanne n'avait plus de repères, plus rien. Quand elle arriva enfin au bout de sa tirade, elle se laissa fondre en larmes.
Durant un moment, ni elle ni sa mamie ne parlèrent. Evelyne essuya les joues de Jeanne. Un nœud s'était formé dans sa gorge.
- Je comprends. fit-elle d'une voix éteinte. Mais ne reste pas là. Monte, tu veux ?
La petite fit non de la tête, le visage et les cheveux trempés par la pluie.
- Pardon mamie, j'aurais...
Elle regarda le sol, un peu honteuse.
- J'aurais jamais dû te crier dessus comme ça... pardon. Mais je peux pas aller à Poudlard.
Mamie Evelyne posait sur sa petite fille un regard rempli de compassion.
- Je ne t'y emmène pas, ma puce. Nous allons chez moi.
Jeanne, hésita un peu, mais elle faisait confiance à sa mamie. Elle accepta de la rejoindre sur le balai magique. Elle eut à peine le temps de s'y asseoir que, s'accrochant à la taille de sa grand-mère, elle sentit ses pieds quitter le sol ! La respiration de Jeanne s'emballa. Elle s'agrippait de toutes ses forces. Des frissons coururent dans son ventre tandis que le balai s'élevait dans les airs.
- Wow...
Quand elle et sa mamie furent suffisamment hautes, elle eut l'impression d'être perdue dans l'espace. En bas, la multitude de lampadaires formait comme les constellations d'un second ciel nocturne. C'était à la fois magnifique et inquiétant.
- Tu ne vas rien dire à papa et maman, hein ?
- Non ma chérie, mais il va bien falloir que tu rentres au bercail un jour ou l'autre, non ? Où voulais-tu donc aller ?
Jeanne affichait une mine boudeuse. Evelyne le devina.
- Pas à Poudlard.
- C'est sûr, tu aurais eu du mal à t'y rendre.
La petite soupira. Parfois, sa mamie pouvait être agaçante.
- Je veux pas être une sorcière. Je déteste la magie.
- Tu n'as jamais essayé.
- Mais je... Je veux pas partir ! Je t'ai dit que je veux rester là, je connais personne là-bas !
Jeanne sentait à nouveau les larmes lui monter aux yeux. Evelyne resta muette un moment, puis lâcha :
- Je serais toi, je m'arrangerais pour me faire virer.
- ... hein ?
- Tu t'arranges pour faire une ou deux petites conneries, tu te fais choper, tu es renvoyée de l'école, et hop ! Tu reviens ici.
- Mais...
En fait, Jeanne trouvait l'idée superbe, même incroyable ! Mais qu'est-ce que ses parents penseraient d'elle si elle se faisait renvoyer ? Elle n'était pas capable de les décevoir. Même si elle était fâchée contre eux. Et puis, jamais elle ne s'était mal comportée à l'école. Pas devant des adultes. Sauf peut-être une fois en fait. Mais le faire comme ça, volontairement, ça lui paraissait trop difficile. Elle était sûre qu'elle se retrouverait paralysée devant des adultes. Pire, devant des adultes sorciers !
- Je peux pas... j'y arriverais pas.
Pourtant, elle ne voyait pas de meilleure solution. Mamie avait raison, il fallait qu'elle le fasse. Pour rester près de sa famille, elle devait être prête à tout, même s'il lui fallait subir la pire honte de sa vie.
Peu importe, se dit-elle. Il fallait au moins qu'elle essaye.
- Ou alors, dit Evelyne, je te propose un marché. Tu vas à Poudlard seulement pour cette année. Si quand tu reviens, la vie au château ne te plaît toujours pas, alors je te promets que je m'arrangerai pour que tu n'y retournes plus.
L'espoir comme un souvenir
La respiration de Jeanne s'arrêta un instant. Comment sa grand-mère comptait-elle faire ? Est-ce qu'elle avait un plan ? Lequel ?
