Une histoire de familles
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Avec:@Eleanora SywellLe vent soufflait doucement sur ses boucles blondes tandis qu'elle montait les marches de la volière, les mains enfoncées dans ses poches pour lutter contre l'air frais et piquant du matin.
Cela faisait un petit moment qu'elle n'était pas venue ici, ses révisions la gardant éternellement occupée, avec toujours plus de livres à lire, toujours plus de choses à apprendre. Cependant, elle avait eu l'impression qu'aujourd'hui était un bon jour pour venir voir la belle chouette de sa mère, avec ses plumes brillantes et son regard bienveillant semblant toujours chaleureux et invitants pour la jeune fille.
L'odeur fut la première chose à laquelle elle prêta attention, la puanteur lui collant aux narines et lui faisant froncer les sourcils d'inquiétude. Bien sûr.
Elle soupira, enleva un gant et contourna les tas gluants sur le sol, ses chaussures bien cirées et trop chics pour être salies. Freya se tenait au milieu de la pièce, des plumes flottant autour de son visage, et elle regardait au loin, cherchant des yeux la courbe familière du hibou de sa famille.
Après quelques secondes, elle la vit - sa silhouette, toujours si élégante, contre le soleil grandissant à l'extérieur. Avec un sourire, elle se glissa entre les poutres et les oiseaux pour la rejoindre, sa main déjà étendue pour la recevoir. La chouette portait un baluchon autour de son talon mais son regard aujourd'hui n'était pas bienveillant. Il était étrange, déroutant, et se reflétait sans aucun doute sur le visage de Freya alors qu'elle s'approchait, sa main restant vide du poids de son corps.
Freya ne se posa pas de questions. Même les hiboux pouvaient avoir de mauvaises journées, devina-t-elle, et, après tout, elle ne voulait que la lettre de ses parents, pas de jolies retrouvailles avec l'animal.
Elle tendit la main et s'empressa de défaire le nœud, échappant ainsi à un coup rapide et vicieux au poignet. Jetant un regard indigné à la chouette, elle approcha la lettre de son visage, étudia les courbes douces des feuilles de papier sur l'enveloppe avant de l'ouvrir avec précaution, les doigts doux et bienveillants. Elle n'avait pas la foi d'être de retour au dortoir pour l'ouvrir, l'estomac rempli d'excitation et de quelque chose de chaud comme de l'amour et de la familiarité qui lui manquait tellement, ces derniers temps.
Cependant, alors que ses yeux commençaient à lire les quelques lettres écrites d'une écriture inconnue sur la page, elle s'arrêta. La lettre ne lui était pas adressée, mais à une certaine Eleanora. Quelque chose comme de la confusion, puis de l'effroi, s'enfonça dans sa peau et ses sourcils se froncèrent. Elle relut la première ligne, pour s'en assurer, avant de passer à la toute dernière, sans survoler les paragraphes du milieu.
Sywell. Eleanora Sywell.
De toute évidence, elle s'était trompée en récupérant la lettre. Le comportement de la chouette s'expliquait maintenant : son tempérament , le mordillement et le regard froid de ses yeux meurtriers. Ceux de Freya s'écarquillèrent et elle fixa le papier, furieuse, puis attristée, une boule s'enfonçant doucement dans son ventre, chassant toutes les brindilles de confort qui y siègaient auparavant. Le hibou était parti, laissant avec lui tout espoir de lire ses parents aujourd'hui.
Elle ne pouvait cependant pas laisser cette lettre sans propriétaire, et c'est pourquoi elle rédigea rapidement un mot qu'elle attacha à l'enveloppe refermée avant de déposer le paquet sur une petite pile de lettres qui restaient à réclamer.
Bonjour,
Par un grand malheur, je me suis trompée de hibou, le tiens ressemblant à celui de ma famille en tout point sauf sa gentillesse. J'aurais dû savoir, vraiment, mais je n'y ai pas fait attention et j'ai attrapé ta lettre.
Je ne l'ai pas lue, rassure toi.
En espérant qu'elle te trouvera, ou que tu la trouveras.
Par pur hasard, aurais-tu ma lettre ?
Encore désolée,
Freya Moors𓆩♡𓆪
Reducio
Chère Freya,
Nous t'écrivons afin d'avoir de tes nouvelles et de t'en partager. Nous espérons que tes études se passent à merveille, comme toujours, et que la fin d'année ne te procure pas trop d'angoisses.
Nous sommes fiers de tes résultats et nous attendons avec impatience ta prochaine lettre. As-tu pu t'investir chez Serdaigle un peu plus ? Tu sais, les connexions sont importantes, surtout chez nous. Penses-y.
