Les pattes en l'air ! L.G

2ème Mardi de Septembre 2049,
Début d'après-midi
Avec @Layana Greenwell


La boutique fonctionnait bien jusqu'à présent. Elle n'était ni bondée, ni vide et il y avait un afflux assez régulier de clients. Evidemment, le mois de Septembre, surtout pour une nouvelle boutique, serait moins complet que les autres, mais cela donnait le temps à Cinaed de se faire à sa création. Il avait largement assez d'expérience dans la vente pour ne pas être dérangé par cette nouvelle aventure mais pour la première fois il vendait uniquement ses créations, dans une boutique dont il avait fait la déco, à un emplacement qu'il avait choisi et avec une identité personnelle. C'était grisant.

Son ancien employeur était même venu lui rendre visite et ils avaient profité de quelques heures autour d'un thé. Ils avaient beaucoup parlé et son mentor lui avait encore donné de nombreux conseils. Il n'avait pas été déçu de voir Cinaed quitter son poste, en fait il avait été ravi. Cela faisait plusieurs années qu'il s'y attendait et il avait été d'une grande aide durant tout le processus de création de la boutique et des pièces que le nouveau gérant y vendrait. L'ancien Serdaigle se sentait chanceux d'être entouré d'un homme aussi compétent qui avait pris dans sa vie une place presque paternelle.

Le début de mois calme avait été apprécié mais maintenant Cinaed s'attendait à être plus prit. Il avait hâte de la première sortie à Pré-Au-Lard de l'année, organisée par Poudlard, pour accueillir les élèves après la rentrée. Il avait conscience qu'un talisman antistress ne donnait pas envie au milieu du mois d'août, mais après 3 semaines de cours cela aurait pu changer. Il se fichait pas mal d'espérer que certains élèves soient au bord de la crise de nerf tant qu'ils pouvaient acheter ses créations et que celles-ci fonctionnaient.

Il ne souhaitait du mal à personne, c'était simplement un constat : il vendait de nombreux talismans et amulettes dont les runes et sortilèges aidaient à la concentration, à la détente ou à la créativité. Plus il y aurait d'élèves stressés, en manque d'idées pour leur dissertation ou qui avait un sommeil fuyant, meilleur serait son chiffre d'affaire. Jusqu'à présent il avait vendu assez peu de talisman contre les angoisses mais c'était essentiellement parce que ses clients se composaient à 90% d'adultes. Ces bijoux étaient surtout faits pour les étudiants, et Cinaed ne doutait pas qu'ils fassent bientôt des ravages. Après tout, il avait été élève à une époque et il avait bien vu certains de ses camarades s'arracher les cheveux à peine l'année entamée.

Malgré le fait que les bijoux soient assez abordables, ils étaient tous sculptés avec attention et leurs sortilèges et runes combleraient n'importe qui, alors il devait prévoir une nouvelle collection toute aussi parfaite. C'était donc en prévision de grosses ventes pour le samedi qui arrivait qu'il avait décidé de se réapprovisionner en croquis. Il ne pouvait pas sculpter à partir de rien, il lui fallait au moins une image mentale et, au mieux, quelques dessins et schémas. Bien sûr, avec le temps, il était capable de sculpter de mémoire la plupart des animaux qu'il utilisait habituellement pour ses créations : des écureuils, des chats, ce genre de choses. Il souhaitait cependant se renouveler un peu et cette envie l'avait mené tout naturellement à banaliser un jour de repos pour aller se balader à la ménagerie magique. Il savait que la boutique vendait quelques animaux qu'il n'avait pas l'habitude de sculpter comme des poissons ou des furets. Surtout, la boutique vendait des lézards et serpents et c'était deux espèces qui manquaient cruellement à ses collections.

Il passa donc la porte, carnet sous le bras et crayon bloqué au dessus de l'oreille. Il aurait pu se contenter de prendre un appareil photo magique et de gribouiller au calme à l'Atelier mais un tel appareil coûtait quelques galions et Cinaed ne pouvait pas vraiment se permettre de trop dépenser en ce moment. Une boutique c'était génial mais il avait fallu la payer et tout l'argent n'était pas sorti d'un prêt. En plus, s'il avait fait ça Ewan n'aurait pas manqué de lui tirer les oreilles. Cinaed ne comprenait pas pourquoi mais son ami semblait penser qu'il était important qu'il profite de ses jours de congé pour ne pas travailler. Etant donné que l'ébéniste ne considérait pas que la sculpture était un travail mais plutôt son hobby principal, il dérogeait souvent à la règle que son ancien colocataire essayait de lui faire appliquer.

Il observa quelques secondes autour de lui, incapable de notifier les changements qui auraient pu s'opérer depuis sa dernière visite. Cela faisait sûrement des années qu'il n'avait pas posé un pied à la ménagerie magique. Il n'avait jamais vu l'intérêt d'y retourner étant donné qu'il ne voulait pas d'animal et, en plus de cela, il n'était plus un habitué du chemin de traverse depuis longtemps. Ces dernières années, il s'était surtout concentré sur la boutique où il travaillait et sur le monde moldu. Il avait eu tellement de choses à rattraper sur ce monde depuis son enfance mais, maintenant, il se considérait assez calé. Des cages pendaient au plafond tandis que de nombreux vivariums jonchaient le mur à sa droite. Le sorcier passa rapidement devant les félins et boursoufflet - tout en se faisant une note mentale qu'une amulette en forme de boursoufflet pourrait plaire - et se mis à évoluer avec aisance dans la boutique. Elle était encombrée mais Cinaed préférait ça aux boutiques trop nettes et propres. Ces boutiques là ne vivaient pas, c'était presque triste.

