La face visible de mon cœur
Je l'ai désormais gravé sur la face visible de mon cœur.
Mais ça ne fait pas mal rassure-toi, au contraire.
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Mais ça ne fait pas mal rassure-toi, au contraire.
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Reducio
Ce RP est un recueil d'OS répartis sur la seconde moitié du mois d'août 2049. Après un passage à Valence puis à Londres, Ander est de retour dans la demeure familiale de Fort William. Fidèle à lui-même il passe le plus clair de son temps enfermé dans sa chambre. Le Serdaigle porte une réelle attache émotionnelle à ses objets. Ainsi, vous pourrez découvrir dans chaque post de ce recueil l'un des objets / meubles de sa chambre. J'ai trouvé l'idée originale et permettant d'ajouter à des descriptions factuelles une dimension sentimentale. Les descriptions faîtes sont valables pour la date inRP du post et évidemment amenées à évoluer.
QUINZIÈME JOUR DU MOIS D'AOÛT 2049
Le lit
Le lit
Derrière moi les tours, derrière moi le sable, derrière moi la capitale. Je vouai mes ultimes pensées à l'enchanteresse parenthèse des Quadriennales et dépassai l'embrasure de ma porte. Papa m'appela depuis l'autre extrémité du couloir, s'enquérant de mon appétit. L'estomac encore retourné du transplanage et la fatigue installée dans mes muscles, je répondis de ne pas m'attendre pour déjeuner. J'égarai valises et vêtements le long du trajet jusqu'à mon lit. Debout devant, n'ayant gardé sur moi qu'un tee-shirt et une paire de chaussettes à mon image - exténuée -, j'écartai mes bras avant d'embrasser de toute ma longueur la surface moelleuse du matelas. Là, je laissais les délices du drap frais apaiser ma peau, brûlée par les rayons estivaux. La fraîcheur s'agrippait à mon torse et mes cuisses, balayait les obstacles de tissu et de chair pour parvenir enfin au creux de mes reins et mourir contre ma nuque. De ma joue écrasée contre le matelas, je ne gagnais qu'une vision éborgnée du textile sous mes doigts. Papa les avaient changés. Chacun de mes gestes étaient emplis de douceur alors que je traçai le contour des agrumes peints sur leur surface. Tous portaient une cicatrice sous l'apparence d'une couture en leur centre, là où Papa avait retiré une à une les perles brodées dont la sensation empêchait mon sommeil. Que la faute soit celle du souvenir ou de la fatigue, un sanglot me secoua. Instinctivement, je tournai mon visage de manière à ce qu'il soit complètement noyé dans la couette. Une profonde inspiration. Elle portait l'odeur du Soleil, celui qui confortait et ramenait en Ecosse la maison plus distante, celle où demeurait le cœur. Elle sentait aussi l'herbe coupée qui, depuis le jardin, aimait à se promener sous ma fenêtre. Je fléchis mes genoux contre mon ventre de manière à pouvoir prendre appui sur mes orteils. Ces derniers solidement amarrés à une plissure, je dépliai mes jambes à nouveau pour faire glisser ma tête jusqu’à l’oreiller. Elle s’y enfonça dans un grognement de plaisir. La chute semblait inévitable. Je sombrais toujours plus bas dans la masse duveteuse, je m’enfonçais dans une obscurité relative qui devint rapidement celle onirique de l’esprit. A ma réalité charnelle s’était succédé un univers de sensations et d’images : je rêvais.
La face visible de mon cœur
SEIZIÈME JOUR DU MOIS D'AOÛT 2049
La guitare
La guitare
Just as you take my hand, just as you write my number down.
La vieille horloge de la cuisine sonna 17h. Je battis de mon pied chaque fracas de ce métronome géant. Je continuai ce jeu longtemps après que le pendule se soit tu, entraîné dans la frénésie du geste répétitif. Assis au bord de mon lit, je m'éveillais d'une sieste pleine de lenteur et de fièvre. De sursauts en éclats puis de roulis en éclairs, j'y avais laissé, me semblait-il, une part de mon humanité. J'observais d'un oeil encore voilé de sommeil l'horizon de ma chambre. Je jouais du bout de mes orteils avec le tapis au pied de mon lit en agrippant et tirant sur ses fils roses, avant de longer méticuleusement les bords en arc-de-cercle. Je battais toujours la mesure dans ma tête.
Just as the drinks arrive, just as they play your favorite song.
