ô lac, suspens le temps
15 Mars 2050
La journée de cours avait été bonne, exception faite du moment plutôt tendu vers midi à secourir la petite Nina. Elle était heureusement saine et sauve, à se reposer à l'infirmerie, et il pouvait se détendre.
En quittant les serres, il se dirigea rapidement vers le lac s'installer sur les rives. Dans un moins d'une heure, le calme paisible et régénérant de ces eaux tranquilles s'effaceraient et se succéderait alors le vacarme assourdissant de la Grande Salle. Il s'installa au pied du chêne habituel en sortant son carnet à dessin.
Le printemps qui se développait un peu plus chaque jour avait à nouveau changé. L'adolescent sourit et commença à croquer l'arbuste à proximité qui avait vu ses feuilles revenir. Sa main traça lentement les traits avec finesse qui représenteraient les bases de l'arbre. Tout en dessinant, les souvenirs de son récent cours de Botanique. Il avait beau ordinairement les apprécier, cette séance ci à devoir avaler des mots compliqués sur les champignons avait été laborieuse. Il avait beaucoup de mal à se concentrer tant son esprit était régulièrement parti ailleurs. Il allait devoir travailler de longues heures pour corriger ces lacunes et mémoriser toutes ces notions qui lui semblaient aussi peu intéressantes et utiles qu'un Véracrasse.
Soudain, Alexandre arrêta sa main, releva la tête pour fixer l'arbuste, quelques instants, puis recommença à tracer un nouveau trait pour matérialiser les premières feuilles. A ce moment, plusieurs oiseaux s'envolèrent et survolèrent le lac. Il sourit. C'était formidablement paisible.
@Elsie Clancharlie
Dernière modification par Alexandre Bellanger le 29 janv. 2026, 16:23, modifié 1 fois.
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Alexandre est un ainé gentil, très soucieux des petits, surtout des nouveaux venus, et en particulier ceux de sa maison.
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Poudlard, 15 mars 2050
Elsie, 15 ans
Rives du Lac
Elle marche, Verticale, à la recherche de sa Perpendiculaire. Le poids de la journée et son plomb de fatigue n'y faisait rien ; son corps ne fléchissait pas, mât de fortune pour les voiles de ses pensées. Son âme fendait l'eau du regard à la vitesse d'une ourque, sûre de sa puissance, placide et silencieuse. A pas feutrés, laissant traîner la bottine doucement sur l'herbe renaissante du printemps, Elsie s'avançait avec assurance vers son Angle, situé au bord du Lac. Elle était prête à mettre en regard le charbon du Lac et la porcelaine de son front, le noir de ses yeux et le blanc des reflets. Son assurance s'expliquait par la certitude que confère aux hommes la routine, métronome d'acier décrié et respecté. Elle connaissait par cœur les rivages du Lac, devenus le lieu de son pèlerinage incrédule, elle avait tout vu de lui sans jamais le connaître, sans jamais percer le mystère de sa beauté funèbre.
Le jour allait tomber de fatigue. Bientôt la nuit danserait dans sa robe longue, dentelée d'étoiles et arborant son collier-de-lune métamorphe. Dans ce bal où la Reine de la Nuit allait briller, tu te faisais une place discrète, jetant un œil à sa parure de plus en plus visibles au fil des minutes. Le soleil bâillait dans des draps d'ocre, les nuages se faisaient palette de ses dernières paroles. Bruits de lumières, symphonies atones, les plus belles sans doute entendues sur Terre ; l'oreille de tes yeux était aux aguets, alors qu'Elsie approchait de son but.
Ce fut lorsqu'elle fut plus proche encore qu'elle se rendit compte de la présence d'un Rouge dans le manteau du soir. Il menait sa Tentative de l'impossible, fixant sur la toile l'éphémère de la végétation en proie aux mouvements incessants de la lumière. Férue de peinture et de dessin, Elsie ne pouvait qu'être tentée d'y regarder, discrètement, de plus près. Son regard se posa sur la toile, reconnaissant au passage le visage de ce garçon, qu'elle avait du croiser pendant certains cours. On pouvait dire qu'il avait un certain talent dans l'art du crayon.
Elsie croisa son regard, inclina la tête en se mordillant légèrement les lèvres — Merlin, que le contact des autres lui était difficile d'accès — avant de lui demander :
« Si tu dessines, c'est parce que peindre à cette heure est toujours synonyme d'échec ? »
Elle ne peignait presque jamais la nature, ce caprice gorgé d'éphémère. Elle préférait généralement y goûter par les sens sans tenter d'en restituer la réalité ; si elle l'évoquait, c'était toujours par des voies obliques et imprévues, dans le secret d'un cœur qui sait tout mieux que personne. Elle savait qu'elle ne pourrait qu'esquisser le sentiment ou l'image intime qu'elle se faisait de Gaïa, et que l'Immense de sa réalité lui échapperait à jamais — toute sa beauté résidait dans l'impalpable, l'indicible, l'ineffable.
