Tressaillement Libre

À vrai dire, je m'attendais à la suite. Mais s'attendre est différent que de vivre une situation prévue. Lorsqu'elle m'emprisonne les poignets je ne peux et ne veux rien faire pour me libérer. Évidemment, dans mon corps rugit tout à coup un besoin viscéral de m'éloigner et de reprendre le dessus, alors je penche la tête en arrière dans l'idée de la fracasser sur le nez de la fille avec, pour premier plan à ce massacre, mon sourire sauvage. Elle est trop rapide, et trop forte aussi, je le sens dans ses doigts qui m'écrasent les os. Tout s’enchaîne rapidement et sans que je puisse lutter ou même tenter de me défendre, je me retrouve une nouvelle fois par terre, le souffle coupé par le choc, complètement entravée par le poids de l'autre qui se dresse au-dessus de moi.

S'en suit une fraction de seconde, minuscule seconde, durant laquelle nos yeux se croisent. Je reconnais dans son regard des choses que j'ai déjà vues dans le mien. Je sais qu'elle crève d'envie de me frapper, qu'elle en a besoin même, et qu'elle va le faire. Je sais qu'elle est habituée, qu'elle sait faire, cela s'est senti à sa façon de me renverser comme un fétu de paille. Je suis entre de bonnes mains, songé-je avant que la chose n'arrive sur mon nez, elle sait ce qu'elle fait, je vais souffrir comme il faut. Avant de fermer les yeux pour ne pas voir son poing arriver sur moi, une image se superpose sur le visage de cette femme de colère (ma création ! la mienne !) : je vois Delphillia le jour où elle m'a plaquée sur le sol de la Salle sur Demande et qu'elle s'est défoulée sur moi. Ce jour-là, je ne l'ai pas arrêtée. Je l'ai laissée me frapper, j'en ai eu tellement honte par la suite. J'aurais certainement honte aussi demain, pourtant aujourd'hui pas plus que la dernière fois je songe à essayer de me débattre. Je me contente de fermer les yeux.

La douleur explose dans ma joue. J'ai l'impression que mes os se réduisent en bouillie, que ma peau s'ouvre, que mon sang se met à bouillir. La douleur irradie dans tout mon visage, incontrôlable, me floutant la vue et faisant bourdonner mes oreilles. Je n'ai pas conscience que l'autre fille m'a libérée, même quand je parviens à me plier en deux pour contenir la douleur je n'en ai pas conscience. Puis j'ouvre la bouche pour tenter de retrouver ma respiration et, les yeux entrouverts sur une douleur qui me fait voir le monde à travers un brouillard, j'aperçois sa silhouette dressée là-bas.

Je ne sais absolument pas ce qu'il se passe. C'est à peine si je comprends qu'elle me balance un bouquin sur la tête. Pour l'instant, je ne sais qu'une seule chose : elle m'a frappé, je crève de douleur et j'ai envie de lui faire subir la même chose. Je ne pense qu'à cela, tout le reste s'est tu, je ne suis plus Aelle Bristyle, je ne suis plus la fille de l'homme qui m'arrachera la tête quand il ouvrira la porte sur notre bagarre très bientôt, je ne suis plus l'élève abandonnée de Kristen Loewy, l'étudiante blessée dans sa fierté qui est passée aux rattrapages, l'amie esseulée d'un oiseau-serpentaire, l'apprentie mage noire épuisée, la femme perdue. Je ne suis plus moi et c'est très bien comme ça.

La douleur ne m'a jamais tétanisée et aujourd'hui elle ne le fait pas non plus. Je la ressens toujours aussi fort qu'une seconde plus tôt, mais au lieu de la laisser me contrôler, je prends le contrôle d'elle. Je grimace même si ça me fait mal, parce que maintenant j'ai envie de laisser voir ce que je ressens : lèvres retroussées, nez plissé, regard-tempête, je veux frapper à m'en éclater les phalanges et prendre des coups à me faire sauter les dents. Si je pouvais, je rirai parce que j'ai eu exactement ce que je voulais. Mais je ne le peux pas, parce que quelques secondes après avoir reçu le coup, je suis déjà debout sur sur mes jambes affaiblies et tremblantes, et déjà je me jette de tout mon poids sur l'immense masse qui, je le sais, est bien plus forte et compétente que moi.

Je vise les jambes, bien sûr. Avant même de savoir si je peux la renverser et si j'ai effectivement réussi, je commence à frapper tout ce que je peux. Cuisses, ventre, buste, de plus en plus haut pour essayer d'atteindre sa sale petite gueule. Mes coups sont désordonnés, sauvages, incontrôlés. C'est ce qui les rend si bons : ils ne sont motivés par aucune stratégie qui parasiterait mon cerveau, ils sont libres, féroces, cruels.

Ouah, Elfie a une vraie technique (pas merci, Honor !), je suis impressionnée ahah Aelle n'a aucune, aucune chance, c'est excellent. Elle va sûrement se faire rétamer, à moins que sa sauvagerie ne prenne le dessus sur la technique d'Elfie.
Profitons, Zile ne tardera pas, attiré par le bruit évident qu'elles font.

Tressaillement Libre
Quelques secondes, c'était le temps durant lequel Elfie s'était tenue dos à l'autre sorcière au sol. Ce qu'elle avait regardé? Elle était bien incapable de s'en souvenir, son esprit trop brouillé, trop sombre, incontrôlable. Si elle avait tenu ces quelques secondes au maximum c'est qu'elle savait. Elle savait que c'était la dernière fois que la tête de la limite pouvait respirer, que ses pieds allaient s'enfoncer ensuite pour s'effacer complétement. Elle savait qu'au moment où elle lui referait face, ce n'était pas un coup qu'elle allait lui mettre, elle savait qu'elle plongeait à nouveau, tête baissée dans un engrenage l'emmenant de plus en plus bas. Finalement une fois entrée dans celui-ci, il était impossible de lui échapper, à chaque nouvel espoir, il était toujours là pour rappeler qu'il nous tenait, qu'il avait tout le pouvoir, que c'était lui qui avait le contrôle. Il était là emportant tout avec lui, les rêves, les moments de joies, les efforts... Et au final Elfie ne savait pas non, pas encore, elle n'avait pas l'altruisme nécessaire pour penser qu'elle était incontrôlable, qu'elle s'en voudrait, qu'elle serait au plus mal quelques heures après. Son inconscient le savait, il savait tout lui et son corps était de mèche, c'est lui qui guidait les mouvements à présent.

Elfie s'était tournée à nouveau, prête à défoncer celle qui s'était allié avec l'engrenage dans lequel elle pourrissait. Elle ne réfléchissait plus volontairement mais les images s'enchaînaient, elle avait envie de la voir souffrir, non pas par vengeance, mais plus elle souffrirait, plus la rage de l'ancienne gryffondor pourrait s'évacuer, ses cris de douleurs montreraient qu'elle s'était défouler, qu'elle allait pouvoir redescendre. Mais avant de pouvoir agir, assez surprise de la voir finalement debout, Elfie ne pu anticiper. En tant normal, il lui aurait été facile de l'arrêter, elle ne bougeait pas aussi vite qu'un vif d'or, ses mouvements étaient bien plus lents que ceux d'Honor et pourtant, elle se prit un premier coup, puis un deuxième et un autre et encore un... Avant de pouvoir comprendre la situation, elle se laissa frapper, les coups s'enchaînaient rapidement, il faisait mal c'était certain mais pas insupportable.

La jeune adulte résistait bien à la douleur, elle l’appréciait même, d'abord par l'expérience de plusieurs coups de cognards mais ensuite par ses propres expériences. Elle avait tenu sur une blessure à la cheville trop longtemps, elle s'était épuisée physiquement sans s'en rendre compte. Et surtout, la douleur n'était pas vraiment plus forte que ce qu'elle pouvait ressentir en frappant ses phalanges contre la surface la plus dure qu'elle pouvait trouver. Cela ne pouvait l'arrêter maintenant, elle ne faisait même pas la différence de sensation dans son corps. Les coups étaient doux, presque agréables, Elfie avait envie de s'arrêter, de rester là, à subir chacune des petites secousses que provoquaient les poings de la plus âgées dans son corps. Elle était revenue plonger dans ses démons du passé, elle montrait son visage incontrôlable, faible , celle qui avait besoin de la douleur pour se sentir vivante, pour s'aider, elle était loin de l'image qu'Honor lui avait montré, l'image d'elle même qui était capable de prendre les devants, de ne jamais souffrir par plaisir et par envie, d'attaquer seulement en restant dans le contrôle. Aujourd'hui, elle avait fait tout l'inverse.

