La première Hellébore
Hiver 2047-2048, quelques mois après cet événement
Ivanovna, 18 ans
Ivanovna, 18 ans
La localisation de ce rp est complexe. Comme il démarre de manière épistolaire, et au regard du moment de leur histoire, la volière semble le meilleur endroit en l'état.
Dans les mains d'Alyona Farrow, un hibou arrivé dans la nuit. Le papier est parfumé, jasmin ou ingrédient d'un thé, difficile à dire.
Il est coloré aussi, jaunâtre. Mais les mots sont écrits en tout petit. Alyona va s'y casser les yeux. Une manipulation permet cependant d'accéder au sens des mots, en cliquant ci-dessous.
ReducioMa chère Alyona,
j’espère que tu te portes au mieux dans cette année si difficile. Les ASPICs, c’est loin d’être une promenade de santé. Personnellement, j’ai eu tellement de mal à supporter l’année des BUSEs… Te souviens-tu ? Qu’il paraît loin le temps de notre arrivée à Poudlard pourtant ce n’est pas si vieux. Des tourbillons d’émotion me reviennent, des regards dont certains ont définitivement les yeux fermés. J’ai encore en moi le visage froid de ma sœur, sans doute soulagée de ne pas m’avoir dans les pattes à Serpentard et ton regard, heureuse de rejoindre Serdaigle.
Qu’il s’en est passé du temps depuis.
J’imagine que de ton côté les journées sont longues et monotones, juste supportables par la passion de ce que tu apprends. Je le souhaite pour toi. Ici, je fais face moi aussi à une forme de rengaine. Je tente de reprendre les travaux de ma mère. Mais je n’y comprends pas grand chose. Elle n’a rien laissé, ni cahier d’étude, ni quoique ce soit qui m’indiquerait le chemin. Je m’étais rêvée trop grande sans doute. C’est à peine si je sais vendre mes plantations. Je vis d’expédients, le commerce de petites fleurs aux couleurs changeantes suffit à peine à me nourrir mais je ne plains pas. Libre, je suis libre, c’est au moins ça. Je n’ai comme compagnie qu’un matou, si tu te souviens bien, je les déteste gentiment mais ici les souris pullulent et il faut bien reconnaître que Fleur sait s’y prendre pour en contenir la profusion. Entre filles, nous nous tolérons mais elle est sauvage, n’aime pas les caresses et ne vient vers moi qu’en fin de nuit, pour assurer le service minimum dû à sa maîtresse.
Je suis parvenue à rendre notre maison vivable.
Il s’est passé ici des choses qu’il vaut mieux ne pas creuser. Tout a été détruit je ne sais comment, je ne sais quand mais à mon retour durant l’été 2046 il n’y avait plus rien. Il en a fallu du temps pour tout remettre en ordre, enfin...… Et toi ? Toujours motivée par les plantes ? J’avoue que l’ambiance des serres me manque. Nous y étions bien, au chaud même quand il faisait un froid intense. Parfois je me dis que j’aurais pu tenir et être à tes côtés. Sais-tu ce que tu feras ensuite ? As-tu décidé ? Le prix de la liberté est astronomique mais j’ai déjà traversé de longs déserts, il faut juste avoir fait l’expérience d’une sortie de tunnel. Ce moment-là donne à équilibrer toutes les souffrances passées. Mon retour en Écosse fut le plus beau jour de ma vie. Je me souviens encore la sensation de tous vous retrouver. Un bonheur comme je n’en ai pas souvent croisé. J’espère que de ton côté les choses se passent au mieux. Je ne suis pas inquiète, tu es bien plus sage et pondérée que moi. Ces mots doivent t’agacer, sans doute te dis-tu qu’il est facile de parler à ta place, que de balayer d’un revers de main les difficultés en les résumant à deux ou trois mots, c’est léger… Pardon, je suis de tout mon cœur avec toi. Il faut bien le dire, la solitude, c’est notablement pesant. J’ai peur de devenir encore plus sauvage que ma chatte.
J’aimerais tellement avoir de tes nouvelles, que tu me décrives un peu de ce que l’on apprend en septième année. Ma sœur ne m’en a jamais vraiment parlé. Si tu te souviens, elle était terrifiante d’efficacité dès qu’il s’agissait d’études. Je me rappelle sa tête en découvrant qu’elle avait eu un A en Botanique aux BUSEs. Trop habituée aux O… Raconte-moi un peu de vos leçons, avez-vous des cours qui tendent vers la recherche ? J’aimerais tant aller plus loin, plus vite. Mais la lecture des livres ne suffit plus, je multiplie les échecs sans toujours parvenir à en comprendre les causes. Je m’accroche tu sais, je m’accroche. Et puis, c’est la vie.
J’espère avoir de tes nouvelles mais ne chamboule pas ton emploi du temps pour moi. Ici, rien ne presse. Ma serre est comme prisonnière d’un temps arrêté. Écris-moi quand tu le pourras. Et si tu en as l’envie. Rien ne t’oblige.
Dis bonjour à toutes les filles Serdaigle de ma part, je vous aime.
Avec toute mon affection,
Ivanovna
Dernière modification par Ivanovna Gunnray le 19 juin 2025, 18:07, modifié 3 fois.
La première Hellébore
DÉBUT 2048,
VOLIÈRE, POUDLARD
Alyona, 18 ans
VOLIÈRE, POUDLARD
Alyona, 18 ans
Certaines apparitions vous cueillent avec étonnement, comme ces arcs-en-ciel qui se dessinent dans un horizon plombé. La lettre que je tiens entre mes doigts en est une. La douceur de son parfum étire mes lèvres, juste avant que ses mots n'enveloppent mon regard. Petites arabesques sombres qui me demandent bien du temps pour en déchiffrer les phrases. Mais je n'ai jamais été de ceux qui abandonnent facilement, et face à l'éclosion tout en velours de cette surprise, mes yeux se plissent mais ne se détournent pas. Ils vont au bout des paragraphes, absorbant les mots, jusqu'à cette signature finale qui me secoue comme le premier gel. Ivanovna. Les images soufflées sur mon visage sont aussi douces que les odeurs fleuries qui s'échappent du papier. Mes paupières se ferment et, entraînée dans leur chute, je tombe à genoux sur la terre sans cesse retournée du passé.
Je me souviens d'Ivanovna. Ses traits fins, ses cheveux lisses, sa blondeur, l'éclat de sa voix dans les dortoirs, son aura, sa présence, ses talents. Elle a toujours eu à mes yeux un quelque chose d'attirant, comme si sa magie ne sortait pas que par la pointe de sa baguette. Était-ce dû à nos points communs ? Nous partagions une maison bleue, étions dans la même promotion, possédions une sensibilité commune pour la botanique, et dans le prénom des origines semblables, au souffle froid et rude. Son image est encore vive, plus lointaine et distante, mais toujours existante. Oh Merlin, comme elle est partie si brusquement après les BUSEs ! Les semaines de révisions et la fatigue nous ont entraînées dans un tourbillon d'exigence, et quand le vent a tourné, nous laissant cois sur le bord du chemin, il avait emporté Ivanovna avec lui.
Mon regard retourne dans la volière, entre les plumes et les becs, plus près du ciel que des fleurs. J'approche doucement d'une chouette hulotte pour la charger d'une enveloppe crème, portant avec elle un léger parfum de pin et de primevères, et une lettre à l'écriture lisible sans être tout à fait soignée.
Chère Ivanovna,
Tu as le bonjour des filles de Serdaigle ! Et le mien, aussi, bien sûr. Tu sais, on continue à penser à toi, ici. Cela ne doit pas être facile, cette solitude, même avec Fleur. Tu as un courage que nous sommes nombreuses à admirer, moi la première. Je ne sais pas si nous aurions toutes été capables de ce que tu as fait. Passer ses ASPICs n'est pas de tout repos, mais cela semble tout de même être plus confortable.
