PNJ ⚔ Le Crépuscule et l’Aube SOLO

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Décembre 2049,
Tinworth
𝄞 ♪♭𝅗𝅥♫
La journée glaciale figeait les sorciers dans leur quotidien. La bourgade côtière paraissait ainsi plus calme que jamais, à l'image de ces petits crapauds s'enfouissant dans le sol pour laisser passer le froid - il s'agissait simplement d'une mise au repos avant de redevenir la destination préférée des sorciers en vacances, dès que les premiers rayons du soleil perceraient. La présence du Maestro Piccolo, le visage à moitié dissimulé dans ses écharpes noires, sonnait comme la résolution d'une longue période de réflexion. Son problème à résoudre avait beau être complexe, il n'y avait hélas qu'une seule façon de l'aborder : le confronter.

Sans aucun doute, la Petite Renata ne s'attendrait pas à recevoir la visite de son plus vieux rival de l'Opéra, elle qui devait être occupée dans sa récente installation - et surtout acclimatation - loin de la ferveur artistique de Londres. Elle venait de troquer les loyers exorbitants des grandes villes contre ceux exorbitants de la côte sorcière, avait pu constater le Maestro Piccolo en se promenant dans les vieilles rues pleines de charme. Arrivé à l'aube, dans le ciel voilé de cette inconnue imaginée par quelques descriptions produites son père - lui qui avait pu la peindre dans sa jeunesse -, Tripplehorn prenait son temps. Il n'était pas exclu que la petite elfe Lutti, associée à la maison Renata, l'ait croisé au coin d'une ruelle, sonnant l'alarme auprès de sa maîtresse. Les petites enseignes et les points de restauration le tentaient assez pour l'arrêter à chaque fois, faisant ainsi durer le moment de ce face à face impromptu...

Pour autant, la magie tranquille des lieux ne pouvait dévier son esprit de l'objet de sa venue : il lui semblait n'avoir jamais été autant sur ses gardes qu'aujourd'hui. Un mois s'était rapidement écoulé depuis l'assommante vérité à laquelle il avait assisté, impuissant, dans la Pensine de l'Oncle Typhus : aux titres de modèle et de mécène, la Grande Renata avait ajouté celui d'empoisonneuse. Il y a quinze ans, la Cantatrice avait privé son protégé d'une brillante carrière - certains diraient plus brillante que la sienne - après l'avoir aidé à grimper jusqu'au sommet de leur art. Bien qu'elle ne faisait plus partie du tableau, elle semblait encore tapie derrière l'âme bien trop silencieuse de sa fille, la Petite Renata. Le Maestro se trompait peut-être, mais il estimait que cette dernière lui devait quelque chose - et ce quelque chose ressemblait à une envie d'assouvir une vengeance tangible, privée de celle qu'il aurait pu réserver à l'empoisonneuse : une complice silencieuse, qui avait certes fini par lui céder son souvenir accablant si cela pouvait encore jouer en sa faveur, lui suffirait.

A vrai dire, les deux rivaux avaient semblé s'éviter comme la Dragoncelle - chose qui n'était pas nouvelle - depuis la révélation du secret qui les entourait. Ce qui était nouveau, en revanche, c'était l'attitude de la Petite Renata qui semblait avoir fait une pause soudaine dans sa carrière : on appelait cela, faire profil bas. Le Maestro Piccolo se protégeait de ses états d'âme derrière son emploi du temps des plus accaparant, tandis qu'elle avait feint un déménagement au bord de la mer pour, soi-disant, prendre soin de sa santé. Le sorcier avait appris la nouvelle par l'entremise de Lutti, la petite elfe des Renata qui travaillait quelques journées pour lui en tant que logeuse lorsqu'il partait en Ecosse. Il ne devait pas dire que le soudain changement d'air de la chanteuse l'avait réellement surpris : seuls les esprits coupables ou meurtris parvenaient à s'extraire aussi rapidement d'un monde comme celui de l'Opéra. Elle pouvait bien s'écarter de la lumière autant qu'elle le pouvait, une ombre terrifiante se rapprochait inexorablement d'elle, celle de la vérité. On ne pouvait l'inventer, la sorcière demeurait au minimum coupable de n'avoir jamais dénoncé ce qu'elle avait su des horribles exactions de sa mère. Interdit, Piccolo avait été témoin dans la Pensine de leurs manigances, bien que la Petite Renata n'avait finalement pas accepté d'être complice, sûrement craintive que le plan n'échoue et mette fin à sa propre carrière. Il fallait, aujourd'hui, qu'elle récolte le prix de ce long silence quasi criminel.