Il observa quelques secondes les reptiles avec une moue. Aucun des animaux ne lui tapait véritablement dans l'œil. Cependant, il prit rapidement quelques notes dans son carnet, évaluant rapidement les proportions des différentes espèces. Pour être sûr, il lui faudrait un mètre et un spécimen à mesurer mais les animaux étaient hors de portée. Il s'approcha finalement du comptoir et attendit patiemment quelques secondes dans le but précis de demander à quiconque lui demanderait s'il pouvait mesurer les lézards. Finalement, Merlin lui-même lui répondit sous la forme d'un petit reptile qui se dandinait sur le comptoir pour le rejoindre. Cinaed posa son carnet sur le bois et posa sa main dessus à la suite. Le lézard l'observa quelques secondes avant de grimper sur ses doigts plein de callosités. Curieux, le presque quarantenaire le souleva tranquillement. Il était particulièrement doux avec l'animal, même s'il se fichait bien qu'il s'agisse d'un être vivant. Pour Cinaed il était un modèle potentiel, et le sorcier faisait toujours attention à ses modèles, surtout les plus fragiles.

Il attrapa une des pattes du lézard et la souleva, puis la bougea légèrement pour observer le pli des muscles sous la peau. Le lézard avait une jolie couleur et était tacheté, un effet qui serait intéressant à recréer sur du bois. Il fit finalement se retourner le lézard sur le dos et s'amusa à lui caresser le ventre quelques secondes. La peau était ferme sous ses doigts et il enregistra sous la pulpe de ses extrémités tous les volumes de l'animal. Il ne faisait pas ça dans le but d'amuser le lézard mais celui-ci semblait se tortiller sous l'attention. Si Cinaed avait été suffisamment attentif, il aurait pu trouver ça mignon mais à l'heure actuelle il était bloqué sur l'aspect technique. Observer comment les pattes étaient attachées au reste du corps, comment ledit corps était proportionné ou comment la tête de l'animal pouvait se pencher vers l'arrière.

C'était fascinant. Il n'avait plus vu de vrai lézard depuis longtemps, à part ceux qui couraient sur le béton brûlant l'été pour se cacher dans un brin d'herbe. Celui-ci était bien plus gros, une chance pour un œil d'artiste. Les détails étaient largement plus clairs. Il reposa le lézard sur le comptoir mais sans lâcher sa patte droite arrière, la tenant juste assez surélevée pour garder les muscles tendus. De son autre main maintenant libre, il attrapa son crayon et dessina rapidement. Il devait avoir un mètre dans une de ses poches, il aurait sûrement le temps de mesurer les pattes de l'animal avant que quelqu'un ne vienne l'embêter...

Comte Wallace, chevalier Modératus, Seigneur des Sylves - Aaron Bagans
Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
"Ton perso il a passé plus de temps à pécho qu'à taffer" - Nyxis Calderon

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14 Septembre 2049
37 ans
Ménagerie Magique
@Cinaed Wallace


La vague de la rentrée est enfin passée, et je suis ravie de ne pas avoir eu à y faire face seule cette année. Elle m'a semblée nettement plus gérable avec mon frère à mes côtés. Conséquence assez positive : je commence cette nouvelle année scolaire bien plus en forme que je ne l'étais l'année dernière à la même période.

A cette heure-ci, la boutique est relativement vide. Ou du moins, suffisamment pour que je puisse vagabonder dans les allées et m'occuper des créatures en manque d'attention, de nourriture, ou d'eau. Sean ayant fait la mise en rayon des derniers arrivages hier avant d'avoir sa semaine, je n'ai donc rien d'autres à faire que de chouchouter les habitants plus ou moins temporaire de la Ménagerie. Alors que je disparais quelques secondes le temps de remplir une gamelle d'eau vide, j'entends la sonnette de l'entrée retentir. Trop à l'écart pour être entendue par quiconque venant d'entrer - ou de sortir - je fais l'impasse sur la politesse sur le moment. Lorsque je reviens dans la boutique, je remarque un homme penché sur le comptoir. Mais qu'est-ce que...?

Entre ses mains, j'aperçois mon lézard, en train d'être trifouillé dans tous les sens. Bien trop sociable pour être dérangé par la situation, Kero semble ne pas broncher face à l'homme. Il semble même plutôt apprécier l'attention, l'interprétant sûrement comme une marque d'affection. Moi, en revanche, l'attitude de l'inconnu me fait tiquer.

- Je peux vous aider, peut-être ? Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, ce lézard n'est pas une peluche. J'interviens sur un ton qui n'est pas aussi amical qu'il ne l'est habituellement.


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Il posa son crayon quelques secondes le temps de tâter ses poches avant d'être interrompu. Clignant des yeux, un peu perdu, il se tourna vers la femme. Sûrement une employée de la boutique, et une qui n'avait pas l'air très contente. Faisait elle cette tête avec tous les clients ? Cinaed n'était pas un pro dans l'art de la sociabilisation mais il savait qu'un sourire - ou au moins un visage neutre - ça faisait plus vendre qu'une moue colérique. Enfin, il ne comptait rien acheter donc il s'en fichait un peu. Ecoutant ce qu'elle lui disait, il observa le lézard à nouveau pendant quelques secondes. Eh bien, elle énonçait des évidences.

