Le verre de trop

...........................NIALL - FÁELÁN

AVRIL 2039
Première année à Magifac
Première année à Magifac
Les vacances de Pâques arrivaient enfin, et pour fêter cela, Fáelán avait subitement proposé à Niall d'aller boire une bière au Pitiponk. Son âme d'Irlandais n'avait pas mis longtemps avant d'accepter et les deux garçons s'étaient vite dirigés vers le bar. Le jazz, l'odeur, le bruit des verres qui tapent contre le bois des tables, tout donnait l'impression d'être dans un décor de cinéma. L'Irlandais appréciait l'ambiance, mais surtout la vue de son ami qui se déplaçait dans la pièce comme s'il y avait habité toute sa vie. Il salua un sorcier à l'entrée du bar d'une main droite, tandis que la gauche s'appuyait sur son épaule. Il replaça un tabouret sous la table, comme s'il était payé pour le faire, et envoya un signe de la main rapide à la sorcière du fond de la salle, un grand sourire aux lèvres. Le Gallois était un habitué et son corps entier donnait l'impression qu'il régnait, qu'il avait les pleins pouvoirs. Après avoir commandé deux pintes de Guinness, les deux s'installèrent à une petite table dans un coin, près de la fenêtre.
— Qu'est-ce que tu vas faire pendant tes vacances ?, demanda Fáelán après avoir bu une première et longue gorgée.
— Je pensais réviser les cours d'anthro..
Avant même de pouvoir finir sa phrase et réfléchir à toutes ses tâches scolaires, Niall fut coupé dans son élan par le Gallois qui se laissa tomber sur le dos de sa chaise et soupira sans aucune discrétion.
— Quoi ?, demanda-t-il amusé par son ami.
— C'est ennuyant, Niall ! Papa et maman te donnent pas l'autorisation de sortir un peu ? En voyant le haussement d'épaules du concerné, il poursuivit en se penchant vers lui. J'ai mieux à te proposer ! L'Europe. Cinq jours. On part voir tes bibliothèques préférées le jour et on fait la fête la nuit. J'ai entendu dire qu'ils avaient de super boîtes à Berlin.
Dans cette réponse, l'Irlandais, amoureux de l'idée - ou de son auteur sans doute - nota plusieurs choses. Un, le Gallois utilisait son prénom lorsqu'ils étaient proches, qu'il pouvait se montrer comme il était et qu'il était connecté à sa réalité ; deux, il avait retenu qu'il rêvait de visiter des bibliothèques en Europe ; et trois, il n'y avait aucune femme dans ce projet. Cinq jours donc à profiter du sorcier jour et nuit, et à n'avoir accès qu'à son côté si difficilement atteignable. Cinq jours rien que pour lui. Alors il sourit, évidemment attiré par l'idée.
— Je prends ce sourire pour un oui ! T'en reveux une deuxième ?, demanda-t-il alors qu'il venait de finir d'une traite sa première bière en un temps record.
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Le verre de trop
Le sorcier s'était levé vers le comptoir pour récupérer sa deuxième bière et était finalement revenu avec un pichet. Aux sourcils relevés d'étonnement de l'étudiant en littérature, il avait répondu avec la plus grande des logiques :
— De toute façon on partage, non ? Ce sera toujours moins cher.
Une logique imparable à laquelle Niall n'avait rien retrouvé à redire. Ce dernier, toujours dans l'euphorie de son futur voyage en France ou en Allemagne, commençait à réfléchir à toute l'organisation.
— Faudra qu'on passe à Gringotts faire quelques échanges ? Histoire de pas être trop -
La phrase, l'euphorie, et tout son corps s'arrêtèrent là, suspendus par l'arrivée d'une personne dans ce même bar où les deux se trouvaient. Cette personne, il la connaissait pour l'avoir vue sortir de la chambre de Fáelán mercredi dernier. Il aurait aimé dire qu'il ne connaissait pas son prénom, mais malheureusement sa mémoire était tellement bonne qu'il s'en souvenait. Il aurait aimé penser qu'elle se trouvait là par hasard ou qu'elle venait retrouver une amie à elle, mais malheureusement, ses yeux cherchait celui qui se trouvait en face de lui. Elle ne l'avait pas encore remarqué et l'Irlandais s'enfonça presque inconsciemment sur sa chaise. Intrigué par son comportement, le Gallois fronça les sourcils puis se retourna par logique, suivant le regard de celui qui voyait rouge. L'homme au pichet reconnut également sans mal sa conquête, se leva et la héla accompagné d'un grand sourire.