Les parois des maisons typiques de la côte commençaient à réfléchir le soleil dont la présence semblait anecdotique tant ses rayons ne produisaient aucune chaleur. Tripplehorn en cherchait une en particulier, qu'on lui avait décrite avec précision. Petite, ancienne, au bout d'un cul-de-sac, elle laissait entendre que sa nouvelle résidente aimait les décors d'opéras. Une large partie de la façade était recouverte d'un lierre de colchique qui donnait envie d'être grimpé et les fenêtres étaient habillées de volets blancs, clos. Seule devant la petite bâtisse qui n'avait pas de côté jardin, la silhouette du Maestro observait encore un peu l'ambiance qui l'entourait : était-ce celle de la vengeance, ou bien celle du réconfort ? Un volet de l'étage s'ouvrit prudemment et la tête rousse déjà coiffée de la Petite Renata se dessina. Ils s'observèrent ainsi le temps de pondérer l'enjeu de la présence de l'un ou de l'autre, avant que la sorcière ne brise le silence d'une voix forte :
« Ne restez pas planté là, vous allez effrayer mes nouveaux voisins. »

La porte s'ouvrit sur une petite elfe de maison qui se dépêcha de lui faire signe d'entrer. Le regard ému de Piccolo se décida devant ces visages si familiers qu'il avait pensé connaitre. Un moment, un très court instant, il avait cru voir la Grande Renata à sa fenêtre, réciter quelques vers avec lui comme cela avait été leur habitude. L'accueil de la Petite Renata était tout autre, mais il ne pouvait en être autrement... Comme le sorcier avait pu le deviner, elle paraissait fort peu étonnée de sa venue. Le visage sombre, il s'avança prudemment dans l'allée, parfaitement au fait que, s'il ressentait quelques mauvaises choses à l'égard de la sorcière, cela était tout à fait réciproque. Il y aurait probablement eu une logique à ce que ces deux rivaux s'affrontent à la baguette magique dès que l'un aurait approché l'autre, sans d'autres soliloques, mais la volonté de ne pas faire de vagues - du moins pas aux yeux de tous - était inhérent au métier de personnalité publique. Les chanteurs d'opéra, quoi que dramaturges dans l'âme, n'y faisaient pas exception.
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui / non
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") :
Renata Maldiaddome, dite “La Petite Renata” (vieille rivale de l'Opéra ; utilisation "actif")
Lutti (amie, elfe de maison des Renata ; utilisation "prétexte")
- Lien vers la fiche du PNJ : lien vers le post déclarant vos PNJ dans l'index
- Intérêt de ce RP pour votre PJ : Mon sorcier a découvert l'identité de son empoisonneuse (la Grande Renata) qui l'a privé d'une riche carrière à l'Opéra - mais elle n'est plus de ce monde ce qui le prive de réponses à cet acte. Bien que tourmenté par cette révélation (la Grande Renata était sa protectrice à l'Opéra), il a obtenu une réponse à son grand mystère qui lui a procuré un certain sentiment de libération. Il poursuit alors sa quête personnelle auprès de la fille de son empoisonneuse (la Petite Renata), qu'il sait complice par son silence pendant toutes ces années. C'est un RP qui tend à faire avancer mon personnage dans son intrigue, j'ignore quelles seront les conséquences mais c'est une confrontation qui lui apportera quelque chose, soit un sentiment de finalité, de libération, d'une avancée dans sa vie qui a longtemps demeuré aux prises de ce drame. Il me permettra par la même occasion de progresser sur l'assurance qu'a pris mon sorcier dernièrement pour affirmer ses propres désirs et directions dans sa vie, car il s'est trop longtemps caché derrière un tiers sans jamais vivre pour lui-même. La présence de l'elfe de maison Lutti est important aussi pour faire entremise entre les deux rivaux (elle les connait bien tous les deux).
Dernière modification par Placido Tripplehorn le 13 mars 2026, 17:34, modifié 1 fois.