Lors des vacances, nous aurons peu de temps pour respirer, comme tu le sais : nous souhaitons te rappeler de faire attention à ta peau et de ne pas trop sortir, afin d'être présentable lors du bal d'été que nous organisons. Tes grands-parents souhaitent également te faire visiter la Grèce pendant quelques jours. Ils y ont trouvé beaucoup de plaisir, la semaine dernière, et ils pensent que ça pourrait être un bénéfice à ton éducation.
Nous allons bien. Je m'amuse à broder, ces derniers temps, et ton père travaille, comme souvent. Peu de changements de notre côté, comme toujours, ce qui nous plaît.
Avec amour,
Tes parents
Une histoire de familles
Les marches se succédaient, l'une après l'autre, comme une rengaine qu'elle connaissait trop bien.Un jour, en février
Volière
@Freya Moors
La tour était haute — mais pas assez. Pas pour elle.
Rhea aurait voulu continuer de grimper, encore et encore, sans jamais atteindre le sommet. Sans jamais avoir à rejoindre ces maudites chouettes, messagères d'ennuis soigneusement pliés dans du parchemin de qualité.
Le froid était mordant pour un mois de février. Le vent s'engouffrait par les lucarnes ouvertes, lui rougissait les joues, piquait ses narines, engourdissait ses doigts.
Elle referma sa veste d'un geste sec et accéléra le pas. Elle regrettait son écharpe, abandonnée quelque part au fond de sa malle.
Un soupir lui échappa alors qu'elle serrait entre ses doigts une lettre déjà ouverte.
Pas la sienne — elle l'avait compris dès les premières lignes. Trop de chaleur. Trop de fierté douce. Trop de mots bien polis pour être destinés à elle.
Les siens ne prenaient même plus la peine d'écrire.
Et pourtant, la Serdaigle gravissait encore ces marches. Rejoignait le sommet, espérant une lettre qu'on lui aurait enfin adressée.
Sa cousine — la moins pénible — lui avait soufflé que son père comptait lui écrire. L'histoire avec Ophelia lui était sans doute parvenue aux oreilles.
Un sourire tordu lui échappa. Elle imaginait déjà la colère du patriarche, les traits déformés, les sourcils froncés.
Elle l'avait touché. Enfin.
Elle était déjà venue plus tôt, pleine d'espoir.
Mais rien — juste cette lettre qu'elle tenait maintenant.
Par curiosité, ou par instinct, elle l'avait lue.
On y parlait de réussite, d'un bal, de peau à entretenir.
Elle avait pincé les lèvres. La fille à qui c'était destiné vivait dans un monde de vitrine, lisse et poli au chiffon doux. Comme elle.
Elle aurait ri si elle n'avait pas eu cette boule dans la gorge — ce mélange de rage et de fatigue qui l'envahissait chaque fois qu'elle pensait à ce qu'on attendait d'elles.
Freya. Elle. Et toutes les autres, coincées dans des carcans d'apparence et de silence.
Et pourtant, elle guettait encore. Elle haïssait sa famille, mais cherchait leur attention.
Elle grimpait à nouveau, le cœur un peu plus lourd, l'espoir un peu plus faible.
Peut-être, cette fois-ci...
La volière s'ouvrit enfin, criante de vie et de plumes. Les chouettes donnaient leur plus beau concert — à son plus grand damn.
Elle grimaça et chercha son hibou. Un grand-duc, élégant et méprisant. Elle ricana. Il représentait bien les Sywell — elle y compris.
À sa patte, deux lettres.
L'une pliée avec soin. L'autre portant le sceau familial — brisé.
Son cœur se serra.
Quelqu'un l'avait ouverte.
Sa cousine ? Non. Ce n'était pas son genre.
Les doigts presque tremblants, elle écarta la lettre de son père et attrapa l'autre, intriguée.
Elle l'ouvrit. Lut. Juste assez.
C'était bien écrit. Trop bien. Comme l'autre lettre — celle dans sa poche.
Elle replia doucement la lettre, comme on replie un mensonge trop bien ficelé.
Puis elle sortit un parchemin vierge, racla sa plume contre le bord de l'encrier poussiéreux, et commença à écrire.
Freya Moors,
C'est bon, ta lettre est entre de bonnes mains. Enfin, entre les miennes.
Jolie enveloppe. Rien d'étonnant à ce que ton hibou ait été confondu avec le mien : même genre, même prétention.
Merci pour ton mot, même si tu t'excuses trop. J'ai vu pire qu'une lettre échouée, crois-moi.
Et oui, j'ai ta lettre.
Pour être honnête, je l'ai lue. La tienne. Pas entièrement — juste assez pour comprendre que ce n'était pas à moi.
C'est drôle, nos familles n'utilisent pas les mêmes mots, mais elles veulent exactement la même chose. La réussite, le silence, et un sourire bien tenu. J'imagine que toi aussi, tu sais jouer le rôle.
