Hôp. Campagne PNJ Traitement des certitudes en chambre stérile PV

Ce RP a été écrit entre le 19 novembre 2020 et le 8 décembre 2020, par hibou. Après plus de 4 ans bien caché dans les tiroirs, le voici enfin. :grin:
@Aelle Bristyle

MI-SEPTEMBRE 2045


Cuisines de Poudlard.

« De la farine, je suppose... Du sucre... Ah oui, du lait, bien sûr... Et même du sel ? Il faut plus de beurre, n'est-ce pas ? Pez, j'ai oubli... Merde ! Merde, ce n'est pourtant pas plus difficile que les potions. »

Crac.

« Il y a un bout de coquille, là... »

Un coup de baguette magique : Accio bout de coquille ! et la coquille fusa vers elle, ramenant au passage de l’œuf sur ses vêtements. Kristen n'avait jamais été la meilleure de sa classe en potions, mais la cuisine lui semblait encore plus inaccessible. Surtout la cuisine ou la pâtisserie française. Elle n'avait rien trouvé de plus français à préparer que des "crouassons", comme elle les appelait avec son bon accent anglais.

« Diffindo ! Des tri...angles... Et... voilà... ça ressemble à des croissants, non ? »

Pez hocha vivement la tête, même s'il n'avait pas une grande habitude des croissants. Il affirma que Kristen était une bonne cuisinière et que les pâtisseries lui feraient certainement plaisir. La directrice de Poudlard, peu convaincue par la sincérité du compliment, soupira un peu, de la farine sur les joues et des bouts d’œuf sur la cape.

« Je lui dois au moins cet effort. J'ai été odieuse, ces derniers temps. »

***


Hôpital de campagne.

Dans leur boîte, les croissants encore un peu chauds dégageaient une odeur fort agréable. En revanche, il valait mieux ne pas les regarder de trop près : ils étaient complètement ratatinés. Kristen avait essayé de leur lancer un sortilège pour les faire gonfler un peu, mais cela gâchait leur consistance, alors elle avait préféré les laisser ainsi, et tant pis. Le plus important, c'était bien le goût, non ? La directrice de Poudlard avait dissimulé la boîte sous sa cape : pour une raison étrange, elle n'assumait pas que son initiative soit connue du commun des mortels. Kristen Loewy ne faisait pas de pâtisserie, ce n'était pas son genre. L'odeur la trahissait pourtant bien. Comme une fusée, elle se faufila entre les tentes de l'hôpital, les effluves de croissants chauds la poursuivant inexorablement ; elle ignora ceux qu'elle croisait, filant vers son objectif : la tente de sa compagne.

Devant l'entrée, elle appela Aude, prit une grande inspiration et se redressa, dévoilant la boîte de croissants dans laquelle était coincé un petit mot plié en quatre. Pas de réponse. Kristen appela à nouveau. Toujours rien. Elle poussa finalement le tissu de l'ouverture, inquiète. La tente était vide. Elle allait entrer quand elle sentit une présence sur sa droite.

« Madame ? Savez-vous où se trouve Aude ? »

Instinctivement, elle décala la boîte sur sa gauche pour ne pas trop la mettre en évidence auprès de cette inconnue.

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Mieux vaut tard que jamais, comme dirait l'autre !

Image postée par le membre
Arya Bristyle, 55 ans
Médicomage
Service de pathologie des sortilèges (Hôpital de campagne)
Mère d'Aelle


Mi-septembre 2045
Hôpital de campagne



Arya aime quasiment tout de son métier. Elle aime l’hôpital de campagne même s’il manque de confort comparé à ce qu'a été Sainte-Mangouste, elle aime les difficultés qu'elle rencontre avec certains patients, elle aime passer des nuits sur un cas difficile même si cela l’empêche de rentrer auprès de Zile, elle aime débattre de sujets intéressants avec ses collègues et surtout, elle aime plus que tout découvrir le dossier d’un nouveau patient. C’est ce qu’elle fait ce jour-là en traversant à grand pas les terres sur lesquelles se dresse l'hôpital pour rejoindre ledit nouveau patient. Si elle ne sait ni son nom ni ce qui l’a précisément amené ici, elle connait pourtant par coeur ses symptômes. Elle n’a qu’une hâte : pouvoir l’observer de ses yeux.