Niall n'en revenait pas. Il trouvait cette femme plus qu'agaçante, à toujours être là dans ses pattes. On aurait dit qu'elle le suivait. Comment se faisait-il que même un vendredi, alors qu'ils ne partageaient ni la filière ni les horaires, elle puisse le retrouver aussi facilement ?
— Je lui ai dit de nous retrouver ici après ses cours, ça t'embête pas ?, demanda-t-il avant d'embrasser celle qui les avait rejoints, sans même écouter la réponse de l'interrogé.
Pour une fois, l'Irlandais ne répondit pas. Il ne savait plus tellement à qui en vouloir, si sa colère appartenait à cette femme complètement amoureuse, à Fáelán ou à lui-même. Il s'en voulait d'espérer que ces rendez-vous soient signe d'un rapprochement, car il n'y en avait aucun. De toute façon, il n'en voulait aucun. Aimer celui dont l'attention était divisée entre mille personnes était complètement idiot et impensable. Après tout, il refusait tout de cet homme.
La femme s'était alors assise après avoir récupérée une chaise à une table qui n'avait jamais demandé à être séparée. Son regard le dégoûtait. Elle qui était autorisée à aimer cet homme. Cet homme qui enchainait les verres et qui vivait sa vie sans se soucier de ce que ceux qui l'entouraient.
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— De toute façon on partage, non ? Ce sera toujours moins cher.
Une logique imparable à laquelle Niall n'avait rien retrouvé à redire. Ce dernier, toujours dans l'euphorie de son futur voyage en France ou en Allemagne, commençait à réfléchir à toute l'organisation.
— Faudra qu'on passe à Gringotts faire quelques échanges ? Histoire de pas être trop -
La phrase, l'euphorie, et tout son corps s'arrêtèrent là, suspendus par l'arrivée d'une personne dans ce même bar où les deux se trouvaient. Cette personne, il la connaissait pour l'avoir vue sortir de la chambre de Fáelán mercredi dernier. Il aurait aimé dire qu'il ne connaissait pas son prénom, mais malheureusement sa mémoire était tellement bonne qu'il s'en souvenait. Il aurait aimé penser qu'elle se trouvait là par hasard ou qu'elle venait retrouver une amie à elle, mais malheureusement, ses yeux cherchait celui qui se trouvait en face de lui. Elle ne l'avait pas encore remarqué et l'Irlandais s'enfonça presque inconsciemment sur sa chaise. Intrigué par son comportement, le Gallois fronça les sourcils puis se retourna par logique, suivant le regard de celui qui voyait rouge. L'homme au pichet reconnut également sans mal sa conquête, se leva et la héla accompagné d'un grand sourire.
Niall n'en revenait pas. Il trouvait cette femme plus qu'agaçante, à toujours être là dans ses pattes. On aurait dit qu'elle le suivait. Comment se faisait-il que même un vendredi, alors qu'ils ne partageaient ni la filière ni les horaires, elle puisse le retrouver aussi facilement ?
— Je lui ai dit de nous retrouver ici après ses cours, ça t'embête pas ?, demanda-t-il avant d'embrasser celle qui les avait rejoints, sans même écouter la réponse de l'interrogé.
Pour une fois, l'Irlandais ne répondit pas. Il ne savait plus tellement à qui en vouloir, si sa colère appartenait à cette femme complètement amoureuse, à Fáelán ou à lui-même. Il s'en voulait d'espérer que ces rendez-vous soient signe d'un rapprochement, car il n'y en avait aucun. De toute façon, il n'en voulait aucun. Aimer celui dont l'attention était divisée entre mille personnes était complètement idiot et impensable. Après tout, il refusait tout de cet homme.
La femme s'était alors assise après avoir récupérée une chaise à une table qui n'avait jamais demandé à être séparée. Son regard le dégoûtait. Elle qui était autorisée à aimer cet homme. Cet homme qui enchainait les verres et qui vivait sa vie sans se soucier de ce que ceux qui l'entouraient.