Je te laisse ta lettre ici. Bonne chance pour ton bal — et pour tout ce qu'il faut faire pour y être "présentable".
— R.
Hey ! Désolée de l'attente, j'espère que ma réponse te plait quand même
639 mots
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Une histoire de familles
Ne t'inquiètes pas ! Tu écris superbement bien ! Prends ton temps pour répondre !𓆩♡𓆪Date: /
Avec: @Eleanora SywellElle ne pouvait plus attendre. Depuis qu'elle avait déposé la lettre qui ne lui avait pas été adressée, elle avait cette démangeaison sous la peau de retourner à la volière, pour vérifier si le courrier de ses parents avait été retrouvé ou si elle ne manquerait pas leurs mises à jour, qui étaient évidemment importantes. Le lendemain, tôt le matin, elle se précipita dans les escaliers, le froid lui piquant la peau comme un oiseau. La puanteur était toujours aussi désagréable, mais elle s'exécuta, se passant une main sur le nez en cherchant le grand hibou, celui dont elle avait juré comme étant son pire ennemi. Elle se renfrogna lorsqu'elle le vit, mais tout semblant d'animosité la quitta lorsqu'elle aperçut deux petites lettres sur sa patte.
Freya les saisit adroitement, son cœur se remplissant de joie, d'amour et de chaleur à la vue de l'écriture de ses parents. Elle ne se souciait pas que quelqu'un l'ait ouvert. Ils n'avaient rien à cacher, n'est-ce pas ? Inspirant profondément, elle commença à déplier le papier entre ses doigts froids, avant de s'arrêter.
La blonde regarda l'autre petite lettre, plus petite mais soignée. Elle se dirigea vers une fente dans le mur, laissant la douce lumière du soleil se poser sur le parchemin. Elle y lut de la gentillesse, et quelque chose un peu plus sombre, plus acerbe, mais elle ne compris pas ce que c'était.
Sortant un bout de parchemin, elle se mit à écrire une réponse, curieuse et surtout affamée par la possibilité d'une amitié fantôme, d'un lien avec quelqu'un qui puisse comprendre tous ces sentiments confus qu'elle tenait en elle depuis des mois maintenant.Eleanora,
Merci de l'avoir ramenée. C'est marrant, non ? Qu'on ait échangé nos lettres. J'espère que tu attendais la tienne avec autant d'impatience que moi. C'est de mes parents, comme tu as pu le voir.
Ce n'est pas grave, si tu l'as lue. Au moins, tu as pu me la ramener, c'est le principal, je trouve.
C'est normal de vouloir la réussite de son enfant, non ? C'est ce que ma mère me dit. J'avoue qu'un bal n'est pas très amusant, mais c'est pour mon futur. Il me faudra un époux et c'est là que je pourrais en trouver un. Tu ne vas pas à des soirées, toi ? Je ne l'avouerais jamais à l'oral, mais j'envie ta chance, un petit peu. Que fais-tu de ton temps, si tu ne dois pas te préparer à être vue par la société ? Je pense aux heures passées chez la modiste, chez le coiffeur et chez les tuteurs d'étiquette. C'était amusant, avant, mais maintenant un peu moins.
Je ne sais pas pourquoi je te dis tout ça, je m'en excuse ! C'est tellement facile de mettre à l'écrit ses pensées !
Encore merci pour la lettre.
Bonne chance à toi aussi !
Freya𓆩♡𓆪
Une histoire de familles
Le lendemain
Volière
@Freya Moors
Les escaliers lui semblaient encore plus tortueux que la veille, pleins de crevasses et de poussière. Ils étaient hauts, grands, infinis. Elle ne savait pas pourquoi elle s'imposait cette excursion — son père lui avait déjà écrit une fois, il ne le ferait pas deux fois.
Aucune lettre ne l'attendait au sommet, rien que des hiboux criards. Rien que des mauvais présages. Des carcasses emplumées, juste bonnes à vous crever les tympans. Et Merlin sait combien elle en avait horreur.
Pourtant, elle grimpait. Gravissait la montagne que représentait la tour pour elle. Sa curiosité la poussait à s'élever, vérifier la disparition de sa courte lettre. La fille — Freya. Elle voulait savoir si celle-ci avait reçu sa lettre. Pas celle de ses parents. La sienne.
À peine eut-elle posé un pied dans le refuge des messagers bruyants qu'un grand hibou aux yeux ambrés fonça droit sur elle.
Son courage sembla s'enfoncer dans les méandres de son être, l'abandonnant au bon vouloir de l'oiseau agressif. Dans un élan de panique, elle recula d'un pas et manqua de retourner au pied des escaliers escarpés. Elle se rattrapa in extremis à la rampe, mais ne manqua pas de jurer contre l'oiseau meurtrier.
