Un cerveau pour deux E.C S.P Terminé

LUNDI 4 OCTOBRE 2049
TROISIÈME ANNÉE, 10 h
@Elijah Cooper - @Sarah Priddy


Suivre le cours n’est pas chose aisée quand tout ce qu’il se passe dans ma tête est la répétition incessante de notre plan. Introduire l’idée en douceur, comme l’a dit Elijah, et surtout, ne pas s’énerver si Priddy ne comprend pas. Ou pire, si elle ne nous écoute pas. Ensuite, énoncer le problème et laisser le Poufsouffle faire le reste. C’est qu’il sait y faire pour parler aux adultes, alors autant ne pas prendre de risque.

Je prends une grande inspiration, range mes affaires et me dirige vers Priddy, non sans jeter quelques regards inquiets à Elijah. J’ai l’impression que la rangée de pupitres est extrêmement longue. J’ai l’impression que Priddy va nous métamorphoser en verre à pied. J’ai l’impression que j’ai oublié tout le plan, tout ce qu’il faut dire et tout ce qu’il ne faut pas dire. Alors lorsque j’arrive à la destination finale, je tire Elijah par la manche et lui fais comprendre d’y aller en premier. Un bon discours est un discours bien introduit.

Comme lors de la séance de thérapie, je me dis que rester silencieux au début est préférable. Et puis, contrairement à Cooper, j’ai été viré une semaine, alors j’imagine que Priddy m’aura à l’œil et surveillera tous mes faits et gestes. Rester calme et attendre le bon moment pour dire ce que j’ai à dire.
Dernière modification par Lukas Sharp le 10 août 2025, 19:45, modifié 1 fois.

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Franchement, Elijah était pas trop sûr de ce coup-là. Il avait géré comme il avait pu lors de la thérapie de groupe face à Miss Vermillon, mais face à Miss Priddy, c'était carrément autre chose. Sauf que Lukas savait se montrer convaincant quand il voulait. C'est-à-dire quand il faisait autre chose que d'être en colère. Alors il avait fini par accepter le plan. Qui n'avait strictement rien d'un plan si on demandait à Elijah, mais on ne lui demandait rien. Enfin, si, de faire ce qu'il savait faire, et donc de parler.

Alors il s'approcha du bureau de la professeur, sourire aux lèvres comme à son habitude, la gêne à peine perceptible sur ses bouclettes folles. Il avait pris soin de resserrer la cravate de son uniforme pour paraître plus sérieux qu'il ne l'était réellement, et n'avait même pas encore réenfoncer sa casquette sur ses cheveux - preuve s'il en fallait que tout cela était extrêmement sérieux.

- M'dame Priddy ? Avec Lukas on voulait vous parler, commença-t-il avec son sourire habituel de gentil garçon. Pendant ce temps, son camarade hochait la tête à la manière de ces chiens sur les plages arrières des voitures moldues. C'était donc qu'il approuvait le début de toute cette affaire. C'est par rapport à ce qu'il s'est passé à la rentrée, savez ? On y a beaucoup réfléchi, et puis, on est même allés à la thérapie de M'dame Vermillon parce que c'était important, comprenez ? continua le garçon. Sauf qu'on est quand même arrivés à la conclusion que tout ça c'était pas très juste... reprit-il d'un ton docte.

- Nos punitions... commença Lukas qu'Elijah interrompit rapidement de peur qu'il ne gâchât tout en une phrase.
- Oui, voilà, nos punitions injustes par rapport au fait qu'au final on avait rien fait et qu'on a été punis alors que ceux qui ont vraiment fait quelque chose ne l'ont pas été... mais il n'eut pas l'occasion de finir.
- Kohler, souffla Lukas, au grand damn d'Elijah qui lui donna un léger coup de coude pour qu'il se tût tout en faisant mine de tousser bruyamment comme si cela suffisait à couvrir la voix de son camarade.
- Votre cours était vraiment super sinon M'dame Priddy ! s'exclama finalement l'adolescent avec un enthousiasme débordant en espérant sans trop y croire que cela suffirait à faire oublier toute notion du discours précédent à la directrice adjointe.