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Le verre de trop
TW : MENTION D’ALCOOL
D’un automatisme révoltant, Niall s’était enfoncé dans un mutisme qu’il justifiait par une soudaine fatigue. Face aux remontrances du Gallois, la jeune femme tentait de lui venir en aide, ce qui accentuait l’agacement de l’Irlandais. Accepter que celle qu’il détestait autant qu’il se détestait lui-même puisse lui apporter une quelconque sympathie le crispait. Tout le tendait et pourtant, même si tout lui criait de fuir, il restait. Car c’étaient toujours quelques minutes en plus, de l’analyse, de l’apprentissage, du contact, des souvenirs. Ses sentiments, il les laissait au fond de sa bière et les noyait à coup de double service, servi par le bourreau lui-même.
— Je crois que ça ira pour moi, lâcha-t-il en plaquant la paume de sa main sur le rebord de son verre. D’ailleurs, tu devrais peut-être en faire autant, non ?
Il avait eu beau rire à cette proposition qui ne démontrait que de l’inquiétude, Fáelán ne l’avait pas rejoint sur ce point. Il n’avait trouvé la remarque ni drôle, ni adéquate. Au contraire, ses sourcils froncés signalaient même que cela l’avait plutôt agacé.
— De quoi je me mêle, O’Barden ?, s’était-il exclamé en repoussant celle assise sur sa jambe. Je crois être assez grand pour décider de quand je dois m’arrêter.
— Mais.. Je sais, c’était juste une..
— Tu crois que j’ai besoin de toi ?
— Fáelán, c’est rien, il plaisantait, tenta la jeune femme qui pensait être davantage entendue de par son statut privilégié.
Mais l’accusé n’en avait que faire. Sa question avait d’ailleurs bien chamboulé l’Irlandais, car derrière cette remarque, il y avait tout ce qu’il refusait d’entendre depuis des mois. Pourtant, il s’accrochait au regard du Gallois, à y voir quelque chose que ses mots ne disaient pas, au sous-texte auquel il s’était habitué. Derrière ce besoin, aucun des deux n’était capable de dire ce qu’il y avait, ni qui il y avait. Alors Niall n’avait plus rien répondu mais s’était relevé pour faire face à celui qui le fusillait du regard. Il se contentait de recevoir les coups verbaux, avant que les coups physiques n’arrivent.
Les deux hommes étaient maintenant face à face et l’un tenait son verre à la main. Il l’avait terminé d’une traite, comme un signe puéril de provocation auquel l’Irlandais se refusait de répondre. Tout ce qui l’importait, c’était l’état de son ami. Malheureusement, son instinct protecteur lui ordonnait de placer ses bras sur les épaules de l’homme ivre et de l’emmener ailleurs. Loin d’ici, là où il savait qu’il pourrait se calmer, car il avait l’impression de le comprendre. Mais il luttait et préférait encaisser.
— T’as cru que j’avais besoin de toi, O’Barden ?, avait-il répété avant qu’on ne vienne poser une main sur son épaule pour lui ordonner de se calmer, sous peine d’être expulsé du bar.
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Le verre de trop
Jamais il n’aurait pensé que Fáelán puisse avoir besoin de lui. À aucun moment de leur amitié Niall ne se serait laissé à l’hypothèse que le Gallois l’appelle un jour à l’aide. Il avait toutefois noté quelques traitements de faveurs en son égard, quelques confessions par ci par là, mais rien de suffisamment tangible pour appuyer un fait qui n’en était clairement pas un. Alors non, s’il avait dû répondre à la question qui venait de lui être posée, il aurait affirmé que non, il n’y avait jamais cru. Il n’y croirait d’ailleurs sûrement jamais. Au lieu de cela, il s’était contenté de prendre une grande inspiration et d’encaisser, comme à son habitude, au nom des sentiments.
Fáelán ne supportait pas le silence. Il en avait horreur. Et voir Niall jouer de ce silence pour espérer qu’il se calme le rendait dingue. L’alcool n’aidant pas, il avait surenchéri. Malgré la main sur son épaule qu’il avait rejetée en lui ordonnant d’aller voir ailleurs, il avait poursuivi son monologue qu’il s’évertuait à faire devenir dialogue.
— Tu crois que parce que Papa et Maman t’ont élevé dans la haute société, que tu, insista-t-il en plantant son index sur le torse de l’Irlandais, peux te permettre de juger les autres ? Mais c’est pas ça la vie ! C’est pas lire trois bouquins par jour et rendre des essais entiers sur les auteurs sorciers dont tout le monde se fout !
