À celle qui tenait debout PV PNJ

Premières lettres < PRÉCÉDEMMENT
@Élisabeth Willis

Mercredi 10 novembre 2049
Mochdinam — Pays de Galles
19 ans



Je suis blottie sur l'appui de la fenêtre de ma petite chambre, à Mochdinam. La nuit est sombre, le ciel piqueté d'étoiles brillantes. La lune est invisible, ce soir. Les toits qui parsèment habituellement mon champ de vision sont cachés dans l'obscurité, les briques invisibles dans la nuit. Il n'y a plus aucune lumière allumée aux fenêtres. Le village est endormi, comme la maisonnée. Au loin, au-delà des toitures, se trouvent quelques lueurs indistinctes : les signes de vie d'une ville moldue quelconque qui se devinent après les collines et la forêt qui sont d'ordinaire visibles de cette fenêtre. À cette heure-là de la nuit, je n'ai rien d'autre à regarder que les étoiles. Alors, la tête appuyée contre le mur, je jette mon regard là-haut et j'observe la Voie Lactée en me demandant pourquoi j'ai du mal à la trouver belle, ce soir.

Le coude posé sur mon genou replié, je dirige ma main vers ma bouche et glisse le fin tube de tabac entre mes lèvres. J'aspire doucement et recrache la fumée en direction des étoiles. Zikomo est parti chasser il y a quelques heures et ne sera sans doute pas de retour avant le petit matin. Ma chambre est aussi sombre que l'extérieur : je me suis réveillée en pleine nuit, après m'être endormie sur une liasse de parchemins ; mon projet d'aménagement du Plateau. Je me suis réveillée à cause du doux murmure d'un cauchemar. Maintenant, j'attends que le sommeil revienne.

Dans mon autre main, un parchemin pend mollement. Les mots d'Élisabeth Willis sont soigneusement rédigés. Ses paroles tournent dans ma tête, mais je ne sais pas quoi en faire. Ils pullulent d'un mal être dont je n'ai pas envie d'être responsable. Cette fille est un fragment de mon passé. À Poudlard, elle a été l'un des visages quotidiens qui habillait mon horizon. Et maintenant ? Maintenant, elle n'est qu'un élément disparu de mon passé. Je me fiche de ses états d'âme. Je me fiche de ses soucis. Et je n'arrive pas à comprendre pourquoi elle souhaite mon aide à moi, la mienne, alors que je ne suis ni gentille, ni agréable. Je ne sais pas ce qu'elle attend de moi. Et je ne sais pas ce que j'attends d'elle. Je sais seulement que demain sera comme hier, comme avant-hier, et que ce sera la même chose après-demain. Que les parchemins continueront de s'entasser sur mon lit ou mon bureau, que ma liste de choses à faire pour mon projet ne diminuera pas, et tout se poursuivra ainsi, inlassablement, jusqu'à... Jusqu'à quand ?

J'observe la fumée de ma cigarette monter vers le ciel. Cela fait plusieurs jours que je ressasse cette lettre en sachant que j'y répondrais, sans savoir exactement pourquoi je veux le faire. Je relis une nouvelle fois ses mots, plissant les yeux pour essayer d'y voir dans l'obscurité. C'est à peine si j'arrive à la relire, mais je persiste, sans faire mine d'attraper ma baguette pour m'offrir un peu de lumière. J'ai du mal à croire que les mots que je lui ai dit cette fois-là dans la Salle Commune ait eu autant d'impact. Comment ça peut être possible alors que je me souviens à peine de ce qui a été dit ce jour-là ? Je sais ce qu'il s'est passé, je me souviens de ce qu'elle m'a confié, mais les mots exacts, les miens ? Tout est plutôt flou. Pour moi, c'était un moment comme un autre, une rencontre désagréable parmi tant d'autres. De toute manière, je ne suis plus cette personne qu'elle recherche. C'est vrai, non ? Je ne suis plus la Aelle de septième année, « si sûre du chemin que tu voulais prendre... Brillante et redoutable ». Je ne suis plus cette personne-là, n'est-ce pas ? Maintenant, je suis une ombre. Une ombre sur un appui de fenêtre, qui regarde la fumée de sa cigarette disparaître dans le ciel.