Dialogues de Lukas vus avec le joueur, bien évidemment

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Le cours des troisième année se terminaient doucement, comme il avait commencé. Force était d'avouer qu'un cours théorique un lundi matin n'était pas forcément le moyen le plus efficace de réveiller les jeunes apprentis sorciers. Sarah avait néanmoins perçu des étincelles d'intérêt dans certains regards, en découvrant des objets magiques. Cela dit, la différence entre talismans et amulettes était elle bien claire pour tous ? Pas certains.

L'enseignante rangeait ses différentes pierres et colliers dans son armoire quand une voix résonna toute proche. La plupart des élèves étaient sortis pour profiter de la récréation mais Sharp et Cooper, deux élèves de la maison Poufsouffle semblaient avoir des questions à poser. Venant de ce drôle de duo, Sarah était plutôt agréablement surprise. Surprise qui se mua rapidement en déception quand la Galloise comprit que le sujet de l'échange n'allait pas porter sur le cours. Déception qui se métamorphosa en agacement profond quand certains mots résonnèrent dans sa salle de classe "injuste", "rien fait". Était-ce là une blague ? La fameuse thérapie de Mia, ça, Sarah en avait déjà entendu parlée...

La sous-directrice ravala un soupire et jeta un coup d'œil à sa pendule. Elle avait quinze minutes... les quatrième année allait peut-être commencer un peu en retard aujourd'hui. " Locomotor " Trois chaises contournèrent les premiers pupitres pour offrir une assise aux différents interlocuteurs à l'avant de la classe tandis que la porte de la salle de cours se fermait.

" Asseyez-vous. "

Ce n'était pas une invitation mais bien une consigne et elle même s'installa sur une des chaises, posant au passage un coude sur la table toute proche. Elle prit un petit temps de réflexion, tapotant des doigts sur le plan de travail dn bois avant de reprendre la parole.

" Je perçois deux points problématiques dans votre discours et, nous allons tous les deux les traiter. Je vous rassure, je n'oublie pas Monsieur Kolher. Néanmoins, avant toute chose, je voudrais que vous me racontiez précisément ce que vous et vos camarades avez fait la nuit de la rentrée. Et ce honnêtement, sans rien omettre. Racontez moi votre soirée et ce fameux projet à destination des premières années. "

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Lorsque je reçois le coup de coude d’Elijah, je dois me retenir de ne pas lui en asséner un à mon tour. Il a pris cette habitude et c’est un peu agaçant. Alors je sers les dents et souris faussement en direction de Priddy, lorsqu’il s’exclame à propos de son cours. J’ai l’impression de regarder un match de tennis de moldu, à regarder à droite vers Elijah, et à gauche vers celle qui semble déjà désespérée de nous écouter.

Lorsque les chaises arrivent vers nous, je me précipite sur l’une d’elles et plaque mes mains sur l’assise que je recouvre de mes jambes. J’essaie de me faire plus petit, plus discret, moins agacé, moins visible. Toutefois, mes regards inquiets vers Elijah ne cessent d’augmenter. Peut-être que ce n’était pas une bonne idée finalement. Le soupire de Priddy, son temps de réflexion, ses doigts qui tapent sur la table, je ne sais pas vraiment dire si elle réfléchit à comment nous retirer des points aux sabliers, ou si elle a réellement l’intention de nous écouter.

Si lorsqu’elle nous rassure, j’ai envie de sourire, je déchante assez vite lorsqu’elle nous demande de raconter — précisément — notre nuit — sans rien omettre. Est-ce qu’on se serait pas un peu jeté dans la gueule du loup avec mon plan de génie ? Je prends une grande inspiration, regarde Elijah et commence à réfléchir. Tout raconter ? Tout, tout, tout ? Depuis l’emprunt du badge de Coyle ? Peut-être que je peux omettre juste ça.. Est-ce qu’on a le droit à un joker d’omission ?

— Et bah on s’est dit qu’on voulait faire une surprise aux première année. Alors on leur a dit de nous retrouver en salle commune., commencé-je en m’assurant qu’Elijah suive bien tout ce que je dis. Pis après on est partis dans les couloirs en leur disant bien de pas faire de bruit parce qu'on voulait pas se faire prendre.

C’est vrai qu’on leur a dit de se taire. Bon on vous passe les détails du trajet c'est pas franchement le plus intéressant, y'a même pas eu de trucs épiques ou quoi...

— On a rejoint les Gryffondor..

— Ouais voilà parce que la loyauté et le courage ça va super bien ensemble. Attends, c'était pas des Serdaigles ? J'comprends plus rien.

