Échos d'azur PV

Samedi 26 décembre 2048
Godric’s Hollow — Vieille-ville
1ère année à l’AESM



Le ciel est immense. Une toile d’azur qui s’étire à l’infini, sans le moindre nuage à l’horizon. Le pâle soleil d’hiver n'est pas suffisamment fort pour faire fondre la neige amassée au pied des bâtiments et sur les toits. La brise, légère, amène une fraîcheur glaciale en provenance du nord, mais une cape épaisse et une écharpe suffisent à s’en préserver. La rue que je descends d’un pas lent serpente en s’éloignant des remparts de Godric’s Hollow. Des petites maisons sans prétention jalonnent le chemin, avec leurs fenêtres agrémentées de jardinières colorées et les volets ouverts pour accueillir la lumière du jour.

Deux petits sorciers déboulent d’une ruelle adjacente ; l’un d'eux chevauche un balai-jouet qui lévite au-dessus du sol et soulève les graviers sur son passage. Je ralentis pour les laisser filer. Comme je m’y attendais, ils s’arrêtent subitement en apercevant la tache bleuâtre qui sautille un peu plus loin, passant d’un tas de neige à l’autre avec amusement. Zikomo, se sentant observé, dresse les oreilles et tourne le museau vers l’amont de la rue. Subjugués, les enfants chuchotent entre eux en le pointant du doigt, les yeux ronds comme des billes. Je passe à côté d’eux en prenant soin de feindre ignorer l’intérêt qu’ils me portent tout à coup et m’éloigne dans la ruelle, bientôt suivie par le petit Mngwi. Je jette un regard par dessus mon épaule pour m’assurer que les enfants ne nous suivent pas ; ce n’est pas le cas, mais ils nous observent jusqu’à ce que nous ayons bifurqués dans une autre rue.

« Tu n’es pas discret, lancé-je d’une voix lasse à mon vieil ami.
Tu devrais colorer mon pelage de noir et de blanc, s’amuse Zikomo. De loin, je pourrais passer pour un chat.
Un drôle de chat, alors. »

Plus amusé par mon ton distant que blessé, et surtout habitué, il remue les oreilles avant de repartir explorer la rue. Je le suis d’un pas plus mesuré. Au bout de mon bras se balance un carnet que je n’ai pas pris la peine de rétrécir magiquement et de ranger ; il s’agit de mon achat du jour, un simplet carnet noir comme j’en ai des dizaines à l’AESM ou chez mes parents. Un carnet par sujet d’étude ou par année, cela dépend de ce que je souhaite en faire. Celui-ci est destiné à mes recherches sur la magie noire, notamment sur les malédictions — il en existe un tel panel que je ne doute pas avoir un jour besoin de plusieurs carnets pour différencier les malédictions entre elles, mais pour le moment celui-ci suffira, j’en suis encore à l’initiation.

Si je m’étais écoutée, j’aurais transplané dès mon achat effectué pour rentrer me reposer afin d’être en forme demain — dimanche, jour où je transplane sur mon lointain Plateau étudier une magie qui me vaudrait de sérieux problème si mon attrait pour celle-ci était rendue publique. Hier, j’ai passé la journée affalée dans mon lit, protégée par le bouclier relatif de ma couette épaisse pour mieux affronter les effets secondaires de ce que l’on appelle vulgairement une gueule de bois. Une triste journée de Noël passée dans le noir à écouter les gémissements de douleur de Rockfield qui a bien heureusement fini par retourner sur son propre lit.

Je savais qu’une consommation excessive d’alcool impliquait une forte douleur à la tête et rendait l’estomac fragile, mais je ne m’attendais pas au reste. Au mal-être qui n’avait rien de physique et à cette lassitude qui ne semble plus me quitter depuis le soir du Réveillon. Après avoir passé une nuit horrible, torturée par des cauchemars de toutes sortes et autres terreurs nocturnes contées par Zikomo et Nyakane à mon réveil, le besoin de quitter la chambre s’est fait ressentir. À la fois pour fuir Rockfield qui, depuis que nous nous sommes réveillées dans les bras l’une de l'autre, me considère comme la pire horreur qu’ait porté le monde, mais aussi pour tenter de me débarrasser de ce triste sentiment qui me colle à la peau.

C’est au moment où Zikomo m’a demandé sans le moindre tact si j’étais triste à cause de l’histoire avec Narym lorsque nous sortions du magasin que j’ai pris conscience que oui, il y a un peu de ça. J’aurais aimé être en colère, mais celle-ci a laissé la place à autre chose. Un poids dans ma poitrine. J’ai bien été tenté de le faire disparaître en lançant le Sortilège ce matin, celui qui brouille ma mémoire, mais je me suis abstenue : même moi je suis capable de reconnaître qu’oublier mon frère n’est pas la bonne solution.

Zikomo, lui, pense l'avoir trouvé, la solution. Il a insisté pour que nous partions nous perdre dans les rues de Godric’s Hollow et que nous allions explorer la campagne environnante. « Je veux découvrir l’Angleterre, Aelle ! Allons-y ! ». Puis il a ajouté sur un ton plus doux :

« Cela te changera les idées. Je te promets que nous passerons un bon moment.
Je pourrais me changer les idées en étudiant, ai-je répliqué, je suis sûre que ce serait plus efficace.
Peut-être, mais j’ai envie de passer du temps avec toi. Donne-nous une heure. »

Une heure, c’est ce qu’il a dit. Alors je le suis à travers les rues, le laissant me guider. J’essaie de débarrasser mon esprit des ombres qui l’emprisonnent. Je dois bien avouer que la caresse des rayons du soleil sur ma tête dénudée est agréable. Et l’odeur de l’air frais également. Des oiseaux planent dans le ciel, traversant la toile azur. Je songe à Gabryel ; lui saurait reconnaître leur race, contrairement à moi. Je me demande ce qu’il fait en ce moment.

