Quand la nuit ne noie pas les étoiles...
La voix tranchante du Serpentard m'enrobe soigneusement. Elle prend soin de me replier pour m'efforcer de rentrer dans le cadre que son propriétaire a façonné pour moi. Le cadre "bon élève qui n'enfreint pas les règles de façon aussi négligente, surtout si elle est une savante sorcière". Évidemment, qu'il sous-entende que je ne suis pas aussi savante que je veux bien le croire me fait éprouver quelque chose qui me déplait. Que lui me dise ça alors qu'il m'a accepté dans son petit club, c'est douloureux. Je pince les lèvres en le considérant silencieusement, attendant qu'il termine de dérouler son si important discours.
Il s'en faudrait de peu pour que je croise les bras sur ma poitrine, mais je n'ai pas envie de le laisser voir que ses paroles ont froissé le bonheur que je ressentais. D'ailleurs, je refuse que ce bonheur soit froissé. Je sens mon visage se tendre sous ces pensées. Je refuse qu'une telle chose arrive et pour contrer l'effet Nerrah, je me répète intérieurement, luttant pour ne pas me laisser déconcentrer par sa voix : « Je l'ai retrouvée, je l'ai retrouvée, je l'ai retrouvée ». Et une directrice retrouvée, c'est tout de même plus fort qu'un Nerrah agaçant, n'est-ce pas ?
J'attends qu'il en ait fini, puis je dédaigne sa proposition de sortir (qui est en fait un ordre déguisé) pour dire :
« Après tous ces mois, voilà que je découvre que tu me crois vraiment idiote, Nerrah. La prochaine fois, j'ajoute d'une voix dure en plantant mes yeux dans les siens, faudra mieux choisir qui rejoint ton petit club, si je ne suis pas aussi savante que tu le pensais. »
Malgré mon mantra, mes sourcils se froncent. Je l'ai retrouvée, je l'ai retrou... Il m'a mise en colère.
« Au cas où tu serais trop buté pour les voir, j'ai derrière moi une créature suffisamment petite pour traverser les couloirs sans se faire prendre par tes petits amis et toi, et un esprit. Qui peut traverser les murs et me prévenir si un danger se présente. »
Je me tord la nuque pour lancer un regard à Nyakane, toujours planté droit comme la justice sur le dossier de ma chaise.
« Si tu te demandes pourquoi ils m'ont pas prévenu de ton arrivée, c'est peut-être parce qu'ils nous voient parfois ensemble et qu'ils pensaient que tu ne représentais pas un danger pour moi ou mon dossier scolaire. » Un rictus me déchire le visage. « À tort, semble-t-il, » ajouté-je dans un murmure, mes yeux parcourant son visage si sévère.
À vrai dire, je n'ai aucune idée de pourquoi ils ne m'ont pas prévenu. Certainement parce qu'ils ne l'ont pas entendu, tout simplement parce qu'ils étaient, comme moi, trop excités par notre découverte sur le tableau. Je ne leur en veux pas. Je lui en veux à lui, qui est un insupportable...
Je pousse un soudain et bruyant soupir avant de lancer un regard noir au garçon que j'insulte copieusement dans ma tête. Et tout à coup, la pression qu'il a créé dans mes épaules se relâche, comme un ballon qui se dégonfle bruyamment.
« Sérieux, Nerrah ! m'exclamé-je en passant la main dans mes cheveux. T'es obligé d'être toujours aussi... » con ? Je souffle sans terminer ma phrase. « Regarde un peu autour de toi et pour une fois dans ta vie, profite. Si tu crois que je vais m'excuser d'être venue récupérer une information essentielle à une horaire qui te convient pas, tu te fourres la baguette dans l’œil. »
J'ai déjà été véhémente avec lui, vulgaire, sévère même, sans doute un peu méchante, mais je crois que c'est la première fois que je me montre aussi sincère. Parce que oui, il m'agace avec sa tronche fermée, à vouloir gâcher mon bonheur ! Mais je ne vais pas m'excuser. Ce soir, tout est tellement plus important que lui. S'il savait le peu d'intérêt qu'il m'inspire ! J'ai retrouvé ma directrice, par Merlin ! Un an que je la cherche, un an que j'attends de ses nouvelles, et lui il croit qu'il peut venir m'enguirlander parce que je ne respecte pas les règles ? Alors qu'il aurait pu m'accorder... Je ne laisse pas cette pensée se terminer. Pourquoi espérerais-je qu'il agisse différemment avec moi ?