Elle le regarda plus longuement : ses ailes, ses plumes, son air méprisant.
Son hibou. Évidemment.
Elle souffla, le fusilla du regard, avant de détacher la lettre, auteure du presque homicide.
Elle la lut. Trois fois.
Le papier, froissé à force d'être manipulé, tremblait à peine entre ses doigts.
Rhéa fixait les lettres, les courbes douces, les tournures polies.
Il y avait quelque chose de proprement absurde à ce que cette fille — qu'elle ne connaissait pas — la remercie avec tant de chaleur.
Elle aurait dû rire. Hausser les épaules. Jeter la lettre dans un coin, comme elle avait toujours su le faire avec les mots creux et les sourires cousus main.
Et pourtant... il y avait quelque chose, là , entre les lignes. Une maladresse sincère. Une tendresse polie.
Quelqu'un qui semblait, elle aussi, engluée dans un monde trop lisse, trop propre, trop dirigé.
Quelqu'un qui croyait encore à l'idée qu'on pouvait se confier sans conséquence.
Elle aurait pu lui répondre par une pique. Lui renvoyer ses illusions comme un sort en pleine figure.
Mais à la place, elle reposa la lettre sur ses genoux, recula contre la pierre froide de la volière, et ferma les yeux.
Un instant. Juste un.
Puis, lentement, elle sortit son carnet. Pas le joli. L'autre — celui qu'elle gardait dans la doublure de sa veste, avec des feuilles arrachées, des taches d'encre et des croquis griffonnés dans les marges.
Sa plume hésita. Puis gratta, nerveusement :
Freya,
Tu t'excuses beaucoup. C'est pas une critique, juste... je l'ai remarqué. C'est presque mignon, en vrai.
Je sais pas si c'était vraiment un hasard, cette histoire de lettres. Peut-être qu'on avait besoin de lire autre chose. Ou de sortir un peu de nos bulles.
Ta lettre m'a un peu secouée. Pas parce qu'elle est mal écrite — elle est super claire, bien tournée, tout ça. Mais parce que tout y a l'air... normal, pour toi. Comme si c'était logique de passer ses journées à se préparer à plaire.
Tu dis que ta mère veut ton bien, que c'est pour ton avenir. Peut-être. Mais est-ce que ça te va, à toi ?
Franchement, les bals, les modistes, les tuteurs... ça me fait froid dans le dos. On dirait qu'on n'a pas le droit d'exister sans qu'on nous dise comment.
Tu dis que t'envies un peu ma « chance ». Mais c'est pas vraiment de la chance. J'ai dû me battre pour avoir un peu d'air. La liberté, on me l'a jamais donnée. J'ai dû la voler. Et c'était pas beau à voir.
Je me débrouille maintenant. Je fais ce que j'ai envie de faire. Je dessine, même si c'est moche. Je joue du violon, même si ça fait râler les autres. Je cours, je tombe, je rentre dégueu. Mais je me sens bien comme ça. En vie. Moi-même.
Et ouais, parfois je craque un peu. Mais c'est toujours mieux que de me forcer à sourire pour faire plaisir à des gens qui m'écoutent pas.
Merci pour ta lettre. C'est bizarre à dire, mais ça m'a fait du bien.
Parler avec quelqu'un qui te regarde pas, c'est étrange. Mais j'adore.
À bientôt, peut-être.
— R
P.-S. : Ne m'appelle pas Eleanora. Y'a que mon père qui fait ça. Appelle-moi Rhéa.
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Merci ! J'aime aussi beaucoup tes textes, tous.
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Avec: @Eleanora SywellÉtait-ce une habitude, maintenant, de faire la longue marche jusqu'à la volière tous les matins avant ses cours ? Il fallait dire qu'elle y était proche, étant à Serdaigle, ce n'était pas un grand détour, et puis elle appréciait le froid du matin, avant la chaleur écrasante de la journée, et ça lui faisait penser à autre chose.
Peu importe. Le fait était que, tandis que le soleil commençait son ascension sur le monde, elle aussi commençait la sienne, enchaînant les pas un à un, son cardio étant meilleur que jamais à présent. L'odeur était plus faible, avec l'habitude, et elle trouvait le bruit moins insupportable que les deux fois précédentes. Elle n'attendait pas une lettre de ses parents, cette fois, mais une réponse à ses paroles.
Était-ce puéril de penser qu'elle répondrait ? Elle l'ignorait, mais sa détermination ne faiblissait pas tandis qu'elle grimpait encore et encore, jusqu'à se retrouver face à face avec le troupeau d'oiseaux niché dans la tour.
