PNJ Exécration amicale

Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ) : Tamara Priddy (sœur de Sarah)
- Lien vers la fiche du PNJ : portoloin
- Intérêt de ce RP pour votre PJ : elles partagent le stand et c'est forcément Tamara qui garde la place quand Sarah se promène. PNJ prétexte.


Mercredi 4 août 2049, début d'après-midi.
@Aelle Bristyle


Les journées allaient globalement se ressembler en ce mois d'Août. S'engager à tenir un stand sur la grande fête des quadriennales impliquait "un peu" de temps de présence. Les deux sœurs se relayaient pour présenter leur invention, répétant plus ou moins en boucle les mêmes informations. Néanmoins, Tamara travaillant à la réserve, c'est souvent Sarah qui officiait.

Ce jour là, après un petit repas composé principalement de fruits et crudités, la sorcière avait fait une escale chez Jack O'Pumpkin un peu plus loin dans l'allée pour une petite douceur sucrée. Le vieux sorcier était on ne peux plus sympathique et Sarah appréciait d'écouter ses petits conseils de cuisine qu'elle n'arriverait probablement jamais à mettre en application. Les pas de la sorcière l'avaient ensuite menée vers les pavillons étrangers et plus particulièrement vers celui dédié à l'Afrique. Cet espace l'attirait plus encore que les autres, les déballant étaient tous haut en couleur et les objets en présentation avaient un côté fascinant.

La jeune Béninoise papotait avec sa voisine d'exposition et Sarah en profita pour s'approcher du stand désert. Non pas que la présence de l'exposante fut gênante mais, Sarah pouvait ainsi, observer à volonté les petites statuettes sans sentir le regard pénétrant de la jeune femme.

Il était étonnant de penser que ces petites poupées, à peine formée pour certaine, sans bras et aux jambes collées pouvait détenir un pouvoir si grand. La Galloise hésitait à en acheter quelques unes. Pour Tamara peut-être et son futur bébé. Si les statuettes fonctionnaient vraiment, ça pouvait être utile, une façon de les protéger comme la grande sœur et future tata qu'elle était sans être trop présente.

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Mercredi 4 août 2049
Dans les alentours de Godric's Hollow



Nous apparaissons au milieu du bruit et de l'agitation. Des flânions, de la musique, la rumeur de centaine de conversations, des odeurs familières et d'autres étrangères de salé et de sucré. Les tentes attirent aussitôt mon regard de part leur grande taille, mais sur la droite plusieurs dizaines de stands s'étirent également dans la plaine, encore trop éloignés pour me révéler leurs secrets. Le bruit et la foule me dérangent trop pour que je me félicite d'avoir fait le déplacement. Je rends le portoloin qui m'a amené en bordure de Godric's Hollow où les Quadriennales ont été organisées et m'éloigne de l'aire d’apparition. Je suis accompagnée de Zikomo qui se blottit sur mon épaule, à la fois pour ne pas être bousculé et parce que nous sommes depuis longtemps habitués, lui et moi, à garder sa présence discrète lorsque nous nous rendons dans les villes sorcières.

Cette sortie est l'idée de Zikomo. Pour ma part, j'avais oublié cet événement dont les journaux nous ont pourtant rabâché l'arrivée ces derniers mois. Il y a plusieurs semaines, la seule idée de la tenue de cette colossale exposition m'avait profondément réjouit ; je m'étais renseignée dès que je l'ai pu sur les exposants, sur leurs produits, sur les pays représentés, et j'attendais avec impatiente l'événement. Aujourd'hui ? J'ai regardé le programme sans réussir à savoir ce que j'avais ou non envie de voir et le Mngwi a dû insister pour que j'accepte de sortir, contrant efficacement mon argument phare, à savoir : « les Quadriennales ont ouvert depuis seulement quelques jours, ça va être bourré de monde ! » en soutenant que plus nous y allions tôt, plus il y aurait de choses à voir. « Et de toute façon, j'ai envie d'aller me promener, et quelle meilleure façon de se promener que d'aller découvrir d'étranges et passionnants objets magiques ? » ; contrairement à son habitude, il a insisté jusqu'à ce que j'accepte.