Je travaille beaucoup. Parfois c'est difficile, entre les révisions, les cours, les devoirs habituels et les échanges AMICO, mais j'essaye de faire au mieux. Les journées passent plus vite qu'elles n'y paraissent et malgré la fatigue qui vient parfois, j'en conserve beaucoup de bons souvenirs. Comme tu t'en doutes sûrement, j'aimerais entrer à l'IMSM, en botanique. Je pense que j'y serai bien, que cela me plaira. Plus j'étudie les végétaux, plus ils me passionnent. Je me sens à ma place les mains dans la terre. Alors, j'essaye de me donner les moyens pour entrer dans cette école à la rentrée prochaine, mais la sélection est rude. Enfin, je suis déterminée. Et je crois que cela paye, la détermination. Ton exemple en témoigne.
En cours de botanique, cette année, le premier thème est dédié à l'identification des plantes. Nous en avons comparé quelques-unes, pour apprendre à les distinguer. Nous avons aussi appris à nous débarrasser du filet du diable, cela changeait un peu des simples observations. Le reste de l'année est consacré aux plantes mordantes, mouvantes, et de type feu. La pratique demande une certaine prudence, mais la difficulté est motivante. C'est un programme chargé, mais intéressant, qui mélange bien pratique et théorie, en laissant de la place à des réflexions typiques de la recherche. Je pourrai te partager mes cours si tu veux, une fois les ASPICs passés. Ou d'autres cours, si tu le souhaites. J'aimerais pouvoir t'aider et te revoir. Tu as déjà traversé tellement d'épreuves... Comment trouves-tu la force de faire face à tous ces autres obstacles en étant seule ? Tu ne devrais pas l'être, pas après toutes les peines que tu as connues. Je suis aussi de tout cœur avec toi. J'imagine tout ce que tu as déjà construit, et reconstruit, et qui doit si bien témoigner de la force qui t'a menée là où tu es, en gardant la tête haute. C'est tellement impressionnant de savoir tout ce que tu réussis à faire. Et encourageant, aussi. Tu nous donnes un exemple fou de détermination.
Comment c'est, la liberté ? Est-ce que c'est aussi merveilleux qu'on le raconte ? Je ne sais pas si je serai prête à vivre seule un jour, j'ai trop besoin d'autres présences. J'espère que tu trouves des moments de bonheur, et que tu arrives à voir du monde. Qu'est-ce que tu feras, après ? N'as-tu pas envie, parfois, de pouvoir te reposer sur quelqu'un ? Mais tu avais déjà l'air si libre, à Poudlard.
Oh, et merci pour ces nouvelles, si tu savais comme elles me font plaisir...
Amicalement,
Alyona
Dernière modification par Alyona Farrow le 15 juin 2025, 18:06, modifié 1 fois.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
La première Hellébore
Quelques jours plus tard, Hiver 2047-2048
Accaparée par un bouturage récalcitrant, Ivanovna oublie les précautions d’usage. Ses gants posés sur le côté de la paillasse, elle manipule les géraniums sans protection, imprudente mais elle est habituée désormais à ne pas tenir compte des recommandations théoriques ; perte de temps, inutilité quand on a la maîtrise, excès de confiance... Ses sorts précis font avancer le travail au mieux mais elle n’entend pas. Toc toc. Il faut dire que les plants attendant d’être rempotés s’agitent dans la serre. Une volée d’étourneaux ne ferait pas davantage de vacarme. C’est déjà une forme d’exploit que de parvenir à enchaîner à cette vitesse autant de manipulations. Et puis, il faut faire vite car Fleur n’apprécie que moyennement les géraniums dentus, elle a tendance à venir les déranger pour le plaisir manifeste de les provoquer. La chatte a le pouvoir de se déplacer quand eux ne voyageront jamais hors de leurs pots. C’est presque un jeu pour elle. Seule contre tous, la féline impose sa loi et même sa maîtresse est impuissante face à la reine des lieux. D’ailleurs, c’est sans doute Fleur qui tambourine contre les vitres de la serre ! Inutile de jeter un œil puisque c’est invariablement le spectacle qui se joue ici, des plantes indociles domptées par une sorcière minutieuse, la scène juste perturbée par un Scapin aux moustaches provocantes. Toc toc…Toujours aucune réponse. La sorcière est occupée à contrer une tentative soudaine de morsure. Baguette lâchée, saisissant un gant elle esquive l’assaut ennemi et colle une gentille claque sur la plante qui oscille avant de se secouer, groggy sous le coup dosé à la perfection. Un seul capitaine à bord et c’est elle ! Toc toc, Ivanovna mène son petit monde et aucun intrus ne lui dictera son agenda. TOC TOC !! Cette fois, il est difficile de ne pas prêter attention aux cris d’un carreau prêt à rompre.
Et finalement elle consent à tourner la tête. Alors elle aperçoit une chouette impatiente, sans doute peu habituée à végéter sur le perron. Ivanovna finit par sortir et prendre le message dans ses mains. Par instinct, elle se les frotte avant de... elles sont vierges de terre.
C’est ainsi qu’elle reçoit le hibou d’Alyona. En tout cas dans la théorie que l’on s’imagine : le prenant et le rangeant dans sa poche comme s’il s’agissait d’un événement du quotidien…
Il existe pourtant un autre commencement. Les mots suivants nous préservent des mensonges que l’émotion construit.
Au premier toc, elle s’est retournée et a compris de suite qu’il était question d’un hibou venu de Poudlard. Dans son coeur, elle l’attend depuis des mois, presque des années elle y a pensé sans oser y penser. Quelques jours seulement mais pour elle… L’espoir que l’on refoule tant il nous semble vain d’y croire. C’est Alyona, ce ne peut être qu’elle. Plus rien n’existe que la lecture du hibou. Elle s’assied, comme à son habitude sur le petit banc en pierre. Elle ne se souvient pas qu’il était l’unique objet en un seul morceau quand elle est revenue vivre ici, chez elle. Posée sur LA première pierre de la maison des GUNNRAY, elle tremble. L’émotion est trop forte pour qu’elle puisse le lire dès maintenant. Ivanovna fond en larmes, ce qui ne lui arrive jamais. Pleurer des rivières, dans un silence que le chahut des géraniums n’interrompt pas. Sourde. D’un coup imperméable à tout cet extérieur, elle se tient droite, une piéta moldue saignant sa vie par les yeux, la statue immobile. Exsangue. En vie pourtant, plus que jamais. L’ancienne Serdaigle oscille entre la joie et la délivrance. Celle dont il est question après un accouchement. Comme elle n’a pas encore traversé cette étape, elle ne peut se rendre compte. Mais c’est bien cela, une libération brûlant les poumons. Ne confondez pas avec une naissance. Les corps âgés sont plus fragiles aux émotions fortes parce qu’ils sont pleinement conscients. Et si on les croît durs car entraînés, ils ne le sont pas. Ni plus résistants, ni mieux à même de supporter. A tous les âges on vit de rires et de larmes. Et c’est toujours aussi difficile.
Moment de joie intense. La lecture ne fait que la renforcer. Oui, Ivanovna éprouve du plaisir à lire Alyona. Il va falloir répondre. Et vite ; parce que c’est important. D’un coup, ses priorités ne sont plus ici. C’est bien un trait familial que de plonger sans retenue dans la vie, sans calcul ni précipitation. Il faut ce qu’il faut. La voie est là, entre ses mains. Elle se doit d’écrire. N’y voyez pas une obligation morale, une politesse ou un devoir. C’est une délicatesse.
Elle ne peut ni rattraper le temps perdu ni en vouloir à Alyona. La distance, c’est elle seule qui l’a créée en quittant Poudlard si longtemps. En fait, il lui fallait se détacher d’une famille bancale à en risquer la mort. Une question de survie. Désormais libérée du passé, elle renaît.
