Le pot de colle
Le sourire qui fleurit sur son visage provoque le mien, et j'essaye difficilement de le cacher en pinçant les lèvres. Elle est encore plus jolie comme ça, ça lui va bien. Est-ce qu'elle sourit souvent ? On m'a toujours dit que c'était important, mais peut-être que son quotidien d'agent secret n'est pas très joyeux, alors je suis contente de la faire sourire. Le rire viendra peut-être plus tard. Il faut que j'y arrive, et ça refera ma journée. Je l'imagine avec un rire communicatif et sonore, parce qu'elle est beaucoup trop discrète dans sa façon d'agir et de se déplacer.
Mais le mot tendresse dans sa bouche coupe net mes pensées parce qu'il n'a terriblement pas l'air à sa place, alors je l'observe juste sortir ce mot comme si elle devait avouer à tout le café qu'elle m'adore. Parce que c'est le cas. J'ai réussi à lui voler un sourire.
J'étouffe dans ma main le rire qui me prend d'un coup à l'entente de sa menace. « Si tu fais ça, je pars en courant après t'avoir volé le livre. Comme ça j'attends que le sort arrête de faire effet pour voir la couverture », débité-je avant d'enfoncer la fin et dernière moitié de mon pain au chocolat dans ma bouche. Il me faut plusieurs secondes pour réussir à le mâcher, mais je continue la bouche pleine : « En plus si tu me cours après dans la rue, les gens t'arrêteront parce qu'ils croiront que tu veux me kidnapper. » J'avale à moitié de travers mais je suis fière de moi. Elle a trouvé une adversaire et si elle croit que je vais lâcher facilement l'affaire... et bien elle se plante dans un pot en beauté.
Je verrai son livre, même si elle m'envoie à l'autre bout du monde la seconde d'après ou qu'elle m'enterre dans un trou.
Mais le mot tendresse dans sa bouche coupe net mes pensées parce qu'il n'a terriblement pas l'air à sa place, alors je l'observe juste sortir ce mot comme si elle devait avouer à tout le café qu'elle m'adore. Parce que c'est le cas. J'ai réussi à lui voler un sourire.
J'étouffe dans ma main le rire qui me prend d'un coup à l'entente de sa menace. « Si tu fais ça, je pars en courant après t'avoir volé le livre. Comme ça j'attends que le sort arrête de faire effet pour voir la couverture », débité-je avant d'enfoncer la fin et dernière moitié de mon pain au chocolat dans ma bouche. Il me faut plusieurs secondes pour réussir à le mâcher, mais je continue la bouche pleine : « En plus si tu me cours après dans la rue, les gens t'arrêteront parce qu'ils croiront que tu veux me kidnapper. » J'avale à moitié de travers mais je suis fière de moi. Elle a trouvé une adversaire et si elle croit que je vais lâcher facilement l'affaire... et bien elle se plante dans un pot en beauté.
Je verrai son livre, même si elle m'envoie à l'autre bout du monde la seconde d'après ou qu'elle m'enterre dans un trou.
Mousse de l'équipage Ad2OC.
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« dishonor on your cow. »
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Le pot de colle
Et voilà qu'elle camoufle un rire. Ses larmes ont-elles bel et bien disparu ? N'ai-je plus le moindre risque de subir la survenue intempestive d'une crise de tristesse ? Je l'espère et commence à m'en persuader lorsque je discerne dans sa nouvelle menace un brin de taquinerie. Mais peut-être qu'elle y était depuis le début et que je ne la remarque que maintenant.
Ses idées m'amusent, mais cette fois-ci je n'en montre rien. Croit-elle réellement que je pourrais lui courir après comme une vulgaire moldue ? C'est bien une enfant pour dire de telles choses, une enfant qui ne connait que la fuite comme protection, qui n'a que ses jambes en guise de bouclier, que ses larmes et ses vaines paroles pour faire office d'arme. Elle n'a peut-être pas encore fait ses premiers pas à Poudlard, peut-être ne connait-elle pas encore le doux contact avec son catalyseur. Sinon, elle aurait compris que jamais je ne lui courrais après : si elle fuit, je l'immobiliserai magiquement et si elle crie au kidnapping ? Et bien j'arracherai mon livre de ses mains collantes et j'expliquerai son larcin. Tout simplement.
Je croise les jambes sous la table et, lâchant ma tasse de thé, je lie mes mains l'une à l'autre, le menton légèrement dressé pour mieux observer la fillette. Ce n'est qu'alors, après avoir laissé s'écouler un silence d'un instant, que je glisse la main dans le revers de ma cape pour en sortir le livre. Qui n'est en fait qu'un carnet de moleskine. Et cette Adeline crèvera avant de réussir à poser ses yeux dessus, comme n'importe qui d'autre. Personne, je dis bien personne ne lira jamais les carnets de Kristen Loewy. Mais je peux bien la narguer avec.
« Me le voler, vraiment ? m'amusai-je en glissant le carnet sous mes doigts liés. Je voudrais bien voir ça, tiens. »
En fait, non. Car si elle le fait je me montrerai violente et que la violence envers les enfants est encore moins bien accueillie que la violence envers mes pairs adultes. Même si elle est justifiée. Mon regard se déporte brièvement vers la famille de l'enfant. Je l'ai dans mon champ de vision depuis tout à l'heure et je peux affirmer qu'aucune de ces femmes n'a tourné la tête pour la chercher du regard. Je pourrais être une toute autre personne, je pourrais avoir réellement de mauvaises intentions. Il ne me suffirait que d'un geste pour m'approprier cette enfant. Ces femmes n'ont-elles donc aucune conscience ? Quand j'étais petite comme elle, mon père ne me lâchait jamais lorsque nous étions en ville. Il s'accrochait à ma main et quand je me plaignais, il s'accroupissait devant moi pour me regarder dans les yeux et disait : « Écoute-moi Aelle, c'est pour te protéger que je te garde près de moi. Je ne veux pas que tu te perdes. » Mais maintenant que je suis adulte, je sais qu'il n'avait pas seulement peur que je me perde. Il avait également peur de voir mon nom dans un petit encart du journal, celui réservé aux faits divers, celui qui parle de ces gens que l'on ne revoit jamais.