Je reste un long moment ainsi, sans bouger, à ressasser ce qui a été, ce que j'ai été, à me demander si je suis encore cette personne, si je pourrais au moins faire semblant de l'être, l'espace d'un instant, une petite fraction de seconde, paraître brillante et redoutable aux yeux d'une sale gosse en quête d'identité, faire semblant pour elle, croire en ce que ses yeux verraient en moi. L'admiration qu'elle dit ressentir est-elle feinte ? Qu'y a-t-il a admirer chez moi ? Que croit-elle que je suis encore, exactement ? Combien de temps pourrait durer cette illusion, l'illusion que je suis toujours celle qu'elle pense que je suis ?

*

Parchemin enroulé et attaché à l'aide d'une ficelle. Écrit à l'encre noire. Écriture soignée, mais certaines boucles difficiles à lire.
Arrive le samedi 13 novembre.

Tu dis que tu as besoin d'aide, mais à aucun moment tu précises l'aide dont tu as besoin exactement. Est-ce que tu le sais seulement ? Je ne suis pas coach de vie, Willis, je ne te donnerai pas de leçon pour apprendre à être « sûre de soi et brillante ». Tu me connais suffisamment pour savoir que je ne vais pas te coacher, ni même te donner des leçons de vie.
Alors qu'attends-tu exactement de moi ?

AB

Reducio
- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ) : Narym Bristyle, frère d'Aelle, actif un bref moment
- Lien vers la fiche du PNJ
Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : c'est le frère d'Aelle, Aelle vit chez son frère, il est donc présent parfois
Dernière modification par Aelle Bristyle le 12 juil. 2025, 09:27, modifié 2 fois.

À celle qui tenait debout PV PNJ
Samedi 13 novembre 2049, Maison des Willis


Lorsqu'Éli avait reçu la réponse d'Aelle ce matin, elle s'était mise immédiatement à son bureau pour y répondre sans réfléchir. La jeune fille n'avait pas envie de mettre plus de formes sur son message, elle n'avait pas envie de lire et de relire ses mots, comme elle avait besoin de le faire parfois pour les corriger. Si elle voulait que sa camarade le soit avec elle, tout devait être fluide, et sans contrôle de son côté aussi.

Sa plume tout juste posée, ses doigts un peu noircits par des résidus d'encre, la Poufsouffle enroula le parchemin soigneusement avant de l'accrocher sur l'une des pattes de Nightingale.
- aucun mensonge, aucun regret !
Pensive, elle observa son hibou s'envoler, jusqu'à ne plus savoir distinguer sa silhouette dans le ciel assombri par de lourds nuages gris. Respirant profondément l'odeur spéciale qui se dégageait souvent juste avant la pluie, Éli laissa naître un léger sourire sur ses lèvres.

En toute honnêteté, non, je ne sais pas ce que j'ai besoin exactement, mais je sais ce que j'aimerais. Discuter, écouter... Est-ce qu'on ne peut pas juste échanger, et voir ou ça nous mène ? J'ai besoin d'apprendre de quelqu'un de vrai et sans filtre, qui ne me prendra pas pour une gamine, ni pour une petite chose fragile, qui osera me corriger si j'ai tort, qui sera dure quand il faut, qui ne prendra aucun gant, et ne respectera aucun règlement pour mettre en forme ses réponses. Tu es l'une des seules à avoir été comme ça avec moi. Est-ce que tu pourrais juste continuer d'être toi ? Est-ce qu'on pourrait retrouver un lien, ou plutôt en créer un ? Un qui nous ressemble.
Je ne sais pas quoi te dire de plus.
Je ne veux pas de coaching, mais est ce qu'on est vraiment toujours obligé de poser des mots sur ce qu'on veut ?

É


❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso - bouilleur de chaudron

À celle qui tenait debout PV PNJ
Dimanche 14 novembre 2049 — tard le soir
Mochdinam — Pays de Galles


Le hibou vient toquer à ma fenêtre un jour de grosse pluie. L'orage tonne dans le ciel et les nuages obscurcissent la pièce. La lumière allumée crée des ombres qui envahissent les murs de la chambre. Le sol, quant à lui, est recouvert de morceaux de maquette et de plans que j'essaie de comprendre. Lorsque le hibou toque du bec contre la fenêtre, mon premier réflexe est de me lever précipitamment pour lui ouvrir afin qu'il trouve un refuge contre l'eau qui s'abat sur ses ailes.

« Tu es dans un sale état, » constaté-je d'une voix soucieuse.

Ce n'est qu'en l'approchant que je remarque que je le connais, ce hibou, et que je ne m'attendais pas à le voir revenir aussitôt. Willis. Où habite-t-elle pour être si rapide ? Reléguant ces questions au second plan, je m'occupe de nourrir le volatile et de lui offrir un coin sec et agréable pour le temps de son séjour. Lorsque je suis certaine qu'il a tout ce dont il a besoin, je récupère le courrier mis de côté et m'installe à mon bureau pour lire le parchemin à la lueur tremblotante de la lampe.