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
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L'IA m'a tuer

PNJ ⚔ Le Crépuscule et l’Aube SOLO
Il y avait bien quelque chose que la Petite Renata partageait avec sa défunte mère : une habitation sans meubles. C'était comme si la façade qui engageait à la rêverie n'était finalement... qu'une façade. Un œuf de Fabergé vide. Il fallait dire que les finances n'étaient jamais au beau fixe après un déménagement, s'ajoutant à cela le legs de toutes les dettes de sa mère. Le Maestro Piccolo l'avait pourtant bien aidé à les régler, puisqu'il avait été le seul héritier du dernier bien de la Grande Renata. Il s'était improvisé propriétaire, avait réussi à trouver un locataire (deux locataires si l'on prenait en compte le gros chien-loup) et avait transmis les gallions à sa rivale dans sa plus grande piété - il l'avait fait en premier lieu pour honorer la mémoire de la Cantatrice.

Comme pour l'empêcher de trop s'attarder sur ces espaces sans âme, la maîtresse des lieux descendait le grand escalier comme une chanteuse en pleine aria. Ses cheveux roux défiaient la gravité et sa longue robe de chambre traînait sur le marbre blanc. C'était une vision étrange, pâle, presque fantomatique. A vrai dire, tout ici transpirait le passé. Quelque chose cependant retint plus particulièrement son attention : sa main était agrippée au manche de sa baguette magique. Un peu par réflexe, il l'imita. Une petite main d'elfe se posa sur la sienne pour l'abaisser, ce qu'il fit, plus rassuré.

« Maestro, vous êtes matinal. Sachez que je ne le suis pas, lui reprocha immédiatement la Petite Renata, à une distance respectable. Est-ce que vous souhaitez m'aider dans mon installation ? » Piqué à vif, Tripplehorn croisa les bras. D'après cette intonation ironique, ce n'était pas une vraie question. Ne pouvait-elle pas lui demander directement la raison de sa venue, comme tout le monde l'aurait fait ?

« Je n'aime pas les matins, mais j'aime encore moins les matins qui commencent par une visite imprévue... Surtout quand le visiteur semble en proie à de vives émotions.
— Comment en être autrement ?! » Voilà qu'il sortait déjà de ses gonds, bien que les hostilités avaient démarré bien avant - il y a plus de vingt ans.

Les deux sorciers se jaugeaient à présent, des éclairs ou des braises les séparant.
« Je vous avais prévenu, devant cette Pensine, que vous me haïriez de tout votre être.1
— Vous aviez aussi certifié que vous seriez là pour recevoir ma colère... Le silence se fit de nouveau autour d'eux. Etait-ce une émotion qu'il percevait derrière cette façade de marbre ? La sienne lui échappait. Bien que sa baguette magique visait le sol, il ne cessait de se cramponner à elle.
— Oui, c'est vrai que j'avais dit ça... » murmura presque la sorcière. Comment était-il censé surpasser sa colère, à présent ? S'en voulait-elle au moins de son silence accablant durant toutes ces années et encore plus ce dernier mois ?

Elle trépignait, de gauche à droite, comme si elle réfléchissait au meilleur côté pour le contourner et fuir par la porte derrière lui.
« Je suis là, je ne fuirai pas... Pour ce que ça vaut, je n'ai jamais voulu votre mort, et à bien des égards Maman non plus ne vous en voulait pas à ce point. Peut-être même qu'elle ne pensait pas que les effets de la potion seraient forts...
— Alors je devrais peut-être vous forcer à boire un poison comme celui que votre mère m'a fait goûter, vous comprendriez que je suis bel et bien mort ce jour-là. Vous saviez à quel mal j'allais être exposé et vous ne m'avez pas alerté... »

Sans s'en rendre compte, Tripplehorn s'était avancé d'un pas vers la Petite Renata qui, elle, s'était reculée en miroir. Elle luisait de transpiration malgré la froideur des lieux.
« Je me rends, Placido... Je suis coupable, oui... Cette voix tremblante le fit hésiter, autant que les gémissements plaintifs d'une elfe à ses côtés. Je m'en veux terriblement d'avoir toujours protégé ma mère malgré tout... tout.... et encore plus depuis qu'elle m'a abandonné sans rien d'autre que ses dettes comme héritage. »