Si elle avait pu s'écouter, elle se serait presque allonger pour laisser l'autre se défouler, elle sentirait chacun de ses membres, chacun de ses muscles bouger montrant qu'ils existent, sans que cela ne deviennent insurmontable. Honor lui avait fait changer d'avis sur la question, l'ayant fait souffrir plus que n'importe qui mais apparemment cela n'avait pas été suffisant, elle en voulait encore, toujours plus. Même si elle n'avait plus l'envie au quotidien de recevoir ce qu'elle avait reçu de la part de la mère de Narcisse, à cet instant, elle y pensait. Un seul coup d'Honor en valait presque cent de celle qui s'acharnait sur elle. Évidemment, sa seule envie n'était pas décideur de tous ses gestes, Elfie était connue pour son impulsivité, pour ses actions sans réfléchir, pour sa réactivité et dans cet état, c'était bien ce côté qui prenait le dessus.

Elle s'était laissée attaquer, quelques secondes, mais sans pouvoir résister plus longtemps elle se sentie bouger. Alors qu'elle commençait à s'avancer rapidement en direction de l'autre sorcière, elle se prit un de ses coups dans le nez, il n'était pas puissant mais assez pour la faire saigner légèrement. Elle ne s'en rendit pas compte, déjà en train d'armer son poing droit. Elle ne visait plus, elle devait taper fort. Un premier coup dans sa joue droite, un autre sur sa joue gauche et alors qu'elle devait retrouver ses esprits, un coup de genou au milieu de son ventre pour la plier en deux. Elle n'était pas précise, non mais elle tapait de toute sa puissance, et elle en avait. Son pied gauche, quant à lui s'occupa de la balayer pour qu'elle tombe une nouvelle fois à terre. Elle était prête à se ruer sur elle pour laisser sa rage, sa colère, son impatience se libérer, pour se défouler au maximum, pour lui assener une pluie de coup. Elle était prête et elle allait le faire. Il n'était plus question de résister, elle avait perdu.

Je me suis arrêtée avant qu'Elfie ne s'acharne pour de bon sur Aelle ne sachant pas vraiment quand Zile fera son apparition. Je te laisse le désire de choisir si elle a pu aller au bout de ses pensées ou si elle sera arrêtée avant ou pendant d'ailleurs.

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Je déteste ceux qui volent ma solitude sans m’offrir de vraie compagnie.

Tressaillement Libre
Rapidement une douleur musculaire remonte le long de mes bras jusque dans mes épaules ; je sens que je fatigue, mais rien ne pourra m'arrêter. Je continue de frapper le plus fort possible, les poings comme deux boules de vengeance. Je prends plaisir à sentir mes phalanges s'abattre sur un os, sur une articulation, sur une joue. Sentir la peau qui s'écrase, le sang qui salit mes doigts. Le sien mais surtout le mien, je crois. Je sens les plaies qui s'ouvrent sur ma peau et de mes doigts commence à s'élever une douleur qui m'est familière. Aucune intention de m'arrêter, je connais cette souffrance et actuellement c'est la seule chose que je désire. Pour la première fois depuis le mois de mars, je n'ai pas l'impression de me battre pour contenir les morceaux éparpillés de mon âme qui s'effiloche. Je ne contiens rien et c'est tellement agréable que je ne voudrais pas que s'arrête.

Même quand elle retrouve le contrôle, je n'en ai pas envie. Il y a un avant et un après. Au moment où elle retrouve le contrôle de ses gestes, je comprends qu'avant cela elle se laissait faire, peut-être trop perturbée et souffrante pour penser à réagir. Mais une fois qu'elle retrouve la pleine conscience de ses actes, la différence se fait ressentir. Ses coups sont précis et puissants. Même si j'avais été au top de ma force, que je n'étais pas épuisée par une journée entière à manier la magie, à puiser dans mes sentiments les plus noirs pour réussir mes sortilèges de magie noire, même si mes muscles n'étaient pas affaiblis et que j'avais plus eu envie de faire mal que de souffrir, je n'aurais pas été à la hauteur.

Subitement, je perds l'avantage. Mes coups ne font plus mouche, même s'ils frappent et font mal. C'est comme frapper le vide, ou un coussin. Je m'agite, mais cela n'a aucun effet. Les forces s'échangent, un coup dans la joue, un autre de l'autre côté ; ma tête part en arrière, ma vision se brouille, la douleur jaillit partout dans mon corps, explose en un feu d’artifice dans mon estomac quand son genou s'y enfonce. Mes poumons se vident de leur air. Sans air, mon corps abandonne toutes ses forces et pas plus que tout à l'heure je ne peux résister au pied qui me balaye les jambes. Je tombe brutalement sur le dos, ma tête rebondit sur le sol.

Pour la première fois depuis que la bagarre a commencé j'ai envie que ça s'arrête. Viscéralement envie que ça s'arrête. Ça grimpe dans mon coeur et prend toute la place : une rage bestiale et sincère, beaucoup plus sincère que ce qui m'a motivé jusque là à répondre aux coups de la fille. Une bulle de rage m'explose dans la gorge et c'est avec un feulement de colère que j'accueille le corps qui me tombe dessus — pas pour frapper, je le vois à l'émotion qui se dessine sur son visage : pour mettre hors d'état de nuire, définitivement. Les coups me pleuvent dessus, comme cette fois avec Delphillia. Un poing puissant comme un roc qui m'écrabouille le nez, les joues, les yeux, et j'ai beau me débattre de toutes mes forces, envoyer mes genoux dans son ventre et ses cotes, frapper ses épaules de coups violents et puissants, petit à petit mes forces s'amenuisent. En même temps que grimpe de façon quasi insupportable une douleur comme je n'en ai que rarement ressenti.

Mon horizon est obscur, ma vision entravée par les larmes de douleurs et mes paupières douloureusement fermées dans l'espoir de me soustraire à ce qui me tombe dessus. Je mets un moment à comprendre que je ne sens plus son poids sur moi et un moment encore plus grand pour remarquer que mes pieds ne touchent plus le sol. J'ouvre les yeux en avalant une bouffée d'air qui m'arrache l’œsophage. Mon coeur frappe comme tambour dans mes oreilles. La première chose que je remarque c'est l'autre fille, à plusieurs mètres de moi : elle lévite à quelques centimètres du sol... Entravée par un sortilège.

Automatiquement mes yeux se tournent vers la porte de l'arrière-boutique. Ils ne l'atteignent jamais, sont arrêtés sur le chemin par la silhouette sévère de papa qui se dresse de toute sa hauteur. Mon coeur rate un battement, j'ai l'impression qu'il retombe tout au fond de mon corps ; c'est la première fois que je le vois comme ça, le regard noir, la rage qui déforme ses traits. Sa baguette brandit, la puissance magique qui coule hors de lui comme une rivière en pleine crue. Ses yeux plongent dans les miens et je me sens mourir à petit feu : jamais il ne m'a regardé comme ça.

« Qu'est-ce qui vous prend ? » tonne-t-il alors, et à son ton je comprends que ce n'est pas la première fois qu'il pose la question.

Son regard se tourne vers l'autre fille, il ne me regarde plus. Je m'agite faiblement mais je sens sa magie qui se resserre autour de moi. Je gémis doucement, pas parce qu'il me fait mal mais parce que mon corps tout entier est une douleur brûlante. Au même instant, je sens qu'il me libère. Je retombe sur le sol, mes jambes tremblantes ne me portent plus et je m'affaisse contre les tables de présentation, courbée en deux. Je n'ai même plus la force de paraître encore en colère. Je sais que je vais m'en prendre plein la tête par papa et que je serai incapable de lui expliquer ce qu'il s'est passé. Je reste silencieuse, mon regard noir braqué sur la fille de l'autre côté de la pièce. Déjà, je n'ai pas envie de parler, mais si je n'ouvre pas la bouche c'est aussi parce que j'ai envie de vomir. La douleur pulse dans mes joues et mon estomac, je finis par fermer les yeux pour essayer de ne pas tomber inconsciente.

***


Ce sont les bruits qui l'arrachent à ses réflexions. Zile se redresse sur son siège, les sourcils froncés. Il hésite d'abord mais quand un bruit plus fort que les autres retentit de l'autre côté de la porte, il s'expulse du fauteuil pour sortir de la pièce, repoussant ses inquiétudes pour sa fille au second plan.

Il ne s'attendait pas à une telle scène. Il se fige dans l'encadrement de la porte, les yeux écarquillés. Il a l'impression qu'on lui arrache les entrailles lorsque ses yeux tombent sur le profil de sa petite fille, allongée sur le sol, le visage tuméfié, écrasée par la force d'une inconnue qui lève le poing au-dessus d'elle. La douleur aurait pu être la sienne, le poing le frapper lui, ça aurait été pareil : un sentiment détestable plante ses griffes dans son coeur quand le coup frappe Aelle. Cette vision l'arrache à sa béatitude. Il n'est motivé plus que par le besoin incontrôlable de libérer son enfant, de l'éloigner de ce qui la fait souffrir.