Face à moi ma guitare. Posée sur son pied, elle occupait l'angle de ma chambre. Il s'agissait d'un cadeau de mes parents pour célébrer mon inscription à Poudlard, et, je le soupçonnais, une excuse toute choisie pour que je joue plus souvent avec Papa. Le manche était fin, taillé dans un bois clair, et accueillait une rangée de six cordes exclusivement métalliques. Le reste brillait d'une laque verte. Je trouvais parfois ironique l'apaisement que m'apportait cette couleur alors même que la passion brute et écarlate dictait mes sessions musicales. J'avalai les trois pas qui me séparaient de l'instrument et m'en saisis en faisant attention à ne pas le cogner contre le sol. Je le déposai cordes contre mes cuisses nues de manière à voir la rune gravée dans son dos. Celle-ci justifiait la quasi inexistence de caisse de résonance, puisqu'elle se chargeait seule d'amplifier le son en y ajoutant un grésillement métallique. Maman disait que les guitares électriques moldues étaient similaires. Loin de savoir ce que cela pouvait signifier, le mot "moldu" avait suffi à attiser ma curiosité.
As your bad day disappears, no longer wound up like a spring.
A présent mes doigts glissaient le long des cordes. Ces dernières reconnaissaient leurs crevasses, les ongles ras et les callosités, et s'y lovaient de la même manière que l'homme habitait sa peau. Une partie de moi regrettait ne pas pouvoir emmener ma guitare au Château, mais une autre appréciait la joie aigüe des retrouvailles lors de chaque vacances. Calquée sur le rythme du pendule, j'entamai une série d'arpège que je connaissais par coeur. De ceux que j'entonnais au creux des nuits profondes pour séduire le sommeil et l'apprivoiser. La partition lisait "Radiohead, Jigsaw falling into places". Encore un des multiples trésors ramenés par Maman de ses voyages aux quatre coins du globe. Je possédais aussi un tee-shirt du même groupe, que je ne portais qu'en pyjama. Des accords suivirent les arpèges et je laissai ma voix s'élever. N'ayant jamais eu l'occasion d'entendre le groupe jouer la chanson, je déduisais l'air grâce à la partition. Je chantai ce je jugeai être juste et me balançai d'avant en arrière, ondulant mon dos entier pour marquer les temps. Parfois, je marquais un soupir pour replacer une mèche derrière mon oreille avant de repartir de plus belle. De cette façon, je répétai le morceau une petite dizaine de fois puis m'arrêtai. Je contemplai le silence. La musique disparu, il enflait jusqu'à venir gronder directement contre mon tympan. Je le laissai venir, l'accueilli dans la mesure de mon espace et le chassai lorsqu'il en vint à déborder, d'un grincement de lattes. Ma guitare retrouva son socle et je regagnai mon lit.
La face visible de mon cœur
DIX-SEPTIÈME JOUR DU MOIS D'AOÛT 2049
La cheminée
La cheminée
Il était tôt. La maison dormait encore. C'était l'un de ces plaisirs que je chérissais particulièrement. J'avais pris l'habitude de me réveiller en même temps que le jour. En été, cela signifiait entamer ma journée par quelques heures de solitude. A cette occasion, j'exécutais un rituel précis. D'abord, je m'étirais et prenais le temps de me redresser. Puis, je rattachais en un chignon haut les boucles ayant échappées à mon élastique dans la nuit, désormais collées contre ma nuque par la sueur. Ensuite, je saluais Hecta et m'installais dans le large sofa au pied de mon lit. Enfin, j'allongeais mon corps en travers des coussins et plongeais mon regard à travers la porte vitrée, celle-là même qui s'ouvrait sur un jardin encore engourdi par la nuit.
La toile du canapé était élimée, tachée çà et là de peinture ou de nourriture. Sa couleur violet profond me rappelait Maman, même si je n'aurais pas su expliquer pourquoi. Je laissai ma tête posée sur l'accoudoir rouler sur le côté, de manière que mon regard portait désormais sur la cheminée. Je la regardais avec paresse, traçait du bout des yeux les sillons de son foyer. Elle ressemblait à la version miniature d'une maison méditerranéenne. Une arche doucement courbée encadrait l'espace censé accueillir les flammes. Des fleurs se découpaient en relief contre le sol. Je me fis la réflexion que je ne les avais jamais observé en détail. Il fallait dire que je portais rarement de l'intérêt à la cheminée en dehors de l'hiver, et, à ce moment là, les motifs fleuris étaient entièrement recouverts par la cendre. Sur les contours de la cheminée, Cælena m'avait aidé à coller des carreaux dépareillés ramenés d'Espagne. Je me souvenais avoir passé des heures à réfléchir à l'agencement de la mosaïque pour éviter que deux morceaux de couleur identique ne se touchent. La plaque qui trônait au-dessus du manteau, elle, arborait un bleu chaleureux, celui qu'utilisaient Papi et Mamie pour peindre le contour de leurs fenêtres. Dans la pénombre de décembre, quand le feu dansait dans le foyer, il dessinait sur la porcelaine des ondulations qui m'évoquaient la mer. Désormais disparu au profit du Soleil, l'âtre restait froid.