Être arrêtée en plein chemin par l’une des seules choses qu’elle déteste dans son métier lui arrache un invisible rictus. Arya Bristyle n’aime rien de moins que les visiteurs de l’hôpital — que ce soit ici ou à Sainte-Mangouste, c'est pareil. N’étant ni patient ni personnel soignant, les visiteurs sont des encombrements à ses yeux, elle ne supporte pas de les voir traîner, perdus ou en quête d’une aide quelconque, toujours prêts à la déranger et à l’empêcher de s’adonner à son activité favorite : la découverte.

En choisissant d'emprunter le chemin qui passe près du bureau de la directrice de l'hôpital, Arya a naïvement cru qu’elle ne serait point dérangée ; quelle erreur ! Elle s’arrache difficilement à sa lecture et dépose un regard ennuyé sur la femme qui l'a interpellée. Deux choses l'étonnent en voyant sa silhouette à l'entrée de la tente de la directrice : son visage, déjà, lui semble familier, mais Arya est incapable de se rappeler d’où elle le connait. Ensuite, le fait que cette visiteuse s'apprête à pénétrer dans le bureau de la Directrice Aude Luneau sans la moindre gêne.

Agacée par le toupet de cette femme qui, en plus de la déranger, semble prendre ses aises (pense-t-elle s’installer dans le bureau de la Luneau et l’attendre là ?), Arya se penche pour feindre regarder dans la pièce. Puis elle ramène ses yeux sur la femme qui, décidément, ne lui est pas si inconnue que cela :

« Aude… N’est pas ici, on dirait. »

Aude ? Vraiment ? Qui donc se permettait d’appeler une femme du statut de la directrice par son prénom ? Une fraction de seconde, Arya se fait la réflexion que cette femme était peut-être une proche de Madame Luneau, puis elle décide qu'elle se fiche de toute manière, comme de son premier chaudron, de qui est cette femme.

« Vous n’avez rien à faire là, madame. Vous trouverez bien un elfe qui vous indiquera où attendre la Directrice Luneau. Dans un endroit plus… Adéquat, par exemple. »

Un sourire s’affiche sur ses lèvres ; il n'a rien de sincère et n'est guère plus qu'une grimace de circonstance.

Reducio
- Votre PJ est présent ? Nope
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ) :
Arya Bristyle, mère d'Aelle, plus qu'active
- Lien vers la fiche du PNJ
- Intérêt de ce RP pour votre PJ : À l'époque, ce texte avait été écrit dans l'optique de faire découvrir le point de vue d'un membre de la famille d'Aelle sur la relation de celle-ci avec Kristen. Parce qu'Aelle a beau vouloir ne rien raconter de sa relation avec Kristen, reste que certaines choses sont visibles malgré tout. Sa mère, notamment, a un point de vue intéressant sur cette dernière et certaines de ses idées qui s'oppose en tout point à celui d'Aelle. Ce RP a l'ambition de montrer ce fossé entre Aelle et sa mère, et pour cela, rien de mieux que de le montrer en écrivant la mère en question.

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Kristen fut naturellement interloquée par l'accueil que lui réserva cette femme. Dans l'imaginaire collectif, les soignants étaient censés être bien plus sympathiques. Et surtout, ne la reconnaissait-on pas ? Kristen, qui s'était habituée bien malgré elle à penser comme une célébrité (c'est-à-dire qu'elle se passait de futiles présentations, estimant qu'on mettait tout de suite un nom sur son visage), ne comprit pas tout de suite ce que cette sorcière pouvait bien lui chercher, comme noises. Bien sûr, elle avait conscience de ne pas être appréciée de tout le monde - loin de là -, mais on ne jouait généralement pas l'indifférence, moins encore cette ignorance qu'elle imaginait, à tort, totalement feinte. En vérité, Kristen n'aimait pas beaucoup les manières des célébrités. Mais quand on avait son statut, que sa tête avait été affichée plusieurs fois en Une de la Gazette du Sorcier, et tout le reste, même sans y penser, on finissait par acquérir ce genre de réflexes, à penser que l'on serait bien accueilli à peu près partout. Surtout quand la célébrité en question était notamment due à l'étendue de ses capacités magiques... Cela devait naturellement imposer un minimum de respect, non ? Et puis mince, elle était ici pour partager un moment avec sa propre femme, elle était bien loin d'être une visiteuse non désirée. Ce n'était donc pas seulement son ego tout à fait démesuré qui la poussait à prendre l'ignorance de la soignante comme un défi mal placé : son ahurissement était sincère.

