Ce ridicule estomac
Un jeudi de 2049, vers 12h30
Je marchais à grandes enjambées dans le couloir, essayant de réussir à me frayer un chemin. Mon ventre gargouillait. Je n'avais presque pas mangé ce matin – je n'avais vraiment pas faim sur le coup – mais maintenant cette faim commençait à se faire sentir. Je sortais de cours, j'avais Défense Contre les Forces du Mal. Puisque le cours finissait à midi vingt. J'avais un petit peu de temps pour remonter dans la tour de Serdaigle et y déposer mon sac. Je n'aimais pas trop me promener dans le château mon sac sur le dos. Je trouvais ça dérangeant, j'étais moins libre de mes mouvements.
Je n'aimais pas trop l'ambiance des couloirs. Toujours bondés, toujours des gens qui parlent fort, qui crient, qui rient. Qui plus est aux heures d'intercours, quand tout le monde est en déplacement d'une salle à l'autre. Je n'avais jamais l'impression d'être à ma place dedans. Moi qui étais plutôt d'un style réservé, ce brouhaha ambiant ne me convenait définitivement pas. Je préférais le calme du parc au petit matin ou celui du dortoir quand le soleil commence à disparaître. Tous ces petits endroits sans élèves et sans bruit me donnaient une sensation de liberté.
Je me dépêchais donc d'aller à ma salle commune, marchant d'un pas rapide. Quand j’arrivai à un virage que formait le couloir, je le pris un peu trop serré, je pris mon pied dans une pierre qui dépassait, et je pris la dalle du sol sur le nez.
Dernière modification par John Esperaza le 1 mai 2025, 19:24, modifié 1 fois.
Ce ridicule estomac
Je m'étais littéralement étalé sur le sol. J'étais sur le ventre, les bras écartés vers l'avant. La face du visage collé à la dalle du sol. Mon sac avait fait un saut périlleux pour venir s'écraser quelques centimètres plus loin de mon visage. J'avais presque envie de pleurer. Une des choses que je redoutais le plus venait de se passer. Je m'étais ridiculisé. Je m'étais vautré dans le couloir à la vue de tous. J'entendais déjà dans ma tête les rires moqueurs des élèves, ceux qui passaient à côté de moi en rigolant et en me donnant un petit coup de pied. Tout ce que j'avais redouté le plus au monde allait se passer. Je ne savais pas quoi faire, j'étais tétanisé de peur, aplati sur le sol. Que faire ? Rester ici, couché sur le sol pour ne pas affronter le regard de quelqu'un ? Me lever et partir en courant en laissant mon sac ? Remettre mon sac sur le dos et reprendre mon chemin comme si rien ne s'était passé ? Les idées fusaient dans mon cerveau qui, j'avais l'impression, fonctionnait au ralenti. Ou en tout cas, pas assez vite pour que tout soit cohérent. Je me surpris à imaginer que j'étais un oiseau et que, d'un coup d'aile, je m'envolais par la fenêtre et quittais ce château à tout jamais.
Ce ridicule estomac
Il fallait que je me décide. Vite. Plus je restais sur le sol, plus je paniquais. Allez, un petit effort... Qu'est-ce qu'il faut que je fasse ? Allez, décide-toi John... Je commençais en plus à sentir la chaleur qui montait à ma tête. Je n'arrivais pas à me décider, repensant à chaque fois le pour et le contre. J'en pouvais plus, j'explosais. Alors je me levai, faisant attention à garder le regard tourné vers le sol. Et le plus vite possible, je m'agenouillai à côté de mon sac et... je vis qu'il était ouvert. Oh bouse d'éruptif... Quasiment l'intégralité de mon sac s'était retrouvé étalé par terre. Sans réfléchir, je me dépêchai de tous ramasser pour remettre dans le sac. Mais avec la panique, j'allais beaucoup trop lentement. Mes mouvements étaient brouillons, emmêlés, pas efficaces. Mais, miraculeusement, j'avais réussi à tout ranger. Je fermai le sac et le remis sur mes épaules. Et puis, d'un pas plus que rapide, je me mis à marcher à travers le couloir, les yeux rivés sur le sol. Vite. Toujours plus vite. J'étais presque en train de courir, espérant que personne ne me reconnaîtrai. Je me retrouvai devant l'entrée de la salle commune. Ouf, j'étais arrivé... Je montai les escaliers quatre à quatre, posai mon sac et m'assis sur le lit. Mon ventre gargouilla. Ah oui, c'est vrai, j'avais faim.
Ce ridicule estomac
Il fallait que je redescende. Maintenant, si je restais ici, ce n’était plus le regard des autres qui allait me faire exploser, mais mon ventre, qui me suppliait d’avaler quelque chose. Je me levai donc de mon lit et descendis l’escalier qui menait à la salle commune. Mais une fois devant la sortie, je me ravisai. Et si quelqu’un qui m’avait vu me vautrer lamentablement me reconnaissait ? Un nouveau dilemme s'offrait à moi. Le ridicule ou la faim ? J'inspirai un grand coup et sortis. La faim l'avait emporté. Durant tout le trajet, je marchai la tête baissée. Ma respiration était presque coupée, craignant qu'on l'entende et qu'on me remarque. Je n'arrivais à penser à rien d'autre. D'habitude, lorsque je me déplaçais dans les couloirs, j'avais le temps de me perdre dans mes pensées ou alors d'observer discrètement les élèves que je croisais en essayant d'imaginer des informations sur eux. J'aimais beaucoup ce petit jeu qui développait ma créativité et me faisait passer le temps. Mais là, je n'arrivais pas. Trop difficile de faire autre chose. J'espérais seulement une chose : arriver vite à la Grande Salle, m'asseoir, et commencer à manger. J’accélérai le pas de plus en plus et quand j'arrivai au pied de l'escalier qui menait au hall d'entrée, j'étais presque en train de courir. Je me dépêchais d'entrer dans la salle et m'assis à la place la plus proche.