Au rythme d'une guitare
Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Kaliska Weaver amie, PNJ actif (+ PNJs anonymes)
- Lien vers la fiche du PNJ : post de l'index
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Développer les amitiés d'Alyona, son rapport à la musique et la volonté d'une émancipation.
précédemment
25 JUIN 2049, 21h17,
QUAI PERDU, GODRIC'S HOLLOW
Alyona, 19 ans
QUAI PERDU, GODRIC'S HOLLOW
Alyona, 19 ans
Le soleil décline doucement dans le ciel. D'ici à une dizaine de minutes, il disparaîtra derrière l'horizon pour me laisser seule dans le noir, avec cette Lune et ces étoiles qui ne m'éclairent pas. Mon coeur cogne plus fort à cette idée. Pourtant, je reste immobile, plantée dans la rue sombre et triste qu'on m'a indiquée, glacée par le chuchotement de la Towy à quelques mètres de moi. J'attends je ne sais quoi ; peut-être que le vent me porte, m'emporte, et me pousse au mouvement. Je n'ai aucune idée de la direction que je dois prendre dans ces rues froides et inconnues. Le quai perdu. Merlin, c'est qu'il porte bien son nom.
Et puis, quelque chose en moi se lève. (C'est peut-être la nuit.) L'espoir me prend la main et me tire vers une porte de bois sombre, silencieuse et discrète. La porte numéro onze. Je ne dois pas être loin de celle qui m'attend, et que j'attends et... Ah ! C'est le problème des rendez-vous : on y place trop de rêves.
Je me demande si Kaliska surveille ma venue. (Sûrement pas.) Je me demande si ses amis seront tous là, ou si nous ne serons que deux ; si elle m'attend ou si elle a déjà commencé à jouer ; si elle sera seule sur scène ou si tout son groupe sera présent. Je me demande comment elle est. Vers quoi ses yeux sont-ils tournés ? Qu'est-ce que son sourire porte ? Où ses doigts sont-ils posés ? Je me demande... et je reste immobile. Le monde déborde de questions qu'on se pose et auxquelles on n'ose pas chercher de réponses. Chacun dans son coin à penser. Non ! Je crois que je suis faite pour partager, sinon, à quoi bon obtenir ?
C'est ainsi que j'avance. Mon corps est lourd de cette boule qui obstrue mon ventre. Les numéros défilent. Onze, quinze, dix-sept... Où est le treize ? Je reviens sur mes pas, anxieuse. L'aurais-je manqué ? Le voilà qui se dresse sous mon oeil étonné. C'est une longue porte étroite, qui laisse deviner une maison en couloir. Suis-je passé à côté sans le voir ? Que c'est étrange.
La porte m'observe et me donne l'impression d'être enfermée dehors. Elle est de ces entrées singulières et curieuses qui se noient dans les façades pour mieux vous regarder. Oui, j'ai la sensation de les sentir, ses pupilles noires et vives qui se jettent sur moi, d'un air à dire « Qu'attends-tu ? » ; elles me rendent misérable et minuscule. Alors, contrainte, j'éloigne mes mains de mon corps trop petit pour frapper à la porte. Trois fois. Et seul le silence me répond.
J'attends. L'air soulève mes cheveux. Le soleil prend son bain dans l'horizon. Pas un geste, pas un bruit, rien. Me suis-je trompée d'endroit ? Pourtant, tout correspond : quai perdu, numéro treize. Est-ce que Kaliska m'a entraînée dans un canular ? J'ose espérer que ce n'est pas dans ses habitudes. Lui ai-je donc fait une si mauvaise impression ? Mes sourcils se froncent et l'angoisse remonte dans ma gorge. Je frappe une nouvelle fois contre le battant de bois.
Et une nouvelle fois, rien ne se passe.
Pourquoi ?
Mon corps se recouvre de pensées malades. Je me demande si j'ai commis une erreur, si je me suis trompée de lieu, de date, de lettre, si cette porte me refuse un accès car personne ne se cache derrière elle ou car elle est définitivement close, si Kaliska s'est trompée, si je suis arrivée trop tard, si... Par Circé ! Je pose ma main sur la poignée pour tenter d'ouvrir la porte. Mes doigts la secouent, mon visage se déforme d'inquiétude. Ai-je fait tout ce chemin pour rien ? Rien, rien, rien ? Mais pourquoi ?
J'inspire profondément, à la recherche d'une réponse logique. Et ce Jazzy mentionné dans la lettre de la Rouge... Serait-ce un mot de passe ? Un moyen de reconnaissance ? Je ne comprends pas. Dois-je le dire pour entrer ? Qui sait ? C'est là mon ultime tentative ; je n'ai plus d'autre espoir.
« Bonsoir, commencé-je en m'adressant à la porte, ou à qui que ce soit qui puisse m'observer derrière elle, je cherche... Jazzy ? »
Le silence qui suit m'étouffe. Un poids se décharge de mes épaules tandis que mon espérance m'échappe. Et puis, un déclic. Je crains au début de ne pas avoir bien entendu. Cependant, tentée, je finis par reposer mes doigts sur la poignée de la porte pour essayer de l'ouvrir. Contre toute attente, elle ne m'oppose aucune résistance. Elle s'ouvre comme si j'avais rêvé qu'elle puisse être fermée.
Soulagée, je pousse le battant et entre dans un long couloir vert et étroit. Tout au bout, le son d'une guitare me parvient.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Au rythme d'une guitare
en inspiration
(parce que la musique s'écoute avant de se décrire)
(parce que la musique s'écoute avant de se décrire)
C'est un couloir long comme un chemin à travers des bois sombres aux arbres secs et courbés vers la terre. Les murs sont d'un vert ténébreux qui élève en moi autant de souvenirs que d'appréhension. Cela ressemble aux forêts qui peuplent mon âme, et pourtant la sensation d'inconnu qui y est liée se plaque avec violence contre mon corps. Troublée, le cœur cognant, je n'ai pas besoin de réfléchir pour me sentir poussée vers la porte au bout de mon horizon, entr'ouverte et de laquelle s'échappe un langage que je ne parle pas, mais dont je sais reconnaître l'appel. Mes pas se multiplient ; mon regard ne quitte pas la porte de bois au loin ; la musique m'envoûte. J'approche, séduite comme j'aurais pu l'être du chant des Sirènes ou du visage d'une Vélane. J'entre dans la gueule du loup en caressant ses crocs du bout des doigts.
L'ouverture est facile. Le bois semble lui-même s'animer pour me laisser entrer. Et derrière, la pièce que je découvre me fais oublier l'exiguïté apparente de la maison et du couloir.
