Cœur de lion et crin de licorne
Aout 2049 - à la suite de : Première sortie de la tanière
Evelyn et sa mère entrèrent en silence. La petite brune affichait une mine renfrognée ; elle aurait préféré rester admirer les balais dans la boutique de Quidditch. D'humeur trop boudeuse pour ressentir l'atmosphère mystérieuse, les petits crépitements de l'air chargé d'énergie magique. Elle poussa un soupir face aux murs entièrement recouverts de rangées infinies de petites boîtes rectangulaires, empilées jusqu’au plafond, formant des colonnes bancales et vertigineuses.
De la poussière volait dans la boutique exiguë et le silence régnait en maître. Evelyn poussa un second soupir, des boîtes empilées, en voilà une boutique d'un ennui mortel. Pire encore que Fleury and Bott ! Elle n'avait qu'une hâte, qu'on lui donne sa baguette et ressortir au plus vite de cet endroit. Si elle restait sage, sa mère avait promis une récompense chez Keddle & Leather – un argument qui seul l’empêchait de tourner les talons.
Mary, quant à elle, était absorbée par ses souvenirs. La première fois qu’elle avait franchi cette porte, à l’âge d’Evelyn, elle était émerveillée, accompagnée de ses deux parents, impatiente de posséder sa propre baguette, symbole d’un nouveau chapitre de sa vie. Puis une seconde fois, des années après, à la suite d'un accident. Le choc avait été brutal, comme une amputation. Elle était bien évidemment retourner chez Ollivander's, mais peut-être trop vite. Avec la nouvelle baguette, il avait fallu s'apprivoiser, réapprendre progressivement les gestes quotidiens. Un peu comme apprendre à marcher avec une prothèse, jusqu'à ce que cette dernière devienne jambe de chair à nouveau. Une expérience qui lui avait appris la délicate alchimie entre un sorcier et sa baguette. C'était là, la beauté de la magie. Elle aimerait tant qu'Evelyn arrive à saisir ce concept subtil. Evelyn était encore jeune et elle espérait qu'elle comprendrait un jour l’importance de cette connexion. Mary craignait que si elle essayait de le lui faire comprend, après lui avoir remonter les bretelles sur le Chemin de Traverse, sa fille le prendrait pour un énième leçon de moral et ferait la sourde oreille.
Mary jeta un regard vers sa fille, ses longs cheveux lisses poivre et sel encadrant un visage sérieux. Plongeant ses yeux bruns dans ceux de la jeune fille, elle murmura d’une voix douce mais ferme :
- Allez, ma petite lionne, c’est à toi de jouer. Personne d’autre ne peut choisir ta baguette. Débrouille-toi comme une grande.
Evelyn ouvrit de grands yeux, son cœur battant à tout rompre. L’idée d’être envoyée seule à l’assaut de cette vieille boutique lui donnait l’impression de s’aventurer dans la tanière d’un dragon. Mais en croisant le regard inflexible de sa mère, elle comprit qu’il n’y aurait pas de retour en arrière. Résignée, elle tourna lentement la tête vers l’intérieur de la boutique.
À pas traînants, elle s’avança vers le comptoir central, un meuble de bois sombre marqué par le temps. Derrière, une vieille échelle grinçante semblait prête à atteindre les boîtes les plus inaccessibles. Le plancher grinçait sous ses pas, il lui semblait que les milliers de boîtes possédaient des yeux qui scrutaient son avancée. Une partie d'elle voulait fuir en courant, mais une autre, plus ténue, voulait prouver qu'elle était à la hauteur de cette épreuve. La lourdeur de l'air, mélange d'énergie magique et de renfermé, lui donnait l'impression de porter un poids invisible. Elle n'aurait pu le décrire, il s'agissait d'un mélange d'émotions et d'appréhension subtil. Tout en observant Evelyn avancer à petits pas, Mary quant à elle, espérait secrètement que sa fille ressente bientôt l’excitation unique d’être choisie par une baguette.
Arrivée au comptoir, sa tête dépassant à peine, elle déglutit et, d’une voix hésitante, lança :
- Bonjour, est-ce qu'il y a quelqu'un ?
Elle espérait secrètement que personne ne répondrait à son appel. Peut-être cet exercice lui sera-t-il épargné et recevrait-elle sa baguette par hibou. S'ils avaient un catalogue, elle pourrait choisir celle qui lui semblerait la plus jolie. Ses doigts se crispèrent sur le bord du comptoir, comme si ce simple geste pouvait la rassurer face à l’inconnu qui l’attendait.
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Cœur de lion et crin de licorne
Pendant l'été les moments de creux et donc de pauses étaient rares. Autant dire qu'en dehors de la pause méridienne ils se comptaient sur les doigts d'une seule main. Que ce soit lui ou Declan, ni l'un ni l'autre n'avait vraiment le temps de s'asseoir, ce qui était encore plus vrai lorsqu'il était seul comme actuellement. Entre les clients et le rangement, il n'avait pas le temps de prendre le temps. Pour preuve, il venait à peine de poser la boîte qu'il voulait remettre à sa place dans l'arrière boutique que la porte s'ouvrait, déclenchant l'avertissement magique qui rendait inutile le fait d'appeler pour les clients. Mais la plupart ne le savait pas.
L'irlandais prit le temps de souffler un bon coup avant d'y retourner. "Bonjour, c'est pour l'achat d'une première baguette?" S'enquit-il en laissant ses yeux passer de la mère plutôt en retrait à la fillette qui s'était avancée jusqu'au comptoir, la tête dépassant tout juste. Cela contrastait d'autant plus avec lui qui était plus grand que la moyenne des hommes. Heureusement, il devait passer derrière cette surface de bois pour prendre quelques mesures tant d'un point de vue physique que magique, l'avantage étant que c'était discret et indolore. Il entreprit donc de contourner l'espace d'encaissement pour se retrouver non loin de la petite, quoique toujours face à elle. "Ne vous en faites pas, il n'y a rien de difficile." Elle lui paraissait être nerveuse.
ISMI 1ère année - Vol sur balais - Courses - PeC inRP: 09/47-01/48 - Préfète inRP: 09/44-06/47 et 01/48-03/49
