Virée en eaux polluées

@Enola Smith
Dimanche, 14 nov. 2049

Pas très réveillée, un verre de jus d'orange à la main et une tartine abandonnée dans l'assiette, Jude avait vaguement jeté un œil à la dernière édition de La Feuille de Lard ce matin, distribuée tous les dimanches lors du petit-déjeuner. Elle y avait d'abord lancé un regard distrait, histoire de s'occuper pendant qu'elle mangeait, puis avait lu l'article d'un œil un peu plus attentif. Il était question d'une pollution magique dans le Lac Noir, qui mettait en danger le peuple des Selkies avec qui la direction de Poudlard avait réussi à échanger. Sans se sentir particulièrement touchée par cette cause écologique, la curiosité de Jude fut néanmoins piquée. Elle eut envie d'aller voir de ses propres yeux cette mystérieuse pollution ; et qui sait, peut-être réussirait-elle à apercevoir une Selkie ?

Sa cape sur les épaules pour se protéger de la grisaille et de la fraîcheur de la matinée, la dernière édition de la Feuille de Lard à la main, Jude se retrouva donc à traverser le Parc d'un rythme décidé, direction l'Ouest du château. Ne sachant pas précisément où se trouvait cette zone polluée, elle se dirigea vers les serres, essayant d'atteindre le Lac quelque part par là. Elle sentit alors une odeur nauséabonde venir lui chatouiller désagréablement les narines et se rassura ; cela voulait dire qu'elle allait dans la bonne direction.

Elle continua en longeant la clairière aux courses et arriva finalement sur les berges du Lac. Là, elle s'avança jusqu'au bord de l'eau et relût l'article qui l'avait amenée à se retrouver ici à onze heures un dimanche matin. Une légère bruine s'était élevée et lui fouettait le visage. Jude rabattit sa capuche sur sa tête mais ne semblait pas plus incommodée que ça – elle avait une idée en tête et la météo n'allait pas l'arrêter. L'odeur nauséabonde persistait toujours, peut-être moins intense que tout à l'heure, mais elle ne voyait rien d'anormal à la surface de l'eau. Elle se pencha alors en avant et scruta le fond du Lac, les yeux plissés, à la recherche d'un signe de pollution magique ou de la présence d'une Selkie – bien qu'elle se douta que ces créatures ne vivent pas en surface du Lac...

Virée en eaux polluées
DIMANCHE 14 NOVEMBRE 2049
Deuxième année, 12 ans


La jeune fille n'avait pas dormi de la nuit, si bien qu'elle s'était levée d'humeur particulièrement mauvaise. Trop fatiguée pour aller courir, elle n'avait même pas pu se défouler avant de rejoindre la grande salle où, dès le petit-déjeuner, un brouhaha joyeux régnait. Ce jour-là, cependant, Enola ne l'avait pas apprécié à sa juste valeur. Une moue boudeuse accrochée au visage, elle avait remué sa cuillère dans son bol pendant quelques minutes, les yeux fixés sur son repas pour éviter de croiser le regard de quelqu'un qui la connaissait. Elle n'avait pas envie de parler, pas envie de faire des efforts, ce dimanche-là.

Et pour cause ! L'anniversaire de son frère, qu'elle redoutait depuis des semaines à présent, était enfin arrivé. La sorcière oscillait entre angoisse et soulagement, puisque ça voulait dire qu'elle n'y penserait plus dans les prochains jours. Elle était contente de se dire que sa mauvaise humeur s'envolerait dès ce soir-là, quand elle serait sûre que ce serait passé, mais était également pétrifiée à l'idée de se retrouver nez à nez avec son aîné. Elle imaginait sans mal la scène, qui risquait de lui faire bien trop de mal: elle lui donnerait son petit cadeau, une friandise envoyée par sa grand-mère, puisqu'elle ne pouvait se rendre à Pré-Au-Lard, et lui se contenterait d'un petit sourire crispé avant de s'éloigner. C'était à ça que se résumait leur relation, à présent: des politesses. Et Enola ne comprenait pas.

C'était donc sans vraiment savoir où elle allait que la jeune fille s'était dirigée vers le lac plus tard dans la matinée, se disant qu'elle aurait moins de chance de croiser son frère à l'extérieur, vu la météo. Sans surprise, une légère pluie était présente en ce milieu de novembre à Poudlard, assez faible pour ne pas déranger la Poufsouffle. Et puis, ayant fini ce devoir, elle avait le loisir de pouvoir faire ce qu'elle voulait de sa journée.