Elle avait été surprise, c'était tout. Elle avait ouvert son cœur, juste un peu, sans savoir pourquoi, et elle voulait savoir si Eleanora avait décidé d'ignorer ses paroles ou de reconnaître sa douleur. Car c'était bien de cela qu'il s'agissait, n'est-ce pas ? Une douleur, inconnue d'elle jusqu'à ce qu'elle l'écrive, ce sentiment désagréable et moche au fond de sa poitrine, celui dont elle ignorait la source. Pouvait-elle être partagée, cette douleur ?
Son regard se posa sur l'oiseau abandonné, devenu rapidement son ennemi mortel, et, plus important encore, sur la chose attachée à sa jambe. Elle sourit, une soudaine bouffée de joie et de délice lui monta à la poitrine, innocente, repoussant la laideur qu'elle ressentait. Elle saisit le papier, le regard vif et précis.
Et puis, le sentiment revint, la submergeant, la submergeant, une fumée s'étendant sur sa cage thoracique jusqu'à ce qu'elle doive s'appuyer contre le mur et se laisser glisser par terre. Sa mère aurait été folle, car le sol était impropre à une dame, mais pour une fois, sa voix ne résonna pas dans la tête de Freya.
Rien ne résonna dans la tête de Freya, si ce n'était l'épreuve terrifiante de se sentir vue, et d'avoir une réponse.
Alors, elle répondit.
Rhéa,
Merci d'avoir répondu. J'ai eu un peu peur que tu ne le fasses pas. Je ne sais pas, peut-être que c'est bizarre, de se vouer à quelqu'un sur papier ? C'est nouveau, tout ça. J'ai peu d'amis, je ne sais pas ce qu'il faut dire ou non.
Ce n'est pas normal, de vouloir plaire ? Pour moi, ça me semble l'être. La vie, c'est plaire, non ? Pour un mari, pour un emploi, pour des amis.
J'y suis habituée, tu sais, et ça ne me dérange pas tant que ça. Il est vrai que parfois, j'aimerais pouvoir lire un peu plus tard le soir, ou sortir sans chaperonne, mais je suppose que c'est comme ça. Mes parents m'aiment, je le sais.
Tu as dû te battre ? Ça a dû être difficile, non ? Es-tu plus heureuse, maintenant ? Quelles autres choses fais-tu, de ton propre gré ? La liberté, ça se gagne, non ? Comme dans les histoires, où le héros doit se battre. C'est un peu toi, ça, je trouve.
J'admire ce que tu me dis. Je ne sais pas si un jour j'arriverais à faire comme toi, mais j'admire que tu puisses vivre comme tu l'entends.
Tu as raison, c'est facile de parler sur papier, sans jugement. On ne peut pas retirer ce qu'on dit, c'est acté, et on peut aussi s'ouvrir. Merci d'avoir répondu, j'aime bien t'écrire, maintenant.
Je reviendrai demain, à la volière.
Freya𓆩♡𓆪
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Trois jours.Volière
12 février 2050
@Freya Moors
Cela faisait trois jours qu'elle montait à cette fichue tour. Trois jours de suite.
Elle n'y allait jamais, avant. Ça ne l'intéressait pas.
Mais là ... impossible de penser à autre chose.
Les mots de cette fille — Freya — tournaient dans sa tête comme un sort mal lancé. Trop doux. Trop bien écrits. Trop... polis.
Et pourtant, il y avait quelque chose dedans. Quelque chose qui lui ressemblait trop pour qu'elle fasse semblant de ne pas le voir.
Ça l'agaçait. Ça la touchait. Elle ne savait pas trop.
Alors elle revenait. Encore. Pour voir si une autre lettre l'attendait. Si Freya avait lu la sienne.
Mais au fond d'elle, il y avait autre chose. Une envie qu'elle réprimait, qu'elle enfouissait au plus profond de ses entrailles.
Une envie de se confier. D'être comprise. Entendue.
Ces lettres, loin du jugement des conversations, étaient la seule solution qu'elle avait trouvée.
Les cris stridulants des carcasses emplumées lui déchirèrent les tympans. Elle jeta un regard noir au grand-duc qui s'éleva jusqu'à elle.
La Serdaigle n'avait pas encore digéré l'incident de la veille.
L'oiseau, loin d'être intimidé, s'approcha et la becta.
Ses jambes la démangeaient, mais elle se retint de lui donner un coup. Sinon, elle pouvait dire adieu à l'aube de cette correspondance.
Elle claqua la langue contre son palais et décacheta la lettre soigneusement pliée.
Elle l'avait lue d'un trait, debout, le dos à moitié courbé contre la rambarde de la volière, comme si s'asseoir aurait rendu le moment trop sérieux. Trop vrai.
