Mémoire traumatique.
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*Pensées*
Gestes / Narration
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Paroles
Samedi 15 Janvier
Toute la journée
Toute la journée
TW : Crise de panique, Pensées suicidaires
Le vent se glisse dans mes cheveux, la brise est agréable. Je vois la mer scintiller en contre-bas, le fond m'appelle et j'y saute sans même y penser à deux fois. L'eau est fraîche, douce comme de la soie contre ma peau. Je tournes mon visage, et aperçois mes pères sur la plage, accompagnés de Moun et Soun. J'y vois deux autres formes faites de brume verte, mais je n'y fais pas plus attention. Je vois leurs lèvres bouger, ils essaient de me dire quelque chose, mais je n'entends rien.
Je nage, mais je fais du surplace, le silence étouffe ma propre voix et bloque mes oreilles. Je force, je tire, mais rien n'y fait, je reste immobile. Le liquide vient se glisser dans ma gorge, mon nez, je m'étouffes et crache mes poumons, un goût de sang se glissant sur ma langue. Je vois ma famille disparaitre comme des ombres alors que je me met à couler, l'eau sombre venant couvrir mes yeux. Il fait noir, j'ai peur. La peur, cette émotion que je comprends, que je ressens contrairement aux autres, et pourtant qui me torture autant qu'elle me fait de bien. L’effroi se glisse dans tout mon corps, je me débat dans le vide, j'asphyxie, la pression m'écrase, et tout ça dans le noir et le froid.
Mon corps entier tremble, ma transpiration dégouline le long de ma chair et mon souffle est court. Je tousse plusieurs fois, je m'assois, les draps collés contre moi me dégoûte et me donne une violente envie de vomir. Autour de moi, c'est le silence complet. Je regarde l'heure, 05:44, trop tôt pour un week-end sensé être reposant. Je me lève difficilement, mes tremblements redoublant à chacun de mes pas. Une fois dans la salle de bain du dortoir, je ferme doucement la porte derrière moi, avant de me tenir désespérément au lavabo. Je parais épuisé, mes cernes creuses mon visage déjà si fin, mes cheveux blonds sont en batailles et mes yeux gris semblent aussi effrayés qu'indifférents. Le miroir reflète pendant quelques secondes le Prince fantôme par lequel on ma toujours identifié, cette chose abstraite devenant soudainement trop réelle. A cet instant précis, je suis d'accord avec les autres, avec leurs vieilles moqueries, contre mon propre gré.
*Quel cauchemar inutile, voilà que je pense comme eux. Quel gâchis.*
Je soupir, ma gorge se relâche un peu, et je décide de prendre une douche froide pour remettre mes idées en place, sans succès. Je laisse l'eau couler contre ma carcasse, je sens des souvenirs encore en hibernation m'empêchant de penser correctement, l'odeur de ce petit fruit rond à noyau me travaille, et je ne sais pas pourquoi. Je n'arrive pas à mettre le doigt dessus, et en essayant, ce n'est que mon esprit que j'isole. A part me faire frissonner un peu plus, ce rinçage n'a rien changé, ce sentiment de frustration et de lourdeur toujours accroché à moi.
Toute la matinée, je ne fus que spectateur de mes propres mouvements. Chaque pas était lourd, chaque parole, chaque clignement de mes yeux me coutaient autant qu'un cross de plus de trois heures. Tout était flou, tellement, que j'ai commencé à suivre les autres, à les imiter. Mon esprit s'est presque mis en mode automatique, forçant mon comportement, mes émotions, mes expressions faciales, ma voix, assimilant les normes seulement pour cacher mon état actuel et garder le silence.
Comme un mouton, vers 13:00, après une matinée d’errance, me voilà dans la Grande salle, à la table des Serpentards. Les gens me servent, et discutent, comme si je n'étais pas là. Je suis transparent, invisible, mon existence est une poussière dans la leur, mais ça me va. Sans réfléchir, avec un effort immense, je tends la main vers la cruche d'eau, et attrape mon verre, avant de commencer à me servir. Je vois le liquide couler, et je sens les battements de mon cœur accélérer. Ma poitrine se serre, ma cage thoracique tente de s'ouvrir et j'écarquille les yeux en sentant mon corps entier se mettre à brûler.
Les gens parlent, crient, le bruit des couverts contre les assiettes, les mouvements de vas et viens de leurs bras, ceux qui mange, c'est trop. La nourriture devant moi, les odeurs fortes de la viande comme des desserts, cette odeur de cerise qui me hante, c'est trop. La lumière des bougies me brûle les yeux, ça fais mal, c'est trop. Je déglutis, ma voix se bloque, mon cerveau se consume comme jamais, j'ai mal au crâne, ma boucle d'oreille est de trop, tout est trop, tellement trop.
