Inventez-moi des rêves PV

Enola, puisque c'est ainsi qu'elle se nomme, semble toute pensive après mes paroles. Est-ce parce qu'elle n'est pas tout à fait d'accord avec mes choix de valoriser ces différentes inventions étrangères et originales ? A-t-elle un autre point de vue que le mien ? J'imagine que c'est le cas. Elle ne les a, certes, peut-être pas vues, ces créations, mais on peut vite se faire une idée à partir d'un récit et d'explications. Et puis, elle est jeune. Son opinion diffère forcément de la mienne puisque nous ne voyons pas les mêmes utilités aux objets. Cette jeune sorcière n'a probablement jamais eu de cours de runes. Comment peut-elle donc apprécier la valeur d'un stylet runique ? Certaines choses peuvent l'intriguer, mais tout ne peut pas lui parler. Il en est de même pour moi, j'imagine. Ce qui l'attire n'est plus nécessairement ce qui m'attire. J'ai grandi, et changé de regard. Sur l'échelle de mon intérêt, les sucettes ont dégringolé au profit de la sciences et du confort. L'enfant en moi a appris à se taire, écrasée par l'adulte.

Mais pourquoi n'en dit-elle pas plus, Enola ? Pourquoi ne me partage-t-elle pas davantage son avis ? J'ai envie de voir à travers ses yeux, de comprendre ce qu'elle tait, de saisir ce qui, chez elle, diffère de chez moi. Qu'elle m'explique, par Merlin ! Si je lui propose de voyager à mes côtés pour découvrir la prochaine allée, ce n'est pas pour qu'elle garde le silence. Je veux que son opinion me fasse me questionner et observer les choses différemment ; qu'elle soit honnête, qu'elle me dise ce qui l'intrigue et ce qui ne lui fait rien ; qu'elle m'aide à changer de regard. À quoi bon voyager si c'est pour être seul ? Avec qui partager son entrain ? Avec qui discuter de ce qu'on voit ? Ne serai-je pas passée à côté de la passion de l'opticienne sans l'aide de la petite brune ?

Alors, son acceptation me fait sourire autant qu'elle me surprend. Si l'idée de poursuivre ma route avec elle me fait plaisir, je ne pensais pas que sa réponse serait positive, notamment car j'aurais cru qu'elle aurait dû demander à son frère son approbation, afin qu'il ne s'inquiète pas. Enfin, elle doit y avoir réfléchi, et si j'ai son accord, c'est certainement parce qu'elle sait que ceux qui sont ici avec elle n'y auraient pas trouvé d'objection. Je lui fais confiance et préfère ne pas me questionner davantage à ce sujet.

« Super ! Eh bien allons-y dans ce cas, Enola. »

Je lui offre un grand sourire avant de m'avancer vers la nouvelle allée, surveillant néanmoins la jeune sorcière pour voir si elle me suit. La savoir seule avec moi me donne l'impression que j'en suis responsable. Je dois veiller à ce qu'elle ne se perde pas et à ce qu'il ne lui arrive rien. Merlin sait que les jeunes peuvent facilement disparaître au coeur d'une foule aussi dense.

En marchant, tournée vers la brune, je ne peux pas m'empêcher d'ajouter, sur un ton qui oscille entre la demande et une affirmation instable :

« Tu me donneras ton avis sur les stands que nous verrons ? »

Sois franche, ne retiens pas tes mots, réfléchis et dis-moi tout ce que tu penses ; mais ne te force pas si c'est contraire à ta nature, si tu ne souhaites pas parler ou t'imposer ; reste toi-même, et sens-toi libre de l'être. Néanmoins, sache que si tu choisis de marcher avec moi, durant quelques minutes ou une heure, alors je te demanderai d'être vraiment là, impliquée, de la manière que tu souhaites, mais impliquée tout de même. C'est ce que j'attends de toi, petite Enola, même si je ne le formule pas.

Ainsi, nous entrons dans cette nouvelle allée. Moi, avec mon sourire léger et mon regard toujours tourné vers celle qui m'accompagne. Et elle, à mes côtés.