Ainsi faut-il faire en sorte d’honorer la chance que la vie donne. Ivanovna relit plusieurs fois le hibou Oubliant la pétaudière en germination dans la serre, elle se dirige vers sa maison, petite et par endroits encore instable. Qu’importe puisque le ciel est là, qui soutient l’univers comme une interface entre le cosmos et la poussière qu’elle est. Dans les instants à venir, une métamorphose aura lieu. Personne ne le sait mais c’est dans ces moments précis que prennent vie les décisions impactant des décennies entières. La destinée de la famille GUNNRAY vient d’être corrigée. C’est le point d’inflexion attendu par tous ses aïeux. Ivanovna a compris mais elle ne le sait pas. Elle évacue de l’eau et un peu d’énergie, celle que l’on dit vitale, s’apprêtant à souffler sur les braises d’un foyer qu’on disait éteint pour de bon.
Ce récit-là est bien celui du commencement.
Chère Alyona,
je suis tellement heureuse de recevoir de tes nouvelles. J’ai rarement l’occasion d’échanger ici. Ma maison est mon refuge, je m’y sens bien. Être seule n’est pas un problème en soi mais je n’ai pas si souvent la chance de parler à quelqu’un. Ma chatte pourrait me répondre mais je me rends bien compte qu’elle punit sa maîtresse avec dédain. Si tu la voyais détourner la tête nonchalamment, une vraie Reine, distante et supérieure… Elle m’agace. Mais c’est bien la seule manifestation d’humanité à des kilomètres. Il est un peu dur de vivre loin de la communauté. Les premiers GUNNRAY à avoir raciné ici voulaient coloniser le Nord. Du moins est-ce la légende que l’on m’a racontée. La famille a clairement échoué. Remarque, cela a des côtés pratiques, ne le nions pas. Quand un débordement a lieu dans la serre, j’ai le temps d’effacer les dégâts… Le premier moldu habitant à 12 kilomètres, je suis tranquille !
Je sors parfois le samedi dans des endroits comme le café du rosier, à Godric’s Hollow. Ce n’est pas là que je vais croiser un homme à marier mais c’est un lieu sympathique, on trouve toujours un recoin permettant de respirer un peu d’air pur. Et puis, cela me permet de voler, j’ai toujours aimé me déplacer ainsi ; s’amuser avec un éclair de feu reste un privilège, lucky me. Les petits plaisirs sont les plus grandes joies et si tu veux un conseil, celui-là en vaut bien un autre.
Je ne devrais pas te tenter, je me doute que tes soirées sont occupées à des choses bien plus importantes. Moi, j’ai récemment découvert la poésie. C’est étrange, les livres n’ont jamais été mes amis. S’il n’est pas question de Botanique, je n’ouvre pas. Mais je suis tombée sur un livre qui appartenait à ma mère. Une façon de me poser des questions que je n’attendais pas la poésie. Tiens, un extrait : « L'impossible, ce n'est pas de résister à la tentation de l'homme, mais au besoin de l'enfant ». Dans ma situation, ces mots deviennent presque une torture. C’est mon fardeau, l’héritage familial. Merci maman ! Enfin, j’ai dévoré ce livre et du coup, ai fait l’acquisition de quelques recueils, dont un d’Anne Sexton. Et sur les conseils du vendeur celui d’un poète français, Eluard. Je me demande toujours ce que cela donne dans la langue origine. C’est beau mais je suis sûre que la fluidité n’est pas la même. Enfin tu vois, je m’occupe. Et pas juste de mes plantes qui poussent de manière bien anarchique. J’ai du mal je dois l’admettre. Je m’accroche mais par moments c’est dur. La liberté est une chose magnifique. Si elle s’accompagne de la possibilité matérielle. De ce côté-là, j’ai la chance d’être à l’abri mais qu’en est-il de la liberté d’agir ? Je veux dire...celle de créer, de construire quelque chose avec ma magie. En te lisant, j’en prends conscience. Oui dis-moi tout de la botanique. Je veux savoir, tes projets, tes envies. Je vais bientôt aller à Londres, ce sera une bonne occasion pour moi de récupérer quelques précis que l’IMSM préconise. Après tout, je peux peut-être au moins admirer les animations même si je ne comprends rien au texte…
Oui, je veux tout savoir, y compris les scores de la coupe annuelle. Mes nouvelles compétences en maçonnerie auraient pu nous rapporter quelques points mais tu sais, ce n’est pas un château que j’ai restauré. De la maison d’hier il ne reste qu’une pièce. Je n’ai pas réussi à faire mieux et de toutes manières je n’ai pas besoin de plus. Il y fait chaud et je suis en sécurité. Fleur me préserve des souris, que demander d’autre ? Ce n’est pas demain que j’accueillerai ici un quelconque prétendant, il me suffit de faire fortune pour ensuite pouvoir retrouver mon rang. J’ai le temps... On peut toujours rêver… En plus, si je me marie un jour, ce lieu empeste la mort, je le quitterai sans regret. Ou on en fera un tout autre usage. Cette terre m’appartient mais je ne ressens plus aucune attache véritable. Je suis heureuse ici. C’est vrai, je vis à la dure mais ça va, j’ai le cuir tanné. [ici, le parchemin est endommagé, cela ressemble fort à des ratures, des corrections, impossible d’en établir le contenu. Le texte reprend après un écart infime à la normale d’écriture constatée par ailleurs]. Le moins facile tient à mon travail. Dans les serres, passe encore, je m’en sors honorablement. Mais la commercialisation laisse à désirer. Je ne suis pas une bonne vendeuse. S’il suffisait d’un joli sourire… les gens qui achètent des plantes n’ont que faire de mes risettes. Ils veulent du concret. Et la réputation de ma production reste à établir. Je vivote, disons que je ne gagne pas ma vie, en tout cas pas décemment mais je suis libre, cela n’a pas de prix.
Je n’ai que 18 ans mais c’est plus du double que je ressens des fois. Bah, on doit appeler cela la vieillesse. Précoce en l’occurrence. Profite de tes moments à Poudlard, on aura beau dire, c’est un coin tranquille.
Je te dirais bien de venir me voir un jour mais ce ne serait pas un cadeau. Remarque, j’ai une vielle tente, assez confortable, on pourrait camper dans le jardin...garantie sans souris. Mais bon, il est plutôt possible de se croiser à Pré-au-Lard si tu y vas encore. Et si tu as le temps. Ou bien ailleurs, c’est comme tu veux. Ou bien pas du tout, c’est ça la liberté, on choisit. Je pourrais continuer pendant des heures Alyona, ce parchemin m’inspire davantage que tous les cours d’Histoire de la magie. Qu’est-ce que je m’ennuyais durant ces leçons… par Merlin, je me demande encore comment j’ai fait pour décrocher ma BUSE en Histoire de la magie. C’est du vol caractérisé, une effraction sans douleur. Un pur scandale, et j’en ferai quoi ? Tout juste bonne à faire visiter un monument dédié aux morts de la première guerre sorcière. Il m’arrive d’en avoir honte tellement je ne le méritais pas. Tu connais les hellébores ? Je travaille dessus depuis quelques mois. Leurs prédispositions comme ingrédient de potion m’intéressent. Et puis, des fleurs en hiver, c’est tout sauf banal. C’est à peu près la seule plante que Fleur laisse tranquille, je me demande bien pourquoi. C’est vrai, l’hiver n’est pas sa saison préférée. Plus il fait froid, plus Fleur se couche près du feu. Mais quand même, il lui arrive de sortir…évitant mes carrés d’Hellébores, qu’ils soient dans la serre ou au dehors. Étrange animal, je ne la comprends pas. Mais elle est là, habillant mes silences.