Bien entendu qu'il ne s'agit pas d'une peluche, il bouge. Vendez-vous des peluches enchantées ici ? Ce serait étrange dans une animalerie mais tant que les produits se vendaient, qui était il pour juger ? Il n'en avait cependant pas remarqué en faisant son petit tour de la boutique, à moins qu'elles soient suffisamment bien faites pour être confondues avec un vrai animal. Ce serait peut-être une option à prendre en compte : Cinaed doutait d'être assez attentif pour s'occuper d'un animal à temps plein mais une peluche c'était parfait. Cela ferait une bonne mascotte à la boutique et il n'y aurait ni besoin de la surveiller ni besoin de la nourrir. Evidemment, il pourrait sculpter quelque chose mais le bois avait tendance à être moins agréable pour les jeunes enfants qu'une peluche douce. Ce serait une bonne alternative à l'achat d'un animal.

Il finit par lâcher la patte du lézard qui l'observa de ses deux petits yeux tandis qu'il basculait sur ses pieds pour se tourner entièrement face à l'autre. Son regard passa rapidement sur son visage avant qu'il n'essaie de lui sourire. Essayer était le bon mot, parce que son esprit était déjà parti loin, à imaginer quels genres de sortilèges seraient utiles à une peluche enchantée et ce qui ornait ses lèvres était une moue concentrée. Après quelques secondes il cligna des yeux, semblant se rendre compte d'où il était et de la raison pour laquelle il y était. Il attrapa rapidement son carnet et son crayon, les yeux pétillants. Ah ! En fait, oui vous pouvez m'aider. Il hocha rapidement la tête, comme pour apprécier sa propre question avant de la poser. Est-il possible de mesurer les modèles exposés en vivarium ? Il fixa l'autre intensément avant de continuer Combien mesurent leurs pattes ? Il se gratta le bout du nez pendant quelques secondes avec le bout de son crayon. Je ne m'intéresse pour le moment qu'aux lézards, et celui-ci a une morphologie très agréable à l'œil dit-il en pointant du menton Kero.

Il fit un pas vers l'autre de façon à être assez proche d'elle pour lui montrer son carnet et les quelques schémas qui y avaient été gribouillés. Quelques informations supplémentaires comme la taille approximative et la couleur se trouvaient à côté, écrites dans la calligraphie habituelle et illisible de Cinaed. Il pointa son crayon sur un de ses schémas qui représentait la patte du lézard. Il me faudrait en priorité la mesure d'ici il tapota quelques secondes le crayon à la jonction entre la patte et le reste du corps à ici finit-il en déplaçant le crayon jusqu'au début des griffes. Il pourrait se débrouiller pour calculer de façon grossière les autres mesures avec la proportion.

Cinaed se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas continuer à babiller. Ce n'était pas qu'il avait fini, c'était simplement qu'il savait qu'en posant plus de questions, l'autre ne répondrait qu'à la moitié. Elle oublierait au passage les premières questions qu'il avait posées et l'ébéniste serait obligé de les répéter, quelque chose qu'il trouvait très irritant. Ewan avait souvent tendance à faire ça : il le laissait parler pendant 20 minutes, peut-être plus et finalement il ne se concentrait que sur 1/3 des détails que son ami lui avait donné. Son co-gérant avait de la chance car Cinaed prenait sur lui pour lui faire une liste écrite de tout ce dont il avait besoin. Il ne faisait pas cet effort pour les autres à moins que cela ne lui apporte véritablement quelque chose. Peut-être devrait il demander à la femme devant lui si un échange épistolaire était possible ? Elle aurait sûrement moins de mal à suivre toutes ses demandes si celles-ci étaient formulées sur papier et non pas à voix haute.

M'enfin, jolie comme elle était elle devait peut-être déjà avoir plusieurs échanges en cours et Cinaed était trop impatient pour attendre 5 jours ou plus la réponse à une de ses questions. Il savait que s'il arrivait à sortir de la boutique avec assez d'éléments, il commencerait à sculpter dans la foulée. Et au diable les demandes incessantes d'Ewan de profiter de ses jours de congé pour faire des choses inutiles comme lire des romans ou s'acheter de nouveaux vêtements. Passer des journées entières à guetter un hibou dans l'espoir de pouvoir calmer la brûlure de ses doigts qui ne voulaient que travailler le bois, ce serait très énervant.

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14 Septembre 2049
37 ans
Ménagerie Magique
@Cinaed Wallace


L'inconnu, pas brusqué le moins du monde par mon intervention, poursuit, à ma grande surprise. Et je ne suis, pour ainsi dire, pas tout à fait appréciative de sa réponse. Mon visage est clair comme de l'eau de roche à ce sujet, tout autant que ma voix.

- Il s'agit d'une animalerie. Nos animaux ne sont pas en peluches mais en écailles, plumes ou poils. Et ils ne sont pas enchantés.

Mes yeux s'écarquillent quelques instants face à la suite. Impossible de savoir s'il le fait exprès ou s'il est sérieux. Non, il ne peut pas l'être. Si ? Eh bien, il semble pourtant qu'il le soit, puisque l'homme continue dans sa lancée sans penser une seule seconde que sa demande est assez incongrue. S'il y a bien une chose de sûre, c'est que cet inconnu vit dans un autre monde. Ou en tout cas, il a une vision bien à lui du nôtre. J'observe quelques secondes les croquis qu'ils montrent du bout de son crayon avant de soupirer.

- Les animaux de la Ménagerie ne sont pas des modèles, mais des êtres vivants. Si vous voulez ce genre de renseignements, vous n'avez qu'à aller faire un tour chez n'importe quel libraire. Je suis certaine que vous y trouverez tout ce qu'il vous faut.

L'agacement est bientôt accompagné par la curiosité quant au "pourquoi". A quoi toutes ces mesures vont-elles bien pouvoir lui servir ? J'observe de nouveau ses croquis, tentant d'y trouver une information qui pourrait me donner une miette de réponse. Mais les pattes de mouche écrites au crayon sur le côté des pages ne sont pas tout à fait satisfaisantes.

