Rebattre les cartes A.J.J.

𝔡𝔦𝔪𝔞𝔫𝔠𝔥𝔢 𝔱𝔯𝔢𝔫𝔱𝔢 𝔢𝔱 𝔲𝔫 𝔬𝔠𝔱𝔬𝔟𝔯𝔢
dans la serre tropicale, après le déjeuner
avec @alexander joyce jr

𝔐ettre les mains dans le cambouis. Voilà une expression moldue qui collait parfaitement à la situation. Qu’est-ce qui justifiait la présence de Tamsin dans une serre de Botanique un dimanche après-midi, jour des festivités de Samhain ? Pas grand chose. À l’exception de ses réunions avec les autres légionnaires, elle ne mettait que peut les pieds par ici, et encore moins dans l’étouffante serre tropicale. Elle était là comme un fantôme errant dans le château, à la recherche d’une âme qui vive. Quelqu’un à qui confier la peine et le chagrin qui l’habitait. Une entité venue hanter l’esprit d’un être vivant et l’abreuver de paroles.

L’adolescente se faufila au milieu des açai et des caféiers. Elle prit un instant pour observer la sauge divinatoire qui se trouvait au centre. Il fut un temps où elle aurait analysé en détail cette plante, tout autant que les théiers autour. Uniquement parce que cela avait à voir avec la Divination. Cette matière qu’elle avait longtemps — trop longtemps — sacralisée. Elle ne l’avait pas en horreur non, mais les récents événements qui jalonnaient sa vie d’étudiante à Poudlard, tout autant que celle de fille d’astrologue, avait eu raison de son amour inconditionnelle pour les augures. Elle prenait toujours plaisir à rejoindre la tour de Miss Jenkins, à y apprendre l’histoire et les techniques des devins, mais une ombre s’était installée dans le cœur de l’enfant et ternissait peu à peu les valeurs qui jusque là avaient régis sa vie.

Un léger tintement attira l’oreille de Tamsin. Celui d’une fiole qui s’entrechoquait avec une autre probablement. Du moins eut-elle le réflexe imaginatif de visionner cela, tout en sachant déjà qui pouvait se trouver là. N’était-elle d’ailleurs pas venue là, certaine de le trouver ? Était-ce inconscient ou avait-elle pris la fâcheuse tendance de venir coller son camarade de classe depuis le début de l’année scolaire. Déjà lors de la réunion d’information pour les langues magiques, elle s’était retrouvée à côté d’Alexander, comme aimantée par une amitié à laquelle elle se raccrochait — quelqu’un qui pouvait la comprendre.

Il était bien là, affairé dans un recoin de la serre, à l’abris des regards humains, ayant mis dans la confidence les végétaux présents. À pas de louve, elle s’approcha, non pour tenter de lui faire une farce, de l’effrayer ou bien de le surprendre, mais simplement pour se fondre dans le décor, se lover dans l’observation d’une discipline qu’il était le seul à exercer correctement. Elle n’avait pas ce don. En avait-elle un d’ailleurs ?

Avec précaution, elle s’assit sur le rebord du bassin central, étendant ses longues jambes devant elle. Puis à demi-voix, et regardant toujours son ami s’affairer, elle déclara : « Joyeux Samhain Alex. »

C’était tout.
Une manière de dire bonjour. Sa manière à elle aussi de lui souhaiter une joyeuse fête des morts. Elle doutait qu’il pratique ce genre de religiosité dans sa famille, au regard de tout ce qu’ils avaient pu évoquer, mais c’était aussi un acte de gentillesse de la part de la jeune sorcière, une façon de lui dire je me souviens.

astre au 𝔷𝔢𝔫𝔦𝔱𝔥.

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Si une année de pratique musicale intensive avait bien appris quelque chose à Alexander, c'était qu'en plus de reconnaître la vie qui l'entourait, il existait une multitude de sons complexes, proches et pourtant si différents à la fois. Aussi, il n'eut aucun mal à reconnaître les pas de l'amie qui arrivait dans sa direction, et la mélodie de sa voix ne le prit guère par surprise. Sans se retourner, il savait déjà que Tamsin était à ses côtés.

- Samhain de chuimhní cinn ó chroí à toi aussi, Tamsin. Peux-tu me passer le bocal de cendres, s'il te plaît ?

Guidé par les enseignements du Clan, le Serpentard avait répondu sans bavure d'une de ces quelques phrases toutes faites d'Irlandais qu'il maîtrisait. Il ne se souvenait pas, pourtant, que ce soit là les origines de son amie. Sans se départir de sa neutralité habituelle ni de sa concentration sur la potion qu'il était en train de réaliser, Alexander reprit.

- Tu ne fêtes pas Halloween ?

Il aurait pu rajouter comme les autres, mais le garçon s'était abstenu. La Serpentard n'était certes pas comme les autres, et c'était foncièrement un constat positif. Inutile donc de s'embarasser d'une telle constatation. Mis à part sa rapide demande et sa question sincère, l'adolescent laissa comme à son habitude le soin à Tamsin de s'installer dans le silence bienveillant de leur compréhension et leur amitié mutuelle. Si la jeune fille avait quelque chose à lui dire, elle le lui dirait. Sinon, et bien, Alexander appréciait lui aussi sa compagnie.