Dans tout cela, il n’y a pas beaucoup de tendresse je te l’accorde. Mais au moins elle est fidèle et c’est le plus important à mes yeux. Je crois que parfois je la déteste uniquement parce qu’elle est là. Je ne suis jamais entière. Ou peut-être trop souvent trop entière. Je m’y perds. Et t’écrire me permet de me rassembler. MERCI. Mes jambes s’allongent comme une guimauve interminable, tu me fais voler pour retourner vers vous tous. Je pourrais en écrire des kilomètres. J’espère que tu ne seras pas lassée d’avoir lu mes bêtises. J’ai eu le sentiment d’être avec vous pendant que j’écrivais, un vrai bonheur.
Affectueusement,
Ivanovna Sergeïeva Alekhina
Combien de temps se passe-t-il entre le début et la fin de la "rédaction" ? Et comment estimer les heures nécessaires à l’arrivée du transporteur ? Ivanovna souque. Elle voudrait sans doute en dire plus, être encore plus vraie. Mais elle ne veut ni se plaindre ni étouffer une chandelle venant tout juste d’être rallumée. Et puis… se rend-elle vraiment compte de son état ? Il est compliqué de se réveiller d’un si long cauchemar. C’est d’elle-même qu’elle a pris l’initiative d’en sortir. Il ne faudrait pas effrayer le monde. Alors autant qu’elle peut, contenant son énergie, elle parle. Elle écrit. Elle donne. Et s’étonne. Demain la serre sera dans un sale état, tant pis. Elle y verra juste une occupation permettant de gagner quelques jours sur la vie d’un lancinant insupportable. Les pertes, elle n’en a que faire. En attendant le messager, et croyez-moi c’est long, elle réfléchit. Il faut faire quelque chose pour s’en sortir vraiment. Faire autrement. Mais elle ne sait pas quoi. Ni comment. Et à peine pourquoi.
La première Hellébore
Deux semaines gonflées d'exigences tiraillantes se sont glissées
entre la réception et la rédaction d'une réponse.
entre la réception et la rédaction d'une réponse.
Foudroyée par l'angoisse, qui s'est inévitablement glissée jusque son cœur, ce soir et d'autres soirs, Alyona s'attelle à l'écriture d'une lettre répondant à celle restée trop longtemps délaissée, recouverte par les livres et les manuels, sur le dessus clair de sa table de chevet. Si elle avait été honnête, elle y aurait ajouté d'autres phrases trempées de remords, mais l'idée d'accabler Ivanovna de ses difficultés retient sa plume. Elle préfère lui glisser les éclats de voix incessants qui animent Poudlard et la légèreté des confidences d'une jeune femme à une autre.
Dans l'antique chambre forte de son âme, Alyona commence sa lettre autrement. Elle s'explique. Mais l'encre noire est dépouillée de ces mots-là qui l'auraient assombrie.
Je suis désolée, Ivanovna, je n'ai pas vu le temps passer. Les jours se sont succédé et m'ont emportée dans un torrent de devoirs si violent que je n'ai pu me retenir à aucune berge. Je dois travailler mes cours, les réviser, et tenter de m'avancer dans le programme, en vue des prochaines vacances qui me mèneront jusqu'au Brésil grâce aux échanges AMICO. Cela me ravit, et en même temps, cela m'angoisse terriblement. Je vais gagner une semaine de rêve éveillé, et perdre une semaine de travail pour mes ASPIC. J'ai peur que cela me handicape, mais je sais, tout au fond de moi, que cela me sera nécessaire, que cela me fera du bien, que j'en aurai besoin pour mieux rebondir après. En attendant, je n'arrive pas à rester positive à ce propos, et je travaille avec acharnement. Je dois aussi m'occuper de ma scutumi dans la serre des élèves, qui commence doucement à se transformer. Je mène des recherches à son propos, basées sur les éléments qu'Estefânia m'a transmis sur cette plante, mais je les délaisse de plus en plus régulièrement pour mes manuels d'histoire de la magie. Cela me tourmente et me désole énormément. Je ne trouve même plus le temps de poursuivre mes projets. Dans le même esprit, cela explique pourquoi ma réponse t'arrivera tardivement. Je n'ai pas réussi à me poser plus tôt pour t'écrire. J'en suis désolée. Tu dois te sentir bien seule avec tes plantes et Fleur ! Des lettres ne doivent pas t'arriver très régulièrement. Mais comment t'expliquer ? Comment te dire ? Comment justifier le temps qui sépare ma réponse de ta lettre ? Mes épreuves n'ont rien de comparable aux tiennes. Elles te sembleraient sûrement ridicules. Je n'ose pas t'en accabler, ce serait injuste. D'autant plus que, lorsque je m'amuserai au Brésil, abandonnée de mes tourments, les tiens te toucheront probablement encore. Je ne peux pas me plaindre. Alors je scelle mes angoisses dans les tréfonds de mon cœur pour les confier à d'autres. Un jour, peut-être, je pourrai t'en parler.
En attendant, laisse-moi te partager le goût sucré d'un hiver à Poudlard.
Chère Ivanovna,
Pardon, c'est contre mon gré que je te réponds aussi tardivement. Le temps nous emporte si vite...
À Poudlard, en ce moment, les fêtes et la rentrée ont laissé place à une ambiance plus studieuse. Les Poufsouffle mènent pour l'instant pour la Coupe annuelle et la coupe de Quidditch, mais rien n'est joué. On travaille dans la tour ouest à changer cela, tout en profitant de moments agréables pour se donner de la force, car, après tout, c'est l'hiver ! Mais j'aime bien cette saison. Est-ce difficile pour toi parfois de trouver le courage de sortir quand le temps est gris ou froid ? J'imagine que la météo te demande parfois beaucoup de travail, entre les chutes de neige et les plantes à protéger... J'espère néanmoins que tu es au chaud chez toi.
Moi aussi, tu sais, je suis heureuse d'avoir de tes nouvelles ! C'est rassurant de savoir que tu vas bien. Toi et Fleur, bien sûr. On dirait qu'elle te rend la vie dure, d'ailleurs. Elle se calmera peut-être en vieillissant ? Ecco (mon rat, je ne sais pas si tu t'en souviens) passe de plus en plus de temps à dormir avec l'âge... Il ne me suit presque plus jusque dans la Grande Salle pour récolter quelques morceaux du repas. Étonnement, cela ne l'empêche pas de prendre du poids... Mais bon, il continue à voyager avec moi et à me tenir compagnie, et finalement c'est tout ce qui compte. D'ailleurs, j'ai eu mon permis de transplanage il y a quelques mois ! Quelle liberté cela donne l'impression d'avoir ! Mais je pense que, comme toi, cela ne m'empêchera pas d'utiliser mon balai quelquefois, car il est vrai que c'est un plaisir dont j'aurai du mal à me passer définitivement. Et puis, cela reste plus agréable que la nausée du transplanage, personne ne pourra me faire dire le contraire...
Oh, tu sais, les choses importantes ne demandent parfois qu'à être oubliées pour faire place à des choses plus légères, mais plus appréciables. C'est cela qui nous tient la tête hors de l'eau. Alors parfois, il m'arrive de lire un peu. Cependant, je n'ai jamais ouvert de recueil de poésie. Je ne sais pas si j'y suis sensible. Mais peut-être que je pourrai être surprise, comme toi, qui sait ? J'essaierai un jour, pour voir. J'ai le temps. N'est-ce pas l'impression que tu as, toi ? Celle d'avoir encore des années devant toi avant que toute la mécanique de la vie d'adulte se mette en marche ? Je n'arrive pas à penser à l'héritage familial. Pourtant, fille unique, c'est aussi moi qui porterais l'avenir de ma famille. Mais Merlin, comme cela me semble lointain ! Enfin, tu me diras, on se sent à l'abri de ces questions jusqu'à ce qu'elles se posent. Mais ne penses-tu pas qu'il faille profiter de sa jeunesse avant ? Enfin, les responsabilités familiales sont difficiles à ignorer, c'est vrai... J'oublie les miennes à Poudlard, mais cet été ce sera probablement une autre histoire.