C'est une salle de taille moyenne, envahie de chaises et de corps, aux murs noir et vert, sobres et élégants, sombres et parsemés de lumières. Il y a des assises, des tables et quelques meubles, un tapis vert sur le sol de bois, aucune fenêtre et une dizaine de jeunes adultes silencieux et attentifs, un verre à la main, tout entiers tournés vers un espace dégagé pour accueillir les artistes. En son centre, quatre chaises ont été posées. Deux d'entre elles sont occupées par des musiciennes immobiles. Les deux autres mettent en avant une chanteuse au grain de voix puissant, et Kaliska penchée sur son instrument. C'est elle qui, tout de suite, accapare l'entièreté de mon attention. Elle me rend prisonnière de son charme. Sa musique m'enlève au monde. Ses doigts s'agitent sur les cordes de sa guitare ; ses cheveux détachés encadrent son visage ; ses yeux à moitié clos accompagnent son sourire et la sérénité de ses traits ; sa présence m'éblouit ; la sœur de Nahele a quelque chose de beau ce soir. Sans m'en rendre compte, je me faufile pour approcher, sortant des ombres du corridor.
Cela fait des semaines que je n'ai pas vu Kaliska Weaver. La dernière fois que nous nous sommes croisées n'était pas chronologiquement loin de notre rencontre. Se souviendra-t-elle de moi ? Elle m'a invitée. Pourtant, je ne suis pas familière de ces lieux, ou de lieux qui pourraient ressembler à ceux-ci. Je connais bien peu la musique. C'est la première fois que j'en écoute de cette manière. Dans mon esprit, elle s'est attachée à ma grand-mère paternelle. C'est elle qui n'a cessé de me conduire vers cet art qui lui est si cher, et qui m'est étranger. Je me souviens de son gramaphone, perpétuellement murmurant, deuxième âme à habiter sa maison, distribuant la musique comme un miroir les couloirs, accompagnant mon aïeule dans ses pensées et les mouvements de ses lèvres. Je me souviens de son invitation au concert du nouvel an à Godric's Hollow, et de son plaisir à être là-bas, avec moi, face à l'orchestre et aux airs qu'il jouait avec tant de force. Aujourd'hui, c'est différent. Tout d'abord, car elle n'est pas là, mais aussi car ce que j'écoute est tout à fait distinct des morceaux que ma grand-mère me fait découvrir. Ce que Kaliska joue du bout des doigts m'est inédit. Les chants des instruments ne s'emmêlent pas dans une composition grandiose ; il n'y a que cette guitare qu'elle frotte avec tendresse et la voix qui l'accompagne. La mélodie qu'elles expirent est ronde, rouge et agréable. Elle a le calme de la nuit et la liberté d'un oiseau. Elle se pose sur notre peau et en gomme les traits gris. Ses mains sont douces comme ceux d'une mère. Ses doigts me ferment les yeux avant d'ouvrir ceux de mon coeur. Je me laisse aller.
Durant quelques minutes, la musique est seule à exister. Elle est le vent, la pensée et la flamme. Le monde pourrait s'ébranler, se fracturer ou se briser ; nous n'y appartenons plus ; l'harmonie nous a enlevés. Même les verres et la fatigue ne sont plus lourds entre nos doigts. Mon corps s'éloigne, mes pensées s'évadent, mes sens se dissolvent dans les notes. Je suis emportée loin, loin, si loin que j'oublie où je suis, qui je suis, et ce qu'il se passe. Les sons de la guitare me plongent sous l'eau, dans un rêve vert. C'est une sensation que je ne connaissais pas, et à laquelle je ne prends même pas le temps de réfléchir. Comment le pourrai-je ? Mon crâne est vide, ou trop lointain pour que je puisse le rejoindre. Je me sens ailleurs, comme si Godric's Hollow avait disparu. Je suis hors du temps, sur une dune de sable fin et blanc, sous un ciel clair peuplé d'étoiles, assise autour de flammes qui dansent en cercle, en se tenant les mains, drapées de rouge. Nous sommes loin, oui, loin de tout. Pourtant, mes yeux ne quittent pas la soeur de Nahele, peut-être parce que ce qu'elle crée me coupe le souffle, peut-être parce que c'est sur elle que mon regard s'est arrêté avant que tout ne soit emporté, peut-être parce que j'ai l'impression de la découvrir, plus que de la retrouver.
Et puis, la voix s'éteint et la musique se dissout. La salle cligne des yeux, encore étourdie, à peine éveillée, avant de s'animer d'applaudissements et d'une clameur enjouée.
Kaliska lève la tête, éblouissante, le visage transpercé d'un sourire immense. Elle échange un regard avec les autres musiciennes avant de s'élancer vers un autre morceau, les rassemblant cette fois toutes. Je tombe de nouveau avec elle dans la nuit, sur un rythme entraînant.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Au rythme d'une guitare
La nouvelle musique qui cogne l'air pousse le public à frapper dans ses mains, au rythme d'une mélodie qui emporte et ne laisse personne indifférent. Les corps bougent, presque dansants, animés par les instruments qui prennent toute la place dans la petite salle. Même le mien perd de sa dureté et se fond dans la masse. Mes lèvres s'étirent, mes doigts frappent contre mes paumes, ma tête oscille et se balance, sensible à ces ondes qui la frôlent, séduite par ce langage que je ne sais pas parler mais que je commence à comprendre. Les vagues de musique me soulèvent. En un instant, je me dissous dans le public. Je ne suis plus une mais j'appartiens à un tout beaucoup plus fort, et nous partageons des sentiments qui nous élèvent. Quand les paroles se retrouvent murmurées en écho, je me surprends à en articuler certaines. Quand les mains se rejoignent pour frapper l'une contre l'autre à des moments précis, j'y mêle les miennes. Et enfin, quand les applaudissements prennent le dessus sur les notes, je joins mes efforts à cette joie. Je me rapproche du bonheur en m'éloignant de Godric's Hollow et de mon statut d'étudiante. C'est si facile ! et tellement grisant.
Ainsi, les chansons s'enchaînent. Parfois, Kaliska et son instrument ont droit à des moments de grâce où ils sont seuls à s'exprimer. Durant ces moments suspendus, tout mon monde semble devenir flou autour de la musicienne. Elle prend tout l'horizon et s'accapare l'entièreté de mon univers. Kaliska Weaver balaye le temps, les images et les pensées. Sa guitare concentre l'instant. Puis, les autres instruments se mêlent à elle, et de nouvelles couleurs apparaissent, comme des fleurs qui pousseraient sur une toile.
C'est étrange, tout de même. C'est la première fois que je connais cet emportement. Mes sens sont envahis, mais rien n'est douloureux. L'inconfort qu'a longtemps provoqué chez moi la puissance de certains sons est ici supportable, comme si la nuit l'avait étouffé. Je tâtonne dans ce nouveau monde, et lui m'accueille à bras ouverts. Il ne fait aucune différence entre moi et les autres, comme si mon ignorance ne comptait pas. Je n'ai pas besoin de tout connaître, de savoir quelles notes joue Kaliska, ou quel est le titre de la chanson que tout le monde porte au bout des lèvres ; mes sens sont saisis avec force et passion. On m'entraîne, on me transporte, on m'arrache à mes habitudes. C'est bien plus plaisant que je ne l'imaginais. C'est la première fois que je me rends à un concert de ce type, en petit comité et associé à ce genre de musique, proche du jazz et du blues, et ce qu'il fait naître en moi, et que j'imagine distinct des sentiments liés à Kaliska, me pousse à me promettre de revenir.