« Ça suffit ! »

Un sortilège, il ne réfléchit même pas auquel, il faut seulement empêcher ce qui est en train d'arriver. Les filles s'éloignent magiquement l'une de l'autre. Aussitôt le regard de l'homme part à l'assaut du visage de sa fille, avisent ses yeux fermés, se meurent de ne pas pouvoir plonger dans son regard. Il a envie de Stupéfixier l'autre fille et de se précipiter sur Aelle, de la serrer fort contre son torse, de la noyer de question : où as-tu mal, qu'est-ce qu'elle t'a fait, comment vas-tu ? La guérir, l'emmener à l'hôpital voir Arya, tout faire pour que cette grimace de douleur disparaisse de son joli visage et que pour la peur qui lui brûle les entrailles, à lui, s'apaise.

Il retrouve un semblant de contrôle lorsque son regard passe sur le visage de l'autre fille et remarque des traces des coups. Les épaules de Zile s'affaissent quand il prend doucement conscience que la situation n'est certainement pas ce qu'elle parait être, même si son coeur de papa aimerait croire que sa fille n'a rien à voir dans tout cela et qu'elle n'est que la victime de la folie d'une autre.

Ce n'est qu'alors qu'il réalise que la colère est en train de l'étouffer.

« Qu'est-ce qui vous prend ? » souffle-t-il, avant de répéter d'une voix plus forte : « Qu'est-ce qui vous prend ? »

Ce n'est pas seulement de la colère, c'est un profond sentiment de déception, de peur et de rage. Sa boutique dévastée, les livres tombés des tables de présentation, les poings abîmés des deux filles, leur visage tuméfié. Si Aelle n'avait pas été de la partie, sa colère n'aurait peut-être pas été aussi forte, mais il aurait ressenti la même chose. Il n'y a rien qu'il exècre davantage que la violence. Il crispe les mâchoires pour s'empêcher de faire pleuvoir sur les filles les reproches qui s'accumulent au bord de ses lèvres. Cela ne servirait à rien. D'abord, s'assurer qu'elles ne vont pas encore se jeter l'une sur l'autre, ensuite qu'elles vont bien, et après il pourra exiger des explications.

Il baisse doucement sa baguette magique pour les libérer, le regard passant de l'une à l'autre avant de s'arrêter sur le visage de la jeune blonde qu'il ne connait pas — c'est plus facile pour Zile de regarder cette fille que d'observer le visage de son enfant ; à chaque fois que ses yeux frôlent Aelle, l'homme sent la peur grimper et l'inquiétude prête à tout dévaster.

Tressaillement Libre
Si sur les premières minutes il avait été possible de voir une amélioration sur la façon de combattre d'Elfie, plus rien n'y ressemblait maintenant. Elle ne cognait plus par efficacité, ni par instinct d'ailleurs, comme si une autre barrière venait d'être franchit, comme si elle avait passé un nouveau cap dans l'incontrôlable. Cela lui était déjà arrivé oui, de nombreuses fois, mais c'était la première fois depuis qu'elle avait quitté, enfin qu'elle pensait avoir quitté, l'engrenage dans lequel elle se trouvait, celui qui l'emmenait de plus en plus bas, de plus en plus profond. La jeune adulte frappait, sans raison apparente. Elle frappait forte, peu importe l'endroit où elle frappait, elle voulait faire souffrir l'autre sorcière, elle voulait la voir gémir. Elle ne lui avait à proprement parler, rien fait, mais elle restait responsable de son explosion, elle était à l'origine de son état, c'était une évidence pour elle, bien qu'en réalité, elle n'avait été que la goutte de trop.

L'ancienne gryffondor, à force de se restreindre, à force d'effacer ses sentiments pour ne plus avoir besoin de les contrôler, à force d'essayer à oublier certaines parties de son passé, elle avait accumulé. Accumuler toutes les choses de négatives qu'elle avait pu vivre, qu'elle avait pu penser, tout se retrouvait mélangé, condensé pour finalement exploser. La sorcière avait une part de responsabilité sur la question du temps au moins, et c'était peut-être une bonne chose, qu'elle explose ici, dans un lieu inconnu plutôt qu'en plein service qui se terminerait sans doute sur un licenciement. Peut-être qu'il fallait qu'elle se libère de toute cette accumulation, peut-être qu'à y repenser, la situation était primordiale pour son cheminement, mais elle ne pouvait pas s'en rendre compte. Elle ne pourrait peut-être même pas l'accepter, son besoin de contrôle bien supérieur au reste qui le verrait comme un échec. Tout était de peut-être concernait l'avenir, le futur plus ou moins proche, mais ce qui était sûr c'était que dans le présent, il n'y avait rien de tous cela, Elfie était en train de défoncer le visage d'une autre, sans s'en rendre compte, sans se poser de questions, sans s'apercevoir qu'elle se prenait des coups assez violents dans les côtes, dans le ventre, sans s'apercevoir qu'elle avait été éloignés du corps presque immobile, qu'elle ne touchait plus à terre...

Elle avait frappé expulsant toute sa rage, son esprit ne pouvait plus être raisonné, elle lâchait tout, et ce n'était pas rien, c'était puissant, violent, et tout cela ce n'était pas diriger vers celle qui se prenait tout. Aucune vengeance se cachait derrière sa façon d'agir, aucun compte à rendre, même pas en s'étant défendue. Son esprit encore connectés à son corps, elle avait mélangé ce qu'avait bien pu dire Honor, prenant en compte seulement les bouts de phrases qui l'intéressait, qui lui permettait de sentir qu'elle avait encore le contrôle alors qu'elle était déjà dans l'incontrôlable, comme une excuse supplémentaire pour ne pas accepter la réalité.

Elle s'arrêta, quelques secondes après avoir comprit que le corps était loin, qu'elle n'enfonçait plus ses poings dans une matière mais dans un vide. Elle se reconnectait petit à petit à la réalité et c'est certainement la partie la plus dure, l'épreuve la plus complexe. Son physique était fort et résistant, mais son mental était faible et tout allait se jouer maintenant. Étrangement, elle ne voulait pas faire face à la situation, elle ne voulait pas comprendre comment elle avait pu en arriver là, elle ne voulait pas devoir expliquer à ce monsieur pourquoi elle venait de tabasser sa fille, elle ne voulait pas... Dans un sens, il était plus facile pour elle de se laisser contrôler, de rester dans cette phase qui lui avait bien prit deux, voir trois ans de ses années à Poudlard. En continuant d'agir, en laissant la colère et la rage l'emporter.

Elle avait fermé les yeux en retombant sur le sol, laissant son corps s'étaler à terre. Elle n'avait plus la force de rien, elle était fatiguée. Son corps pouvait résister encore bien longtemps mais son esprit lui n'en pouvait plus, il ne suivit pas la cadence. Il ne lui semblait pas que l'autre avait été très violente, elle ne se souvenait plus vraiment de ses gestes mais pourtant la douleur recouvrait tous ses muscles, tous son corps. Ce n'était rien comparé à ce qu'Honor avait pu lui infligé, mais assez pour la tenir immobile quelques secondes. C'est comme si chaque petits coups de l'autre sorcière s'étaient regroupés pour lancer un dernier coup et qu'Elfie recevait toute la douleur en une fois, n'ayant pas la capacité sous l’adrénaline de la ressentir plus tôt. Elle s'était finalement recroquevillée, frappant de son poing le sol, sans y mettre trop de force. Elle ne voulait pas ouvrir les yeux non, mais elle allait être obligé.

Ses yeux remplis de larmes sans sanglots firent face à la tête de l'autre. La jeune adulte avait presque oubliés la présence de l'homme. Elle était horrifiée de voir le sang et les marques de coups sur chaque partie du visage face à elle. Elle ne regrettait pas de l'avoir fait, elle ne culpabilisait pas de l'avoir fait souffrir, elle le méritait, mais tout ce qu'elle voyait, partant d'un sentiment purement égoïste c'était sa faiblesse, son échec du jour. En la voyant elle savait qu'elle avait perdue le contrôle une nouvelle fois, c'était maintenant qu'elle se rendait compte qu'une fois encore sa colère avait pris le dessus. Elle s'en voulait, non pas par rapport à l'autre fille, son état ne l'important peu, elle s'en voulait d'avoir été aussi faible, aussi lâche après autant d'effort pour éviter ses crises. Ses yeux se refermèrent rapidement, le visage de cette fille lui rappelant à chaque instant à quel point elle était nulle, à quel point rien ne changerait jamais, elle se prenait tout en pleine face. Comme si ses pensées depuis le début de la rencontre remontait toutes à la surface, en même temps que la limite se réappropriait son corps.