Niall fixait le brun, les lèvres pincées, se demandant combien de temps son petit discours allait prendre avant qu’il ne cesse. Car tout cela n’avait aucun sens et il le savait, il mélangeait tout, mais c’était Fáelán. C’était ce qu’il était, avec ses défauts et ses qualités. Alors dans ce sac rempli de défauts, Niall cherchait encore les quelques restes de qualités auxquelles s’accrocher, car l’idée de l’abandonner là dans ce bar lui était inconcevable. Même dans ce moment, il se disait qu’il partageait quelque chose avec lui, qu’il était le seul à le comprendre, à comprendre sa réaction, son ton, sa colère et tout ce qui allait autour.
— Parce qu’on en a rien à faire de tes auteurs allem…
Presque oubliée dans le tableau, c’était la conquête numéro cent cinquante qui s’était immiscée dans la bataille, s’osant elle aussi, à une main sur l’épaule du Gallois. Erreur. D’un geste encore plus féroce, il l’avait elle aussi rejetée, lui ordonnant de dégager. Chose qu’elle n’avait pas respectée. À la place, elle s’était assise, espérant que l’attente finisse pas aider.
Puis, le brun s’était retourné vers Niall et, toujours furieux de ne recevoir aucun mot de sa part, avait tenté le tout pour le tout, alimenté par l’alcool. Il était difficile de savoir si à ce stade, les mots choisis avaient été réfléchis, s’ils avaient le poids qu’ils avaient dans l’esprit de l’un et de l’autre, mais cela, à nouveau, il s’en fichait. Tout ce qu’il souhaitait, c’était une réaction. Et parce qu’il ne savait pas communiquer autrement, que la douceur ne servait à rien, il avait tiré la seule carte qui n’était pas à jouer. La seule carte qui pouvait le blesser.
— C’est pas de ma faute si t’es complètement amoureux de m…
Niall avait réagi en un éclair. D’une main violemment plaquée contre la bouche du Gallois, des yeux noirs que lui-même n’aurait jamais imaginé voir un jour, Fáelán fit un pas en arrière et dut se rattraper au coin de la table, évidemment surpris. L’Irlandais l’avait fixé durant trois longues secondes. Suffisamment longues pour lui faire comprendre qu’il avait dépassé les bornes, qu’il était allé trop loin. Vexé qu’il s’en serve, vexé qu’il ait compris, vexé qu’il en joue, il avait tiré d’un coup sec sur son manteau posé sur sa chaise et s’était dirigé en trombe vers la porte de sortie. Hors de question de rester ici plus longtemps. Il le laisserait payer pour une fois. Les yeux embués et le coeur serré, il maudissait Fáelán autant qu’il l’aimait.
Fáelán ne supportait pas le silence. Il en avait horreur. Et voir Niall jouer de ce silence pour espérer qu’il se calme le rendait dingue. L’alcool n’aidant pas, il avait surenchéri. Malgré la main sur son épaule qu’il avait rejetée en lui ordonnant d’aller voir ailleurs, il avait poursuivi son monologue qu’il s’évertuait à faire devenir dialogue.
— Tu crois que parce que Papa et Maman t’ont élevé dans la haute société, que tu, insista-t-il en plantant son index sur le torse de l’Irlandais, peux te permettre de juger les autres ? Mais c’est pas ça la vie ! C’est pas lire trois bouquins par jour et rendre des essais entiers sur les auteurs sorciers dont tout le monde se fout !
Niall fixait le brun, les lèvres pincées, se demandant combien de temps son petit discours allait prendre avant qu’il ne cesse. Car tout cela n’avait aucun sens et il le savait, il mélangeait tout, mais c’était Fáelán. C’était ce qu’il était, avec ses défauts et ses qualités. Alors dans ce sac rempli de défauts, Niall cherchait encore les quelques restes de qualités auxquelles s’accrocher, car l’idée de l’abandonner là dans ce bar lui était inconcevable. Même dans ce moment, il se disait qu’il partageait quelque chose avec lui, qu’il était le seul à le comprendre, à comprendre sa réaction, son ton, sa colère et tout ce qui allait autour.
— Parce qu’on en a rien à faire de tes auteurs allem…
Presque oubliée dans le tableau, c’était la conquête numéro cent cinquante qui s’était immiscée dans la bataille, s’osant elle aussi, à une main sur l’épaule du Gallois. Erreur. D’un geste encore plus féroce, il l’avait elle aussi rejetée, lui ordonnant de dégager. Chose qu’elle n’avait pas respectée. À la place, elle s’était assise, espérant que l’attente finisse pas aider.