Cependant, dans cet enchaînement de musiques et d'airs qui me sont étrangers, quelques paroles retiennent mon attention. Au début, elles me questionnent. Les ai-je bien comprises ? Les ai-je bien entendues ? Le doute me surprend en s'attachant à mon corps, pesant sur mon dos comme un ours, enfonçant ses griffes dans mes clavicules. Et, doucement, je glisse loin de la nuit. Après avoir été avalée par la musique, voilà que je coule hors de sa bouche, suspendue à ses dents, en équilibre entre moi et elle. Les mots me bousculent. Portés par toutes les voix du groupe, ils ressemblent à un torrent qui se jette sur mon corps. Et le public les reprend, amplifie leur résonance, donne sa force à leurs syllabes. Je vacille, me tords, et mon souffle se bloque.
Ce sont des refrains entiers sur la défense des nés-moldus, contre le Conseil et la suprématie des Sang-Pur. L'égalité pour tous, l'abolition d'une hiérarchie du sang, l'opposition au gouvernement actuel. Toutes les secousses qui ont parcourues ma jeunesse à Poudlard se réveillent ici. Et les mots sont repris dans toutes les bouches tandis que la mienne reste sèche et vide. Que dire ? Que penser ? J'ai l'impression que la réalité de ma génération me frappe, me met au pied du mur et me pousse au choix. Alors, que ferai-je ? L'indifférence n'est plus possible. Mais c'est la jeunesse contre mes parents ! C'est mon coeur contre mon sang. Comment faire un choix sans trahir les miens ? Comment prendre parti quand je me sens engagée dans les deux camps ? Merlin ! Pourquoi tout est toujours binaire, noir ou blanc, l'un ou l'autre ? J'ai l'impression d'être plongée jusqu'au cou dans ces grandes tragédies grecques ou l'honneur s'oppose au coeur. J'en ai brusquement mal à la tête, comme si la salle entière s'était rétrécie et resserrée autour de moi. Le noir, le vert, les lumières, les instruments. Tout est en trop, de trop. Et cette question qui revient, encore. Ces paroles qui invitent à l'engagement. Mais lequel ? Quelle est ma place dans ces tensions qui fouettent l'air qui m'entoure ? Comment puis-je agir sans trahir ceux qui m'aiment ?
La musique devient trop forte, trop étouffante. Mon coeur bat plus vite et le malaise me grimpe dans le crâne. J'ai la sensation de n'entendre que ces refrains entre les parois de mes pensées, comme s'ils y résonnaient. Prise au piège, j'enfonce mes doigts dans les plis de ma robe. Surtout, rester calme. Ne pas s'agiter, ne pas trop réfléchir, ne pas trop s'inquiéter. Elles sont normales, toutes ces incertitudes qui me traversent et me transpercent. Mais si je dois faire un choix, ce ne sera pas maintenant. Je peux être là sans prendre part à ces chants de révolte. Je peux respirer entre ces airs sans m'étouffer dans leur colère. Je dois laisser infuser ces idées sans les prendre pour moi. Ce ras-le-bol ne m'est pas destiné. C'est de la musique, par Circé ! Les messages qu'elle porte sont faits pour être entendus, pas pour m'enchaîner à mes propres questionnements. Personne ne m'oblige à choisir maintenant. Personne ne me jette au pied du mur. C'est Kaliska, la soeur de Nahele. Elle ne me veut pas de mal.
Je ferme les yeux, avalant mon trouble. Se calmer, et respirer. Cet emportement n'est pas contre moi. Je ne suis pas obligée de me sentir mal. J'ai le droit de ne pas naviguer dans les mêmes eaux qu'eux. J'ai le droit d'hésiter, de ne pas savoir exactement où me positionner. J'ai le droit de choisir plus tard, et de réfléchir. Je ne souhaite pas, ni maintenant ni encore, être confrontée à cette guerre des idées dans laquelle on me jette. Je peux écouter sans me sentir coupable de ne pas appartenir à ce groupe engagé. Je ne suis pas entièrement étrangère à cette jeunesse. J'ai été invitée, n'est-ce pas ? Et les vents qui me fouettent m'aideront plus tard à choisir mon chemin.
Les chansons se poursuivent ainsi, durant quelques dizaines de minutes, peut-être plus. Quand vient l'heure d'une pause, l'océan de mon esprit s'est calmé. La tempête est passée, mais elle a laissé des traces sur mon visage. Mon sourire s'est éteint et mes yeux se sont remplis de fatigue. Pourtant, la joie illumine toujours un peu mes traits.
Elle se cache donc là, la colère de la jeunesse. Dans des rues froides et désertes, derrière des portes closes, au bout de longs couloirs verts. Et aussi à Poudlard, en ville, dans les chansons et dans l'art, entre les dents et les regards, quelque part près du coeur. Se cache-t-elle réellement ? Je la sens vorace d'avancées, et prête à surgir. Bientôt, sa voix portera au-delà des murs et des corps. Et elle ne me laisse pas indifférente. Comment l'être ?
Ainsi, les chansons s'enchaînent. Parfois, Kaliska et son instrument ont droit à des moments de grâce où ils sont seuls à s'exprimer. Durant ces moments suspendus, tout mon monde semble devenir flou autour de la musicienne. Elle prend tout l'horizon et s'accapare l'entièreté de mon univers. Kaliska Weaver balaye le temps, les images et les pensées. Sa guitare concentre l'instant. Puis, les autres instruments se mêlent à elle, et de nouvelles couleurs apparaissent, comme des fleurs qui pousseraient sur une toile.
C'est étrange, tout de même. C'est la première fois que je connais cet emportement. Mes sens sont envahis, mais rien n'est douloureux. L'inconfort qu'a longtemps provoqué chez moi la puissance de certains sons est ici supportable, comme si la nuit l'avait étouffé. Je tâtonne dans ce nouveau monde, et lui m'accueille à bras ouverts. Il ne fait aucune différence entre moi et les autres, comme si mon ignorance ne comptait pas. Je n'ai pas besoin de tout connaître, de savoir quelles notes joue Kaliska, ou quel est le titre de la chanson que tout le monde porte au bout des lèvres ; mes sens sont saisis avec force et passion. On m'entraîne, on me transporte, on m'arrache à mes habitudes. C'est bien plus plaisant que je ne l'imaginais. C'est la première fois que je me rends à un concert de ce type, en petit comité et associé à ce genre de musique, proche du jazz et du blues, et ce qu'il fait naître en moi, et que j'imagine distinct des sentiments liés à Kaliska, me pousse à me promettre de revenir.
Cependant, dans cet enchaînement de musiques et d'airs qui me sont étrangers, quelques paroles retiennent mon attention. Au début, elles me questionnent. Les ai-je bien comprises ? Les ai-je bien entendues ? Le doute me surprend en s'attachant à mon corps, pesant sur mon dos comme un ours, enfonçant ses griffes dans mes clavicules. Et, doucement, je glisse loin de la nuit. Après avoir été avalée par la musique, voilà que je coule hors de sa bouche, suspendue à ses dents, en équilibre entre moi et elle. Les mots me bousculent. Portés par toutes les voix du groupe, ils ressemblent à un torrent qui se jette sur mon corps. Et le public les reprend, amplifie leur résonance, donne sa force à leurs syllabes. Je vacille, me tords, et mon souffle se bloque.