— Et on est allés en salle des trophées pour les att...

— LES ATTIRER à être de bons élèves. Mais y en a qui comprenaient pas trop alors je leur ai fait un petit discours

— Mais un sur la loyauté des Poufsouffle, Miss.

Je hoche la tête, satisfait. C’est qu’on avait fait ça bien, ce soir-là.

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Elijah voyait bien que ça commençait mal. Cependant, il gardait son sourire, et surtout sa détermination. Pourtant, il ne savait pas bien à quoi il était tant déterminé, si ce n'était à ce qu'on cessât de le voir comme un criminel alors même qu'il n'avait jamais voulu autre chose que de s'amuser avec les premières années, et non à leurs dépends. Si des plus grands n'avaient plus le droit de se poser en leaders, où allait le monde ? Enfin, des plus grands non adultes, évidemment. Ces derniers n'étaient que de terribles rabats-joies aux idées bien trop arrêtées pour l'adolescent cool qu'il était. Et un adolescent cool était forcément rebelle.

En attendant, Miss Priddy n'avait plus l'air de vouloir lui offrir une glace. Et ça, ça l'embêtait un peu. Un tout petit peu, tout au fond. Mais il n'allait pas s'arrêter à ça et mettre tout leur plan à l'eau, il lui fallait plaider leur cause. Alors il aida Lukas à expliquer le déroulé de cette soirée, en parlant sûrement un peu trop fort pour couvrir la voix de son camarade lorsqu'il comprit que ce dernier allait dire une chose qui n'allait vraiment pas jouer en leur faveur.

Après la thérapie, il avait fini par comprendre qu'il était probablement le seul à n'avoir eu que des idées amusantes pour les premières années, et que leur offrir des chocolats était pas tellement dans les plans. Alors si c'était lui qui disait qu'ils n'avaient rien prévu de méchant... C'était pas vraiment un mensonge, puisque c'était sa vérité à lui. Juste pas tellement celle de Lukas. Et comme ce dernier parlait de son discours, Elijah releva la tête avec ferveur, soudain aussi enthousiaste que si on lui avait proposé une après-midi de surf.

- Super stylé le discours. Vous connaissez le Seigneur des Anneaux ? J'ai repris le discours d'Aragorn dans le dernier, en l'adaptant à ma sauce, si vous voulez j'vous l'refais là... J'l'ai appris par coeur j'ai fait ça bien hein ! Alors ça faisait un truc comme ça : Tenez vos positions ! Élèves de Poufsouffle, et de Serdaigle, - tu vois, c'était des Serdaigles précisa-t-il pour son camarade en sortant de son discours une demie seconde avant de reprendre. Mes camarades… Je lis dans vos yeux la même peur qui pourrait saisir mon coeur. Un jour peut venir où le courage des élèves de Poudlard faillira, où nous abandonnerons nos amis et briserons tout lien. Mais ce jour n'est pas arrivé. Ce sera l'heure des loups et des baguettes fracassées, lorsque l'âge des élèves de Poudlard s'effondrera. Mais ce jour n'est pas arrivé ! Aujourd'hui, nous combattrons ! Pour tout ce qui vous est cher, sur cette bonne Terre, je vous ordonne de tenir, élèves de première année ! J’espère que vous avez mangé vos victuailles avec appétit, car vous dînerez en enfer ce soir ! déclama-t-il avec ferveur, allant même jusqu'à se relever pour donner plus d'emphase à ce discours magnifique.

Il en était vraiment fier. Et Lukas, à côté de lui, semblait avoir bien du mal à retenir son rire.
- La dernière partie c'était juste pour que ce soit super épique, évidemment.
Evidemment. Et puis j'ai bien insisté sur la loyauté et la confiance, et je leur ai dit qu'ils étaient la génération du futur aussi, des vrais sorciers !
- Et ça c'est sacrément stylé aussi. Et puis on leur a proposé de faire du tir à la corde.
- …. avec les yeux bandés.
- Tout est toujours plus fun les yeux bandés. On devait même leur offrir des chocolats pour ceux qui gagnaient.
- Mais on n’a pas eu le temps de le faire, Miss Tremblay et Mister Khan sont arrivés.
- Enfin ils s'embrassaient.
- Et c’était dégueu… Par contre, Miss Tremblay, elle est trop forte ! Elle a fait apparaître un filet pour attraper Lyam.
- Et c'était badass.
- Grave badass.