Je cligne des yeux pour revenir à l'instant présent. Je ne connais rien de ces femmes et pourtant elles m'inspirent un mépris sans commune mesure. Je ramène mon regard sur Adeline.
« Et bien, si tu fais mine de m'approcher, poursuis-je d'une voix nonchalante, presque désintéressée, j'attraperai ton bras et nous ferai transplaner. » Je hausse les sourcils d'un air provocateur. « Qui sait où tu atterrirais ? À quel endroit une femme assise seule à une table pourrait-elle bien amener les petites filles nommées Adeline, selon toi ? »
Ses idées m'amusent, mais cette fois-ci je n'en montre rien. Croit-elle réellement que je pourrais lui courir après comme une vulgaire moldue ? C'est bien une enfant pour dire de telles choses, une enfant qui ne connait que la fuite comme protection, qui n'a que ses jambes en guise de bouclier, que ses larmes et ses vaines paroles pour faire office d'arme. Elle n'a peut-être pas encore fait ses premiers pas à Poudlard, peut-être ne connait-elle pas encore le doux contact avec son catalyseur. Sinon, elle aurait compris que jamais je ne lui courrais après : si elle fuit, je l'immobiliserai magiquement et si elle crie au kidnapping ? Et bien j'arracherai mon livre de ses mains collantes et j'expliquerai son larcin. Tout simplement.
Je croise les jambes sous la table et, lâchant ma tasse de thé, je lie mes mains l'une à l'autre, le menton légèrement dressé pour mieux observer la fillette. Ce n'est qu'alors, après avoir laissé s'écouler un silence d'un instant, que je glisse la main dans le revers de ma cape pour en sortir le livre. Qui n'est en fait qu'un carnet de moleskine. Et cette Adeline crèvera avant de réussir à poser ses yeux dessus, comme n'importe qui d'autre. Personne, je dis bien personne ne lira jamais les carnets de Kristen Loewy. Mais je peux bien la narguer avec.
« Me le voler, vraiment ? m'amusai-je en glissant le carnet sous mes doigts liés. Je voudrais bien voir ça, tiens. »
En fait, non. Car si elle le fait je me montrerai violente et que la violence envers les enfants est encore moins bien accueillie que la violence envers mes pairs adultes. Même si elle est justifiée. Mon regard se déporte brièvement vers la famille de l'enfant. Je l'ai dans mon champ de vision depuis tout à l'heure et je peux affirmer qu'aucune de ces femmes n'a tourné la tête pour la chercher du regard. Je pourrais être une toute autre personne, je pourrais avoir réellement de mauvaises intentions. Il ne me suffirait que d'un geste pour m'approprier cette enfant. Ces femmes n'ont-elles donc aucune conscience ? Quand j'étais petite comme elle, mon père ne me lâchait jamais lorsque nous étions en ville. Il s'accrochait à ma main et quand je me plaignais, il s'accroupissait devant moi pour me regarder dans les yeux et disait : « Écoute-moi Aelle, c'est pour te protéger que je te garde près de moi. Je ne veux pas que tu te perdes. » Mais maintenant que je suis adulte, je sais qu'il n'avait pas seulement peur que je me perde. Il avait également peur de voir mon nom dans un petit encart du journal, celui réservé aux faits divers, celui qui parle de ces gens que l'on ne revoit jamais.
Je cligne des yeux pour revenir à l'instant présent. Je ne connais rien de ces femmes et pourtant elles m'inspirent un mépris sans commune mesure. Je ramène mon regard sur Adeline.
« Et bien, si tu fais mine de m'approcher, poursuis-je d'une voix nonchalante, presque désintéressée, j'attraperai ton bras et nous ferai transplaner. » Je hausse les sourcils d'un air provocateur. « Qui sait où tu atterrirais ? À quel endroit une femme assise seule à une table pourrait-elle bien amener les petites filles nommées Adeline, selon toi ? »
Le pot de colle
Son regard me transperce. Littéralement. Et j'ai l'impression qu'elle voit toute mon âme et mes pensées. Est-ce qu'elle est Legilimens depuis le début ? Ça ne m'étonnerais pas. On dirait que rien ne la surprend et qu'elle est prête, s'attend déjà à tout. Je veux lui demander comment c'est dans ma tête quand elle sort le fameux livre. J'ouvre grand la bouche, puis- Oh. Un carnet ? Ma curiosité chute du haut d'un immeuble. « C'est... ton journal intime ? », m'étonné-je. « Si t'écris des trucs dégueux de garçons dessus, je veux pas le lire. » Berk. J'essaye de ne pas être déçue que cette dame mystérieuse ne vienne dans un café uniquement pour lire en cachette ses fantasmes, plutôt que pour décoder des messages top secrets. Il faut que j'arrête de lire des livres d'action.
Je m'apprête à lui répondre que je peux lui montrer ici et maintenant à quel point je cours vite avec un livre - journal, au moins il n'est pas rose - dans les mains mais je me retiens. Il suffirait qu'elle crie "au voleur" et je me ferais tacler et enfermer à Azkaban pour au moins des millions d'années. Alors je me contente de la regarder avec des yeux curieux. Elle sait que je ne le ferai sûrement pas. Peut-être. Même moi je ne sais pas si j'en serais capable, d'aller jusqu'au bout. Je bois une nouvelle gorgée de mon jus, de nouveau intriguée par jusqu'où elle pourrait aller pour récupérer son précieux journal. Si c'est si important, pourquoi venir dans un lieu publique pour le lire ? Là où quelqu'un pourrait facilement le lui voler. Pas moi bien sûr, je ne peux toujours pas utiliser de magie, mais quelqu'un de puissant et dangereux.