C'était un sentiment mélancolique qui m'habitait, presque de la tristesse. Allongé comme je l'étais, encerclé par les premiers chants d'oiseaux, je ne pouvais que regarder la cheminée qui me faisait face. Evidemment, je la savais inerte et incapable de ressentir. Je me doutais que la tendresse qu'elle instillait en moi n'était rien de plus que la projection de mes propres affections. Pourtant, la voir ainsi, muette et reculée, attendant patiemment dans les ombres que vienne à nouveau son heure de gloire, ne me laissait pas insensible. Il y avait quelque chose d'extrêmement humain et cruel dans l'acte d'aimer les choses pour leur utilité, et de les oublier dans la foulée. Sentant poindre une pointe de culpabilité, je me promis de prêter plus d'attention à mon environnement, à commencer par celui de ma chambre, qui me berçait et me réconfortait si bien. La pendule du salon sonna sept heures. Interprétant cela comme un signe, je me levai, allai entrouvrir ma fenêtre, m'approchai de la cheminée que je touchai du bout du doigt, souris doucement et sortis de la pièce. J'avais en tête une multitude d'aventures à vivre avant que la nuit ne tombe.
La face visible de mon cœur
DIX-HUITIÈME JOUR DU MOIS D'AOÛT 2049
La bibliothèque
La bibliothèque
La maison était déserte, à l'exception d'Hecta qui voletait paresseusement d'une pièce à une autre. La bibliothèque me faisait face. Se dressant sur toute la hauteur du mur, ses étagères s'alignaient parallèlement à mon lit jusqu'à la porte de ma chambre. Le meuble se découpait dans un bois chaud qui répondait à la lumière filtrant par la fenêtre opposée. Je me souvenais sa genèse, au milieu du jardin. Papi avait suggéré l'idée de réutiliser le bois d'un arbre abattu pour tailler sur mesure le récipient de mon savoir à venir. Il avait fallu un long processus de taille, de mesures, de ponçage et de verni avant d'aboutir au résultat étalé sous mes yeux. Dire que je chérissais cette bibliothèque relèverait de la litote. J'en connaissais chaque nœud et chaque plateau irrégulier, chaque craquelure et chaque cicatrice.
Il se dégageait de l'ensemble une atmosphère magique. J'en attribuai une part aux tranches colorées alignées sans réel système de classement. Car, une intervention surnaturelle n'était-elle pas nécessaire pour parvenir à justifier des dizaines d'univers réduits à un moule rectangulaire et sagement rangés dans une chambre d'enfant ? Mon regard courait d'une œuvre à l'autre. À la manière de pensines, ces dernières me ramenaient à une histoire, un lieu, une période de ma vie et autant d'odeurs que pouvaient en imprimer les pages jaunies. Une autre part de cette magie résidait dans une photo encadrée et posée dans un coin. Le cliché était l'unique enchanté parmi ceux que je possédais. Cela s'expliquait simplement : je n'en étais pas l'auteur. Je m'approchai et le saisis d'une main. Dessus, une boule de neige s'animait et venait s'écraser directement sur l'objectif de l'appareil.
Ma magie s'était déclarée pendant mon année en France. Je me rappelais surtout du soulagement dans les yeux de Papa à ce moment là. Je n'avais compris qu'en grandissant les implications sociales du statut de Cracmol. Papa et moi étions sortis dans le jardin en plein mois de décembre. La neige avait érodé les reliefs en remplaçant les ombres par un blanc entêté. C'était aussi l'époque où je découvrais la photographie. Mes parents essayaient de m'initier avec l'appareil magique de la maison. Alors que mon père le braquait sur moi, un éclair de mesquinerie m'avait soudainement traversé et, la seconde d'après, une boule de neige s'était soulevée du sol et pulvérisée contre l'objectif après quelques secondes de lévitation, éclaboussant l'artiste derrière au passage.
Je replaçai le cadre à sa place, mon visage affichant un sourire attendri, et je me mis en quête d'une lecture. Naturellement, mon regard revenait sur Picnic at Hanging Rock - mon roman préféré - et l'édition française du Songe d'une nuit d'été offerte par Martin. Je décidai de ne pas lutter contre moi-même, de toute façon je n'avais pas l'énergie de me creuser les méninges trop longtemps. J'attrapai le roman australien et me jetai sur mon lit. Des mystères de jeunes filles possédées et de nature sublime brisèrent le silence de la demeure.
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