Elsie, 15 ans
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Elle marche, Verticale, à la recherche de sa Perpendiculaire. Le poids de la journée et son plomb de fatigue n'y faisait rien ; son corps ne fléchissait pas, mât de fortune pour les voiles de ses pensées. Son âme fendait l'eau du regard à la vitesse d'une ourque, sûre de sa puissance, placide et silencieuse. A pas feutrés, laissant traîner la bottine doucement sur l'herbe renaissante du printemps, Elsie s'avançait avec assurance vers son Angle, situé au bord du Lac. Elle était prête à mettre en regard le charbon du Lac et la porcelaine de son front, le noir de ses yeux et le blanc des reflets. Son assurance s'expliquait par la certitude que confère aux hommes la routine, métronome d'acier décrié et respecté. Elle connaissait par cœur les rivages du Lac, devenus le lieu de son pèlerinage incrédule, elle avait tout vu de lui sans jamais le connaître, sans jamais percer le mystère de sa beauté funèbre.
Le jour allait tomber de fatigue. Bientôt la nuit danserait dans sa robe longue, dentelée d'étoiles et arborant son collier-de-lune métamorphe. Dans ce bal où la Reine de la Nuit allait briller, tu te faisais une place discrète, jetant un œil à sa parure de plus en plus visibles au fil des minutes. Le soleil bâillait dans des draps d'ocre, les nuages se faisaient palette de ses dernières paroles. Bruits de lumières, symphonies atones, les plus belles sans doute entendues sur Terre ; l'oreille de tes yeux était aux aguets, alors qu'Elsie approchait de son but.
Ce fut lorsqu'elle fut plus proche encore qu'elle se rendit compte de la présence d'un Rouge dans le manteau du soir. Il menait sa Tentative de l'impossible, fixant sur la toile l'éphémère de la végétation en proie aux mouvements incessants de la lumière. Férue de peinture et de dessin, Elsie ne pouvait qu'être tentée d'y regarder, discrètement, de plus près. Son regard se posa sur la toile, reconnaissant au passage le visage de ce garçon, qu'elle avait du croiser pendant certains cours. On pouvait dire qu'il avait un certain talent dans l'art du crayon.
Elsie croisa son regard, inclina la tête en se mordillant légèrement les lèvres — Merlin, que le contact des autres lui était difficile d'accès — avant de lui demander :
« Si tu dessines, c'est parce que peindre à cette heure est toujours synonyme d'échec ? »
Elle ne peignait presque jamais la nature, ce caprice gorgé d'éphémère. Elle préférait généralement y goûter par les sens sans tenter d'en restituer la réalité ; si elle l'évoquait, c'était toujours par des voies obliques et imprévues, dans le secret d'un cœur qui sait tout mieux que personne. Elle savait qu'elle ne pourrait qu'esquisser le sentiment ou l'image intime qu'elle se faisait de Gaïa, et que l'Immense de sa réalité lui échapperait à jamais — toute sa beauté résidait dans l'impalpable, l'indicible, l'ineffable.
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Alexandre releva la tête afin de capter une nouvelle fois le meilleur profil de l'arbuste choisi et de distinguer un détail que son œil n'aurait pas encore décelé. Il retourna à son dessin lorsqu'une voix résonna et troubla sa concentration. Elle était devant lui. Elle avait dû attirer son attention, mais lui, absorbé dans son œuvre du jour n'en avait rien vu. Il aurait fallu qu'une horde de Centaures soit bruyante si elle débarquait non loin de lui pendant qu'il s'était plongé dans l'un de ses dessins.
"Un échec ?"
Il médita, pensif, au sens de ses paroles. Dessiner ne lui semblait pas un échec. Au contraire, c'était une source d'épanouissement et une des soupapes qui lui permettaient de drainer une journée épuisante. Il secoua lentement la tête d'un air doux, toutefois anxieux à l'idée de passer à côté du sens de l'interrogation."
"Je dessine pour oublier le monde, ses difficultés, et me perdre lors de ce temps qui n'appartient qu'à moi dans un autre espace."
Il se retint à temps de ne pas préciser que cet espace était avant tout loin des autres. Cela aurait été impoli et elle n aurait été sûrement fâchée ou gênée.