Elle reprend la parole, accaparant toute mon attention. J'essaye de ne pas être trop enjouée, et avant de saisir vraiment ce qu'elle veut dire par "à quel endroit elle pourrait amener une Addie", je m'écrie « À la réserve des Hébri- » non, bien sûre que non. Même Rhys ne veut plus m'y emmener parce que j'ai boudé pendant trois jours quand on m'a dit la dernière que je ne pourrais jamais chevaucher de dragon. Même pas quand je serai majeure. « Tu m'emmènerais chez toi ? » Ses sourcils haussés me font douter. « En haut d'une falaise avant de me pousser ? » Je sais nager mais je crois que j'ai un peu le vertige. En plus il faut que je sois rentrée avant dix-huit heures, sinon Rhys ira mettre feu au manoir et à la ville pour me retrouver. C'est lui qui m'a dit qu'il ferait ça, et ça fait peur.
Je m'apprête à lui répondre que je peux lui montrer ici et maintenant à quel point je cours vite avec un livre - journal, au moins il n'est pas rose - dans les mains mais je me retiens. Il suffirait qu'elle crie "au voleur" et je me ferais tacler et enfermer à Azkaban pour au moins des millions d'années. Alors je me contente de la regarder avec des yeux curieux. Elle sait que je ne le ferai sûrement pas. Peut-être. Même moi je ne sais pas si j'en serais capable, d'aller jusqu'au bout. Je bois une nouvelle gorgée de mon jus, de nouveau intriguée par jusqu'où elle pourrait aller pour récupérer son précieux journal. Si c'est si important, pourquoi venir dans un lieu publique pour le lire ? Là où quelqu'un pourrait facilement le lui voler. Pas moi bien sûr, je ne peux toujours pas utiliser de magie, mais quelqu'un de puissant et dangereux.
Elle reprend la parole, accaparant toute mon attention. J'essaye de ne pas être trop enjouée, et avant de saisir vraiment ce qu'elle veut dire par "à quel endroit elle pourrait amener une Addie", je m'écrie « À la réserve des Hébri- » non, bien sûre que non. Même Rhys ne veut plus m'y emmener parce que j'ai boudé pendant trois jours quand on m'a dit la dernière que je ne pourrais jamais chevaucher de dragon. Même pas quand je serai majeure. « Tu m'emmènerais chez toi ? » Ses sourcils haussés me font douter. « En haut d'une falaise avant de me pousser ? » Je sais nager mais je crois que j'ai un peu le vertige. En plus il faut que je sois rentrée avant dix-huit heures, sinon Rhys ira mettre feu au manoir et à la ville pour me retrouver. C'est lui qui m'a dit qu'il ferait ça, et ça fait peur.
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Le pot de colle
Mon masque d'insensibilité se fracture légèrement. Imaginer que Kristen Loewy ait pu écrire des trucs dégueux de garçons dans ses journaux... Le fantôme d'un sourire commence à m'étirer les lèvres. Je ne peux pas le contrôler, alors c'est plus fort que moi : je baisse les yeux pour mieux apprendre à le camoufler. Tout cela se déroule le temps d'un clignement de paupière ; quand je relève la tête, ce sourire a disparu, mais peut-être mes yeux brillent-ils un peu plus qu'il y a une seconde. Des trucs dégeux de garçons, Kristen Loewy... Même dans ses premiers carnets qui datent de ses années à Poudlard, elle n'écrivait pas de telles choses. D'ailleurs, elle n'a jamais écrit exactement la teneur de ses pensées, c'est loin d'être des journaux intimes. Des critiques des cours, de la société, des lois magiques, peut-être... Mais des garçons ? Oh, doux Merlin, je dois vraiment me contenir pour ne pas étirer un nouveau sourire nerveux.
« Peut-être que c'est des trucs dégueux de filles qui sont écrits dedans, » répliqué-je malgré moi parce que, rappelons-le, Kristen Loewy était mariée à une femme, et aussi parce que j'ai envie de l'embêter, cette gamine à la naïveté débordante qui a d'abord cru, que dis-je, espéré ! que j'allais l'amener à la Réserve des Hybrides.
Je penche légèrement la tête sur le côté. Est-elle donc si seule, cette enfant ? Est-elle si triste, si désespérée pour espérer qu'une inconnue qui, à demi-mots (mensongers, mais ça elle ne le sait pas), la menace, qu'elle pourrait en fait vouloir l'emmener faire du tourisme ? Oui, je le crois, songé-je en l'observant, elle est triste et désespérément seule.
Quand je reprends la parole, c'est d'une voix profondément ironique et légèrement cassante.
« À la Réserve des Hybrides ou en haut d'une falaise, bonne question ! Peut-être que je te pousserai du haut de la falaise de l'île où se trouve la Réserve des Hybrides, qui sait ? »
Si je pourrais l'emmener chez moi ? Doux Merlin, mais... Qu'est-ce qui peut bien lui passer par l'esprit ? J'ai beau essayer de la suivre, j'ai du mal. D'un instant à l'autre, elle a abandonné toute tentative d'entrer dans mon jeu. Me croit-elle donc si sérieuse lorsque je lui pose des questions ? Croit-elle réellement que je vais l'emmener en haut d'une falaise pour me débarrasser d'elle ? Qu'est-ce que je lui inspire pour qu'elle me pense capable d'une telle chose ? Pire : se laisserait-elle faire si, là, je lui proposais de l'emmener avec moi ? Merlin, mais qui a donc élevé cette enfant ? Mon regard noir repart en quête des femmes, là-bas, des femmes qui rient aux éclats, le nez levé au ciel, un doigt passé dans la anse de leur tasse, ces femmes qui ne se retournent pas, trop absorbées par leur discussion. Pour leur donner une leçon, j'aimerais presque partir avec elle, cette fille, allez faire un tour à la Réserve, tiens, disparaître une heure ou deux puis revenir discrètement et confronter la panique de ces dames : « Et bien, avez-vous eu peur ? La prochaine fois, peut-être garderez-vous un œil sur votre fille afin d'éviter qu'elle se fasse enlever par la première venue ? ».
De la bouche, je produis un bruit étrange, à mi-chemin entre un tsss agacé et un claquement de langue frustré. Puis je me penche sur la table et plante mes coudes sur celle-ci, mon carnet bien caché derrière mes bras — comment peut-elle seulement croire qu'il s'agisse d'un vulgaire journal intime ? Si je n'étais pas si déterminée à dire ce que j'avais envie de dire, je le lui aurais dit, que ce n'était pas cela, ne serait-ce que pour assurer que ma fierté reste intacte.
