Millport, Ecosse Sangblanc et senteur florale

Lundi 12 Juillet 2049
Avec @Alice Sangblanc



Après avoir terminé de perfectionner sa préparation de Gaz Étrangleur, et même si Alexander aurait encore voulu rester toute la soirée, il s'était hâté de rentrer chez lui. Il n'avait plus que deux heures pour se préparer, ce qui était tout juste suffisant, alors, il ne devait pas trainer. Pour le Serpentard, un retard était toujours hors de question. Alors, il avait rejoint le manoir propre comme un sou neuf, jusqu'au jardin d'été qui resplendissait comme si Moïra et les filles venaient encore à peine de l'installer.

L'adolescent avait d'abord été circonspect face aux instructions de sa grand-mère. Non seulement, travaillant encore à cette heure, ne serait-elle pas là pour accueillir leurs invités, mais elle avait aussi remit au goût du jour un cérémoniel d'étiquette qui n'était plus sensé survenir depuis la naissance du petit Dalach. Il avait alors interrogé son grand-père du regard, qui avait simplement haussé les épaules avant de lui intimer de ne pas trop s'en soucier pour le moment, ce qu'il avait accepté.

Et ainsi, Alexander s'était préparé. Contrairement à sa sortie du weekend, c'était aujourd'hui l'occasion pour l'adolescent de s'ouvrir au plein potentiel des moyens mis à sa disposition pour resplendir. Chose assez rare pour le souligner, Moïra avait pris le soin de choisir sa tenue, et c'en était donc une nouvelle. Version comme améliorée de sa tenue du bal de Yule d'il y'a deux ans, le costume vert sombre, et sa chemise plus claire s'ouvraient sur de belles vagues de printemps or et argent. Des mêmes étoffes hors de prix, on avait fait du pantalon une œuvre où les fils luxueux dansaient et tournaient tels des lierres enchantés. La cravate, enfin, recréait une harmonie d'écailles brillantes, achevant de faire d'Alexander une sculpture nacrée et verdoyante.

C'est dans cette tenue qu'il acheva de descendre, le pas déjà noble, pour retrouver devant le manoir, au milieu des deux arches vertes et fleuries du jardin d'été, son grand-père, sa mère et son père. Le Serpentard n'était pas idiot, et il avait rapidement compris que ne restait de sa famille ici présente que des pièces rapportées qui n'étaient en rien sinon par la famille liés au Clan. Alexander Joyce Sr restait cependant l'éminente figure de la fortune familiale, tandis que les époux Joyce représentaient encore et toujours le pinacle de ce que le sang, la fortune et la beauté pouvaient incarner chez des êtres humains. Le message était clair, leurs invités seraient aujourd'hui accueillis par la maison Joyce, et non avec ou par le Clan O'Landeir. Ce que cela pouvait bien augurer des intentions de sa grand-mère qui les rejoindrait plus tard, pour le dîner, il n'en avait par contre aucune idée.

Pour autant, et pour une fois, le phare de beauté qu'incarnait Irina Joyce ne devait pas être en cet après-midi la lumière qui devait éclairer Great Cumbrae. Et si la cinquantenaire qui en paraissait la moitié trônait encore comme étant la blonde oeuvre d'art dont elle repeignait le monde de sa simple présence, c'était l'éclat d'Alexander qui avait changé. À sa nouvelle tenue, il avait associé près d'une heure de préparation pour appliquer soins de peau et maquillage du bout de ses lèvres au bord de ses yeux. Bien plus discret que celui de sa mère, il restait présent tout en soulignant ostensiblement ses traits génétiquement prisés que l'adolescence ne faisait que souligner davantage. Comme tous les Joyce, mais aujourd'hui au même niveau que sa mère, le Serpentard était réellement beau, et il en avait pleinement conscience, sans que cela ne fasse jamais naître dans ses yeux le moindre sentiment de supériorité. Le moindre sentiment, en vérité.

Lorsqu'il se mit en place, au devant des trois membres de sa famille, Irina faillit, par réflexe, arranger les beaux cheveux blonds de son fils, avant de se rendre compte par elle-même qu'il s'était déjà surpassé, d'un arrangement capillaire dont l'odeur du soin ne faisait que se mêler divinement au parfum fleuri d'Alexander. Aussi, lorsque leurs dignes invités arrivèrent enfin, l'adolescent exécuta une parfaite révérence du poignet - soulignant ses délicats gants de soie blanche et vert d'or - inclinant légèrement et rapidement la tête dans une maîtrise parfaitement neutre de l'étiquette.