Alors, la directrice de Poudlard resta coite un instant, détaillant son interlocutrice, les yeux plissés, le menton relevé, comme toujours. Après un silence qui parut interminable, Kristen renonça à s'agacer du manque évident de culture de la sorcière. Elle avait du mal, ces derniers temps, à contenir ses envolées, à refouler sa négativité. Mais aujourd'hui, ici, elle devait faire un effort. Elle était venue pour cela même. Ainsi, elle s'arma d'un sourire involontairement gorgé de mépris et répondit à la femme :

« Je vous suis fort reconnaissante de si bien remplir votre devoir, Madame. Vous me voyez rassurée d'apprendre que mon épouse ne sera pas dérangée par le premier venu. »

Elle pencha un peu la tête et cligna deux fois des yeux, comme pour dire : m'avez-vous bien comprise, sombre... Non, non, du calme.

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Aux paroles de la femme, Arya — qui déjà avait baissé les yeux sur ses papiers — relève la tête pour l’observer avec attention. La première chose qui la frappe est le mépris, assez semblable au sien à vrai dire, qui teinte les mots de la dame. Impossible de se tromper. Elle ne se questionne pas longtemps sur son origine ; au mot épouse elle comprend tout à coup tout ce qu’il y a à comprendre : premièrement, elle s'est fourvoyée sur l’identité de cette charmante personne qui n'est pas une simple visiteuse et deuxièmement, s’il y a bien quelqu’un qui peut pénétrer comme elle le souhaite dans le bureau de Madame la Directrice Aude Luneau, c'est bien son épouse.

Arya sait se contrôler. Aussi, quand elle prend conscience que madame est la très fameuse Kristen Loewy, elle ne laisse rien paraître et on aurait pu croire que cette information ne lui faisait ni chaud ni froid. Ce n'est pourtant pas le cas. Cette femme n'est pas seulement l’une des sorcières les plus puissantes du pays ou une adepte, selon les rumeurs, d’une magie absolument détestable. Elle est également la personne qui a renvoyé sa petite fille et qui l’a rendue si malheureuse. Depuis le temps, Arya a fini par accepter — avec beaucoup de difficulté — qu’Aelle n’avait pas été exclue sans raison. Elle n'a cependant toujours pas avalé le fait qu’une autre femme prenne des décisions concernant ses enfants à sa place — toute directrice d’école qu’elle soit. Arya n'est pas très objective, malheureusement.

Elle referme son dossier, un sourire toujours accroché aux lèvres bien qu’il soit quelque peu figé depuis la prise de parole de Loewy. Elle s’en veut vaguement de se laisser diriger par une colère vieille de deux ans et demi ; elle s’en veut également de s’être retrouvée sans mot suite à son erreur, chose qui n’arrive que rarement, pour ne pas dire jamais.

« À croire que je ne vous avais pas reconnu, madame Loewy, » dit-elle finalement d’une voix acide.

Il faudra que Kristen Loewy se contente de cette phrase comme excuses car jamais Arya ne pourra dire excusez-moi à une telle femme, sa fierté ne s’en relèverait pas. Elle songe un instant à partir sans un mot, mais quelque chose la retient.

« Vous avez une certaine réputation. Dans l’hôpital, dans le monde, dans votre école… Et dans ma maison. » Arya pose un regard calculateur sur la femme. « Aelle déteste que l’on parle de vous. »

Ce n'est qu’un demi-mensonge. Aelle détestait, avant, que ses frères et ses parents parlent de sa directrice, ce qui arrivait malheureusement assez régulièrement puisqu’Aodren ne tarissait pas d’éloges (et de critiques) à propos de la femme. « Quand elle passe dans les couloirs, tout le monde se tait ! » disait-il avec admiration, puis il enchaînait en soufflant : « Quand j’pense qu’elle nous a empêché de rentrer en avril ! C’est la pire directrice du monde ! ». Au début, Aelle sortait de la pièce quand ils parlaient de Kristen Loewy, ou alors devenait insupportable ; désormais, elle est plus raisonnable mais Arya a remarqué qu’elle agit étrangement quand le nom de la directrice est mentionné — elle met cela sur le compte du malaise et pense donc à tort que sa fille déteste Loewy à cause de son renvoi. Heureusement, elle ne sait pas ce qu’il en est en réalité ou sa confrontation avec la femme aurait été plus désagréable encore.