Je pousse un long soupir désabusé avant de rétablir l'unique vérité qui, je n'en doute pas un instant, la décevra profondément.
« Je vais t'emmener nulle part. »
Quel dommage ! Se faire enlever par une inconnue, ce serait tellement plus amusant !
« Peut-être que c'est des trucs dégueux de filles qui sont écrits dedans, » répliqué-je malgré moi parce que, rappelons-le, Kristen Loewy était mariée à une femme, et aussi parce que j'ai envie de l'embêter, cette gamine à la naïveté débordante qui a d'abord cru, que dis-je, espéré ! que j'allais l'amener à la Réserve des Hybrides.
Je penche légèrement la tête sur le côté. Est-elle donc si seule, cette enfant ? Est-elle si triste, si désespérée pour espérer qu'une inconnue qui, à demi-mots (mensongers, mais ça elle ne le sait pas), la menace, qu'elle pourrait en fait vouloir l'emmener faire du tourisme ? Oui, je le crois, songé-je en l'observant, elle est triste et désespérément seule.
Quand je reprends la parole, c'est d'une voix profondément ironique et légèrement cassante.
« À la Réserve des Hybrides ou en haut d'une falaise, bonne question ! Peut-être que je te pousserai du haut de la falaise de l'île où se trouve la Réserve des Hybrides, qui sait ? »
Si je pourrais l'emmener chez moi ? Doux Merlin, mais... Qu'est-ce qui peut bien lui passer par l'esprit ? J'ai beau essayer de la suivre, j'ai du mal. D'un instant à l'autre, elle a abandonné toute tentative d'entrer dans mon jeu. Me croit-elle donc si sérieuse lorsque je lui pose des questions ? Croit-elle réellement que je vais l'emmener en haut d'une falaise pour me débarrasser d'elle ? Qu'est-ce que je lui inspire pour qu'elle me pense capable d'une telle chose ? Pire : se laisserait-elle faire si, là, je lui proposais de l'emmener avec moi ? Merlin, mais qui a donc élevé cette enfant ? Mon regard noir repart en quête des femmes, là-bas, des femmes qui rient aux éclats, le nez levé au ciel, un doigt passé dans la anse de leur tasse, ces femmes qui ne se retournent pas, trop absorbées par leur discussion. Pour leur donner une leçon, j'aimerais presque partir avec elle, cette fille, allez faire un tour à la Réserve, tiens, disparaître une heure ou deux puis revenir discrètement et confronter la panique de ces dames : « Et bien, avez-vous eu peur ? La prochaine fois, peut-être garderez-vous un œil sur votre fille afin d'éviter qu'elle se fasse enlever par la première venue ? ».
De la bouche, je produis un bruit étrange, à mi-chemin entre un tsss agacé et un claquement de langue frustré. Puis je me penche sur la table et plante mes coudes sur celle-ci, mon carnet bien caché derrière mes bras — comment peut-elle seulement croire qu'il s'agisse d'un vulgaire journal intime ? Si je n'étais pas si déterminée à dire ce que j'avais envie de dire, je le lui aurais dit, que ce n'était pas cela, ne serait-ce que pour assurer que ma fierté reste intacte.
Je pousse un long soupir désabusé avant de rétablir l'unique vérité qui, je n'en doute pas un instant, la décevra profondément.
« Je vais t'emmener nulle part. »
Quel dommage ! Se faire enlever par une inconnue, ce serait tellement plus amusant !
Le pot de colle
Sa réponse me fait écarquiller les yeux. Donc c'est vrai qu'elle parle de ses amoureux- amoureuses, dedans ? J'essaye de ne pas paraître déçue. Non pas que j'imaginais des rapports de missions ou des profils détaillés de ses cibles... non, du tout. « J'ai dit garçon parce que les garçons c'est bizarre. » J'essaye de ne pas trop grimacer en disant ça. « J'ai deux frères, et il y en a un qui... aime embêter tout le monde et faire des choses sans réfléchir. » Oui, Xan à définitivement des problèmes et il a fallu que je le voie manger des bouts de parchemin pour m'en rendre compte. « Par contre mon plus grand frère, ça va. Tu le connais ? » J'attends sa réponse pendant à peine une seconde avant de bondir de nouveau sur la table en faisant attention de ne pas renverser mon jus avec mes avant-bras. « Tu as quel âge ? » Ça se trouve ils étaient à Poudlard ensemble ! Je m’approche toujours plus de la Grande pour voir en détail à quoi elle ressemble. Si je lui fait une description précise, Rhys a bonne mémoire, il saura de qui je parle s’ils étaient dans la même classe.
Je veux lui demander sa maison pendant sa scolarité, et de nouveau son prénom - peut-être qu’elle a oublié qu’elle ne voulait pas me le dire ? mais la mention d’une falaise me fait douter. Elle n’est pas dangereuse, je le sais. Sinon elle n’aurait pas pris la peine de me parler pendant tout ce temps. « C’est haut ? » Je ne sais même pas pourquoi je pose la question. J’ai peut-être un tout petit peu peur des eaux profondes et je ne suis pas sûre que mon niveau en natation soit si bon que ça.
N’empêche que cette madame est impressionnante et j’ai un petit mouvement de recul quand elle s’avance. C’est le moment où elle m’emmène ? Je n’aime pas transplaner. La première fois je me suis évanouie et la deuxième fois… j’ai dû ressortir tout mon goûter. Mais ses mots sortent et- Oh. Hm, c’est vraiment nul. « Pourquoi ? » Ce café est nul et cette ville aussi.
Je veux lui demander sa maison pendant sa scolarité, et de nouveau son prénom - peut-être qu’elle a oublié qu’elle ne voulait pas me le dire ? mais la mention d’une falaise me fait douter. Elle n’est pas dangereuse, je le sais. Sinon elle n’aurait pas pris la peine de me parler pendant tout ce temps. « C’est haut ? » Je ne sais même pas pourquoi je pose la question. J’ai peut-être un tout petit peu peur des eaux profondes et je ne suis pas sûre que mon niveau en natation soit si bon que ça.