Les mots s'étaient déposés en elle avec une douceur dérangeante. Cette fille, avec ses phrases bien rangées et ses hésitations timides, avait encore réussi à glisser sous sa peau. Sans faire de bruit. Juste... en étant là .
Ils lui rappelaient douloureusement Théodora. Sa cousine, la seule qui avait cru en elle. La seule qui l'avait fait souffrir plus douloureusement que son père.
Son silence pesait si lourd dans sa poitrine. Elle rêvait de retrouver leurs rires d'antan. Mais c'était trop tard.
Théodora avait changé. Elle s'était pliée aux règles, et avait rompu les liens.
Freya était comme le reflet brisé de cette cousine qui avait été si proche. Mais elle se posait des questions. Elle avait des doutes que Rhéa avait elle-même eus.
Alors elle se mordit la lèvre, plia la lettre lentement, la relut, les yeux accrochés à certaines phrases comme à des fils tendus entre elles.
Freya allait revenir. Demain.
Et ça lui serrait un peu le ventre.
Elle sortit son carnet. Le vieux, bien sûr. Celui où ses pensées n'avaient pas à se tenir droite.
Freya,
C’est pas grave si t’as peu d’amis. Une seule personne qui t’écoute vraiment vaut mieux qu’un tas de gens qui t’applaudissent sans te voir. Et tu sais dire les choses. Peut-être qu’on t’a jamais laissé la place, mais tu l’as.
Moi, je t’entends.
Tu dis que la vie, c’est plaire. Peut-être. Mais j’ai pas envie de me faire petite pour être aimée. J’ai essayé, tu sais. Et un jour, j’ai explosé.
Depuis, j’essaie d’être moi. Même quand ça dérange. Surtout quand ça dérange.
Tu dis que tu t’y es habituée, que ça te dérange pas trop. Peut-être. Peut-être que ça devient supportable quand on connaît que ça. Mais j’espère qu’un jour tu verras que t’as le droit de vouloir autre chose. Même un peu. Lire tard. Sortir seule. Respirer. T’as ce droit-là .
Tu demandes si je suis heureuse.
Je crois que oui. Par moments. Pas toujours — parfois tout coince. Mais il y a des jours où je ris fort, où je respire sans qu’on me dise comment. Ces jours-là , je m’en sors. Je suis moi.
Je fais rien de glorieux.
Je dessine. Je traîne près du lac. J’écoute le vent ou je fais semblant de comprendre les gens. Parfois, je joue du violon jusqu’à avoir mal aux poignets. Au manoir, je vais dans la forêt voir un ami Moldu. Mes parents savent pas. Il m’apprend plein de trucs qu’eux ne m’ont jamais appris.
Je suis pas un héros. Ce serait plus simple.
En vrai, je suis juste tombée, encore et encore, jusqu’à comprendre que personne viendrait me relever. Alors j’ai appris à le faire seule.
Tu crois que t’es pas comme moi, mais tu poses les questions que les autres posent jamais. Et tu les écris comme si t’avais peur de déranger.
Tu déranges pas, Freya. Au contraire.
Tu dis que tu reviendras à la volière demain.
Je viendrai aussi.
— R
743 mots
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Avec: @Eleanora SywellC'était critique, maintenant. Engloutis dans sa routine, dans sa roue du temps, ses passages à la volière étaient maintenant nécéssaires pour son bien-être mental.
Elle se sentait perçue comme jamais auparavant, un lien invisible se dessinant lentement entre elle et cette presque étrangère, cette fille qu'elle n'avait jamais vue ni rencontrée, qui connaissait ses peurs et le plus profond de son cœur, tout cela mis à nu sur le papier.
Freya s'en réjouissait. Et elle le redoutait tout autant. Et s'il elles se connaissaient, dans les groupes soudés dont faisaient partie ses parents ? Et s'il elles s'étaient vues enfants, lors de fêtes et de sorties ? Et s'il elles avaient déjà échangé quelques mots, inconscientes de leurs souffrances respectives ?
Des doigts tremblants, Freya saisit la lettre qu'elle savait trouver, attachée à cet horrible oiseau, et, comme les matins précédents, elle s'installa paisiblement et la lut attentivement, avide de reconnaissance.
Telle une bouffée d'air frais, ses mots firent battre son cœur d'une curiosité et d'une vie retrouvées, tout ce qui l'inquiétait se retournant soudain dans sa poitrine.
Moi, je t'entends.
Des mots simples, faciles à écrire, aux courbes douces et aux angles délicats, et pourtant, le cœur de Freya se décupla, sa voix retrouvant sa place au cœur du flou de la vie et des bonnes manières.
Débarrassée de sa solitude, elle se mit à écrire.
Rhéa,
Tes mots sont si libérateurs, tu sais ? Comme si j'avais besoin de les voir, de les lire, de trouver mon chemin.