- Pourquoi cela vous intéresse autant, au juste ? Demandé-je, un brin suspicieuse.


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Les pattes en l'air ! L.G
Un froncement de sourcil prit place sur son visage, qui devint de plus en plus poussé à la suite des paroles de l'autre. Par Merlin, il n'avait pas dit que ses animaux étaient enchantés, il avait simplement demandé s'ils vendaient des peluches. Après tout, c'était elle qui en avait parlé en premier. Il ne travaillait pas ici et n'y était pas venu depuis plus de dix ans, comment était il censé savoir qu'elle mentait ? Il pencha la tête sur le côté en pinçant les lèvres, irrité. C'est vous qui avez parlé de peluches, alors qu'il était tout à fait clair que le lézard n'en était pas une. Essaie-t-elle de le faire tourner en bourrique ? Il haussa les épaules. Des peluches enchantées seraient un bon produit pour les enfants, il suffisait de ne pas en parler si vous n'en vendez pas. C'était dommage mais, eh, ce n'était pas sa boutique. Il se fichait en fait pas mal de ce qu'ils vendaient, tant qu'ils ne s'amusaient pas à indiquer aux clients des produits invisibles comme elle le faisait.

C'était pour ça qu'il ne sociabilisait pas beaucoup en dehors des bars. Quand les gens avaient un objectif commun - comprendre ici : se manger le visage mutuellement ou discuter alcool - les discussions étaient bien plus faciles. Quand on devait prendre en compte la sensibilité des autres et, surtout, quand les autres étaient incohérents, discuter devenait une vraie plaie. Il avait l'impression de parler à un client particulièrement irritant. Le genre de client qui venait vous acheter une statuette pour au final se plaindre que celle-ci soit en bois quelques jours plus tard. L'employée de la ménagerie était un peu pareille : parler de peluches puis se plaindre quand on lui répondait à propos de peluches.

Ewan, lui, avait toujours compris plus ou moins bien la façon de faire et d'exister de Cinaed et il avait rapidement pris le coup de main. Il ne disait jamais rien qui ne soit pas clair et évitait la plupart du temps le sarcasme. Il savait que son ami ne le comprendrait pas alors il avait peu à peu disparu de son vocabulaire. En somme, Cinaed avait eu sur lui une demie bonne influence. Ewan avait toujours été plutôt secret et sujet à tourner ses phrases étrangement. Depuis presque 30 ans qu'ils se connaissaient, il avait évolué et était devenu quelqu'un de clair et net, comme Cinaed. Bien sûr, il lui arrivait encore d'user de l'humour ou du sarcasme, après tout sa langue était aiguisée comme un couteau même si cela ne se voyait pas. Cependant, il évitait de le faire avec Cinaed.

L'ancien Serdaigle plissa encore plus les yeux. Être un modèle n'excluait pas que ses bêtes soient vivantes. Il avait de plus en plus l'impression que l'autre jouait à l'idiote. Elle n'avait pas l'air bête, alors pourquoi débitait elle autant d'âneries ? Il grogna. Si j'avais voulu un modèle inerte j'aurais appelé un taxidermiste. C'est le fait qu'il soit vivant qui fait sa beauté. Comment voulez-vous que j'observe correctement un animal s'il est empaillé ou sur papier ? Si je ne peux plus observer la façon dont il évolue ? Il se frotta l'arête du nez. Il ne manquait pas de contacts, et le milieu artistique était vraiment petit. S'il avait vraiment voulu d'un animal immobile il n'aurait eu aucun mal à trouver une connaissance ayant véritablement le numéro de téléphone d'un taxidermiste. Le tout aurait été particulièrement dérangeant mais Cinaed savait où chercher. Quand aux schémas et photos mouvants des livres magiques, je les trouve bien moins précis.

S'il devait être honnête avec lui-même, il n'était pas vraiment intéressé par le fait que ses modèles soient des animaux. Il ne traitait pas les êtres vivants comme des objets : c'était simplement que tout pour lui pouvait devenir un modèle. Si on suivait son raisonnement c'était même plutôt un compliment. Un animal restait un animal, alors qu'un modèle était spécial. Un modèle était quelque chose de particulier, quelque chose de précieux à protéger et à sculpter pour le sublimer et le partager au monde. Il se fichait que le lézard soit un animal, en fait il était exactement comme ses modèles humains, ou les insectes qu'il sculptait : suffisamment fascinant pour attirer son œil. Ce n'est pas une image que je veux, c'est ce lézard, avec sa morphologie. Il est parfaitement imparfait, je n'en trouverais pas un comme celui-ci dans un livre. Ils ont tendance à être trop lisses, trop parfaits.

Il agita la main Et le dessin de quelqu'un d'autre n'est jamais une piste assez fiable. Il ne faisait pas particulièrement confiance aux autres pour décrire avec précision le naturel des choses. Lui non plus n'y arrivait pas : la nature était incomparable. Un schéma ou une sculpture, même la plus détaillée possible, ça n'égalait pas la version vivante. S'il partait d'une représentation fausse pour en créer une autre imparfaite, cela ferait double. Pour limiter les modifications de l'œil humain, il sculptait des modèles vivants, ou au moins sur des photos magiques non retouchées. Il aurait pu chercher des jours un bouquin avec de bonnes photos, et surtout des photos mouvantes qui montraient exactement la courbure des pattes ou le mouvement des muscles mais il n'avait pas assez de temps pour ça.