Tu as sûrement trouvé dans l'enveloppe de petits parchemins. Ce sont des copies de mes cours de botanique de sixième année, rétrécis et dont le poids a été allégé pour le hibou. Tu pourras les lire avec un “amplificatum”. Ils portent sur les plantes marines, le chou mordeur de Chine, le géranium dentu, l'arbre à pipaillon et les sortilèges de botanique. Je t'ai épargné le cours sur les bois de baguette, je ne sais pas si cela te serait vraiment utile. Je peux aussi te faire parvenir des cours de sortilèges et d'autres ! Je ne sais pas lesquels tu souhaites. J'imagine que les étudier seule ne sera pas simple, alors je ne veux pas te surcharger d'informations. Dis-moi ce qui t'intéresse le plus ! Ou ce qui te serait utile. J'ai pris beaucoup de notes et recopié de nombreux cours pour mes révisions, alors si cela peut te servir.
Je ne sais pas encore ce que je vais faire après mes études. J'espère surtout apprendre énormément de choses, pour développer mes compétences. Je découvre doucement la botanique du monde, celle pratiquée à l'étranger, et je suis frappée par l'étendue de mon ignorance. Je ne sais pas si je veux beaucoup voyager plus tard, je suis trop attachée au Royaume-Uni, mais ce qui est fait ailleurs, toutes ces autres manières de penser et d'agir... Cela ouvre des portes sur de nouveaux horizons. Mais je compte beaucoup sur l'IMSM pour trouver ma voie. Tout ce que je sais, c'est que je ne veux pas passer mes journées dans un laboratoire, ou ne plus voir personne... J'ai besoin de contact avec le monde extérieur, de contact humain. Cela ne m'avance pas beaucoup, mais c'est déjà ça. Pour le reste... Je ne sais pas. J'aimerais construire une famille, et trouver un endroit où je me sentirai bien. Là encore, c'est flou, mais au moins pour cela, je suis sûre de moi.
Tu vis par tes propres moyens, tu as restauré ta maison et tu t'occupes seule de ton jardin, c'est déjà admirable. Tu as de quoi être fière. Ne sois pas trop dure avec toi pour ce que tu n'arrives pas à faire ! Cela viendra. Enfin, je n'en connais pas plus que toi sur tous ces sujets, au contraire... Mais si un jour tu as besoin d'aide, ma porte reste ouverte, pour quoi que ce soit.
Oh, je n'ai pas peur de dormir sous une tente. Et je te promets que je ne te parlerai pas de mes cours d'histoire de la magie, dont les révisions occupent mes soirées, à mon plus grand désespoir. Mais soit, si Pré-au-Lard te semble plus convenable, je pourrai m'y rendre. Probablement pas avant mars, cependant. Sinon, cet été. J'aurai du temps en juillet, après mes ASPIC. Je ne sais pas ce que je ferai, d'ailleurs. J'ai du mal à envisager un futur après les ASPIC, tant ils occupent mes pensées actuelles. C'est aussi pour cela que t'écrire me plaît. Au moins, cela me permet d'échapper à ces devoirs qui me suivent où que j'aille. Je voyage un peu près de toi, Fleur et tes hellébores. Ce sont de belles fleurs. Il y en avait un moment dans les serres de ma grand-mère. Je ne sais plus si c'est le cas désormais. Je ne pense pas.
Enfin ! J'espère que cette longue lettre t'apportera un peu de la chaleur du château.
À bientôt,
Alyona
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
La première Hellébore
Hiver 2048, quelques semaines plus tard
J’ai promis ; ne plus me mettre dans des états altérés de conscience. Il n’est pas sain d’attendre chaque jour un ciel fendu par le vol d’un hibou. Je fais bien des efforts pour ne pas y penser. C’est presque agréable de devoir ainsi prendre sur soi, une discipline d’esprit, l’attitude des gens posés. Ce n’est pas ma nature, enfin… la vie ne m’a pas encore donné de mémorables leçons de patience, le genre à vous guérir de tout...
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, je vais bien. Depuis peu j’ai peut-être compris les raisons expliquant la distance que Fleur entretient avec les hellébores. Cette plante renferme peut-être une substance magique puissante. Je dois la découvrir, en mettre à jour le principe. Cela occupe une bonne partie d’un esprit n’attendant que ce genre de défis. L’impression de comprendre seule, pour une fois. L’idée qu’une plante fleurisse en hiver constitue l’élégance ultime. En outre, celles-ci ont résisté à tous les désastres ayant eu lieu ici depuis… cinq ans. Je dois seulement en trouver les raisons, sans me frotter à ce passé antérieur. Qui ne m’intéresse pas même si la magie mise en œuvre ici me fascine. Hélas je ne suis que moi. Dans un premier temps, il faut agir à l’image de Fleur ; garder une distance prudente. En observant tout !
Mais triturer un plant afin de creuser cette affaire de vertu magique n’est d’un coup plus ma priorité. Au loin, j’entends le râle caractéristique d’un volatile réclamant par avance son salaire. J’avais les mains gantées, elles ne le sont plus. Et si je m’essuie le visage au point de le marquer d’un petit trait de sol d’ici, tant pis. La terre n’est pas sale, laissons ces légendes demeurer dans l’esprit dans gens qui le sont.
Il vole vers moi, au grand déplaisir de Fleur qui déjà s’en est allée dans son buisson favori, là d’où l’on observe sans être vue. Je détache le parchemin, il semble lourd, étrangement composé. Il faut être délicate, on ne sait jamais ce qui peut être joint dans une missive sorcière. S’il s’agit d’un poison, eh bien, au revoir la vie. Mais les mots viennent de mon école, le danger n’existe pas… sinon...le temps venu, ouvrons-le avec un soin approprié.
Je décide de prendre mon temps. D’abord récompenser le messager. Espiègle, il s’agite de manière à apeurer Fleur dont il a senti la présence. Je vais chercher un petit biscuit, un deuxième même… Et puis je le laisse repartir, une tendresse dans le regard. Mes yeux ronds comme des billes, impénétrablement noirs. Ils ne laissent rien voir de ce que l’intérieur contient mais leur agitation trahit. Je suis…j’essaye de maîtriser mes élans. Respirer, reprendre le cours de mon travail, ne pas perdre deux jours d’efforts comme la dernière fois. Que vais-je lire ? De son travail que vais-je apprendre ? Et sa santé ? Est-elle heureuse ? La réponse est là, sur la table, dans ma maison. J’ai posé dessus elle ce petit bout empli de mots. Le temps est un allié, il faut apprendre à savourer. Un supplice. Prendre sur soi, ne pas se déconcentrer. Je décide de retourner au plus vite m’occuper de mon prélèvement sur les hellébores. Leurs rhizomes ont tendance à se multiplier toujours plus, et dans une seule direction. Cela, je ne me l’explique pas.
L’idée de les travailler de plusieurs manières en présence de Fleur me vient. Mais ce serait cruel. Je ne peux pas laisser s’évaporer une substance. Ou la laisser ingérer un produit à de telles fins. Elle m’agace, le plus souvent elle me provoque mais c’est l’unique vie dans les environs, enfin la seule me supportant. Et elle reste, fidèlement. Son attachement relève du paradoxe. Il est clair qu’elle ne m’aime pas mais dans le même temps, je suis à elle. Oui, c’est très exactement cela, j’appartiens à ma chatte. A ce titre, elle me tolère malgré tous mes défauts. La monde à l’envers vous dis-je. Une solution. Que faire avec ces rhizomes ? L’idée finit par me traverser l’esprit. Sournois cerveau, il a trouvé la façon de me pousser à vite retourner dans la maison. Magie démoniaque ou magie lumineuse ?