Nous voici donc plongés au milieu d'une foule de sorcières et de sorciers tous plus agités les uns que les autres. Même s'il y a suffisamment de monde pour que l'hypothèse de croiser une connaissance soit relativement faible, je ne peux pas m'empêcher de regarder autour de moi en me dirigeant vers les grandes tentes dressées, au cas où je doive éviter inopinément un visage familier. Mais les seules choses qui attirent mon regard pour le moment sont les indications des différents lieux et lorsque Zikomo, d'une voix trépignante, m'implore d'aller voir la tente réservée aux exposants africains, je le lui accorde volontiers parce que je sens s'éveiller en moi un intérêt qui, ces derniers temps, est d'une si grande rareté que je ne peux que me précipiter sur ce qui l'attise.

Une fois sous le pavillon D, je ne peux m'empêcher de me souvenir du seul voyage que j'ai effectué sur le continent africain. Je me souviens de l'étrange Uagadou et de son organisation militaire, de mes semaines hors du temps passées là-bas dont je garde un souvenir évaporé, mitigé, mais non moins ému ; j'ai une pensée pour Erza avec laquelle le nombre de lettres échangées depuis mon séjour se compte sur les doigts d'une seule main, et une autre pensée pour Araya et nos rapports plein de contrastes — cela fait longtemps que je n'avais pas pris la peine de penser à elle et à notre à correspondance avortée.

Forte de ces souvenirs, j'erre de stand en stand en m'arrêtant pour regarder les objets exposés ou écouter les quelques explications que donnent les exposants. Je m'intéresse aux nouveautés que je découvre, pose des questions lorsque Zikomo me souffle ses curiosités à l'oreille, mais j'ai du mal à m'arracher au poids qu'ont mes pensées ces derniers temps. Étrangement, toutes les pénibilités quotidiennes qui m'assaillent lorsque je suis chez Narym et que j'ai du mal à m'occuper sont encore présentes ici, malgré le bruit, le monde et les nouveautés. J'essaie d'ignorer la présence de cette ombre qui pèse sur mon esprit en poursuivant mon chemin.

C'est naturellement que je me présente au stand suivant. Les petites statuettes attirent aussitôt mon regard et il ne me faut guère de temps pour me rappeler avoir déjà lu quelque chose sur les figurines d'exécration — mais si l'on en croit l'ouvrage dans lequel j'ai trouvé l'information, d'origine suffisamment sombre pour susciter un froncement de sourcils chez les sorciers d'éducation tristement standard, je me demande si ces statuettes là ont le même effet que celles dont parlait ce livre.

Je pars en quête de l'exposante, balayant de mes yeux son stand sans trouver l'objet de mes désirs. Mais lorsque je tombe sur le profil de cette femme non loin de moi que j'ai automatiquement prise en arrivant pour une banale passante indigne de mon intérêt, mon cœur chute de plusieurs étages. Il réagit avant même que l'information des traits familiers de la sorcière n'atteignent ma conscience. Ce n'est que quelques secondes après que je parviens à relier les informations entre elles. Son visage bien dessiné et sa cascade de cheveux bruns font partie des souvenirs vivaces que j'ai d'elle, comme son regard lorsqu'elle m'observait dans la semi-pénombre de son bureau cette nuit-là ou sa voix quand elle m'a raconté certaines horreurs de son passé.

Sarah Priddy se tient à quelques mètres de moi, ancienne professeure, directrice de maison et confidente involontaire à ses heures perdues. Je l'ai côtoyée durant de longues heures à Poudlard, je n'avais aucune gêne à l'observer parler à chacune de ses heures de cours. Pourtant, aujourd'hui, dans ce contexte non-scolaire, sa présence m'ôte tous mes mots. Cette image de mon passé m'inspire un sentiment désagréable dont je ne sais que faire. J'aimerais avoir une chose intéressante à dire, car c'est la seule façon d'approcher les femmes comme elles, mais rien ne sort de ma bouche et, pire encore, rien ne s'éveille dans mon esprit. Alors, la gorge nouée mais le cœur battant comme celui d'une enfant, je baisse de nouveau les yeux sur les figurines qui s'étalent devant moi.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 23 nov. 2024, 09:51, modifié 2 fois.