- Sieur et Dame Sangblanc, ma famille se joint à moi pour exprimer notre plaisir à vous accueillir sur notre propriété. Moi, Alexander Joyce Jr, ait reçu le privilège de vous accueillir et de me faire votre hôte jusqu'au dîner organisé en votre honneur. J'espère que nos modestes lieux sauront vous convenir durant votre séjour.

Et Alexander vint ainsi porter son regard émeraude vers celui d'Alice Sangblanc.

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- Votre PJ est présent ? oui / non
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ) : Sangblanc Thomas. Frère.
- Lien vers ma fiche de PNJ
- Intérêt de ce RP pour votre PJ : Thomas permet à Alice de se trouver en Grande-Bretagne.

« — Avez-vous à coeur de me cisailler en deux ?
Ne faîtes pas l’enfant. C’est vous qui avez insisté pour voler. »

Inutile de poursuivre : tante Elise aurait le dernier mot. Du bout de sa baguette, la belle dame ajustait la tenue de vol d’Alice sans prêter la moindre attention aux douleurs de ses côtes. Alice fixait son reflet dans le miroir, faisant d’un jeu son refus d’exprimer le moindre marquer d’inconfort sur son visage.
Oui, malgré les douleurs qui lancinaient encore ses côtes, Alice volerait, car c’est ce que l’on attendait d’elle. Oh, bien sûr, elle ne devait rien aux Joyce, et pouvait choisir la voie de la facilité en voyageant via le Magic’port. Mais le fait est qu’elle savait qu’une arrivée en hippogriffe avait bien plus de charme.

Dire au revoir à Père n’avait pas été chose aisée. Dans ses yeux d’argent, Alice y avait vu trop de choses auxquelles elle n’était pas habituée concernant Dorian Sangblanc. Les regrets, l’inquiétude, et un soupçon de colère. Cette dernière n’était pas dirigée vers elle, bien sûr. Elle était pour la situation qui lui échappait. Sa fille s’en allait là où ne voulait pas d’eux, et s’offraient aux mains d’inconnus aux intentions sibyllines. Du moins, c’était l’avis de Père.
C’était l’avis d’un homme qui, lorsque cela concernait ses chers enfants, perdait en réflexion.

Alice volait au côté de Thomas. Les nuages étaient épais, projetant leurs ombres sur la Manche. Parfois, Alice se risquait à jeter un regard vers le bas, et regrettait presque aussitôt. Ces tentatives étaient observées par Thomas, un sourire amusé ourlant ses lèvres. Il ne se moquait point, du moins pas verbalement. Peut-être voyait-il dans les actions de sa sœur une volonté de braver sa phobie ?

•••


Alice n’avait aucun attrait pour l’Écosse ni pour sa peuplade. Elle y avait pourtant vécu pendant plusieurs mois, mais les souvenirs liés à cette période de sa vie étaient trop ancrés en elle. Kenneth, Imogen, l’incident de Glasgow, monsieur Penwyn…
En majorité, il s’agissait de bons souvenirs. Ce fut en Écosse qu’Alice découvrit ce que devait être une mère. Une vraie mère. Douce, aimante, qui jamais ne manquait de l’embrasser avant de se coucher. A ces côtés, Alice avait découvert que la simplicité d’un baiser maternel était ce qui lui avait manqué depuis sa plus tendre enfance.

Cinq années plus tard, là voilà de retour. Aux diables les vestiges du passé. Ce serait ici qu’Alice bâtirait les premières fondations de son empire.

Féal et Corvenin atterrirent en douceur devant le domaine des Joyce. Ils galopèrent encore quelques mètres jusqu’à ralentir le pas pour finalement s’arrêter. Thomas et Alice mirent pied à terre. L’héritier siffla en observant les grandes portes.

« Je dois bien admettre que tu as eu du flair, Alice », admit-il à voix basse en baissant sa capuche et ses lunettes de vol. Alice ne répondit pas.
C’était à présent que tout se jouait : ses spectateurs étaient face à elle.