Quelques minutes plus tard, un long soupir dévale mes lèvres. Je quitte la chaise pour me jeter en travers du lit, un bras par-dessus le visage. Je ne sais pas exactement ce que je ressens, mais mon esprit est lourd de pensées malvenues. Je comprends exactement ce dont a besoin Willis. Elle l'a enfin exprimé de la bonne manière, alors je le comprends. Et c'est cette compréhension qui me fait des nœuds au cerveau. Je comprends ce qu'elle a descellé chez moi et si je n'étais pas aussi méfiante je pourrais apprécier le fait qu'elle recherche ce que la plupart des gens n'aiment pas chez moi. La dureté, la sincérité, les reproches imposés sans prendre de gant. « Est-ce que tu pourrais juste continuer d'être toi ? ». Combien de fois m'a-t-on plutôt demandé le contraire ? Combien de fois a-t-on souhaité que je sois un peu moins ce que je suis au quotidien ? Trop de fois. Depuis toujours. Et elle, elle aimerait être un peu plus comme moi ? Elle voudrait devenir...

Je pousse un petit râle de frustration qui résonne dans la chambre.

« Demande à tes potes, plutôt ! » je marmonne pour moi.

Sauf que c'est impossible. Parce que ce qu'elle recherche, elle ne peut le demander qu'à une rare partie de la population. Il doit en exister, des gens un peu comme moi dans son bled, non ? Des gens plus aimables, qui auraient à cœur son bien être ? Des gens qui s'intéressent réellement à elle, contrairement à moi. Pourquoi doit-elle venir me demander ça à moi, nous n'avons rien, pas même les prémisses d'une relation ! Ce n'est qu'une fille rencontrée au détour de la Salle commune, voilà tout ! Pourquoi moi ? Merlin, pourquoi moi ?

Et la question tourne dans mon esprit, elle tourne encore et encore, pendant un long moment, elle ne cesse de tourner, m'empêcher de revenir à mes maquettes et à mon entraînement au Sortilège de construction, me gâchant le moral, parce qu'en me forçant à penser à ces choses, elle me force à penser à tout le reste. Et mon esprit devient plus en plus lourd. De plus en plus encombré. Si bien qu'à un moment, je m'éjecte de mon lit pour aller attraper plume et parchemin, et je me mets à rédiger.
Willis,

Pour qu'il y ait un échange, il faut qu'il y ait des choses à dire. Tu as envie de forcer ton oiseau à faire des allers-retours entre nous pour échanger du rien ? Ce n'est pas mon genre d'échanger des courriers sans aucun but. Je n'ai pas de temps à perdre. Et je n'aurais de toute manière rien à dire.
Je n'ai pas besoin d'ami, je ne serai pas ton amie, n'espère rien de la sorte de ma part.
Si tu as des choses à dire, en fonction de la pertinence de tes mots et de tes questions, peut-être que je te répondrai.
Je me rends compte au fur et à mesure de ma rédaction que j'entremêle avec un certain talent mensonges et vérités criantes. Ce n'est pas vrai que je n'ai pas de temps à perdre, je n'ai que ça, du temps, trop de temps dont j'essaie de me débarrasser. Alors oui, c'est vrai que je lui répondrai si elle m'écrit et que je juge ce qu'elle me dit pertinent, pourquoi ne le ferais-je pas ? Chaque courrier m'occupe au moins un peu, me donne un minimum d'objectif. Malgré tout, il y a encore une chose qui me dérange, comme un caillou coincé dans la chaussure, ou un gros caillot de sang à un endroit malvenu. Elle parle de lien. Ne le sait-elle donc pas ? Qu'il n'y a jamais de lien, jamais de sincérité dans les relations, jamais de « pour toujours », aucune confiance à accorder aux autres ou dans ce qu'ils ont à nous offrir. Alors je m'agrippe à ma plume et j'ajoute quelques mots pour insister sur une chose que je ne lui donnerai jamais, à cette gamine qui espère mon amitié alors que je ne suis rien de plus qu'une inconnue dont elle apprécie le caractère.
Je n'ai aucun lien à offrir.