Puis, le brun s’était retourné vers Niall et, toujours furieux de ne recevoir aucun mot de sa part, avait tenté le tout pour le tout, alimenté par l’alcool. Il était difficile de savoir si à ce stade, les mots choisis avaient été réfléchis, s’ils avaient le poids qu’ils avaient dans l’esprit de l’un et de l’autre, mais cela, à nouveau, il s’en fichait. Tout ce qu’il souhaitait, c’était une réaction. Et parce qu’il ne savait pas communiquer autrement, que la douceur ne servait à rien, il avait tiré la seule carte qui n’était pas à jouer. La seule carte qui pouvait le blesser.
— C’est pas de ma faute si t’es complètement amoureux de m…
Niall avait réagi en un éclair. D’une main violemment plaquée contre la bouche du Gallois, des yeux noirs que lui-même n’aurait jamais imaginé voir un jour, Fáelán fit un pas en arrière et dut se rattraper au coin de la table, évidemment surpris. L’Irlandais l’avait fixé durant trois longues secondes. Suffisamment longues pour lui faire comprendre qu’il avait dépassé les bornes, qu’il était allé trop loin. Vexé qu’il s’en serve, vexé qu’il ait compris, vexé qu’il en joue, il avait tiré d’un coup sec sur son manteau posé sur sa chaise et s’était dirigé en trombe vers la porte de sortie. Hors de question de rester ici plus longtemps. Il le laisserait payer pour une fois. Les yeux embués et le coeur serré, il maudissait Fáelán autant qu’il l’aimait.
Le verre de trop
Au fond du bar, le Gallois avait observé Niall partir, la colère le quittant peu à peu au fur et à mesure qu'il réalisait qu'il était — peut-être — allé trop loin, encore une fois. Il ne savait pas vraiment ce qu'il cherchait en commençant cette phrase, et la sensation qu'il ressentait de voir Niall partir lui faisait le même effet que lorsque les effets de l'alcool doivent cesser d'un coup. Un réveil brutal, une prise de conscience douloureuse et une envie de vomir que Fáelán tenta de maitriser. Les yeux fixés sur le dos noir de l'Irlandais, il avait envie de lui assaillir une énième remarque par agacement, lui dire que oui, il n'avait qu'à s'en aller, partir loin et arrêter de le voir, mais rien n'était sorti. Surtout lorsque la femme qui avait assisté à toute la scène, démunie, s'était à nouveau relevée pour tenter une accolade qui se vit à nouveau être refusée. Moins violemment, cette fois, mais sans précaution toutefois.
Lorsque Niall passa la porte du bar, sans se retourner, sa tête lui hurlait les mots que le Gallois lui avait crachés. En boucle. Tout se répétait. Chaque mot alourdissait l'homme d'une humiliation totale et d'un dégoût profond. Un dégoût de l'homme et un dégoût de lui-même.
Assis sur son lit dans sa chambre d'étudiant, les genoux ramenés contre son torse, Niall regardait les aiguilles défilées. L'espoir contre lequel il luttait se faisait pourtant sa place dans son esprit à mesure que les secondes avançaient. Encore cinq minutes.
Sa baguette tournoyait entre son index et son pouce et il patientait. Cinq longues minutes qu'il avait tenté d'accélérer en ouvrant un livre, mais l'impatience rendait toute lecture impossible. Envoyé au bord du lit, le livre s'était fermé, Niall avait relevé la tête et avait constaté qu'il avait gagné une minute. Et c'est au bout de cette minute achevée que le cœur de l'Irlandais se mit à battre. On venait de toquer à sa porte, son sourire s'était agrandi aussi rapidement qu'il avait bondi pour ouvrir à l'invité.
En reconnaissant la personne derrière, le sourire qui était né plus tôt s'était essoufflé. Ce n'était pas un invité mais la concierge de Magifac qui venait savoir s'il comptait rester durant la période des vacances, pour noter si sa chambre devait être nettoyée ou non.
— Navré pour le retard de ma réponse, Miss, réussit-il à répondre péniblement. Est-ce possible de vous redire dans une heure ? C'est que je ne suis pas encore tout à fait décidé.
La concierge avait soupiré mais abdiqué, lui rappelant qu'elle passerait à nouveau d'ici une heure et la porte s'était refermée pour retourner dans l'espoir des deux dernières minutes. D'ici une heure, il saurait forcément s'il partait. D'ici une heure, il saurait s'il allait enfin connaître l'Europe. Niall avait alors repris sa place initiale, faisait à nouveau tournoyer sa baguette pour ne pas bousculer les éléments, pour ne pas altérer d'une quelconque manière le futur de ces deux dernières minutes, et s'était concentré sur les grandes aiguilles qui le narguaient en ralentissant le temps.
