Millport, Écosse Le prix du savoir

Immobile et droite rien ne bougeait chez Elfie mise à part ses doigts de la main droite qui tournaient autour de sa baguette. Dos à sa professeur après avoir subit un nouvel échec et dans l'optique de reposer un peu son esprit qu'elle connaissait bien et qui risquait d'être inutilisable pour son objectif du jour, les paroles de Valerion sonnaient de manière contradictoire. La première pensée qui fila dans son esprit était bien sûr une réponse à son égo et à sa fierté. Elle pourrait et sans choquer se lancer dans un duel de l'égo le plus fort sans se préoccuper du négatif qu'elle apporterait avec elle. Faire exprès de ne jamais réussir le sort devant la professeur juste pour lui faire perdre son foutu défi... C'était une idée plaisante et réalisable.

D'un autre côté et bien qu'étrange que cela soit, elles avaient quelque chose de rassurant. Toujours méfiante, Elfie avait presque envie de desserrer très légèrement sa mise en garde. Si elle était un objectif, vu comme Valerion avait de la fierté il était presque impossible qu'elle abandonne et c'était un côté que l'ancienne gryffondor appréciait. Elle avait été trahit, ou du moins elle avait tout fait pour pouvoir y croire, elle pensait toujours que Mason en qui elle avait porté un peu d'espoir l'avait abandonné comme n'importe quels professeurs au final. Et même si les intensions de l'ancienne professeur de défense contre les forces du mal n'étaient pas les plus remarquables, c'était pour elle des raisons suffisamment rassurantes et qui paraissaient bien plus crédibles et honnête que tous les différents monologues ridicules sur l'espoir et la motivation.

Bien qu'Elfie ne comptait pas croire sur parole Valerion et que par principe elle restait sur sa position de penser qu'elle avait sûrement menti, elle pouvait passer à autre chose et enlever le pourquoi de sa tête. Elle se méfiait toujours, elle considérait qu'elle n'avait pas de réponse et qu'elle ne pourrait jamais savoir la réelle raison de son aide non appréciée, mais malgré tout, ses paroles lui avaient suffit. Pas de discours sur le fait qu'elle croyait en ses capacités, qu'elle devait se ressaisir, qu'elle en était capable, qu'avec un peu de motivation tout était possible... Et c'est la seule et unique raison pour laquelle Elfie avait décidé de continuer, de tenter le tout pour le tout.

Peut-être qu'en réussissant à lancer ce fichu sort, elle deviendrait un trophée de plus pour Valerion mais peu importe, elle considérait qu'elle utilisait elle aussi la professeur pour ses propres intérêts. Elle ne comptait pas la remercier, ni rester en contact très longtemps avec elle, tout ce qu'elle voulait c'est que la plus âgée lui donne assez de conseil pour pouvoir ensuite réussir à lancer n'importe quel sort elle même, sans avoir besoin de personne extérieur. Dès qu'elle arriverait à un résultat correcte, elle ne reverrait plus volontairement son ancienne professeur qu'elle avait tant haït et pour qui elle n'éprouvait aucune affection.

Sans répondre, toujours silencieuse, elle décida de retenter le coup, après avoir arrêté de s'énerver sur le sentiment de bonheur qu'elle devait ressentir. Après une concentration de quelques secondes, elle se lança de nouveau dans une salve d'essai. Les premiers ressemblaient grandement à ceux précédent, laissant seulement s'envoler une légère ombre argentée. Ce n'est que cinq minutes plus tard, sans un regard vers la professeur qu'elle fut surprise par ce qui était sortit de sa baguette. La légère ombre argentée s'était transformée en ombre toujours mais bien plus lumineuse, qui semblait glisser dans les airs s'apparentant à une présence. Sans comprendre vraiment la source Elfie avait l'impression d'être plus calme, plus sereine comme si cette forme éthérée et insaisissable avait réussi à l'apaiser par sa simple apparition. C'était léger et bien trop léger pour durer. Rapidement la blonde retrouva sa colère et sa violence imprégnées dans chacune des parties de son corps, la fatigue de trop de concentration était de plus en plus forte, et aucune joie ne s'échappa de son visage pour réagir à sa possible réussite.