AB


PS : si tu ne sais pas ce que tu veux, tu n'auras jamais rien, donc oui il faut poser des mots sur ce que l'on désire.
Je n'envoie le courrier que quelques jours après, avec le hibou de mon frère, après l'avoir lu et relu, l'avoir corrigé, y avoir réfléchi. J'ajoute le post scritptum au terme d'une énième relecture en me demandant si j'espère que mon ton l'empêchera de me répondre ou si j'essaie justement de voir si elle est capable de supporter ce que je suis réellement. J'en doute fortement. Viendra le jour où elle se lassera de ce petit jeu qu'elle s'est inventée. Quand elle reprendra l'école, par exemple, et qu'elle oubliera mon existence dans celle frénétique et frivole qu'elle a à Poudlard.

À celle qui tenait debout PV PNJ
20 novembre 2049 Maison des Willis,
puis Mercredi 15 décembre 2049, Poudlard



Ces derniers jours, Éli avait lu une bonne centaine de fois le parchemin qu'elle tenait à nouveau entre ses mains. À chaque lecture, le sentiment qu'elle éprouvait en parcourant les mots d'Aelle changeait de bord, n'arrivant pas à se décider sur l'interprétation qu'elle devait en faire. Hésitante, elle avait tenté d'y répondre plusieurs fois, mais chaque tentative avait atterri dans la poubelle sous son bureau, trop insatisfaite du résultat. Elle savait ce qu'elle lui aurait dit en face-à-face, mais des mots posés sur papier étaient bien plus définitifs que ceux qui s'envolent sans preuve d'existence. Honnête, mais réfléchis, voilà ce qu'elle voulait montrer d'elle. Il lui fallut encore quelques jours dans la solitude de sa chambre, avant d'enfin noircir le début d'un parchemin auquel elle n'apporterait de point final que bien plus tard.

Je ne trouve pas qu'apprendre de toi c'est échanger du rien. Tu as des choses à dire, tout le monde en a, et si je te demande à toi, c'est juste que j'ai décidé de choisir qui écouter maintenant. Je ne peux pas te forcer à partager avec moi, tu as raison, mais ne me mens pas, je déteste ça, dis moi que t'a pas envie c'est tout, ne cherche pas d'excuses. Je commence à en avoir marre de ressentir que je suis de trop sans qu'on ose me le dire. Si tu veux que j'arrête, j'arrêterai, je ne veux pas de ta pitié, et je n'ai pas besoin d'amie non plus, vu ce que je leur fais subir en ce moment, je ne te souhaite pas de l'être de toute façon.

Finalement, la Poufsouffle laissa la spontanéité de son ressenti se figer sur le papier, elle n'arrivait pas à tourner les choses autrement, et après tout c'était elle, elle ne voulait pas changer cette partie-là.
Si elle avait enfin débuté sa réponse, le cœur de sa réflexion mis bien plus de temps à s'y inscrire. Une des phrases d'Aelle bloquait en boucle les pensées d'Éli, : si tu ne sais pas ce que tu veux, tu n'auras jamais rien. Est-ce que c'était une façon pour l'ainée de lui donner un indice, un appel vers quelque chose à trouver, un exercice qu'elle lui suggérer de faire ? Aucune idée, mais les mots résonnaient comme un but qu'elle avait à accomplir avant leur prochain échange, et il lui fallut de longues journées encore, avant de pouvoir terminer son courrier.

Elle griffonna, réfléchit, usa les heures dans tous les sens avec pour seule question : Qu'est-ce qu'elle désirait vraiment ? Entre temps, son retour à Poudlard mis sur pause sa réflexion, laissant son ébauche de réponse en second plan. Faire bonne figure, tenter d'être en apparence ce qu'elle n'était clairement pas, était un travail assez épuisant pour la jeune fille de nouveau au château, mais c'était nécessaire pour rester dans cette vie qu'elle n'avait pas décidé d'abandonner tout à fait.

Et puis un soir un peu plus triste, frustrée et en colère d'avoir été devant les autres une version d'elle qu'elle détestée chaque jour davantage, elle reprit son parchemin.

Relisant les quelques lignes qu'elle y avait noté, Éli y ajouta une suite. Peut-être qu'Aelle prendrait ça pour une non-réponse, un affront, ou une énième de ses petites rébellions d'ado instable, mais peu importe. La Poufsouffle en avait marre de jouer à être ce qu'elle n'était pas, alors elle nota exactement ce qu'elle ressentait à cet instant. Que ça te plaise ou non, tant pis !