Ce sont des refrains entiers sur la défense des nés-moldus, contre le Conseil et la suprématie des Sang-Pur. L'égalité pour tous, l'abolition d'une hiérarchie du sang, l'opposition au gouvernement actuel. Toutes les secousses qui ont parcourues ma jeunesse à Poudlard se réveillent ici. Et les mots sont repris dans toutes les bouches tandis que la mienne reste sèche et vide. Que dire ? Que penser ? J'ai l'impression que la réalité de ma génération me frappe, me met au pied du mur et me pousse au choix. Alors, que ferai-je ? L'indifférence n'est plus possible. Mais c'est la jeunesse contre mes parents ! C'est mon coeur contre mon sang. Comment faire un choix sans trahir les miens ? Comment prendre parti quand je me sens engagée dans les deux camps ? Merlin ! Pourquoi tout est toujours binaire, noir ou blanc, l'un ou l'autre ? J'ai l'impression d'être plongée jusqu'au cou dans ces grandes tragédies grecques ou l'honneur s'oppose au coeur. J'en ai brusquement mal à la tête, comme si la salle entière s'était rétrécie et resserrée autour de moi. Le noir, le vert, les lumières, les instruments. Tout est en trop, de trop. Et cette question qui revient, encore. Ces paroles qui invitent à l'engagement. Mais lequel ? Quelle est ma place dans ces tensions qui fouettent l'air qui m'entoure ? Comment puis-je agir sans trahir ceux qui m'aiment ?
La musique devient trop forte, trop étouffante. Mon coeur bat plus vite et le malaise me grimpe dans le crâne. J'ai la sensation de n'entendre que ces refrains entre les parois de mes pensées, comme s'ils y résonnaient. Prise au piège, j'enfonce mes doigts dans les plis de ma robe. Surtout, rester calme. Ne pas s'agiter, ne pas trop réfléchir, ne pas trop s'inquiéter. Elles sont normales, toutes ces incertitudes qui me traversent et me transpercent. Mais si je dois faire un choix, ce ne sera pas maintenant. Je peux être là sans prendre part à ces chants de révolte. Je peux respirer entre ces airs sans m'étouffer dans leur colère. Je dois laisser infuser ces idées sans les prendre pour moi. Ce ras-le-bol ne m'est pas destiné. C'est de la musique, par Circé ! Les messages qu'elle porte sont faits pour être entendus, pas pour m'enchaîner à mes propres questionnements. Personne ne m'oblige à choisir maintenant. Personne ne me jette au pied du mur. C'est Kaliska, la soeur de Nahele. Elle ne me veut pas de mal.
Je ferme les yeux, avalant mon trouble. Se calmer, et respirer. Cet emportement n'est pas contre moi. Je ne suis pas obligée de me sentir mal. J'ai le droit de ne pas naviguer dans les mêmes eaux qu'eux. J'ai le droit d'hésiter, de ne pas savoir exactement où me positionner. J'ai le droit de choisir plus tard, et de réfléchir. Je ne souhaite pas, ni maintenant ni encore, être confrontée à cette guerre des idées dans laquelle on me jette. Je peux écouter sans me sentir coupable de ne pas appartenir à ce groupe engagé. Je ne suis pas entièrement étrangère à cette jeunesse. J'ai été invitée, n'est-ce pas ? Et les vents qui me fouettent m'aideront plus tard à choisir mon chemin.
Les chansons se poursuivent ainsi, durant quelques dizaines de minutes, peut-être plus. Quand vient l'heure d'une pause, l'océan de mon esprit s'est calmé. La tempête est passée, mais elle a laissé des traces sur mon visage. Mon sourire s'est éteint et mes yeux se sont remplis de fatigue. Pourtant, la joie illumine toujours un peu mes traits.
Elle se cache donc là, la colère de la jeunesse. Dans des rues froides et désertes, derrière des portes closes, au bout de longs couloirs verts. Et aussi à Poudlard, en ville, dans les chansons et dans l'art, entre les dents et les regards, quelque part près du coeur. Se cache-t-elle réellement ? Je la sens vorace d'avancées, et prête à surgir. Bientôt, sa voix portera au-delà des murs et des corps. Et elle ne me laisse pas indifférente. Comment l'être ?
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Au rythme d'une guitare
Les instruments cessent leur jeu, les musiciennes se regardent et sourient au public, les applaudissements éclatent, puis tout le monde se mêle et s'emmêle au rythme de nouvelles discussions enjouées autour d'un verre. Je me lève, moi aussi, plus par conformisme que par envie. Je ne sais pas où aller, ni où me diriger, perdue entre tous ces inconnus de mon âge. Le trouble qui s'était éveillé en moi à l'écoute des paroles de certaines chansons me rend comme incapable de me dissoudre parmi ces jeunes qui me ressemblent mais auxquels je ne peux pas me confondre. Alors, je reste debout et immobile, surveillant Kaliska du regard, l'attendant, avec un peu d'appréhension.
La jeune diplômée de Poudlard prend d'abord le temps de s'occuper de sa guitare. Elle part la poser dans un coin avec d'autres instruments, près duquel un grand blond est assis. Ils échangent quelques mots que je n'entends pas avant que Kaliska ne se retourne vers la salle. Là, ses yeux tombent sur ses amies. Les autres membres de son groupe l'accueillent en ouvrant les bras, l'attirant près d'elles, poussant d'autres jeunes à se rapprocher. Les longues jupes noires des musiciennes me charment. Quand les corps s'agitent, leurs froufrous, joints aux bijoux dont elles sont parées, poursuivent la musique qu'elles avaient éteinte. Ils discutent avec enthousiasme, tous ces jeunes noués autour des notes, et les mots se jettent hors de leurs lèvres comme des éclats de soleil. Je n'en perçois que quelques-uns, de là où je suis, surtout parce que je ne cherche pas particulièrement à les entendre, retenue par une forme de décence qui me conduit même à baisser le regard. Je préfère les laisser à leurs retrouvailles et offrir à leur amitié et leur bonheur l'intimité qu'ils méritent. Ce n'est pas mon rôle d'imposer ma présence et mon écoute. Je choisis plutôt la prise de recul, et la découverte étonnante de la boisson qu'on est venu me glisser dans les mains. On dirait de la virgin bièraubeurre. Cela fait bien longtemps que je n'en ai pas goûté. Je suis presque rassurée qu'on me l'ait tendue et que je puisse désormais enfouir mon attention dans ses profondeurs.
L'ennui me guetterait presque, maintenant que la musique s'en est allé. Je pourrai me réfugier dans des réflexions, ou même tenter de discuter avec tous ces jeunes de mon âge qui se dressent à mes côtés, mais aucune des deux possibilités ne m'attire. À vrai dire, j'attends surtout Kaliska. C'est pour elle que je suis venue, c'est elle qui m'a invitée, et c'est elle que je connais. Je ne l'ai pas vue depuis mon séjour au Pays de Galles, et je me demande si c'est l'envie de me revoir, la curiosité de me tenter ou le désir de tenir sa promesse qui l'a conduite à m'envoyer ce hibou, quelques jours auparavant. Nous nous connaissons bien peu. J'en sais davantage sur elle via ce que Nahele m'a raconté qu'à travers des moments passés ensemble. Je ne saurai même pas expliquer ce qui l'a poussée à me contacter moi. Tout est étrange, quand j'y pense. Je marche vers l'inconnu, sans lumière ni guide. Je me laisse porter, comme par la musique. J'ai foi en l'avenir, car je sais qu'il glissera dans mes doigts des réponses, comme un verre de virgin bièraubeurre.