N’empêche que cette madame est impressionnante et j’ai un petit mouvement de recul quand elle s’avance. C’est le moment où elle m’emmène ? Je n’aime pas transplaner. La première fois je me suis évanouie et la deuxième fois… j’ai dû ressortir tout mon goûter. Mais ses mots sortent et- Oh. Hm, c’est vraiment nul. « Pourquoi ? » Ce café est nul et cette ville aussi.
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Le pot de colle
Je me renfonce contre le dossier de la chaise en lançant un regard atterré à la gamine qui persiste à me parler alors que je fais tout pour l'en dissuader. Je ne sais pas ce qui me dépite le plus de son inutile bavardage ou de l'incohérence de ses propos, sans parler de la naïveté dont elle fait preuve à chaque fois qu'elle ouvre le bouche. Je pousse un soupir long comme le monde et repose d'un geste un peu brusque ma tasse sur la table, non sans glisser un regard à mes madeleines à moitié grignotées que je n'ai pas le temps de terminer à cause de cette incohérente discussion.
« Les Adeline qui ont un grand frère, il doit y en avoir un tas, répliqué-je. Et j'ai l'âge de ne plus être à Poudlard. »
Est-ce que je trouvais les garçons bizarres, à son âge ? ne puis-je m'empêcher de me demander en la considérant d'un regard sévère. Je trouvais mes frères différents de moi et, fatalement, puisque j'ai eu toute mon enfance l'exemple en guise de frères de quatre garçons plus ou moins exubérants que je trouvais trop bruyants, j'ai peut-être toujours eu un peu de mal avec les garçons, non pas parce qu'ils seraient bizarres (pas plus que les filles du même âge), mais tout simplement parce que je les associais à mes frères, ce qui me suffisait pour me passer l'envie de leur parler. Même si j'ai eu connu quelques exemplaires intéressants, mais il faut dire qu'ils étaient rares, mais ce n'est pas une question de genre, juste d'humanité : les humains qui en valent vraiment la peine sont peu nombreux.
Avec un temps de retard, je prends conscience qu'avec cette gamine-là, si je ne précise pas mes propos, je me verrais répéter mille et une fois la même question, tout simplement parce qu'elle n'aura pas eu l'intelligence ou la vivacité d'esprit de deviner la réponse dans mes mots. Je lève brièvement les yeux au ciel et m'efforce donc de reformuler, sans chercher à comprendre pourquoi, exactement, je prends la peine d'être compréhensible pour cette fille.
« L'âge de ne plus être à Poudlard, ça veut dire que j'ai plus de 18 ans, j'articule à travers mes dents serrées. Et sans ton nom de famille, je ne peux pas te dire si je connais ton frère. D'ailleurs, quand on se présente, on le fait avec son prénom et son nom de famille, sinon c'est impoli. »
Finalement, je le prends, ce temps, celui de me demander pourquoi je reste ici sans sévir davantage pour me débarrasser de l'enfant. Et ce que j'en conclus, c'est qu'elle n'est pas totalement inutile. Naïve, agaçante, bavarde, mais audacieuse. Et puis elle m'occupe. Le poids du carnet coincé entre mon bras et la table est moins difficile à porter, quand elle me parle de toutes les choses inintéressantes qui lui arrive. Et mes pensées sont moins douloureuses sous mon crâne, maintenant que je suis occupée. Naïve, agaçante, mais utile.
« Et pourquoi je ne t’emmène nulle part ? poursuis-je d'une voix égale comme si je ne passais pas du boursouflet à l'hippogriffe. Parce que c'est interdit par la loi d'enlever des enfants. »
Elle captera bien la nuance dans ma voix, n'est-ce pas ? Celle qui prouve que je fais de l'ironie ? À dix ou onze ans, elle est capable de comprendre l'ironie. L'est-elle ?
« Et que je n'ai aucun intérêt à enlever des enfants, » affirmé-je froidement.
Je conclus mon petit discours en attrapant une madeleine et en la déposant toute entière, ou du moins ce qu'il en reste, dans ma bouche. Mâcher me permettra peut-être de supporter plus facilement les autres bêtises qui sortiront de la bouche d'Adeline-sans-nom-de-famille. Même si au final, je me rends compte qu'il n'y a pas grand chose à supporter. Peut-être devrais-je simplement accepter qu'elle est la bienvenue à ma table tant qu'elle me divertira comme elle le fait ?
« Les Adeline qui ont un grand frère, il doit y en avoir un tas, répliqué-je. Et j'ai l'âge de ne plus être à Poudlard. »
Est-ce que je trouvais les garçons bizarres, à son âge ? ne puis-je m'empêcher de me demander en la considérant d'un regard sévère. Je trouvais mes frères différents de moi et, fatalement, puisque j'ai eu toute mon enfance l'exemple en guise de frères de quatre garçons plus ou moins exubérants que je trouvais trop bruyants, j'ai peut-être toujours eu un peu de mal avec les garçons, non pas parce qu'ils seraient bizarres (pas plus que les filles du même âge), mais tout simplement parce que je les associais à mes frères, ce qui me suffisait pour me passer l'envie de leur parler. Même si j'ai eu connu quelques exemplaires intéressants, mais il faut dire qu'ils étaient rares, mais ce n'est pas une question de genre, juste d'humanité : les humains qui en valent vraiment la peine sont peu nombreux.
Avec un temps de retard, je prends conscience qu'avec cette gamine-là, si je ne précise pas mes propos, je me verrais répéter mille et une fois la même question, tout simplement parce qu'elle n'aura pas eu l'intelligence ou la vivacité d'esprit de deviner la réponse dans mes mots. Je lève brièvement les yeux au ciel et m'efforce donc de reformuler, sans chercher à comprendre pourquoi, exactement, je prends la peine d'être compréhensible pour cette fille.