Les deux premiers stands que nous apercevons sont bien différents : à gauche, une femme âgée propose à la vente ce qu'elle appelle « une bouse de licorne », dont l'aspect et les couleurs surprennent, mais dont les grimaces sur les visages des goûteurs repoussent ; à droite, le stand est bien plus intrigant, particulièrement parce qu'il ne montre pas grand-chose, si ce ne sont deux bouts de tissus. Je laisse à Enola le choix de la direction, me contentant de ralentir, et de m'immobiliser presque, pour regarder ces nouvelles inventions de là où je suis.

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Après avoir accepté la proposition de son aînée, la jeune fille regarda avec curiosité la réaction de cette dernière. Elle se demandait si celle-ci voulait vraiment qu'elle vienne ou si elle lui avait juste proposé par politesse. Pas que ça n'intéresse vraiment la Poufsouffle, en réalité. Elle se fichait pas mal de ce que pensaient les autres, en général. Malgré tout, le sourire qu'afficha la rouquine devant son acceptation la conforta légèrement dans sa décision, de même que son départ presque immédiat. Visiblement, elle était impatiente de commencer. Un sourire tranquille s'installa sur le visage pâle de la jeune sorcière, qui ne tarda pas à suivre son aînée. Elle aussi était excitée à l'idée de découvrir les autres stands, même si son visage ne le laissait pas forcément deviner. Elle était ravie d'être là.

Faisant quelques pas pour rattraper la prénommée Alyona, Enola ne tarda pas à se retrouver à côté de la jeune femme. Au milieu de la foule, comme ça, la brunette se sentait particulièrement minuscule. Tous les passants faisaient au moins une tête de plus qu'elle, et sa camarade du jour ne dérogeait pas à la règle. La petite sorcière se sentait perdue, angoissée au milieu de tout ce monde. Elle n'avait jamais aimé la foule -elle détestait même ça- et se souvenait à présent pourquoi. Si vivre à Poudlard lui avait appris à supporter la présence des autres au quotidien, à ne jamais être seule, ce n'était pas exactement pareil. Au château, jamais elle ne se retrouvait encerclée par tous les élèves. Et puis, elle les connaissait, les visages. Après dix mois à vivre avec les mêmes personnes, à les croiser chaque jour, la Poufsouffle avait l'impression de connaître même ceux qu'elles ne connaissaient pas. Sûrement parce qu'elle voyait leurs habitudes, les endroits où ils restaient, les personnes avec qui ils traînaient. Elle aimait observer. En tout cas, vivre au château avec des dizaines de sorciers ne la dérangeaient pas autant qu'être au milieu de centaines de sorciers, dans un endroits presque inconnu où elle ne reconnaissait aucun visage. Elle ne se sentait plus du tout à sa place, à mesure qu'elle zigzaguait parmi les passants.

Alors que la brune sentait sa poitrine se serrer et la panique envahir son cerveau, la douce voix de sa camarade vint interrompre son cycle de pensées, la ramenant au présent. Elle allait bien. Tout allait bien.

- Euh... oui, fit-elle, son visage ne trahissant pas son coeur qui battait à une vitesse anormalement rapide. Si tu veux.

La future deuxième année ne pouvait s'empêcher d'être légèrement étonnée. Pourquoi sa camarade voulait-elle qu'elle lui donne son avis ? Voulait-elle combler le silence ? Apprendre à la connaître ? Pour Enola, qui n'aimait pas forcément parler et à qui le silence faisait toujours du bien, c'était une question bien curieuse. Jamais elle n'aurait songé à demander ça à une fille plus jeune qu'elle, si les rôles avaient été inversés. Et la grande, est-ce qu'elle lui donnerait son avis ? Probablement. Elle avait l'air vraiment intéressée par tout ce qu'elle voyait dans les stands, ce qui lui obtenait l'appréciation d'Enola presque immédiatement. Cette dernière pouvait bien faire un effort pour donner son avis, ce jour-là. Elle avait envie de rendre son aînée contente, sans vraiment savoir pourquoi.

Rapidement, les deux sorcières arrivèrent devant deux nouveaux stands. Le premier était tenu par une vieille dame qui semblait vendre des bouses de licornes aux aspects ragoûtants. Etait-ce des vrais ? Enola avait bien du mal à comprendre comment les bouses pouvaient avoir ce genre de couleurs, intriguée.