La sœur de mon ami finit par m'approcher. Elle se glisse vers moi, comme un serpent dans son nid, un sourire amusé sur les lèvres, et les cheveux flottants autour de son visage. Un serpent ? Non, elle n'a rien de reptilien. Ses mouvements sont ceux d'un fauve. Elle en a la grâce, et la dangereuse beauté.
« Je me doutais que tu viendrais, avoue-t-elle avant d'avaler une gorgée de sa boisson aux arômes vifs.
⎻ Pourquoi ne serai-je pas venue ?
⎻ Je ne sais pas. Parce que tu as déjà hésité, une fois, devant une porte ? » répond-t-elle, avec dans la voix comme un air taquin.
Le souvenir de cette matinée dans la cuisine de Nahele me revient. Mes joues se teinteraient presque d'embarras, s'il n'y avait dans les yeux de l'ancienne Rouge un franc amusement.
« C'est vrai », concédé-je. J'ai hésité devant une porte, par le passé. Aujourd'hui il y en avait deux, dont une plus difficile à ouvrir que l'autre. Pourtant, cela ne m'a pas arrêté. Pourquoi ? Qu'est-ce qui me guide ici ? Juste une pointe de curiosité, et le désir d'être là où on ne m'attend pas ? Le plaisir de me savoir près de mes parents, sans qu'eux ne soient au courant ? L'enthousiasme d'une liberté que j'explore encore ?
Je plaque mes doigts contre la fraîcheur de mon verre.
« Le début t'a plu ? »
Kaliska appuie son dos contre le mur, le regard dirigé vers la salle. Elle me parle mais ses yeux sont ailleurs. Je ne le sais pas encore, mais c'est une habitude, chez elle ; quand ses iris n'enferment pas les vôtres, ils leur échappent, toujours naviguant, toujours lointains.
« Oui, c'était bien. C'est la première fois que j'écoutais ce type de musique. »
Là, tout son visage se tourne vers moi. Ses sourcils se haussent tandis qu'elle penche légèrement la tête vers l'avant.
« Vraiment ? J'espère que tu reviendras alors. » Elle ne me laisse pas le temps de répondre et poursuit : « Et les paroles, ça ne t'a pas gêné ? Nahele m'a dit que t'étais de ceux au sang pur. » (Il y a une forme de mépris dans sa voix, à ce dernier mot. À moins que ce ne soit ce que je crois entendre ?) « On n'est pas contre vous, ici. On défend juste une idée plus juste, plus égalitaire. Tu comprends ça, toi ? »
Je l'observe, elle, son visage, ses cheveux emmêlés, ses yeux sombres, la détermination de son regard, et la liberté qui flotte jusque dans sa posture. Encore une fois, elle me frappe par ce qu'elle dégage, et qui est si loin de moi, de ce que je suis, de ce qu'on m'a amené à être. Kaliska Weaver défend ce qu'elle croit juste. Elle m'évoque le vent brutal et froid qui rase les plaines d'Écosse, giflant les joues et frappant aux portes, insaisissable et atrocement libre.
Mes yeux se voilent sûrement d'admiration quand je réponds, du bout des lèvres, d'une voix presque imperceptible dans le brouhaha de la pièce : « Oui, je comprends. »
La jeune diplômée de Poudlard prend d'abord le temps de s'occuper de sa guitare. Elle part la poser dans un coin avec d'autres instruments, près duquel un grand blond est assis. Ils échangent quelques mots que je n'entends pas avant que Kaliska ne se retourne vers la salle. Là, ses yeux tombent sur ses amies. Les autres membres de son groupe l'accueillent en ouvrant les bras, l'attirant près d'elles, poussant d'autres jeunes à se rapprocher. Les longues jupes noires des musiciennes me charment. Quand les corps s'agitent, leurs froufrous, joints aux bijoux dont elles sont parées, poursuivent la musique qu'elles avaient éteinte. Ils discutent avec enthousiasme, tous ces jeunes noués autour des notes, et les mots se jettent hors de leurs lèvres comme des éclats de soleil. Je n'en perçois que quelques-uns, de là où je suis, surtout parce que je ne cherche pas particulièrement à les entendre, retenue par une forme de décence qui me conduit même à baisser le regard. Je préfère les laisser à leurs retrouvailles et offrir à leur amitié et leur bonheur l'intimité qu'ils méritent. Ce n'est pas mon rôle d'imposer ma présence et mon écoute. Je choisis plutôt la prise de recul, et la découverte étonnante de la boisson qu'on est venu me glisser dans les mains. On dirait de la virgin bièraubeurre. Cela fait bien longtemps que je n'en ai pas goûté. Je suis presque rassurée qu'on me l'ait tendue et que je puisse désormais enfouir mon attention dans ses profondeurs.
L'ennui me guetterait presque, maintenant que la musique s'en est allé. Je pourrai me réfugier dans des réflexions, ou même tenter de discuter avec tous ces jeunes de mon âge qui se dressent à mes côtés, mais aucune des deux possibilités ne m'attire. À vrai dire, j'attends surtout Kaliska. C'est pour elle que je suis venue, c'est elle qui m'a invitée, et c'est elle que je connais. Je ne l'ai pas vue depuis mon séjour au Pays de Galles, et je me demande si c'est l'envie de me revoir, la curiosité de me tenter ou le désir de tenir sa promesse qui l'a conduite à m'envoyer ce hibou, quelques jours auparavant. Nous nous connaissons bien peu. J'en sais davantage sur elle via ce que Nahele m'a raconté qu'à travers des moments passés ensemble. Je ne saurai même pas expliquer ce qui l'a poussée à me contacter moi. Tout est étrange, quand j'y pense. Je marche vers l'inconnu, sans lumière ni guide. Je me laisse porter, comme par la musique. J'ai foi en l'avenir, car je sais qu'il glissera dans mes doigts des réponses, comme un verre de virgin bièraubeurre.
La sœur de mon ami finit par m'approcher. Elle se glisse vers moi, comme un serpent dans son nid, un sourire amusé sur les lèvres, et les cheveux flottants autour de son visage. Un serpent ? Non, elle n'a rien de reptilien. Ses mouvements sont ceux d'un fauve. Elle en a la grâce, et la dangereuse beauté.
« Je me doutais que tu viendrais, avoue-t-elle avant d'avaler une gorgée de sa boisson aux arômes vifs.
⎻ Pourquoi ne serai-je pas venue ?
⎻ Je ne sais pas. Parce que tu as déjà hésité, une fois, devant une porte ? » répond-t-elle, avec dans la voix comme un air taquin.
Le souvenir de cette matinée dans la cuisine de Nahele me revient. Mes joues se teinteraient presque d'embarras, s'il n'y avait dans les yeux de l'ancienne Rouge un franc amusement.