Chère Alyona,
je suis une fille du froid, à Wick comme dans les terres de mes ancêtres russes, l’hiver est une seconde nature. Je n’irai pas jusqu’à prétendre que j’aime avoir les doigts gelés mais cette époque de l’année ne me pèse pas. C’est très gentil de ta part de penser à moi. Tu sais, la bûche qui me donne le plus de chaleur, c’est ce rouleau que tu m’as envoyé. Les journées sont longues et silencieuses ? J’aime bien le calme, il m’aide à réfléchir mais depuis que je t’ai écrit, des tremblements de terre sourds agitent mon esprit, le genre de bruits lointains dont on se demande ce qu’il sont ; avec le sentiment que quelque chose va arriver. Je suis sans peur, c’est juste une intuition. Ma vie a changé ces derniers temps. Et ne va pas croire que cela me peine. En fait, c’est mieux ainsi. Et tu sais, le contenu de ton colis, car c’est bien de cela qu’il s’agit, est révélateur. J’ai d’abord laissé les petits papiers s’éparpiller, je les avais sentis mais n’ai pas su déballer la chose de manière adéquate. Ensuite, j’ai tout ramassé une fois avoir compris ce qu’ils étaient. J’avoue avoir dévoré le contenu. Soit dit en passant, ton système de prise de notes est impressionnant. J’ai mis du temps à en comprendre certains principes mais vraiment c’est clair une fois qu’on a saisi la manière que tu as d’agencer ta paillasse. Ou ta serre, dis-le comme tu veux. C’est un tel enchantement, j’aime ça. Étudier, comprendre. Créer. Imaginer. J’ai envie. Mais je ne sais plus vraiment comment m’y prendre. Nous devons nous rencontrer. Vite. Souvent. Autant que tu voudras, le temps que tu pourras. Je viendrai à Pré-au-Lard à ton signal. J’ai envie de te revoir en vrai. Parler de tout, de rien, d’Ecco (si je me souviens bien, tu l’avais trouvé dans l’école non ?). Parler Botanique, tes projets, la coupe, la Botanique, que la Botanique !! J’espère que tu pourras bientôt. Wick t’est toujours ouverte mais question logistique, Pré-au-Lard te prendra moins de temps. Je veux que tu réussisses. D’ailleurs tu réussiras, c’est évident. Je me doute que tu ne penseras pas la même chose. Rien n’est jamais garanti. Mais c’est tellement évident. Et ne crois pas que je dise cela en l’air. Je n’ai jamais été douée en divination mais je sais regarder. Bref… C’est finalement facile de vivre ici. Mais étudier… je n’ai pas ce talent, tu as l’endurance.
J’ai un peu attendu avant de te répondre. En fait, j’ai commencé mais tes notes m’ont… interrompue. C’est pour ça que je peux te le dire. Ce que tu fais est simplement stupéfiant. En tout cas moi ça m’épate. J’ai de la chance. C’est pour ça que je veux venir à Pré-au-Lard. J’y ai quelques bons souvenirs d’enfant mais ce qui compte c’est demain. Dis-moi quand tu peux, je serai là. Il me faut la destination, ton lieu sera le mien (bon, la cabane hurlante…on peut éviter).
Passons aux choses impérieuses. J’ai une question de Botanique à te soumettre. C’est… non urgent mais une réponse est espérée un jour. Je veux dire, si tu as le temps, tu peux peut-être chercher un peu dans la bibliothèque. A moins que tu ne saches déjà… T’ai-je déjà parlé des hellébores que Mère cultivait dans le jardin ? Nous avions quelques pieds et surtout l’instruction absolue de ne pas y toucher… Avec Circéia, jamais nous n’aurions dérogé à un oukase maternel. Les multiples désastres que la maison a connues n’ont pas eu raison d’elles. Et je constate deux choses : à l’évidence une magie a été placée ici. Dans, autour, je ne sais pas. Et l’urgence est ailleurs car ce n’est pas demain qu’on saura. En revanche, ces plantes doivent avoir des propriétés magiques. Sinon pourquoi les cultiver ? Pourquoi les protéger ? J’ai parcouru ce dont je dispose comme littérature ici mais c’est maigre. Mère avait une immense collection de précis, il ne reste qu’une série de vieux livres moldus, les Déchelette. En rien ils ne me sont utiles. Saurais-tu de quoi il retourne ? Sinon… pourrais-tu faire quelques recherches si tu as le temps ? Je me sens tellement démunie ici par moments. J’en ai la rage si tu savais. Vivre comme si j’étais prisonnière d’un filet du diable, quelle galère. C’est affreux… J’écris, j’écris, je suis toujours sur mon nombril, à pleurer sur mon sort. C’est pitoyable, pardonne-moi. Je pourrais jouer les fortes que jamais rien ne perturbe, je ne m’en sens pas la force avec mon amie. Veux-tu être mon amie ?
Il faut que je prenne l’air. Et aller le week-end dans des endroits qui ne sont pas de mon âge est une perte de temps, d’énergie. J’y deviens par moments ce que je déteste le plus. C’est ridicule. Je comprends ce que tu dis en parlant de jeunesse. J’aimerais bien pouvoir penser à tout ça avec mon insouciance, je ne peux plus me le permettre. En t’écrivant, je m’en rends compte. Enfin… je ne sais pas. Toute ma famille repose sur moi maintenant alors c’est plus qu’un devoir, on devrait parler de fardeau mais non… la montagne n’a pas cette forme. Je sens… les responsabilités. Pardon de t’accabler avec mes soucis. Oui, j’ai besoin de prendre l’air, à grands bols. Le plus terrible, c’est que je n’ai plus beaucoup de souvenirs du temps d’avant. Ma dernière année, celle des BUSEs, ça oui. Mais la seule chose dont je me souvienne bien, ce sont mes niaiseries de gamine. La honte. Et cette année des BUSEs est passée si étrangement. Cette urne… je préfère l’oublier. Regarder demain me fait revivre. Peut-être est-ce bon signe je ne sais pas. Je me dis qu’il faut vraiment enterrer tout ça, le chasser une bonne fois. C’est un brouillard dont je sors mal. En fait, tu as raison, le froid m’entoure mais pas celui du thermomètre. Nous aurons bientôt l’occasion de boire à la santé des vents d’été. Je te souhaite un bon sommeil, des journées passionnantes et toute la réussite que tu mérites. Je vais poursuivre mes précautionneuses études de l’hellébore. Dans l’attente du prochain hibou porteur de vie.
Je t’embrasse.
Ivanovna
Elle n’a jamais été du genre tactile. Les derniers mots dépassent les amabilités. Une lionne en cage, un poulet sans tête ou juste une jeune femme peinant à respirer sereinement. Automate détraquée serait peut-être la meilleure description.
Elle a lu, relu. Si elle trouve plus convenable de recevoir Alyona, elle se refuse à la déranger dans ses études. Retenant sa main plus avant, elle a proposé le plus facile. Sans doute aussi le plus terne. Avait-elle un autre choix ? Les GUNNRAY sont une lignée ancienne. Embarras de recevoir dans des conditions indignes ? Craint-elle une amitié affadie par les années ? Une distance qu’elle seule a créée !?! Ou peur d’une rencontre qu’un trop long week-end aurait fait exploser ? Elle n’a qu’une énigme banale en échange d’excellents cours. Ils ont demandé du temps et de l’attention pour en faire de précieuses graines... Fière aussi, elle se doit de maquiller le vrai. Maintenir les apparences est plus facile à distance de Wick.