Il s'en faudrait de peu pour que je croise les bras sur ma poitrine, mais je n'ai pas envie de le laisser voir que ses paroles ont froissé le bonheur que je ressentais. D'ailleurs, je refuse que ce bonheur soit froissé. Je sens mon visage se tendre sous ces pensées. Je refuse qu'une telle chose arrive et pour contrer l'effet Nerrah, je me répète intérieurement, luttant pour ne pas me laisser déconcentrer par sa voix : « Je l'ai retrouvée, je l'ai retrouvée, je l'ai retrouvée ». Et une directrice retrouvée, c'est tout de même plus fort qu'un Nerrah agaçant, n'est-ce pas ?
J'attends qu'il en ait fini, puis je dédaigne sa proposition de sortir (qui est en fait un ordre déguisé) pour dire :
« Après tous ces mois, voilà que je découvre que tu me crois vraiment idiote, Nerrah. La prochaine fois, j'ajoute d'une voix dure en plantant mes yeux dans les siens, faudra mieux choisir qui rejoint ton petit club, si je ne suis pas aussi savante que tu le pensais. »
Malgré mon mantra, mes sourcils se froncent. Je l'ai retrouvée, je l'ai retrou... Il m'a mise en colère.
« Au cas où tu serais trop buté pour les voir, j'ai derrière moi une créature suffisamment petite pour traverser les couloirs sans se faire prendre par tes petits amis et toi, et un esprit. Qui peut traverser les murs et me prévenir si un danger se présente. »
Je me tord la nuque pour lancer un regard à Nyakane, toujours planté droit comme la justice sur le dossier de ma chaise.
« Si tu te demandes pourquoi ils m'ont pas prévenu de ton arrivée, c'est peut-être parce qu'ils nous voient parfois ensemble et qu'ils pensaient que tu ne représentais pas un danger pour moi ou mon dossier scolaire. » Un rictus me déchire le visage. « À tort, semble-t-il, » ajouté-je dans un murmure, mes yeux parcourant son visage si sévère.
À vrai dire, je n'ai aucune idée de pourquoi ils ne m'ont pas prévenu. Certainement parce qu'ils ne l'ont pas entendu, tout simplement parce qu'ils étaient, comme moi, trop excités par notre découverte sur le tableau. Je ne leur en veux pas. Je lui en veux à lui, qui est un insupportable...
Je pousse un soudain et bruyant soupir avant de lancer un regard noir au garçon que j'insulte copieusement dans ma tête. Et tout à coup, la pression qu'il a créé dans mes épaules se relâche, comme un ballon qui se dégonfle bruyamment.
« Sérieux, Nerrah ! m'exclamé-je en passant la main dans mes cheveux. T'es obligé d'être toujours aussi... » con ? Je souffle sans terminer ma phrase. « Regarde un peu autour de toi et pour une fois dans ta vie, profite. Si tu crois que je vais m'excuser d'être venue récupérer une information essentielle à une horaire qui te convient pas, tu te fourres la baguette dans l’œil. »
J'ai déjà été véhémente avec lui, vulgaire, sévère même, sans doute un peu méchante, mais je crois que c'est la première fois que je me montre aussi sincère. Parce que oui, il m'agace avec sa tronche fermée, à vouloir gâcher mon bonheur ! Mais je ne vais pas m'excuser. Ce soir, tout est tellement plus important que lui. S'il savait le peu d'intérêt qu'il m'inspire ! J'ai retrouvé ma directrice, par Merlin ! Un an que je la cherche, un an que j'attends de ses nouvelles, et lui il croit qu'il peut venir m'enguirlander parce que je ne respecte pas les règles ? Alors qu'il aurait pu m'accorder... Je ne laisse pas cette pensée se terminer. Pourquoi espérerais-je qu'il agisse différemment avec moi ?
Quand la nuit ne noie pas les étoiles...
Elle le fatigue. Par Merlin, qu'est ce qu'elle peut le fatiguer. Jamais rien n'était simple, jamais aucune interaction entre eux deux ne pouvait se dérouler comme elle se déroulait pour deux individus normalement constitués. Pas un bonjour n'était dénué d'un sourire moqueur sous entendant une critique muette, pas un échange ne pouvait se résumer à se mettre d'accord en quelques phrases. Il était arrivé ici avec une idée simple : Aelle viole le règlement, Aelle doit partir avant de se faire prendre par quelqu'un qui remonterait l'information. C'était simple, accessible à un esprit même aussi obtus pensait-il, il n'était pas allé chercher des étapes comme "Aelle remercie Aliosus de la prévenir et de la couvrir", ça ne lui était même pas venu à l'idée tout simplement parce qu'il la connaissait et qu'il savait qu'elle ne fonctionnait pas comme ça.
Non seulement cela faisait cinq minutes qu'ils échangeaient critique contre critique, pique contre pique, attaques, parades et esquives en avançant péniblement vers une résolution de la situation, mais au moment où il pensait pouvoir retourner à ses occupations, voilà que quelque chose avait déraillé.