Le sorcier laissa échapper un soupir de dépit. La Petite Renata avait fini par lui céder la réponse qu'il avait cherchée durant tant d'années, il ne se sentait pas assez fort pour l'accabler de tous ces maux. La véritable coupable demeurait la mère protectrice qui avait toujours nourri leurs dissensions, les enveloppant chacun de leur côté d'une aura où les illusions côtoyaient la chaleur de sa présence. Que faire de sa colère ? Que faire de leur colère... Leur compréhension d'avoir été joués dans un grand échiquier par la même personne commençait à changer la dynamique de leurs échanges de regards.
« Je vous ai dit que je serai là pour recevoir votre colère, parce que j'ai besoin de la voir, d'en être témoin, de la sentir... Je suis incapable de l'être moi-même, voyez-vous. » Il la croyait, curieusement. Sa voix prenait des accents enfantins... Ceux qu'il prenait lui-même lorsque la Grande Renata le dirigeait. « Elle reste ma mère... » La souffrance de cette emprise continuait même après le trépas, il le savait puisqu'il en était victime aussi. Etait-ce dont cela, la raison de sa visite ? La recherche d'une âme qui savait, qui avait fait l'expérience des mêmes choses que lui.

« Alors j'exprimerai ma colère selon nos règles... » Le sorcier coinça sa baguette magique sous son bras pour se déganter sans se défaire de sa haine, mais en calmant toutes les autres émotions juste le temps de déclamer ce qu'il avait à annoncer :
« Signorina Renata Maldiaddome, je vous défie en duel. » Tripplehorn laissa tomber un gant sur le sol ciré, devant eux. Ils n'en étaient pas à leur premier duel de sorcier. A l'époque, la Grande Renata faisait office de témoin, divertie par toutes ces choses qui ressemblaient à un spectacle auquel on s'adonnait pour elle. Pour espérer obtenir une quelconque fierté de sa part, pour montrer jusqu'où on était prêt à aller pour elle, pour la faire rire... Il s'agissait de duels magiques d'ego où l'on en profitait pour régler ses comptes par quelques vers de mirlitons. Aujourd'hui, ils allaient batailler pour se défaire d'un poids sur leurs épaules.

1 - Vieille amie

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La maîtresse des lieux l'avait conduit silencieusement au sous-sol. Il s'avérait encore plus frais et humide que le rez-de-chaussée puisqu'il était fait entièrement de pierres, des murs au sol. Les multiples alcôves arrondies lui donnaient des airs d'ancienne cave à vin et, il fallait bien l'avouer, l'ensemble possédait un charme méditerranéen qui lui donnait une dimension particulière pour le Maestro Piccolo. Tout était plus sombre, mais la lumière poussiéreuse transparaissait encore au travers de petits carreaux incrustés en hauteur des parois. Tripplehorn suivait la sorcière et son elfe, constatant la présence d'un grand tonneau qui confirmait l'utilité qu'avait pu avoir cette cave avant d'être vidée. C'était un espace grand et étriqué en même temps en raison des différentes séparations de pierre. On sentait la résonance sans même se parler, comme si les restes d'anciennes voix avaient été absorbées par les murs.

La Petite Renata s'immobilisa à l'extrémité de l'espace, si bien que Tripplehorn comprit où se placer, juste en face d'elle. L'elfe hésita entre eux en effectuant des va-et-vient, avant de sembler prendre la décision de demeurer entre eux, en retrait à côté du tonneau. Sa sorcière se départit de sa longue robe de chambre, dévoilant un grand habit de nuit parsemé de froufrous à son image. Toutefois, comme la façade accueillante de cette maison, Piccolo se fit la réflexion qu'elle avait changé autant que lui depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Ses airs fatigués, prise au dépourvu, lui faisaient presque regretter ce qu'ils s'imposaient sans aucune réflexion, bien qu'il n'y avait sûrement pas de bon moment pour traiter une telle affaire. Tout semblait étrange, dans ce sous-sol, comme si le passé, le présent et le futur se mélangeaient et que rien ne pouvait en sortir. Le salut solennel, baguettes magiques présentées devant des visages fermés, fut bref, comme chargé d'une tension qui avait hâte de s'exprimer. En autre bretteur, le sorcier se mit en position à l'autre bout de l'espace en effectuant quatre pas lents dos à dos à son adversaire. Encore sous l'émotion de leur échange tout là-haut, il ne savait pas s'il pourrait mener ce duel jusqu'au bout. Tripplehorn ne trouvait la force de se soumettre à ce besoin primaire uniquement grâce au miroir que Renata lui reflétait : un animal blessé de tout son être qui cherchait à exprimer sa douleur sans que cette dernière ne la dépasse.