Le temps passe
Par une fatalité qui lui colle à la peau, elle va, en partie du moins, à rebours de son coeur. Mais la relecture la conforte. Elle demande beaucoup déjà. Ivanovna paye tardivement le prix d’une dernière année à Poudlard où elle a dû se reconstruire en tant que sorcière ; délaissant tout aux alentours. Et même si ce constat se révélait faux, c’est ainsi qu’en l’instant elle se voit, elle est un train qui écrasa tout et tous sur son passage. A l’époque, Ivanovna n’a rien dit à personne de ses malheurs. Ce silence l’a emprisonnée pour longtemps.
Personne n’est à blâmer dans cette histoire. Il faut seulement espérer que demain soit plus accessible.
La première Hellébore
La lettre m'est parvenu par une matinée claire. La Grande Salle était alors encore calme, habitée de quelques élèves lève-tôt, de leurs éclats de voix et du bruit de leurs couverts. J'étais installée seule vers le bout de la table des Serdaigle, une cuillère dans la main et mes notes portant sur mon dernier cours de métamorphose dans l'ombre de mon regard. J'étais loin, très loin du monde extérieur à Poudlard, et plus loin encore de tout ce qui pouvait s'approcher d'intérêts et de plaisirs personnels ; j'étais en train de déambuler dans les rues encombrées d'informations liées à ma leçon, entre les gestuelles, les complexités de la visualisation et les particularités des sorts. Je travaillais, entre deux bouchées d'œufs brouillés.
Et puis, sont venus des battements d'ailes et un oiseau qui, dès que je l'ai aperçu, ne m'a laissé aucun doute sur le fait que c'est vers moi qu'il s'avançait, car au-delà de son regard perçant et de l'enveloppe qu'il portait, je le reconnaissais. Mes lèvres se sont étirées comme un élastique — sans la résistance de celui-ci — et j'ai reposé ma cuillère et repoussé mes parchemins pour tendre les mains vers l'objet de ma gaieté. Mes cours, s'ils étaient animés de la magie qu'ils expliquaient, auraient très certainement soupirés, déçus de se voir si vite délaissés. Mais ils n'ont rien pu exprimer, m'offrant de ce fait la liberté de m'en éloigner pour les phrases peuplées des vents écossais d'Ivanovna.
La lecture ne m'a pas laissé de marbre. Je n'ai rien avalé tout du long. Puis, heureuse mais ébranlée, j'ai glissé l'enveloppe dans mon sac et, attrapant mes affaires, je me suis levée.
Contrairement à ma dernière lettre, celle-ci fut plus rapidement terminée. Moins d'une semaine après cette matinée cousue d'œufs brouillés et de métamorphose, je regardais un hibou aux ailes sombres partir avec ma réponse, transformant la rédaction en courrier.
Et que dire de ces hellébores intrigants ? Et de cette demande d'amitié ? Et de Pré-au-Lard ? J'ai de quoi nourrir mes réflexions pour de nombreuses heures. D'ailleurs, il m'a fallu quelques cours avant que la lettre d'Ivanovna ne s'estompe de mes pensées. Y répondre a jeté de nouvelles flammes dans ces braises. Depuis que mon enveloppe s'est envolée vers Wick, les jours m'apparaissent longs. Je ne fais qu'attendre mars et son printemps aux lèvres fleurissantes. Jamais l'hiver ne m'a semblé aussi rude.
Et puis, sont venus des battements d'ailes et un oiseau qui, dès que je l'ai aperçu, ne m'a laissé aucun doute sur le fait que c'est vers moi qu'il s'avançait, car au-delà de son regard perçant et de l'enveloppe qu'il portait, je le reconnaissais. Mes lèvres se sont étirées comme un élastique — sans la résistance de celui-ci — et j'ai reposé ma cuillère et repoussé mes parchemins pour tendre les mains vers l'objet de ma gaieté. Mes cours, s'ils étaient animés de la magie qu'ils expliquaient, auraient très certainement soupirés, déçus de se voir si vite délaissés. Mais ils n'ont rien pu exprimer, m'offrant de ce fait la liberté de m'en éloigner pour les phrases peuplées des vents écossais d'Ivanovna.
La lecture ne m'a pas laissé de marbre. Je n'ai rien avalé tout du long. Puis, heureuse mais ébranlée, j'ai glissé l'enveloppe dans mon sac et, attrapant mes affaires, je me suis levée.
Contrairement à ma dernière lettre, celle-ci fut plus rapidement terminée. Moins d'une semaine après cette matinée cousue d'œufs brouillés et de métamorphose, je regardais un hibou aux ailes sombres partir avec ma réponse, transformant la rédaction en courrier.
J'ai souri en apprenant que mes lettres étaient porteuses de chaleur ; mon cœur a bondi d'enthousiasme à l'idée de retrouver Ivanovna à Pré-au-Lard ; j'ai rougi en découvrant sa confiance en ma réussite. Et pour tout le reste de ma lecture, j'ai souri, souri, souri. C'est étrange d'être touchée par des mots. On peut difficilement échapper au regard amical qu'ils nous lancent. Il y a une présence dans cette encre, une présence qu'aucune magie ne peut expliquer. Pourtant ce ne sont que des lettres tracées par une plume. Moi qui ai les mains dans la terre et les sens comme boussole, je reste néanmoins particulièrement sensible à ce contact qui ne peut être physiquement perçu par mon corps. C'est étonnant, mais pas désagréable.Chère Ivanovna,
C'est l'hiver qui doit frissonner à l'idée de te voir si peu sensible à ses sorts ! Il ne sait pas à qui il fait face. Tu es un peu comme le roseau dans ces fables qu'on raconte aux enfants : tu as des réseaux de racines bien ancrés dans la terre qui te rendent stable malgré les vents. Moi, je pense sincèrement que je me serais envolée. J'arrive à suivre le courant, mais y faire face... impossible. Enfin, je me réjouis d'apprendre que tu vas bien et que mes lettres te font du bien. Je ne me sens pas toujours très assurée à l'écrit, et pourtant j'aime les correspondances. Mais c'est vrai que cela me ferait aussi plaisir de te retrouver à Pré-au-Lard. Je peux y être en mars, le premier et troisième samedi. Donc le 7 et le 21. J'y serai même sûrement ! Tu peux choisir le jour qui est le plus pratique pour toi. Je serai dans les parages de toute manière. Oh, ce serait tellement bien de te revoir ! Pour parler botanique, oui c'est certain. Et aussi de tout et de rien ! Cela me convient. Ça fait si longtemps que nous ne nous sommes pas vues ! Je suis très contente que cela puisse être envisagé. Je prendrai quelques mornilles avec moi, comme ça on pourra aussi passer à Honeydukes ou aux Trois Balais ! Ou ailleurs encore, si tu préfères, je ne suis pas difficile. On peut se retrouver sur la Grande Place, et voir après.
Ce n'est pas simple de faire des notes efficaces et claires. Cela me rassure de savoir que tu les as bien comprises. Parfois je les compare avec d'autres, et tout le monde semble en prendre des différentes. J'espère qu'elles te seront aussi utiles, une fois le déchiffrage passé. Mais ce sera encore mieux de t'en parler en vrai ! Et puis, cela me permettra aussi de réviser ces cours, même si ce ne sont pas ceux avec lesquels j'ai le plus de difficultés. Je sais que je peux réussir ces ASPICs, mais c'est beaucoup de travail et il faut s'accrocher. Un peu comme tes serres, d'une certaine façon...