Tu as explosé ? Que peut-on supporter avant d'en arriver là ? Je suppose que nos parents ne se ressemblent pas. Ton oiseau est horrible, et ça en dit des choses, je crois. C'est peut-être plus facile pour moi de tout subir avec mes parents. Ils m'aiment, je le sais, mais parfois, je n'en ai pas l'impression.
Lire tard. Sortir seule. Respirer. Ça me semble bien. Que lis-tu, si tard le soir ? Et où vas-tu, seule ? N'est-ce pas effrayant d'affronter le monde ?
Être toi-même semble être la meilleure chose que tu puisses être, mais comment te trouves-tu ?
Tu as un ami moldu ! C'est merveilleux ! Pourrais-tu me parler de cet ami ? Du monde qui est le leur ?
Tu dis que personne n'est là pour te relever, mais je pense que je pourrais essayer, si jamais tu en as besoin. Tu n'as pas besoin d'être seule, car nous sommes pareilles, non ? C'est ce que j'ai compris avec ces lettres. Je ne suis pas comme toi, je ne suis pas aussi courageuse et prudente avec les mots que toi, mais nous vivons dans le même monde. Parfois.
Comment en es-tu venue à détester ça ? C'est tout ce que j'ai toujours connu. Comment apprend-on à se débrouiller seul quand on a toujours été tenu par des ficelles ? Je ne veux pas décevoir, tu sais. Je peux vivre à travers les mots que tu écris, un petit moment, oui ? Jusqu'à ce que j'apprenne à me débrouiller seule, moi aussi.
À demain.
Freya𓆩♡𓆪
Une histoire de familles
Rhéa monta les marches deux à deux, comme si ça n'avait rien de spécial. Comme si elle ne faisait pas toujours le même détour. Elle se mentait, mais tant pis. Ses mains étaient déjà moites, et son ventre noué. Elle se traita d'idiote en silence.Volière
@Freya Moors
La volière puait la poussière et le crottin. Les hiboux l'observaient, certains avec cette fixité agaçante, d'autres pas du tout intéressés. Elle s'en foutait. Ses yeux allaient droit sur un seul perchoir. Et comme toujours, l'enveloppe l'attendait. Elle resta plantée là une seconde, immobile.
Ce qui la coinçait, ce n'était pas la lettre. C'était ce qu'elle voyait derrière. À travers les phrases qu'elle n'avait même pas encore lues. Une autre écriture, plus ancienne. Un autre sourire. Théodora.
Toujours elle.
Toujours cette foutue impression que Freya la remplaçait, qu'elle glissait dans ce vide que sa cousine avait laissé. Douce, calme, trop patiente. Tout ce que Rhéa avait perdu.
Ça la mettait en rogne. Ça la rendait fragile aussi. Deux trucs qu'elle refusait d'admettre. Alors, elle serra les doigts, arracha l'enveloppe comme si elle se battait contre elle. Le bruit sec du papier lui fit du bien.
Elle l'ouvrit vite. Les mots, encore une fois, étaient droits, clairs, doux. Pas comme les siens. Elle lut une fois. Puis une deuxième. Ça tournait en boucle dans sa tête, et ça l'énervait. Parce que ça l'apaisait aussi.
Elle souffla, nerveuse. Et elle sut, sans même vouloir se l'avouer : elle allait attendre la prochaine.
Freya,
Tu dis que mes mots te libèrent. Je ne sais pas quoi en faire. J'écris parce que si je garde tout en moi, ça explose. Alors je lâche. Et toi, tu récupères les morceaux. Je ne sais pas si c'est bien ou pas.
Tu me demandes ce que je lis la nuit. Des trucs divers. Des livres d'histoire, des romans d'aventure et d'enquête, des récits de batailles. Parfois de la poésie, mais je n'aime pas l'admettre. Et quand je sors, ce n'est pas pour "affronter le monde", comme tu dis. C'est pour lui échapper. Pour sentir que je décide, même cinq minutes.
Mon ami moldu... il s'appelle Aiden. On a grandi ensemble. C'est le seul qui m'ait jamais regardée autrement qu'avec des attentes ou des reproches. Avec lui, j'avais le droit d'être bizarre, d'être libre. Il m'a offert ma veste en cuir. Tu vois ? C'est idiot, mais c'est le genre de cadeau qui devient une armure. J'aimerais t'en dire plus sur le monde moldu, mais moi-même j'ai encore tellement de questions. Je ne peux même pas lui envoyer de hibou pour les lui poser. Les moldus utilisent un "télé-truc" pour communiquer, pas de hibou.
Tu parles d'apprendre à se débrouiller seule. Ça ne s'apprend pas dans les livres ou en suivant des règles. Ça vient quand on n'a plus le choix. Quand plus personne ne te tient debout et que tu refuses de tomber. Alors tu trouves une manière. La tienne. Peu importe laquelle.