« L'âge de ne plus être à Poudlard, ça veut dire que j'ai plus de 18 ans, j'articule à travers mes dents serrées. Et sans ton nom de famille, je ne peux pas te dire si je connais ton frère. D'ailleurs, quand on se présente, on le fait avec son prénom et son nom de famille, sinon c'est impoli. »
Finalement, je le prends, ce temps, celui de me demander pourquoi je reste ici sans sévir davantage pour me débarrasser de l'enfant. Et ce que j'en conclus, c'est qu'elle n'est pas totalement inutile. Naïve, agaçante, bavarde, mais audacieuse. Et puis elle m'occupe. Le poids du carnet coincé entre mon bras et la table est moins difficile à porter, quand elle me parle de toutes les choses inintéressantes qui lui arrive. Et mes pensées sont moins douloureuses sous mon crâne, maintenant que je suis occupée. Naïve, agaçante, mais utile.
« Et pourquoi je ne t’emmène nulle part ? poursuis-je d'une voix égale comme si je ne passais pas du boursouflet à l'hippogriffe. Parce que c'est interdit par la loi d'enlever des enfants. »
Elle captera bien la nuance dans ma voix, n'est-ce pas ? Celle qui prouve que je fais de l'ironie ? À dix ou onze ans, elle est capable de comprendre l'ironie. L'est-elle ?
« Et que je n'ai aucun intérêt à enlever des enfants, » affirmé-je froidement.
Je conclus mon petit discours en attrapant une madeleine et en la déposant toute entière, ou du moins ce qu'il en reste, dans ma bouche. Mâcher me permettra peut-être de supporter plus facilement les autres bêtises qui sortiront de la bouche d'Adeline-sans-nom-de-famille. Même si au final, je me rends compte qu'il n'y a pas grand chose à supporter. Peut-être devrais-je simplement accepter qu'elle est la bienvenue à ma table tant qu'elle me divertira comme elle le fait ?
Le pot de colle
J’ai l’âge de ne plus… quoi ? Elle n’a pas l’âge d’être à Poudlard ? Même moi j’ai l’âge d’y aller, maintenant. Je la fixe en essayant de retourner ses mots, en tous cas ceux dont je me souviens, dans tous les sens. Ou alors, elle n’a plus l’âge d’être à Poudlard. Ça veut dire qu’elle a loupé sa rentrée à Poudlard et qu’elle ne peut plus y aller ? C’est tellement triste. Je m’apprête à lui dire que je suis désolée de ce qui lui est arrivé quand elle répète cette phrase.
Sauf que celle-ci veut dire quelque chose. Pas l’autre.
Donc elle y a été, maintenant elle n’y est plus parce qu’elle n’a plus l’âge d’y être mais qu’elle a eu avant l’âge d’y être pour y aller. Elle a un langage trop adulte et compliqué pour mon cerveau alors j’hoche la tête. Attendez, elle… « Moi au moins je me suis présentée avec mon prénom ! », crié-je presque. Outrée. Je suis. Totalement. Indignée. « Toi tu m’as même pas dit comment tu t’appelais, alors t’es encore plus impolie que moi. » Est-ce qu’elle va me le dire, du coup ? Ou peut-être qu’elle se fiche autant que moi d’être impolie, parce que les gens ont leurs préjugés et en général ils ne changeront pas d’avis, quoi que tu fasses.
Je me remets à la fixer, et j’espère que ça la mettra suffisamment mal à l’aise pour qu’elle cède enfin et me dise son prénom. Elle a une tête d’Alice. « Peut-être que je ne suis pas une enfant, mais une… métamorphage très douée. » C’est interdit de kidnapper des adultes aussi ? Je pense que non, les grands sauraient se défendre s’ils étaient enfermés dans une cave. Pour ce qui est de l’intérêt, c’est vrai que je ne serais d’aucune utilité. Sauf si elle a des animaux et qu’elle a besoin qu’on s’occupe d’eux. Mais pas de serpent, par contre.
Sauf que celle-ci veut dire quelque chose. Pas l’autre.
Donc elle y a été, maintenant elle n’y est plus parce qu’elle n’a plus l’âge d’y être mais qu’elle a eu avant l’âge d’y être pour y aller. Elle a un langage trop adulte et compliqué pour mon cerveau alors j’hoche la tête. Attendez, elle… « Moi au moins je me suis présentée avec mon prénom ! », crié-je presque. Outrée. Je suis. Totalement. Indignée. « Toi tu m’as même pas dit comment tu t’appelais, alors t’es encore plus impolie que moi. » Est-ce qu’elle va me le dire, du coup ? Ou peut-être qu’elle se fiche autant que moi d’être impolie, parce que les gens ont leurs préjugés et en général ils ne changeront pas d’avis, quoi que tu fasses.
Je me remets à la fixer, et j’espère que ça la mettra suffisamment mal à l’aise pour qu’elle cède enfin et me dise son prénom. Elle a une tête d’Alice. « Peut-être que je ne suis pas une enfant, mais une… métamorphage très douée. » C’est interdit de kidnapper des adultes aussi ? Je pense que non, les grands sauraient se défendre s’ils étaient enfermés dans une cave. Pour ce qui est de l’intérêt, c’est vrai que je ne serais d’aucune utilité. Sauf si elle a des animaux et qu’elle a besoin qu’on s’occupe d’eux. Mais pas de serpent, par contre.
Mousse de l'équipage Ad2OC.
— deuxième année • #222666 • discord : poowtato —
« dishonor on your cow. »
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Le pot de colle
Je tire une tête de trois pieds de long qui signifie que je ne sais pas si je dois rire ou gueuler encore plus fort qu'elle ne le fait. Alors comme j'hésite, je pince les lèvres en la considérant, cette petite blonde qui gronde comme un animal en colère. Et pourquoi ? Moi, impolie ? Mais c'est elle qui est venue à ma table ! C'est elle qui m'emmerde ! C'est elle qui insiste, avec ses questions inutiles et ses... Ah, oui, me rappelé-je avec un tant de retard : je voulais commencer à accepter qu'elle n'était pas si inutile que ça. Mais quand je l'écoute me crier dessus avec sa toute petite voix d'enfant colérique, je commence à me dire que ma tranquillité d'esprit ne vaut peut-être pas la fatigue que cette enfant m'inspire.
Je soutiens son petit regard déterminé, qui brille sur son petit visage chafouin, et lorsqu'elle parle de métamorphage, je ne peux pas m'en empêcher : je lève les yeux au ciel en ricanant et croise les bras sur mon buste.