J'ai commencé quelques recherches par rapport à tes hellébores. J'ai sélectionné des livres et des passages qui pourraient nous aider. Je prendrai le temps de m'y intéresser avant de te retrouver. Mais je ne vois pas trop ce dont il peut s'agir... Peut-être qu'il y a de la magie là-dessous, tu as raison. Je vais en parler à ma correspondante de Castelobruxo. Tu sais, des échanges avec d'autres écoles de magie ont été mises en place, et j'ai désormais une correspondante au Brésil ! Je pourrai aller dans son école cette année. Peut-être qu'elle s'y connaît en plantes magiques ? Je pense que tu pourrais essayer de lancer des sorts sur quelques parties des hellébores. Peut-être qu'elles réagiraient à certains d'entre eux ? Il n'y a qu'une manière de comprendre parfois, et c'est d'expérimenter.
Oh et merci pour cette demande, je serai très contente d'être ton amie.
D'ailleurs, tes soucis ne m'accablent pas. C'est une bonne chose que tu les confies, je crois ; on dit qu'après ils sont souvent plus légers. J'ai du mal à imaginer ce que tu traverses, ou ce que tu as dû traverser, et je pense que cela m'aide un peu à le comprendre. Merci. Mais je suis sûre que bientôt, cela ira mieux, parce que l'hiver s'en va toujours. Demain est plein de merveilles. Moi je crois que parfois, quand le chemin est difficile, il faut s'accrocher et continuer sur la même route, parce qu'il y aura forcément quelque chose de beau après un virage, quelque chose qu'on ne voyait pas venir et qui pourtant nous attendait. Donc je suis certaine que quelque chose de beau t'attend, et qu'il t'aidera à retrouver la beauté ailleurs, un peu comme un Lumos. Enfin, c'est ce à quoi je crois, mais ça doit sûrement te paraître un peu bête... Enfin voilà, j'aime bien penser qu'il faut faire confiance au chemin sur lequel on avance.
À bientôt dans les rues de Pré-au-Lard,
Alyona
Et que dire de ces hellébores intrigants ? Et de cette demande d'amitié ? Et de Pré-au-Lard ? J'ai de quoi nourrir mes réflexions pour de nombreuses heures. D'ailleurs, il m'a fallu quelques cours avant que la lettre d'Ivanovna ne s'estompe de mes pensées. Y répondre a jeté de nouvelles flammes dans ces braises. Depuis que mon enveloppe s'est envolée vers Wick, les jours m'apparaissent longs. Je ne fais qu'attendre mars et son printemps aux lèvres fleurissantes. Jamais l'hiver ne m'a semblé aussi rude.
#466962 ‖ Botaniste au Jardin de Draíocht
baisse de présence jusque fin juillet
baisse de présence jusque fin juillet
La première Hellébore
Pré-au-lard, Pré-au-lard, Pré-au-lard… s’organiser, Pré-au-lard, Pré-au-lard, un petit présent pour Alyona… Pré-au-lard, depuis combien de temps je n’y suis pas allée ? Fin de deuxième année… une éternité… En lisant son hibou, je priais pour qu’elle préfère cette solution-là. J’ai un peu honte de ma situation, qui d’ailleurs ne va pas en s’arrangeant. Je ne voulais pas puiser dans la fortune familiale, par refus d’une richesse aux origines glauques à mes yeux. Mais je dois bien admettre que c’est de plus en plus dur. Je ne le fais pas payer à Fleur, qui en outre sait très bien se débrouiller seule pour se remplir la panse. Mais je mets un point d’honneur à la nourrir décemment. Ce n’est pas que je meure de faim, je suis habituée à me satisfaire de peu. Mais mes plantes, ma serre, ce dont j‘ai besoin pour faire tourner cette entreprise bancale n’est pas suffisant. Si j’avais un comptable, il me dirait de mettre la clé sous la porte. Et se chargerait de me délester de mes derniers gallions pour solde de tous comptes. A la différence de ma sœur qui n’a jamais rien compris aux chiffres, je sais très bien compter. A ce rythme-là, je ne tiendrai pas un an. Il me faut inventer une façon différente mais je l’avoue, je n’y pense pas vraiment.
Je suis impatiente, il faut vite répondre pour bloquer la première date. 7 mars 2048, lune dans son dernier quartier… je préfère ne pas savoir ce qu’en penserait un professeur de divination même si je subodore un symbolisme puissant. Je ne suis pas superstitieuse, tout cela m’indiffère.
Des vagues de chaleur me traversent, je me rends compte qu’elle est complètement submergée par son travail. Je suis un caillou dans sa chaussure, un élément perturbateur. Un échange avec d’autres apprentis-sorciers, d’autres cultures, cela doit être tellement enrichissant. Pour ce que j’en ai vu, les voyages forment la jeunesse. Bon, d’accord, j’ai été très seule mais quand même, ils ont bien dû m’apporter quelque choses, ces longs mois orientaux. Je dois répondre vite, j’en oublie mes hellébores et ce qu’elle me suggère. Sans doute en avais-je parlé juste pour me rendre intéressante. Je n’ai rien qui puisse me faire exister. Hier soir en m’endormant, je repensais à mes années d’avant, deux années d’enfance à l’école de magie de Grande-Bretagne. Et je me rendais compte que j’ai presque du mal à me souvenir de son visage à l’époque. Des images de liens entre elle et une Serpentard mais sans plus. Je suis mal à l’aise tout d’un coup. Et si nous n’avions rien à nous dire le moment venu ?… Fautive, par pudeur et dégoût de moi-même je n’ai pas envie de parler de la Russie. Elle ne peut pas comprendre. Il faut faire avec. Ne pas se laisser ronger par le remords, il reste tellement de temps. C’est un moment joyeux qui se prépare, je dois le vivre pleinement. Sans délectation morose.
Le parchemin, scellé par une cire « Famille Gunnray », exhale un subtil parfum végétal, celui du bois de Pin si vous y prêtez attention. La calligraphie est légèrement plus différente des hiboux précédents, sans que vous ne puissiez objectivement en déterminer la cause...
Fin de ce RP ; la suite de l'histoire en suivant ce lien : ce lien
(Rp terminé)
Je suis impatiente, il faut vite répondre pour bloquer la première date. 7 mars 2048, lune dans son dernier quartier… je préfère ne pas savoir ce qu’en penserait un professeur de divination même si je subodore un symbolisme puissant. Je ne suis pas superstitieuse, tout cela m’indiffère.
Des vagues de chaleur me traversent, je me rends compte qu’elle est complètement submergée par son travail. Je suis un caillou dans sa chaussure, un élément perturbateur. Un échange avec d’autres apprentis-sorciers, d’autres cultures, cela doit être tellement enrichissant. Pour ce que j’en ai vu, les voyages forment la jeunesse. Bon, d’accord, j’ai été très seule mais quand même, ils ont bien dû m’apporter quelque choses, ces longs mois orientaux. Je dois répondre vite, j’en oublie mes hellébores et ce qu’elle me suggère. Sans doute en avais-je parlé juste pour me rendre intéressante. Je n’ai rien qui puisse me faire exister. Hier soir en m’endormant, je repensais à mes années d’avant, deux années d’enfance à l’école de magie de Grande-Bretagne. Et je me rendais compte que j’ai presque du mal à me souvenir de son visage à l’époque. Des images de liens entre elle et une Serpentard mais sans plus. Je suis mal à l’aise tout d’un coup. Et si nous n’avions rien à nous dire le moment venu ?… Fautive, par pudeur et dégoût de moi-même je n’ai pas envie de parler de la Russie. Elle ne peut pas comprendre. Il faut faire avec. Ne pas se laisser ronger par le remords, il reste tellement de temps. C’est un moment joyeux qui se prépare, je dois le vivre pleinement. Sans délectation morose.
Le parchemin, scellé par une cire « Famille Gunnray », exhale un subtil parfum végétal, celui du bois de Pin si vous y prêtez attention. La calligraphie est légèrement plus différente des hiboux précédents, sans que vous ne puissiez objectivement en déterminer la cause...
Fin de ce RP ; la suite de l'histoire en suivant ce lien : ce lien
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