Échos d'azur PV
UTILISATION DE PNJ
Reducio
Utilisation en mode actif du PNJ de Philip Thomas (fiche), arrière-grand-père de Mattew, en présence du PJ
Intérêt de cette utilisation (SPOILER) :
Reducio


Ouverture
Samedi 26 décembre 2048
Grande-Bretagne,
Domicile de Philip Gerald Thomas


- PDV Philip Gerald Thomas, arrière-grand-père de Mattew -


· ❣︎ ·


La grande horloge principale venait de sonner les sept heures lorsque le vieil homme avait ouvert les yeux en un sursaut, le front trempé de sueur et les mains agitées de tremblements, le visage encore marqué par la stupeur. D'un air faussement agacé, il s'était contenté d'observer quelques instants les réactions incontrôlées de ce corps usé, se laisser reléguer au rang de simple spectateur. Cela devait faire bien longtemps qu'il n'avait pas passé une aussi mauvaise nuit. Par Merlin, si même à cet âge on ne pouvait dormir en paix ! Grommelant un patois anglais à demi-voix afin de ne pas réveiller son épouse qui sommeillait à ses côtés, il avait saisi sa baguette sur la table de chevet, puis entreprit de se lever à pas prudents - à un âge avancé comme le sien, mieux valait être précautionneux. Achevant de redresser son ossature, il avait détaillé la petite pièce de son regard profond, s'arrêtant sur une grande photographie qui lui faisait face. Le cliché semblait faire écho, quelque part dans son esprit troublé. En la parcourant de ses petits yeux ronds, inspectant minutieusement ses moindres détails, son visage ridé s'était fait perplexe. Son regard, d'un marron obscur et profond, s'était perdu dans la photographie, la représentation de ce qui semblait être une modeste maison de famille.

Loin remontait ce souvenir. Avec l'écoulement des années, sa mémoire vieillissante avait fini par égarer ça et là des détails de sa longue existence. Seule cette empreinte semblait avoir fait exception à l'inéluctable sélection. Un frisson, un vent glacé, un traumatisme qui n'avait jamais cessé d'exister.
Mais les rides s'étaient creusées, lui rappelant que le temps pressait. Une journée ou bien quelques années, le moment approchait. Et plus que tout, il désirait pouvoir quitter ce monde apaisé, ce souvenir en moins sur la conscience. La curiosité soudaine que le jeune homme avait manifesté au sujet de ses racines lui donnait une chance inestimable. Celle de mettre fin aux tourments qui n'avaient cessés de rythmer sa vie.
Après soixante-quatorze-ans, il était enfin prêt à retourner à Godric's Hollow, au numéro vingt-quatre de la rue Balfour Blane, retrouver la maison de ses cauchemars et celle de son enfance, renouer avec son passé et celui de ses ancêtres, pour enfin pouvoir refermer le livre sereinement.



· ❣︎ ·


- PDV Mattew Owen Amadeus Thomas -


· ❣︎ ·


L'aube était encore naissante. Une douce odeur de thé aromatisé s'élevait de la cuisine. Passant l'encadrement de la porte, traversant le petit couloir, elle parvenait jusqu'à la pièce adjacente. C'était un drôle d'espace que cette chambre-là. Peu spacieuse, mais dotée d'un haut plafond, on aurait plutôt dit un grand débarras. On y trouvait toutes sortes de meubles et d'objets qui s'y entassaient en des piles hasardeuses le long des murs. Pourtant, parmi ce désordre apparent, on parvenait à discerner une certaine forme d'organisation, certes étonnante, mais effective.
Etendu près de l'une des trois ouvertures qui pourvoyaient la pièce en lumière, dans un petit lit aux draps mauves, un jeune homme semblait sur le point de s'éveiller.
Ouvrant un œil puis l'autre avec prudence, il tâtonna quelques instants dans le vide pour saisir sa baguette sur la table de chevet. Les premières lueurs du jour lui parvenaient avec douceur, filtrées par la large fenêtre qui bordait le lit. Le garçon possédait une chevelure foncée, dont les quelques mèches plus claires ressortaient en de surprenants éclats à la lumière du soleil levant.
Ses yeux, d'un iris bleu pâle semblaient scintiller d'une sorte de curiosité, d'excitation insaisissable ; c'était comme si une étrange vitalité lui coulait dans les veines.

Après les remous du dernier été, le jeune homme s'était vu transformé, comme exalté d'un souffle nouveau. Au bord du vide, il avait construit un pont plutôt que se laisser chuter. Tout juste relevé, il avait ressenti ce besoin soudain mais instinctif de reconnexion à la magie. Comme une échappatoire, un nuage de liberté. Comme une nécessité de renouer avec ce qui donnait chez lui un sens à sa vie, pour mieux se retrouver.
Une magie, ayant depuis toujours fait chez lui l'objet d'une fascination aussi déconcertante qu'impérissable.
Une magie, transmise d'un vieil homme dont il devait tout et qui, lui seul, pourrait l'éclairer sur ses racines.