Avec délicatesse, elle retira ses lunettes de vol. Elle abaissa ensuite sa capuche de cuir, libérant sa longue tresse blanche. Elle secoua légèrement la tête, et passa ses doigts dans son dos pour réajuster sa coiffure. Elle sourit, emplissant ses poumons de l’air floral.
Sans perdre un instant supplémentaire après l’accueil du plus jeune - sans nul doute Alexander - Alice ploya élégamment le genoux en une révérence contrôlée. Thomas l’avait imité à la seconde même où elle avait commencé.

Alice leva les yeux vers son interlocuteur en se redressant lentement, un fin sourire ourlant des lèvres pâles.
Qu’il était beau, ce garçon. La photographie qu’elle avait de lui ne rendait point justice à sa beauté. Des yeux verts comme deux émeraudes, des cheveux blonds comme le blé, sa peau flattée par une association de maquillage léger qu’Alice percevait pourtant. Alexander Joyce Jr. s’était apprêté avec élégance.
Il n’était pas bien grand, du moins pas autant que ne l’était Alice, mais sa croissance n’était pas terminé. Aussi, ce léger défaut n’éveilla aucune contrariété en elle.

Thomas se redressa, et sourit à Alexander, le remerciant d’un ample signe de tête. Il se tourna vers la mère de ce dernier, qu’il considéra avec une attention toute particulière. Par Circée, Thomas…
Mais, fort heureusement, l’héritier semblait ne pas avoir oublier ses priorités journalières. Il revint à Alexander.

« Ma jeune sœur et moi même sommes honorés d’être accueilli par l’héritier en personne », répondit Thomas avec un anglais parfait, sans accent aucun.

Alice appuya les propos de son frère d’un sourire. Si elle pouvait éviter d’avoir à converser aujourd’hui, cela serait parfait. Son anglais était épouvantable.
Dernière modification par Alice Sangblanc le 4 mai 2025, 12:53, modifié 1 fois.

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Millport, Ecosse Sangblanc et senteur florale
Si aucun d'eux pourtant, Irina mise à part, n'avais jamais pu apercevoir de griffon de sa vie, aucun des Joyce ne sembla broncher ou s'étonner de la présence des deux - ou quatre ? - merveilleuses créatures. Pourtant, à l'écho des mots de Thomas, une vague de malaise traversa la petite assemblée. Si Irina ne fit que retenir un claquement de langue agacé, Ophelius grimaça un instant tandis que son père regardait ses pieds. Seul Alexander n'eut aucune réaction visible à ce qui ne dura pour le reste de sa famille que quelques secondes avant qu'ils ne se reprennent.
Dans l'esprit du Serpentard pourtant, soupçons et interrogations s'emboîtèrent comme les pièces d'un même puzzle, visiblement créé par une Moïra qui avait caché l'existence même de l'énigme aux yeux de l'adolescent. Il devait se rendre à l'évidence : désormais, il allait devoir s'intéresser de plus près aux manœuvres politiques de sa grand-mère, alors même qu'il n'avait pas encore toutes les clefs pour y parvenir. Que de temps perdu, qu'il aurait aimé pouvoir consacrer à son art. Mais Moïra ne lui laissait plus le choix.

Formé et éduqué qu'il était, Alexander ne laissa pas le silence s'installer et redevint le maître des mots que le protocole exigeait qu'il soit, notant d'ailleurs dans un coin de son esprit que les deux invités semblaient eux aussi maîtriser les codes. Peut-être serait-ce enfin là des êtres aussi respectueux qu'avait pu l'être Madame la mère de Lavinia.

- C'est un honneur que je vois partagé par nos familles.

Du haut de ses quatorze ans, même si l'adolescent savait être en capacité de demeurer l'hôte parfait, il restait assez lucide pour savoir qu'il allait avoir besoin de longs moments de réflexion. Ainsi, un plan commença à germer dans son esprit afin de concilier les deux. Il lui fallait maintenant choisir, et son esprit lui souffla l'identité d'Alice Sangblanc plutôt que celle de son frère.

- Gage de notre hospitalité, nous avons fait préparer pour votre séjour nos chambres du premier étage. Sieur Sangblanc, vous logerez dans l'aile droite, tandis que vous ma dame, logerez dans l'aile gauche. Si vous en possédez, Père et Mère vous offriront leurs bras pour les porter jusqu'à vos appartements.