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Le choix était cornélien, il s'agissait de savoir combien de personne on aimait assez pour alléger sa bourse tout en acceptant que ni la statuette, ni tout l'or du monde ne pourrait rien en vérité si les choses devaient mal tourner. La jeune femme avait été claire dans sa démonstration la veille, si le danger était trop grand, la statuette exploserait tout simplement. Triste façon d'apprendre le décès probable d'une personne qu'on aime en découvrant un tas de poussière sur le rebord de son étagère. Quel sentiment d'impuissance et de désespoir devait vous envahir à cet instant... Sarah pouvait sans mal s'acheter un paquet de petites poupées protectrices pour toute les personnes qui lui passait à l'esprit mais, est ce que vouloir aller contre le destin valait vraiment la peine ?

La Galloise fit rouler entre ses doigts la figurine qu'elle avait attrapée, cherchant des yeux la vendeuse. Est ce qu'on négociait la vie de ses proches en demandant à acheter un lot ? C'était assez ignoble dit comme ça. Laissant échapper un soupir de dépit, elle attrapa cinq petites sculptures d'argile et tourna la tête pour trouver la vendeuse. Néanmoins, ce n'est pas sur la chevelure frisée de la brune que s'arrêta son regard mais sur un étrange pelage bleu et...

" Aelle, comment vas-tu ? La surprise n'était pas feinte et la sorcière offrit un sourire franc à son ancienne élève. Bonjour Zikomo. Toi aussi tu es de la visite à ce que je vois. "

Si la Poufsouffle avait toujours été du genre renfermée et... compliquée, elle n'en restait pas moins une élève passionnée que la désormais sous-directrice avait apprécié. Son seul regret, ne pas avoir pu lui venir en aide quand elle en avait eu besoin mais ça, elle n'était pas du genre à forcer les autres à s'épancher et si Aelle n'avait pas souhaité de son aide, ce n'était pas elle qui allait la forcer tant qu'elle ne mettait pas les autres élèves en danger. Chacun sait ce qu'il a à faire... ou pas.

" Vous avez eu le temps de faire le tour de la foire ? "

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Moi qui pensais que mon cœur était déjà tombé bien bas, quelle surprise de le sentir dégringoler dans des abysses plus profondes encore lorsque mon prénom sort de sa bouche ! Depuis quand ne me suis-je pas réjouie d'entendre ces cinq lettres dans une bouche autre que celles des rares amis que je compte autour de moi ? Mais dans ses mots à elle, cela ne me dérange pas d'entendre mon prénom ; au contraire, j'en ressens une joie rare qu'elle n'ait pas décidé par rancœur, parce que je ne lui ai jamais écrit ou donné de nouvelles comme elle m'avait proposé de le faire, de passer d'Aelle à Miss Bristyle.

Interpelée aussi directement, il n'est plus question de faire mine que je ne l'ai pas aperçue. Je me tourne vers elle, l'appréhension me nouant le ventre. Quelle drôle de situation que de me retrouver à parler à ma professeure de Sortilèges au beau milieu d'une foire comme celle-ci ! J'ai l'impression que les murs du château se dressent de nouveau autour de moi. J'ai du mal à me faire à l'idée que nous ne sommes que deux sorcières, désormais, deux sorcières majeures libres de leur choix, de leurs paroles et de leurs actes — je n'ai plus à craindre aucune retenue ou réprimande, et je suis persuadée que Priddy le sait et que les rapports que j'aurais avec elle ne pourront qu'en être modifiés.

Malgré tout, je me sens gênée et c'est la gorge asséchée que je m'approche d'elle, accueillant tous ses mots de bienvenue avec maladresse. Zikomo réagit avant moi et salue vivement la femme qu'il a eu l'occasion de croiser à plusieurs reprises lorsque nous étions au château ; cela me fait bizarre qu'ils se parlent comme de vieilles connaissances.

« Bonjour, » dis-je avec un temps de retard, le regard fuyant.

Mes yeux parcourent les petites figurines qui avaient toute mon attention un instant plus tôt et qui ont désormais été reléguées au second plan dans mon esprit.

« Je viens juste d'arriver, avoué-je d'une voix anormalement profonde (déformée par le sentiment de gêne que je ressens). Je n'ai pas encore vu grand chose, mais Zikomo a voulu qu'on vienne voir la tente réservée à l'Afrique... Et moi aussi, évidemment, » ajouté-je en jetant un regard en coin à la sorcière, certaine qu'elle se souviendra sans mal que j'ai voyagé en Afrique lors du programme AMICO.