Elijah lança un sourire de connivence à Lukas. Il aimait particulièrement ce genre de validation de la part de son ami.

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Le discours qu'on lui servait était... Elle passa sur les commentaires concernant ses deux collègues pour se concentrer sur l'essentiel avec un petit sourire ironique sentant une colère froide monter. Par chance pour le petit duo, Cooper avait presque l'air honnête ou du moins un peu innocent dans sa démarche.

" Aaaahhh... Je ne connaissais pas cette technique. Ça m'intéresse. Ça marche bien le coup de la corde ? Je veux dire... Si j'accroche une corde à la porte de ma salle de classe, les élèves vont être attirés ? Ou seulement les premières années ? "

Elle observa intensément les deux gamins qui lui faisait face à tour de rôle avant de reprendre.

" Vous ne me prendriez pas pour un occamy à peine sorti de l'œuf par hasard ? Ou un boullu peut-être ? Un troll ? "

On ne saurait probablement jamais ce qu'ils avaient réellement prévu de faire avec cette fameuse corde. Peut-être les attacher après une distribution de chocolat et les planter là en pleine nuit. Sans lumière. À eux de se débrouiller pour trouver une solution et regagner leurs salles communes.

Préparer une surprise pour les nouveaux était une excellente idée. Je suis sincère quand je vous l'affirme. Et votre discours aurait été absolument parfait pour motiver votre équipe au lancement d'une partie de balai prisonnier ou de course au chaudron ou encore avant l'ascension du Cromlec'h en duo pieds collés Monsieur Cooper. Je l'aurais même applaudi avec plaisir. Le problème ce sont tous les choix que vous avez fait autour et qui ont transformé ce projet pourtant génial en une mascarade de très mauvais goût. "

Et encore, le groupe de la salle des trophées était le mieux loti. Ce qui s'était passé pour les autres élèves, entrainés de force dans les lugubres toilettes abandonnées était encore plus désagréable.

" Plongeons un instant si vous le voulez bien dans l'esprit d'un nouvel arrivant à Poudlard. Pour vous, ça ne remonte pas à bien loin, vous devriez y arriver facilement. Le grand départ, les possibles tensions familiales, la peur de l'inconnue, l'excitation de la découverte, la pression de la répartition, la foule agitée tout autour, camarades, grands, préfets, professeurs,... Et enfin, le silence. Dans ce qui doit devenir votre cocon, votre petit lieu sécurisé, votre salle commune et plus particulièrement votre dortoir. C'est souvent là que les nouveaux craquent le premier soir, réalisant tout ce qu'ils ne verront plus avant plusieurs mois, tout ce qui les attend ici. Un surplus d'émotions qui les fait plonger dans le sommeil ou pleurer un bon coup. "

L'adulte fit une petite pause pour s'assurer que son discours parlait aux deux élèves, être sûre qu'ils voyaient de quoi elle parlait à cet instant puis reprit son explication.

" Et là, on vous réveille. On vous sort de votre lit et même de votre salle commune, en pleine nuit, pour certains en pyjama. Complètement désorienté, dans un château énorme que vous ne connaissez pas, vous vous retrouvez à errer dans des couloirs froids, entrainé par des plus grands qui dans le meilleur des cas vous font de grands discours, dans le moins bon, vous insulte et vous ordonne de vous taire. La peur de vous faire attraper parce que, pour une raison que vous ignorez, il ne faut pas se faire prendre d'où l'importance de se taire et de ne pas faire de bruit. Sachez que si vous avez trouvé ça amusant. Si quelques rares élèves ont pu, avec le recul trouvé ça drôle, la plupart des élèves que vous avez entrainé dans cette mascarade nocturne ont eu peur. Un sentiment d'humiliation a parfois prit le dessus, rien de plus. Ils ne trouvent pas les grands drôles. Non. Ils les trouvent mauvais et dangereux. C'est ça que vous vouliez ? "

Le fait qu'ils puissent oser dire n'avoir rien fait rendait vraiment la Galloise furieuse. Certes, ils étaient des enfants mais, ils n'en restaient pas moins responsables de cette bêtise énorme.