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Prenant une grande inspiration agacée, Kristen ne prit plus la peine de cacher sa boîte de croissants : après tout, ce n'était pas comme si elle avait pour ambition d'impressionner cette femme qui ne l'avait pas reconnue au premier coup d’œil. Et puis, cette posture était assez inconfortable, et elle finit par admettre que dissimuler des croissants desservait son image plus que les assumer pleinement.

Les commissures de ses lèvres s'amusèrent quand la femme énuméra la liste de ses gloires : en effet, Kristen avait une réputation, et d'aucuns diraient qu'il valait mieux avoir une certaine réputation que ne pas en avoir du tout. De toute évidence, cette sorcière ne l'aimait pas beaucoup, mais cela n'avait rien d'original. Les yeux de la directrice de Poudlard se relâchèrent pourtant quand son interlocutrice prononça le nom d'Aelle. Oui, cela pouvait expliquer ces regards mauvais.

« Ooh..., fit-elle d'abord, piquée d'intérêt. »

Kristen s'autorisa un petit rire soufflé, de ceux que l'on expire quand on se rend compte que cet inconnu croisé dans la rue est en fait une connaissance des premières années d'école. Entendre qu'Aelle détestait que l'on parle d'elle ne l'étonna pas le moins du monde et elle ne se vexa pas, car elle ne voulait pas croire que cette réaction était due à de trop mauvais sentiments. Il devait plutôt être question de la volonté d'Aelle de conserver pour elle un secret bien gardé. Mais qui pouvait en être sûr ? Aelle était une enfant intéressante, et les personnes intéressantes ne sont pas si facilement devinables.

« Je suppose donc que vous êtes sa mère ? Aelle est une jeune fille tout à fait fascinante. Je suis persuadée qu'elle ira loin, et vous devez savoir que je n'ai pas la réputation de le dire de tous mes élèves. »

Au contraire, sa réputation érigeait plutôt en principe immuable son exigence et son intransigeance, ce qui était, pour un professeur d'une école si réputée que Poudlard, autant une qualité qu'un très vilain défaut. Kristen ne réalisait pas du tout qu'elle pouvait flatter l'ego de la mère en vantant la fille : elle ne réfléchissait pas à ce genre de choses. Elle disait ce qu'elle pensait et pensait ce qu'elle disait, c'était tout.

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La boite que tient Loewy attire naturellement le regard d’Arya qui, bien qu’étonnée, reste stoïque. Elle se demande si la femme est du genre à amener des petits présents à sa tendre épouse avant de décider qu’elle n’en a de toute manière rien à faire et que cela n'a pas grand intérêt ; contrairement à la réaction de la femme, et pire encore, ses paroles. Kristen Loewy semble se rappeler d’Aelle, le contraire aurait été étonnant, mais elle n’affiche pourtant pas une mine mécontente comme se doit de le faire toute personne se remémorant le fameux événement qui a amené Aelle à être exclue du château. La réaction de la femme trouble Arya ; un petit rire, des compliments… La directrice de Poudlard est-elle en train de se payer sa tête ?

Le trouble n’agite pas longtemps Arya — la fierté qui gonfle son coeur est trop importante pour laisser de la place à autre chose. Ainsi, son enfant, sa petite fille, son Aelle est, selon sa directrice, fascinante ? Ce ne sont pas des mots légers et Loewy ne semble pas du genre à mentir pour flatter les autres, ses paroles sont donc sincères. Arya ne devrait pas être étonnée. Après tout, en temps que mère, elle est censée savoir que sa fille est fascinante, n’est-ce pas ? Mais elle est étonnée, pourtant, que l’on considère Aelle de la sorte. Non pas qu’elle ignore les capacités et les qualités de son enfant, mais elle a une telle conscience de ses défauts et de son caractère exécrable qu’elle a souvent l’impression que rien d’autre ne se voit chez elle.

« Je suis sa mère, oui, » dit-elle après avoir considéré la femme pendant quelques secondes silencieuses.

Elle a conscience que la fierté qu’elle ressent n'est pas innocente. Elle n'est pas fière que sa fille soit fascinante, elle est fière d’être la mère d’une fille fascinante. Comme si, quelque part, Aelle était un morceau d’elle-même et non pas une personne à part entière ; ainsi, le moindre de ses succès la fait briller elle, Arya. Et ses échecs ? Bah ! sa mère ne se préoccupe pas tellement d’eux, elle laisse à Zile le soin de sévir.

Un sujet bien plus important que sa fille, cependant, intrigue Arya : cette femme droite comme la justice et sévère comme la nuit qui vient de lui avouer sans frémir qu’une personne de son statut et de son importance peut être fascinée par une gamine de quinze ans. Toute sa colère oubliée, Arya s’autorise un sourire. Ne sont plus importants désormais le ton froid de Loewy, la dureté de son regard ou l’acidité de ses paroles.

« Je me doute que vous n’avez pas la réputation de dire de qui que ce soit qu’il est fascinant, en effet. Je suis curieuse, cependant, de connaître la raison pour laquelle une femme de votre envergure trouve une enfant » — pour ne pas dire mon enfant — « fascinante. »

Arya est sceptique. Certes, ses paroles semblent sincères, mais comment peut-elle trouver Aelle fascinante alors que le seul lien qu’elle a avec elle se résume à la fois où elle l’a exclue, de manière méchamment irrespectueuse qui plus est, de son château ? Arya n'est absolument pas capable d'imaginer qu’il puisse être possible que sa fille et la directrice de son école aient eu d’autres rapports que ceux strictement professionnels. Après tout, elle l’aurait su le cas échéant, n’est-ce pas ?

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Pendant quelques secondes, elle baissa les yeux ; c'est tout ce qu'elle trouva à faire, même si elle détestait cela. Il fallait voir, observer, transpercer du regard ! Elle n'avait pas souhaité que ses globes oculaires soient si fatalement attirés vers le sol, mais elle était en présence d'une mère, une vraie, qui doutait apparemment que l'on puisse trouver un enfant fascinant quand on était Kristen Loewy. Elle-même aurait souhaité être davantage fascinée par Owen, son fils, celui qui faisait d'elle une mère... plutôt que le laisser filer. C'était tout ce qu'il demandait. C'était tout ce qu'il lui reprochait. Tu m'as abandonné pour d'autres enfants qui ne sont même pas les tiens. Pourtant, elle l'aimait. Tellement.

Reprenant contenance, elle prit une inspiration et affronta Arya Bristyle (dont elle ignorait le prénom, en vérité, car elle ne lui avait pas demandé et s'en fichait royalement), cette femme qui avait l'odieux plaisir d'avoir une fille comme Aelle Bristyle, c'est-à-dire : une fille qui était là, malgré tout.

« Qu'elle soit une enfant ou non n'a que très peu d'importance. Je m'efforce de ne pas définir une personne par son âge, mais par ce qu'elle a dans la tête et dans le ventre. J'ai vu nombre d'adultes qui n'avaient rien, ni dans l'une, ni dans l'autre. Je ne vois pas pourquoi ces personnes seraient plus dignes de mon intérêt sous prétexte qu'elles ont passé plus d'années à respirer. Je dirais même : au contraire, ces gens-là n'ont aucune excuse. »

Amusée par ce qu'elle considérait comme une pêche aux compliments, Kristen s'y engouffra bien volontiers :

« Je ne me priverai pas de vous flatter, Madame : votre fille ne manque ni d'intelligence, ni d'audace. »

Il était bien entendu hors de question que Kristen évoquât les conversations qu'elles avaient eues, c'était bien trop loin des convenances. Il lui semblait pourtant que la mère attendait quelques explications, ne serait-ce que pour trouver justification à tel discours.

« Vous vous doutez bien que ce n'est pas son intelligence qui l'a menée à se faire exclure de mon école. En revanche, Aelle a en elle quelque chose que j'appelais, à l'époque, la Poursuite. »

Vous appelez cela des explications ?

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Peut-être Arya n’aurait-elle pas dû être étonnée qu’une directrice d’école, toute Loewy soit-elle, considère une personne sans prendre en compte son âge. Après tout, pour les aimer sûrement devait-elle être capable de voir en ses élèves autre chose que de l’idiotie, de la naïveté ou du manque de discernement, soit tout ce que leur prête volontiers Arya qui n’a jamais su être intéressée par les enfants — exceptés les siens, et encore. La médicomage aime débattre de sujets complexes avec des adultes déjà bien expérimentés de la vie qui sont capables d’avoir un point de vue objectif (et mature) sur une situation, ce que sont incapables de faire les gamins, tout préoccupés qu’ils sont par leur petite vie sans grande importance.

En écoutant le discours de Kristen Loewy, Arya laisse apparaître sur son visage un petit sourire poli qui ne laisse rien voir de son désaccord. Il y a de toute manière un sujet bien plus important duquel discourir : elle-même — ou plutôt, sa fille.

Pour la flatter, Loewy la flatte volontiers. Arya ne se préoccupe pas de savoir si elle passe pour orgueilleuse aux yeux des autres et ne se gêne donc absolument pas de montrer que les compliments la grandissent. Et l’on a trop longtemps critiqué sa fille pour qu’elle ne se réjouisse pas que de ce que dit la directrice à son propos.

« La poursuite ? Vous devez parler de son amour déraisonnable pour le savoir. C’est rare de trouver un tel acharnement chez une si jeune personne… »

À dire vrai, s’il y a bien une chose chez Aelle dont sa mère est fière, c'est cet amour de l’acharnement, du savoir, de la connaissance, de la Poursuite, comme le nomme un peu pompeusement Kristen Loewy. Arya a conscience d’être en grande partie responsable de cette particularité chez Aelle ; évidemment ! ce n'est pas Zile qui pouvait le lui avoir transmit : il se contente toujours de ce qu’il a sans chercher à voir plus loin. Arya n'a cependant pas réussit à léguer à sa fille le concept des barrières à ne pas dépasser, à son plus grand déplaisir. Aelle le lui prouve bien trop souvent en évoquant la teneur délicate de certains de ses intêrets.

Les yeux plissés, elle observe la femme avec insistance, comme pour mieux Voir. Dans son esprit, le tableau de Kristen Loewy s'esquisse. Avant cette rencontre, la directrice n'était qu'un vague visage (et encore) auquel elle prêtait facilement quelques caractéristiques générales glanées au fil des années telles que « puissante », « bornée », « injuste » ou encore « influençable ». Il lui semble désormais que ces mots ne conviennent plus tout à fait pour la décrire. Comme si la réalité commençait à remplacer ses croyances. Arya n'est pas certaine d'apprécier que son regard sur Loewy change. Elle est bien trop fière pour accepter d'avoir été dans l'erreur pendant tout ce temps.

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« Déraisonnable ? »

Le terme imprima sur les lèvres de Kristen un sourire ironique. Elle avait eu beau essayer de mettre Aelle en garde contre les affres de la déraison, parce que des deux, elle était l'adulte prétendument responsable et elle ne souhaitait pas que l'on tombe dans les mêmes travers qu'elle, Kristen était pourtant bien consciente qu'être raisonnable, ce n'était pas pour les assoiffés comme Aelle et elle-même. On ne cessait de leur répéter de se calmer, car ils pourraient bien finir par devenir néfastes, ils ne s'en souciaient jamais. Après tout, pour les chercheurs insatiables, les imbéciles étaient ceux qui s'arrêtaient en chemin : leur esprit était si étroit, ils ne voyaient pas assez loin, la peur les ralentissait, la bienpensance les entravait, etc. On n'avait jamais fait avancer le monde en étant raisonnable. La raison, quel ennui !

« La Poursuite, ce n'est pas seulement l'amour du savoir. C'est la volonté, le besoin vital de le faire entièrement sien. Il y a une différence entre ceux qui le consomment et ceux qui le prennent. »

Après les flatteries adressées à la sorcière, Kristen hésita à la décevoir en lui partageant sa conviction qu'Aelle lui rappelait la jeune fille qu'elle était, au même âge. Qu'elles étaient taillées dans le même bois. Mais avec les compliments qu'elle en avait fait, la directrice de Poudlard ne souhaitait pas donner l'impression de se jeter des fleurs, même si elle considérait en effet qu'elle ne manquait pas non plus d'intelligence et d'audace.

Kristen ne passa pas à côté de la volonté de la mère d'Aelle de différencier, une fois de plus, les jeunes personnes des adultes. Elle ne souhaitait cependant pas consacrer la moindre énergie à poursuivre ce débat qui n'en était visiblement pas un.

« C'est assez rare, en effet, chez les gens en général. Est-ce que cela vous inquiète ? »

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Arya tique. Quelque chose dans les paroles de Loewy la dérange profondément. Elle ressent la même chose parfois quand elle regarde Aelle sans que celle-ci ne le remarque. Un malaise, un sentiment étrange qu’elle ne parvient pas à nommer. Longtemps, Arya s'est persuadée qu'Aelle lui ressemblait. Plus que Zakary qui a pourtant toujours été très intelligent ou que Natanaël qui a l’immense qualité de faire ce qu’elle dit et d’être passionné par les mêmes choses qu’elle ; Aelle, pensait-elle, est comme moi, une acharnée. Certes. Sauf que lorsqu’elle la regarde, Arya ne se reconnait pas en Aelle. Au même âge, elle a été profondément déterminée à tout savoir mais elle n’a jamais fait de la connaissance le gouvernail de sa vie. Il lui manquait quelque chose, peut-être. La passion ? Certainement. Aelle, et Loewy comprend-elle, ne veulent pas tout savoir pour tout savoir ; elles veulent tout savoir parce qu’elles ont la passion de tout savoir.

Il lui aurait fallut être idiote pour ne pas comprendre que les mots de Kristen Loewy, cette ardeur qu’elle a d’expliquer ce qu'est la “Poursuite”, s’adressent autant à Aelle qu’à elle-même. Personne ne parle du savoir de cette manière sans en avoir éprouvé la piqûre. Cela n’étonne pas Arya, à vrai dire. Dans son esprit, les gens sont rangés selon des cases très précises. Avec toutes les rumeurs qui courent sur son compte, Loewy est depuis longtemps, et cela tend à s’affirmer aujourd’hui, classée parmi les « déraisonnablement passionnés » — ce ne sont pas des gens qui peuvent attirer son admiration, il y a chez eux quelque chose de trop sauvage, de trop indiscipliné.

Arya est mal à l’aise. Et agacée. Sans le vouloir, son esprit fait des comparaisons qui sont loin de lui plaire. Pendant un instant, en regardant cette femme si froide pour laquelle elle n'a aucune sympathie, elle voit Aelle — cela n'est pas acceptable. D’un bloc, elle refuse ces pensées. C'est idiot de croire que cette femme ressemble à son enfant ! Après tout, le malaise qu’elle ressent n'est peut-être qu’une illusion.

Tout à coup, Arya ne sait plus que faire de ses bras. Elle les croise sur sa poitrine et dresse le menton.

« Je ne suis pas inquiète, » affirme-t-elle sans frémir.

Doux mensonge que voilà. Inquiète, elle l'est ! Inquiète de ne pas totalement comprendre sa fille, peut-être. Inquiète à l'idée que cette femme en soit plus capable qu'elle — chose qu’elle ne pourra jamais accepter, évidemment.

« Aelle devra bien se rendre compte à un moment ou un autre qu'il est impossible de tout savoir, que vouloir faire entièrement sien le savoir est vain. Elle se confrontera à des limites et cela ne sera pas plus mal. C’est une bonne chose d’avoir de la volonté mais la volonté ne sert à rien si elle n’est pas dirigée avec intelligence. »

Arya, elle, a apprit à diriger sa volonté. Déjà, elle n'a jamais été avide — l’avidité est une chose qu’elle exècre —, et elle sait faire la différence entre les choses à savoir et les choses à ne pas savoir. Le malaise qui gronde en elle lui susurre qu’Aelle est encore une pierre brute qui ne demande qu'à être poli. Avoir une telle prise de conscience devant une femme de la trempe de Kristen Loewy ne réjouit pas Arya — cela la déstabilise. Et s'il y a bien une chose que la médicomage déteste plus que tout, c'est d'être déstabilisée.