Ne restait donc plus maintenant qu'à s'occuper des dernières variables. Tous parmi les Joyce savaient déjà ce qui avaient été prévu jusqu'au dîner mais Alexander escomptait bien qu'il y'ait un léger changement de plan. Se tournant gracieusement en direction de son grand-père, le Serpentard fixa ses grands yeux émeraudes inexpressifs dans ceux du senior, initiant ainsi une communication silencieuse née du lien entre les deux sorciers. Si celle-ci avait vraiment pu exister, on aurait pu la transcrire par l'exigence du garçon qu'ils ne bénéficient pas d'un chaperon aujourd'hui. La culpabilité du grand-père faisant des miracles, il n'eut aucun mal à accepter ce qui pour l'adolescent ne représentait même pas un début d'excuse. Et puis, c'était sa femme, pas lui, qui insistait pour cette présence - et celle-ci avait causé assez de problèmes pour la semaine.

Alors, au lieu de se rapprocher des jeunes gens, Alexander Joyce Sr para sa bouche d'un léger sourire en se portant à la rencontre de Thomas Sangblanc.

- Avant de vous mener à vos chambres, occupons-nous de vos camarades à plumes, mon jeune ami. Dites moi, quel est leur met favori ? Voyez-vous, je pourrais demander à ma fille, mais alors nous en aurions pour de trop longues heures passées à entendre parler de l'anatomie de toutes les créatures volantes ayant un jour peuplé la Terre..

Et ainsi le retraité parti d'un premier rire sonore et contagieux dont seul lui ou presque avait le secret. Tout solitaire qu'il était, le senior était un maître de la narration amusante et captivante. Alexander, lui, se tourna vers Alice à qui il offrit un instant son regard d'émeraude avant d'exécuter une seconde révérence plus raffinée encore.

- Bien que je ne sois assez rustre pour vous offrir de vous prêter ma main indigne des vôtres, je peux au moins vous conjurer de vous satisfaire de mon bras. Ainsi, j'aurais tout le loisir de vous présenter la beauté de nos serres et jardins. Et de présenter la vôtre à celles de nos fleurs, il va de soi.


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@Lavinia W. Campbell pour la mention maternelle.

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Liés tant par le sang que par leur expérience des masques sociaux, Thomas et Alice échangèrent un bref regard. Les réactions des ainés d’Alexander Jr. Joyce ne leur avait pas échappé. Elles furent brève, mais criant d’une vérité qui, de toutes évidences, échappait aux deux Sangblanc.
Qu’importe.
La danse reprenait.

Sans perdre son délicat sourire, Alice opina du chef aux mots d’Alexander Jr. Joyce .
Ainsi donc, hommes et femmes étaient séparés. Du moins, c’est ce que comprenait la jeune fille. Cette particularité fit intérieurement tiqué Alice. Pourquoi ce choix ? La maison Joyce voyait-elle une nécessité à séparer les deux sexes ?

« Allons », glissa Thomas dans un sourire amusé, l’oeil taquin plongé dans l’émeraude du jeune Joyce. « Je transporterai nos bagages. Ne vous embarrassez pas de cette corvée. De toutes manières, nous avons voyagé léger. »

D’un bref geste de la main, il désigna les quatre valises accrochées aux flancs des hippogriffes.
Thomas sorti sa baguette, pointa les bagages et, d’un moulinet du poignet, les décrocha pour les élever dans les airs. Il tourna à nouveau le visage vers l’héritier dans un sourire.
Alice retint tout commentaire, tout tressaillement de sa mâchoire. Décharger les affaires aurait pu attendre mais force était de constater que Thomas avait à coeur de montrer que la famille Sangblanc pouvait se débrouiller seule, même pour les basses besognes.

L’aîné des Joyce s’approcha de Thomas pour échanger sur Féal et Corvenin. Il sourit, jetant un bref regard vers les deux hippogriffes qui, bien que calmes, commençaient à montrer des signes d’agacement. C’était léger, mais Alice connaissait Corvenin. Un raclement de sabot par ici, un geste de la tête par là… Il n’avait pas la patience de son oncle. Faute à la jeunesse, dirait Grand-Père.