J'ai réfléchi à ce que je voulais, et je pense que c'est ma vision des choses qui est mauvaise. Je veux apprendre à voir les choses et les autres tels qu'ils sont, et pas comme j'aimerais qu'ils soient. Je pense que toi, tu les vois. Tu n'enjolives pas. Si c'est moche, difficile, même si ça fait mal, tu n'essayes pas d'arranger la réalité, j'ai toujours eu l'impression que tu te construisait avec. Tu n'as pas toujours raison, mais j'm'en fou un peu, ça te rend bien plus forte que moi. J'en ai tellement marre de croire des choses, et de tomber après. Je veux savoir anticiper, je veux voir les gens tels qu'ils sont, je veux arrêter d'être naïve. Je ne sais pas ce qu'il faut que je fasse pour devenir comme ça, pour apprendre à voir, à voir vraiment, mais je me dis que voir par tes yeux ça peut m'aider à comprendre comment faire. Je me relis et je trouve ça débile, mais je n'ai pas mieux comme réponse à te donner.

Et toi, est ce que tu sais ce que tu désires au moins ? Facile de me dire ça, mais est ce que tu sais toi ?

É


En signant enfin son parchemin, elle savait qu'Aelle y verrait sûrement une occasion de lui lancer des stalactites piquantes, et après tout, c'était la Reine de Glace, le frisson douloureux faisait aussi partie de ce qu'Éli cherchait en reprenant contact avec son ancienne camarade. Mais elle savait un peu plus maintenant ce qu'elle voulait : apprendre à voir la réalité pour s'en protéger, dans son monde trop édulcoré jusque-là.

Je n'ai aucun lien à offrir, c'était les mots de la jeune femme. Alors ok, Éli n'avouerait aucun lien formel et descriptible, pourtant elle lui avait répondu, elle avait choisi de ne pas ignorer ses hiboux. Elle aurait pu simplement les jeter sans même les lire, elle ne l'avait pas fait, alors même s'il était ponctuel, déséquilibré, et sûrement éphémère, elles avaient commencé à créer un lien, qu'Aelle le veuille ou non.

❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso - bouilleur de chaudron

À celle qui tenait debout PV PNJ
Jeudi 16 décembre 2049
Mochdinam — Pays de Galles
20 ans



J'entends d'abord ses petits pieds nus frapper à vive allure sur le parquet. Poc poc poc poc ! Puis il déboule dans le salon. Un petit sorcier pas plus haut qu'un pitiponk, les cheveux ébouriffés et une trace de chocolat sur la joue. Il se fige dès qu'il m'aperçoit, ses grands yeux écarquillés. Il plonge ses doigts dans sa bouche pour les suçoter vivement, comme si ça pouvait l'aider à confronter l'inconnue affalée sur le canapé qu'il ne pensait pas trouver là. Et à raison : les gosses dont s'occupe Narym arrivent le matin par la porte d'entrée et sont amenés directement dans la salle de classe qui sert aussi de salle de pause et de salle de goûter, au bout de l'appartement, avec un accès direct sur le dortoir, situé dans la pièce d'à côté. Pour conclure : je ne vois jamais les enfants et eux ne me voient jamais non plus car ils n'ont pas le droit de se balader dans le reste de l'appartement. Normalement. Sauf quand un enfant lassé des activités pré-vacances organisées par Narym décide de se faufiler hors de la salle de classe.

Le petit ne dit rien, nous nous regardons pendant un instant. Lui, planté au milieu de la pièce et bavant sur sa main et moi qui le fixe derrière mon livre baissé. J'arque un sourcil sur mon front et patiente, en vain : le gamin ne peut pas comprendre qu'il s'agit d'une question silencieuse. Alors je soupire et me redresse sur le canapé, une main accrochée au dossier.

« T'as pas le droit d'être ici, il me semble. »

Impressionné, il se contente d'ouvrir les yeux encore plus grand. Je me demande s'il va se mettre à pleurer. Il ne répond rien, peut-être n'a-t-il pas compris.

« Qu'est-ce que tu fais là ? j'insiste alors en soupirant encore une fois.
Le pécepteur Nym, marmonne-t-il sans lâcher ses doigts. Bah il a dit... Il a dit que je pouvais... Dans la cuisine... »

Il bafouille un moment, essaie d'expliquer mais s'embrouille dans ses propres mots. Mais à ce moment-là, une ombre passe devant la fenêtre du salon et attire mon regard, si bien que je ne lui porte plus aucune attention. Je l'écoute encore moins lorsque je reconnais la chouette. Je me redresse vivement, interromps le gosse qui n'ose plus dire un mot maintenant que je suis debout. Je traverse le salon pour ouvrir à la chouette de Willis, qui ne m'a pas donné de nouvelles depuis plusieurs semaines maintenant. J'ai même cru qu'elle allait arrêter de m'écrire. Je ne sais pas pourquoi voir le courrier attaché à la patte de l'oiseau me réjouit ; peut-être parce que je n'ai rien eu à faire de concret depuis plusieurs jours, à un tel point que j'ai commencé à attendre avec hâte les fêtes de fin d'année que je déteste habituellement ?