Je sculpte. Sur le bois. finit il par répondre à la dernière question de l'autre. Il avait sûrement oublié de le dire plus tôt, mais tout cela lui semblait tellement naturel qu'il oubliait que ce n'était pas marqué sur son visage. Enfin, l'autre avait bien vu ses croquis, il lui poussait encore devant le visage. N'avait-elle pas comprit elle-même qu'il faisait de l'art ? Sinon, pourquoi irait-il dessiner un lézard ? Je veux sculpter ce lézard dit-il en posant son carnet sur le bureau et en caressant du bout des doigts l'animal sur le comptoir. J'aime sa morphologie et sa couleur, je n'en veux pas d'un autre. Il étira légèrement les épaules et soupira.

Puis-je, s'il vous plait il insista sur la demande mesurer ses pattes ? Il réfléchit quelques secondes. Si c'est le fait que je n'achète pas l'animal avant, je suis au regret de vous annoncer que je n'ai pas les fonds nécessaires à son maintien en vie. Bien, il avait dit "animal" au lieu de "modèle". Elle serait sûrement contente ? Je veux juste le sculpter, il serait bien malheureux avec moi, je ne saurais pas m'en occuper. Elle n'allait pas le forcer à acheter un animal juste pour le mesurer, n'est-ce pas ? Elle travaillait dans une animalerie, elle devait bien s'intéresser un peu à ces petites bêtes. Si oui, elle comprendrait d'elle-même qu'il était préférable de le laisser faire son histoire de mesure au lieu d'embarquer un animal. Il peinait déjà à s'occuper de sa nièce pendant 6h, que ferait-il d'un animal toute la journée ? Surtout d'un lézard. S'il devait en acheter un, ce serait sûrement un furet, quelque chose que Ewan aimerait assez pour accepter de veiller sur lui durant les heures d'ouverture de la boutique. Ou un poisson. Un poisson c'était facile à surveiller.

Pour montrer sa bonne volonté, il leva les mains en signe de reddition. Il n'avait pas envie de se disputer, tout ce qu'il voulait c'était la foutue longueur de la foutue patte de ce foutu lézard. Ce n'était pas si dur à comprendre, alors pourquoi en faisait elle tout un plat ? Cela ne prendrait que quelques secondes et l'animal n'avait même pas l'air dérangé par l'idée.

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@Cinaed Wallace


- Je ne les ai mentionné que comme une façon de parler. Répondé-je.

Si j'étais initialement en pleine forme, cette conversation est en train de drainer toute mon énergie. Comment est-ce qu'on peut être si peu connecté à la réalité ? Ce n'est pas vraiment dans mes habitudes, de réagir de cette façon. C'est arrivé quelques fois, où j'étais vraiment énervée. Ou alors parce qu'on me prenait pour une idiote. Je ne sais pas ce qui m'agace le plus, là, tout de suite. Qu'il ne se rende pas compte de la situation, qu'il soit aussi loin de la réalité, ou le ton qu'il emploie. Peut-être les trois. Je soupire, me pinçant l'arrête du nez. Respirer. Calmement.

- Et il était inconcevable de simplement demander plus tôt, poliment, comme un être humain normalement constitué ?

Un sculpteur, alors. J'imagine que ça prend plus de sens, maintenant. Mais ce n'est pas comme si j'avais pu le deviner au premier abord. Il fait sonner sa phrase comme une évidence qui ne l'est pas, et je me trouve à être encore plus agacée. Tandis que l'inconnu termine son explication, sa main vient caresser Kero, qui semble ravi d'avoir de nouveau de l'attention. Traître. Quand l'homme mentionne le fait de ne pas avoir l'intention d'adopter et ses raisons, je ne peux empêcher un léger ricanement de sortir. Encore heureux...

- Au moins vous êtes un minimum responsable.

Je retiens un "C'est déjà ça" de quitter mes lèvres, mais il est largement sous-entendu. Je suis suffisamment transparente pour que qui que ce soit puisse lire en moi comme dans un livre ouvert. Qu'on soit un fin observateur comme Sean, ou la plus distraite des personnes, comme Aylin. Ca m'a déjà joué des tours, je ne peux pas dire le contraire. Cela dit, cette fois-ci, le sous-entendu était amplement volontaire.

- Ce lézard n'est de toute façon pas à vendre, c'est le mien. Précisé-je, même s'il m'a assuré n'avoir ni l'envie ni les moyens d'adopter un compagnon.

Je soupire de nouveau. De toute façon, à moins que l'homme ne quitte la boutique, Kero y retournera. Cette petite bête est beaucoup trop avenante et curieuse.

- Vous avez plutôt intérêt d'y faire attention. S'il faut que je prenne rendez-vous chez un vétérinomage parce que vous lui avez froissé quelque chose, je vous envoie la facture.


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En fait, s'il devait garder une seule pensée parmi toutes celles qui se balançaient dans sa tête ce serait : Mais quelle étrange femme. Avec deux yeux ronds comme des ballons, il l'écouta parler et lui répondre petit à petit. De son point de vue il était totalement stupide de mentionner quelque chose juste comme une façon de parler : ça n'avait absolument aucun intérêt et puis comment était il censé savoir qu'elle n'était pas sérieuse ? Les interactions sociales étaient si difficiles, c'était presque décourageant. Il fronça le bout du nez d'incompréhension avant de secouer la tête et de décider de ne pas revenir sur sa remarque. Cela ne ferait qu'attiser le feu, et elle avait enfin accepté de lui permettre de mesurer son lézard. Il fallait se la jouer finement pour ne pas qu'elle change d'avis et ne le chasse de la ménagerie. M'enfin, si elle le faisait, il n'aurait qu'à revenir un autre jour et de préférence quand elle ne s'occupait pas de la boutique. Ca devrait être faisable, il doutait qu'elle affiche son visage comme indésirable numéro 1 sur la porte. On ne virait pas complètement quelqu'un de sa boutique juste parce qu'il avait voulu mesurer la patte d'un lézard, n'est-ce pas ? Enfin, même si ce lézard était son lézard.