"Quant à peindre, sincèrement, non, je ne peins pas. J'admire les œuvres des peintres, notamment ceux la Renaissance Italienne, mais je ne me sens pas à l'aise avec un pinceau en main. Je me sens mieux avec mes crayons. J'en maîtrise les techniques, et même si parfois, souvent, certaines idées résistent, je finis toujours par en triompher."
Il la fixa, nerveux, et se demanda s'il avait bien répondu à la question. Peut-être avait-il fait un contresens. Ou une erreur d'interprétation.
@ Elsie Clancharlie
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Alexandre est un ainé gentil, très soucieux des petits, surtout des nouveaux venus, et en particulier ceux de sa maison.
"Un échec ?"
Il médita, pensif, au sens de ses paroles. Dessiner ne lui semblait pas un échec. Au contraire, c'était une source d'épanouissement et une des soupapes qui lui permettaient de drainer une journée épuisante. Il secoua lentement la tête d'un air doux, toutefois anxieux à l'idée de passer à côté du sens de l'interrogation."
"Je dessine pour oublier le monde, ses difficultés, et me perdre lors de ce temps qui n'appartient qu'à moi dans un autre espace."
Il se retint à temps de ne pas préciser que cet espace était avant tout loin des autres. Cela aurait été impoli et elle n aurait été sûrement fâchée ou gênée.
"Quant à peindre, sincèrement, non, je ne peins pas. J'admire les œuvres des peintres, notamment ceux la Renaissance Italienne, mais je ne me sens pas à l'aise avec un pinceau en main. Je me sens mieux avec mes crayons. J'en maîtrise les techniques, et même si parfois, souvent, certaines idées résistent, je finis toujours par en triompher."
Il la fixa, nerveux, et se demanda s'il avait bien répondu à la question. Peut-être avait-il fait un contresens. Ou une erreur d'interprétation.
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Son visage, c'était le feu éclaboussant de la nervosité. Elsie ne manqua pas d'observer cette tension qui tordait légèrement les traits du Rouge. Peut-être avait-il perçu sa question comme une agression, un perturbation assez malvenue qui nuisait à son travail. Correspondait-il au mythe romantique de l'artiste coupé du monde social, attiré par le langage sourd-muet des grands espaces boisés ? Cette possibilité la jetait dans un inconfort certain, car son but n'avait en aucun cas été de déranger le jeune garçon dans son geste paisible, qui par un obscur mouvement du poignet offrait une trace plutôt fidèle au paysage lui faisant face.
Ce n'était pas exactement la cause qu'elle s'imaginait ; il semblait en vérité assez surpris par la tournure péjorative employée par Elsie, qui avait pour habitude de ne pas mâcher ses mots — ce qui au demeurant pouvait lui donner un air assez froid et désagréable, bien malgré elle. Le jugement qu'elle avait porté sur ces esquisses était, à y bien réfléchir, plutôt maladroitement exprimé. Aurait-elle apprécié une telle formulation, à faire frémir les murs du brave Château ? Son malaise grandissait.
Un peu frappée par la sagesse dont faisait preuve son interlocuteur en osant prendre le temps de la réflexion, laissant entre ses phrases quelques miles temporels, Elsie écouta avec attention la réponse du Gryffondor. (Pourquoi diable était-elle venue engager la conversation avec un inconnu ?). Elle ne pouvait qu'être au diapason de son propos : indéniablement, le dessin et la peinture offraient à l'âme humaine un refuge propice à la méditation, tandis que la crayon avait le pouvoir d'élever le trait de l'insignifiant à la Ressemblance. Elsie, bien qu'elle ne méprisât pas la peinture non-figurative, avait un faible pour les toiles se donnant pour visée d'offrir un regard sur le monde proche de la réalité visuelle de tout un chacun. Elle se souvint du mot de Montaigne (adressé aux maniéristes) que sa mère lui avait soufflé, ils artialisent la nature. Par la grâce du geste, il était possible non pas de copier le réel, mais de le magnifier, de le transcender, d'offrir un angle de vue sur celui-ci.
Elsie articula, dépliant ses syllabes dans un roulis de frégate.