« Bon, tu veux quoi dans la cuisine ? » lancé-je au garçon, le hibou bien installé sur mon bras.

Mais le garçon n'en a plus rien à faire de moi : la bouche grande ouverte, il fixe le volatile et ses yeux brillent d'un bonheur comme peut n'en ressentir que les enfants de son âge.

« Boubou ! Boubou ! » s'exclame-t-il en tendant les mains vers moi.

Je grimace en levant le bras, même si petit comme il est il ne risque pas de pouvoir attraper ou toucher le hibou. On ne sait jamais. Heureusement, j'entends la porte de la salle de classe s'ouvrir et je reconnais le pas lourd de Narym dans le couloir. Il apparaît au bout de celui-ci et se plante à côté de l'enfant, mains sur les hanches.

« Angel ! le gronde-t-il doucement en s'accroupissant pour se mettre à sa hauteur. Je t'avais dit de m'attendre pour qu'on aille chercher le torchon ensemble. Tu sais bien que tu n'as pas le droit d'être ici tout seul, non ?
Boubou ! geint ledit Angel.
Je crois pas que tes règles soient bien claires dans son esprit, Nar, » dis-je pour me moquer de mon frère.

Celui-ci se redresse après avoir attrapé la main de l'enfant et me jette un regard amusé en coin.

« J'essaie, pourtant. Désolé, Ely. Allez, on y retourne, viens Angel. »

Angel qui ne fait que répéter « Boubou ! » et qui se contorsionne pour continuer de regarder le hibou jusqu'à ce qu'ils aient disparu dans la cuisine. Je soupire et secoue la tête ; malgré les règles, ce n'est pas la première fois que je croise le chemin d'un enfant étudiant ici et ce ne sera pas la dernière fois.

Je récupère mon livre sur le canapé et emmène le hibou dans ma chambre. Ce n'est qu'après m'être occupée de lui que je prends connaissance du courrier de Willis, tout en me demandant ce qui lui a pris autant de temps pour me répondre et si elle a réfléchi au fait d'arrêter de m'écrire.

Un soupir long comme le bras s'échappe par ma bouche lorsque je lis les premiers mots. Le premier paragraphe m'inspire un réel agacement, mais il me faut du temps et un peu de réflexion pour comprendre que c'est ce que je vois à travers ces mots qui m'énerve : elle espère que je lui réponde qu'elle ne m'agace pas et que si je lui parle, c'est bien parce que j'ai envie de le faire. C'est vrai. Mais je n'ai pas envie de le dire, je n'ai pas envie de lui confier quoi que ce soit, alors ce premier paragraphe que je n'apprécie pas, elle peut se planter la baguette dans l’œil si elle espère m'y voir répondre.

Si elle pense que j'agis par pitié envers elle ou que je lui mens, alors c'est qu'elle est mal tombée avec moi et elle arrêtera toute seule comme une grande de me harceler avec ses problèmes existentiels, voilà tout. En attendant, je n'ai aucune envie de la rassurer sur mes intentions ou sur ce qu'elle m'inspire. Ce n'est pas mon rôle, ça ne le sera jamais et c'est très bien comme cela. Après tout, c'est elle qui insiste pour me parler, qui persiste à croire que j'ai quelque chose à lui apporter. Mais elle ne sait pas. Elle n'a rien compris. Elle ne sait pas qu'elle finira par se vexer, par m'en vouloir car je lui ai mal parlé ou que je lui ai dit ses quatre vérités et qu'elle ne l'a pas supporté. Un jour elle arrêtera d'écrire et je saurai très bien pourquoi : les gens sont si banals, tellement attachés à des choses inutiles, ils ont besoin d'être rassurés, qu'on prenne soin d'eux, qu'on leur dise de belles choses. C'est pour cela que je ne supporte pas la moitié d'entre eux et également pour cela que Willis arrêtera un jour d'attendre quoi que ce soit de moi.

Il n'y a guère que la seconde partie de son hibou qui ne me donne pas envie de le brûler sans y répondre, excepté la fin qui a été à ça de me pousser à me débarrasser du courrier malgré les lignes qui précédaient. Qu'elle se permette de me poser une telle question, sur ce ton-là qui plus est, ça m'agace au plus au point. Et c'est suffisant pour que j'envoie le courrier sur mon bureau et que je retourne à ma lecture pour ne plus y penser pendant quelques jours.