Il n'était arrivé qu'une seule fois qu'ils échangent, non pas à cœur ouvert, mais du moins avec une once de sincérité, de vulnérabilité. Une vulnérabilité bien encadrée, sans se regarder dans les yeux, sans avoir l'air d'y faire trop attention, un moment de vérité qu'ils avaient déguisé sous les atours habituels de leur relation pour pouvoir se mentir à eux-mêmes. Ils avaient avoué des faiblesses, n'en avaient plus jamais reparlé. C'était très bien ainsi.
N'est ce pas ?
Il savait que ce soir, il l'a dérangeait particulièrement, il l'avait vu, avant qu'il ne se révèle à elle, son visage illuminé comme jamais auparavant. Sans doute était-ce là son tort, de lui gâcher ce moment. Sans doute relativiserait-elle cela si elle savait qu'il lui avait accordé de sauver les apparences ? Mais c'était impossible. Elle était sur son nuage et, chose qu'il n'aurait pas conçu, elle était peut être plus vulnérable que d'habitude lorsqu'elle a son esprit bien ancré, entièrement dédié à la tâche de le rendre marteau.
Avait-il pu la blesser ?
Ça semblait ridicule, mais ses phrases semblaient plus dures, comme si ça lui faisait mal de les dire. Quand bien même, ça ne changeait pas grand chose. Elle avait tort. Elle avait tort de croire qu'il lui reprochait sa présence en dehors du couvre feu, car il lui reprochait sa négligence. Elle avait tort de se sentir trahie car il ne cherchait qu'à la protéger.
Elle avait tort de se draper dans un tel outrage, car depuis qu'il était arrivé, à aucun moment elle n'avait ne serait-ce que imaginé qu'il puisse être digne de partager la moindre information sur sa découverte. Il ne l'avait pas surprise en pleine lecture d'une lettre personnelle, il s'agissait de savoir, seul le savoir pouvait transfigurer le visage d'Aelle tel qu'il l'avait aperçu. Mais Aliosus n'était à ses yeux sans doute qu'un mal nécessaire à l'apprentissage de quelques miettes chorégraphiques de maniement de baguette, elle le tolérait comme on tolère un serpent dans son jardin en se disant qu'il mange les rongeurs, elle ne le voyait pas comme quelqu'un, juste un outil, un moyen, alors pourquoi le juger digne de quoi que ce soit ?
« Sérieux, Nerrah ! T'es obligé d'être toujours aussi... »
«Exigeant ?»
Il se maudit aussitôt, bien qu'il fut persuadé d'avoir entièrement raison, il n'avait pas envie de cette conversation maintenant, là, dans cette situation.
«Je vais partir maintenant Aelle. Je vais faire mon rapport et justifier que je suis venu ici après avoir vu de la lumière par une fenêtre mais qu'il ne s'agissait que du reflet de la lune sur le verre bombé de l'horloge. Je te laisse, toi et tes esprits.»
Il voulait partir, sa mâchoire était crispée, il se sentait mal parce qu'il avait encore perdu son temps à essayer de faire pénétrer de la raison dans un esprit aussi rétif. Il ne se sentait mal que pour ça, et rien d'autre, non, ne lui donnait cette envie de se retrancher seul, en silence, au fond de son dortoir.
Non seulement cela faisait cinq minutes qu'ils échangeaient critique contre critique, pique contre pique, attaques, parades et esquives en avançant péniblement vers une résolution de la situation, mais au moment où il pensait pouvoir retourner à ses occupations, voilà que quelque chose avait déraillé.
Il n'était arrivé qu'une seule fois qu'ils échangent, non pas à cœur ouvert, mais du moins avec une once de sincérité, de vulnérabilité. Une vulnérabilité bien encadrée, sans se regarder dans les yeux, sans avoir l'air d'y faire trop attention, un moment de vérité qu'ils avaient déguisé sous les atours habituels de leur relation pour pouvoir se mentir à eux-mêmes. Ils avaient avoué des faiblesses, n'en avaient plus jamais reparlé. C'était très bien ainsi.
N'est ce pas ?
Il savait que ce soir, il l'a dérangeait particulièrement, il l'avait vu, avant qu'il ne se révèle à elle, son visage illuminé comme jamais auparavant. Sans doute était-ce là son tort, de lui gâcher ce moment. Sans doute relativiserait-elle cela si elle savait qu'il lui avait accordé de sauver les apparences ? Mais c'était impossible. Elle était sur son nuage et, chose qu'il n'aurait pas conçu, elle était peut être plus vulnérable que d'habitude lorsqu'elle a son esprit bien ancré, entièrement dédié à la tâche de le rendre marteau.
Avait-il pu la blesser ?
Ça semblait ridicule, mais ses phrases semblaient plus dures, comme si ça lui faisait mal de les dire. Quand bien même, ça ne changeait pas grand chose. Elle avait tort. Elle avait tort de croire qu'il lui reprochait sa présence en dehors du couvre feu, car il lui reprochait sa négligence. Elle avait tort de se sentir trahie car il ne cherchait qu'à la protéger.