L'autre stand était en réalité presque vide, invitant les visiteurs à pénétrer dans le petit chalet que constituait le stand. Voyant sa camarade ralentir, la fillette décida de prendre les devants et de pénétrer dans le stand, curieuse de voir ce qui s'y trouvait. Quelques personnes étaient déjà dans la pièce, mais assez peu pour qu'Enola ne se sente pas enfermée. Elle était mieux à présent, plus éloignée de la foule. L'endroit était simple, tenu par un jeune sorcier, mais attrayant. La brunette mit quelque temps à comprendre ce qui y était vendu mais finit par poser ses yeux sur des capes aux couleurs lumineuses. *Whaou*

- Elles sont trop belles, commenta-t-elle après avoir vérifié que son aînée était bien derrière elle, se rappelant ce qu'elle avait dit quelques minutes plus tôt. Elles doivent être bien chaudes.

La petite fille ne savait pas vraiment si c'était à ce genre de paroles que faisait référence la rouquine quand elle lui avait demandé si elle lui dirait ce qu'elle pensait. C'était ce qu'elle pensait. Elle n'avait pas vraiment d'avis plus détaillé sur de simples capes.

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La « bouse de licorne » présentée à ma gauche ne retient pas longtemps mon attention. Elle est de ces inventions qui ne m'évoquent rien et ne m'intéressent pas, sur lesquelles mon regard passe sans s'attarder, ni intrigué ni séduit. Pourtant, les curieux qui se regroupent autour du stand laissent à penser qu'il y a là-bas des choses à voir. Tant pis ! Ce n'est pas moi qui les observerai. D'ailleurs, Enola semble partager mon avis car, face à mon immobilité, c'est elle qui s'avance et choisi notre direction, s'éloignant de la femme âgée et de sa création colorée. La jeune sorcière marche vers la droite, et rejoint rapidement le stand qui présente deux simples bouts de tissus, plein de promesses et de mystères. Je ne perds pas mon temps à réfléchir, et suis la petite brune sans hésiter, tentée par le même stand qu'elle, et décidée à la surveiller, moi qui m'en sens responsable.

Le chalet est plus calme, peut-être parce que ce qu'il présente paraît si simple que les passants préfèrent aller voir ailleurs. Les bandes de tissus sont étalées sur la table, invitant les sorciers curieux à les toucher, mais aussi à les tremper dans un bol d'eau posé à côté. Au départ, je me contente de les observer du bout des yeux, me demandant ce qu'ils cachent. Nul doute qu'ils ont été modifiés magiquement. Mais pour quel résultat ? La jeune sorcière à mes côtés paraît émerveillée. Les commentaires qu'elle fait me donnent envie de toucher ces bouts de tissus à l'apparence riche et mystérieuse. Je pose mes doigts dessus, et je suis surprise par leur texture.

« C'est très doux », déclaré-je, une pointe de surprise dans la voix.

Je ne m'y attendais pas et cela m'intrigue davantage. J'ai envie d'en savoir plus et de comprendre l'utilité de ces inventions à l'apparence soignée et sobre. C'est peut-être cette curiosité qui me pousse à me saisir d'un des tissus pour le tremper dans le bol d'eau d'à côté. (Était-ce pensé pour cela ?) Cependant, je n'ai même pas le temps de plonger l'entièreté du textile dans l'eau que, déjà, les changements se font ressentir. L'étoffe semble se rétracter, comme si elle craignait le liquide. Le tissu diminue en taille pour s'éloigner de l'eau. Pourquoi ?

Toute étonnée et surprise par ce résultat, mes sourcils se lèvent sur mon visage et ma bouche s'ouvre pour laisser tomber une interjection toute naturelle.

« Oh ! » lâché-je, avant de me tourner vers la petite brune.

A-t-elle vu ce que j'ai vu ? Ce tissu réagit au contact d'un liquide ! Est-il pensé pour les temps pluvieux ? Mais, dans ce cas, qu'est-ce qu'il se passe ? N'est-ce pas plus cohérent qu'une tenue s'allonge afin de couvrir tout le corps du sorcier pour le protéger, plutôt que de se rétracter ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Je ne suis pas sûre de comprendre, mais j'ai décidément envie de soulever les voiles obscures de ce stand pour en découvrir les mystères. Quel type d'invention se cache sous toute cette mise en scène intrigante ?