*

23 décembre 2049


Lorsque je commence la rédaction du courrier à destination de Willis, je me questionne sur l'utilité de tout cela. Je suis persuadée, au fond de moi, que quoi que cherche la jeune fille elle ne le trouvera pas auprès de moi. Une partie de moi a envie de le lui faire comprendre maintenant, histoire qu'elle arrête les frais, mais l'autre partie... L'autre partie n'en a rien à faire de ce qu'elle pense et a envie de continuer, même si je sais comment tout cela se terminera. Écrire ces courriers ne m'apporte pas grand chose, je n'arrive pas à comprendre exactement pourquoi je continue et pourquoi j'ai envie de continuer. En fait, je n'ai pas envie de comprendre. Je sais seulement qu'en écrivant ma réponse, une petite voix murmure au fond de ma tête : j'espère qu'elle répondra.

*

Willis,

À quelle date ton renvoi de Poudlard prend-il fin ?

Mes yeux voient que la plupart des gens sont indignes de confiance et qu'il n'existe dans ce monde que de très rares personnes qui méritent mon attention et mon temps. Arrête d'espérer quoi que ce soit des gens qui t'entourent et ne compte que sur toi-même. Peut-être qu'ainsi, tu arrêteras de tomber, comme tu dis.
Tu sais ce que tu veux, tu as déjà plus de chance de l'atteindre, mais ce n'est pas en m'écoutant raconter des choses que tu y parviendras, Willis. Arrêter de compter sur les autres, ça veut aussi dire ne pas compter sur moi.

Enfin, ce que je désire ne concerne que moi. Je te l'ai dit, je n'ai aucune envie de te confier quoi que ce soit, alors garde ce genre de questions pour toi. Et si ce que je dis te parait trop "facile", arrête de m'écrire.

AB

À celle qui tenait debout PV PNJ
25 décembre 2049, Poudlard


Que ce soit son anniversaire ou Noel, rien ne s’était passé dans une ambiance aussi joyeuse et festive que les années précédentes. Heureuse d'avoir retrouvé sa seconde maison, les cours, et ses camarades, Éli n'avait pas vraiment le cœur à s'amuser pour autant. Elle n’était plus renvoyée, pourtant elle se sentait encore si exclue des personnes dont elle avait été proche, que participer aux festivités dans ces conditions, et sans eux, l'avait rendu plus triste encore. Avant même de rentrer au château, la Poufsouffle savait qu'il lui faudrait du temps, et qu'elle ne retrouverait pas forcément la vie qu'elle avait avant ses conneries, mais ses jours d'errance lui paraissaient si longs.

Au milieu de cette période étrange, occupée entre ses travaux d’intérêt généraux et ses cours à rattraper, Éli n'avait pas du tout fait attention au temps qu'avait pris la réponse d'Aelle pour lui parvenir. Est-ce qu'elle lui répondrait même ? Elle n'en savait rien, avant de libérer Nightingale de son pli au lendemain du réveillon. L’écriture sur l'enveloppe ne laissait aucun doute possible sur l’expéditrice, ce qui crispa légèrement la jeune fille au milieu de son petit-déjeuner. Ignorant quel type de réponse elle allait trouver sur le parchemin, elle se contenta de ranger rapidement l'enveloppe dans son sac, partagée entre la curiosité et l’appréhension.

Embarquée dans une matinée de révisions, assise en tailleur dans l'un des canapés de la salle commune, Éli ne referma son manuel qu'un peu avant le repas du midi, trop déconcentrée par un groupe de Poufsouffle euphoriques de se montrer les cadeaux qu'ils avaient reçu pour Noel. Détournant le regard de leur démonstration de joie, la jeune fille rangea avec une précaution un peu exagérée, son livre dans son sac, repoussant au passage quelques parchemins et...la lettre. Les doigts frôlant le papier, Éli hésita un instant avant d'enfin saisir la réponse de son ancienne camarade. Elle ne la jetterait pas sans avoir lu, donc maintenant ou plus tard ça ne changeait pas grand-chose. Sa lecture terminée, elle reposa une seconde fois son attention sur ses quelques lignes tracées à l'encre, et se levant d'un bond, alla s’asseoir à l'une des tables d’étude non loin. Il fallait qu'elle lui réponde directement, tant que sa réaction était fraîche dans son esprit. Elle ne mit pas plus de quelques minutes pour rédiger son retour, avant de parcourir à la hâte les couloirs qui la séparaient de la volière. Nighty attendait, encore en alerte comme s'il savait que son travail n'était pas terminé pour la journée.
- T'en penses quoi ? Tu crois qu'elle va me lâcher ? Accrochant à l'oiseau son message, Éli le caressa une dernière fois sous son bec avant de l'encourager à partir.