Elle avait tort de se draper dans un tel outrage, car depuis qu'il était arrivé, à aucun moment elle n'avait ne serait-ce que imaginé qu'il puisse être digne de partager la moindre information sur sa découverte. Il ne l'avait pas surprise en pleine lecture d'une lettre personnelle, il s'agissait de savoir, seul le savoir pouvait transfigurer le visage d'Aelle tel qu'il l'avait aperçu. Mais Aliosus n'était à ses yeux sans doute qu'un mal nécessaire à l'apprentissage de quelques miettes chorégraphiques de maniement de baguette, elle le tolérait comme on tolère un serpent dans son jardin en se disant qu'il mange les rongeurs, elle ne le voyait pas comme quelqu'un, juste un outil, un moyen, alors pourquoi le juger digne de quoi que ce soit ?
« Sérieux, Nerrah ! T'es obligé d'être toujours aussi... »
«Exigeant ?»
Il se maudit aussitôt, bien qu'il fut persuadé d'avoir entièrement raison, il n'avait pas envie de cette conversation maintenant, là, dans cette situation.
«Je vais partir maintenant Aelle. Je vais faire mon rapport et justifier que je suis venu ici après avoir vu de la lumière par une fenêtre mais qu'il ne s'agissait que du reflet de la lune sur le verre bombé de l'horloge. Je te laisse, toi et tes esprits.»
Il voulait partir, sa mâchoire était crispée, il se sentait mal parce qu'il avait encore perdu son temps à essayer de faire pénétrer de la raison dans un esprit aussi rétif. Il ne se sentait mal que pour ça, et rien d'autre, non, ne lui donnait cette envie de se retrancher seul, en silence, au fond de son dortoir.
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Quand la nuit ne noie pas les étoiles...
Est-ce ce mot qui sort de sa bouche ? Ce « exigeant ? » interrogatif si éloigné de la réalité ? Ou est-ce seulement son visage sérieux, son air buté, ses sourcils tordus vers l'intérieur, son regard froid qui ne paraît pas ressentir grand chose, sa voix que je connais trop bien, qui me maltraite d'une façon trop familière ? Qu'est-ce qui, exactement, me fait brusquement serrer les mâchoires comme je le fais ? Qu'est-ce qui me donne envie de crier de frustration, tout à coup, alors que la soirée s'annonçait si belle ? Peut-être est-ce pour cela, justement, que ma frustration est si grande : un si beau moment, que je ne peux pas partager avec ce garçon, parce qu'il est trop buté, trop égoïste, trop centré sur ses petits devoirs.
Et puis de toute façon, pourquoi aurais-je voulu partager quoi que ce soit avec lui ?
Nos regards se côtoient sans se comprendre. Je fouille ses pupilles claires, je m'y plonge, mais je n'arrive pas à aller au-delà de leur couleur, et je ne doute pas un instant qu'il ne peut pas, lui non plus, aller au-delà de l'obsidienne qu'il voit dans mes propres yeux. Il ne comprend pas ma joie, il ne comprend pas mon envie de le voir seulement dire : « Toi, ici ! Guère étonnant. Je te laisse à tes petits plaisirs, mais fais seulement attention, j'ai vu un professeur roder dans le couloir, il y a quelques minutes. » Idiote, idiote, idiote, idiote ! Et dire que si Nerrah ne jouait pas aussi bien son rôle, je lui aurais reproché de ne pas continuer d'être avec moi cet insupportable...
« Bien. »
Je réponds au tac au tac, d'une voix cassante, glaciale. Dans la foulée, j'arrache mes yeux des siens comme si je ne le jugeais pas digne de mon attention, non sans l'avoir au passage foudroyé du regard. Je recule de quelques pas, désigne la sortie du menton comme pour l'inviter à partir plus rapidement. Je voudrais l'insulter, lui dire tout ce que je pense, le bousculer parce qu'il gâche mon plaisir, rigoler aussi, car au fond rien ne peut vraiment le gâcher, ce plaisir, mais il me fait l'offre de cacher mon méfait, et je sais que dans ces conditions, je ne peux pas me montrer trop insolente : il serait tout à fait capable de le faire, ce rapport. Je n'ai pas envie de le pousser à bout et de devoir, ensuite, le supplier de garder pour lui ce qu'il a vu ce soir.
« Pars, alors. »
Ma voix résonne dans la bibliothèque. Même moi je suis capable d'entendre l'aigreur qui la contamine. J'en serre d'autant plus fort les mâchoires. Mes doigts sont crispés sur la lanière de mon sac. Je suis trop fière pour le remercier, ou trop en colère. Je le regretterai plus tard, car je me sentirai redevable, mais ce soir cela n'importe pas.