« La peinture ne me semble pas beaucoup plus difficile que le dessin. Ce qu'il faut avant tout, c'est de la pratique. Tu t'y essaies souvent ? Je pense que tu y gagnerais. Car que seraient les fresques de Giotto sans le lapis-lazuli ornant le manteau de la Vierge ? La couleur de la peinture est un chant de l'esprit ! »
Elle avait mentionné à dessin l'illustre auteur des fresques de Saint-François, car bien qu'ayant pratiqué la peinture au Trecento, Giotto avait par son talent marqué les prémices de ce que deviendrait la Renaissance au siècle suivant. Il en était le signe avant-coureur. Elsie était extrêmement surprise du paradoxe présenté par le Rouge, qui bien que fasciné par les peintures de la Renaissance, avait renoncé à s'en inspiré dans le champ pictural. Quand on aime quelque chose, ne cherche-t-on pas, avec un acharnement parfois maladif, à s'en rapprocher (même lorsqu'on sait que cette quête sera sans fin) ? Pour elle, abandonner était comme une première mort, un renoncement à son identité.
Ce n'était pas exactement la cause qu'elle s'imaginait ; il semblait en vérité assez surpris par la tournure péjorative employée par Elsie, qui avait pour habitude de ne pas mâcher ses mots — ce qui au demeurant pouvait lui donner un air assez froid et désagréable, bien malgré elle. Le jugement qu'elle avait porté sur ces esquisses était, à y bien réfléchir, plutôt maladroitement exprimé. Aurait-elle apprécié une telle formulation, à faire frémir les murs du brave Château ? Son malaise grandissait.
Un peu frappée par la sagesse dont faisait preuve son interlocuteur en osant prendre le temps de la réflexion, laissant entre ses phrases quelques miles temporels, Elsie écouta avec attention la réponse du Gryffondor. (Pourquoi diable était-elle venue engager la conversation avec un inconnu ?). Elle ne pouvait qu'être au diapason de son propos : indéniablement, le dessin et la peinture offraient à l'âme humaine un refuge propice à la méditation, tandis que la crayon avait le pouvoir d'élever le trait de l'insignifiant à la Ressemblance. Elsie, bien qu'elle ne méprisât pas la peinture non-figurative, avait un faible pour les toiles se donnant pour visée d'offrir un regard sur le monde proche de la réalité visuelle de tout un chacun. Elle se souvint du mot de Montaigne (adressé aux maniéristes) que sa mère lui avait soufflé, ils artialisent la nature. Par la grâce du geste, il était possible non pas de copier le réel, mais de le magnifier, de le transcender, d'offrir un angle de vue sur celui-ci.
Elsie articula, dépliant ses syllabes dans un roulis de frégate.
« La peinture ne me semble pas beaucoup plus difficile que le dessin. Ce qu'il faut avant tout, c'est de la pratique. Tu t'y essaies souvent ? Je pense que tu y gagnerais. Car que seraient les fresques de Giotto sans le lapis-lazuli ornant le manteau de la Vierge ? La couleur de la peinture est un chant de l'esprit ! »
Elle avait mentionné à dessin l'illustre auteur des fresques de Saint-François, car bien qu'ayant pratiqué la peinture au Trecento, Giotto avait par son talent marqué les prémices de ce que deviendrait la Renaissance au siècle suivant. Il en était le signe avant-coureur. Elsie était extrêmement surprise du paradoxe présenté par le Rouge, qui bien que fasciné par les peintures de la Renaissance, avait renoncé à s'en inspiré dans le champ pictural. Quand on aime quelque chose, ne cherche-t-on pas, avec un acharnement parfois maladif, à s'en rapprocher (même lorsqu'on sait que cette quête sera sans fin) ? Pour elle, abandonner était comme une première mort, un renoncement à son identité.
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Une telle rencontre n'arrivait que rarement, mais ce n'était pas pour lui déplaire. Il appréciait cette fille, avec ces questions particulières aiguisaient sa curiosité et lui donnaient envie de poursuivre la conversation. C'était autant plus aisé à suivre, avec ses interrogations directes, mais focalisées sur un sujet, que de se retrouver dans une discussion banale autour des sujets du quotidiens auxquels parfois il n'arrivait pas forcément à trouver un bon enchainement. Il l'écouta affirmer que la peinture ne serait pas si difficile, à condition de pratiquer.
"Sans doute. au fond, toute discipline est question de pratique et d'exercices. La peinture, la danse, la musique, le Quidditch, même nos révisions de cours... Néanmoins, j'avoue que je n'ai jamais effectivement essayé réellement de peindre."
Elle disserta ensuite sur un nom qui ne lui disait rien, mais qui lui donnait furieusement de retourner à son dortoir le chercher dans un de ses livres d'art. Assez vite, cela fit écho à son projet à long terme de se rendre cet été en terre italienne, de fouler enfin le sol de ce pays où avaient vécu les plus grands artistes de l'humanité. Que sa tante soit d'accord ou non, il irait. Sa mère, elle, avait accepté.
