Aurevoir
1er septembre 2047, vers 10h30
"Aurevoir".
Ce sont les seuls mots que je leur ai adressé depuis que nous sommes à la gare. Ils ne méritent pas que je leur donne plus d'attention, d'amour, que ça. J'ai vécu onze ans avec eux, onze ans prisonnière de leur emprise. Enfin, partiellement - ils ont cru pendant plusieurs années que je jouais la petite fille modèle à m'amuser calmement dans ma chambre alors que je sortais, mais ça, c'est rien comparé à ce qu'ils m'ont fait subir.
Soit bonne, soit belle, soit exemplaire. Pourquoi n'es-tu pas comme ton frère et ta soeur ? C'étaient les mots que je recevais jours après jours. Pas le droit d'être moi même. Pas le droit d'être libre. Mais aujourd'hui c'est fini, je pars. Je ne rentre pas avant dix bons mois, même pas pour les congés.
- Tu prends un compartiment avec moi ? me demande Sunhee.
Je hoche la tête, en entrant dans le wagon devant moi. Comme toujours, on est en avance, un assez grand avantage quand on sait que les places se remplissent vite ici.
- Tu en penses quoi bêta ? J'ai nulle part d'autre où aller. Et c'est très bien comme ça.
J'aime beaucoup ma soeur, mais je suis loin d'être comme elle. Dès sa première journée, elle avait déjà un groupe d'amis et une réputation, et maintenant que j'y pense, je suis plutôt contente qu'elle veuille s'asseoir avec moi. J'aime la solitude mais j'apprécie aussi sa compagnie et celle de Nolon, donc plutôt que de risquer que quelqu'un embarque avec moi en voyant que je suis seule, je préfère rester avec eux.
Les deux premiers compartiments sont pris, pas pleins mais je fais savoir à mon frère et à ma soeur que je préfère qu'on en prenne un libre. Le troisième l'étant, j'ouvre ses portes et balance mon sac sur un de ses bancs, avant de m'asseoir et d'attendre que les autres en fasse de même.
- Nerveuse ? me lance mon frère, avec un sourire en coin. Il est décidément totalement différent avec nous qu'avez les vieux - toujours à vouvoyer tout le monde de la maison, à se tenir droit et à être poli. Alors que là... C'est vraiment tout le contraire. Il prend quasiment le banc à lui tout de seul. Je lâche un soupir.
- Non.
Mon regard noir suffit à le faire taire. Pourquoi je le serais ? Depuis quelques jours, ces deux-là n'arrêtent pas de me dire que ce jour va changer ma vie, qu'il décidera du reste de ma scolarité, et plein de blabla dans ce genre. Je le sais ça, il ne m'apprennent strictement rien en me disant tout ça. Mais que je sois répartie dans Gryffondor, Serpentard, Poufsouffle ou Serdaigle, ce qui compte vraiment, c'est que je suis libre maintenant.
Après quelques minutes de lourd silence, le train part, et je suis heureuse que personne n'ait rejoint notre compartiment. Nolon est parti, probablement pour rejoindre des copains, et moi je regarde le paysage défiler. Le temps est long, je m'ennuie, et pourtant, je continue de fixer la fenêtre alors que j'aurais plein d'autres possibilités d'activité. J'ai trainé mon matériel d'art, quelques mangas et un jeu de carte; je pourrais jouer mais Sun est occupée par son propre livre et je n'aime pas vraiment les jeux en solitaire. Mon ennui se transforme donc rapidement en fatigue et je laisse mes paupières se fermer. Je sais que j'ai affaire à un long trajet et je n'ai pas plus dormi que quatre heures cette nuit, donc vaut mieux en profiter.
- Réveille-toi ! Evan ! me crie ma soeur en me secouant dans tous les sens. J'ouvre les yeux, toujours à moitié endormie, et constate que c'est déjà la nuit dehors, et que Sunhee est déjà en uniforme. L'emblème de Serpentard qu'elle arbore lui va bien, je me demande si je vais moi aussi m'y retrouver... Mais pour ça, il faudrait déjà que je porte moi-même un uniforme.
Dix minutes plus tard, le train s'arrête, et je suis prête. C'est donc dans moins d'une heure que tout va se jouer, et je ne suis toujours pas inquiète. Franchement, je ne sais pas pourquoi tout le monde trouve ça si important. En fait, je suis juste contente. Contente de pouvoir dire aurevoir à ma satanée vie d'avant et bonjour à ce qui va être ma nouvelle maison.