" D'un point de vue règlementaire, votre petit groupe de "grands" a enfreint la règle du couvre feu en préméditant une sortie nocturne à l'avance, a menti à de jeunes élèves, les a poussé à enfreindre des règles et a traumatisé certains enfants dont certains découvraient pour la première le monde magique. Tout ça pour une sortie nocturne violente et humiliante à laquelle ils ont été forcés de participer et qu'ils ne sont pas prêts d'oublier, c'est certain. Pour ça, pas de doute, cette opération est un succès. "

Une nouvelle pause suivit ce résumé et Sarah prit une profonde inspiration pour évacuer la colère qui l'habitait en pensant à ses pauvres gamins qui devaient maintenant voir leurs aînés comme des ennemis au lieu d'y trouver les grands frères et grandes sœurs dont ils avaient besoin.

" Bien maintenant que ce premier point est éclairci et que nous sommes tous les trois d'accord pour dire que vous n'avez pas rien fait, loin de là, passons à votre deuxième point. Pourquoi me parlez-vous de Monsieur Kohler ? "

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Le problème avec les professeurs qui réprimandent des élèves en usant de l’humour, c’est qu’on a envie de rire avec eux. Quand Priddy nous avoue ironiquement qu’elle est intéressée par le coup de la corde, je dois non seulement mordre d’un coup violent l’intérieur de ma joue pour ne pas rire, mais également me retenir de valider son hypothèse sur l’attrait des première année à l’aide d’une corde. Je l’imagine un instant avec la corde de Lyam dans les mains, et soudain Sarah Priddy devient beaucoup moins impressionnante. Et pourtant, elle l’était encore plus depuis qu’elle était passée sous-directrice.

Lorsqu’elle m’avait demandé de la suivre dans son bureau en première année — après m’être énervé contre un fauteuil — je m’étais surpris à lui sourire, lorsque son humour avait gentiment pardonné mon excès de colère. Aujourd’hui, ce n’était pas vraiment le même humour. Aujourd’hui, le ton qu’elle venait de prendre ne me donnait pas l’impression qu’elle allait rire du discours d’Elijah, ni du mien si elle l’avait entendu. Alors je me remercie d’avoir laissé quelques détails de côté, notamment sur les autres sortilèges que je pensais utiliser et accuse le coup de son discours.

J’ai parfois envie de répliquer, d’ajouter des informations pour défendre notre cause, mais je me retiens. Il y a quelque chose dans le regard de Priddy qui m’assure que tenter quoi que ce soit n’est pas prudent. À mesure qu’elle parle, mon corps s’enfonce dans le siège. J’avais oublié que Sarah Priddy n’était pas Mia Vermillon, que ses mots savaient comment vous atteindre, lorsque vous vous y attendez le moins. Plus son discours s’agrandit, plus j’ai l’impression que le mien n’existera plus. Plus son ton s’aggrave, plus le mien se réduit au silence. J’observe son regard passer de celui d’Elijah au mien et je plonge droit dedans. J’y cherche la déception, l’agacement, la colère et sûrement le pire : le désintérêt. À chaque mot qu’elle ajoute dans la scène de ce fameux soir est un poids qui s’écrase sur mes épaules. Je ne sais pas pourquoi je m’attendais à une autre réaction de sa part. Ou peut-être que c’est faux, peut-être que c’est précisément de la déception et de la colère que je cherchais chez elle. Peut-être qu’entraîner Elijah dans ce plan était une manière de me montrer invincible en lui laissant la charge d’endosser un rôle que moi seul lui ai donné. Alors silencieux, je fixe celle qui m’offre ce que je suis venu chercher et ressens l’humiliation qu’elle déposait sur les têtes des première année.

Est-ce qu’attirer l’attention demande de passer par du spectaculaire ? Qu’est-ce qu’elle retient de moi, Priddy, quand elle me voit sortir de son bureau en souriant et qu’elle me voit maintenant, sourire de ce que j’ai fait aux élèves ? Est-ce qu’elle proposera encore son aide ou est-ce que la colère que je lis sur son visage est signe que la date de péremption est dépassée ?

Je ne sais plus si j’ai envie de parler de Kohler, maintenant. J’ai envie de disparaître, de revenir en arrière, de me dire qu’il faut choisir ses batailles, et que Priddy/Kohler n’en est pas une, que dans l’équation, c’est moi qui me retrouverai seul avec une inconnue. Alors sans même regarder Elijah, je secoue la tête et prends enfin la parole. Le premier son ne sort d’ailleurs pas tant j’ai encore ses paroles qui m’enfoncent et qui passent en boucle pour me faire taire.