"Je ne connais pas le travail de ce peintre, mais je suis très curieux à présent de le découvrir. C'est certain, oui, que la couleur apporte plus de réalisme à une œuvre et apportent le rêve. Néanmoins, l'absence de couleurs, selon moi, est tout autant fascinant. la gravure, notamment, permet à l'œil d'exercer sa propre imagination. Je pense là notamment aux illustrations de Gustave Doré, surtout celles qu'il a fait pour les recueils de contes. Ou bien celles de romans du XIX siècle, comme celles du Comte de Monte-Cristo et de nombreux autres !"
@Elsie Clancharlie
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"Sans doute. au fond, toute discipline est question de pratique et d'exercices. La peinture, la danse, la musique, le Quidditch, même nos révisions de cours... Néanmoins, j'avoue que je n'ai jamais effectivement essayé réellement de peindre."
Elle disserta ensuite sur un nom qui ne lui disait rien, mais qui lui donnait furieusement de retourner à son dortoir le chercher dans un de ses livres d'art. Assez vite, cela fit écho à son projet à long terme de se rendre cet été en terre italienne, de fouler enfin le sol de ce pays où avaient vécu les plus grands artistes de l'humanité. Que sa tante soit d'accord ou non, il irait. Sa mère, elle, avait accepté.
"Je ne connais pas le travail de ce peintre, mais je suis très curieux à présent de le découvrir. C'est certain, oui, que la couleur apporte plus de réalisme à une œuvre et apportent le rêve. Néanmoins, l'absence de couleurs, selon moi, est tout autant fascinant. la gravure, notamment, permet à l'œil d'exercer sa propre imagination. Je pense là notamment aux illustrations de Gustave Doré, surtout celles qu'il a fait pour les recueils de contes. Ou bien celles de romans du XIX siècle, comme celles du Comte de Monte-Cristo et de nombreux autres !"
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Les recoins de ses lèvres s'étiraient. C'était sans doute la première fois qu'Elsie entretenait une discussion portant sur les arts plastiques ; du moins, c'était la première fois qu'une telle discussion ne se limitait pas à des banalités exprimées sans conviction, phrases retombant à plat sur le trottoir des idées reçues. Le Rouge sortait en cela de l'ordinaire, et la tournure que prenait leur échange était très agréable. L'âme en apesanteur, l'oreille attentive, l'Adolescente-en-noir laissait les mots de son camarade frapper à la porte de sa conscience comme la touche du piano martelant la corde, dans une harmonie ternaire qui eût rappelé le Clair de lune sans la résistance sommeillante d'un soleil crevant. La beauté de se spectacle donnait presque à Elsie l'envie de se taire et ne faire qu'un avec l'élan du Monde.
Elle hocha la tête lorsque le garçon établit une analogie entre l'art de peindre et les autres pratiques de la vie, y compris le travail scolaire. Elsie n'avait jamais considéré, à l'inverse d'une majorité d'élèves à Poudlard, que les devoirs qu'ont leur donnait étaient vains, ou bien qu'ils n'étaient que des pierres froides à assembler pour atteindre laborieusement le sommet de la pyramide scolaire, et effleurer du bout de la plume le zénith des études supérieures. Un sang stoïcien (froid comme l'eau d'une rivière) devait couler dans les veines de la Bleue, car elle s'attachait d'abord à goûter aux plaisirs des savoirs qu'on leur transmettait à Poudlard, et Morgane savait combien ces délices sorciers étaient nombreux. Avec le temps, la jeune fille avait trouvé un apaisement à l'ombre des bibliothèques, le nez contre le parchemin et les yeux au bord des lignes. La vie est une question de rigueur se répétait souvent Elsie lorsque l'envie était au réveil encore enfouie sous les draps. Quand une chose ne l'intéressait pas, elle l'étudiait jusqu'à se prendre de passion pour elle.
« Je pourrai te transmettre quelques conseils à l'occasion » proposa-t-elle d'une voix feutrée.
Le nom de Gustave Doré ne lui était pas inconnu, loin de là. Il avait en effet réalisé des planches mémorables, d'une qualité que seuls Dürer ou Daumier pouvaient égaler. Son Paradis perdu, où planait une ombre noire dans un ciel d'Apocalypse, avait toujours fasciné Elsie, qui dès son plus jeune âge feuilletait ces grands ouvrages illustrés, lourd et poussiéreux, d'où les rêves d'enfants s'envolent à chaque page. Elle avait toujours eu l'impression que le segment divin braqué sur Terre dessinait un Cœur — était-ce le cœur humain ? Elle aimait le penser, elle qui n'avait jamais cru en Dieu bien que son âme ait toujours nagé dans des eaux spirituels. Aux commandements et au récit unique, elle préférait la licence de l'interprétation, le pouvoir sans limite de l'imaginaire. Doré savait éveiller cela en elle, assurant une forme de continuité entre son enfance et son *ad... adolescence* — le mot désignait une réalité vaste et effrayante.