Je me souviens de ce jeu auquel nous n'avions finalement pas joué, cette nuit honteuse où je suis allée la trouver dans son bureau parce que j'avais fait un cauchemar — oh, que la honte me dévore à ce souvenir ! Je connais l'intérêt de Priddy pour l’Égypte, peut-être l'Afrique dans sa totalité, aussi-je ne suis-je pas surprise de la retrouver dans cette tente. Mais tout de même, nous y croiser alors qu'il y a tant de monde... Je me demande si ce sont les petites statuettes qui l'ont attirées particulièrement ou si elle vient seulement contenter sa curiosité. Sa présence me fait ressentir des émotions beaucoup trop contraire pour que je prenne la peine d'ouvrir la bouche pour lui poser la question.

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De toute évidence, le renard d'encre semblait plus content que sa compagne à deux pattes de retrouver une ancienne connaissance mais, n'était ce pas toujours lui le plus expressif des deux ? Sarah n'en prit en tout cas pas ombrage, retrouver son ancienne professeure, une personne qui connaissait une partie de son passé, une partie de nous qu'on ne souhaitait plus forcément porter, ce n'était pas toujours simple. Elle sourit à la réponse de la jeune sorcière.

" Très bonne idée en effet. Les propositions de ce pavillon sont très intéressantes même si, entre nous, pour rien au monde je n'irai acheter une statuette qui me dicte à longueur de journée ce que je dois faire. Quelle horreur. Mais le concepteur en a bien conscience et semble en rire plus qu'autre chose. "

La propriétaire du stand s'était approchée. Après un court échange avec la sorcière, Sarah régla le prix des statuettes qu'elle avait en main plus une. Pourquoi faire cela ? Aucune idée, c'était étrange mais, à cet instant, elle avait décidé de faire une chose qui ne lui ressemblait pas, écouter les signes. Ce n'était peut-être pas cohérent ni rationnel mais, une petite voix lui soufflait que, ce n'était peut-être pas un hasard qu'elle tombe sur la jeune Aelle Bristyle justement à ce stand, justement quand elle s'interrogeait sur qui avait réellement besoin d'une potentielle protection. En tout cas, elle pouvait reprendre la discussion avec son ancienne élève le temps qu'on lui rende la monnaie.

" Les pavillons étrangers sont très intéressants je trouve. Il y a des petites merveilles en Grande Bretagne également mais... pas que... Un conseil, méfiez vous de la vieille Bathilda dans la deuxième allée. J'ai eu le malheur de trop m'approcher hier, il m'a fallu un moment pour m'en remettre si on peut dire. Certains disent aussi que le vendeur de théière du côté du pavillon asiatique est un peu étrange. Hier j'ai vu une petite foule quitter les lieux en se poussant des cris affolés. "

La Galloise, sans commenter son achat, glissa donc toutes les petites figurines dans son sac sans fond et ses noises dans sa bourse avant de reprendre la parole.

" Est ce que tout se passe bien du côté de l'Académie ? Je suis passée emprunter un livre sur le campus l'autre jour, j'espérais croiser quelques anciens élèves mais, je ne devais pas être à la bonne heure. "

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Un vague sourire m'étire les lèvres lorsqu'elle fait référence aux statuettes qui nous disent quoi faire et, jetant un bref regard autour de moi, je me demande lequel des stands qui occupent la grande tente sous laquelle je me trouve propose un objet magique utile seulement aux benêts ou aux têtes en l'air.

Incapable de donner mon avis sur une chose que je ne connais pas, je ne peux que garder le silence tandis que la femme règle ses achats. J'attends patiemment à ses côtés en observant avec curiosité les objets sur lesquels s'est porté son choix. Pourquoi en acheter autant ? À qui veut-elle les offrir ? Ou serait-il possible qu'elle souhaite les utiliser elle-même, se défouler de ses colères sur ces petites choses, colères qui se reporteraient sur les victimes désignées ? Je ne la vois guère agir ainsi et je pense, peut-être à tort, que sa première pensée à la vue des statuettes a été de les offrir à quelqu'un pour le protéger, et non de les utiliser pour le blesser. Contrairement à moi, songé-je en détournant les yeux vers les petites statues. J'avoue avoir eu une ou deux pensées peu aimables en songeant à l'utilité que je pourrais faire d'un tel objet.