En effet, elle qui se méfiait des autres et qui n'avait confiance en personne, n'avait pas confiance en elle. Elle avait de l'égo oui, de la fierté aussi mais son mental était faible, oubliant presque à quel point elle avait pu être une enfant déterminée, même pour ce qui l'intéressait moins. Aucune forme tangible n'était apparue, aucune silhouette familière ou d'animal majestueux n'avait pris place dans les cieux. Bien qu'elle avait atteint la première étape du patronus incorporel elle ne pouvait pas s'en contenter, être heureuse d'avoir à moitié réussi, de se réjouir d'avoir parcouru la moitié du chemin. Elle était pressée de ne plus avoir besoin de Valerion mais elle ne pouvait pas, à cet instant être persuadée qu'elle serait capable d'aller plus loin. Elle avait beaucoup donnée pour arriver à ce résultat et toujours dans un optique défaitiste, elle ne savait pas si elle était prête à recommencer pour enfin pouvoir réussir le sort qu'elle aurait dû apprendre lors de ses études.

Après le dernier essai, Elfie s'était arrêtée pour reprendre son souffle, toujours positionnée de dos mais suffisamment incliné pour surveiller les mouvements de la professeur. Elle n'était pas assez altruiste pour savoir si Valerion pensait sa réussite de nouveau trophée proche ou au contraire elle désespérait de devoir passer plus de temps en sa compagnie. La blonde n'avait rien d'intéressant à dire ou d'important alors elle était restée silencieuse, laissant seulement échapper un juron en irlandais après avoir deviné qu'elle était encore loin de la réussite. Elle n'avait rien à demandé à la plus âgée, elle ne voulait pas lui demander d'autres conseils ou se confier sur ses doutes, il en était hors de question. Comme depuis le début, si la professeur avait tant envie de réussir son défi, cela devait venir d'elle et de personne d'autre, elle n'obtiendrait aucun détail supplémentaire d'Elfie, du moins pour l'instant.

Employée au manoir Joyce, Promo 42
Je déteste ceux qui volent ma solitude sans m’offrir de vraie compagnie.

Millport, Écosse Le prix du savoir
Aucun mot, aucun son n’était sorti de la bouche d’Elfie. Elle avait été muette face à la réponse de son ancienne professeure. Elle, qui s’attendait à entendre une forme de sermon sur le fait que les sorciers ne sont pas de vulgaires trophées, n’en avait rien entendu. Presque déçue, Sixtine quitta le ciel des yeux pour observer les gestes de la blonde. Elle ne risquait pas grand-chose face à elle, mais malgré tout, elle préférait rester sur ses gardes au cas où ce silence aurait annoncé une querelle prochaine.

Un sourcil se haussait lorsque la professeure s’aperçut que la blonde avait simplement repris l’exercice. Avait-elle cru, un seul instant, à son discours ? Était-elle en accord avec cette pensée ? Acceptait-elle de n’être qu’un trophée de plus à la collection de la sorcière brune ?

N’importe quel autre ancien élève aurait certainement réagi à l’information donnée par Sixtine, mais pas elle. Un instant, la professeure s’interrogea sur la véritable nature de ses sentiments. Elle avait choisi ses mots avec soin en parlant d’affection. Car aujourd’hui, elle en était certaine, elle n’avait d’affection pour personne et de l’amour, elle n’en avait que pour ses enfants. Plus personne ne pourrait disposer d’un amour comme celui qu’elle avait donné sans compter à Suileabhan. Jamais plus elle n’accorderait sa confiance à un autre être humain qu’elle-même. Il lui avait fait la promesse de ne jamais plus la quitter et finalement, elle avait elle-même rompu cette promesse, n’ayant pour seul amour qu’un amour maternel. Même la rouquine qui hantait de temps à autre les allées de son manoir n’avait pas su se faire une place dans le cœur de la sorcière.

Alors oui, depuis cette nuit de décembre où elle avait quitté le château, elle avait fait une croix sur ses sentiments, sur ses affections. Et bien que parfois, la nuit, quand la lune est la seule compagnie de Sixtine et que les bruits du parquet qui craque sont les seuls sons qui parviennent à ses oreilles, elle s’accorde une pause dans ce vide sentimental. Elle s’autorise alors un instant, le temps que le soleil vienne relayer la lune, à penser à un avenir différent. Elle s’autorise à aimer de nouveau, à repenser à la douceur de ses gestes, à la tendresse de ses baisers.