« Tu n'as pas tort. Je pense que mon point de vue est légèrement biaisé par le fait que je passe tant de temps à travailler dans l'obscurité : la couleur devient plus précieuse quand on retrouve la lumière. Mais oui, le principe même de l'eau forte a quelque chose de... magique. J'aimerais beaucoup en réaliser un jour, ou au moins en voir se greffer sur du bois ou du papier. »
Ce ne serait probablement pas à Poudlard, car à sa connaissance le château n'abritait pas le matériel nécessaire pour de telles réalisations. Elsie se jura cependant de se renseigner prochainement auprès d'un de ses professeurs sur la possibilité de l'achat (ou de la réalisation magique, car il semblait que certains sorciers étaient particulièrement doués de leur baguette) d'une presse ; elle sourit très fort en se figurant les couloirs de Poudlard couvert de gravures réalisées par des élèves, représentant l'histoire de l'école. Diable, que cette idée lui plaisait !
Elle hocha la tête lorsque le garçon établit une analogie entre l'art de peindre et les autres pratiques de la vie, y compris le travail scolaire. Elsie n'avait jamais considéré, à l'inverse d'une majorité d'élèves à Poudlard, que les devoirs qu'ont leur donnait étaient vains, ou bien qu'ils n'étaient que des pierres froides à assembler pour atteindre laborieusement le sommet de la pyramide scolaire, et effleurer du bout de la plume le zénith des études supérieures. Un sang stoïcien (froid comme l'eau d'une rivière) devait couler dans les veines de la Bleue, car elle s'attachait d'abord à goûter aux plaisirs des savoirs qu'on leur transmettait à Poudlard, et Morgane savait combien ces délices sorciers étaient nombreux. Avec le temps, la jeune fille avait trouvé un apaisement à l'ombre des bibliothèques, le nez contre le parchemin et les yeux au bord des lignes. La vie est une question de rigueur se répétait souvent Elsie lorsque l'envie était au réveil encore enfouie sous les draps. Quand une chose ne l'intéressait pas, elle l'étudiait jusqu'à se prendre de passion pour elle.
« Je pourrai te transmettre quelques conseils à l'occasion » proposa-t-elle d'une voix feutrée.
Le nom de Gustave Doré ne lui était pas inconnu, loin de là. Il avait en effet réalisé des planches mémorables, d'une qualité que seuls Dürer ou Daumier pouvaient égaler. Son Paradis perdu, où planait une ombre noire dans un ciel d'Apocalypse, avait toujours fasciné Elsie, qui dès son plus jeune âge feuilletait ces grands ouvrages illustrés, lourd et poussiéreux, d'où les rêves d'enfants s'envolent à chaque page. Elle avait toujours eu l'impression que le segment divin braqué sur Terre dessinait un Cœur — était-ce le cœur humain ? Elle aimait le penser, elle qui n'avait jamais cru en Dieu bien que son âme ait toujours nagé dans des eaux spirituels. Aux commandements et au récit unique, elle préférait la licence de l'interprétation, le pouvoir sans limite de l'imaginaire. Doré savait éveiller cela en elle, assurant une forme de continuité entre son enfance et son *ad... adolescence* — le mot désignait une réalité vaste et effrayante.
« Tu n'as pas tort. Je pense que mon point de vue est légèrement biaisé par le fait que je passe tant de temps à travailler dans l'obscurité : la couleur devient plus précieuse quand on retrouve la lumière. Mais oui, le principe même de l'eau forte a quelque chose de... magique. J'aimerais beaucoup en réaliser un jour, ou au moins en voir se greffer sur du bois ou du papier. »
Ce ne serait probablement pas à Poudlard, car à sa connaissance le château n'abritait pas le matériel nécessaire pour de telles réalisations. Elsie se jura cependant de se renseigner prochainement auprès d'un de ses professeurs sur la possibilité de l'achat (ou de la réalisation magique, car il semblait que certains sorciers étaient particulièrement doués de leur baguette) d'une presse ; elle sourit très fort en se figurant les couloirs de Poudlard couvert de gravures réalisées par des élèves, représentant l'histoire de l'école. Diable, que cette idée lui plaisait !