"Aurevoir".
Ce sont les seuls mots que je leur ai adressé depuis que nous sommes à la gare. Ils ne méritent pas que je leur donne plus d'attention, d'amour, que ça. J'ai vécu onze ans avec eux, onze ans prisonnière de leur emprise. Enfin, partiellement - ils ont cru pendant plusieurs années que je jouais la petite fille modèle à m'amuser calmement dans ma chambre alors que je sortais, mais ça, c'est rien comparé à ce qu'ils m'ont fait subir.
Soit bonne, soit belle, soit exemplaire. Pourquoi n'es-tu pas comme ton frère et ta soeur ? C'étaient les mots que je recevais jours après jours. Pas le droit d'être moi même. Pas le droit d'être libre. Mais aujourd'hui c'est fini, je pars. Je ne rentre pas avant dix bons mois, même pas pour les congés.
- Tu prends un compartiment avec moi ? me demande Sunhee.
Je hoche la tête, en entrant dans le wagon devant moi. Comme toujours, on est en avance, un assez grand avantage quand on sait que les places se remplissent vite ici.
- Tu en penses quoi bêta ? J'ai nulle part d'autre où aller. Et c'est très bien comme ça.
J'aime beaucoup ma soeur, mais je suis loin d'être comme elle. Dès sa première journée, elle avait déjà un groupe d'amis et une réputation, et maintenant que j'y pense, je suis plutôt contente qu'elle veuille s'asseoir avec moi. J'aime la solitude mais j'apprécie aussi sa compagnie et celle de Nolon, donc plutôt que de risquer que quelqu'un embarque avec moi en voyant que je suis seule, je préfère rester avec eux.
Les deux premiers compartiments sont pris, pas pleins mais je fais savoir à mon frère et à ma soeur que je préfère qu'on en prenne un libre. Le troisième l'étant, j'ouvre ses portes et balance mon sac sur un de ses bancs, avant de m'asseoir et d'attendre que les autres en fasse de même.
- Nerveuse ? me lance mon frère, avec un sourire en coin. Il est décidément totalement différent avec nous qu'avez les vieux - toujours à vouvoyer tout le monde de la maison, à se tenir droit et à être poli. Alors que là... C'est vraiment tout le contraire. Il prend quasiment le banc à lui tout de seul. Je lâche un soupir.
- Non.
Mon regard noir suffit à le faire taire. Pourquoi je le serais ? Depuis quelques jours, ces deux-là n'arrêtent pas de me dire que ce jour va changer ma vie, qu'il décidera du reste de ma scolarité, et plein de blabla dans ce genre. Je le sais ça, il ne m'apprennent strictement rien en me disant tout ça. Mais que je sois répartie dans Gryffondor, Serpentard, Poufsouffle ou Serdaigle, ce qui compte vraiment, c'est que je suis libre maintenant.
Après quelques minutes de lourd silence, le train part, et je suis heureuse que personne n'ait rejoint notre compartiment. Nolon est parti, probablement pour rejoindre des copains, et moi je regarde le paysage défiler. Le temps est long, je m'ennuie, et pourtant, je continue de fixer la fenêtre alors que j'aurais plein d'autres possibilités d'activité. J'ai trainé mon matériel d'art, quelques mangas et un jeu de carte; je pourrais jouer mais Sun est occupée par son propre livre et je n'aime pas vraiment les jeux en solitaire. Mon ennui se transforme donc rapidement en fatigue et je laisse mes paupières se fermer. Je sais que j'ai affaire à un long trajet et je n'ai pas plus dormi que quatre heures cette nuit, donc vaut mieux en profiter.
✧
- Réveille-toi ! Evan ! me crie ma soeur en me secouant dans tous les sens. J'ouvre les yeux, toujours à moitié endormie, et constate que c'est déjà la nuit dehors, et que Sunhee est déjà en uniforme. L'emblème de Serpentard qu'elle arbore lui va bien, je me demande si je vais moi aussi m'y retrouver... Mais pour ça, il faudrait déjà que je porte moi-même un uniforme.
Dix minutes plus tard, le train s'arrête, et je suis prête. C'est donc dans moins d'une heure que tout va se jouer, et je ne suis toujours pas inquiète. Franchement, je ne sais pas pourquoi tout le monde trouve ça si important. En fait, je suis juste contente. Contente de pouvoir dire aurevoir à ma satanée vie d'avant et bonjour à ce qui va être ma nouvelle maison.