— J’ai dit Kohler ? Non, pardon, je voulais dire Tyler, je réponds en me levant de ma chaise. Je crois qu’on vous a assez fait perdre votre temps.

Impossible de m’excuser pour le moment. Impossible de revenir sur le sujet. Impossible de poursuivre ce pourquoi nous étions là au début. Mon esprit semble vide. Je n’ai que le mot déception qui me vient en tête. Et puis peut-être abandon. Si Priddy la tenait cette fameuse corde, est-ce qu’elle me la tendrait encore ?

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Elijah écarquilla les yeux devant l'ironie évident de Miss Priddy. Il ne s'y attendait pas, et il sentait parfaitement que ladite ironie cachait une certaine colère qui ne lui plaisait pas outre mesure. Cela le fit même se rassoir instantanément. Et effectivement, la suite confirma ses instincts, laissant Elijah sans voix tellement l'idée même de confondre Miss Priddy avec un boullu ou un troll lui paraissait aberrante. Et surtout, la dernière chose qu'il voulait, c'était qu'elle pensât qu'ils se moquaient d'elle. Ce n'était nullement son intention, d'autant plus qu'il l'avait toujours tenue en haute estime - c'était là le pouvoir de la glace au cookie sur lui.

Peut-être était-ce pour cela que ses mots le touchèrent autant. Ou tout simplement parce qu'elle savait les choisir avec grand soin. Même durant la thérapie, il n'avait pas compris ce qu'on leur reprochait. A présent, les choses étaient plus que claires, et le noeud qu'il avait dans l'estomac était si serré qu'il en venait à se demander s'il allait pouvoir le défaire un jour. Il tripotait ses mains nerveusement, une boule de plus en plus grosse dans la gorge. Chez Elijah, tout avait tendance à être trop. Trop d'énergie, trop d'enthousiasme, trop de sourires, mais aussi trop d'angoisse lorsqu'elle se pointait. Gérer les émotions négatives, ça n'avait jamais été son truc.

Paradoxalement, dans le monde haut en couleur d'Elijah, les choses étaient noires ou blanches. Il y avait les gentils et les méchants. Les héros et les vilains. Il s'était toujours vus en héros. Du moins il avait toujours aspiré à l'être. Et maintenant, la réalité des faits le frapper de plein fouet, sans qu'il ne fût capable de l'encaisser. Humiliés. Méchants et dangereux. A la fin de son petit discours, Elijah n'aurait probablement pas paru plus choqué si elle venait de le gifler. Il la regardait, les lèvres pincées, le menton légèrement tremblant tandis qu'il luttait vaillamment pour retenir les larmes qui étaient montées à ses yeux. Il détestait pleurer, et refusait de le faire devant qui que ce fût.

- C'est pas... commença-t-il d'une voix si basse qu'il n'était même pas sûr qu'on pût l'entendre. Alors il s'arrêta. Et il fallait souligner que laisser un Elijah sans voix n'était pas donné à tout le monde.

Il baissa les yeux, les poings serrés sur ses genoux, tandis que Lukas se levait. Lui était bien incapable d'amorcer le moindre geste. Leur plan pourtant si bien huilé n'avait pas pris en compte qu'ils n'avaient aucune chance face à Miss Priddy, alors même que c'était évident. Il se sentait terriblement idiot. Et surtout terriblement coupable.

- On a fait une bêtise, hein ? finit-il par lâcher, plus pour lui-même que pour obtenir une réponse de la professeure. De toute manière, la réponse était plutôt évidente. Malgré tous ses efforts, une larme dévala sa joue, qu'il s'empressa d'essuyer, en espérant fortement que garder la tête baissée l'avait cachée.

- L... Lukas a raison. On f'rait mieux d'y aller, souffla-t-il finalement. Pardon, il ajouta du bout des lèvres, désireux de retrouver la femme qui l'avait rassuré lorsqu'il avait onze ans, et non pas la sous-directrice en colère qui lui faisait face.