Sitôt levé, le jeune homme avait rejoint la cuisine, où son arrière-grand-père s'affairait déjà, activant de sa baguette le nécessaire pour le petit-déjeuner. Les placards s'ouvraient et se refermaient au rythme de ses mouvements de poignet, assiettes et couverts se mouvant dans les airs avec simplicité, comme s'il en avait toujours été ainsi. Il restait toujours aussi impressionné par l'habilité du vieil homme pour les sortilèges malgré son âge. Une fluidité dans ses gestes, une confiance, témoignant une certaine expérience en la matière ainsi qu'un entraînement régulier. Pourtant, personne ne semblait être en mesure de témoigner les qualités qu'il avait exercées au cours de sa carrière professionnelle, s'il en avait eu une. Pour tout dire, personne n'en avait jamais entendu parler.


· ❣︎ ·


Il devait être aux alentours de neuf heures lorsque ses pieds entrèrent en contact avec le sol froid de l'hiver, s'enfonçant d'une dizaine de centimètres dans la neige de Godric's Hollow.
La sensation du transplanage lui restait assez désagréable, malgré l'habitude qu'il commençait à y prendre. Son arrière-grand-père l'avait en effet initié depuis peu à ce type de transport pour le moins original pour un né-moldu non habitué. Le temps d'agripper le bras de son bisaïeul, il s'était retrouvé dans une rue quasi-déserte qui bordait les murs d'enceinte, à l'écart de l'agitation du cœur de la capitale. Il faisait froid, mais le ciel s'était fait accueillant, revêtant une jolie tunique azur. Autour d'eux, des habitations, souvent anciennes et exigües, contrastaient avec la richesse des maisons bourgeoises du nouveau centre-ville. Ici, c'était comme si rien n'avait changé, les maisons traditionnelles, snobées par les riches familles sorcières, continuaient de prospérer le long de ces rues tranquilles, dans un état plus ou moins détérioré.
Gerald semblait ailleurs. Marmonnant des paroles incompréhensibles dans l'air glacial, il paraissait complètement absorbé dans une obsession intérieure. Les yeux agrandis et les veines ressorties, il tenait sa baguette d'une fermeté comme jamais son arrière-petit-fils ne l'avait vu faire auparavant. Au regard du premier inconnu, il aurait bien pu passer pour un fou si le jeune homme ne l'avait pas sorti de sa transe.
S'épongeant le front avec le revers de sa veste, il lui enjoint de le suivre dans une autre rue voisine, sans plus commenter la scène précédente.


· ❣︎ ·


Le vieil homme marchait d'un pas pressé. Malgré la neige, il avançait si rapidement que Mattew du l'interpeler à plusieurs reprises pour l'obliger à ralentir. Les logements se succédaient, et leur état n'allait pas en s'améliorant. Au bout de plusieurs intersections, ils revinrent soudain sur une rue dégagée à l'allure familière.

- Par Merlin, on tourne en rond !

Sur l'écriteau placardé à une habitation, on pouvait lire les mêmes inscriptions : "Rue de Gamp, Godric's Hollow". Le jeune homme ne pouvait alors que constater le fait. Les sourcils froncés, le vieil homme tentait vainement de comprendre comment il en était arrivé là, lui qui semblait pourtant connaître le quartier. Il avança de quelques mètres dans la neige, l'air hébété, complètement déboussolé. Ses mains se remirent à trembler. Il était prit d'une nouvelle crise de folie.

- Ça recommence...

Inquiet, Mattew fit un tour d'horizon le temps d'accourir vers son bisaïeul égaré. La rue, pourtant grande, semblait définitivement déserte. Ce qui devait être une journée pleine de lumière prenait une tournure complètement inattendue. Il n'avait jamais vu Gerald dans un tel état, et c'était bien ce qui le tourmentait. Le vieil homme avait toujours affiché un air serein, rassurant, comme si rien ne pouvait venir troubler son esprit.
Il se retrouvait alors perdu, dans un endroit qu'il ne connaissait pas, avec un arrière-grand-père à moitié fou.


· ❣︎ ·


Une silhouette scintillait au loin. Sans prendre le temps de réfléchir, il agita les bras dans la direction de l'ombre qui flottait au fond de la rue.

- Papi, il y a quelqu'un là-bas, je vais lui demander de l'aide !

Le vieil homme ne parut presque pas l'entendre. Déjà Mattew accourait dans la direction de la personne qu'il avait aperçue. A mesure qu'il approchait, il détailla un peu mieux la silhouette. C'était une femme, une jeune femme... Accompagné d'une chose bleutée, mouvante. Un renard ? Le jeune homme n'avait pas le temps d'y prêter plus d'attention, il arrivait à sa hauteur.

- Heu... Bonjour ! Pardon je ne me suis pas présenté ! Je m'appelle Mattew Thomas, je suis venu ici avec mon arrière-grand-père... On... On cherche un adresse !

Les phrases fusaient dans son esprit, c'est à peine s'il avait eu le temps de les ordonner. Dans la panique, il avait enchaîné les mots avec une rapidité peu commune, et peu élégante pour une approche avec une inconnue. Le fait d'avoir parlé sembla le calmer. Son rythme cardiaque revint peu à peu à la normale. La proximité lui fit observer son interlocutrice d'un peu plus près. Son visage lui parut familier, le stoppant dans ses paroles.

- E... Excusez-moi, je crois vous avoir déjà vu quelque part... On se connait ?

Une vieille rencontre ? Une connaissance de Poudlard ?
La curiosité avait prit le dessus. Si bien qu'il en avait perdu de vue la principale raison de sa venue.

- Oh, euh... Vous pourriez nous aider ? Je... Je crois qu'il ne va pas très bien !

Comme pour confirmer ce qu'il disait, il se retourna en direction de l'endroit où se situait son bisaïeul. Quelle ne fut donc pas sa surprise lorsqu'il le retrouva, arrivant d'un pas tranquille, à deux mètres derrière lui. A croire qu'il avait transplané pour parcourir la distance aussi rapidement.