« Et je n'ai qu'un esprit. Au singulier, » j'ajoute.
Pour aussitôt le regretter. Je me détourne vers les Messagers des rêves. Zikomo a les moustaches écartées, les oreilles bien droites sur sa tête. Quant à Nyakane, il nous observe avec son éternel air sage que rien ni personne ne peut froisser. Je m'en veux pour la phrase immature qui m'a échappé. Je pince les lèvres, les sourcils froncés, en insultant copieusement Aliosus Nerrah dans le secret de mon esprit. Qu'il s'en aille ! Lui et son intransigeance. Lui et son incapacité à se montrer un peu plus familier quand rien ni personne ne nous entoure. Lui qui agit avec moi comme il l'a fait la première fois que nous avons parlé, dans ce couloir, il y a une éternité. Il y a deux ans ou maintenant, c'est la même chose : même air pincé, même visage de marbre. Dans deux ans, ce sera la même chose. Très bien. De toute manière, pourquoi voudrais-je que cela change ?
Et puis de toute façon, pourquoi aurais-je voulu partager quoi que ce soit avec lui ?
Nos regards se côtoient sans se comprendre. Je fouille ses pupilles claires, je m'y plonge, mais je n'arrive pas à aller au-delà de leur couleur, et je ne doute pas un instant qu'il ne peut pas, lui non plus, aller au-delà de l'obsidienne qu'il voit dans mes propres yeux. Il ne comprend pas ma joie, il ne comprend pas mon envie de le voir seulement dire : « Toi, ici ! Guère étonnant. Je te laisse à tes petits plaisirs, mais fais seulement attention, j'ai vu un professeur roder dans le couloir, il y a quelques minutes. » Idiote, idiote, idiote, idiote ! Et dire que si Nerrah ne jouait pas aussi bien son rôle, je lui aurais reproché de ne pas continuer d'être avec moi cet insupportable...
« Bien. »
Je réponds au tac au tac, d'une voix cassante, glaciale. Dans la foulée, j'arrache mes yeux des siens comme si je ne le jugeais pas digne de mon attention, non sans l'avoir au passage foudroyé du regard. Je recule de quelques pas, désigne la sortie du menton comme pour l'inviter à partir plus rapidement. Je voudrais l'insulter, lui dire tout ce que je pense, le bousculer parce qu'il gâche mon plaisir, rigoler aussi, car au fond rien ne peut vraiment le gâcher, ce plaisir, mais il me fait l'offre de cacher mon méfait, et je sais que dans ces conditions, je ne peux pas me montrer trop insolente : il serait tout à fait capable de le faire, ce rapport. Je n'ai pas envie de le pousser à bout et de devoir, ensuite, le supplier de garder pour lui ce qu'il a vu ce soir.
« Pars, alors. »
Ma voix résonne dans la bibliothèque. Même moi je suis capable d'entendre l'aigreur qui la contamine. J'en serre d'autant plus fort les mâchoires. Mes doigts sont crispés sur la lanière de mon sac. Je suis trop fière pour le remercier, ou trop en colère. Je le regretterai plus tard, car je me sentirai redevable, mais ce soir cela n'importe pas.
« Et je n'ai qu'un esprit. Au singulier, » j'ajoute.
Pour aussitôt le regretter. Je me détourne vers les Messagers des rêves. Zikomo a les moustaches écartées, les oreilles bien droites sur sa tête. Quant à Nyakane, il nous observe avec son éternel air sage que rien ni personne ne peut froisser. Je m'en veux pour la phrase immature qui m'a échappé. Je pince les lèvres, les sourcils froncés, en insultant copieusement Aliosus Nerrah dans le secret de mon esprit. Qu'il s'en aille ! Lui et son intransigeance. Lui et son incapacité à se montrer un peu plus familier quand rien ni personne ne nous entoure. Lui qui agit avec moi comme il l'a fait la première fois que nous avons parlé, dans ce couloir, il y a une éternité. Il y a deux ans ou maintenant, c'est la même chose : même air pincé, même visage de marbre. Dans deux ans, ce sera la même chose. Très bien. De toute manière, pourquoi voudrais-je que cela change ?
Quand la nuit ne noie pas les étoiles...
Ses réponses sont dîtes avec un ton si dur qu'elles sonnent comme des os qu'on brise.
«Bien.» Crac.
« Pars, alors. » Crac.
Heureusement, il s'épargne de devoir être témoin du visage tendu et de la bouche froide de Bristyle, il a déjà tourné le dos mais son ouïe ne lui fait pas de cadeau. Il ne se retourne pas, évidemment, mais le craquement sinistre résonne en son fors intérieur longtemps après qu'il a franchi l'entrée de la bibliothèque bientôt atteint d'un pas rageur. Voilà qu'il lui reste quatre étages à grimper pour arriver en bureau des préfets, quatre étages et des dizaines de marches pour tenter d'évacuer le mélange de sentiments bouillonnant qui menacent de déborder.