Sa colère ne faisait plus rage, elle n'allait pas s'attaquer à nouveau à l'autre fille, mais elle n'avait pas disparu pour autant. Tout était redirigé vers elle même. Elle avait envie de fuir, de finir de se défouler sur des pierres, avant de trouver une bouteille pour finir la journée au plus mal. C'est ce qu'elle fera sûrement, au niveau de l’observatoire du manoir, mais avant elle devait penser à son service, elle devait être à l'heure, elle devait paraître présentable, elle devait se maquiller, se changer, tenter d'enlever le sang qu'elle avait sur son visage et de camoufler ses phalanges rougit. Elle n'était pas calme ni sereine, Elfie était désorienté, démunit, oubliant presque à quel point elle avait été violente, oubliant que le père de la fille qu'elle avait tabassé attendait des explications, n'ayant aucune pensée pour celle qui devait sûrement souffrir bien plus qu'elle. Elle ne pensait qu'à fuir, effacer tout ce qu'elle avait pu ressentir pour reprendre son service et finalement se noyer au fond d'une bouteille pour accompagner les remords de ses actions.

"Je dois y aller" finit-elle par dire dans un irlandais peu compréhensible au vu de la taille de sa lèvre supérieur qui avait gonflé suite à l'un des coups échangés. Elle se leva difficilement pour se heurter une nouvelle fois à la porte, un dernier coup dans la vitre avant de retomber lourdement sur le sol. "Je dois partir" répéta t-elle en irlandais.

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Je déteste ceux qui volent ma solitude sans m’offrir de vraie compagnie.

Tressaillement Libre
J'ai du mal à me maintenir debout. Mes bras tremblants sont les seuls remparts entre moi et le sol. Après tout ce qu'il s'est passé, je n'ai pas envie de m'étaler par terre. Je me doute bien que papa est à deux doigts de se jeter sur moi pour... Et bien je ne sais pas trop pourquoi, mais je préfère autant ne pas le découvrir et lui faire croire que je ne vais pas aussi mal que ça. Mais la vérité, c'est que je ne vais pas bien du tout. Mon estomac s'agite follement et je suis à deux doigts de régurgiter ce que je n'ai pas avalé aujourd'hui. À quand remonte mon dernier repas ? Ne pas penser à ça, ne surtout pas penser à ça, songé-je en m'enfermant derrière la barrière de mes paupières.

Je respire difficilement, erratiquement. Mon visage est un champ de bataille. Je sens que certaines zones doublent de volume ; près des yeux, mon nez et également le coin de mes lèvres et l'une de mes pommettes, je serais incapable de dire laquelle. J'ai l'odeur du sang dans le nez, le mien, et je sens une goutte couler le long de ma tempe. Impossible de croire qu'il s'agit d'une larme : je sens à sa lourdeur que c'est un liquide couleur carmin. Bon sang, par tous les mages, je dois avoir une tronche horrible. Je me fiche d'avoir une tronche horrible, mais j'imagine ce que doit voir papa et je déteste en avance tout ce qui va arriver ensuite, les reproches, les demandes d'explication.

La fatigue me tombe dessus d'un coup. Celle de la journée et celle de la bataille. Une fatigue intense, lancinante, qui grignote la moindre parcelle de motivation ou d'envie. J'ai besoin de disparaître, disparaître pour un temps très long, ne plus jamais revenir ici, ne plus jamais faire face à papa, ne plus voir ce visage tuméfié que je hais sans connaître.

Ouvrant les yeux, je suis du regard la fille qui a réussi à se lever. Son profil me paraît haïssable, comme tout le reste. Je la vois encore au-dessus de moi, ses poings qui frappent pour faire mal, pour abîmer. Bordel, si j'avais eu la possibilité d'utiliser ma magie, si seulement j'avais pu l'utiliser... Je l'aurais détruite, me dis-je en sachant que j'ai raison, je lui aurais explosé les os, j'aurais abîmé son visage à force de coups invisibles, j'aurais dessiné sur sa peau des balafres desquelles aurait coulé son sang. Je l'aurais mise à terre, oui. Vraiment.

Un charabia incompréhensible s'échappe des lèvres de l'autre qui essaie une nouvelle fois de sortir de la librairie. J'ai la force d'afficher un rictus moqueur quand elle retombe sur le sol, une nouvelle fois vaincue par la porte récalcitrante. Cette fois-ci, je soupçonne papa d'être responsable du refus de la porte de s'ouvrir.

« Restez-là, » ordonne alors ce dernier d'une voix qui ne permettra aucune réplique — comment a-t-il compris ce qu'elle a dit, c'est un mystère, à moins qu'il n'ait seulement additionné tous les éléments et capté à son comportement qu'elle avait envie de s'en aller.

Magiquement il fait venir de l'arrière boutique deux fauteuils, ceux du bureau. Il les place face à lui mais stratégiquement placés loin l'un de l'autre tout en nous donnant une facilité d'accès à ceux-ci. Parce que je suis à deux doigts de me laisser tomber la tête en avant sur le sol moi aussi, je me transferts de la table de présentation au fauteuil, incapable de ne pas m'appuyer de tout mon poids sur l'un et sur l'autre et me sentant malgré tout chuter vers l'avant. En une seconde papa est près de moi. J'ai un mouvement de recul quand il essaie de m'attraper, mais il me lance un regard sévère sous ses cils épais alors à sa deuxième tentative je me laisse faire, secrètement soulagée de sa force qui me permet de m'installer plus que de me jeter dans le fauteuil.

Avant qu'il s'éloigne de moi, je capte son regard inquiet sur les blessures qui parsèment mon visage ; je remarque son inquiétude à sa façon de plisser les sourcils et les yeux, comme s'il allait se mettre à pleurer. Ses doigts sont aussi légers que les nuages quand il les passe sur le bord de ma tête dans un geste d'une tendresse qui me jette au bord des larmes. L'instant d'après, ses yeux ont retrouvé leur sévérité. Quand il s'éloigne, ce n'est plus un père inquiet mais un homme profondément contrarié des agissements de ses clientes et déçu de devoir gérer un tel événement.

Je m'affale contre le dossier tandis qu'il s'approche de l'autre fille. Je peux les voir dans le coin de ma vision. Pourquoi ne la laisse-t-il par partir ? Elle pourrait très bien s'en aller, nous laisser tranquille. Mais en même temps... Sa présence empêche papa de me presser de question. C'est aussi bien comme cela.

« Venez vous asseoir, ordonne-il d'une voix sévère à mon adversaire en désignant le fauteuil. Vous avez besoin de soins. Si vous avez besoin d'aide, je suis là. »

En effet il reste là, main tendue, près à venir en aide à la jeune femme. Cet homme qui a le coeur sur la main et pour lequel c'est impossible de sévir quand il voit deux personnes souffrantes, incapables de rester debout. Je le connais suffisamment bien pour savoir qu'il cherchera à nous soigner avant de faire quoi que ce soit d'autre. Il confirme d'ailleurs mes propos :

« Accio trousse de soin, fait-il en agitant sa baguette magique et en réceptionnant la trousse qui sort à toute vitesse de l'arrière-boutique. Je vais soigner vos dégâts, nous informe-t-il ensuite, son regard froncé par une colère contenue passant de l'une à l'autre, et je vous conseille fortement de profiter de ce moment pour m'expliquer ce qui vous a mené à vous battre comme des brutes de rue ! »

À toi de voir si Elfie accepte ou non l'aide de Zile. Si elle l'accepte il l'aidera à s'asseoir avant de faire venir sa trousse.

Tressaillement Libre
Les larmes se faisaient plus régulières sur les joues d'Elfie. Elle ne pleurait pas non, mais c'était sans doute une autre manière pour elle d'évacuer. D'évacuer cette rage qui restait coincé en elle, d'évacuer la colère, l'agacement de la situation. Elle avait encore la force de se lever, elle avait encore la force de prendre une centaine de coups supplémentaire de l'autre sorcière, son corps bien que douloureux à chacun de ses mouvements étaient résistant, bien plus résistant que le reste, que son mental, que son psychique. Elle n'en pouvait plus, elle était fatiguée, épuisée de se sentir si lâche, épuisée de s'être livrée à une nouvelle vague incontrôlable. Elle avait envie de fuir, de ne plus rien entendre, de ne plus rien voir, elle voulait s'allonger et fermer les yeux en espérant ne plus rien ressentir pour se réveiller le lendemain comme si cette journée n'avait jamais existé. Mais elle savait à présent que c'était impossible, que cette libraire, que cette fille la hanterait chaque jour, à chaque moment de faiblesse qui l'accompagnait.