« Alice pourra me corriger si je me trompe, mais il me semble que leur préférence va au lapin », répondit-il en revenant à Alexander Joyce Sr. Tout de même incertain, il jeta une bref oeillade à sa soeur, qui confirma ses mots d’un signe de tête. Le sourire de Thomas se fit alors plus assuré.

Alexander Joyce Sr avait tout à fait l’air d’être un homme agréable, et Alice savait d’ores et déjà qu’elle prendrait plaisir à échanger avec lui.
Ses pensées s’écroulèrent alors que le jeune Joyce se tourna vers elle. Sur une élégante révérence, et dans une verbe charmante, il invita Alice à le rejoindre pour une visite botanique.
La jeune femme remercia son compliment d’une jolie courbette, sa tête s’abaissant, avant de la relever pour planter son regard dans celui du garçon.

« Aucun geste de votre part ne sera prit pour de la rustauderie, soyez en assuré », répondit-elle dans un délicat sourire. « Ma main, ainsi que toute mon attention, est à vous, Alexander. Je me réjouis d’avance de cette visite. »

Alice s'avança, et accepta le bras du blond dans un sourire reconnaissant. C'était à son tour de mener la danse, désormais.

Alice ne daigna pas jeter une oeillade à Thomas.
Elle le savait, elle verrait bien trop de moquerie dans le fond de ses yeux reflet vif-argent.

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Alexander ne daigna rien relever de ce qui se jouait en dehors de sa tentative d'exfiltration réussie. Allergique aux mondanités, son grand-père en était d'autant devenu maître en l'art et la manière de faire diversion, au point où le Serpentard savait ne rien avoir à se soucier jusqu'à son retour. Après tout, le sorcier le plus âgé de Millport avait lui aussi fait ses classes dans la maison où verre et vert rampaient. Ce qui n'empêcherait malgré tout pas l'adolescent de profiter des récents événements pour obtenir de quoi faciliter sa vie et sa tranquillité dans les jours et semaines à venir. Lui aussi possédait l'esprit fourchu.

Sur les doux chemin de ronds de pierre polis, autour de là où serpentait l'herbe verte d'Écosse, Alexander conduisait désormais Alice d'un pas digne et reposant. La Sangblanc savait sans aucun doute ce qu'elle faisait, puisque sa main ne semblait à aucun moment un poids sur le bras du garçon, mais plutôt un chaste et faste ornement au parfum fleuri. Avec grâce et sans un bruit, ils arrivèrent aux portes de la serre personnelle de la secrétaire d'état la plus proche de la Nature. D'une seule main gantée, avec l'aisance de celui ayant mille fois exécuté le geste, et dix mille fois pu l'observer, le Serpentard ouvrit la double porte pour les mettre au vert.

Devant eux, un océan végétal parfaitement organisé, fruit des travaux autant que des voyages de Moïra. L'adolescent lui-même avait dès son plus jeune âge aidé à l'entretien des lieux et, s'il n'en était pas le maître, il pouvait cependant s'y repérer les yeux fermés - ce qui ne serait pas nécessaire aujourd'hui.

- Un instant, Dame Sangblanc.

Sans même faire trembler son bras renforcé par des milliers d'heures de travaux de la terre, Alexander ôta ses gants délicats, qu'il plia rapidement d'une seule main avant de les glisser tout deux dans une poche. Sans s'en soucier une seconde, il révélait par la même occasion les nombreuses petites cicatrices qui ornaient ses mains en pleines croissance, pour lui autant de trophées de ses années botaniques. Et c'était bien pour cela qu'il ne pouvait plus les porter en cet instant : on n'obstruait point son toucher à proximité des verts enfants de Nature.

- Comme vous pouvez le constater, l'entrée héberge seulement des espèces endémiques aux sols écossais. Exception fait de ce splendide individu que grand-mère a choisit de faire trôner au coeur de son domaine.

Le Dipterocarpus alatus siegait en effet en maître fier de sa taille et de sa majesté, tout droit venu des lointaines forêts thaïlandaises. Sans perturber leur rythme de croisière, Alexander de rapprocha de l'arbre pour effleurer son écorce de sa main nue. L'écho de la vie débutait là, à l'intérieur, et s'épanouissait tout autour deux. Et ceci introduit, il était temps pour l'adolescent de diviser son esprit entre visite présente et pensées au futur.