Foutue Bristyle et ton foutu égo, foutue Bristyle et ta foutue tête à claque de sale gosse qui veut regarder tout le monde de haut, si pour une fois, pour une fois t'arrivais à sortir un peu de la tour d'ivoire où tu t'imagines surplomber tout le monde d'un air méprisant...Ah si tu pouvais te prendre les pieds dans tes foutus bouquins et dévaler tous les escaliers de cette foutue tour jusqu'à arriver tout en bas où je serai là pour t'accueillir, ah ça serait drôle tient, si quelqu'un pouvait te remettre à ta foutue place... C'est pas parce que le monde est trop poli avec toi qu'il faut penser que tout le monde te craint ou te respecte trop, foutue bécasse va, si à un moment tu pouvais....
Ses mains tremblaient de frustration et le quatrième étage arrivait bientôt, il restait tant à évacuer, brandir sa baguette et faire exploser quelque chose, le briser, l'anéantir, voilà ce qu'il lui fallait, avec sa baguette ou à main nue, après tout pourquoi pas ? Cette armure là ? Ce tableau ci ? Sentir le bois du cadre craquer, la toile se déchirer, puis l'incendier...
Non évidemment.
Il jeta son pied contre le mur, provoquant un bruit sourd et aussi discret que son geste fut violent, il recommença une fois, puis deux, dans l'espoir de se faire mal et que ça le sorte de cet état lamentable.
Il inspira, se concentrant sur la douleur, elle serait fugace, rien de grave, mais déjà il sentait sa respiration entamer un retour à la normale.
Il allait faire un léger détour par le corridor de gauche pour se donner un peu plus de temps, et d'ici à ce qu'il arrive au bureau, il serait à nouveau présentable.
Dans six semaines elle ne serait plus là.
Qu'arrivera-t-il alors ?
«Bien.» Crac.
« Pars, alors. » Crac.
Heureusement, il s'épargne de devoir être témoin du visage tendu et de la bouche froide de Bristyle, il a déjà tourné le dos mais son ouïe ne lui fait pas de cadeau. Il ne se retourne pas, évidemment, mais le craquement sinistre résonne en son fors intérieur longtemps après qu'il a franchi l'entrée de la bibliothèque bientôt atteint d'un pas rageur. Voilà qu'il lui reste quatre étages à grimper pour arriver en bureau des préfets, quatre étages et des dizaines de marches pour tenter d'évacuer le mélange de sentiments bouillonnant qui menacent de déborder.
Foutue Bristyle et ton foutu égo, foutue Bristyle et ta foutue tête à claque de sale gosse qui veut regarder tout le monde de haut, si pour une fois, pour une fois t'arrivais à sortir un peu de la tour d'ivoire où tu t'imagines surplomber tout le monde d'un air méprisant...Ah si tu pouvais te prendre les pieds dans tes foutus bouquins et dévaler tous les escaliers de cette foutue tour jusqu'à arriver tout en bas où je serai là pour t'accueillir, ah ça serait drôle tient, si quelqu'un pouvait te remettre à ta foutue place... C'est pas parce que le monde est trop poli avec toi qu'il faut penser que tout le monde te craint ou te respecte trop, foutue bécasse va, si à un moment tu pouvais....
Ses mains tremblaient de frustration et le quatrième étage arrivait bientôt, il restait tant à évacuer, brandir sa baguette et faire exploser quelque chose, le briser, l'anéantir, voilà ce qu'il lui fallait, avec sa baguette ou à main nue, après tout pourquoi pas ? Cette armure là ? Ce tableau ci ? Sentir le bois du cadre craquer, la toile se déchirer, puis l'incendier...
Non évidemment.
Il jeta son pied contre le mur, provoquant un bruit sourd et aussi discret que son geste fut violent, il recommença une fois, puis deux, dans l'espoir de se faire mal et que ça le sorte de cet état lamentable.
Il inspira, se concentrant sur la douleur, elle serait fugace, rien de grave, mais déjà il sentait sa respiration entamer un retour à la normale.
Il allait faire un léger détour par le corridor de gauche pour se donner un peu plus de temps, et d'ici à ce qu'il arrive au bureau, il serait à nouveau présentable.
Dans six semaines elle ne serait plus là.
Qu'arrivera-t-il alors ?
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Quand la nuit ne noie pas les étoiles...