Avachi sur la porte qu'elle avait envie de briser, elle n'entendit que vaguement la voix de l'homme qui avait stoppé ses coups. Elle resta immobile, de toute façon bloqué par celle qui ne voulait toujours pas s'ouvrir, perdue dans ses pensées. Elle hésitait, elle avait envie d'haïr l'adulte comme elle avait haït Valerion pour l'avoir arrêter, elle voulait l'insulter, finir de déverser sa colère sur lui pour l'avoir empêcher d'effacer le visage de sa fille de son esprit. Mais elle resta silencieuse, regardant le vide du sol, regardant ses phalanges rougit pour éviter tout contact visuel. Sa bouche lui faisait mal par sa lèvre gonflée qui l'empêchait de dire un mot compréhensible de plus et ce n'était peut-être pas si mal puisque de l'autre côté bien qu'elle ne l'accepterait sûrement jamais, il avait été l'homme qui lui avait empêché l'impardonnable. Elle était incapable de dire jusqu'où elle serait allée si ses coups se seraient arrêtés avant de détruire le visage de l'autre fille. Elle n'y réfléchissait pas encore, mais les tourments risqueraient d'arriver à un moment où il serait dur de refaire face à la scène violente à laquelle elle avait participé.

Elle osa lever les yeux quelques instants pour voir un père s'occuper de sa fille, remarqua les fauteuils qu'elle n'avait pas vu apparaître. Un simple regard sur le visage de celle qui se faisait déposer sur un des sièges lui donnait la nausée, elle ne voulait plus la voir, elle ne voulait plus faire face au résultat de son échec du jour, elle ne voulait plus voir à quel point elle avait perdu le contrôle. Chaque trait intumescent de son visage la ramenait à des souvenirs, à un passé dans lequel elle ne voulait pas replonger, c'était insupportable et c'était sûrement le pus dur à cet instant, oubliant presque la douleur qu'elle pouvait ressentir ou son propre visage recouvert d'un mélange de sang et de larme accompagné de quelques ecchymoses. La scène était d'autant plus dur à regarder qu'elle se voyait malgré elle comme un film qui lui montrait exactement ce qu'elle était. Son père a elle ne l'avait jamais vu dans cet état, elle avait toujours pris gare à s'éloigner de la maison quand elle sentait l'émotion grandir, mais elle imaginait bien sa réaction si il avait pu assisté à l'un de ses dérapages. Depuis qu'il était rentré de sa fuite après le procès, il était très protecteur et il était évident qu'il se serait mit en colère, pas sur elle non, jamais.

Elle avait une nouvelle fois tournée la tête, ne supportant plus la scène, c'était bien trop affligeant, elle restait là à moitié relâché par l'intensité des dernières minutes mais toujours fermée et tendue par la colère qui la rongeait encore. Elle était partagée, démuni face à toutes les contradictions que son corps lui criait. Elle avait encore envie de frapper, contre un mur mais son esprit avait quitté le mouvement préférant s'endormir et ne plus jamais pensé. Elle voulait fuir et rentrer au manoir pour retrouver sa vie, reprendre son service et tout oublier mais elle savait qu'elle ne pouvait pas rentrer dans cet état, que le service de ce soir allait être certainement long et interminable. Elle avait envie de retrouver sa petite vie où elle y avait découvert des conforts mais son esprit lui disait de tout abandonner, d'aller exploser tout ce qu'elle pourrait à force de Confringo qu'elle savait à présent lancé. Elle pensait, elle voulait contrôler ses pensées mais ce qu'elle voulait surtout c'était que tout s'éteigne, qu'elle retrouve une tranquillité même de quelques instants, une tranquillité où la situation n'existerait pas.

La voix de l'homme qui s'était rapproché la sortie de ses pensées, elle osa un regard, qui prouvait ses doutes, ses peurs, ses angoisses mais surtout la rage qui lui restait, qui s'abandonnait peu à peu, s'effaçant comme elle le voulait pour ressortir bien plus forte plus tard, à un autre moment où elle ne s’y attendrait pas comme aujourd'hui. Sa première réaction est de secouer la tête de droite à gauche pour refuser. Elle ne voulait pas de son aide, elle ne voulait pas s'assoir dans son foutu fauteuil, elle ne voulait pas attraper sa main. Elle n'avait pas besoin d'aide, elle n'avait pas besoin que l'on s'occupe d'elle, elle était mieux seule à s'occuper de ses affaires, la preuve aujourd'hui, si elle n'avait jamais croisé Valerion, si elle ne lui avait jamais donné l'espoir de pouvoir rattraper son niveau, elle ne se serait jamais rendue dans cette librairie, renfermant à présent ses démons. Elle n'avait pas confiance en lui, elle se méfiait, qui était-il pour venir l'aider alors qu'elle venait de saccager une partie de sa boutique et surtout de tabasser sa fille. Quelles étaient ses motivations? Elles ne pouvaient être que bonnes, s'étaient impossible à concevoir pour Elfie, il ne pouvait pas agir que par simple bonté de cœur.

Évitant d'abord la main tendue, la jeune adulte tenta de se lever pour faire de nouveau face à cette porte, et c'est là qu'elle vit son reflet. Elle ne se reconnaissait pas c'était évident, son corps était lourd, ses paupières gonflées par l’humidité de ses yeux, sa lèvre trop grosse pour l'harmonie de son visage, sa bouche rougit par le sang de sa gencive accompagné de celui de son nez qui coulait lentement vers le bas. Elle devait faire face à la réalité, elle ne pouvait pas rentrer dans cet état au manoir, elle ne pouvait pas prendre son service avec cette tête et surtout elle était incapable de transplaner, les vertiges la prenant légèrement à chaque fois qu'elle se trouvait debout.

Elle n'avait pas le choix, elle laissa son corps s'appuyer légèrement sur l'homme, tout en évitant au maximum de trop devoir compter sur lui. Elle se laissa tombé sur le fauteuil resté libre évitant tout nouveau contact avec l'autre. Elle laissa sa tête heurter le dossier du siège, pour laisser ses paupières se fermer lourdement. Si il voulait la soigner qu'il le fasse, mais il ne devait pas compter sur elle pour donner une explication, déjà méfiante de ce qu'il pourrait lui faire sans qu'elle ne puisse s'en rendre compte. Contrairement à sa mère, Elfie ne s'était jamais intéressé à la médecine ou à quelques façon que ce soit aux soins de bases. Si comme elle le pensait l'homme était rempli de mauvaises intentions, elle était à présent à sa merci, et de manière volontaire. Elle tentait d'oublier tant bien que mal chaque scène, tout en ne voulant pas rapproché les dernières paroles de l'homme encore à son passé. Elle ne voulait pas lui donner d'explication, elle ne le voulait plus. Premièrement parce qu'elle était incapable d'expliquer pourquoi elle en était venue aux poings mais aussi que les souvenirs de ses professeurs de Poudlard lui demandant encore et encore des comptes lui étaient encore trop dur à digérer. Elle le rapprochait à sa période de courte vie contre qui elle se battait depuis plus de deux mois et qui venait de lui faire comprendre aujourd’hui, qu'elle ne pourrait gagner facilement.

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Je déteste ceux qui volent ma solitude sans m’offrir de vraie compagnie.

Tressaillement Libre
Je suis du regard les deux corps, l'un pilier de l'autre. Le bras de papa autour du corps de la fille, sans la toucher mais présent en cas de besoin. Son visage tuméfié est une œuvre d'art. J'observe ma réussite avec un brin de fascination, tout en me demandant si j'ai la même tronche, si j'ai des rougeurs de partout, des zones gonflées, si mes paupières paraissent lourdes. Surtout, je me dis que je l'ai bien eue. Que j'ai perdu et que j'aurais pu subir bien pire, impossible de le nier, mais que je l'ai bien eue, je lui ai fait mal, je lui ai laissé des marques. C'est ça que mon regard avide observe lorsque papa la laisse s’asseoir dans le fauteuil et c'est peut-être cela également qu'il voit dans mes yeux quand il se tourne vers moi.

J'ai l'intelligence de détourner mon regard noir, sans savoir que les vaisseaux explosés qui se détachent, rougeâtres, sur le blanc de l'un de mes yeux donnent à mon regard une brutalité qui effraie mon père. Si j'éprouve de la honte, ce n'est pas pour ce que j'ai fait à la fille, c'est à cause du regard que papa tourne vers moi à intervalle régulier. Je sens ses yeux juger la marque de mes coups, oscillant entre colère et inquiétude ; puis il jette parfois un coup d’œil à mes mains abîmées, mes phalanges ensanglantées, et alors ses lèvres se pincent, son visage pâlit.

