Parce que… voilà
Bonjour ! Si c’est Niall qui lit ceci : un bonjour spécial pour toi
Mais surtout, lis les pages vagabondes d’abord. Parce que…
MERCREDI, EN DÉBUT DE SOIRÉE
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[On est le jour où Fabio est passé à la librairie, celui où il s’est inscrit au programme fidélité et où il a laissé le flyer pour le bal de nouvel an à la collègue. Enfin tu sais de quoi je parle. Donc on est en début de soirée de ce jour-là, Fabio est chez lui, installé en tailleur sur son tapis volant, plume à la main et il est occupé.]
Niall ? Niall, qu’est-ce que tu fais là. Drôle de coïncidence que je pense à toi maintenant : j’étais chez Fleury et Bott c’est après-midi. Tu n’étais pas là. Ou peut-être que tu y étais, mais je ne t’ai pas vu. Tu m’aurais peut-être pris le roman des mains pour m’en recommander un autre. C’est dommage, j’aurais bien aimé…
En fait, je suis un peu occupé actuellement, vois-tu, je dois terminer de rédiger des réponses à ces hiboux. Des détails à régler pour un spectacle que j’espère avoir sur scène en fin d’année. Les détails ne sont jamais à négliger. J’aime les détails, et toi ? Tu me déconcentres. Oui Fabio : concentre-toi. Bon, proposons à Monsieur O’Riley de passer à la Salle la semaine prochaine, mardi par exemple. Mardi, mardimardimardi… Ah, mardi j’ai déjà le rendez-vous avec la costumière. Mercredi alors, oui, cela semble convenir. De toute façon, commençant à le connaître un peu, je doute fort qu’il accepte de s’entretenir uniquement avec Marcel. Marcel est-il disponible mercredi ? Je lui demanderai demain. Plume et agenda tututuuut, où êtes-vous donc… ah, là !
– Ophélie dear, s’il te plaît, écris ceci : deux décembre, demander à Marcel s’il est disponible mercredi prochain. Mot clé : rendez-vous avec O’Barden. Cinq décembre, quinze heures… attends. Attends, j’ai dit Ophélie. Trace.
[Ophélie n’est pas une plume qui aime avoir à revenir sur ses mots. Elle se cabre puis s’immobilise en suspens au dessus du parchemin, laissant tomber une grande goutte d’encre qui s’étale rapidement, absorbée par le papier en une tache difforme – ou une jolie forme organique, question de point de vue.
Sourcils froncés, ce n’est pas sur la tache que sont rivés les yeux de Fabio.
Fabio arrache la page de l’agenda, la plie en quatre avant de la déchirer de deux gestes précis en quatre morceaux parfaitement symétriques.]
Par Circé ! O’Braden ! Quitte mes pensées ! Comment te permets-tu de t’immiscer dans mon esprit de la sorte alors que je travaille.
Oh oui, figure-toi que je travaille, moi aussi – j’essaie en tout cas, si tu ne me déconcentrais pas sans cesse ! Arrête avec tes yeux gris, arrête avec ton sourire, cette façon d’être, avec … Arrête, tu me distrais. Arrête Fabio, tu laisses distraire, arrête de penser. La lettre pour O’Riley. On trempe la plume dans l’encre, voilà, reprenons. Très cher Monsieur O’R-i-l-e-y On met la virgule, parfait. Je souhaite m’entretenir avec vous par rapport à – Désolé Niall, ce n’est pas toi. C’est moi qui me laisse déconcentrer. Mais ce n’est pas toi, je suis injuste. J’aurais bien aimé te croiser à la librairie, aujourd’hui. Je l’ai déjà dit. Ou pensé. Est-ce que la voix que j’entends dans ma tête, celle qui formule mes pensées, est la mienne ? Est-elle la même que celle qu’entendent les autres quand je parle à voix haute ? Cette voix-là : « abc test test test »... Tiens, je peux même faire un accent irlandais avec la voix dans ma tête : « Niall O’Barden a les yeux gris ». Ah que c’est stupide, Fabio Fabio Fabio arrête, jamais tu ne dirais cela à voix haute ! Tout le monde entend une voix dans sa tête, non ? C’est curieux en tout cas, parce que la voix dans ma tête se permet de m’envoyer sous forme de pensées des choses que je ne peux pas contrôler. Des choses que je ne dirais certainement pas sans autres à voix haute. Enfin là je pense. Intentionnellement. Mais parfois, non, je ne contrôle pas. J'aimerais savoir comment ça fonctionne. Peut-être qu’il y a un livre sur les pensées, chez Fleury et Bott ? Tiens, je peux entendre ta voix dans ma tête aussi, Niall. « C’est bien étrange comme requête » ; « Merci pour l’invitation, je viendrai à ton bal, quelle question ! » Pardon, je ne devrais pas te mettre des mots dans la bouche de la sorte. En fait, est-ce qu’elle sonne vraiment comme ça, ta voix ? Ça fait un moment que je ne l’ai pas entendue. C’est sûr que si tu avais été à la librairie aujourd’hui, j’aurais certainement mieux su ! Je rigole, pardon. Ce n’est pas drôle. Elle est bien mieux en vrai que dans ma tête, ta voix. Quoique, heureusement qu’on n’est que dans ma tête actuellement, tu m’aurais pris pour un sacré troll sinon ! Je suis désolé de t’embarquer dans ce désordre. Ou peut-être que dans la vraie vie, tu m’aurais encore dit « je ne t’en veux pas ». Avec cette voix douce, là… Je ne sais pas pourquoi je m’adresse à toi. Tu n’es pas vraiment là. Tu n’étais pas à la librairie. Je ne parle pas vraiment à toi. Il faut que j’arrête de penser toi. Parce que ce n’est même pas toi, c’est juste une chimère, une illusion de toi, mon illusion, ma chimère de toi. Ah là là. Allez, je vais lire un peu, une dizaine de pages pour me changer les idées et ensuite, je retourne à mes lettres. Où est-ce que j’ai mis cette Rosana Amorim, Amorim, Amor– la voilà. Tiens, c’est joli de porter une telle allusion dans le nom ! Je n’avais pas remarqué ! Fabio Amorim, comment ça sonne ? Non, trop de voyelles à la suite. Niall Amorim par exemple, ça sonnerait mieux. Je l’entends à nouveau très distinctement, ta voix. Son ton, son grain. « J’ai toujours préféré Amorim », tu as dis. Avec cette petite pause. Avec ces yeux gris. Hmm. Ça y est, Circé aide-moi mais je flanche ! Je ferai les lettres demain matin. Demain je serai concentré, je ne sais pas ce qu’il m’arrive aujourd’hui. Je suis un peu fatigué.
@Niall O’Barden
Fab’ulous
#583400