Un frisson rappela la professeure à la réalité, comme si son instinct lui dictait de garder toute son attention sur le prochain sort que la sorcière à ses côtés allait lancer. Faisant pleinement confiance à son intuition, elle ne perdit pas une miette du patronus incorporel que l’ancienne joueuse de quidditch venait de réussir à lancer. Intérieurement, elle esquissa un sourire. Elle le savait, Elfie venait de franchir une première étape.

Lentement, elle se leva et commença à quitter les lieux avant d’adresser un dernier regard et une dernière parole à son ancienne élève.

- Entraînez-vous ainsi pendant deux semaines. Je vous donne rendez-vous ici même le 1er novembre à la même heure.

Sans ajouter un mot de plus, elle quitta les lieux.

Arrivée inRP le 28 octobre 2046 -Départ le 14 décembre 2048
Arrivée à l'AESM à la rentrée 2049/2050.

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Sans rien attendre de la professeur, Elfie vit l'une de ses pensées se confirmer. Il n'y avait eu aucun échange cordiale, aucun signe d'affection, aucun réel doute partagé, rien de personnel et pourtant Valerion ne semblait pas vouloir abandonner. C'était rassurant d'un sens, même si la blonde ne considérait pas la plus âgée comme étant une personne de confiance, une bonne personne, au moins elle irait jusqu'au bout. L'ancienne gryffondor était toujours méfiante, il n'y aurait sans doute jamais plus entre les deux sorcières que cet entraînement improvisé, et elle ne voulait de toute façon pas côtoyer son ancienne professeur à long terme. Elle ne pouvait pas oublier à quel point elle avait pu la détester, à quel point elle avait pu la haïr dès leur première rencontre sur le terrain du stade lors de ce fameux match. Dans son processus d'évitement, elle ne pouvait se permettre de rester en contact plus longtemps avec ses démons personnifiés.

Elle éprouvait toujours autant de sentiments négatifs à son égard bien que l'envie de voir sa tête contre un mur n'était plus d'actualité sans être rasé sûrement canalisé par l'utilisation de magie de manière plus intensif qu'habituellement. Valerion resterait toujours la même personne méprisable, celle qu'elle avait voulu empoisonner et pourtant elle paraissait bien plus appréciable que Mason, Tremblay ou tous les autres professeurs qu'elle avait pu avoir. Elle n'était pas dans la pitié, ni dans la morale, elle paraissait plus sûre, plus honnête bien que rien qui ne sortait de sa bouche était cru totalement.

Sans même se retourner, elle avait quitté les lieux pour rejoindre sa chambre, sans un regard supplémentaire, sans un signe de politesse ou ne serait-ce qu'un remerciement. C'était certainement ce qui la poussait à continuer, à revenir à chacun des rendez-vous imposés par l'ancienne professeur de défense contre les forces du mal. Il n'y avait aucun dû, aucune attache possible, aucune trahison possible, aucun espoir impossible... C'était simple, aucune déception l'une envers l'autre, les deux sorcières suivaient au moins de l'extérieur leurs propres intérêts bien différents et cela suffisait grandement à Elfie qui n'avait pas la moindre envie de se trouver à nouveau dans une relation professeur/élève qu'elle détestait tant.

Elle n'espérait pas forcément réussir, justement l'espoir signifiait une non certitude et si il n'était pas certain que la blonde réussisse alors elle devait lutter contre cet espoir qu'elle savait seulement traître. Elle avait prévue de revenir le premier novembre, sans attente particulière, pour la curiosité, pour voir si elle était finalement capable de réussir à lancer le sort qu'elle avait le plus travaillé, attraper le maximum de conseils déguisés de Valerion pour pouvoir la faire disparaitre complètement de sa vie accompagnée des souvenirs qui lui était rattaché. Pour la suite, elle se débrouillerait, comme elle l'avait toujours fait même si ce n'était pas le plus efficace ni la meilleure méthode.

Elfie était une solitaire, par volonté ou par la force des choses, elle n'avait confiance qu'en sa propre personne et pourtant de manière si faible. Mise à part quelques personnes aux compte goutte elle estimait que la confiance donnait lieu à une fragilité inutile, son esprit était bien assez faible comme ça, elle n'avait pas besoin de lui donner plus de raison de sombrer. Épuisée par la concentration qu'elle avait utilisé pour un rendu peu jouissif la blonde était pressée de retrouver son lit avant de devoir reprendre son service du soir qui approchait.

**FIN**

Employée au manoir Joyce, Promo 42
Je déteste ceux qui volent ma solitude sans m’offrir de vraie compagnie.