« C'est vrai », concédé-je. J'ai hésité devant une porte, par le passé. Aujourd'hui il y en avait deux, dont une plus difficile à ouvrir que l'autre. Pourtant, cela ne m'a pas arrêté. Pourquoi ? Qu'est-ce qui me guide ici ? Juste une pointe de curiosité, et le désir d'être là où on ne m'attend pas ? Le plaisir de me savoir près de mes parents, sans qu'eux ne soient au courant ? L'enthousiasme d'une liberté que j'explore encore ?
Je plaque mes doigts contre la fraîcheur de mon verre.
« Le début t'a plu ? »
Kaliska appuie son dos contre le mur, le regard dirigé vers la salle. Elle me parle mais ses yeux sont ailleurs. Je ne le sais pas encore, mais c'est une habitude, chez elle ; quand ses iris n'enferment pas les vôtres, ils leur échappent, toujours naviguant, toujours lointains.
« Oui, c'était bien. C'est la première fois que j'écoutais ce type de musique. »
Là, tout son visage se tourne vers moi. Ses sourcils se haussent tandis qu'elle penche légèrement la tête vers l'avant.
« Vraiment ? J'espère que tu reviendras alors. » Elle ne me laisse pas le temps de répondre et poursuit : « Et les paroles, ça ne t'a pas gêné ? Nahele m'a dit que t'étais de ceux au sang pur. » (Il y a une forme de mépris dans sa voix, à ce dernier mot. À moins que ce ne soit ce que je crois entendre ?) « On n'est pas contre vous, ici. On défend juste une idée plus juste, plus égalitaire. Tu comprends ça, toi ? »
Je l'observe, elle, son visage, ses cheveux emmêlés, ses yeux sombres, la détermination de son regard, et la liberté qui flotte jusque dans sa posture. Encore une fois, elle me frappe par ce qu'elle dégage, et qui est si loin de moi, de ce que je suis, de ce qu'on m'a amené à être. Kaliska Weaver défend ce qu'elle croit juste. Elle m'évoque le vent brutal et froid qui rase les plaines d'Écosse, giflant les joues et frappant aux portes, insaisissable et atrocement libre.
Mes yeux se voilent sûrement d'admiration quand je réponds, du bout des lèvres, d'une voix presque imperceptible dans le brouhaha de la pièce : « Oui, je comprends. »
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Au rythme d'une guitare
Je pourrais revenir, c'est vrai. Me dresser, là, dans une salle de taille moyenne bourrée de jeunes aux volontés farouches. Je pourrais être de nouveau happée par Kaliska, sa guitare, sa musique, son aura de liberté qui me donne envie de m'affranchir, et l'audace de ses yeux sombres qui m'invite au courage. Je pourrais frôler du doigt leur colère, la définir, me couper sur ses bords, la sentir battre près de moi, à un rythme fou, l'observer grandir, avaler le monde pour le refaire, et je pourrais me glisser dans ce besoin de révolte. Je deviendrai comme eux. Je ne serai plus ni sang-pur ni hésitante. Je me fonderai dans leur masse et nouerai mon souffle aux leurs. Plus jamais étrangère. Ils se trompent s'ils croient que j'en suis incapable. J'ai ce courage et cette force. Mais si Kaliska le dit, n'est-ce pas parce qu'elle entrevoit cette possibilité ? Merlin, quel avenir ce serait ! Moi, elle, la musique, la liberté et l'indépendance. Des étendues vertes où l'on voit l'horizon, et le soleil qui se cache derrière lui, timide face à l'immensité. Par Circé ! Je me sens attirée, séduite, tentée. Je le vois, le bonheur, là, entre deux notes et des voix qui se mélangent, se confondent. Je pourrais l'attraper et ne plus jamais le lâcher. La joie tatouée sous la peau comme une ode à l'audace. Je pourrais joindre ma colère à la leur. Ma colère, oui, avec ses branches qui se courbent et se crispent, longues et crochues, repoussés mais jamais abandonnés.
Mais cela me terrifie. J'en ai peur à avoir mal au ventre. Aller à l'encontre de ma famille, de mon sang, me jeter dans l'inconnu, grimper jusqu'au sommet de la bravoure. Et puis, quoi ? À la fin, que faire ? Regarder en arrière et se sentir fière ? Se réjouir du chemin ? Non, non, je ne peux pas, pas maintenant. Quelque chose me rattache trop fort aux miens, quelque chose que je ne peux pas négliger, ni repousser, et pour lequel je ne serai pas prête à tout abandonner. J'ai peur de faire honte à ma mère, à mon père, à mes aïeules, ou pire, de les décevoir ; j'ai peur de me perdre dans la folie de la jeunesse ; j'ai peur de suivre une voie que je regretterai, parce que sa violence, sa force et ses envies me dépassent ; j'ai peur de voir mon monde changer avant même que je n'y trouve une place. J'ai le courage, mais pas la volonté. Pas encore, peut-être. L'avenir me paraît trop incertain pour que je le mette sur la balance. Mais l'est-il davantage pour d'autres ? Pour les sans-statuts qui n'ont même pas accès à toutes les professions ? Pour ceux qu'on sépare de leurs familles ? Et pour tous les autres qui ne se reconnaissent pas dans la politique du Conseil ? En quoi l'avenir leur est-il plus confortable ?
Puis-je m'engager ? Dois-je m'engager ? En quoi ma voix changera le monde ? J'aimerais pouvoir attendre jusqu'à ce qu'il soit trop tard, mais c'est lâche et inutile.
« Je reviendrai, oui. »
Pour cette audace qui rentre dans ma chair.
Kaliska a tourné son visage vers moi, sans que je ne m'en rende compte. Elle a de beaux yeux, vus d'aussi près. Tout au fond d'eux, on dirait qu'un âtre rougeoie. Je ne sais pas s'il brille à cet instant pour moi ou pour le monde, mais c'est lui qui me fascine, quand le bleu de mes iris se noie dans les ténèbres des siens.
La jeune sorcière sourit, d'un de ces sourires sincères et heureux qui trahissent un étonnement plaisant. Je me demande ce qu'elle pense, là, en m'observant de cette manière. Que se passe-t-il dans son crâne ? Que devine-t-elle de mes réflexions ? Se doute-t-elle de mes hésitations ? Aperçoit-elle la soif de liberté qui monte dans mon corps, à m'en donner le vertige ? Qu'espère-t-elle de moi ? Me fait-elle confiance ? Est-ce parce qu'elle voit quelque chose de particulier en moi qu'elle m'a invitée de soir ? Veut-elle se servir de moi ?
Non, cette pensée me donne la nausée. Je préfère croire qu'elle a croisé dans mon âme des braises qu'elle s'est mise en tête de réveiller. Je ne sais pas si elle y arrivera. Je ne sais pas si je souhaite l'aider, ou l'en empêcher. L'avenir est brumeux, il l'a toujours été. Mais je sais que nous nous reverrons, que cela ne se terminera pas ici, et que les déchirements qui me guettent reviendront. En attendant, je trouve dans son regard une joie qui m'apaise. Je souris à Kaliska, timidement mais sincèrement. Peu importe où elle m'emmène, je suis tentée de la suivre.