Lorsque l'attention de mon ancienne professeure se tourne de nouveau vers moi, je m'efforce de croiser son regard et d'écouter ce qu'elle me dit. Je n'ai encore rien vu de cette immense foire que Godric's Hollow, mais difficile de ne pas être tentée par les stands dont parle la sorcière. Qu'est-ce qui peut troubler une femme comme elle ? Pour avoir une réponse, nul doute que je devrais aller voir du côté du stand de cette Bathilda.

« J'en prends bien note, la rassuré-je avec une grimace légèrement tordue qui pourrait peut-être passer pour un sourire, mais j'avoue être ne pas être rebutée par ce qui pourrait faire fuir les autres. Je suis trop curieuse pour prendre le risque de passer à côté d'une invention intéressante. »

Prononcer ces paroles me permet de mettre de l'ordre dans mes pensées pour réfléchir sans risquer de voir mes émotions déborder soudainement et m'étouffer de leur noirceur à la question de l'Académie qu'elle a soulevé. Oh, quel sursaut mon cœur a-t-il fait en apprenant que Sarah Priddy avait mis les pieds dans mon école ! Aurais-je aimé l'y croiser ? Malheureusement, cela m'aurait inspiré des émotions semblables à celles qui m'envahissent aujourd'hui bien malgré moi. Les rappels de l'Académie ne sont jamais agréables depuis que j'ai eu mes résultats du second semestre, pour ne pas dire carrément désagréables. Et ils le sont d'autant plus depuis que j'ai pris la décision de ne pas y retourner. J'éprouve un sentiment détestable en songeant à l'Académie, un sentiment bloqué à l'intérieur de moi qui ne peut pas s'exprimer ni s'en aller et qui me noue la gorge.

« C'est les vacances, soufflé-je d'une voix à peine plus haute qu'un murmure en détournant le regard vers les figurines. Vous n'avez pas dû croiser grand monde. »

Je manipule l'une des statuettes sous le regard déconcertant et dérangeant de la vendeuse et feins m'y intéresser quelques secondes avant qu'un détail dans le discours de la sorcière n'éveille une curiosité soudaine. Je tourne mes yeux sombres vers elle, légèrement écarquillés :

« Les anciens élèves peuvent retourner sur le campus pour emprunter des livres ? m'étonné-je. Je ne le savais pas ! »

Mais la réjouissance passe aussi rapidement qu'elle est arrivée : jamais je ne retournerai là-bas, je le sais. Et si je croisais les professeurs qui m'ont noté si durement aux examens du second semestre ? Ou, pire, les examinateurs que j'ai eu pour mes rattrapes ? Oh, doux Merlin, la seule idée de me montrer de nouveau à eux me fait ressentir un sentiment de honte comme j'en ai rarement senti dans ma vie. Non, décidément, jamais je ne remettrai les pieds là-bas.

Un poids me tombe dans la poitrine. Si familier, mais pourtant si difficile à ignorer. L'inconnu effrayant dont se teinte désormais mon futur est plus déstabilisant encore maintenant que je fais face à une sorcière que j'ai toujours respecté. L'idée qu'elle puisse avoir eu vent de mes résultats exécrables fait s'accélérer les battements de mon cœur. Je sais avec une extrême clarté que je ne peux pas décevoir une autre femme, je ne peux pas ! Alors consciencieusement j'entreprends de tisser mentalement un mensonge que je serais capable d'articuler si Priddy me pose davantage de questions sur mes projets futurs ou sur l'année qui vient de s'écouler.

Aelle est passée aux rattrapages pour le second semestre et en éprouve une honte insurmontable. En vérité, elle a eu des résultats excellents pour les autres matières et a tout déchiré aux rattrapages. N'empêche que pour elle, aller aux rattrapages c'est le summum de la honte et je ne suis pas certaine que son ego s'en remette un jour.

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En effet, elle était passée au début des vacances mais, elle avait espéré tout de même croiser du monde. Les grandes écoles étaient des lieux de recherches passionnantes, des espaces bouillonnant de sorciers passionnés et de jeunes apprentis dont les rêves étaient encore grands, intacts... Sarah se contenta de hocher la tête.