- Qui a dit que je n'allais pas bien ?

Le vieil homme les avait rejoints, les mains détendues et la démarche sereine, la veste élégamment ajustée et le chapeau levé en signe de respect. De cette même impassibilité qui le caractérisait d'ordinaire. Quelque chose ne tournait décidément par rond avec lui aujourd'hui. Pour la première fois, Mattew se surprit à ressentir une pointe de crainte envers cet homme qui lui était pourtant pour un soutien éternel, un rempart tout entier de son existence.
Le sourire rassurant qu'il lui adressa suffit à balayer cette pensée.


· ❣︎ ·


@Aelle Bristyle,
Depuis le temps qu'il le fallait,
Voici le début d'une nouvelle aventure,
Avec toutes mes excuses,
Merci pour la patience.
Dernière modification par Mattew Thomas le 7 avr. 2025, 14:36, modifié 1 fois.

Je cherche les Couleurs.

Échos d'azur PV
Le nez pointé vers le ciel, je ne l’ai pas vu approcher. Si j’avais aperçu sa silhouette se dessiner au bout de la rue, j’aurais bifurqué à la première intersection, devancée par un Zikomo qui me connaît si bien qu’il sait quand il est nécessaire de me faire éviter les passants à l’air désœuvré. Je m’arrête net dans la ruelle, mon regard peu amène braqué sur le jeune homme qui a déboulé devant moi comme s’il avait un Feudeymon aux trousses. Désœuvré, c’est bien le mot qui convient pour le décrire ; son ton affolé et précipité, sa présentation maladroite — pourquoi pense-t-il devoir me donner son identité et la raison de sa présence ici ?

Pendant qu’il parle, les premières informations parviennent enfin à ma conscience. Naturellement je note sa taille, les traits de son visage, sa carrure, le son de sa voix que j’additionne au prénom Mattew Thomas. Des Thomas, dans un pensionnat comme Poudlard, j’en ai côtoyé à la pelle. Des Brice, des Jack, des David, des John et même un Sonny. Mais un Mattew ? Je ne me serais jamais posé la question s’il n’avait pas articulé cette phrase fatidique : « Je crois vous avoir déjà vu quelque part... On se connait ? ». Par cette simple question, il me force à me demander : lui suis-je familière ? pourquoi ? et lui, m’est-il familier ? Oui, non, peut-être, qu’en sais-je ? Mais il paraît jeune, c’est indubitablement un sorcier, alors l’évidence tombe : évidemment qu’il me connaît, j’ai passé sept ans à Poudlard et je me promène avec un Mngwi et un esprit serpentaire. Ce n’est pas étonnant qu’il se souvienne de moi. Un poids me tombe sur les épaules ; je déteste quand des gens qui pensent me connaître m'approchent. Ils sont trop bavards et indiscrets, je n’ai aucune envie de ça aujourd’hui. Je n’ai jamais envie de ça.

Je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche qu’une ombre approche. Mon regard passe du petit-fils au grand-père qui, effectivement, n’a pas l’air plus perdu que moi. Mon sourcil se dresse sur mon front lorsque mes yeux reviennent sur le plus jeune.

« Il n’a pas l’air d’aller si mal, » dis-je à mi voix d’un ton sans timbre, les traits de mon visage exprimant bien mieux que le reste le sarcasme qui m’habite.

Sans état-d’âme, je balaye sa question me concernant, ses salutations et sa présentation. Je ne garde que l’essentiel : ils sont perdus et plus vite je leur donnerai ce qu’ils veulent plus vite je retrouverai ma tranquillité.

« Vous cherchez quelle adresse ? »

Mon ton se fait plus ennuyé. Ce disant, je me recule d’un pas pour mettre entre le duo et moi-même une distance plus respectable. Je tourne la tête pour fouiller la rue du regard et trouve rapidement Zikomo qui n’est décidément pas discret avec son pelage bleu. Il s’est arrêté plus en aval et, assis dans la neige et la queue sagement rangé autour de lui, il observe notre échange.

Je ramène mes yeux sur les Thomas. Un soupir discret comme l’air coule sur mes lèvres. J’espère sincèrement que le vieux n’est pas réellement en mauvaise posture et que le plus jeune saura s’en occuper, si cela devenait nécessaire, sans mon aide. Je n’ai pas envie de perdre du temps avec des inconnus, pas aujourd’hui alors que j’ai l’impression que chacune de mes pensées pèse une demi-tonne.

Échos d'azur PV
· ❣︎ ·


La première pensée qui frappa le jeune garçon fut un rappel à l'ordre. Il s'était comporté comme un parfait enfant, incapable de s'exprimer clairement, balbutiant des phrases aléatoires et désordonnées, comme s'il était incapable de gérer une situation comme celle-ci à son âge. Il regretta rapidement et amèrement ce manque de maturité et de responsabilité. Son sentiment de honte, et l'impression d'être passé pour un imbécile devant la personne qu'il avait interpellé, achevèrent de le laisser se relayer au second-plan de la discussion, comme s'il cherchait à se faire oublier.
Le plus important restait que Philip semblait avoir reprit de l'assurance quant à leur visite ici. L'incident précédent semblait déjà oublié, pourtant Mattew ne parvenait toujours pas à comprendre ce qu'il s'était passé. Le vieil homme n'accorda pas plus d'importance à l'agitation précédente de son arrière-petit-fils, et balaya la remarque sur sa santé, engageant la discussion avec naturel et détachement :

- Nous souhaiterions retrouver la rue Balfour Blane, le 24 pour être exact. C'est une vieille maison... Du peu que je m'en souvienne. Cela fait souvent que je ne suis pas venu ici, cette ville-là a bien changé depuis le temps.