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Avec délicatesse elle se releva, quittant la clémence de l'eau et la douceur du bassin. Il faisait chaud ici, et il faisait bon se réfugier dans un pareil endroit à la faveur d'un mois de novembre approchant à grands pas. Immédiatement, en la présence d'Alexander les pensées nauséeuses de Tamsin se clarifièrent. Elle n'avait qu'une seule chose à faire, lui passer le dit bocal de cendres demandés et simplement se rassoir, attendre et observer les faits et gestes de son camarade. Si la préparation des potions n'était clairement pas dans les qualités ni les activités de la jeune sorcière, elle adorait par contre observer la méticulosité prise par le potioniste, écouter la chute des ingrédients dans le chaudron et voir peu à peu la recette aboutir. Ses yeux froids parcoururent la scène, le plan de travail de l'élève appliqué. Elle parcouru l'étagère du regard, et finit par capter le bocal, rempli de poussière grisâtre. Elle le posa avec précaution puis refit le cheminement inverse, mais cette fois elle ne s'assit pas. Elle resta postée aux côtés d'Alexander, finissant par basculer comme une poupée contre un mur, son épaule adossée, les bras croisés.

« Non Halloween ne m'intéresse plus » répondit-elle. Puis dans un souffle agacé elle ajouta : « C'est bon pour les gosses. » Elle se retint d'ajouter le mot moldus, pas tout à fait à l'aise avec ce biais de pensée qui commençait à l'habiter et à s'insinuer dans ses propos. Après tout elle ne considérait pas non plus avoir un statut de sang lui conférant la possibilité d'être si tranchante et catégorique.

Curieuse, elle attendait de voir à quoi les cendres contenues dans le bocal allaient bien pouvoir servir. Depuis l'année dernière, elle avait effacé de sa mémoire tout ce qui touchait aux potions, soulagée de ne plus avoir à parcourir les cachots pour subir les cours de Miss Xarinez. Elle laissa un silence planer, se contentant d'être spectatrice. Un mal lui rongeait l'esprit, et elle n'osait pas en parler à n'importe qui. Or Alexander n'était pas, en tout cas plus, n'importe qui. Il était même peut-être le seul à pouvoir l'éclairer ou lui apporter une quelconque information. D'un air faussement détaché, elle demanda : « Tu as des nouvelles de Veronica ? » Veronica. Déjà, la mention du prénom entier de leur amie n'augurait rien de bon. Tamsin l'appelait Niks, comme tout le monde. Enfin, habituellement.

astre au 𝔷𝔢𝔫𝔦𝔱𝔥.

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Alexander remercia son amie pour son aide, la laissant ensuite respirer à ses côtés tout en continuant d'avancer dans la préparation de cette potion à laquelle il était aujourd'hui déjà largement habitué. S'il ne devait choisir qu'une chose à apprécier chez Niks ou Tamsin, en dehors de leur efficacité, c'était bien leur silence. Seulement, c'était dans celui-ci aussi que se demarquaient les deux jeunes filles. Si celui de la première était bien souvent orageux, celui de la seconde était une source d'apaisement et de respect qu'il avait appris à apprécier, voire à rechercher au fil des années. Aussi, lorsqu'elle finit par se laisser tomber sur le sol, le Serpentard, sans un mot ni un bruit de plus, se déplaça simplement de quelques centimètres en arrière, son chaudron avec lui, pour se mettre au même niveau qu'elle sans l'envahir pour autant.

- Je vois.

Et c'était vrai. Lui qui n'avait jamais fêté Halloween, ni presque eu vent de son existence avant Poudlard, avait toujours bien volontiers laissé toutes ces festivités incongrues aux plus jeunes. Quand à ce qu'il pensait de cette nouvelle réalité pour Tamsin, et bien, elle ne lui avait demandé ni son avis, ni son aide à ce sujet, alors l'adolescent se garderait bien de tout jugement.

- C'est bientôt terminé. J'essaie toujours de m'organiser pour maintenir un certain niveau d'engrais magique, au cas où Mr Charleston déciderait soudainement de jeter un œil à nos affaires.

Lorsque son amie posa finalement sa question, Alexander ne se départit une nouvelle fois pas de son expression neutre. Bien entendu, Tamsin venait de lui fournir une nouvelle pièce du puzzle qui se construisait cette année mais, une fois encore, ce ne serait pas lui qui irait juger la Serpentard.

- Ni plus, ni moins que d'habitude. Basil ne m'a pas semblé particulièrement expressif à ce sujet.

Pour autant, l'adolescent était bien conscient de ce dont pouvais avoir besoin son amie. Laissant reposer un peu sa préparation, il se demanda un instant s'il devait lui demander la permission pour poser une main dégantée sur elle - Nélya lui avait dit que c'était là un signe de soutien. Alexander choisit au final de se rapprocher encore un peu plus de Tamsin, laissant son bras délicatement toucher le sien, sans désir de l'envahir.

- Tu sais que je répondrais présent si tu en exprime le besoin.

C'était une affirmation. Affirmation neutre et mesurée dans son expression, mais ô combien révélatrice de ce que l'adolescent était prêt à faire pour celles et ceux à qui il tenait.

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