" C'est vrai. Mais certains continuent leurs recherches pendant l'été. Si vous avez un abonnement, vous pouvez en effet emprunter certains ouvrages pour un temps donné, étudiant ou non. Un système de livraison permet même de faire livrer des livres sur des campus plus accessibles. J'avoue aimer revenir dans mes établissements d'étudiante quand j'ai besoin d'un livre. "

D'autres badauds semblaient s'intéresser à l'étal de la Béninoise et Sarah s'écarta pour ne pas bloquer l'accès à ces visiteurs et potentiels clients. D'ailleurs, elle-même allait devoir rejoindre son propre stand sans trop tarder, le public semblait revenir sur le site après la pause déjeuner.

" Des projets particuliers pour l'année à venir ? Est ce que certains étudiants ont tenté de s'inscrire pour les quadriennales ? Je serai curieuse de savoir si des candidatures ont été refusées par les membres du Conseil. Il y a vraiment de tout et, entre nous, parfois un peu n'importe quoi. "

Il fallait cela dit pouvoir financer la location du stand pour toute la durée de l'évènement et les étudiants avaient rarement des capacités financières énormes en dehors des familles aisées.

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Jetant un œil autour de moi, je fais un pas de côté pour me décaler, à l'image de ma professeure, afin de laisser la place à d'autres de s'approcher du stand.

Je ne sais pas encore si j'ai envie de revenir sur le campus de l'AESM. Si cela était possible, j'aimerais pouvoir atterrir directement dans la bibliothèque, sans avoir à passer par le parc et ses parterres de fleurs, à traverser le fabuleux hall inondé de la lumière qui tombe de la coupole en verrière, ni même à apercevoir au loin la porte menant aux dortoirs. Oui, si je pouvais transplaner directement dans la bibliothèque, peut-être aurais-je demandé un abonnement afin de pouvoir emprunter des livres.

J'opine doucement de la tête, à la fois envieuse et mécontente d'avoir tant de mal à songer à une école qui m'a accueilli durant une année et dans laquelle j'ai adoré étudier. Je me sens idiote. Et se sentir idiote devant Sarah Priddy n'est jamais un sentiment agréable ni même souhaitable.

« Je me renseignerai, murmuré-je néanmoins, c'est frustrant de ne plus avoir accès à la bibliothèque de Poudlard, alors savoir que je pourrais toujours consulter les ouvrages de celle de l'AESM c'est rassurant. »

Articuler cette phrase me permet de mettre de l'ordre dans mes pensées. Il fallait s'y attendre : croiser une connaissance, toute professeure soit-elle, c'est la porte ouverte sur les questions générales : que deviens-tu ? que vas-tu faire pour la nouvelle année ? Je savais avant même qu'elle pose ces questions que Priddy allait en venir là où elle en vient. Mon cœur se noue étrangement : c'est pour cela que j'ai eu cette réaction en l'apercevant. Comme avouer à une telle femme que je ne poursuis pas mes études ? Et puis, que lui dire ? Que lui dire du vide qui grouille en moi, de mes envies en berne, du fait que je n'ai pas écrit une seule ligne depuis des jours, que je n'ai pas poursuivi mes recherches depuis des semaines, que j'ai l'impression que plus jamais je n'aurais envie de travailler sur quoi que ce soit. Je pourrais bien évidemment lui mentir, dire que je fais une seconde année à l'Académie, m'inventer un futur lieu de stage, un projet de mémoire, mais un mensonge aussi gros c'est prendre le risque de me confronter à des problèmes tout aussi gros si la femme me convie un jour à nous nous retrouver sur le campus lors de l'un de ses visites. Je n'ai aucune intention de me ridiculiser devant une personne que, je m'en rends compte maintenant qu'elle est devant moi, je continue d'admirer.

« Certains étudiants ont voulu s'inscrire, oui, commencé-je déjà par dire, ce sujet me semblant moins dangereux que l'autre, j'ai entendu des rumeurs. L'Académie regorge d'ambitieux et de créatifs, à ma plus grande surprise. » Il faut dire qu'à Poudlard, j'ai été habituée à un autre profil de sorciers. « Mais je n'ai aucune idée de s'ils ont réussi, » avoué-je en balayant du regard les stands visibles de là où je me tiens.