L'idée de n'avoir qu'une année à souffrir chez les sorciers lui était plus supportable que celle de devoir y rester sept ans. Pour autant, elle ne l'enchantait pas non plus. Tenter de se faire virer dès les premiers mois était une option qui l'attirait davantage. Les yeux suppliants, la jeune fille demanda :
- Si tu peux faire en sorte que je n'y aille pas, pourquoi tu ne le fais pas tout de suite ?
- Parce que ta mère est une tête de mule et que le Poudlard Express part demain matin. Il va me falloir un peu plus de temps si tu veux que j'arrive à faire mon p'tit bazar.
Elle se tut un moment. Et presque en chuchotant, elle finit par ajouter :
- Et parce qu'il faut que tu laisse une chance à Poudlard, nom d'une pipe ! C'est normal d'avoir peur de ce qu'on ne connaît pas. Mais il faut que tu te laisses le temps de découvrir l'univers de la magie. Crois-tu que tu n'étais pas effrayée quand tu es sortie du ventre de ta maman pour découvrir ce monde ?
Plus doucement encore, elle ajouta :
- Et crois-tu que je ne le suis pas à l'idée de devoir bientôt passer par la mort ? Pourtant il le faudra bien. Et si ça se trouve, ça vaudra le coup !
Jeanne n'osa rien répondre. En bas, les bâtiments parurent à nouveau plus grands. Elle et sa grand-mère se posèrent devant une charmante maison à colombages. Elles étaient arrivées. Jeanne fut heureuse de rejoindre la terre ferme. L'orage grondait toujours. Evelyne fit entrer sa petite fille et l'installa dans un large fauteuil, près de l'âtre. Elle lui prépara une tisane de thym agrémentée d'arômes de jus de citrouille.
Jeanne se sentait perdue. Mais elle était plus calme qu'avant. Au rythme de la cuillère qu'elle faisait tourner dans sa tasse encore trop chaude, elle se répétait le nom de Poudlard en boucle. Poudlard. Il dansait encore et encore dans sa tête, avec tout ce qu'il avait de menaçant, d'inconnu, de vertigineux. Jeanne se promettait au fond d'elle-même, de plus en plus fermement, qu'elle réussirait à s'en faire renvoyer.
Mamie Evelyne disparut dans son placard à friandises, et en ressortit quelques instants après, les bras chargés d'un amas d'étranges boites.
- Tiens ! dit-elle avec une pointe de malice. Je te les donne, mais seulement à condition que tu ne les ouvres qu'une fois arrivée à Poudlard !
- C'est quoi ?
De discrets coassement émanaient des boîtes.
- C'est... des animaux ?
- Plutôt des friandises ! ria la grand-mère. Un vrai délice, et un grand classique chez les sorciers ! Tu pourras peut-être les partager avec tes nouveaux amis.
- Merci. fit Jeanne, se forçant à sourire.
Sa peur et sa tristesse étaient évidentes. Elle posa les étranges boîtes sur la table basse, à côté d'elle, et but sa tisane.
- Allez ma petite puce. Tu as besoin d'aller dormir. fit la grand-mère. Une grosse journée t'attend demain.
- Mamie, j'ai peur. J'ai trop peur.
Evelyne l'embrassa sur le front.
- Accio ordonna-t-elle, et un édredon quitta l'armoire de l'étage pour arriver dans sa main. Elle le secoua un peu pour l'épousseter, et en couvrit sa petite fille.
- Tout se passera bien. Regarde-moi. Voilà ! Je te le promets.
- Tu... voudrais bien donner mes lettres à mes amis ? Ceux de mon école ?
La grand-mère répondit par un signe de tête. Elle alluma quelques bougies et éteignit la lampe du salon. Des ombres se mirent à danser sur les murs, et l'atmosphère de la pièce devint plus apaisante. Evelyne prononça un mot étrange et fascinant qui fit de petits ricochets dans la tête de Jeanne. La jeune fille sombra aussitôt dans le pays des rêves, bercée par les flots de son imagination.