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**Tyler ?!?** La sorcière ne réagit pas immédiatement en voyant tout à coup le jeune Cooper se refermer sur lui même en tremblotant du menton, comportement peu courant chez le garçon. Était-ce là un nouvel acte de leur comédie savamment orchestrée ou l'effet d'une prise de conscience brutale de la situation ? Sarah préférait opter pour la deuxième option voulant croire à cette capacité qu'avaient les gamins de changer de chemin alors qu'ils commençaient tout juste à explorer le monde. L'enseignante n'eut cependant pas le temps de dire le moindre mot, déjà le plus rapide des deux visiteurs tentaient de filer. Cette fois-ci, la réaction se fit immédiate : "Locomotor !"

Le Poufsouffle fut frappé par le sort de l'adulte et, tel un pantin ayant perdu ses ficelles, malgré des jambes moulinant inutilement dans le vide, décolla légèrement du sol pour parcourir le chemin entre les tables en marche arrière jusqu'à revenir se poser sur la chaise qu'il avait quitté un instant plus tôt. La sorcière posa son catalyseur sur la table et reprit enfin la parole.

" Vous êtes encore en train de me prendre pour un boulu Sharp. "

Appelez les élèves par leur nom de famille uniquement n'était pas dans ses habitudes, preuve s'il en était de son agacement à cet instant. Le regard noir de Sarah se posa sur le petit brun, espérant que cela suffirait à le faire rester tranquille le temps de la discussion puisqu'une discussion devait avoir lieu à leur demande.

"Faire une bêtise n'est pas une fatalité Monsieur Cooper, nous en faisons tous un jour ou l'autre. Certaines sont plus grosses que d'autres mais, vous n'êtes pas trop tard pour vous rattraper et redorer si on peut dire votre image auprès de vos jeunes camarades et des adultes qui veillent tant bien que mal sur vous au sein du château. "

Elle fit une petite pause, cherchant le regard du Poufsouffle pour s'assurer qu'il comprenait que tout était encore à faire et dépendait finalement de lui. Personne ne lui en voudrait éternellement, du mois pas s'il faisait des efforts pour prouver qu'il avait compris son erreur et cherchait à évoluer dans le bon sens. Elle inspira ensuite profondément pour reprendre sur un ton plus doux.

" Maintenant, puisque nous en sommes à parler des bêtises des uns et des autres, pourriez vous s'il vous plaît m'expliquer ce qui s'est passé avec Monsieur Kolher ? Vous n'allez pas me faire croire que vous êtes venus me voir pour rien à la fin de ce cours et non, je ne vous croirai pas si vous me dites que c'était simplement pour me dire que ce cours théorique vous a énormément plu ou que Tyler a des problèmes de sommeil, de digestion ou de je ne sais quoi. Les adultes aussi font parfois faire des erreurs et c'est votre droit d'en parler si quelque chose a été mal vécu de votre côté. Je ne dis pas que je vous donnerai forcément raison mais vous n'êtes pas forcément en tort. À vrai dire, bien souvent les torts sont partagés et liés à des incompréhensions mutuelles mais, il est important que vous expliquiez ce qui s'est passé pour que nous puissions justement éclaircir la chose et éviter que de telles situations se reproduisent à l'avenir. "

Un adulte excédé face à des adolescents buttés, ce n'était pas une situation rare dans un établissement accueillant des centaines d'élèves de tout horizon pendant dix mois de l'année et il était certain que la patience des uns et des autres pouvaient être mise à rude épreuve.

" Je vous écoute donc, qu'est ce qui vous a amené à venir me voir ? "

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Alors que je commence à m’éloigner de ma chaise, pensant ne plus me retourner, je sens que mes pieds n’avancent plus. Du moins, qu’ils n’avancent plus sur la terre ferme. Mes yeux s’abaissent aussitôt et les voilà qu’ils moulinent dans le vide. Impossible de retenir le cri d’agacement qui s’échappe lorsque je suis transporté vers ma place initiale et où m’accueille un regard noir signé Priddy. Un regard qui me fait déglutir de peur et m’asseoir aussitôt. Encore une déception au compteur Priddy - Lukas.

J’vous.. , je commence à protester, puis me ravise.

Ce n’est pas que je la prends pour un Boulu. Je ne sais d’ailleurs même pas ce que c’est. C’est juste que je ne sais finalement pas ce qui m’a pris de penser qu’elle pourrait comprendre, nous écouter ou avoir un discours différent de la psychomage. Enfin comprendre, peut-être un peu. Mais nous écouter réellement.. Comme si nos paroles avaient un quelconque poids.