« Oh quelle puissante petite sorcière tu fais, toi qui ne sais même pas prononcer le nom de la catégorie à laquelle tu dis appartenir ! » Je lui lance un sourire narquois et me penche vers elle. « Si tu es une adulte cachée dans le corps d'une enfant, tu es donc une adulte qui manque franchement de culture. On dit métamorphomage, mais n'utilise pas des mots que tu ne sais pas prononcer. »
Je me rencogne contre mon siège et fronce doucement les sourcils en songeant à cette question de politesse. Au final, c'est toujours la même rengaine : il y a de moins en moins de gens habitués à appeler les inconnus par leur nom de famille, et fatalement, de plus en plus qui se vexe lorsqu'on leur donne pas notre nom de famille. Même quand j'avais l'âge de cette gamine, j'appelais les autres par leur nom et pas par leur prénom, c'était naturel pour moi, j'ai grandi dans un environnement qui fonctionnait ainsi. Pas elle ? Je n'ai aucune envie que sa petite bouche malpolie m'appelle "Aelle". Et puis de toute manière, je ne vois pas pourquoi je me présenterais à elle.
« Et pour ce qui est de la politesse, je pourrais t'expliquer par le menu en quoi ta seule présence ici est plus impolie que mon désir de ne pas me présenter à toi, mais je vais m'abstenir. »
Et je secoue doucement la tête en me demandant quelle prochaine bêtise plus grosse que sa tête sortira de sa bouche.
Je soutiens son petit regard déterminé, qui brille sur son petit visage chafouin, et lorsqu'elle parle de métamorphage, je ne peux pas m'en empêcher : je lève les yeux au ciel en ricanant et croise les bras sur mon buste.
« Oh quelle puissante petite sorcière tu fais, toi qui ne sais même pas prononcer le nom de la catégorie à laquelle tu dis appartenir ! » Je lui lance un sourire narquois et me penche vers elle. « Si tu es une adulte cachée dans le corps d'une enfant, tu es donc une adulte qui manque franchement de culture. On dit métamorphomage, mais n'utilise pas des mots que tu ne sais pas prononcer. »
Je me rencogne contre mon siège et fronce doucement les sourcils en songeant à cette question de politesse. Au final, c'est toujours la même rengaine : il y a de moins en moins de gens habitués à appeler les inconnus par leur nom de famille, et fatalement, de plus en plus qui se vexe lorsqu'on leur donne pas notre nom de famille. Même quand j'avais l'âge de cette gamine, j'appelais les autres par leur nom et pas par leur prénom, c'était naturel pour moi, j'ai grandi dans un environnement qui fonctionnait ainsi. Pas elle ? Je n'ai aucune envie que sa petite bouche malpolie m'appelle "Aelle". Et puis de toute manière, je ne vois pas pourquoi je me présenterais à elle.
« Et pour ce qui est de la politesse, je pourrais t'expliquer par le menu en quoi ta seule présence ici est plus impolie que mon désir de ne pas me présenter à toi, mais je vais m'abstenir. »
Et je secoue doucement la tête en me demandant quelle prochaine bêtise plus grosse que sa tête sortira de sa bouche.
Le pot de colle
J'ouvre la bouche en grand quand elle ne me croit pas et me retiens de lui tirer la langue. Une syllabe en plus ou en moins... Alors je me contente de croiser les bras et de marmonner un « c'est un diminutif pour ceux qui connaissent, c'est normal que tu saches pas que ça existe » en boudant. Je pourrais très bien être une métamorphomage. Et je suis cultivée. La preuve, je sais que les gens qui ont cette capacité peuvent métamorphoser des parties de leur corps. Et qu'ils ont ça dès leur naissance. Je décide de ne plus parler et de bouder comme il se doit. D'autant plus quand elle me redit que je suis impolie. Je suis gentille, c'est différent. Je suis venue lui tenir compagnie parce qu'elle était toute seule. Moi aussi. mais c'est un détail. Ce qui compte, c'est qu'elle ne veut pas admettre que je suis la politesse incarnée, alors que je me suis présentée avec prénom et que je lui même demandé avant de m'asseoir à sa table.
« On peut faire un jeu ? » Je réfléchis pendant une fraction de seconde avant de reprendre la parole pour ne pas la laisser dire non. « Une question, une réponse. Comme ça tu me demandes ce que tu veux et moi aussi, mais rien de trop personnel qui te mets mal à l'aise, promis. On a le droit à... un joker chacune, si on ne veut pas répondre. » Je sens mes yeux pétiller des mille feux, ravie d'avoir trouvé cette idée. « Tu commences ! » Et moi je réfléchis déjà aux questions prioritaires que j'aimerais lui poser. Parce que je ne sais pas si elle voudra y jouer longtemps avec moi.
« On peut faire un jeu ? » Je réfléchis pendant une fraction de seconde avant de reprendre la parole pour ne pas la laisser dire non. « Une question, une réponse. Comme ça tu me demandes ce que tu veux et moi aussi, mais rien de trop personnel qui te mets mal à l'aise, promis. On a le droit à... un joker chacune, si on ne veut pas répondre. » Je sens mes yeux pétiller des mille feux, ravie d'avoir trouvé cette idée. « Tu commences ! » Et moi je réfléchis déjà aux questions prioritaires que j'aimerais lui poser. Parce que je ne sais pas si elle voudra y jouer longtemps avec moi.
Mousse de l'équipage Ad2OC.
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« dishonor on your cow. »
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Le pot de colle
Son marmonnement abîme mes oreilles. Je lève les yeux au ciel en détournant légèrement la tête, pour montrer que son comportement immature ne m'intéresse. La mine froissée par ses bêtises, je parcoure des yeux le salon de thé, soupire en croisant le regard de quelques clients qui ont le malheur de se trouver sur le chemin de mes yeux, et agrippe la anse de ma tasse comme si elle pouvait me donner la force d'affronter toute cette situation. La gorgée qui coule dans ma gorge, encore chaude grâce au sortilège lancé sur la tasse, ne m'apporte aucune force, mais au moins me permet-elle de retrouver une contenance, ce qui me permet d'écouter la question de l'enfant sans éclater d'un méchant rire moqueur.