Arrivée devant l'eau sombre du lac, la brune ne put s'empêcher de remarquer l'odeur nauséabonde qui y régnait ainsi que la silhouette non loin d'elle qui, tenant un journal dans la main, semblait prête à sauter dans le lac. Que faisait-elle ?

- Tu comptes prendre un bain ? ironisa-t-elle sans réfléchir, s'adressant à la silhouette, dans une veine tentative de faire taire ses pensées.

Troisième année 2050/2051 - Fiche PR
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Virée en eaux polluées
Jude avança son visage plus proche de la surface du Lac, essayant d'en percevoir une anomalie. Une reste de pollution, un indice qui lui permettrait de voir de ses propres yeux que quelque chose ne tournait pas rond.

Quand elle se fit surprendre par une voix qui l'interpella. Elle tourna brusquement la tête et découvrit une jeune fille qui faisait à peu près sa taille, la peau aussi pâle qu'elle, mais parsemée de tâches de rousseur. Jude ne la connaissait pas, elle n'était probablement pas en première année. Peut-être en deuxième ?

« Bien sûr que non, lui répondit-elle d'une voix d'où pointait l'évidence. »

Elle fronça un peu les sourcils en observant la jeune fille, se demandant ce qu'elle-même faisait de ce côté du Parc par un temps pareil. Puis, sans but de la mettre dans une quelconque confidence, mais plutôt pour lui partager une information qu'elle venait elle-même d'avoir un peu plus tôt, elle lui tendit le journal qu'elle tenait toujours à la main.

« Il paraît que le Lac est bizarre en ce moment. Je voulais vérifier ça par moi-même. Et c'est vrai que ça ne sent pas très bon par ici. »

Elle illustra ses propos en balayant du regard l'étendue d'eau, avant de le reporter sur la jeune fille. Puis, du même ton ironique, elle lui retourna sa question.

« Et toi, tu comptes prendre un bain ? »

Virée en eaux polluées
Le cerveau de la fillette bouillonnait, ce jour-là. Elle semblait incapable de penser à autre chose qu'à son frère, et le fait qu'elle n'ait pas cours de la journée n'arrangeait pas vraiment la situation. Si seulement elle avait pu se concentrer sur un sortilège, ou une potion, nul doute que le temps et la journée seraient passé plus vite. Que son cerveau n'aurait pas détaillé les quinze mille scénarios possibles et imaginables de quand elle croiserait son frère, plus tard dans la journée. Qu'elle n'aurait pas l'impression que les minutes étaient devenues des heures et les heures, des journées entières. Malheureusement pour elle, ce n'était pas le cas. Et la journée venait à peine de commencer, pour son plus grand malheur.

La voix de sa camarade, plus assurée que ce à quoi s'attendait la brune, l'arracha brusquement de ses pensées, pour son plus grand bonheur. De quoi parlait-elle déjà ? La brune s'était retrouvée dans un autre monde, pendant quelques secondes. Elle se contenta donc d'hausser les épaules, ne voyant pas l'intérêt de répondre. Clairement, sa cadette ne comprenait pas le second degré. Comme beaucoup de monde, finalement.

- Ah, c'est pour ça que ça pue alors, confirma-t-elle avant de prendre le journal et d'y jeter un coup d'oeil rapide, lisant quelques lignes histoire de comprendre. Elle ignorait que la pollution était aussi un sujet, chez les sorciers.

Un sourire moqueur se dessina sur les lèvres de la fillette, préparant déjà le terrain pour sa réponse à la question suivante de sa camarade. Etrangement, quand la brune se sentait stressée ou était de mauvaise humeur, son côté sarcastique ressortait encore plus qu'habituellement. La brune allait devoir le supporter, que ça lui plaise ou non. De toute façon, Enola n'avait pas pour habitude d'agir en fonction de ce que les autres pensaient d'elle. Elle faisait ce qui lui plaisait, quand ça lui plaisait.

- Bah bien sûr, fit-elle avec une expression sarcastique. C'est mon rituel du dimanche, ça s'voit pas ?

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