Je jette un œil à Elijah lorsque Priddy s’adresse à lui. Il me fait de la peine. Ca se voit qu’il n’a pas l’habitude de recevoir des regards noirs de profs. Lui qui, normalement, m’évite de les recevoir, c’est lui qui en reçois un à cause de moi. Je lui envoie une petite moue compatissante, espérant qu’il ne me reproche pas ce projet dans lequel je l’ai embarqué, et reviens à celle qui reprend la parole.

Lorsque j’entends le nom de Kohler, ma respiration se coupe un instant. Un an. Un an que je me retiens de dire des choses. Un an que j’encaisse les critiques que l’on me fait. Un an que j’essaie d’éviter tout contact avec ce concierge qui vit impunément dans ce château. Alors lorsque Priddy nous invite à nouveau à parler, ma respiration s’accélère. Je tente de récupérer le courage que j’avais sûrement emprunté à quelqu’un avant de venir lui parler. Je tente de ne pas serrer mes poings trop fort, de ne pas enfoncer mes ongles dans ma paume, mais quand j’entends que les adultes font parfois des erreurs, je lutte pour ne pas l’interrompre. Je lutte et plus je lutte, plus je sens ma gorge qui se noue. Son regard noir n’a rien à voir avec celui du mage noir et pourtant, je m’en nourris.

Elle nous écoute, dit-elle. Alors je la fixe. Je sonde ses traits. Je m’assure que je peux réellement parler, que sa baguette ne sera plus utilisée contre moi et je tourne la tête en direction de la porte. Je reviens au regard de Priddy pour qu’elle ne prenne pas peur de me voir dégainer ma baguette et pointe alors mon catalyseur vers la porte de sa salle.

Collaporta !

Maintenant que la porte est collée aux montants, je me sens plus sûr que personne n’entrera. Je prends alors une grande inspiration et, sans regarder Elijah de peur qu’il m’en empêche, je m’élance.

Il y a un an, Miss Valerion m’a… Je me pince les lèvres, repensant à la promesse que je lui ai faite. Mais cette fois, ce n’est plus le même regard qu’il y a en face de moi, et celui de Priddy, au moins, est là et ne m’a pas laissé partir. Alors tant pis. M’avait fait promettre de ne pas en parler, mais m’avait confié que le concierge était.. était un mage noir. Prenant soudain conscience qu’elle pourrait rire, j’enchaîne. Miss, je vous jure, je vous mens pas. Pas cette fois. Je vous prends pas pour un… Comme vous avez dit tout à l’heure. Alors je sais qu’il y a des mages noirs bien et d’autres pas bien. C’est Aelle Bristyle qui me l’a dit, mais.. Lui.. Miss, je sais pas comment vous dire mais il use de la magie sur les élèves. Je sais que j’ai pas été exemplaire cet été à son camp, mais vous m’auriez immobilisé et humilié en me ramenant devant mes parents en me laissant figé ? Vous auriez lancé un sortilège de pesanteur et de mutisme sur des élèves ?

L’émotion me monte aux yeux. Je sais que dans ces mots, il y a des choses que je lui reproche et qu’il m’est impossible de dire à voix haute. Je sais que je lui reproche le départ de Valerion et que cet argument n’apporte rien à ma défense.

Mais vous allez sûrement me dire que je n’y étais pas, et c’est vrai. Je vous laisserai interroger celles qui étaient présentes, mais du coup.. Si je venais vous voir c’était pour vous demander ce à quoi personne ne semble vouloir répondre : est-ce que Poudlard peut avoir des mages noirs ? Est-ce qu’il y en a vraiment des « biens » ?

C’est dans cette dernière question que je me demande seulement, après un an, si la colère de Valerion n’avait pas tout simplement créé la mienne et si celle-ci était légitime. Peut-être qu’en fait, toute la direction était au courant, et que j’ai craint inutilement qu’un jour, Kohler vienne s’en prendre à moi. Peut-être qu’en fait, je me ridiculise et que ce sortilège que doit me lancer Caldin pour effacer ma mémoire me sera bien utile.

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@Aelle Bristyle et @Élicia Caldin pour les mentions.

Fiche PR - 4e année RP