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Il était étrange après toutes ces années de nourrir une conversation profonde au sujet des disciplines artistiques. Au fil des ans, Alexandre avait bien tissé des liens de temps en temps avec quelques personnes qui admiraient ses capacités à dessiner ou qui aimaient dessiner, mais ils n'avaient jamais échangé sur la surface de l'expérience. Il avait soudainement envie d'apprendre à peindre avec cette porte que cette jeune fille lui ouvrait. Il hocha lentement de la tête.
"J'aimerais beaucoup, oui."
Il n'aurait cependant sûrement pas le temps durant cette année. Ses révisions pour les BUSES et son travail scolaire passaient avant les loisirs. Certes, il devrait s'aérer l'esprit, plusieurs personnes le lui avaient recommandé, mais il ne parvenait pas à sortir de ce carcan qu'il s'était imposé pour réussir l'épreuve inexorable qui l'attendait dans moins de trois mois.
Leur conversation se poursuivit à défendre la couleur ou les illustrations plus simples, comme les gravures, et à ce jeu, Alexandre s'enfiévrait, heureux de pouvoir citer plusieurs noms qui le fascinaient depuis l'enfance. Dans son esprit flottait les souvenirs de plusieurs de leurs œuvres. Il écouta son interlocutrice répondre et fronça les sourcilks.
"L'eau forte... Je ne connais pas. Est-ce que tu peux me parler davantage de ce que c'est ?"
S'il existait une forme d'art qui lui avait échappé, il était plus que temps de corriger cette lacune.
@Elsie Clancharlie
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"J'aimerais beaucoup, oui."
Il n'aurait cependant sûrement pas le temps durant cette année. Ses révisions pour les BUSES et son travail scolaire passaient avant les loisirs. Certes, il devrait s'aérer l'esprit, plusieurs personnes le lui avaient recommandé, mais il ne parvenait pas à sortir de ce carcan qu'il s'était imposé pour réussir l'épreuve inexorable qui l'attendait dans moins de trois mois.
Leur conversation se poursuivit à défendre la couleur ou les illustrations plus simples, comme les gravures, et à ce jeu, Alexandre s'enfiévrait, heureux de pouvoir citer plusieurs noms qui le fascinaient depuis l'enfance. Dans son esprit flottait les souvenirs de plusieurs de leurs œuvres. Il écouta son interlocutrice répondre et fronça les sourcilks.
"L'eau forte... Je ne connais pas. Est-ce que tu peux me parler davantage de ce que c'est ?"
S'il existait une forme d'art qui lui avait échappé, il était plus que temps de corriger cette lacune.
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Enthousiaste à l'idée d'initier ce camarade à l'art de peindre, Elsie vit son sourire atteindre un zénith inattendu, à l'heure où son double géant se laissait mourir au loin, ivre de sa lumière. C'est cette lumière qui se projetait sur les plafonds mentaux de sa conscience, semblable à celle des lustres dans les salles de réception, une lumière qui disait un *oui* immense à l'éternité, à la grandeur de l'art face au minuscule de l'humanité. Elle jeta un bref coup d'oeil aux simagrées solaires qui se poursuivaient à l'horizon, puis revint à son interlocuteur.
Elsie fut quelque peu surprise quand le garçon lui affirma qu'il ne connaissait pas l'eau forte ; ne venait-il pas d'évoquer avec émotion les gravures de Gustave Doré ? Après tout, peut-être n'avait-il tout simplement pas rencontré cette autre manière, plutôt jolie, il fallait l'avoue, de dire l'art de la gravure, ou du moins une de ses applications. Restait à expliquer ce qui faisait la singularité de cette technique, en évitant l'écueil fréquent du jargon artistique, peu propice à l'intelligibilité. Les sourcils de la jeune fille s'arquèrent légèrement, dessinant sur la blancheur de son visage des parenthèses en mouvement. Lentement, de fil en aiguille, les mots se mirent dans le bon ordre pour former une Cohérence et elle put offrir au Rouge et Or une réponse qu'elle espérait claire :
« La particularité de l'eau-forte, qui est une technique de gravure, est d'utiliser un acide sur une plaque métallique au moment de l'impression. L'appellation vient je crois d'un des acides utilisés à l'origine pour ces gravures. Dürer et Rembrandt y ont beaucoup recouru. Avec succès, je dois dire. »
Elle avait conservé une légère préférence pour les gravures de Dürer, mais demeurait admirative devant la maîtrise de Rembrandt. Quelques images en noir et blanc passèrent dans l'esprit de l'adolescente, ivre de ces représentations qui disaient le monde, et lui donnaient souvent un sens au moment où la vie pouvait relever de l'absurde. Sans l'appui de telles œuvres, aurait-elle tenu bon face aux secousses de l'actualité sorcière ? Aurait-elle surmonté le traumatisme de ce Tournoi, auquel elle n'avait pas participé mais où quatre de ses camarades de Poudlard avaient été jetés en pâture dans les Couloirs de l'Inconnu ? Plus elle progressait dans le labyrinthe de l'existence, et plus elle se chuchotait intérieurement que l'art, l'imaginaire, la pensée étaient les seuls remèdes face à l’inexplicable. La gravure était de ces remèdes. Un rempart, une Matière-devenue-Idée.