Finalement, ce n'est pas tant la création qui m'intéresse, mais plutôt tout le jeu de piste et de secret qui se présente à moi. Je tombe dans le piège de ma curiosité. J'ai toujours eu une âme un peu aventureuse, décidée à sentir, à saisir, à tester, peut-être même avant de réfléchir, quand j'étais plus jeune. Les choses ont un peu évolué, mais elles n'ont pas totalement changé. Il y a toujours en moi ce désir de prendre dans mes mains, quitte à plonger mes doigts dans la terre. Chercher, c'est là tout mon plaisir. Alors, mes yeux se lèvent déjà en quête d'un autre indice. C'est ainsi que j'aperçois, à l'arrière, une cape bleutée posée sur un mannequin. Je cherche le regard de la petite brune à mes côtés avant de lui désigner des yeux ma découverte.

« Ce sont les tissus d'une cape, sûrement contre la pluie, déclaré-je. Mais je ne comprends pas très bien pourquoi elle se rétracterait sous l'eau... Ce n'est pas si pratique, quand il pleut. »

Mes sourcils se froncent tandis que je repose le bout de tissu dont je m'étais saisi. Quel mystère pour ce si petits bouts de textile ! Je ne sais pas si cela me plaît tout à fait, ou si cela m'agace un peu.

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La brune s'était dirigée vers le stand qui lui avait paru le plus calme, dans l'espoir d'échapper un peu à la foule et Alyona l'avait suivie. Pas par obligation. Par envie, peut-être ? Enola n'aurait su dire ce qu'il se tramait dans le cerveau de son aînée. Elle n'était pas du genre à traîner les gens derrière elle, en général - elle préférait largement qu'on la laisse avancer seule, probablement parce qu'elle était un peu solitaire. Son aînée semblait différente, cependant. Elle ne l'accompagnait que depuis quelques minutes, mais elle avait quelque chose d'intriguant. Un mélange de contrôle, d'observation et de curiosité qui plaisait à la petite sorcière, sans qu'elle ne sache vraiment pourquoi. Elle se sentait presque en sécurité.

Les deux sorcières ne parlaient pas beaucoup tandis qu'elles avançaient, ce qui n'était pas pour déplaire à la plus jeune. Enola n'aimait pas beaucoup parler, surtout quand c'était inutile. Pourquoi vouloir remplir les silences ?

La banalité du stand était étonnante, par rapport à tout ce que la Poufsouffle avait pu voir ce jour-là. Il y avait des capes, des bouts de tissu et une bassine d'eau. Elle aurait presque pu se croire parmi les moldus, si elle n'avait pas eu conscience de l'endroit où elle se trouvait. Il n'y avait rien de tape-à-l'oeil, aucun indice qui indiquait que le tissu était magique. Après qu'elle ait tenté tant bien que mal d'exprimer son avis - comme sa camarade le lui avait demandé - ses doigts effleurèrent les étoffes sans les prendre, attentive au moindre frisson sous la pulpe. Elle esquissa même un demi-sourire en entendant l’autre fille dire que c’était doux, comme si c’était une révélation. Un autre adjectif pour finir la description faite quelques secondes plus tôt.

La brune n'eut pas le temps de réagir que, déjà, son aînée s'était emparée d'un des tissus et l'avait trempé dans la bassine d'eau. Enola esquissa un sourire amusé, étonnée de l'impulsivité de la sorcière. Elle ne s'était pas imaginée que celle-ci ferait ça. Elle-même ne l'aurait pas fait d'ailleurs, si elle avait été seule. Sans faire de commentaire, la future deuxième année observa avec attention le tissu se rétracter devant ses yeux. Clairement, l'eau avait un effet sur ce dernier.

- On dirait que t'as découvert un dragon dans ton assiette, pouffa-t-elle devant la réaction de la jeune femme, bien qu'elle-même impressionnée par ce qui venait de se passer.

Curieuse malgré elle, Enola observa le tissu avec attention, comme si le regarder plus attentivement aller lui donner les réponses à ses questions. Ce qui ne fut pas le cas, évidemment. Ce fut plutôt la rousse qui, quelques secondes plus tard, reprit la parole pour lui partager sa théorie: c'était le tissu d'une cape de pluie. ca paraissait logique, maintenant qu'elle le disait. Mais, comme l'avait également dit sa camarade, pas très pratique.