« Je te préviendrai quand on fera une autre date, à Godric's Hollow ou ailleurs. Mais ça me fait plaisir que ça te parle, tout ça. J'espère que tu restes jusqu'à la fin, tu verras ça sera tout aussi bien !
– Oui ! Oui, bien sûr, je reste. »
Je rentrerai sûrement chez mes parents, ce soir. Je me faufilerai, ils seront surpris, mais je serai peut-être partie le lendemain avant qu'ils ne remarquent ma présence. À moins que je ne passe la nuit chez des amis qui vivent dans le coin ? Non, c'est inutile. Cela me fera du bien de rentrer chez moi, après cette soirée qui fait trembler mes fondations. J'ai besoin de goûter aux douceurs du foyer familial pour ne pas tomber trop vite dans les yeux de la sœur de Nahele. Je dois apprendre à garder une certaine distance. Ne pas me précipiter, prendre du recul, garder l'œil vif.
Et tomber, après.
Kaliska tapote doucement mon épaule avant de se relever. Je remarque qu'elle garde sa baguette dans le creux d'un de ses reins, enfoncée dans sa jupe. Elle remet une mèche de ses cheveux derrière son oreille avant de m'adresser des derniers mots.
« Bon, il va falloir que j'y retourne. On se revoit plus tard, Farrow. »
Quand son visage se tourne vers moi, c'est pour m'offrir un sourire et un clin d'œil. Puis, Kaliska soulève sa jupe et se faufile jusqu'à sa guitare, qu'elle attrape avant de retrouver sa place sur scène.
Mais cela me terrifie. J'en ai peur à avoir mal au ventre. Aller à l'encontre de ma famille, de mon sang, me jeter dans l'inconnu, grimper jusqu'au sommet de la bravoure. Et puis, quoi ? À la fin, que faire ? Regarder en arrière et se sentir fière ? Se réjouir du chemin ? Non, non, je ne peux pas, pas maintenant. Quelque chose me rattache trop fort aux miens, quelque chose que je ne peux pas négliger, ni repousser, et pour lequel je ne serai pas prête à tout abandonner. J'ai peur de faire honte à ma mère, à mon père, à mes aïeules, ou pire, de les décevoir ; j'ai peur de me perdre dans la folie de la jeunesse ; j'ai peur de suivre une voie que je regretterai, parce que sa violence, sa force et ses envies me dépassent ; j'ai peur de voir mon monde changer avant même que je n'y trouve une place. J'ai le courage, mais pas la volonté. Pas encore, peut-être. L'avenir me paraît trop incertain pour que je le mette sur la balance. Mais l'est-il davantage pour d'autres ? Pour les sans-statuts qui n'ont même pas accès à toutes les professions ? Pour ceux qu'on sépare de leurs familles ? Et pour tous les autres qui ne se reconnaissent pas dans la politique du Conseil ? En quoi l'avenir leur est-il plus confortable ?
Puis-je m'engager ? Dois-je m'engager ? En quoi ma voix changera le monde ? J'aimerais pouvoir attendre jusqu'à ce qu'il soit trop tard, mais c'est lâche et inutile.
« Je reviendrai, oui. »
Pour cette audace qui rentre dans ma chair.
Kaliska a tourné son visage vers moi, sans que je ne m'en rende compte. Elle a de beaux yeux, vus d'aussi près. Tout au fond d'eux, on dirait qu'un âtre rougeoie. Je ne sais pas s'il brille à cet instant pour moi ou pour le monde, mais c'est lui qui me fascine, quand le bleu de mes iris se noie dans les ténèbres des siens.
La jeune sorcière sourit, d'un de ces sourires sincères et heureux qui trahissent un étonnement plaisant. Je me demande ce qu'elle pense, là, en m'observant de cette manière. Que se passe-t-il dans son crâne ? Que devine-t-elle de mes réflexions ? Se doute-t-elle de mes hésitations ? Aperçoit-elle la soif de liberté qui monte dans mon corps, à m'en donner le vertige ? Qu'espère-t-elle de moi ? Me fait-elle confiance ? Est-ce parce qu'elle voit quelque chose de particulier en moi qu'elle m'a invitée de soir ? Veut-elle se servir de moi ?
Non, cette pensée me donne la nausée. Je préfère croire qu'elle a croisé dans mon âme des braises qu'elle s'est mise en tête de réveiller. Je ne sais pas si elle y arrivera. Je ne sais pas si je souhaite l'aider, ou l'en empêcher. L'avenir est brumeux, il l'a toujours été. Mais je sais que nous nous reverrons, que cela ne se terminera pas ici, et que les déchirements qui me guettent reviendront. En attendant, je trouve dans son regard une joie qui m'apaise. Je souris à Kaliska, timidement mais sincèrement. Peu importe où elle m'emmène, je suis tentée de la suivre.
« Je te préviendrai quand on fera une autre date, à Godric's Hollow ou ailleurs. Mais ça me fait plaisir que ça te parle, tout ça. J'espère que tu restes jusqu'à la fin, tu verras ça sera tout aussi bien !
– Oui ! Oui, bien sûr, je reste. »
Je rentrerai sûrement chez mes parents, ce soir. Je me faufilerai, ils seront surpris, mais je serai peut-être partie le lendemain avant qu'ils ne remarquent ma présence. À moins que je ne passe la nuit chez des amis qui vivent dans le coin ? Non, c'est inutile. Cela me fera du bien de rentrer chez moi, après cette soirée qui fait trembler mes fondations. J'ai besoin de goûter aux douceurs du foyer familial pour ne pas tomber trop vite dans les yeux de la sœur de Nahele. Je dois apprendre à garder une certaine distance. Ne pas me précipiter, prendre du recul, garder l'œil vif.
Et tomber, après.
Kaliska tapote doucement mon épaule avant de se relever. Je remarque qu'elle garde sa baguette dans le creux d'un de ses reins, enfoncée dans sa jupe. Elle remet une mèche de ses cheveux derrière son oreille avant de m'adresser des derniers mots.
« Bon, il va falloir que j'y retourne. On se revoit plus tard, Farrow. »
Quand son visage se tourne vers moi, c'est pour m'offrir un sourire et un clin d'œil. Puis, Kaliska soulève sa jupe et se faufile jusqu'à sa guitare, qu'elle attrape avant de retrouver sa place sur scène.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
Au rythme d'une guitare
Le groupe retrouve sa scène et ses instruments, sous les applaudissements et les encouragements des autres jeunes venus les écouter. De nouveau, je me dissous dans la foule. Cette fois, peut-être davantage encore qu'avant. J'ai l'impression de mieux la comprendre, elle, sa colère, ses envies, ses valeurs, ses beautés, ses douleurs ; surtout maintenant que je les ai entendus à travers sa voix puissante et unie. La foule se fait masse, et m'écrase, et m'emporte. Quand elle se lève pour danser, au bout de quelques minutes, je me lève avec elle ; quand elle chante avec les musiciennes, je joins ma voix à ce tout ; et quand les corps bougent, ondulent, tourbillonnent, le mien se libère avec eux. L'étrangeté, les doutes et les questions qui me collaient à la peau sont gommés quand la musique s'avance. Parfois, je croise le regard de Kaliska. Il est toujours concentré, mais tout au fond le même âtre rougeoie, et quand je le reconnais, je sais qu'il jette un peu de ses flammes en moi. Je brûle dans cette salle verte et sombre, et le feu qui me noie m'apaise.