*Qu'est-ce qui ce passe, pourquoi je suis dans cet état ?*
L'eau coule sur ma main, et vient noyer mes aliments devant moi. Je ne réagis pas, gardant le récipient dans l'angle pour verser continuellement le liquide dans mon verre déjà plein. Ma voix est sévère, et je cris à moitié, comme si j'essayais d'aboyer quelque chose.
"Arrêtez tous tout ce que vous faites !-"
" HEY !"
Je me fais couper, sursaute en écarquillant les yeux et lâche la cruche, la laissant rouler sur la table, couvrant celle-ci d'eau. Mon verre m'échappe, et s'éclate sur le sol, les morceaux de verres glissent jusqu'à mes pieds, et tout les élèves autour de moi lâche des petits cris de surprise. Je cligne plusieurs fois des paupières en découvrant avec horreur le résultat de ma dissociation précédente.
"Fais attention, tu vas bien ? Tu t'es blessé avec la coupe ? Je ne voulais pas te crier dessus excuse moi, mais vu que tu n'arrêtais pas de remplir ton verre déjà plein, ça en mettait partout..."
Un élève de Serpentard tente de me parler, de m'expliquer la situation, mais je suis déjà bien trop loin. Les larmes menacent de couler, mais je me retiens.
*Intériorise, intériorise, intériorise intérioriseintérioriseinte-*
Avant même que je m'en rende compte, je suis déjà debout, et je me précipite en direction de la porte. J'entends la voix des autres derrière moi, mais ils passent en second plan, mes pensées s'embourbant un peu plus les unes après les autres. Mes émotions sont là, et pourtant je ne les sens pas, pourquoi ?
*Je ne comprends pas, je n'arrives pas à l'expliquer-*
Un semblant de sanglot m'échappe alors que j’accélère le pas. Je me pince la main, je mords ma lèvre et arrache l'intérieur de ma joue, mais même la douleur ne change rien à mon état. Dans ma course effrénée, je cogne dans une Poufsouffle, qui me regarde avec inquiétude. Je la regarde, elle dit quelque chose, mes oreilles sifflent et mon regard reste bloqué sur ses lèvres mouvantes. Effrayantes.
"Non, non."
Je dois forcer pour être capable de lui répondre, avant de reprendre mon chemin. Les mots, parler, dire, c'est si dur, ça fait peur. Mon cœur accélère de nouveau, j'ai l'impression d'être comprimé dans mon corps, que tout le monde me regarde. J'ouvre la bouche pour essayer de parler, et halète à moitié, de la bave dégoulinant de mon menton. Communiquer, ça m'es inconnu. Je marche, plus vite, encore, je couvre mes oreilles, avant de commencer à courir. Je cours à perdre haleine, une lourdeur invisible et inconnue ralentis chacun de mes pas, néanmoins, sans m'en rendre compte, me voilà dehors. Il pleut averse, mais je n'y fais pas attention. Je continue à courir, trébuche mais me relève, jusque devant le lac.
Mon souffle s'échappe en grands nuages de fumée dans l'air froid, saccadés et courts, alors que je sens mes larmes commencer à couler sur mes joues. J'ouvre la bouche, tente de crier, mais malgré tout le mal que je me donne, rien ne sort, m'avoir gardé sous silence depuis si longtemps me bloque. Je regarde mes mains, elles sont sales, c'est trop. Mes vêtements trempés contre moi, mes cheveux qui se lissent au fil de la pluie, ça me colle, trop, trop de sensations, pas assez d'émotions. J'ai si froid, ce froid, je le connais, mais d'où ?
*Que la fin soit magnifique ou terrible, je crois qu'il n'y a rien que je mérites...*
Plus j'avance dans la vie, plus l'impacte sera mortelle, et je le sais. Je n'ai aucun but, mes objectifs sont erronés mais je n'arrive pas à les lâcher. Ma petite voix me dis que ce n'est pas assez, j'évite les facilités pour faire mieux, encore et encore, au point de vouloir atteindre la validation du monde et pas ma propre réussite, tout ça, parce que mon existence entière est gérée par mes malheureux efforts pour identifier des émotions, apparemment pas si utiles, si c'est pour me faire si mal. Je sens ma boucle d'oreille se balancer sur le côté, un petit rappel d'où je viens, de qui ma amené ici.
Elle.
Je serre les dents, des souvenirs flous que je ne reconnais pas et pourtant qui me mettent hors de moi se glissent dans mon esprit, me faisant crier avec colère en direction du lac.
"C'est toi ! C'est de T'AS faute ! J-Je suis sans cœur parce que TOI tu n'en avais pas ! T-Tout ça, tout ça juste-"
Ma voix se bloque à nouveau, je serre mes mains autour de ma gorge, comme si la force de ces souvenirs enfouis pouvait à elle seule me faire taire. La paix, il n'y a que la mort qui peut me la donner, alors qu'est-ce que j'attends ? J'attrape la boucle avec force, avant de tirer dessus. Elle ne se détache pas. Je recommences, je grognes à moitié, mes larmes de rage se mélangeant avec ma morve, et quand j’arrive enfin à l'enlever, je la jette dans le lac, le plus loin possible.