Enola hocha doucement la tête, fixant le mannequin au fond du stand.

- Peut-être que c’est l’inverse, fit-elle, les yeux brillants d’une réflexion en train de naître. Peut-être que ça se rétracte pour ne pas te ralentir. Pour pas s’alourdir sous la pluie. Comme... une mue. Tu sais, comme certains insectes. Ou une feuille qui se replie quand il pleut.

Elle haussa une épaule, signifiant son incompréhension à la jeune femme à côté d'elle. Elle ignorait à quoi pouvait vraiment servir la cape et ne risquait pas d'aller poser la question. Elle préférait largement y réfléchir toute seule, se creuser le cerveau, même si elle finissait par ne pas trouver d'explication.

- Ou alors, c’est juste un tissu peureux, fit-elle avec un petit sourire moqueur. Qui sait.

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Cela semble l'amuser, Enola, de me voir tout intriguée, le visage ouvert aux vents de la surprise, les yeux arrondis, les sens en alerte et le crâne plein d'interrogations. Et moi, je ne sais pas trop comment la prendre, sa phrase un peu moqueuse qui teinte mes joues de rouge. Ai-je l'air si idiote ? L'embarras me chatouille les traits. Un sourire s'installe pourtant sur mes lèvres. Autant rire de la situation, n'est-ce pas ? Un dragon dans mon assiette... Oui, je crois que mon étonnement aurait été le même... Quoi que ! Le dragon m'aurait sûrement inspiré plus de crainte que d'intérêt. Surtout s'il se trouvait dans mon assiette, caché sous quelques légumes dont je pensais pouvoir me réjouir. Alors, je jette un regard piqué à la jeune sorcière, perdue entre le rire et l'offense, mais heureuse de la voir amusée, même si son ton est un peu farceur.

Mon accompagnatrice du jour n'en reste pas moins tout autant intriguée que moi par ce qu'elle aperçoit. Je le vois dans ses yeux qui retournent le tissu dans tous les sens, comme si la réponse à son mystère était écrite à son dos. C'est si frustrant de ne pas comprendre ! Seul notre échange nous éclaire, puisque nous tâtonnons toutes les deux en quête d'indices. Les paroles ont cela de merveilleux qu'elles allument des lumières dans nos pensées. Je n'ai peut-être pas raison, mais la piste que j'ai ouverte est une voie de réponse. Si nous nous engageons, trouverons-nous quelque chose ? Je me plais à penser qu'en réfléchissant ensemble, nous saisirons davantage ce qui se dissimule dans l'ombre.

« Oh, c'est vrai ! Je n'avais pas vu les choses sous cet angle », admis-je.

Une cape qui se rétracte pour ne pas se gorger trop d'eau, pour ne pas ralentir... Ce n'est pas stupide, au contraire. Il est vrai que la lourdeur d'un tissu humide peut se révéler facilement contraignante, empêchant des mouvements souples et brouillant la spontanéité de certains instincts. Et puis, qui apprécie les vêtements trempés qui vous pèsent sur les épaules, en plus de les rendre mouillées ? J'aime la vision d'Enola, qui contraste avec la mienne, et n'en demeure pas moins astucieuse et réfléchie. Je ne sais qui de nous deux s'approche le plus d'une vérité concernant ce tissu, mais nul doute que nous ne devons pas en être bien loin. Le saurons-nous un jour ? Peut-être...

La dernière réflexion d'Enola me fait sourire davantage que sa première. Une cape peureuse ? Pour une fois, je décèle facilement l'humour derrière ses paroles. J'imagine bien ce tissu, vendu ici comme une bête de foire pour recueillir les moqueries. « Voici une cape qui ne vous protégera jamais de la pluie ! », et toutes les explications narquoises qui pourraient se poser sur cette création. Cependant, nul doute que si cette dernière était peureuse, comme le suppose avec malice la jeune brune, bien plus de personnes nous entoureraient pour aller observer de plus près cette invention non-conventionnelle. L'étrange intrigue et attire. C'est même peut-être ce qui justifie pourquoi il y a ici moins de monde qu'autour de cette « bouse de licorne » proposée au stand voisin.