Je me sens loin, très loin de l'Institut et de sa rigueur. Même mon corps est bouleversé par ce changement d'environnement. Je m'affranchis. Parfois, je pense à Nahele, à ses yeux lumineux comme le soleil, à la douceur de sa voix et au calme que sa présence m'apporte. Mais rien d'autre ne vient frapper les parois de mon crâne ou s'y accrocher. Je n'ai pas envie, finalement, de réfléchir. Ni à l'avenir, ni au présent, ni à tout le reste. Pas maintenant, en tout cas. Je préfère goûter les secondes, fermer les yeux, offrir ma voix et tourner sur moi-même. Je tourne, je tourne, je tourne. Jusqu'à en perdre l'équilibre. Ma tête est pleine de remous, et mon souffle est plus rapide. Mes bras bousculent d'autres bras. Quelqu'un crie près de mon oreille. On me secoue un peu. Je m'imagine sur le pont d'un bateau qui traverse la mer. Non, c'est un océan, plein de mes incertitudes, mes erreurs, mes interrogations, mes douleurs, mes peurs, ma lâcheté, mon appréhension et mon malaise. Je les jette à l'eau, ne conserve que ma colère et ma volonté d'avancer. Le parquet craque, le pont ondule. Je me sens bien.
Je suis jeune et moi aussi, j'ai droit à l'insouciance.
Le monde entier s'est arrêté pour nous laisser vivre. Mais cela, je ne m'en suis rendu compte que plus tard, quand la nuit nous a recrachés et que le temps a repris son cours. Quand je chantais dans la salle, un sourire léger sur les lèvres, rien d'autre n'existait. Dire que je suis venue par curiosité ! Je reviendrai, oui. J'en ai fait la promesse, et désormais j'en suis certaine. La musique m'apparaît, de manière inexplicable, liée à mon passage à l'âge adulte. Sans elle, je pense que je resterai enchaînée à mes croyances. J'ai besoin de grandir, comme une plante, de m'élever vers le soleil, de trouver ma place dans la forêt. Je pense que je suis sur la bonne voie.
À la fin du concert, quelques personnes sont parties. Les autres sont restées pour boire un coup et discuter. Étrangement, j'ai fait partie de ce groupe-là. Je me suis installée près de Kaliska, qui a pris le temps de me présenter sommairement aux autres, et nous avons parlé. Je ne saurai pas dire exactement combien de temps, ni de quoi. La fatigue, l'alcool et la nuit ont couvert mes souvenirs d'ombres et de brumes. Il me semble que ce fut agréable, et simple. C'était tout ce dont j'avais besoin. Au fur et à mesure, la salle s'est vidée sans que je ne le remarque tout à fait. Puis, Kaliska et ses amies se sont elles-mêmes levées. Alors, nous avons tous quitté cette salle du 13, quai perdu, et après des saluts rapides, tout le monde est parti de son côté. Il faisait bon, et l'air frais de la nuit a soulevé mes cheveux et ma fatigue pour embrasser mes joues. Mes yeux se sont fermés, simplement, tendrement, avant que je ne les ouvre pour prendre la direction du centre-ville, de ses grandes demeures sombres et austères, et de ma chambre froide, dans laquelle je suis rentrée sans bruit pour retrouver mes draps et mes rêves.
Le lendemain matin, mes parents ne m'ont même pas aperçue. J'étais rentrée à l'Institut avant qu'ils ne se doutent de ma présence.
Je me sens loin, très loin de l'Institut et de sa rigueur. Même mon corps est bouleversé par ce changement d'environnement. Je m'affranchis. Parfois, je pense à Nahele, à ses yeux lumineux comme le soleil, à la douceur de sa voix et au calme que sa présence m'apporte. Mais rien d'autre ne vient frapper les parois de mon crâne ou s'y accrocher. Je n'ai pas envie, finalement, de réfléchir. Ni à l'avenir, ni au présent, ni à tout le reste. Pas maintenant, en tout cas. Je préfère goûter les secondes, fermer les yeux, offrir ma voix et tourner sur moi-même. Je tourne, je tourne, je tourne. Jusqu'à en perdre l'équilibre. Ma tête est pleine de remous, et mon souffle est plus rapide. Mes bras bousculent d'autres bras. Quelqu'un crie près de mon oreille. On me secoue un peu. Je m'imagine sur le pont d'un bateau qui traverse la mer. Non, c'est un océan, plein de mes incertitudes, mes erreurs, mes interrogations, mes douleurs, mes peurs, ma lâcheté, mon appréhension et mon malaise. Je les jette à l'eau, ne conserve que ma colère et ma volonté d'avancer. Le parquet craque, le pont ondule. Je me sens bien.
Je suis jeune et moi aussi, j'ai droit à l'insouciance.
Le monde entier s'est arrêté pour nous laisser vivre. Mais cela, je ne m'en suis rendu compte que plus tard, quand la nuit nous a recrachés et que le temps a repris son cours. Quand je chantais dans la salle, un sourire léger sur les lèvres, rien d'autre n'existait. Dire que je suis venue par curiosité ! Je reviendrai, oui. J'en ai fait la promesse, et désormais j'en suis certaine. La musique m'apparaît, de manière inexplicable, liée à mon passage à l'âge adulte. Sans elle, je pense que je resterai enchaînée à mes croyances. J'ai besoin de grandir, comme une plante, de m'élever vers le soleil, de trouver ma place dans la forêt. Je pense que je suis sur la bonne voie.
À la fin du concert, quelques personnes sont parties. Les autres sont restées pour boire un coup et discuter. Étrangement, j'ai fait partie de ce groupe-là. Je me suis installée près de Kaliska, qui a pris le temps de me présenter sommairement aux autres, et nous avons parlé. Je ne saurai pas dire exactement combien de temps, ni de quoi. La fatigue, l'alcool et la nuit ont couvert mes souvenirs d'ombres et de brumes. Il me semble que ce fut agréable, et simple. C'était tout ce dont j'avais besoin. Au fur et à mesure, la salle s'est vidée sans que je ne le remarque tout à fait. Puis, Kaliska et ses amies se sont elles-mêmes levées. Alors, nous avons tous quitté cette salle du 13, quai perdu, et après des saluts rapides, tout le monde est parti de son côté. Il faisait bon, et l'air frais de la nuit a soulevé mes cheveux et ma fatigue pour embrasser mes joues. Mes yeux se sont fermés, simplement, tendrement, avant que je ne les ouvre pour prendre la direction du centre-ville, de ses grandes demeures sombres et austères, et de ma chambre froide, dans laquelle je suis rentrée sans bruit pour retrouver mes draps et mes rêves.
Le lendemain matin, mes parents ne m'ont même pas aperçue. J'étais rentrée à l'Institut avant qu'ils ne se doutent de ma présence.
f i n
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht