29 août 2024, 10:58
Les ombres de la solitude
Novembre 2037
Sixième année
@Morgan Rosenwald

..............A son réveil, le jeune Serdaigle avait bondi de son lit lorsqu'il avait aperçu, depuis les hauteurs de sa tour, que la neige était tombée cette nuit. Le petit-déjeuner avait été englouti plus rapidement que jamais et il était remonté à la vitesse de la lumière vers la volière, pour nourrir sa chouette. Comme chaque samedi, il s'exécutait à sa tâche hebdomadaire d'écrire une lettre à ses parents, détaillant chaque lecture qu'il avait faite. Plus les années passaient, et plus il lui arrivait de mentir sur la quantité de pages qu'il avait lues, même si la culpabilité finissait irrémédiablement par le ronger. Il savait qu'à la fin du mois, il ne pouvait pas échapper au partage de son opinion, mais il pouvait parfois compter sur l'opinion de ses professeurs qu'il retranscrivait mot pour mot quand il savait que celle-ci allait plaire à ses parents. Une fois la lettre envoyée, il s'appuya contre la petite grille de la volière et observa le parc qu'il surplombait. Voilà qu'il pouvait enfin faire quelque chose qui le titillait depuis plusieurs jours.

Après être repassé dans son dortoir, un livre de sortilèges en main, sa baguette dans l'autre et une besace chargée d'ouvrages sur l'épaule, il s'était précipité vers l'extérieur, prêt à travailler ses sorts. A vrai dire, c'était plutôt un qu'il souhaitait pratiquer : Nivicare. L'idée de pouvoir toucher la neige, observer de près les petits flocons le convainquait que sa visualisation n'en serait que meilleure. Alors accroupi, il rangea son manuel de sortilèges qu'il connaissait de toute manière par cœur, et se saisit d'une petite poignée de neige bien fraiche. Il tenta diverses approches : séparer des petits morceaux pour apercevoir le flocon le plus minime, souffler de son haleine encore chaude pour observer sa vitesse de fonte et même plonger sa main dominante dans la neige pour ressentir le froid avant de lancer son sort. A chaque expérimentation, il ressortait tout de son sac, notait tout dans son petit carnet, rangeait, et recommençait. L'idée de laisser quoi que ce soit reposer sur le sol lui était impensable. Il fallait que tout soit à sa place, rangé et propre.

L'expérience de la main plongée dans la neige avait été validée pour le jeune irlandais. Son sort avait fonctionné et voilà que la neige l'entourait et les flocons parsemaient ses cheveux noirs. Puis, comme le Serdaigle ne s'arrêtait jamais à une seule expérience, il venait de décider de marcher le long du parc pour voir combien de temps il pouvait rester concentrer sur son sort. Plus les expériences se validaient, plus il cherchait à intensifier la chose. Sauf que l'obstacle qu'il ne prenait jamais en considération était l'humain ; en l'occurrence, Morgan Rosenwald, qu'il venait d'apercevoir assise seule à lire.

Il connaissait bien sa réputation, ses fréquentations des années précédentes, et son tempérament. Et même si une seule année les séparait, il avait appris qu'il valait mieux attendre que l'interaction vienne d'elle plutôt que de s'oser à la démarrer soi-même. Il avait alors poursuivi son chemin, se tenant à cinq ou six mètres parallèles à elle et la neige l'accompagnant toujours. Puis, le remord l'avait fait s'arrêter. Il n'aimait pas faire comme s'il ne l'avait pas vue et la laisser à sa lecture, même quand on s'appelle Morgan Rosenwald. Il avait beau se dire qu'il pouvait apprécier d'être seul pour lire, quelque chose faisait qu'il lui était impossible de la laisser seule à sa lecture. Alors il était revenu sur ses pas, s'était approché en abandonnant ses derniers flocons de neige - en faire tomber sur son livre aurait été impardonnable - et avait opté pour un commentaire sur son livre, malgré toutes les règles qu'il s'était mentionnées plus tôt à son égard.

– Qu'est-ce que tu lis ?, avait demandé sa curiosité. Il avait pris soin de ne pas ajouter son prénom, car il savait qu'elle attendait qu'on utilise son nom de famille pour s'adresser à elle ; chose qu'il lui était très difficile de respecter pour quelqu'un de son âge.

A peine s'était-il assis sur le morceau de rocher, le rendant légèrement bancal, qu'il sentait un certain froid le prendre, le forçant à resserrer sa robe sur lui.

– Tu n'as pas froid ?

Il aurait bien voulu sortir sa baguette pour trouver de quoi se réchauffer, mais si elle ne le faisait pas, il n'allait pas le faire non plus.

..

21 sept. 2024, 16:28
Les ombres de la solitude
La date de son anniversaire approchait à grands pas, comme une ombre menaçante qui se glissait dans son quotidien. La jeune femme - qui ne rentrait plus vraiment dans la catégorie des jeunes filles - ne ressentait aucune excitation à l'idée de ce jour. Aucun désir de festivités ne venait l'effleurer. Une année de plus dans un monde qui lui paraissait chaque jour plus sombre, plus oppressant. Les anniversaires d’autrefois lui semblaient désormais bien lointains, ces moments qu’elle partageait avec Arden, lorsqu’elles s’aventuraient dans les cuisines de Poudlard à la recherche d’une part de gâteau, ou qu’elles gravissaient clandestinement les escaliers menant à la tour d'astronomie pour admirer la danse des étoiles dans le ciel nocturne. De simples instants d'insouciance, propres à deux jeunes sorcières qui n'avaient alors que faire des responsabilités qui s’amoncelaient à l'horizon de leur vie adulte.

Dix-neuf ans. Un âge particulier pour une élève de Poudlard, comme une anomalie. Ceux qui, comme elle, étaient nés après septembre portaient ce fardeau invisible, ce sentiment de décalage qui ne les quittait jamais vraiment. Elle l’avait toujours ressenti, cette distance, mais jamais autant qu’en ce début de sa dernière année.

Morgan s'était habituée à la solitude, au point de s’y lover comme dans un vieux manteau familier. Cela expliquait sans doute pourquoi elle n'avait jamais cherché à améliorer sa réputation, ni à se rapprocher de ses camarades après avoir coupé les ponts avec Jasper et sa clique, ou après le départ de Cora du château. La solitude ne lui pesait pas ; elle la préférait même. C’était une protection contre le tumulte du monde extérieur.

Ce samedi-là, la neige avait recouvert le parc d'un épais manteau blanc. Morgan savait que cela attirerait sans doute plusieurs élèves, désireux de profiter de la neige. Mais cette idée ne la dissuada pas de se rendre dans un recoin isolé du parc qu’elle connaissait bien, à l’abri des regards et des rires des autres. Là-bas, rares étaient ceux qui s’aventuraient, si ce n’est pour traverser le chemin longeant le château vers les serres. Ce coin retiré était l'un de ses refuges, tout comme le club de duel ou la bibliothèque.

Assise sur une surélévation rocheuse, elle avait métamorphosé la couche de neige en un souffle d’air, créant ainsi une assise sèche et confortable. Elle sortit un vieux livre de sa besace, un ouvrage poussiéreux qu’elle avait emporté avec elle, et se plongea dans sa lecture.

Elle avait vaguement perçu une silhouette s’approcher, accompagnée du crissement feutré des pas sur la neige, mais n'y avait prêté qu'une attention distraite. L'individu finirait par repartir, s’était-elle dit, sans même lever les yeux de son livre. Pourtant, le bruit des pas finit par se rapprocher. Finalement, la présence se fit si proche qu’elle ne pouvait plus l’ignorer.

Elle leva enfin la tête et posa son regard sur un élève qu'elle reconnut vaguement. Sixième année peut-être, ou cinquième, elle n'en était pas certaine. Muette, elle le fixa, ses yeux perçant l’air froid. Un mince filet de fumée s’échappa de ses lèvres à l’expiration, visible dans la différence brutale de température entre son souffle chaud et l'air glacé. Elle se demanda un instant ce qui, chez elle, avait pu donner l'impression qu'elle souhaitait être dérangée.

Sans un mot, elle referma lentement son livre, marquant sa page d’un geste précis, et le tourna pour en montrer la couverture au curieux. Das Arkanum der Glyphen, de Thaddeus Selwyck. Un ouvrage en allemand sur les runes, qu’elle avait déniché dans un coin oublié de la bibliothèque familiale, loin des lectures imposées par les cours de Poudlard.

I cast happiness upon y'all — while robbing you of a few Galleons, of course.
InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
#BotrucSuprématie #Le M c'est le S #4f246b

4 avr. 2025, 17:09
Les ombres de la solitude
Dans le regard que Morgan lui avait lancé, Niall s’y était précipité pour comprendre. Pour la comprendre. Sans prendre en compte les rumeurs, les critiques et toute supposition qui se faisaient à son sujet. Il avait observé ce regard qui semblait parler bien plus fort que ce que la fine vapeur de chaleur lui montrait. L’Irlandais avait esquissé un léger rictus face à cette hésitation marquée par la seule trace visible du contact entre la chaleur et le froid du lieu. La scène le faisait sourire car finalement, les éléments naturels entourant Morgan Rosenwald communiquaient plus que la sorcière. Certes, son regard ne semblait pas des plus ravis d’avoir été dérangé, mais il n’y avait pas non plus eu de remarque ; alors Niall s’y était accroché.

Dans le même silence que la sorcière avait imposé, l’Irlandais suivait ses gestes et penchait la tête pour lire plus rapidement le titre qui lui était dévoilé. Et s’il avait pu reconnaître l’allemand, il lui était pourtant impossible de traduire le titre de l’ouvrage. Même en fronçant les sourcils, la tâche lui résistait. Tout ce qu’il pouvait comprendre était l’illustration de la première page qui avait évidemment attiré son attention, car il reconnaissait des runes. À cet instant, si Niall avait été debout, il se serait assis une seconde fois. Signe d’un intérêt évident pour le livre présenté. D’autant plus que si un livre lui était inconnu, il y avait fort à parier qu’il s’y intéresse, surtout lorsque celui-ci semblait plutôt ancien.

Si Morgan avait accepté de relever la tête et de lui présenter son livre, l’absence de parole — autant pour le saluer que pour répondre à sa question — le rendait hésitant sur la prochaine marche à suivre. Se mordant l’intérieur de la joue, il réfléchissait à toute vitesse, cherchait le meilleur angle d’attaque pour assouvir sa curiosité qui le démangeait.

— Je ne savais pas que tu t’intéressais aussi aux runes.

Ce « aussi » qui signifiait que lui aussi s’y intéressait, espérant que si elle saisissait l’allusion, elle le prendrait un minimum au sérieux. Alors pour s’en assurer, il ajouta un commentaire qui orienterait son analyse à elle, qui lui ferait comprendre qu’il n’avait pas simplement reconnu une rune dessinée, mais qu’il les connaissait toutes par cœur.

— Qu’est-ce qu’il y a de plus que dans le Traité supérieur de 97 ?

Il n’avait pas pu s’empêcher de guetter son regard, cette fois, à la recherche de sa connaissance à elle. Avait-elle aussi fouillé dans les rayonnages que le bibliothécaire laissait parfois — consciemment — sans surveillance ? Il n’avait jamais parlé de sa passion pour les livres et notamment les runes à d’autres personnes que son professeur et le bibliothécaire, alors si la Serpentard ouvrait des portes, il s’y engouffrerait sans détour.

13 avr. 2025, 21:48
Les ombres de la solitude
Un frémissement, à peine perceptible, parcourut la commissure de ses lèvres — ce n’était pas un sourire, ni un rictus, mais quelque chose d’indéfinissable, comme si l’idée de cette conversation la surprenait. Ou l’amusait. Peut-être un peu des deux. Elle ne répondit pas tout de suite. Les flocons, plus épars, se déposaient doucement sur sa cape noire, sans qu’elle ne les chasse.

Elle avait posé le livre à plat sur ses genoux, la couverture à nouveau tournée vers elle. Ses doigts glissèrent distraitement sur le cuir ancien, usé aux coins, mais son regard, lui, ne quittait pas le visage de Niall. Il fallait dire qu’il avait réussi à se saisir de sa curiosité en mentionnant Le Traité supérieur de 97 . Un ouvrage qui lui disait quelque chose, faisant partie de ceux qui peuplaient la bibliothèque. Cependant il ne lui était pas possible de faire la comparaison, alors qu’elle n’avait pas fini la lecture de son propre ouvrage.

Un léger souffle lui échappa, pas un soupir, pas un agacement — juste l’évidence d’un air glacé qu’elle laissait filer entre ses lèvres.

« C’est en allemand, répondit-elle simplement. »

Sa voix, calme et posée, tranchait avec le silence feutré du parc enneigé. Aucune inflexion n’indiquait si elle cherchait à se montrer cassante ou si elle se contentait d’énoncer un fait. En réalité, elle-même ne l’aurait pas su. Ce genre de réponse lui venait naturellement. Des années à maintenir cette distance.

Elle replaça le livre dans sa besace, puis redressa le regard vers lui.

« Et je ne lis pas pour en parler. »

Pas un reproche. Plutôt une frontière posée, discrètement mais fermement. Morgan ne partageait pas ses lectures comme d’autres élèves partageaient des bonbons dans la salle commune. Ce qu’elle lisait, ce qu’elle en retenait, ce que cela réveillait en elle, tout cela lui appartenait, à elle-seule. Arden seule avait la clé pour déclencher chez sa sœur des envies de longs discours décousus et passionnés – et Cora également à la réflexion, si on considérait le cynisme adolescent comme un sujet aussi digne que les runes ou le duellisme.

« Que fais-tu par ici ? » demanda-t-elle enfin, sans changer de ton, sans adoucir son regard.

Elle n’attendait pas une réponse brillante ou originale. Juste une vérité simple. Il y avait quelque chose d’étrangement juste dans la manière dont il s’était approché, dont il avait observé sans commenter trop tôt. Peut-être était-ce simplement ça : quelqu’un qui avait compris que le silence avait parfois plus de valeur que l’échange. Ou peut-être simplement quelqu’un avait un minimum d’éducation.

Auquel cas, elle ne cherchait pas la compagnie. Mais parfois, elle tolérait la présence — le poison a faible dose avait parfois une utilité après tout.

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InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
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