Du sang coule le long de ma nuque, mélangé avec la pluie. Mon oreille est abimée, mais pas déchirée. Ça laissera une cicatrice, mais tant pis. J'expire un bon coup, et soudain, tout devient silencieux. Mes pensées se taisent, ma voix reviens, mon souffle ralentis, mes larmes s'arrêtent. Tout est calme. Ma gorge se desserre. Enfin, je peux parler. Ressentir.
Exister, moi, et personne d'autre.
Je baisse les yeux sur mes mains, puis mes bras, et c'est avec horreur que je vois le bracelet offert par mes parents. Je suis en train d'abandonner ma propre famille, je renie ma naissance, ce qui ma construit, mes racines en souhaitant mourir et disparaitre avec ce foutu bijou de pacotille. Pourtant, le soulagement de ce poids mort est si grand, qu'est-ce que je fais ?
Je sens mes muscles lâcher d'un seul coup, comme une baffe en pleine figure. Un flot d'émotions beaucoup trop violentes me submerge, et je me jette à l'eau. Tout est tellement fort, ça me fait peur. Encore, et toujours cette même émotion qui m'accorde sa compréhension.
Je suis complètement bouleversé et submergé par ce torrent de sentiments, cette sensation d'être vivant me détruis complètement, parce que je ne sais pas le gérer, je ne l'ai jamais eu. Je plonge mes bras au plus profond que je peux, cherchant rapidement à retrouver l'objet doré au fond de l'eau qui canalisait toutes ces sensations.
*Il n'est pas là, il n'est plus là !*
"Aaaaaaaaaaaaaaaaaah !"
Je hurle, je hurle à en cracher mes poumons, et ma gorge me brûle comme jamais, elle qui a l'habitude d'être si silencieuse. Je tire sur mes cheveux, je me met des coups, mes yeux ouverts comme si j'avais vu mon plus grand cauchemar, et j'hurle encore une fois, avant d'enfoncer ma tête dans l'eau, les bulles d'air remontant en nombre à la surface. Je glisses mes mains dans cette boue, ce sable vaseux, cherchant désespérément la boucle d'oreille. Je pleure, ma respiration se coupe, et j’hurle à nouveau. Des larmes, du sang, de la bave en plus de l'averse, il y a tellement de choses qui coulent sur mon visage que je ne fais même plus la différence.
Je plonge entièrement dans l'eau quand je vois quelque chose briller au fond. Je me relève en arrière, et me laisse tomber comme un cadavre sur la plage de galets, la boucle à la main. Je récupère difficilement ma respiration, comme si je me faisais étrangler, le pouvoir de ces souvenirs non-délivrés m'étouffant à nouveau, comme le ferait une noyade. Ma tête est lourde, mon corps entier est douloureux, mes yeux brûlent, et je sens des picotements désagréables au niveau de mon oreille.
*Je suis vraiment incapable de ressentir quoique ce soit correctement hein ?...*
Soit c'est trop, soit ce n'est rien, tout ça à cause de quelque chose que je ne comprends même pas. Cet objet, un fardeau dont je ne peux pas me séparer, jusqu'à ce que j'arrive à faire fonctionner ce cœur qui est le mien.
"Je suis un gosse bordel..."
Ma voix est rauque et basse, abîmée par la dureté avec laquelle je l'es utilisée. Je sanglote, mais ça ressemble plus à un gargouillis atroce qu'autre chose, et je resserre l'attache contre moi. Je n'avance plus, je ressasse. Je ne connais pas mes limites, et voilà ce qu'il ce passe quand je les dépasses. Être ici, seul, sans repères, c'est endurer, et me battre contre mes propres travers, plus que d'habitude. Je ne sais pas qui aller voir, j'ai besoin de quelqu'un à qui dire toutes ces choses, ces souvenirs incompréhensibles pour moi, mais je n'en ai plus les moyens, ni la force actuellement. Je serre les dents, et essai de crier à nouveau ma douleur, mais rien n'y fais.
Me revoilà silencieux, tut par mes propres problèmes. Peut-être que tout va et que je veux juste tout saboter ? Allongé sur le côté, je mords ma lèvre, et laisse mes larmes couler silencieusement, savourant le désastre amer de mes propres dégâts. Le bas de mon corps est toujours dans l'eau, l'averse couvrant mes sanglots pathétique. Je sers la boucle d'oreille contre mon cœur de glace, mon bracelet enroulé autour de mon poignet me rappelant que non, je n'ai pas le droit d'en finir, pas maintenant. Je fais un rire étouffé, amusé par ma propre bêtise.
Il est là, le problème.
Tu es de trop Artamiel.
2355 mots
"I don’t belong in the world.
That’s what it is."
That’s what it is."