Il jeta un regard autour de lui aux murs d'enceinte de la nouvelle citadelle que l'ont apercevait au bout de la rue, comme pour prouver ses difficultés à s'y retrouver dans cette nouvelle ville. A la première évocation de cette adresse, le vieil homme paraissait se remémorer des détails, cela se voyait à la petite lueur que Mattew parvenait à lire dans son regard. Comme si chaque mot prononcé lui ravivait des souvenirs, des échos dont lui seul comprenait l'existence. Du reste, Mattew était toujours aussi perdu quant à l'endroit exact où Philip l'emmenait. "Tes racines," lui avait-il seulement dit lorsqu'il avait manifesté son intérêt pour sa famille sorcière. "Elles se trouvent là-bas". N'y avait-il vraiment que ça ? Une pauvre maison, comme il la décrivait lorsqu'il s'adressait à la jeune femme ? Que pouvait-il y avoir d'intéressant, d'original dans une vieille maison, familiale tout au plus ? Le jeune garçon avait l'étrange et désagréable sentiment de ne pas bien saisir tout ce qui se tramait.
D'un autre côté, cela attisait sa curiosité. Pourquoi Philip ne lui avait-il jamais parlé de cet endroit, malgré leur proximité, et pourquoi ne s'y rendait-il jamais ? Depuis combien de temps ? Y avait-il des gens là-bas, de sa famille ? D'autres sorciers, comme lui ? Le jeune garçon avait la tête enflée d'une multitude de questions. Une certitude cependant lui permettait de les contenir sagement. Il obtiendrai toutes les clés pour répondre à ces questions lorsqu'ils arriveraient à destination. Une partie de sa vie s'éclairerait là-bas. Son intuition le lui soufflait. Et cela ne faisait qu'augmenter sa hâte.

Le vieil homme ne fut pas plus bavard que la jeune femme. Non pas qu'il ne soit pas enclin à la discussion, simplement qu'il préférait ne pas perdre de vue leur objectif initial. Concentré sur l'élément essentiel qui avait provoqué leur venue en ce matin d'hiver, il semblait également pressé. Il ne prit pas la peine de se présenter - peu lui importait de donner son vieux nom - il y avait peu de chances que quelqu'un d'un jeune âge soit en capacité de l'assimiler à un moindre détail de son existence, ni de développer plus les raisons de leur venue. Il n'était de toute manière pas dans ses habitudes de s'étendre sur sa vie auprès des inconnus, préférant la discrétion à l'exubérance.
La jeune femme, quant à elle, n'avait pas manifesté un grand intérêt à l'intervention de Mattew. Elle non plus ne semblait pas très encline à la conversation. D'un air un peu désabusé, elle était restée brève dans ses paroles, se contentant d'aller droit au but.
Le jeune garçon restait en retrait, encore embarrassé par son manque de discernement, qui l'avait conduit à agir avec emportement et sans réflexion préalable, se laissant une fois de plus submerger par les émotions, une vilaine habitude qu'il ne parvenait toujours pas à chasser.
Les trois individus se faisaient ainsi face dans cette large rue aux habitations encore modestes, peu animée en cette fraiche matinée. Les deux plus âgés seulement paraissaient encore exister, tant le plus jeune cherchait à se faire discret. Ils se toisaient, silencieusement.

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@Aelle Bristyle

Je cherche les Couleurs.

Échos d'azur PV
Ledit Thomas se mettant lui-même en retrait, mon regard l'abandonne pour le plus âgé, son arrière grand-père au visage creusé par les rides. Celui-ci est plus concis que son arrière petit-fils, j'apprécie le fait qu'il aille droit au but. Je penche légèrement la tête sur le côté en écoutant sa requête. Dans mon esprit se dessine un plan mental des ruelles qui m'entourent ; les murailles qui ceignent la nouvelle-ville, les rues qui s'étirent au-delà vers le nord et le sud. Mais Godric's Hollow, que ce soit la ville nouvelle ou la vieille-ville, ne m'est pas si familière que ça. Je ne pourrais pas même nommer la rue dans laquelle nous sommes.

Plongeant la main dans la poche de ma cape, je hausse nonchalamment les épaules, déjà prête à m'en aller vaquer à mes propres occupations.

« Je ne sais pas où se trouve la rue Balfour Bla...
Moi je sais ! »

Je jette un regard atterré au Mngwi. Zikomo revient du petit monticule de neige sur lequel il s'était installé. Il sautille, laissant derrière lui de minuscules empreintes sur la couverture blanche. En arrivant près de nous, il ralentit, levant exagérément les pattes pour laisser le moins de trace possible. Ses oreilles sont dressées sur sa petite tête. Si je suis affligée, c'est parce que j'ai deviné qu'il allait proposer au duo de les suivre, m'amenant donc dans son périple, mais également car il est trop petit, trop bleu, trop étrange, trop bavard pour ne pas attirer l'attention. La première chose que ces hommes se sont certainement dit en le voyant est : « Mais c'est un renard qui parle ! ». Bientôt, ils tourneront un regard halluciné vers moi.