Ce duel devait être aussi efficace et sain qu'une potion magique guérissante pour eux deux et c'était précisément la raison pour laquelle ils devaient jouer sur un terrain qu'ils maniaient à la perfection, de façon quasi égale.

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PLACIDO
Vous voilĂ  ici devant moi prise sur le fait.
Vos horribles machinations sont Ă  payer.
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Leurs yeux gonflés et rougis se croisèrent avec ardeur et la chanteuse chercha sa réplique non sans esquisser un sourire triste. Elle se reposait sur ses appuis, l'arme encore abaissée pour le moment.

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RENATA
Dès l'aube, vous venez me quérir des noises.
Pourtant, je suis prĂŞte Ă  payer mon ardoise.
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Laissé un peu circonspect par la réplique, le Maestro ne gagna pas en assurance et laissa à son adversaire l'occasion de frapper en premier. Silencio ! D'un pas de côté aérien qui n'aurait pas suffi à esquiver le sortilège de Mutisme, le sorcier fut contraint d'utiliser en urgence le plus sommaire des sortilèges de Boucliers. Ils se remirent de suite en position.

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PLACIDO
Ma foi un sentiment familier monte en moi.
Vous semblez toujours vouloir me priver d'une voix.
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Il bouillonnait à perdre haleine, prêt à riposter à la hauteur de cette nouvelle offense, mais le sourire que sa partenaire de duel affichait n'était pas narquois. Il était emprunt d'une délicatesse qu'il ne lui connaissait pas - et que personne ne devait connaitre par ailleurs. Dans sa vie, il avait toujours été incapable de se laisser aller à sa fureur devant témoin, il ne pouvait que rester immobile en écoutant ce que la Petite Renata avait à dire, ce qui le convenait il devait bien l'admettre ; mais aujourd'hui l'objectif était l'exorcisme, le temps de la riposte sans aucun filet de protection devait sonner.

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RENATA
J'ai bien souhaité votre démise, cher ami.
Mais vous méprenez la mère pour la fille.
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Il allait répondre, concentré à la versification, quand un immense jet d'eau s'abattit sur lui sans crier gare : la Petite Renata venait de lui servir une douche froide, un Aguamenti plus que maîtrisé.

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RENATA
C'est ainsi que l'on s'absout de tous nos péchés.
Par cette eau mon âme est maintenant purifiée.
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Tripplehorn restait coi, trempé jusqu'aux os. N'était-il pas lui aussi victime et peut-être la plus grande victime entre deux ? Sa rivale paraissait avoir compris la même chose que lui, cela dit : lorsqu'elle s'attaquait à lui, elle s'en prenait en réalité à son propre reflet. Il essuya l'eau de son visage d'un grand geste et chercha à riposter rapidement avant que son adversaire prenne complètement le dessus dans leur duel. Son cœur dans sa poitrine allait défaillir tant il avait emmagasiné de ressentiments, et pourtant, quelque part, il trouvait le moyen de ne pas le laisser tomber. Il était toujours vivant, gelé, mais à la recherche d'une paix durable dans son corps. Le Maestro n'avait jamais abandonné la vie et la beauté qu'elle offrait, malgré tout ce qu'il avait vécu - ce qu'on lui avait fait vivre. A bout de souffle, il savait ce qu'il fallait faire avec cette occasion de s'exprimer complètement : il retourna le sortilège d'eau à l'envoyeur.

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PLACIDO
Votre âme, purifiée ? Que si je le permets.
C'est une aubaine, je suis d'humeur Ă  l'accorder.
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Sans plus de cérémonie, dans un cri de surprise, la Petite Renata paraissait tout aussi trempée que lui, de la tête aux pieds. Voilà qu'ils se trouvaient de nouveau à égalité. Mieux : le sorcier pouvait se retenir de fanfaronner pour profiter de cette opportunité et achever ce duel qui se trouvait pour le moment tout à fait puéril.

« J'ai compté treize syllabes dans votre dernier alexandrin ! » rouspétait la chanteuse figée de froid, sa voix crispée résonnant sur les parois de la cave.

Mais n'étaient-ils pas deux enfants, à l'aube de cette drôle de confrontation ? Ils demeuraient deux créatures de la Grande Renata, comme chienne et chat si différents et pourtant si semblables dans leur combat pour exister sans elle.