Devrais-je m'attendre à croiser quelques têtes connues derrière les stands en plus de celles que je pourrais voir dans la foule ? Pour le moment, la seule tête connue des environs se trouve devant moi et c'est elle qui m'intéresse. Je ramène mes yeux sur elle. J'ai du mal à la regarder ou à soutenir son regard. Elle me rappelle des souvenirs douloureux. Et, étrangement, me fait penser plus que nécessaire à Kristen. Non pas qu'elles soient semblables, mais maintenant que mes souvenirs me sont revenus, je me souviens à quel point je les ai comparées durant ma septième année. C'était idiot. C'est idiot de le faire encore aujourd'hui. C'est idiot, mais je le fais tout de même, et ça me fait mal.

J'hésite avant de poursuivre. Si j'ai des projets pour l'avenir ? Et elle, en a-t-elle ? Elle, qui, à ma plus grande incompréhension, a accepté un poste qui la rapproche dangereusement du statut de directrice que j'exècre tant. J'aimerais la questionner à propos de son choix que je juge mauvais, comme j'ai jugé sa décision de devenir directrice de la Maison Poufsouffle, mais il me reste d'abord une question à laquelle répondre. J'inspire par le nez et, après avoir dégluti et en détournant une nouvelle fois les yeux pour arrêter de comparer le regard de femmes qui n'ont pas grand chose en commun, j'annonce du bout des lèvres :

« Quant à moi... J'ai toujours un tas de projets en cours, vous savez. Je ne risque pas de m'ennuyer. »

Et dire que cela fait plusieurs jours que je me tourne les pouces et que je suis forcée d'accepter les propositions de Zikomo d'aller visiter des villes moldues que nous ne connaissons pas pour m'éviter de sombrer dans un ennui mortel... Je suis une si pale version de moi-même que je crains que tout à coup Priddy ne voit que cela : ce doit être visible sur mon visage, n'est-ce pas ? Cet échec, ce vide, cet ennui ?

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En effet, elle le savait mais, une petite part d'elle même ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour tous les projets en cours de cette adolescente en particulier. Bizarrement, même la petite Delphillia avec qui il avait fallu discuter à plusieurs reprises sur le thème du comportement lui semblait plus en sécurité dans ses grands projets.

" Je n'en doute pas, se contenta t'elle de répondre dans un petit sourire en coin avant de poser son regard sur Zikomo. Tu veilles un peu sur elle n'est ce pas ? Une jeune sorcière aussi brillante a forcément besoin d'une petite voix bienveillante par moment. "

Sans crier gare, elle se tourna soudain en direction du stand de statuette qu'elle avait quitté un instant plus tôt et ressortit sa bourse. Elle échangea rapidement avec la vendeuse et glissa une nouvelle statuette dans son sac avant de rejoindre son ancienne élève en lançant un coup d'œil sur la petite montre à gousset qu'elle portait à une chainette autour du cou.

" Je vais devoir retourner du côté de mon stand car ma sœur doit repartir travailler d'ici peu. J'ai de mon côté mené à bien un de mes projets cette année sous la surveillance bienveillante de ma petite sœur. Chacun sa conscience personnelle. "

La sorcière se mit à rire à cette idée, songeant que sa sœur la poussait en général à aller plus loin alors que Zikomo aurait peut-être une mission inverse. Du moins, si les projets de l'ancienne Poufsouffle étaient vraiment aussi complexes qu'ils donnaient l'impression d'être. Aelle Bristyle n'avait jamais voulu se livrer mais, Sarah se doutait que tous les rêves de l'adolescente n'étaient pas roses et parsemé de licornes argentées.

" Il y a un stand de dégustation un peu plus loin dans l'allée, si ça vous tente de passer discuter de vos projets ou de toute autre chose, je serai ravie de goûter les préparations à base de citrouille du jour en papotant. Pour le moment, je n'ai étonnement pas été déçue une seule fois. "

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Étonnée qu'elle s'adresse directement à mon compagnon, j'ouvre la bouche et la referme sans qu'aucun mot n'en soit sorti. Zikomo prend les devants, sort un peu plus son minuscule museau bleu du nid douillet dans lequel il se cache habituellement et répond à la professeure d'une voix légère et chaleureuse :

« Je me fais cette voix sans aucun scrupule, rassurez-vous. Qu'elle le veuille ou non. »