L'idée de n'avoir qu'une année à souffrir chez les sorciers lui était plus supportable que celle de devoir y rester sept ans. Pour autant, elle ne l'enchantait pas non plus. Tenter de se faire virer dès les premiers mois était une option qui l'attirait davantage. Les yeux suppliants, la jeune fille demanda :
- Si tu peux faire en sorte que je n'y aille pas, pourquoi tu ne le fais pas tout de suite ?
- Parce que ta mère est une tête de mule et que le Poudlard Express part demain matin. Il va me falloir un peu plus de temps si tu veux que j'arrive à faire mon p'tit bazar.
Elle se tut un moment. Et presque en chuchotant, elle finit par ajouter :
- Et parce qu'il faut que tu laisse une chance à Poudlard, nom d'une pipe ! C'est normal d'avoir peur de ce qu'on ne connaît pas. Mais il faut que tu te laisses le temps de découvrir l'univers de la magie. Crois-tu que tu n'étais pas effrayée quand tu es sortie du ventre de ta maman pour découvrir ce monde ?
Plus doucement encore, elle ajouta :
- Et crois-tu que je ne le suis pas à l'idée de devoir bientôt passer par la mort ? Pourtant il le faudra bien. Et si ça se trouve, ça vaudra le coup !
Jeanne n'osa rien répondre. En bas, les bâtiments parurent à nouveau plus grands. Elle et sa grand-mère se posèrent devant une charmante maison à colombages. Elles étaient arrivées. Jeanne fut heureuse de rejoindre la terre ferme. L'orage grondait toujours. Evelyne fit entrer sa petite fille et l'installa dans un large fauteuil, près de l'âtre. Elle lui prépara une tisane de thym agrémentée d'arômes de jus de citrouille.
Jeanne se sentait perdue. Mais elle était plus calme qu'avant. Au rythme de la cuillère qu'elle faisait tourner dans sa tasse encore trop chaude, elle se répétait le nom de Poudlard en boucle. Poudlard. Il dansait encore et encore dans sa tête, avec tout ce qu'il avait de menaçant, d'inconnu, de vertigineux. Jeanne se promettait au fond d'elle-même, de plus en plus fermement, qu'elle réussirait à s'en faire renvoyer.
Mamie Evelyne disparut dans son placard à friandises, et en ressortit quelques instants après, les bras chargés d'un amas d'étranges boites.
- Tiens ! dit-elle avec une pointe de malice. Je te les donne, mais seulement à condition que tu ne les ouvres qu'une fois arrivée à Poudlard !
- C'est quoi ?
De discrets coassement émanaient des boîtes.
- C'est... des animaux ?
- Plutôt des friandises ! ria la grand-mère. Un vrai délice, et un grand classique chez les sorciers ! Tu pourras peut-être les partager avec tes nouveaux amis.
- Merci. fit Jeanne, se forçant à sourire.
Sa peur et sa tristesse étaient évidentes. Elle posa les étranges boîtes sur la table basse, à côté d'elle, et but sa tisane.
- Allez ma petite puce. Tu as besoin d'aller dormir. fit la grand-mère. Une grosse journée t'attend demain.
- Mamie, j'ai peur. J'ai trop peur.
Evelyne l'embrassa sur le front.
- Accio ordonna-t-elle, et un édredon quitta l'armoire de l'étage pour arriver dans sa main. Elle le secoua un peu pour l'épousseter, et en couvrit sa petite fille.
- Tout se passera bien. Regarde-moi. Voilà ! Je te le promets.
- Tu... voudrais bien donner mes lettres à mes amis ? Ceux de mon école ?
La grand-mère répondit par un signe de tête. Elle alluma quelques bougies et éteignit la lampe du salon. Des ombres se mirent à danser sur les murs, et l'atmosphère de la pièce devint plus apaisante. Evelyne prononça un mot étrange et fascinant qui fit de petits ricochets dans la tête de Jeanne. La jeune fille sombra aussitôt dans le pays des rêves, bercée par les flots de son imagination.