J'ouvre la bouche en inspirant, prête à lui balancer un « non » cassant qui, lui, sera peut-être un peu moqueur. Merlin ! Je savais qu'elle allait inventer une bêtise plus grosse qu'elle, mais pas à ce point. Évidemment, je n'ai pas le temps de parler, elle m'en empêche en poursuivant son laïus. Un jeu. Avec lequel je suis familière, car j'y ai déjà joué, si tant est que l'on puisse appeler cela un jeu. Un rictus moqueur vient finalement bel et bien froisser mon visage. Je secoue la tête, les yeux baissés sur ma tasse de thé.
« Quand on propose ce genre de jeu, il faut avoir quelque chose d'intéressant à donner ! je réplique d'une voix dure. J'ai bien plus à perdre que toi dans cette histoire. »
Parce que oui, je suis persuadée que ce que j'ai à dire est plus intéressant pour elle que toutes les réponses qu'elle, elle pourrait m'apporter ; j'ai beaucoup de choses à lui apporter, que ce soit pour contenter sa petite curiosité d'enfant ou pour combler quelques lacunes — dont elle est truffé, c'est certain. Alors pourquoi je jouerais ? Je pourrais lui balancer une ou deux vacheries au visage, parier sur le nombre qui serait nécessaire pour la faire enfin partir de ma table, puis profiter enfin de ma paix retrouvée. Ce serait si simple. Oui, sauf que je n'ai ni envie de partir, ni envie de me concentrer sur ce carnet qui brûle sous mon bras, ce carnet qui me rappelle une femme à laquelle je n'ai pas envie de penser, une femme dont je vois encore les yeux brûlants à la place de ceux de cette gamine, une femme dont l'ombre obscure veille à côté de notre table, invisible mais bien palpable pour moi, une femme dont j'ai envie de chuchoter le prénom, de murmurer l'existence pour la rendre évidente, une femme qui...
Merlin.
J'arrache mes yeux de ma tasse pour les déposer sur la minuscule sorcière, toute grimace, rictus, semblant de sourire pour qui serait naïf au point de croire que je souris, bref, toute expression disparue. Je confronte la froideur de mon cœur au visage gai et lumineux de l'enfant Adeline.
« Ton nom de famille, c'est quoi ? » la questionné-je brusquement.
Rester dans l'instant présent, ne pas laisser son esprit flotter, s'approcher des zones interdites, accepter l'inéluctable : bien qu'insupportable, cette gosse m'occupe. Alors occupe-moi, allez, réponds, questionne, invente ! Je commence à comprendre que le gouffre de sa connerie est sans fond. C'est un abysse duquel peut sortir n'importe quelle bêtise. C'est précieux pour m'aider à lutter contre mes sombres pensées.
Soudain, je lève la main pour arrêter une silhouette qui passait à côté de nous : un serveur. Je désigne ma tasse d'un doigt impérieux.
« La même chose, s'il-vous-plait. »
J'embroche Adeline sans-nom d'un regard noir.
« Si t'as soif, tu payes ta conso. Réponds, maintenant. »
J'ouvre la bouche en inspirant, prête à lui balancer un « non » cassant qui, lui, sera peut-être un peu moqueur. Merlin ! Je savais qu'elle allait inventer une bêtise plus grosse qu'elle, mais pas à ce point. Évidemment, je n'ai pas le temps de parler, elle m'en empêche en poursuivant son laïus. Un jeu. Avec lequel je suis familière, car j'y ai déjà joué, si tant est que l'on puisse appeler cela un jeu. Un rictus moqueur vient finalement bel et bien froisser mon visage. Je secoue la tête, les yeux baissés sur ma tasse de thé.
« Quand on propose ce genre de jeu, il faut avoir quelque chose d'intéressant à donner ! je réplique d'une voix dure. J'ai bien plus à perdre que toi dans cette histoire. »
Parce que oui, je suis persuadée que ce que j'ai à dire est plus intéressant pour elle que toutes les réponses qu'elle, elle pourrait m'apporter ; j'ai beaucoup de choses à lui apporter, que ce soit pour contenter sa petite curiosité d'enfant ou pour combler quelques lacunes — dont elle est truffé, c'est certain. Alors pourquoi je jouerais ? Je pourrais lui balancer une ou deux vacheries au visage, parier sur le nombre qui serait nécessaire pour la faire enfin partir de ma table, puis profiter enfin de ma paix retrouvée. Ce serait si simple. Oui, sauf que je n'ai ni envie de partir, ni envie de me concentrer sur ce carnet qui brûle sous mon bras, ce carnet qui me rappelle une femme à laquelle je n'ai pas envie de penser, une femme dont je vois encore les yeux brûlants à la place de ceux de cette gamine, une femme dont l'ombre obscure veille à côté de notre table, invisible mais bien palpable pour moi, une femme dont j'ai envie de chuchoter le prénom, de murmurer l'existence pour la rendre évidente, une femme qui...
Merlin.
J'arrache mes yeux de ma tasse pour les déposer sur la minuscule sorcière, toute grimace, rictus, semblant de sourire pour qui serait naïf au point de croire que je souris, bref, toute expression disparue. Je confronte la froideur de mon cœur au visage gai et lumineux de l'enfant Adeline.
« Ton nom de famille, c'est quoi ? » la questionné-je brusquement.
Rester dans l'instant présent, ne pas laisser son esprit flotter, s'approcher des zones interdites, accepter l'inéluctable : bien qu'insupportable, cette gosse m'occupe. Alors occupe-moi, allez, réponds, questionne, invente ! Je commence à comprendre que le gouffre de sa connerie est sans fond. C'est un abysse duquel peut sortir n'importe quelle bêtise. C'est précieux pour m'aider à lutter contre mes sombres pensées.
Soudain, je lève la main pour arrêter une silhouette qui passait à côté de nous : un serveur. Je désigne ma tasse d'un doigt impérieux.
« La même chose, s'il-vous-plait. »
J'embroche Adeline sans-nom d'un regard noir.
« Si t'as soif, tu payes ta conso. Réponds, maintenant. »