Mon coeur s'agite étrangement dans ma poitrine, comme s'il avait eu un battement de travers et que désormais il ne savait plus comment retrouver son rythme. L'impression persiste alors que la femme se détourne de nous pour effectuer un nouveau achat. Mes yeux restent braqués sur son dos tout le long, ils ne la quittent pas une seule seconde, et durant tout ce temps je me demande pourquoi est-ce que Sarah Priddy veut me laisser croire qu'elle s'inquiète pour moi. Sinon, pourquoi aurait-elle demandé cela à Zikomo ? Normalement, on demande aux proches des gens que l'on apprécie de veiller sur eux parce que l'on s'inquiète et que l'on sait que l'on ne peut pas veiller sur la personne en question. N'est-ce pas ? Cela me semble tout à fait logique durant une minute, mais l'instant d'après je me sens idiote et mon raisonnement se fracasse au sol. Évidemment que non elle ne m'apprécie pas tant que cela et ne s'inquiète certainement pas pour moi, ce n'est qu'une professeure, je ne suis qu'une ancienne élève oubliée, dont on se souvient l'existence lorsqu'on la croise à un événement public. Voilà tout.

Lorsqu'elle revient devant moi, je tique et m'efforce d'avoir l'air normale. De fait, je me grime un sourire un peu étrange sur les lèvres avant de l'abandonner parce que je me rends compte que cela ne fait absolument pas de moi quelqu'un de normal : ce n'est pas comme si j'avais pour habitude de sourire.

Je m'efforce de me concentrer sur ce qu'elle me dit. Je profite de la première occasion pour me détourner de mes étranges pensées et de la peine qui grimpe dans mon coeur sans raison : elle, tenir un stand ! Je note qu'elle a une sœur dans un coin de mon esprit dédié à sa fiche mentale et me demande aussitôt quel pourrait bien être l'objet présenté sur son stand. La connaissant, et me souvenant parfaitement des cours intéressants et étonnants qu'elle m'a donné à Poudlard, je ne doute pas une seule seconde que ce sera intéressant et je décide au même instant que j'irai sur son stand, peu importe que cela nous force à nous recroiser.

Elle n'a pas même fini de parler que déjà je me prépare. Je fais un pas en arrière, sors les mains de mes poches et me tourne de trois quarts vers le stand sur lequel nous nous sommes rencontrées. Je suis prête à m'en aller, persuadée qu'elle va prendre congé de moi pour aller rejoindre sa sœur, prête à la laisser s'en aller malgré ce pic dans mon coeur à l'idée de ne pas pouvoir poursuivre cette conversation. Et de toute manière, pourquoi le faire ? Je n'ai rien à dire.

Je ne m'attendais pas à ce qu'elle me fasse cette proposition. Encore une fois, la surprise doit se voir sur mon visage et, en prenant conscience, je fronce aussitôt les sourcils pour contrebalancer l'air idiot que j'ai eu. Je saute sur l'occasion sans réellement comprendre pourquoi je le fais et me sentant particulièrement idiote, déraisonnable et très idiote (l'ai-je déjà dit ?) de le faire.

« J'ai un faible pour la citrouille depuis toute petite, » avoué-je d'une voix hésitante.

Le coeur sautant un ou deux battements, je me tourne vers le reste de l'allée tout en désignant le chemin de la main.

« Peut-être qu'on pourrait... Enfin, je serais curieuse de voir ce que vous proposez sur votre stand. Et d'en savoir davantage sur ce... Sur votre... Je veux dire, sur votre projet. »

Mes oreilles se mettent aussitôt à bourdonner et mon coeur à battre dans mes tempes. J'entrouvre la bouche pour laisser passer plus facilement l'air dans mes poumons, ayant soudainement l'impression que mon souffle est court. Pourquoi ai-je parlé, pourquoi ai-je dit ça ? Doux Merlin, j'aurais dû dire : oui, je passerai à l'occasion, si j'en ai le temps. Et prendre la réflexion avant de venir visiter son stand. Que va-t-elle penser de moi lorsque je l'accompagnerai et que je n'aurais rien d'intéressant à lui dire ? À quel moment me congédiera-t-elle en me lâchant un : « Si vous avez un sujet plus exaltant à aborder, vous pouvez m'accompagner. Sinon, bon après-midi » ?

Non, songé-je en atterrissant violemment dans la réalité. Non. Elle n'est pas elle.

« Je vous accompagne, » affirmé-je d'une voix plus assurée.

Et de prendre une grande inspiration qui me soulève les épaules pour calmer mon cœur blessé.