« Buvez ça, toutes les deux. »

Un murmure, à peine un chuchotement. Totalement confiante, n'ayant même pas l'idée de refuser un soin que veut me donner mon père, j'attrape la petite fiole et l'avale en fermant les yeux. Aussitôt, une douce chaleur se répand dans mon corps. Je pousse un petit soupir de soulagement incontrôlable. J'ai l'impression que mes douleurs s'apaisent, mes muscles se relâchent, je m'affaisse contre le dossier du fauteuil, les bras abandonnés sur les accoudoirs. Je suis incapable de déterminer s'il s'agit d'une potion pour atténuer la douleur ou pour me calmer. Mais j'ai envie de fermer les yeux et de m'abandonner à ses soins, comme si quelque chose dans ma tête s'était éteint, une chose sur laquelle je n'avais cesse de tirer depuis que j'ai proféré ces phrases malheureuses au comptoir, avant la bataille. Enfin, mon cœur cesse de me tirailler. J'ai envie de dormir pendant des heures.

J'ouvre les yeux en sentant la présence de mon père près de moi. Il s'est agenouillé devant mon fauteuil. Il observe avec attention mes blessures, a sûrement dû conclure que j'étais celle qui avait le plus besoin de soin, sans égard pour nos relations filiales (ou peut-être que si), parce qu'il n'a encore apposé aucun onguent sur le visage de l'autre. J'essaie de me laisser faire en prenant soin de garder mes yeux loin des siens, mais je finis par remarquer que c'est lui qui fait tout pour ne pas me croiser mes yeux, alors évidemment je le regarde plus fixement après ça.

« Je vais en mettre sur ta joue, » murmure-t-il doucement en me présentant son pot de crème et attendant que je hoche la tête pour agir.

Je tressaille quand ses longs doigts posent l'onguent glacial et l'étalent. Aussitôt une étrange chaleur se répand dans mon visage. J'ai malgré tout un hoquet de douleur, mais celle-ci est rapidement oubliée : cette fois-ci impossible de confondre : la douleur s'apaise bel et bien. Je ferme les yeux et m'en remets aux soins de papa. Je pensais qu'il allait me questionner mais il reste silencieux, étalant la potion sur mes pommettes, mes lèvres, mes paupières. Le temps qu'il passe auprès de moi me donne des indications sur l'étendue de mes blessures.

Quand il me quitte, papa laisse un vide qu'il n'avait sans doute pas conscience de remplir, pas plus que moi. J'ouvre les yeux pour le voir s'éloigner, finalement agacée que la fille soit restée et qu'il doive s'occuper d'elle. Comme il l'a fait avec moi, il l'informe de tout ce qu'il fait avant de le faire. Si je regarde d'abord avec une fascination morbide ses blessures se recouvrir de potion, bientôt voir ce visage tuméfié et constater l'existence de cette fille me déplait tant que je suis obligée de me détourner, toute engoncée dans des sentiments mauvais sur lesquels je n'ai aucune prise et que je peine à comprendre.

Il me semble qu'une éternité passe avant que papa ne prononce soudainement ces mots :

« Alors ? J'attends vos explications. »

Je rouvre mes yeux que je n'avais pas eu conscience de fermer. Un mal de tête commence à poindre derrière mes yeux. Je me redresse vaillamment, poussant sur mes membres fatigués. J'accommode difficilement sur le sorcier qui nous fait face, bras croisés sur son torse. Je le connais assez pour remarquer ses sourcils froncés et en déduire qu'il ne nous laissera pas l'opportunité de nous défiler. Je tourne automatiquement mes yeux accusateurs en direction de la fille — elle va bien dire que c'est elle qui a donné le premier coup, non ?

« Aelle ? »

Si ça avait été maman, sa voix aurait été d'une grande froideur et m'aurait glacé l'intérieur du corps. Mais c'est papa. Sa voix n'est pas froide. Elle est brûlante d'une colère contenue. Je crois que je ne l'ai jamais vu comme ça. Ses yeux d'ordinaire si chaleureux semblent vouloir me réduire en poussière. Je crispe les mâchoires en l'affrontant avec insolence, ayant soudainement l'impression d'avoir treize ans et d'être de nouveau une enfant qui veut tenir tête à ses parents.

« C'est bon papa, grincé-je d'une voix rauque, on est assez grandes pour se foutre sur la gueule sans devoir fournir des explications.
Pardon ? »

Je grimace ; sa voix tonne comme un orage en colère.

« C'est dans ma librairie que vous vous êtes battues et mes livres que vous avez jetés à terre, indique-t-il sévèrement, mais pas froidement, en désignant les livres toujours au sol. Alors je pense que je mérite quelques explications. Et vous êtes conviée à participer à la conversation également. »

Nos deux regards se tournent vers la fille noyée dans son fauteuil, le visage recouvert d'une pâte à la couleur douteuse. Son visage est un parfait reflet du mien. Si je n'étais pas aussi fatiguée, j'aurais sans doute eu un sourire narquois. Mais je suis épuisée, par elle, par moi, par l'insistance de papa, alors je n'ai aucune envie de me moquer de qui que ce soit.

La première potion qu'il leur donne est clairement une potion calmante, même si Aelle est trop vaseuse pour le comprendre.

Tressaillement Libre
La tête toujours en arrière posée sur le haut du dossier du fauteuil Elfie avait ouvert les yeux, le regard fixé sur le plafond. Était-il blanc? Tapissé? Un lustre était-il accroché au dessus de sa tête? Elle n'en savait rien, même si ses yeux était posé sur lui, elle ne le regardait pas, elle ne regardait rien. Ses yeux s'étaient floutés, tout se passait dans sa tête, malgré sa position immobile, ses poings étaient serrées. Elle avait envie de pleurer, de finir de lâcher tout ce qu'il lui restait à l'intérieur, tout ce qu'elle n'avait pas pu évacuer sur l'autre fille. Son père avait eu raison de les arrêter mais il laissait un goût amer chez la blonde, elle aurait voulu pouvoir s'acharner encore, user de ses poings plus longtemps, libérer totalement cette rage qu'elle avait volontairement effacé trop longtemps. Elle ne pensait pas aux conséquences non, c'était encore trop tôt, son esprit encore dans la bagarre. Elle n'avait aucune culpabilité envers celle qu'elle venait de tabasser et elle n'avait pas l'altruisme nécessaire pour penser qu'elle aurait pu aller trop loin, atteindre un point de non retour qu'elle aurait pu regretter.

Elle avait perdue, elle détestait l'échec bien trop présent dans sa vie c'était certain, elle détestait son esprit trop faible, elle détestait chaque points de faiblesses présent en elle, elle détestait le contrôle et surtout elle détestait le perdre. Contradictoirement, elle ne pouvait s'empêcher d'apprécier la rage et les sentiments qui la prenait lors de ses crises incontrôlables, elle ne pensait pas, son esprit n'avait pas mal sur le moment, elle se libérait à chaque fois d'un point sans se rendre compte que celui-ci amenait à un plus gros ensuite. Ce n'était pas le moment qu'elle détestait, c'était l'avant et surtout l'après. D'un côté elle préférerait presque retourner voir ses démons, par un choix réfléchit? Certainement pas, c'est comme si il la rappelait à chaque fois lui montrant seulement les quelques bons côtés. Pas de question, pas de paraître, pas de conséquences qu'elle jugeait grave, pas de retiens... La simplicité était sûrement ce qu'elle recherchait.

Elle savait bien qu'elle ne devait pas, elle savait qu'elle devait continuer de se battre, oubliant les échecs, oubliant qu'elle venait de perdre le contrôle, oubliant que cette fille avait à présent collé au visage tout ce qu'elle pouvait détester. Elle devait reprendre sa vie là où elle en était rendue juste avant qu'elle ne rentre dans cette bibliothèque, continuer de travailler, continuer d'aller acheter les ingrédients pour Onyx, pour Moïra, s'entraîner avec Sixtine, aller voir Honor... Mais elle savait aussi que si elle avait perdu aujourd'hui, cela pourrait recommencer à n'importe qu'elle moment. La dernière fois c'était avec Honor, mais c'était contrôlé, au vu de la personne qui se tenait en face, c'était la dernière fois et elle avait été certaine que c'était terminé, qu'elle était à présent capable de se retenir, d'attendre qu'elle soit seule pour se lâcher, attendre que tout le monde dorme pour pleurer... Tout lui retombait dessus, sa naïveté, sa lacheté, ses faiblesses, tout.

Encore une fois c'était la même voix masculine qui la tirait de sa bulle, elle en avait presque oublié qu'elle était encore dans cette foutue bibliothèque, piégée entre celle qu'elle ne voulait plus voir et son père, propriétaire de l'endroit qu'elles venaient de saccagés. Après un léger soupire d'agacement et d'impatience, elle releva la tête, en essayant d'éviter le visage de celle occupant le deuxième fauteuil. Elfie prit la petite fiole qu'on lui proposait sans un mot de remerciement. Elle était méfiante, ses connaissances n'étaient pas assez pointue pour savoir ce que contenait la potion, elle n'avait pas confiance en l'adulte et l'idée d'un empoisonnement ou d'un somnifère restait ancré dans sa tête. Du coin de l’œil elle observa l'autre l'ingurgiter sans se poser de question et elle fit finalement de même espérant qu'elle se trompe sur les intentions du plus âgé. Il n'allait pas empoisonner sa fille et si les deux flacons contenaient le même liquide, elle ne devrait pas boire du poison.

Laissant le liquide descendre petit à petit dans son corps elle se laissa peu à peu aller, ses poings se desserrait, ses pensées les plus négatives s'échappaient revenant à un rythme plus lent, la rage et la colère s'effaçait peu à peu pour laisser place à un vide agréable. Elles étaient encore présentes oui, mais elles étaient lointaine, presque invisible et pour la première fois depuis trop longtemps Elfie n'avait plus besoin de faire d'effort pour redescendre à une limite respectable. Elle n'avait plus besoin de garder le contrôle, la potion le faisant à sa place. C'était intéressant, si elle arrivait à s'en procurer un petit stock, la vie serait bien plus facile, à chaque fois qu'elle se sentait partir, il lui suffirait de boire un peu du liquide pour se sentir partir dans un moment doux et agréable, de pouvoir continuer à vivre sans avoir peur de perdre le contrôle, de pouvoir s'endormir sans ruminer durant des heures chaque point négatif qui la préoccupait.

Repoussant d'abord l'homme qui voulait lui mettre de la pommade sur le visage, elle finit par se laisser faire, n'ayant pas vraiment d'autre choix de toute façon. Ses doigts étaient désagréables, elle ne voulait pas les sentir sur son visage pour lui mettre la crème, mais elle n'avait pas d'autres solutions. Elle grimaça, non pas par douleur qu'elle arrivait à gérer à présent mais par mal être, le contact physique étant compliqué pour elle. Malgré tout, il avait été rapide et rapidement Elfie comprit que sa lèvre bien que toujours gonflée ne lui empêchait plus de bouger sa bouche sans blocage, son sang avait arrêté de couler et même si les marques resteraient quelques jours, elles seront bien plus facile à camoufler avec du maquillage que bouffis.

Le moment des explications étaient apparemment arrivé, inévitable... Deuxième soupir pour l'ancienne gryffondor qui n'avait pas envie de lui accorder une seule parole, qui n'avait de toute façon rien de bien intéressant à dire, qui ne savait même pas pourquoi elle avait frappé. Elle ne lui devint rien et il n'était pas en position de la forcer de toute façon, elle ne pouvait pas être mise en retenue, elle ne pouvait pas être viré, mise à part de cet endroit de malheur, elle ne pouvait plus être convoquée... Elle n'avait aucune raison de parler, ça ne le concernait pas. "C'est quoi la potion?" Les deux la regardaient à présent, elle comptait bien détourner la discussion et si au passage elle pouvait récupérer le nom du liquide si intéressant à ses yeux, elle en serait ravi, sans trop abuser sur l'émotion évidemment. "Pour vos livres là, je suis désolée." C'était faux, elle ne le pensait aucunement mais sa stratégie de fuite était activé, bien que très bancale. "Avec un coup de baguette ça devrait être réglé".

Son ton était neutre, son agressivité caché derrière ce qu'elle avait ingurgité. Continuant sur sa lancer, elle décida de se lever avec l'aide des accoudoirs. Son corps allait en partit bien et il était capable de la soutenir mais toujours perdue et avec cette potion dans le sang, elle tituba légèrement avant de faire quelques pas lourds et peu contrôlés. "Je dois partir." Elle considérait qu'il ne pouvait plus rien pour elle, il n'était plus d'utilité, chaque seconde de plus dans cet endroit étaient des secondes perdues. "Il est où le Magic'port d'ici?" Elle comptait transplaner malgré son état pour rentrer au manoir espérant avoir le temps de se doucher, dormir un peu et de cacher ce qu'elle avait à cacher avant de prendre son service.

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Tressaillement Libre
Zile prend le temps de bouchonner correctement la fiole de potion avant de se lever avec un soupir d'effort, la main en appui sur l'accoudoir du fauteuil pour ménager ses vieux genoux.

« C'est une potion calmante, » répond-il machinalement, sans se douter un instant que la jeune femme qu'il vient de soigner pourrait se servir de cette potion à des fins non essentielles.

Le sorcier n'a pas été étonné de voir la gamine rechigner face à ses soins. Ses gestes pour le repousser, ses yeux qui refusaient de croiser les siens, son silence pensant... Très différente de sa fille et pourtant aussi renfermée, incapable d'accepter avec le sourire l'aide d'une autre personne. Cela dit, après s'être battue comme une chiffonnière, peut-être ne devait-elle pas faire la maligne ni avoir envie de lui dire quoi que ce soit.

Zile ne peut s'empêcher de tourner les yeux vers Aelle qui n'a pas dit un mot et qui n'a pas l'air de vouloir le faire. Affalée dans le fauteuil, comme avalée par l'épais meuble au tissu marron, elle pose un regard que son père juge colérique sur celle qui a été son adversaire. Le cœur de Zile se noue quand il les voit de nouveau, l'une sur l'autre, le visage d'Aelle recevant des coups, ses propres poings à elle s'écrasant dans les côtés adverses. C'était un tel déchainement de violence ! Le bruit des poings, les grognements de colère, les halètements de douleur. Jamais il n'a vu sa fille ainsi, dirigée par une envie de faire souffrir, d'abîmer, à se débattre comme elle le faisait, pas parce qu'elle se défendait, mais parce qu'elle se battait.

Le sorcier a eu une longue vie et cinq enfants. Durant leur jeunesse, il a parfois été obligé de séparer Natanaël et Zakary qui s'accrochaient ou Aodren et Zak ; jamais ils ne se sont battus avec une telle violence. Ils se repoussaient brutalement, parfois se donnaient des coups dans les épaules, ou dans le torse, mais jamais de coups de poings au visage, jamais — Zile ne l'aurait pas permis. Mais voir Aelle ainsi le ramène à des souvenirs qu'il aurait préféré oublier. Le visage de son plus jeune fils, recouvert de bleu, abîmé par les mains de sa sœur. Elle avait treize ans lorsqu'elle s'est battu avec Aodren, ou plutôt quand elle s'est déchaînée sur lui. Zile n'a pas assisté à la bataille mais il a vu les dégâts. Pendant longtemps il a eu du mal à croire en cette réalité : sa petite fille, capable de faire autant de mal ? Aujourd'hui encore il a du mal à y croire alors qu'il y a assisté, qu'il l'a vu de ses propres yeux.

Son cœur se serre douloureusement. Il n'aime pas le sentiment de déception qui veut s'installer en lui : peut-être Aelle a-t-elle une excellente raison ? Peut-être... Mais Zile ne l'a jamais éduquée à régler ses problèmes avec une telle violence — pourquoi est-elle ainsi, si différente de la jeune fille qu'il a essayé d'élever ? Si renfermée, si violente, si différente de tous les autres ? Où est-ce qu'il a échoué dans son éducation ? À quel moment il a fait l'erreur qui a fait d'Aelle ce qu'elle est aujourd'hui ?

Zile papillonne des yeux, s'arrache à sa contemplation d'Aelle pour mieux accommoder sur la jeune femme qui se lève en tanguant, sans égard pour son bras qui se lève instinctivement dans l'envie, vaine, de la soutenir. Son regard passe rapidement sur les livres abandonnés et un soupir agacé lui traverse les lèvres. Quand la fille s'éloigne vers la porte d'entrée, il la suit ; est-elle donc si déraisonnable pour songer à transplaner dans son état ?

« Les livres ne sont pas le problème, articule-t-il d'une voix qui qu'il ne parvient pas à rendre moins agacée. Je les réparerai. Le problème, c'est que deux adultes ont jugé bon de se battre comme vous l'avez fait, sans égard pour l'endroit où vous vous trouviez, pour les gens que vous auriez pu choquer ou blesser, ou tout simplement pour vous-même ! Enfin, regardez-vous ! »

Sa voix s'élève d'un ton. Ses sourcils se froncent tandis que son regard passe de sa fille à l'inconnue et de l'inconnue à sa fille. Impossible de ne pas laisser voir sa colère qu'il trouve tout à fait légitime dans cette situation. Il ne crie pas, ne hurle pas, mais sa voix s'élève parce que rien ne va dans leurs explications inexistantes et leur comportement insolent.

« Qu'est-ce qui vous a poussé à ce comportement ? »

Le regard de Zile s'arrête sur le visage de sa fille. Au final, c'est de ses explications dont il a besoin, plus que de celles de l'autre jeune femme, même si avoir les deux avis est important. Cependant, il est presque sûr qu'il ne parviendra pas à retenir la seconde : il n'a ni le droit ni l'envie d'insister pour qu'elle lui parle.

Voyant qu'Aelle persiste à rester silencieuse, tournant son regard vers le fond de la librairie pour ne pas à avoir à croiser le sien, Zile poursuit, histoire que la blonde ne s'en aille pas sans qu'il puisse faire quoi que ce soit pour l'en empêcher — il culpabiliserait de ne pas essayer.

« Vous n'allez pas transplaner dans cet état, » lui dit-il d'une voix fatiguée.

Il lève sa baguette, fait magiquement venir à lui une bourse bombée de laquelle il pioche plusieurs pièces de monnaie. Du coin de l’œil, il aperçoit Aelle qui se redresse sur son fauteuil — il est certain que son regard est courroucé, aussi décide-t-il de ne pas lui accorder la moindre attention.

« Tenez, soupire-t-il, la voix lasse, en tendant à celle qui a été pendant un temps sa cliente le petit tas de pièces. C'est la somme nécessaire pour le Magicobus. » Prévoyant son refus, il insiste, s'approchant même pour lui fourrer les pièces entre les mains. « J'insiste. Vous n'allez pas transplaner dans cet état, répète-t-il, et c'est mon devoir de... » De père de celle qui vous a mise dans cet état ? « De m'assurer que vous rentriez en sécurité chez vous. Alors acceptez cet argent, rejoignez la route la plus proche, appelez le Magicobus et rentrez chez vous. »

Que peut-il faire de plus ? Il ne peut l'obliger à parler et trouve préférable que les deux filles s'éloignent rapidement l'une de l'autre. Zile connait suffisamment Aelle pour savoir qu'il ne pourra rien attendre d'elle tant que l'autre sera présente.

Tressaillement Libre
Elfie avait retrouvée une stabilité, son corps s'était habitué aux différentes douleurs qu'elle pouvait ressentir hormis le visage qui s'était apaisée suite à la pommade appliquée par l'homme. Son esprit était toujours aussi faible, toujours aussi démunis, toujours aussi perturbée pour pouvoir transplaner sans risque. Irresponsable et impatiente de rentrer la blonde n'avait pas consciente du danger que cela représentait et elle s'en fichait pas mal. Tout ce qui l'intéressait c'était de sortir d'ici, de noter le nom de la potion pour ensuite tenter d'oublier les visages, les lieux, les odeurs, tous ce qui pouvait lui rappeler son échec. C'était évidemment une cause perdue, une cause dont elle ne pourrait ressortir vainqueur. Ce genre de chose ne s'oublie pas, elle pouvait tant bien que mal essayé de les rendre invisible, essayer de les cacher, ils ressortiront forcément plus tard, comme cela s'était passé aujourd'hui.

Les dernières paroles de l'homme l'amusait plus qu'autre chose, un mélange d'agacement, d'impatience et surtout de potion qui faisait encore effet. Elle n'était pas du genre à se mêler des affaires des autres et elle détestait plus que tout qu'on vienne fouiller dans les siennes. Si elle se mettait en danger? C'était son problème, Si elle avait envie de se battre? C'était son problème, si son visage était aussi vallonné qu'un champ de bataille? C'était également son problème. Le sien et celui de personne d'autre. A la rigueur qu'il s'intéresse à ses livres Elfie le comprenait mais pour le reste elle était trop fermée sur ses convictions, sur ses appréhensions et sur son égoïsme pour comprendre qu'il était possible de s'intéresser à son bien être sans aucune raison valable, à partir d'un simple sentiment de générosité. Après un rire nerveux pouvant s'apparenter comme de la provocation, elle se regarda dans la vitre face à elle. Ses vêtements étaient tachés de sang, le sien? Celui de celle qui se prénommait apparemment Aelle? Elle s'en fichait. Ses phalanges étaient encore rougit par le sang et ses blessures non refermées tandis que son visage... Il avait dégonflée mais la pommade appliqué par l'homme laissait une couche peu agréable à admirer, sa lèvre laissait apparaître une blessure et sa joue bleuie par l'un des coups.

Bien qu'elle se fichait pas mal de son apparence et que la douleur était supportable, voir dans quel état elle se trouvait, voir le sang de l'autre fille sur sa cape lui rappelait non pas la bagarre en elle même mais bien toutes les pensées négatives qu'elle avait pu avoir dans cette bibliothèque, depuis le moment où elle avait perdue le contrôle. Fermant complètement ses émotions, pour les effacer le plus longtemps possible, avec l'aide de la potion calmante, la jeune adulte fit mine de s'admirer en exagérant sa gestuelle faciale. "Parfaite." Tout était faux, évidemment personne ne serait dupé par ses paroles, son ton ne cachant plus l'ironie provocatrice de ses pensées.

Nouvelle tentative d'extirper des explications des deux sorcières, encore une fois soldée par un échec. L'autre n'avait pas l'air de parler et Elfie ne comptait pas le faire non plus. Si il voulait un dédommagement pour le matériel de sa boutique elle comprendrait bien qu'elle n'y réagirait sûrement pas mais elle n'avait aucun compte à rendre sur ses agissements à n parfait inconnu. Elle avait attendu bien trop longtemps, son impatience grandissant et son envie de s'enfuir reprenait le dessus. La potion faisait encore effet, et elle n'avait pas envie qu'elle s'arrête avant d'avoir pu regagner sa chambre. Elle ne savait pas combien de temps elle pouvait bien durer, l'une de ses craintes étaient qu'elle s'arrête de fonctionner en plein milieu de son service où elle devrait reprendre le contrôle sur ses émotions sans en montrer une seconde, sans que cela se voit sur son visage, sans que cela n'ait d'incidence sur son travail. Et vu sa crise du jours, vu les émotions qui l'avaient traversé, vu ce qu'elle voulait effacer, elle n'était pas sûre d'y arriver.

Elle s'approcha de la porte d'un pas plus assuré, mais toujours affaiblit. Son regard était redevenu noir un court instant en pensant que le sorcier allait l'empêcher de partir, qu'il allait la forcer à rester encore plus longtemps dans cet enfer, qu'il allait la garder encore, l'empêchant de retrouver un semblant de solitude, un semblant de tranquillité. Elle se radoucit légèrement comprenant qu'il lui proposait seulement une autre alternative. Finalement le magicobus n'était pas une si mauvaise idée, elle était sûre de rentrer entière sans risque de finir désartibulée. Elle qui n'était pas douée en sortilèges, si elle n'avait pas la concentration nécessaire le risque était important. Sans grande surprise, l'ancienne gryffondor refusa l'argent tendu par le propriétaire de la boutique. Elle en avait assez sûre elle, elle était autonome, elle n'avait pas besoin de son aide, elle n'avait pas besoin qu'il lui fasse un geste... Il devenait de plus en plus pesant et lourd, pourquoi était-il si insistant sur le besoin absolue de l'aider? Elfie dans sa situation aurait certainement décidé de jeter les bagarreuses dehors sans se préoccuper un instant de ce qu'il pouvait bien se passer. Qu'il ait se genre de réaction avec sa fille, pourquoi pas, mais avec elle, parfaite inconnue? Elle ne s'y faisait pas.

Presque contrainte, accompagnée d'un haussement de sourcils, elle finit par accepter les pièces tendus, les rangeant dans un endroit différent que sa propre bourse. Il était hors de question qu'elle les utilise pour payer son moyen de transport, elle ne pouvait pas se résoudre à les utiliser comme lui le voulait. Elle pensait déjà au verre qu'elle pourrait se payer avec, c'était une bien meilleure façon de les utiliser. Sans un regard supplémentaire vers l'autre sorcière qu'elle n'osait plus regarder par peur de retomber dans ses démons, Elfie ouvrit enfin la porte, l'action qui lui avait manqué pour rester dans le contrôle. Elle avait bien envie de la détruire, de donner un coup de pied pour la voir se briser entièrement mais à la place, un simple sourire se dessina, de travers au vu de l'état, sur les lèvres.

Ses pensées avaient été calmé par la potion, elle était bien plus efficace qu'elle aurait pu le croire. Elle ne fit pas de détour, dans le but de rentrer le plus vite possible, de retrouver son lit, le fond de bouteille qu'il lui restait sûrement, Juane... Bien qu'à un moment donné elle devra forcément de nouveau faire face à ce qu'il venait de se passer, à ses démons, à ses faiblesses et sans personne sur qui rejeter la faute... Les retombées seront sûrement plus difficile à contrôler que ce qu'elle avait déjà supporté jusqu'à maintenant.

Zile ayant l'air d'avoir accepté qu'Elfie s'en aille, j'ai considéré que la porte s'ouvrait enfin, n'hésite pas si quelque chose ne convient pas. C'est normalement une fin pour moi, merci!

Employée au manoir Joyce, Promo 42
Je déteste ceux qui volent ma solitude sans m’offrir de vraie compagnie.