« Qui sait, oui... » réponds-je simplement à Enola, avec un sourire amusé.

Je lève une dernière fois mes yeux sur l'intérieur du petit chalet avant de tourner mon visage vers la suite du parcours. Il nous reste encore bien des stands à découvrir, et quelque chose me dit que celui installé à côté du nôtre mérite le détour. L'odeur qui s'en dégage m'appelle au mouvement. Ne sont-ce pas là des parfums de citrouille ? Il suffit d'y penser pour que la faim s'éveille en moi.

« On passe à la suite ? » demandé-je à la petite sorcière, m'écartant de la table sur laquelle les tissus sont posés.


Je ne sais pas si tu souhaites écrire toute leur déambulation, mais si tu veux on peut réfléchir à une fin ou s'en rapprocher.

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A la remarque de la fillette, Enola ne put s'empêcher de remarquer le sourire mi-amusé mi-offensé que lui offrit son aînée. N'y répondant pas, la Poufsouffle se contenta de lui adresser un sourire un peu plus léger. Elle oubliait parfois que son humour n'était pas toujours bien reçu, ou que les gens n'étaient pas toujours dans sa tête. Pour elle, c'était une simple plaisanterie, une façon d'exprimer ses impressions. Sa franchise avait toujours été remarquable, depuis qu'elle était toute petite, et la brune avait appris à la cacher d'ailleurs quelques plaisanteries. Parfois, ça passait bien. D'autres fois, un peu moins. En tout cas, la future deuxième année n'était pas prête de changer.

La jeune sorcière laissa ensuite son regard s'attarder un instant de plus sur le tissu, sans rien ajouter, quand son aînée acquiesca à sa théorie. En réalité, la brune n'avait aucune idée de comment la cape pouvait bien marcher. Elle avait lancé sa théorie sans vraiment y réfléchir, cette idée étant la seule qui lui sautait aux yeux. Mais à présent, elle l'observait encore, tentant en vain de comprendre la volonté de celui qui l'avait fabriquée. Comme si le tissu allait le lui dire, ou encore que quelque chose allait enfin lui sauter aux yeux. Mais rien ne vint, évidemment. Enola n'était pas dans la tête de celui qui l'avait concu, malheureusement, et aurait probablement bien du mal à en comprendre le fonctionnement sans plus d'information. Elle haussa donc les épaules dans un geste imperceptible, perdant légèrement patience. Elle n'aimait pas quand les choses lui échappaient, surtout lorsqu'elle s'y intéressait. Finalement, la fillette cligna des yeux puis se détacha de la table avant de rejoindre son aînée, qui s'était éloignée de quelques pas quelques secondes auparavant. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle restait avec cette dernière, ne la connaissant absolument pas, mais était presque contente de le faire. C'était toujours mieux qu'avec son frère. La rousse lui accordait presque plus d'attention que lui, en réalité.

- Ouais, fit-elle brièvement quand son aînée lui proposa de passer à la suite. Elle ajouta ensuite, comme une sorte de conclusion: C’est peut-être rien, ce tissu. Juste un effet de style. Un gadget. Y en a plein, ici.

Elle s'éloigna ensuite après s'être assurée que sa camarade était sur ses talons, déjà attirée par les différentes odeurs qui flottaient tout autour d'elle. C'était un peu comme si la magie avait envahi les lieux et Enola adorait ça. Tous les stands l'appelaient, bien que certains soient plus loufoques que d'autres, et la brunette n'avait qu'une envie: tous les étudier. Peut-être pas avec son aînée. Probablement pas, même. Mais même seule, la jeune sorcière savait qu'elle allait en profiter. Parce que sa curiosité ne semblait jamais être rassasiée.

- On verra la suite, commenta-t-elle avant de s'avancer vers un nouveaux stands.

Et les deux sorcières continuèrent comme ça pendant encore quelques temps, Enola s'efforçant de donner son avis sur les objets qu'elles voyaient et Alyona donnant volontiers le sien. La petite sorcière ne l'aurait probablement pas avoué, si on le lui avait demandé, mais elle avait vraiment passé un bon moment. Ca faisait du bien, d'avoir de la compagnie, parfois.

Et voilà, fin pour moi !
Merci encore pour ce RP, c'était un plaisir :cute:

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