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Bien que le Maestro Piccolo paraissait avoir l'avantage pour la riposte qui pouvait mettre fin rapidement au duel, l'enjeu n'était point de gagner. Il se remit en place en position de bretteur, son arme prête, attendant une attaque de sa rivale qui serait, il n'en doutait pas, plus enflammée que les précédents sorts. Elle ne lui envoya pourtant que quelques sorts facilement évitables et des Bombarda que l'on pouvait tout aussi bien contrer quand on était concentré dans son combat.

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RENATA
Vous, l'être parfait, croyez-moi dans ma colère.
J'ai cru que vous m'aviez volé l'amour d'une mère.
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Touché en plein cœur par les mots et non les sortilèges, le Maestro n'attaquait pas encore, se contentant de répliques défensives. Il pesait ce qu'elle venait d'avouer - et ce qu'il avait toujours pensé sans jamais obtenir la confirmation jusqu'à maintenant. Jeune fille, elle avait commencé les hostilités lorsqu'il débutait à l'opéra. Ce n'était pas encore son domaine à ce moment-là et il avait espéré trouver en elle une grande sœur capable de le guider et le protéger tout comme le faisait si bien sa mère. Dès le départ, la Petite Renata s'était montrée médisante. Dans les bons jours, elle était parvenue à l'ignorer complètement - ce qui était tout aussi blessant pour un artiste. Quelque chose le chiffonnait toutefois dans cet aveu, il devait rétablir la vérité qui, il en était persuadé, se découvrait pour eux deux en cet instant.

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PLACIDO
Parle-t-on d'un amour ou d'une jalousie ?
Toujours, Maman rimait avec supercherie.
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Il y avait réellement quelque chose de salvateur dans le fait de s'en prendre à une personne sans qu'elle ne puisse riposter. Cela dit, il lui semblait toujours sentir la présence de la Grande Renata, quelque part en retrait. La Petite Renata, elle, s'était mise à rire comme prise d'une hystérie. Tripplehorn, contaminé, lui accorda un sourire amusé, mais la colère était toujours bien présente au fond de lui et ne demandait qu'à sortir, à présent qu'il était mis en confiance.

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PLACIDO
Je comprends que nous avons été bernés, mais...
Quinze ans de votre silence m'ont achevé.
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Voilà ce que c'était de se recentrer sur l'essentiel. Le sorcier bouillonnait toujours et plus que jamais puisqu'ils en arrivaient au point à éclaircir : il pouvait facilement pardonner la Petite Renata pour ses méchancetés et les bâtons qu'elle avait mis dans les roues de sa courte carrière, mais il ne pouvait pas oublier qu'elle avait choisi de ne jamais dénoncer ce que sa mère avait tenté de l'empoisonner. On ne trichait pas avec la vérité ; implacable, elle rattrapait tous ceux qui la fourvoyaient. Le rire de la sorcière s'était éteint à ces paroles, bien consciente que la suite n'allait pas être aussi risible.

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RENATA
Pour vous, je vous offre en cette nouvelle aurore,
Pour ce que cela vaut, mon cœur noir de rem—
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Le sorcier ne voulait pas entendre le mot "remords" dans sa bouche. Il avait emprisonné son cou dans une corde qui se serrait progressivement, l'empêchant de dire un mot de plus. Sa baguette magique toujours en garde, l'émotion qui traversait son corps ne présageait rien de bon pour sa rivale. Lui-même avait du mal à parler, à vrai dire.

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PLACIDO
Il serait facile, de s'en tirer ainsi...
Devant la justice vous aurez du soucis.
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Le regard effrayé de la Petite Renata le tourmentait plus que de raison. Il voulait qu'elle connaisse, l'espace d'une seconde, cette impression de perdre à petit feu ce qui les rendait unique dans leur art - bien plus qu'un outil, bien plus qu'un instrument remplaçable : sa voix. Il annula son sort par dépit, incapable d'aller plus loin, mais une certaine sensation de satisfaction brûlait en lui : le sorcier pouvait lire sur le visage de sa rivale qu'elle avait compris le message. Elle tenait sa gorge entre ses mains, meurtrie. Sa baguette magique tombée au sol signifiait que le duel prenait fin. La silhouette du Maestro s'approcha pour la ramasser et l'observer de plus près.