Je reste bloquée dans cette position, les poings serrés et le regard fixé sur l'ombre que jette une étagère sur le sol, jusqu'à ce que le bruit discret de ses pas ait totalement quitté la bibliothèque. Après son départ seulement, je pousse un long soupir et ferme les yeux pour me dérober aux regards de Zikomo et de Nyakane. Mais malgré mes mâchoires crispées, je n'arrive pas à me débarrasser de la boule de frustration qui a grossi dans ma gorge. Je n'arrive pas à m'extirper de cette colère enfantine dans laquelle Aliosus Nerrah et son foutu sérieux m'a plongée.
Pas une seule fois, pas une seule, lors de cette rencontre nocturne, il a cessé de faire son petit préfet coincé et insupportable. Pas une seule fois il a accepté de baisser sa garde pour me demander ce qui m'attirait ici en pleine nuit. Comme si j'étais suffisamment idiote pour décider pour une raison banale d'enfreindre le règlement. C'est donc ainsi qu'il me voit ? Comme une élève lambda qui se croit au-dessus des règles ? Ne s'est-il donc réellement pas dit que je devais avoir une vraie raison pour venir ici et n'était-il donc pas curieux de savoir quelle pouvait être cette raison ? Non, évidemment. Evidemment ! Nerrah se fiche des raisons qui motivent le comportement des gens. Il ne voit que les règles et le moment où on les enfreint. C'est la seule chose qui compte, pour lui. Que son petit monde bien réglé fonctionne comme il l'entend. Le reste n'a aucune importance. Même si nous nous entraînons ensemble depuis des mois, même si nous faisons de la même société secrète idiote. Cela ne compte pas, puisqu'il me considère semblable à tous les autres !
« Quel abruti ! » sifflé-je soudainement entre mes dents en ayant ce geste idiot, que je regrette aussitôt.
Je pousse violemment le dossier d'une chaise du plat de la main, juste parce qu'elle est là, à portée de main, et que j'ai besoin de décharger ma colère. Les pieds grincent sur le sol et rebondissent sur le parquet lorsque la chaise tangue. Je la rattrape au dernier moment, juste avant qu'elle ne chute et que le bruit trahisse ma présence. Rien que le grincement résonne encore dans le silence profond de la bibliothèque et semble même rebondir dans les hauteurs du plafond.
Je grimace, l'oreille tendue, les yeux écarquillés, prête à déguerpir. Au bout d'un long moment sur le qui-vive, je me rends à l'évidence : personne d'autre ne va venir. Un second soupir traverse mes lèvres. En me redressant après avoir correctement rangée la chaise malmenée sous la table, je croise le regard de Zikomo. Et celui, profond et silencieux, de Nyakane. Le premier penche la tête sur le côté en agitant les oreilles mais garde le silence.
« Ça va, Zik, marmonné-je, les sourcils froncés, en refermant les livres étalés sur la table. Tu l'as bien vu, non ? À peine arrivé qu'il me prenait déjà la tête. »
Zikomo ne dit rien et je lui en suis reconnaissante. N'importe qui d'autre m'aurait fait remarquer que j'enfreignais consciemment les règles et que lui, avec son statut, avait tout à fait le droit de me le reprocher. Que je devrais être reconnaissante qu'il ne fasse pas de rapport sur moi. Zikomo ne dit rien de tout cela. Mais je le connais suffisamment pour être capable de lire ce qu'il ne dit pas dans son regard.
Les dents serrés par la colère frustrée que je ressens, je persiste dans un silence boudeur et range les livres que j'ai pioché en rayon. Ma séance est terminée et ce serait idiot de ma part de rester ici, même si une partie de moi que je déteste a confiance en Nerrah et est persuadée qu'il ne préviendra personne de ma présence ici. Je m'en veux d'avoir une telle confiance et je préfère me persuader que je ne pars pas parce que je suis raisonnable, mais plutôt parce que l'intervention de Nerrah m'y force. J'envoie les livres à leur place d'un coup de baguette rageur avant de me tourner vers Nyakane.
« Tu veux bien aller voir si le chemin est libre ? »
Ma voix morne résonne à peine dans la bibliothèque. Nyakane soutient mon regard durant quelques secondes avant de prendre son envol. Le bruit feutré du battement de ses ailes diminue jusqu'à disparaître lorsqu'il traverse le mur donnant sur le couloir. Je passe la lanière de mon sac sur l'épaule et range mon carnet dans ma poche. Voilà une chose capable d'apaiser un peu la colère que je ressens. Le poids du carnet dans la poche de ma cape. Le poids des informations qu'il contient.
Mon précieux carnet dans lequel se trouve la réponse à une énigme qui m'amènera à une suite d'aventures qui se concluront par une longue période d'une profonde tristesse qui changera le paysage de ma vie. Pour le moment, j'ignore tout cela. Je ne sens que les palpitations de mon cœur et ma joie intense à l'idée d'avoir retrouvé la trace de celle que jamais je n'oublierai.