Lettre envoyée à Aelle :
Tu n'as peut-être aucune confiance en moi, et tu as raison on ne se connaît pas, mais tu réponds, c'est qu'au fond je mérite un minimum ton attention et ton temps.

Je suis déjà revenu à Poudlard depuis presque un mois, mais je ne vois pas en quoi ça t’intéresse. Tu ne veux pas de lien de toute façon, alors peu importe ou je suis non ?

Tu as le droit de penser ce que tu veux, mais si je dois apprendre à compter sur moi, alors laisse moi juger seule si t’écouter raconter tes histoires, c'est ce qui m'aide ou pas. Comment tu peux être sûr que ça ne marche pas sans avoir essayé ? À moins que ce soit mes questions qui te dérange en fait, ou surtout les réponses que tu devrais me donner ? C'est plus facile de se taire.

Réponds-moi, ou ne le fait pas comme tu veux, mais si tu penses que c'est en me provoquant que je vais arrêter de t’écrire, tu as tort. Tu veux que j’arrête ok, mais juste dis le moi, ne cherches pas à me rendre responsable de ça.

É

❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso - bouilleur de chaudron

À celle qui tenait debout PV PNJ
Cela faisait des jours que la jeune fille attendait l'heure du courrier avec une impatience exagérée. Si les premières semaines sans réponse ne l'avaient pas surprise plus que cela, le délai que laisser volontairement s'écouler Aelle, commencé à sérieusement l'agacer. Qu'est-ce qui pouvait mettre autant de temps dans sa réponse ? La jeune femme avait-elle une vie si remplie qu'elle ne trouvait même pas un instant à lui consacrer ? Ou bien ne voulait elle pas en trouver ? Éli était prévenu de cette éventualité, mais un doute plané malgré tout. Est-ce qu'Aelle avait finalement pris sa dernière provocation comme un motif d'arrêt de leur correspondance ?

Éli avait longuement réfléchi à ce qu'elle ferait si son ancienne camarade ne lui répondait pas, mais elle avait été claire sur ce point, si Aelle voulait vraiment arrêter, il fallait qu'elle lui fasse savoir sans détours, son silence ne mettait donc fin à rien, au contraire. La jeune fille se devait de relancer, même si cela lui coûtait beaucoup elle n'arrêterait pas sans son veto. Tu ne gagneras pas si facilement Bristyle ! Mais si sur le papier, Éli avait décidé qu'elle devait lui écrire de nouveau, la Poufsouffle reculer l'échéance jour après jour...jusqu'à ce que tout dans sa vie devienne une urgence.

❀❀❀❀


Le 5 mai 2050,


Elle avait tant attendu pour se mettre de nouveau à cette réponse, que ce soir-là, assise en tailleur sur son lit un parchemin à moitié noircis sur les genoux, Éli ne savait plus si ce qu'elle relisait avait du sens.

Quelques jours avant, elle venait de subir l'un des plus gros chocs de sa vie, de ceux dont l'onde se propage sur sa victime durant des mois, et contre laquelle rien n'est efficace à part le temps. Tout avait tellement changé depuis leur dernière lettre. Aelle avait sûrement abandonné l'idée de ce ping-pong épistolaire, et Éli n'arrivait plus à comprendre quelle direction sa vie prenait contre son gré. Pourtant, la jeune fille avait cette étrange impression que, maintenant plus jamais, elle devait continuer ce qu'elles avaient commencé il y a des mois, que ce pont fait de mots plus ou moins écorchés deviendrait une nécessité pour elle.

Il fallait qu'elle continue, qu'elle lui envois une nouvelle lettre, mais chaque essai se retrouvait chiffonné dans la corbeille, les heures s'allongeaient au rythme de ses jetés de boulettes insipides, et rien ne lui plaisait. Chaque tentative lui paraissait de moins en moins juste, jusqu'à ce que le papier ne récolte plus aucun mot. Enervée contre elle-même, une nouvelle fois frustrée de ne pas avoir réussi, Éli finit par ranger son nécessaire de papeterie sans garder la moindre ligne.

@Aelle Bristyle

❧ 5 ème année RP - 16 ans 🢣Fiche perso - bouilleur de chaudron