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PLACIDO
Ici-bas, cette baguette magique est unique.
Comme sa porteuse, elle ne répond qu'à sa logique.
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A sa façon, il venait de la libérer d'un certain poids. Le sorcier savait qu'il n'avait pas parlé dans le vent, dans la manière qu'elle avait à le fixer en contrebas. La Grande Renata, de son vivant, n'aurait jamais pris la peine d'avouer avoir fauté quelque part. La moindre incartade de sa part était balayée d'un rire léger. Alors l'imaginer se rendre à la justice pour avouer son crime... Continuer de se faire bichonner par celui qu'elle avait tenté de nuire, par contre, lui avait semblé acceptable. La Petite Renata n'était pas comme sa mère, Tripplehorn en mettait sa main à couper. Il pouvait encore la tirer vers lui, sur son chemin qu'il commençait à peine à emprunter - certes plus solitaire, mais plus salvateur, libéré d'une quelconque emprise.

« Maestro, votre dernier alexandrin contenait encore treize syllabes... lui sourit la Petite Renata en se relevant.
— C'est parce qu'il y a des choses qui prennent plus de temps pour être bien dites... »

Il l'aida en l'époussetant partiellement, puisqu'elle était tombée dans sa surprise, mais elle semblait encore apeurée par sa main. Ils n'étaient pas la Grande Renata.

« Je vous dois des excuses pour... l'étranglement. » Fébrile, Tripplehorn s'épongea le front. Lui-même s'était surpris. Il vivait avec sa colère en sourdine depuis si longtemps qu'il avait ignoré à quel point il pouvait se montrer implacable lorsqu'il l'exprimait. Implacable et peut-être même dangereux.

La sorcière l'observa avec gravité, mais sembla apprécier cette parole. Avant sa venue, ils n'auraient jamais pu communiquer ainsi. Ce n'était toujours pas une évidence pour eux, mais ils avaient avancé vers quelque chose qui ressemblait moins à une guerre froide. « Retrouvons la lumière rapidement », exigea-t-elle.

L'elfe de maison avait accouru pour les sécher. Arrivées en haut de l'étroit escalier de cette cave, la sorcière s'était figée :
« Je laisse ici mes remords et je reprends vie avec un nouvel ami. » Tripplehorn ne savait pas comment réagir devant ces paroles qui ressemblaient à une incantation, mais il sentait qu'il devait lui aussi en réciter une pour la conforter sur cette voie. « Je laisse ici mes ressentiments et je reprends vie avec... vous. »

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
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Loin de la fureur du sol et des gestes que l'on regrettait vite, les deux sorciers s'étaient posés sur le balconnet extérieur, laissant dépasser leurs jambes des barreaux comme des enfants dissimulant un goûter emprunté aux cuisines. Le soleil glacé leur offrait des reflets à perte de vue. Si l'on se tournait dans le bon angle, on pouvait se perdre dans la mer encore sombre à cette période de l'année.

« Vous me faites confiance pour cette collation ?
— Je fais confiance à Lutti, les elfes de maison ne sont pas des empoisonneurs. » Cela n'avait pas été si facile, de faire confiance à la cuisine des elfes, que ce soit ici ou au château de Poudlard où il s'était souvent fait violence pour avaler quelque chose sans avoir assisté à sa préparation du début à la fin. A sa prise de fonction, on l'avait souvent vu rôder sous la Grande Salle, à observer scrupuleusement les petits cuisiniers au-dessus des plats. On ne devenait pas aussi paranoïaque par hasard.
« Je sais qu'elle s'absente à Londres pour vous. Lutti vous a toujours préféré à ma compagnie...
— Ah non, vous n'allez quand même pas recommencer ! » Il s'étouffait presque dans une madeleine. Avant, cette discussion aurait été le départ de flammes aux disputes ou aux regards courroucés, maintenant ils jouaient.

Leurs visages semblaient plus lumineux, à présent qu'ils avaient tracé un itinéraire pour l'avenir. Le monde était bien assez grand pour contenir deux egos surdimensionnés, après tout.