Je leur mâche la tâche en leur lançant un coup d’œil pour surveiller leur réaction. Puis à Zikomo, la voix traînante et ironique, je dis :

« Ah, t'es sûr ?
Oui, oui, répond-t-il, joyeux, c'est dans cette direction, vers le sud. »

Et le voilà qui se met à trottiner dans la direction indiquée. Il s'arrête au bout de quelques mètres et se tourne vers les trois humains que nous sommes :

« Je vais vous montrer le chemin. »

Je jurerais avoir vu une étincelle moqueuse dans son regard, je le jurerais sur la tête de Gabryel. Non sans grommeler, plongeant les mains au plus profond des poches de ma cape, je lui emboîte le pas. Je suis embêtée parce que la direction qu'il a indiquée va à l'opposé de là où nous devions aller. Par là-bas il n'y aura que des bâtiments, des habitants, du monde, de la vie — alors que notre destination était plus sauvage, plus solitaire : nous devions nous perdre dans les alentours de la ville, dans la campagne anglaise, discuter peut-être, mais certainement pas avec des inconnus. Juste nous, nous deux, et personne d'autre. Mais voilà que nous allons à l'opposé, en si mauvaise compagnie.

Je garde le silence, les yeux levés vers le ciel d'hiver. Pâle, mais d'un bleu étonnant. Le froid me glace le bout du nez mais il ne m'incommode pas encore. Une colonne de fumée s'élève de ma bouche et se disperse dans les airs quand je soupire. Tournant les yeux vers Zikomo, je remarque que la même chose se produit lorsqu'il halète et qu'il ouvre sa petite gueule. Mais chez lui, c'est discret, comme tout le reste. Quand on est aussi petit, on ne peut qu'être fait de choses discrètes — sauf la voix, la voix du Mngwi n'a rien de discret, surtout lorsqu'il est dans une humeur comme celle-ci qui le pousse à se mêler des affaires des humains. Parfois, il est beaucoup plus réservé, se contentant alors d'observer de loin, son regard mordoré à l'affut de toutes les choses que moi je ne sais voir. Il oscille d'un comportement à l'autre, semble-t-il sans logique, mais je sais qu'il se contente d'être qui il est quand il a envie de l'être. Et heureusement, sans cela il ne serait pas aussi important pour moi.

Avec une certaine difficulté, je réalise que je suis soulagée d'être ici avec lui, et pas bloquée seule ou en la mauvaise compagnie de Rockfield dans notre petite chambre de l'Académie — c'était une bonne décision de venir ici... Pourquoi faut-il qu'il gâche notre balade en voulant montrer le chemin à ces deux hommes ? Une bonne explication orale n'aurait-elle pas pu suffire ?

Échos d'azur PV
Toujours aussi peu perturbé par l'étrange créature bleutée, le vieil homme tourna la tête lorsque celle-ci s'introduit dans la discussion. "Je vais vous montrer le chemin" Comme si la phrase venait soudainement de rappeler la singularité du petit être, une étincelle s'alluma dans les yeux de Philip. Une flamme dont lui seul possédait la signification. Une flamme qui lui appartenait.

- C'est bien aimable, je vous remercie.

Philip s'adressait à la créature comme à n'importe quel être humain, de ce ton chaleureux et empreint de respect qui caractérise les anciens. Parfois, Mattew peinait à comprendre ce vieil homme. Avec ses phrases mystérieuses, ses sourires pleins de surprises, ses yeux remplis de secrets, il semblait toujours recueillir une myriade d'anecdotes en lui. Malgré la relation forte qu'ils avaient noués, et le nombre incalculables de paroles échangées, il réalisait à cet instant combien il avait encore à apprendre sur le vieil homme. Jusqu'ici, Philip avait toujours été son tuteur - en quelque sorte - le guidant vers la lumière dans ce monde sorcier parfois barbare. Mais le temps passait, il avait grandit. C'était à lui de découvrir qui était vraiment cet aïeul à qui il devait temps.

- Ce n'est pas un coin très fréquenté. La maison doit dater un peu.

Le vieil homme avait ajouté cette indication d'un air anecdotique, presque avec indifférence, sans plus préciser le fond de sa pensée, ni l'utilité de cette information. Cela ne fit que plonger un peu plus Mattew dans le flou quant à ce qu'il les attendait. Du reste, il ne sentait pas très à l'aise, et continuait de rester en retrait. Pour sa part, voir la créature bleutée parler le mettait dans une certaine incompréhension, et il ne pouvait retenir de petits coups d’œil réguliers par curiosité.

Ils s'étaient finalement mis en marche, laissant derrière eux les traces de leurs chaussures s'enfonçant dans le neige fraiche de l'hiver. Suivant leur petit guide agile et gracieux, ils avançaient d'intersection en intersection, suivant une série de rues trop difficile à se remémorer. Si leurs premiers pas s'étaient effectuées dans des allées plutôt animées aux habitations modestes, ils s'aventuraient désormais dans des ruelles plus étroites, désertiques, bordés de maisonnettes anciennes, cela n'allant pas en s'arrangeant. Il semblait qu'ils se dirigeaient vers les vieux quartiers de Godric's Hollow, où les habitations, rongées par les années, paraissaient sur le point de s'effondrer. Il n'y avait plus un passant à l'horizon.
Le renard d'encre ralentissait. Philip tourna son regard sur l'angle d'un mur. Une pancarte rouillée y indiquait "Rue Balfour Blane".

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@Aelle Bristyle

Je cherche les Couleurs.

Échos d'azur PV
Comme je jette un regard par-dessus mon épaule, je surprends les yeux du jeune tournés en direction de Zikomo. Rien d'étonnant de ce côté-là ; le plus surprenant serait le fait qu'il ne m'ait pas posé de question sur la créature bleue, ni lui ni son grand-père. Mais au lieu de m'en plaindre, je m'en réjouis : au moins sont-ils suffisamment polis pour garder leur curiosité pour eux.