- Le reste de la serre ouverte aux visiteurs s'organise en plusieurs parties, que l'on appelle continents. Ce nom rend hommage aux espèces de chaque coin du monde qui leur est associé, bien que l'Asie soit de très loin la plus grande de ces ailes.

La zone asiatique était aussi la plus verdoyante et propice aux réflexions et introspections. Le Serpentard les y dirigea donc sans hésitation, poussant une nouvelle porte qui les transporta tout droit vers un paradis, le paradis tropical. Ici, dans cet océan où nageaient plantes à fleurs et à fruits, cactées, champignons ou arbres géants des lointaines forêts primaires, personne ne pouvait ignorer le frisson silencieux de la vie, de la Nature, la vraie. Un vent délicieux chatouillait les narines des visiteurs, à moins que ce ne soit là la senteur des deux jeunes sorciers avançant côte à côte au royaume fleuri de l'humus.

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Alice exécrait la gente masculine. Non pas par mysandrie : la haine pour un groupe aussi vaste était un aveu d’idiotie mêlée d’ignorance. Non. Alice exécrait la gente masculine pour ce qu’elle représentait pour elle, héritière de belle lignée, beauté rare et femme, tout simplement. A l’orée de sa majorité, elle n’avait jamais été aussi précieuse aux yeux des malins. Ce n’était pas par vanité qu’elle pensait à cela, mais par connaissance empirique : les belles dames de pure descendance attire les prédateurs en costume de soie.

Mais Alice ne se voyait pas comme une proie, ça non. Elle ne l’avait jamais été, et ne le serait jamais. Elle était une louve dans un corps de biche immaculée, et voilà précisément pourquoi elle était ici, au bras de ce blondinet juvénile.

Alice observa avec grand intérêt les serres verdoyantes qui s’offraient à elle. Le joyaux de la famille d’Alexander. Alice n’avait jamais vu autant de variétés de plantes au même endroit. Elle en reconnaissait quelques unes, sans être capable de retrouver leurs noms. Ce constat l’agaça, mais elle n’en montrerait rien. C’était par choix qu’Alice s’était détournée de la botanique, et il lui fallait l’assumer.
La jeune héritière observa son hôte retirer ses gants. Elle remarqua les infimes cicatrices qui marquaient sa peau délicate, preuves de son intérêt pour la pratique. Alice enregistra cette information, prête à en user plus tard.

Sans jamais l’interrompre, Alice écouta avec attention la verbe d’Alexander. Des plantes écossaises, bien sûr. Voilà pourquoi Alice n’avait su les nommer. Ainsi que cet arbre, que le garçon caressa comme on flatte prudemment une oeuvre d’art fragile. Alice se vit soudain à la place d’Alexander, caressant avec le même respect l’écorce blanc de l’arbre généalogique des Sangblanc. Un sourire ourla ses lèvres pâles, son regard décortiquant le visage d’Alexander. Le respect qu’il portait pour cet arbre et pour la botanique en elle même montrait une sensibilité pour la nature. Cet intérêt avait sans nul doute été instillé par la doyenne de la famille, mais elle n’en demeurait pas sincère, Alice le voyait. Alice le sentait.

« Mon frère m’a beaucoup parlé de vos serres, qu’il n’eut point l’occasion de visiter », dit Alice en faisant quelques pas dans le dos d’Alexander. Ses doigts blancs se déplièrent pour effleurer l’air gorgée de l’expiration des plantes, sans jamais toucher ne serait-ce qu’une feuille. « Mais j’étais loin d’imaginer la beauté de votre collection. Vous avez rassemblé des spécimens topiques, préservant ainsi leur existence d’une hypothétique disparition. Les dieux eux-mêmes veillent sur les gardiens de la Nature. »

Ces derniers mots était une main tendue vers un héritage qu’Alice avait suspecté à la seconde même où Thomas lui avait parlé de la famille d’Alexander. Son frère, peu porté sur l’histoire des peuples ou la religion, n’avait pas su voir que les Joyce chérissaient sans nul doute les dieux qu’eux-mêmes, Sangblanc, avaient un jour vénéré.
Mais il ne s’agissait là que de spéculations. Quelque soit la réponse du Joyce, Alice avait mis son doigt délicat sur quelque chose qu’il respectait sans nul doute : l’héritage des Anciens.

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