Elles étaient alors passées et le silence du campus aurait pu résonner tout entier dans les oreilles de l'Irlandais. L'écho était tout aussi douloureux que la conclusion à laquelle il se devait d'arriver : Fáelán n'allait pas venir. Ils n'allaient pas partir en Europe. Il n'y aurait aucune visite de bibliothèque. Aucun voyage. Aucune journée entière passée à ses côtés. Même les secondes supplémentaires qui auraient pu excuser un retard n'allaient pas dans son sens. Tout dernier espoir mourrait avec chaque avancée de l'aiguille. Il pouvait désormais cesser d'y croire. La mâchoire crispée, la main serrée contre sa baguette, il jeta un sort contre sa valise prête au bord du lit et l'envoya violemment contre sa porte. A cet instant, il s'en voulait d'être parti du bar, d'avoir réagi ainsi, d'avoir osé donner ce conseil. S'il n'avait juste rien dit, peut-être qu'il aurait déjà transplané en Allemagne, auprès du Gallois.
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Lorsque Niall passa la porte du bar, sans se retourner, sa tête lui hurlait les mots que le Gallois lui avait crachés. En boucle. Tout se répétait. Chaque mot alourdissait l'homme d'une humiliation totale et d'un dégoût profond. Un dégoût de l'homme et un dégoût de lui-même.
Deux jours plus tard.
Assis sur son lit dans sa chambre d'étudiant, les genoux ramenés contre son torse, Niall regardait les aiguilles défilées. L'espoir contre lequel il luttait se faisait pourtant sa place dans son esprit à mesure que les secondes avançaient. Encore cinq minutes.
Sa baguette tournoyait entre son index et son pouce et il patientait. Cinq longues minutes qu'il avait tenté d'accélérer en ouvrant un livre, mais l'impatience rendait toute lecture impossible. Envoyé au bord du lit, le livre s'était fermé, Niall avait relevé la tête et avait constaté qu'il avait gagné une minute. Et c'est au bout de cette minute achevée que le cœur de l'Irlandais se mit à battre. On venait de toquer à sa porte, son sourire s'était agrandi aussi rapidement qu'il avait bondi pour ouvrir à l'invité.
En reconnaissant la personne derrière, le sourire qui était né plus tôt s'était essoufflé. Ce n'était pas un invité mais la concierge de Magifac qui venait savoir s'il comptait rester durant la période des vacances, pour noter si sa chambre devait être nettoyée ou non.
— Navré pour le retard de ma réponse, Miss, réussit-il à répondre péniblement. Est-ce possible de vous redire dans une heure ? C'est que je ne suis pas encore tout à fait décidé.
La concierge avait soupiré mais abdiqué, lui rappelant qu'elle passerait à nouveau d'ici une heure et la porte s'était refermée pour retourner dans l'espoir des deux dernières minutes. D'ici une heure, il saurait forcément s'il partait. D'ici une heure, il saurait s'il allait enfin connaître l'Europe. Niall avait alors repris sa place initiale, faisait à nouveau tournoyer sa baguette pour ne pas bousculer les éléments, pour ne pas altérer d'une quelconque manière le futur de ces deux dernières minutes, et s'était concentré sur les grandes aiguilles qui le narguaient en ralentissant le temps.
Elles étaient alors passées et le silence du campus aurait pu résonner tout entier dans les oreilles de l'Irlandais. L'écho était tout aussi douloureux que la conclusion à laquelle il se devait d'arriver : Fáelán n'allait pas venir. Ils n'allaient pas partir en Europe. Il n'y aurait aucune visite de bibliothèque. Aucun voyage. Aucune journée entière passée à ses côtés. Même les secondes supplémentaires qui auraient pu excuser un retard n'allaient pas dans son sens. Tout dernier espoir mourrait avec chaque avancée de l'aiguille. Il pouvait désormais cesser d'y croire. La mâchoire crispée, la main serrée contre sa baguette, il jeta un sort contre sa valise prête au bord du lit et l'envoya violemment contre sa porte. A cet instant, il s'en voulait d'être parti du bar, d'avoir réagi ainsi, d'avoir osé donner ce conseil. S'il n'avait juste rien dit, peut-être qu'il aurait déjà transplané en Allemagne, auprès du Gallois.
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