Zikomo s'éloigne dans la ruelle à allure raisonnable afin de ne pas nous forcer à allonger le pas. Il sautille dans la neige, choisissant les endroits où l'épaisseur ne le fera pas s'enfoncer de tout son poids. Parce qu'il a choisi d'aider ces gens juste pour m'embêter, je me surprends à vouloir le voir faire un mauvais choix et s'enfoncer dans un monticule de neige. C'est déjà arrivé et c'est à chaque fois une scène qui me fait rire : voir un Mngwi disparaître sous une couche de neige, puis attendre qu'il réapparaisse, le poil couvert de la fine poudre blanche, c'est suffisamment ridicule pour m'arracher un sourire ou deux, même en cette période d'après-fête morose. Mais non, Zikomo est trop agile, il sautille, il évite les monticules et bon gré mal gré, il nous mène à notre destination.

Pendant ce temps-là, les deux autres gardent le silence. Seule la rumeur lointaine de la ville nous suit, ainsi que les cris joyeux des enfants, sans doute ceux que j'ai croisés tout à l'heure sur le balai miniature. Je pousse un léger soupir en surveillant le nom des rues et glisse mon carnet acheté plus tôt dans la poche intérieure de ma cape. C'est à ce moment-là que le plus vieux prend la parole ; automatiquement, nos regards, celui de Zikomo et le mien, se tournent vers lui. Et puis nous arrivons enfin à destination.

« Dans cette partie de la ville, la plupart des maisons datent un peu, commenté-je d'une voix traînante, les yeux tournés vers le paysage lointain que l'on aperçoit entre deux façades de maison — mon objectif, si lointain. Quoi que certaines sont vraiment dans un sale état, car abandonnées. »

Zikomo, qui s'est arrêté près d'un bâtiment, juste sous le panneau indiquant le nom de la rue, lève son museau vers nous. Ses moustaches s'agitent doucement. Avant même qu'il parle, je lève les yeux au ciel. Je sais qu'il va faire la conversation, parce qu'il a cet air-, l'air qu'il a toujours quand il a envie de perdre son temps.

« Êtes-vous à la recherche d'un vieux souvenir ? » questionne-t-il en penchant la tête sur le côté, ses oreilles dressées sur son petit crâne.

Parce que je sens l'ennui s'installer, mes yeux passent de Zikomo au vieillard, puis du vieillard au garçon silencieux. Est-ce qu'une sortie familiale destinée à apprendre à la génération future les histoires du passé ? Merlin, songé-je en jetant un coup d’œil au vieil homme, j'espère qu'il ne va pas partir dans un long récit sur une histoire qui ne m'intéresse pas. Jouer le jeu de Zikomo en aidant ces gens, pourquoi pas, après tout je n'ai envie d'être nulle part ailleurs, mais perdre mon temps en écoutant de vieux souvenirs ? Merlin, hors de question.

Échos d'azur PV
Aux mots de la créature, le visage du vieil homme se fendit d'un sourire, chaleureux mais énigmatique, une de ces mimiques dont lui seul avait le secret, et qui captivaient Mattew.
Il s'abaissa légèrement pour regarder l'être bleuté avec plus de proximité.

- Tu es bien curieux dis-donc.

Philip se redressa et balança sa tête en arrière. Son regard avait repris un teint grisâtre, voilé. Quelques secondes s'écoulèrent, laissant le temps en suspens l'espace d'un instant.
Le vieil homme fit quelques pas dans la neige, s'avançant jusqu'au petit muret qui bordait l'habitation ancienne et passablement délabrée devant laquelle ils se trouvaient. Une petite plaque en métal oxydé y indiquait le numéro vingt-quatre. Philip leva la tête, et se tourna vers l'habitation, rajustant ses lunettes de sa main gauche. C'était une maison traditionnelle anglais typique du XIXème siècle. De grandes poutres en bois soutenaient les murs de pierre, s'élevant sur deux étages avant de s'arquer en une toiture pentue et éventrée, percée par le temps. L'herbe avait poussé, la végétation grimpé le long des murs, la neige avait recouvert le tout de son grand manteau blanc. Il y avait quelque chose de féérique dans ce décor. C'était comme si Mattew l'avait déjà vu, quelque part, il y a bien longtemps. Mais pour Philip, cela semblait plus fort encore, comme ancré en lui.

Alors il regarda la petite créature. Il n'avait pas ignoré sa question Mattew en était certain depuis le premier instant où celle-ci avait été formulée. Philip répondait toujours aux questions, même les plus intrusives. Parfois si ce n'est souvent à sa manière énigmatique, mais il y répondait.
Le regard qu'il adressa au petit être était empreint de cette nostalgie magique qui caractérise les anciens.

- C'est bien plus qu'un simple souvenir... Il faut aimer les histoires... Mais vous savez, je ne suis qu'un vieillard, pas un conteur. Je ne sais pas si nous avons le temps pour cela.

Il acheva le tout, un sourire ironique sur le visage, puis leva son chapeau en guise de salutation, avant de le reposer sur sa chevelure grise, le ton de sa voix redescendant vers les graves. Il avait tourné ses yeux vers la jeune femme en prononçant cette dernière phrase, sentant visiblement un certain ennui dans son regard. Pourtant c'était sans nul doute pour cette histoire-là que le garçon et son aïeul se rendaient ici. Un passage de mémoire, une réconciliation avec le passé qui devenait nécessaire, et qui se ferait, avec ou sans accompagnateurs.

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@Aelle Bristyle

Je cherche les Couleurs.

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Calme comme une pierre, Zikomo affronte le vieillard qui s'est accroupi devant lui. Seules ses moustaches et ses oreilles s'agitent, les unes en frémissant et les autres en se tournant vers la voix — il est plus attentif que jamais et je devine sans qu'il ne l'exprime son envie que je fasse de même, même si jamais il ne me forcera à quoi que ce soit.