En fait j'avais déjà demandé poli- commença-t-il sans pouvoir s'en empêcher avant de s'arrêter. Eh bien, techniquement il avait raison : dès qu'elle s'était approchée, il lui avait demandé poliment s'il pouvait mesurer l'animal. C'était elle qui n'avait pas été polie en répondant. Cependant, il doutait que sa remarque soit réellement pour sa question. En fait, il avait plus l'impression que l'accent était mis sur "un être humain normalement constitué". Pour le coup, ça, il ne pouvait pas le nier. Il n'était pas comme tout le monde. Il l'avait appris avec le temps : trop têtu, trop dans la lune et incapable de vraiment comprendre les conventions sociales. C'était pas grave, la plupart des gens faisaient avec mais c'était très vrai qu'il ne se comportait pas comme un client normal. Finalement, il abandonna aussi cette remarque en agitant la main devant son visage.

A bien y réfléchir, elle était peut-être aussi en colère qu'il n'ai pas demandé au lézard pour le tripoter quand sa maîtresse n'était pas encore au comptoir. Aurait-il dû ? C'était stupide de son point de vue parce qu'un animal ne pourrait jamais lui répondre, mais peut-être que ça tenait à cœur à la gérante. Va savoir. Il fit une petite moue quand l'envie de lui préciser que son lézard n'avait pas été dérangé par sa manipulation - et que, s'il l'avait été, il aurait arrêté - mais il se ravisa une troisième fois.

Ewan avait tendance à lui dire que fermer son gros clapet pouvait être une bonne idée quand il ne comprenait pas la situation. Quand ils en parlaient, il lui disait souvent quelque chose du style "Tu penses que ce n'est pas ta faute mais tu n'es qu'un abruti, alors tais-toi et accepte que tu comprennes pas mais que tu aies tort quand même". C'était frustrant parce qu'il avait envie de s'expliquer, et de donner toutes les raisons pour lesquelles il n'était pas en faute mais son ami avait lui expliquait que ça ne servait souvent à rien. Les gens n'écoutaient pas de toute façon alors autant faire un sourire et les laisser croire qu'ils avaient raison. Même si ça lui donnait envie de se frapper la tête sur le comptoir.

Et puis elle avait accepté pour le lézard.

Il ignora royalement la petite pique qu'elle essayait de lui lancer - même s'il comprit un minimum le sens caché de sa phrase - et laissa un sourire fleurir sur ses lèvres. Penché, et au mieux branlant mais un sourire tout de même. Cinaed arrivait assez peu à créer une émotion de toute pièce, ce qui faisait de lui un mauvais menteur, mais s'il puisait assez fort dans un sentiment positif même minime, il arrivait à faire une demi grimace souriante. Cette fois-ci, il essayait de se concentrer très fort sur l'idée de pouvoir sculpter en retournant à la boutique. Ca devrait faire l'affaire.

Vous avez un très beau lézard, alors dit-il maladroitement, comme une offre de paix. Pour être honnête il se fichait pas mal de se battre avec l'autre, mais elle avait entre les mains le pouvoir de le sortir d'ici sans ses précieuses mesures. Alors ça valait le coup de fermer sa bouche et de baisser les yeux. Bien sûr, comptez sur moi dit-il finalement. Il n'aurait absolument pas les moyens de payer un vétérinomage mais bon, ça, elle n'avait pas besoin de le savoir. De toute façon, il avait l'habitude de manipuler les animaux et n'en avait jamais blessé aucun. Il avait, certes, de grosses paluches et pas énormément d'empathie pour les autres mais il ne blesserait jamais un être vivant, humain ou animal intentionnellement. Surtout pas un animal qui était si fascinant. En plus, il avait vraiment l'intention de revenir dans la boutique pour observer les boursoufflet dans quelques semaines alors autant faire 3 fois plus attention. Merci se forca-t-il à ajouter en prenant conscience de son oubli flagrant. Ewan serait fier de lui.

Je ferais attention, je suis doux vous savez dit-il finalement en se concentrant sur le lézard, une main dans la poche. Il en sortit un petit mètre magique qui s'adapta parfaitement à la patte du lézard qu'il tint dans sa main. Il la releva juste très légèrement tout en grattouillant le crâne de l'animal. Hyperconscient de l'observation de l'autre, il était délibérément très lent pour lui convenir. En temps normal il faisait les choses plus rapidement et avec moins de grattouilles. Il était doux mais pas gaga. Je ne sais pas m'occuper d'un animal mais je sais les manipuler. Comme les enfants, ils sont aussi fragiles mais j'arrive à garder ma filleule fredonna-t-il pour occuper le silence. Il se mordilla la lèvre en reprenant toutes les mesures sur son carnet avant de se baisser à hauteur du lézard pour continuer à dessiner. Il avait la nette impression que la dame ne serait pas contente s'il le soulevait à nouveau.

Je suis un artiste, j'ai l'habitude des choses fragiles. On ne dirait pas comme ça mais le bois peut l'être aussi. Sans les protections adéquates, une sculpture peut se briser facilement. Je ne vous parle même pas du transport ! Heureusement qu'il existe tout un tas de sortilèges utiles. La seule fois où il avait oublié lesdits sortilèges dans son emploi précédent, son patron lui avait tiré l'oreille si fort qu'il avait cru la perdre. "Idiot incompétent !" avait-il clamé. Les clients présents dans l'atelier avaient bien ri, et Cinaed n'avait plus refait la même erreur. Veiller à ce que les produits qu'on vendait puissent être transportés sans crainte, ça faisait aussi partie du métier.