« J'aurais bien du mal à t'expliquer précisément ce qu'il se passe au moment où le papier passe sous le rouleau de la presse, mais c'est un moment qui relève de l'indicible. A faire pâlir la beauté de ce coucher de soleil. »
Ce n'était pas une hyperbole : Elsie le pensait en toute sincérité. Au moment de l'impression, le papier se perdait dans le secret de la Roue, où la plaque de cuivre embrassait la virginité-en-pointillé d'une feuille. La jeune Bleue ne croyait pas en Dieu, mais dans ces moments où l'Infini se répand sur les travaux de l'homme, un vertige métaphysique secouait son cœur, et sa Trajectoire se couvrait d'une Poussière sémantique. La gravure avait le pouvoir de rappeler à l'humanité qu'elle n'était que la créée, non la créatrice ; le fruit, non la racine. C'est tout cela qu'avait tenté d'exprimer Elsie en deux phrases. Mais Morgane, qu'il est difficile de rendre le sentiment par le verbe, du berceau au tombeau...
Elsie fut quelque peu surprise quand le garçon lui affirma qu'il ne connaissait pas l'eau forte ; ne venait-il pas d'évoquer avec émotion les gravures de Gustave Doré ? Après tout, peut-être n'avait-il tout simplement pas rencontré cette autre manière, plutôt jolie, il fallait l'avoue, de dire l'art de la gravure, ou du moins une de ses applications. Restait à expliquer ce qui faisait la singularité de cette technique, en évitant l'écueil fréquent du jargon artistique, peu propice à l'intelligibilité. Les sourcils de la jeune fille s'arquèrent légèrement, dessinant sur la blancheur de son visage des parenthèses en mouvement. Lentement, de fil en aiguille, les mots se mirent dans le bon ordre pour former une Cohérence et elle put offrir au Rouge et Or une réponse qu'elle espérait claire :
« La particularité de l'eau-forte, qui est une technique de gravure, est d'utiliser un acide sur une plaque métallique au moment de l'impression. L'appellation vient je crois d'un des acides utilisés à l'origine pour ces gravures. Dürer et Rembrandt y ont beaucoup recouru. Avec succès, je dois dire. »
Elle avait conservé une légère préférence pour les gravures de Dürer, mais demeurait admirative devant la maîtrise de Rembrandt. Quelques images en noir et blanc passèrent dans l'esprit de l'adolescente, ivre de ces représentations qui disaient le monde, et lui donnaient souvent un sens au moment où la vie pouvait relever de l'absurde. Sans l'appui de telles œuvres, aurait-elle tenu bon face aux secousses de l'actualité sorcière ? Aurait-elle surmonté le traumatisme de ce Tournoi, auquel elle n'avait pas participé mais où quatre de ses camarades de Poudlard avaient été jetés en pâture dans les Couloirs de l'Inconnu ? Plus elle progressait dans le labyrinthe de l'existence, et plus elle se chuchotait intérieurement que l'art, l'imaginaire, la pensée étaient les seuls remèdes face à l’inexplicable. La gravure était de ces remèdes. Un rempart, une Matière-devenue-Idée.
« J'aurais bien du mal à t'expliquer précisément ce qu'il se passe au moment où le papier passe sous le rouleau de la presse, mais c'est un moment qui relève de l'indicible. A faire pâlir la beauté de ce coucher de soleil. »
Ce n'était pas une hyperbole : Elsie le pensait en toute sincérité. Au moment de l'impression, le papier se perdait dans le secret de la Roue, où la plaque de cuivre embrassait la virginité-en-pointillé d'une feuille. La jeune Bleue ne croyait pas en Dieu, mais dans ces moments où l'Infini se répand sur les travaux de l'homme, un vertige métaphysique secouait son cœur, et sa Trajectoire se couvrait d'une Poussière sémantique. La gravure avait le pouvoir de rappeler à l'humanité qu'elle n'était que la créée, non la créatrice ; le fruit, non la racine. C'est tout cela qu'avait tenté d'exprimer Elsie en deux phrases. Mais Morgane, qu'il est difficile de rendre le sentiment par le verbe, du berceau au tombeau...
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