Recueil Les maux de Godric's Hollow

J'ai posé, un doux matin, mon regard sur le tien ; tu souriais. Je lisais sur tes lèvres des mots que je n'oserais répéter à quiconque, par peur que leur probité ne s'évade, tombe en miettes, une fois confiée à la conscience impure d'une autre, inapte à interpréter. Par intérêt vivace, j'ai placé mon cœur contre le tien, un matin, j'ai senti un battement, un autre. Une succession de passion, enfouie, au chaud dans ma poitrine, mais cette proximité, voulait l'en faire sortir. Si je pouvais confesser mon amour, si je le voulais, je me serais décomposée, en un jour, un lieu, sous le poids d'un discours, de mots que je ne peux tenir, que je ne peux supporter. En me levant un matin, je me suis dévisagée, devant la glace. Je n'ose plus dire qui je suis. Je ne suis plus. Je lévite autour d'une étoile, dansante, je ne suis, ni masse, ni air, ni corps, ni matière. Je plane, conscience ouverte, je ressens, je nage dans la tempête de mes émotions, je m'y noie. Je ne suis qu'enveloppe déchirée, recueil de lettres, de mots que je vis, que je vois, des mots qui me tordent l'estomac, qui m'arrache à ma voix, coupée d'un souffle, étouffée d'une pression tempétueuse. Un matin, enfin, je me suis posée sur mon canapé, ai levé les yeux au ciel, gris, une fine brume même, voile sombre couvrant la porte de mon esprit. J'ai inspiré, progressivement, et j'ai compris. Alors, je suis revenue, un soir, pour te revoir. Ma tête, de nouveau inclinée vers les étoiles, contemplant le déroulement des cieux, ici et là sur l'étendue qu'est ce vaste tableau bleu. Une à une, j'ai cherché, chaque étoile, chaque scintillement, mais j'en vins à la conclusion suivante : je n'y vois rien. Je ne suis que l'aveugle servitude d'une providence un peu trop injuste envers qui je suis, envers les fils liés de mes questionnements, ceux, seuls, s'entremêlant dans mes neurones, tapant autour de mon crâne, tambourinant contre mes tempes, telle la canonnade, lors d'un réveil alarmé, jour froid, frêle, d'une guerre. Je comprends, à nouveau. Je ne cesse de saisir le sens de nouvelles venues, pensées vagabondes le long d'un sentier strié de creux, parties concaves où je n'ai accès. Un soir donc, je comprends. Cette fois-ci, ce n'est pas la lumière que j'éteins, à quoi bon puisqu'une brillance ne dépend aucunement d'une autre. Ce soir, je n'éteins donc pas cette lampe, dont je ne remarque déjà plus la limpidité. Je m'enveloppe d'un châle, le premier qui me passe sous la main, et m'appuie, lassement, contre la rambarde du balcon. J'inspire, un long filet d'air glacial me chatouille les poumons. Je laisse mes paupières tomber, lourde d'un poids -encore, et toujours celui-là-, qui ne s'allège pas en la solution du sommeil. Ce soir, j'atrophie mes pensées. C'est elles, et seulement elles, qui doivent accepter de se taire, de s'assoupir un court instant, de se coucher dans un coin et s'y taire. Alors, si elles s'y résignent, je pourrai songer à les regarder, ces étoiles, ces points de lumière, si hauts dans la voûte, pourtant, je semble pouvoir les atteindre, déjà. Ainsi, j'aurais l'art, le privilège de me retrouver face à elles, si longtemps tus dans le frémissement des débris, je les distinguerais clairement, à cœur ouvert, ces lueurs éparses, dans la douce nuit, car les étoiles brillent plus fort quand le silence s'y installe.

Si je taisais ma pensée, pour de bon, si je l'assommais d'un coup, qu'elle s'évanouissait dans un soupir éperdu, que je l'endiguais, dans un étau, restreint, oppressant, que j'instaurais le nouveau silence, celui qui hurle sa passion dans la nuit, le silence qui tonne, rue après rue, le dévouement, l'acharnement, l'attachement. Celui qui me suit jusqu'alors quand je tombe, celui qui me relève, celui qui témoigne de ma perte, celui qui s'accroche tel poison, venin contre cible, ce silence-là, s'il revenait, déguisé en mon plus profond désir, l'accepterais-tu ? Est-ce que, comme par magie, si je n'étais plus que mutisme, tu resplendirais, comme philocrate, encore une fois, comme je l'espérais ?

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Impératrice-Sirène des Contrées Germaniques, Célestes et Maritimes • Idole d'Elam • Adézheimer - Mémoire fallacieuse - Vance