Je pense que tu sais déjà tout, mais au cas où : quel plaisir d'écrire avec toi. Je ne m'en lasserai jamais. Au plaisir de les retrouver dans leur présent, adultes mais pas moins soumis à leur fierté.
Pas une seule fois, pas une seule, lors de cette rencontre nocturne, il a cessé de faire son petit préfet coincé et insupportable. Pas une seule fois il a accepté de baisser sa garde pour me demander ce qui m'attirait ici en pleine nuit. Comme si j'étais suffisamment idiote pour décider pour une raison banale d'enfreindre le règlement. C'est donc ainsi qu'il me voit ? Comme une élève lambda qui se croit au-dessus des règles ? Ne s'est-il donc réellement pas dit que je devais avoir une vraie raison pour venir ici et n'était-il donc pas curieux de savoir quelle pouvait être cette raison ? Non, évidemment. Evidemment ! Nerrah se fiche des raisons qui motivent le comportement des gens. Il ne voit que les règles et le moment où on les enfreint. C'est la seule chose qui compte, pour lui. Que son petit monde bien réglé fonctionne comme il l'entend. Le reste n'a aucune importance. Même si nous nous entraînons ensemble depuis des mois, même si nous faisons de la même société secrète idiote. Cela ne compte pas, puisqu'il me considère semblable à tous les autres !
« Quel abruti ! » sifflé-je soudainement entre mes dents en ayant ce geste idiot, que je regrette aussitôt.
Je pousse violemment le dossier d'une chaise du plat de la main, juste parce qu'elle est là, à portée de main, et que j'ai besoin de décharger ma colère. Les pieds grincent sur le sol et rebondissent sur le parquet lorsque la chaise tangue. Je la rattrape au dernier moment, juste avant qu'elle ne chute et que le bruit trahisse ma présence. Rien que le grincement résonne encore dans le silence profond de la bibliothèque et semble même rebondir dans les hauteurs du plafond.
Je grimace, l'oreille tendue, les yeux écarquillés, prête à déguerpir. Au bout d'un long moment sur le qui-vive, je me rends à l'évidence : personne d'autre ne va venir. Un second soupir traverse mes lèvres. En me redressant après avoir correctement rangée la chaise malmenée sous la table, je croise le regard de Zikomo. Et celui, profond et silencieux, de Nyakane. Le premier penche la tête sur le côté en agitant les oreilles mais garde le silence.
« Ça va, Zik, marmonné-je, les sourcils froncés, en refermant les livres étalés sur la table. Tu l'as bien vu, non ? À peine arrivé qu'il me prenait déjà la tête. »
Zikomo ne dit rien et je lui en suis reconnaissante. N'importe qui d'autre m'aurait fait remarquer que j'enfreignais consciemment les règles et que lui, avec son statut, avait tout à fait le droit de me le reprocher. Que je devrais être reconnaissante qu'il ne fasse pas de rapport sur moi. Zikomo ne dit rien de tout cela. Mais je le connais suffisamment pour être capable de lire ce qu'il ne dit pas dans son regard.
Les dents serrés par la colère frustrée que je ressens, je persiste dans un silence boudeur et range les livres que j'ai pioché en rayon. Ma séance est terminée et ce serait idiot de ma part de rester ici, même si une partie de moi que je déteste a confiance en Nerrah et est persuadée qu'il ne préviendra personne de ma présence ici. Je m'en veux d'avoir une telle confiance et je préfère me persuader que je ne pars pas parce que je suis raisonnable, mais plutôt parce que l'intervention de Nerrah m'y force. J'envoie les livres à leur place d'un coup de baguette rageur avant de me tourner vers Nyakane.
« Tu veux bien aller voir si le chemin est libre ? »
Ma voix morne résonne à peine dans la bibliothèque. Nyakane soutient mon regard durant quelques secondes avant de prendre son envol. Le bruit feutré du battement de ses ailes diminue jusqu'à disparaître lorsqu'il traverse le mur donnant sur le couloir. Je passe la lanière de mon sac sur l'épaule et range mon carnet dans ma poche. Voilà une chose capable d'apaiser un peu la colère que je ressens. Le poids du carnet dans la poche de ma cape. Le poids des informations qu'il contient.
Mon précieux carnet dans lequel se trouve la réponse à une énigme qui m'amènera à une suite d'aventures qui se concluront par une longue période d'une profonde tristesse qui changera le paysage de ma vie. Pour le moment, j'ignore tout cela. Je ne sens que les palpitations de mon cœur et ma joie intense à l'idée d'avoir retrouvé la trace de celle que jamais je n'oublierai.
— Fin —
Je pense que tu sais déjà tout, mais au cas où : quel plaisir d'écrire avec toi. Je ne m'en lasserai jamais. Au plaisir de les retrouver dans leur présent, adultes mais pas moins soumis à leur fierté.