Je pousse un nouveau soupir et mon regard suit la direction empruntée par celui du plus vieux. Une maison se dresse-là ; notre destination. Une vieille baraque comme il s'en fait tant dans ce quartier de Godric's Hollow, ravagée par l'âge et les éléments. Qu'est-ce qu'une maison décrépie comme celle-ci peut bien avoir d'intéressant ? J'observe le garçon qui ne parle pas et regarde peu, sauf si cela concerne cette maison ou son grand-père.

Je surprends d'ailleurs le regard de ce dernier sur moi et comprends que l'une de ses phrases m'est destinée. Un sourcil narquois se dresse sur mon front ; bien deviné, songé-je. Puis je regarde Zikomo dans l'attente évidente qu'il aille également dans mon sens et que nous poursuivions notre chemin tous les deux, sans être accompagnés. Mais Zikomo me rend mon regard et cela me force à lever les yeux au ciel car je sais déjà ce qu'il va dire.

« J'aime les histoires, répond-il en se tournant à son tour vers la vieille maison qui reste insensible aux nombreux regards qui se posent sur elle. Et nous avons tout le temps qu'il nous faut, tant que nous acceptons de le prendre. »

Ses billes mordorées me lancent une œillade complice ; je réponds par une grimace qui a la même signification que si je lui avais montré mon majeur. La déception de le voir préférer une histoire banale à notre balade — qu'il m'a forcée à faire, soit dit en passant — vient s'ajouter au nœud d'émotions négatives qui couvrent déjà mon ciel intérieur. Je sais que je vais partir sans lui, parce que je ne peux pas le forcer à me suivre s'il ne le désire pas. Et que je n'ai pas envie de rester ici. Je vais m'éloigner en me sentant seule de laisser mon ami derrière moi, mais au moins retrouverais-je le calme des landes écossaises sans devoir me coltiner la présence de deux inconnus.

« Aelle aussi aime les histoires, » dit soudain Zikomo en élevant la voix.

Je me rembrunis, parce qu'en m'invitant dans la conversation, il me force à intervenir. Pire encore : il me retient, il m'entrave.

« Ça dépend lesquelles, marmonné-je en coulant un regard ennuyé en direction des deux autres, et quelle qualité de magie elles contiennent. »

Je suis persuadée que son histoire à lui, au vieil homme, ne sera jamais de la qualité de celles que me conte Zikomo quand lui prend l'envie de me parler de son siècle de vie passée.

Échos d'azur PV
Les yeux de Philip s'illuminèrent de nouveau aux paroles du petit être. L'échange entre le vieil homme et la créature semblait relever d'une sorte de connexion étrange. Comme si les deux étaient de lointaines connaissances, et qu'ils adoptaient ce langage que seuls les anciens pratiquent, alors qu'il était pourtant certain que leurs routes ne s'étaient jamais croisées. Mattew suivait tout cela avec le plus grand intérêt, essayant de saisir le plus possible de ce qui se disait entre eux.

- Voilà de belles et sages paroles. On a toujours le temps, lorsqu'on accepte de le prendre.

Le vieil homme se retourna vers la maison. Il fit trois pas vers le petit portique rouillé et souffla un coup sur ses mains gantées néanmoins gelées par le froid. Puis, il effleura doucement la plaque métallique qui ornait le mur, et dont le numéro indiquait l'adresse de l'habitation. Avec lenteur, il parcouru la petite inscription, pourtant anodine, comme si cela relevait d'un rituel méthodique à suivre. Cela étant fait, il sortit un jeu de clé de sa poche, en tira une, longue mais frêle, argentée et apparemment aussi vieille que la serrure dans laquelle il l'inséra, ouvrant l'accès à la petite cour. Mattew était étonné de le voir recourir à des méthodes manuelles du monde Moldu, connaissant depuis toujours l'attachement du vieil homme à la pratique de la magie, rigoureuse et appliquée, malgré son grand âge. C'était comme si aujourd'hui, tout devait être différent.

La petite porte qui s'ouvrait donnait sur un petit jardin intérieur, autrefois bien entretenu, désormais envahi par une dense végétation que la neige saisonnière avait finalement recouvert de son grand manteau blanc. La haie, mal taillée, avait débordé ça et là sur le muret ; les arbres, étendus leurs branches un peu partout à l'improviste, semblant prendre à chaque centimètre une courbure différente. Quelqu'un avait habité là, il y a très longtemps. La nature avait repris ses droits. Seul le petit sentier dallé menant à l'entrée semblait épargné par cette grande émancipation végétale. Philip se retourna pour indiquer à ses visiteurs le passage vers l'entrée. Il laissa passer les deux jeunes gens devant en attendant le petit être bleu, tout en contemplant le décor. Mattew ne pouvait le voir car Philip était de dos, mais il devinait derrière sa figure courbée des yeux brillants. Scintillant de souvenirs.

- Mais puisque nous en sommes aux histoires... Je vois en toi quelque chose de singulier, une énergie particulière...

Son regard se releva vers la créature, plein de fascination. Il ne la regardait pas de ces yeux qu'ont les gens trop curieux, qui se passionnent pour toutes les bizarreries du monde avec une sorte d'obsession malsaine. C'était au contraire le témoignage d'une honnête admiration, d'une recherche de compréhension. Le regard d'un vieil homme, qui malgré son âge et ses expériences, était toujours désireux de comprendre et d'apprendre à mieux connaître l'autre.

- Qu'es-tu vraiment cher ami ?

@Aelle Bristyle

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