Les moldus aussi ont leur propre façon de transporter leur marchandise, le saviez-vous ? Il leva les yeux vers l'autre. C'est fascinant, ils mettent des sortes de petites billes de matière blanche qui couinent quand on les frotte. C'est très désagréable à l'oreille, mais cela semble fonctionner. Parfois même, ils mettent un espèce de papier avec des bulles à l'intérieur. Un peu comme des bulles de savon, mais en plastique. Cinaed avait tendance à babiller pendant des heures quand il travaillait avec quelqu'un. Quand Ewan descendait dans l'atelier, il l'écoutait parler - parfois pendant des heures - même si Cinaed se doutait bien que son ami n'écoutait qu'un mot sur trois. C'était pas grave, il aimait bien discuter même quand personne ne lui répondait. C'était peut-être étrange pour l'autre qu'un client manifestement dérangé par sa présence lui parle autant mais Cinaed n'était pas quelqu'un qui restait sur les conflits. Ceux-ci lui passaient au dessus de la tête rapidement : de toute façon, il les oubliait vite et oubliait aussi pourquoi il avait été en colère en premier lieu. Sauf avec ses parents pendant sa crise d'adolescence, ça, ça avait duré longtemps.

Finalement, il relâcha le lézard et se tourna à nouveau vers l'autre en faisant quelques gestes. Des gestes qui se voulaient logiques pour mieux comprendre comment un papier pouvait être à la fois du plastique et des bulles de savon. Il ne passait pas suffisamment de temps dans le monde moldu pour se souvenir des noms de ces choses là, mais à chaque fois qu'il en récupérait dans ses achats, il les donnait à sa filleule qui s'en amusait beaucoup. Ses parents, eux, s'amusaient beaucoup moins de l'heure et demie que leur fille passait à éclater des bulles, ou des bouts de polystyrène qu'elle se coinçait dans le nez.

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Aussi polyvalente qu'un Fa dièse d'après la grande Abigail Grey
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Les pattes en l'air ! L.G
14 Septembre 2049
37 ans
Ménagerie Magique
@Cinaed Wallace


Alors que l'inconnu est sur le point de répliquer de nouveau, je lui envoie un regard noir. Heureusement, il ne termine pas sa phrase - et je n'ai même pas envie de savoir pourquoi, il s'est raisonné, c'est tout ce qui m'importe.

Alors qu'il mentionne sa filleule, un autre ricanement m'échappe. J'ai du mal à imaginer ce drôle de personnage s'occuper d'une enfant. Je l'observe manipuler Kero avec attention, prête à intervenir à tout moment. Mais je dois bien l'admettre, il prend toutes ses précautions et y va en douceur. Non pas que je le dirais à voix haute. Mais une enfant, vraiment ? Tout en dessinant mon gecko, qui semble être absolument ravi d'être le centre de l'attention, l'homme commence à déblatérer sur le bois et le transport de marchandises moldus.

- J'ima... Commencé-je à répondre, mais pris dans son élan, ma voix passe à la trappe.

Je ravale ma langue et le laisse poursuivre. J'en profite pour déposer la gamelle que je suis allée remplir un peu plus tôt dans la cage où elle était initialement. Je ne perds pas de vue l'inconnu pour autant - je n'y peux rien, je ne lui fait pas confiance. A la mention des moldus, je ne peux m'empêcher de faire une légère analyse, bien courte d'ailleurs : il est évident que cet homme n'a pas cotoyé le monde moldu. C'est clair comme de l'eau de roche.

- Du polystyrène. Et du... Papier-bulle. Répondé-je.


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Cinaed fixe quelques secondes l'autre alors qu'elle rigole à la mention de sa filleule, essayant sans succès de se rappeler s'il venait de faire une blague. Dans le doute, il lui fit un sourire tout en dents, parce qu'il aimait que les autres rigolent à ses blagues, qu'il s'en souvienne ou pas. Cinaed, c'était un rigolo la plupart du temps alors les gens riaient souvent. Soit ils riaient, soit ils le frappaient. Soit ils faisaient les deux, comme Ewan pratiquement à chaque fois. Cinaed savait d'ailleurs reconnaître au coup si son ami était sérieux ou pas, heureusement. Il aurait été bien mal s'il s'était mis à rire à une vraie bousculade. Il le savait, c'était déjà arrivé. Aviez-vous déjà vu Ewan faire un sermon de papa ? Non ? Eh bien, tant mieux, parce que c'était long et fastidieux à suivre. Surtout, il s'attendait à être écouté et compris et Cinaed était ensuite surveillé pour vérifier qu'il mettait bien en pratique les conseils donnés.

Avec le temps cette surveillance s'amenuisait : Ewan avait compris que son ami était soit un incapable, soit qu'il arriverait à survivre à à peu près n'importe quoi par l'opération du saint esprit. L'ébéniste pensait aussi que c'était parce que le roux vieillissait et qu'il n'avait probablement plus l'énergie, en tant que jeune papa, de lui courir après partout. Cependant, il fallait se méfier parce qu'il reprenait parfois ses vieilles habitudes et Cinaed avait les oreilles qui sifflaient pendant trois jours après chaque engueulade. Ca, et les lobes tellement tirés qu'ils en devenaient presque bleus. A bien y réfléchir, Cinaed n'était qu'un pauvre homme harcelé par son entourage : même Avaleen s'y mettait parfois !