« Je repense à ce que vous avez dit, à propos de la jalousie et de l'amour... N'y a-t-il pas un peu d'amour dans la jalousie ? » Son regard l'évitait, se perdait dans le paysage. C'était étonnant, de la découvrir sans armure. Il se rendait compte qu'il ne l'avait jamais vraiment connu sans tous ses atours, sans ses airs de comédienne, sans le décor de l'Opéra sorcier. Tripplehorn avait beau ignorer la réponse à sa question, il voulait croire un peu égoïstement que dans la jalousie se dissimulait un peu d'amour : cela aurait voulu dire que la Cantatrice l'avait aimé à travers l'envie qu'elle éprouvait dans ce qu'il réalisait. Mais il n'était plus capable de se bercer d'illusions à son égard, car elle était allée aussi loin que de risquer sa vie pour obtenir ce qu'elle voulait.
« Cet amour ne vaut pas grand-chose, si on le compare au bel amour plein, entier, sans conditions. Non ? » Elle ne confirma ni n'infirma sa théorie, mais elle sembla y penser.

Le silence les entoura de nouveau, cette fois-ci beaucoup plus apaisé. La chevelure emmêlée de la Petite Renata se reposa sur la rambarde du balconnet.
« Je ne mérite pas une place au Soleil... La sorcière reprit avant qu'il n'intervienne : Du moins, pas tout de suite. » Interrogé, le sorcier eut le sentiment qu'il devait la laisser poursuivre et il ne se trompa pas.
« J'aurai sûrement bien du souci devant la justice, mais je pourrais enfin me regarder dans un miroir. »

Le Maestro Piccolo était d'avis que le reflet qu'elle affichait présentement devait être très difficile à supporter dans la glace.
« Je ne peux pas vous promettre que nous serons amis à l'avenir, mais je considérerai sérieusement la candidature dans tous les cas. Pour ma part, tout cela appartient au passé... Si vous vous présentez à la police magique, Signora, faites-le pour vous, pas pour moi. » Le sorcier ne s'était pas attendu à cela, mais sous la chevelure rousse des larmes s'étaient mises à couler. Elle avait retrouvé ce regard qu'elle lui avait accordé lorsqu'il l'avait relevé, celui que lui-même avait toujours réservé à la Grande Renata lorsqu'il cherchait des réponses à des questions bien trop compliquées. Il ne voulait pas de ce rôle de guide qui détruisait plus qu'il ne construisait, si facilement...

« Nous sommes uniques, nous avons nos propres chemins à parcourir. » La sorcière cligna longuement des yeux, puis se détourna vers la mer. Les voilà capitaines de leurs propres bateaux, voguant au grès des tempêtes plus forts qu'ils ne l'avaient été sous les commandements d'une sorcière destructrice, bien trop imposante pour leurs âmes fragiles. « Méfions-nous des personnes qui prennent trop de place. A notre âge, on ne peut pas tout recommencer éternellement... »

C'était une parole curieuse. Il la savait plus âgée que lui, mais pas au point de penser abandonner tout espoir de nouer des liens forts, ces liens qui donnent du sens à la vie. Quand était-elle devenue si fragile, si sensible ?
« Il n'est jamais trop tard, Renata. » Il avait parlé sans réfléchir, cette fois-ci. « Votre carrière prendra un nouveau tournant quand vous serez libérée de vos chaînes. Regardez-moi : j'en suis certain parce que je l'ai vécu avant vous. » Il n'avait jamais été autant épanoui que depuis qu'il était allé à l'encontre de la Grande Renata dans la façon de mener sa carrière - et, à l'époque, elle était encore de ce monde pour critiquer son choix de carrière. Il se souvenait très bien de la façon dont elle avait accueilli la nouvelle de sa candidature à Poudlard. L'idée de diriger le Chœur des Grenouilles lui avait paru comme un immense rétrogradage, alors que pour lui il s'agissait de sa résurrection. A bien des égards, il avait eu raison de suivre son instinct et de se dégager peu à peu de son emprise, sans même s'en rendre compte. L'avis d'une sorcière qui ne l'avait aidé que dans les prémices de sa carrière n'avait plus compté face à son désir de retrouver son art dans sa forme la plus pure. A présent, Piccolo pouvait imaginer sans mal qu'il aurait pu parcourir tout ce chemin de lui-même, sans l'intervention de personne, puisqu'il avait ce qu'il fallait depuis le départ. Sa voix ne redeviendrait jamais celle qu'elle était, mais il pouvait façonner celle de ses jeunes disciples du chant. Ils étaient sa guérison pleine et il gagnait contre ses souffrances à leur côté.

Dans le ciel glacé de Tinworth, l'aube accueillait les âmes retrouvées.

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
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L'IA m'a tuer