Comme une boîte à musique
SAMEDI 25 DECEMBRE 2049
MAISON O'BARDEN
MAISON O'BARDEN
Il était parfois à se demander si la maison finirait par s'écrouler si l'on oubliait le rythme qui lui était imposé. Depuis que les parents de Niall avaient repris le flambeau de l'hôte officiel pour Noël, c'était un défilé familial qui se rendait à Dublin, dès onze heure quarante-cinq. Interdiction de venir avant. Chaque membre avait son rôle à jouer, son plat à apporter, son sourire à envoyer. A chaque arrivée, le libraire soupirait intérieurement, alors qu'il offrait sa plus belle révérence et ses mots les mieux choisis. Le tableau était parfait et les parents jubilaient. S'il se concentrait sur les mots qu'ils choisissaient, il entendait une toute autre vie qui lui était dessinée : Bien sûr, Niall finirait par intégrer une université lorsqu'il aura fini de s'amuser dans sa libraire ; bien sûr qu'il ne pouvait pas laisser un tel potentiel intellectuel perdu dans la vente ; bien sûr que le nom O'Barden aurait bientôt une descendance, il allait bientôt avoir trente ans après tout...
La grande tante dublinoise s'était approchée de son petit neveu pour lui glisser discrètement un livret sur les runes. Un tout petit livret qui tenait dans la paume d'une main. Le cadeau n'avait pas eu le temps d'être emballé, c'était la spécialité de la femme. Elle, au moins, se fichait bien des convenances que lui imposait la famille. Elle avait bien compris que le dernier O'Barden avait d'autres desseins en tête que de peindre à la perfection la toile pré dessinée par les parents, mais tant qu'il n'était pas prêt, elle ne pouvait rien faire d'autre que de lui offrir quelques petits coups de pouce lors des fêtes ou anniversaires.
Niall lui avait souri et avait rangé discrètement l'objet dans le fond de sa veste verte et noire. Il avait beau comprendre qu'elle non plus n'était pas de l'avis général, il ne pouvait rien faire. Cette année n'était encore pas celle du changement. Il ne se voyait pas lancer une révolution, il ne se voyait pas s'exprimer sur ses goûts, son avis, son avenir. Le sourire joyeux s'était alors transformé en sourire désolé et l'Irlandais avait rejoint le groupe pour servir à chacun d'eux le verre d'alcool, les mots adéquats et le sourire qui les attendaient. Tout était parfaitement minuté. Le spectacle n'avait aucun défaut en apparence. Servir, écouter, rire, remercier, féliciter, et recommencer.
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