Exactement ! s'exclame-t-il très sérieusement en observant l'autre. Son carnet dans une main, il le pointait vers l'autre comme pour appuyer le point qu'elle venait defaire valoir. Vous en savez manifestement beaucoup sur le... Poly... styrène. Il hocha la tête, ravi de s'être souvenu du mot. C'est dingue la connaissance qu'on certains sorciers, vous ne trouvez pas ? Il essaya de fourrer son carnet dans une des poches avant de son pantalon, sans succès avant de finalement l'enfoncer à l'arrière gauche. Et oui, c'est de ce genre de papier avec des bulles que je parle. Du papier-bulle... C'est sûrement comme ça que ça s'appelle, vous en pensez quoi ? Les moldus avaient tendance à appeler des choses soit par des noms très compliqués, soit par des noms logiques. Tellement logiques, qu'ils en paraissaient presque idiots. Du papier-bulle, du papier-cuisson. Mais à côté de ça, il y avait des fusées ou encore des motocycles.

Il se détourna de la femme pour retourner papouiller le lézard quelques secondes, ravi d'avoir eu ses mesures. Il n'avait plus rien à faire ici, alors il n'allait pas s'attarder beaucoup plus longtemps. Seulement... Son esprit était parti sur autre chose. Les moldus sont fascinants, ils ont même des boîtes pour réchauffer. C'est comme un sortilège, mais avec de l'électricité, ça s'appelle un micro-onde. J'en ai même un chez moi. Et il l'utilisait souvent d'ailleurs, même s'il avait failli le faire exploser en mettant une conserve à l'intérieur, puis une autre fois en faisant trop de magie chez lui. Ca ne se mariait pas bien et il avait parfois tendance à l'oublier depuis qu'il ne vivait plus avec suffisamment d'appareils moldus pour que ce soit vraiment dangereux. Ils arrivent pratiquement à imiter chaque sortilège avec une de leurs machines, et même faire mieux ! Les téléphones portables sont bien plus faciles à utiliser que ça ne l'est de lancer un patronus. Savez vous en lancer un ? Il la regarda avec deux gros yeux ronds en se tournant à nouveau vers l'autre. Est-ce un lézard ?

Est-ce que le patronus prenait la forme d'un animal qu'on appréciait ou de celui qui nous correspondait le plus ? Il avait arrêté la défense bien tôt et ne se souvenait même plus de s'il avait vu le sortilège en cours à l'époque. Peut-être qu'il l'apprendrait un jour s'il trouvait une raison suffisamment intéressante pour le faire. Ewan, lui, savait le lancer après tout. Il jaugea du regard quelques secondes la femme devant lui avant d'hausser les épaules pour lui-même. Bah, il ne saurait pas deviner quel animal lui ressemblerait, ça ne servait à rien d'essayer.

Finalement, il frappa dans ses mains, puis donna une légère tape - douce mais avec beaucoup d'entrain - sur l'avant bras de la gérante. Je reviendrai prendre des mesures et dessiner une autre fois ! J'aime votre boutique, et avec du recul vous êtes très sympathiques. Prenons un verre ensemble, vous pourrez me parler des lézards ! Il ne savait pas s'il s'y intéresserait vraiment mais peut-être que si elle expliquait mieux leur mode de vie, il serait capable de sculpter des positions plus naturelles. En tout cas, la boutique regorgeait d'animaux en tout genre alors il pourrait avoir de nouvelles idées pour ses figurines facilement. Vous devriez même passer à la boutique, je vous montrerais ma sculpture... Ou alors je viendrai ici, vous avez raison, c'est une bonne idée aussi !

Il finit sa tirade avec un grand sourire et lui tendit une main pleine de taches de crayon dans l'espoir qu'elle la serre pour sceller un accord imaginaire.

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- On peut dire ça, oui. Répondis-je, ne m'étalant pas davantage sur le sujet. Du papier-bulle, en effet. Répété-je, levant les yeux au ciel face au peu d'écoute dont fait preuve l'homme.

Je referme la cage du chat, qui récupère donc enfin sa gamelle d'eau - le pauvre devait l'attendre avec impatience. Je n'écoute le monologue de l'homme que d'une oreille inattentive. Mon regard quitte la cage du félin pour surveiller mon lézard et l'inconnu. Mes réponses sont aussi courtes que possible, et mon ton n'est pas des plus avenants. Il est assez clair que je n'attends qu'une seule chose : qu'il s'en aille.

- Oui, je sais lancer un Patronus. Et non, ce n'est pas un lézard.

Kero, complètement inconscient de la situation, se délecte toujours autant de l'attention qui lui est porté. Lorsque l'inconnu détourne son attention et frappe dans ses mains, le lézard s'avance plus proche encore du bord, peu ravi de ne plus être sous le feu des projecteurs. L'homme, en revanche, semble en avoir terminé avec ses mesures. Ce qui veut dire que moi, j'en ai donc bientôt fini avec lui. Quoique... Il serait bien capable de se lancer dans un monologue et de camper ici. Oh Merlin, non. Mais je n'ai pas le temps d'y penser plus longtemps : voilà maintenant qu'il m'invite à prendre un verre pour discuter lézard. Et puis quoi, encore ? Il regardera dans un livre, ce sera très bien. Ce n'est pas comme si il souhaitait se renseigner dans le cadre d'une adoption. Ca ne relève donc pas de mes fonctions, n'est-ce pas ?

- Je ne crois pas, n...

De nouveau, ma voix semble se prendre un mur puisqu'il m'interrompt. Passer à sa boutique ? Aussi sympathique qu'elle pourrait être, je ne suis pas certaine d'avoir envie d'être confrontée de sitôt à cet énergumène... Non, très peu pour moi !

- Ne vous donnez pas tant de mal. Vraiment. Répondis-je en dévisageant sa main complètement tâchée, avant de finalement retourner vers le comptoir pour récupérer mon gecko, que je dépose en sécurité sur mon épaule. Je vous souhaite une bonne journée.


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