Et arrête de dire que tu n'es pas courageuse. Tu m'écris. Tu oses. Et ça compte plus que tu ne le crois.
— R
515 mots
Vraiment désolée pour cet inexcusable retard
Vraiment désolée pour cet inexcusable retard
"On n'apprend pas à marcher en suivant les traces des autres."
Couleur RP : #4d5f84
Une histoire de familles
Mais pas de soucis du tout, prends tout le temps dont tu as besoin vraiment !𓆩♡𓆪Date: /
Avec: @Eleanora SywellUn autre jour, une autre montée des escaliers menant à la volière. Freya, devenue coutumière de l'acte, ne sentit pas la brûlure dans ses muscles, ses petites pattes suivant le mouvement. Elle s'habituait à l'odeur, elle aussi, et ne fronça pas le nez en entrant.
Comme d'habitude, la chouette se tenait là , provocatrice. Freya était bien décidée à la courtiser. Elle ne pouvait plus se faire mordre à chaque fois qu'elle passait, et elle se disait qu'elle pourrait créer un lien avec l'animal, aussi horrible que cela puisse paraître.
Alors, avec un petit sourire, elle le salua, puis lui tendit une petite friandise tout en détachant furtivement la lettre de sa patte. La lettre à la main, les doigts exempts de toute nouvelle blessure, elle s'installa à sa place habituelle et commença à lire.
Rhéa,
Ce ne sont pas de mauvais morceaux que je récupère, je te l'assure.
Je lis aussi, beaucoup. J'aime les livres romantiques, même si j'en ai un peu honte. J'ose m'imaginer dans de divers rôles, portant plusieurs capes, devenant d'autres personnes. Ça aussi, c'est libérateur. Parfois, je me demande comment ma vie aurait été si j'avais été née ailleurs, ou si j'avais été moldue, ou brune, ou plus grande. Pourquoi n'aimes-tu pas admettre que tu lis de la poésie ? Je trouve que c'est une branche de lecture fascinante, et très belle.
Aiden, c'est un beau nom. Un téléphone, il me semble ! J'en ai entendu parler un jour, et je l'ai lu dans un livre. Ce sont de petites boîtes dans lesquelles ils peuvent parler. N'est-ce pas fascinant ? Je trouve qu'ils sont bien avancés, eux, sans magie. Et je ne sais pas à quoi ta veste en cuir ressemble, mais je suis sûre qu'elle est magnifique, et que c'est une belle armure.
Ça me semble être beaucoup de travail, de se débrouiller seule. Je ne sais pas si j'en serai capable. N'as-tu pas peur, des fois ? Du monde, des autres, des choses qui pourraient se passer ?
Merci pour tes mots. Je ne suis pas à Gryffondor pour une bonne raison ! Le courage, c'est plus à eux qu'à moi.
Freya𓆩♡𓆪
Une histoire de familles
Rhéa posa la lettre sur ses genoux et prit une profonde inspiration. Elle avait envie de connaître cette fille, vraiment. À force d’échanger, cette curiosité s’était installée, douce mais tenace, comme un feu qui ne s’éteint pas. Elle voulait comprendre comment Freya voyait le monde, pourquoi elle écrivait comme ça, ce qu’il y avait derrière chaque mot choisi.Volière
@Freya Moors
Se confier à cette feuille devenait naturel. Presque facile. Comme elle l’aurait fait à un journal intime — à ce journal qu’elle n’avait jamais vraiment tenu, mais qu’elle imaginait toujours plein de secrets inavoués. Les phrases de Freya semblaient l’inviter, la rassurer. Elle pouvait respirer ici, sans masque, sans piques, sans défi à relever.
Rhéa prit sa plume, hésita une seconde, puis commença à répondre. Les mots vinrent plus vite qu’elle ne l’aurait cru, précis, sincères. Elle se surprit à détailler ce qu’elle n’aurait jamais osé dire à voix haute : ses doutes, ses colères, ses envies. À mesure qu’elle écrivait, la curiosité grandissait encore — savoir si Freya réagirait de telle ou telle manière, ce qu’elle penserait de ses petites révélations, de ses failles qu’elle montrait à demi.
Chaque phrase semblait tisser un pont entre elles. Et même si Rhéa refusait de l’admettre, ce pont la rassurait. Elle releva la tête, la lettre toujours en main, et sourit presque malgré elle. Une fois de plus, elle sut qu’elle attendrait la prochaine, avec impatience. Parce qu’au fond, elle voulait continuer à découvrir Freya — et, peut-être sans le dire, se découvrir elle-même à travers elle.
Freya,
Tu sais, tu devrais arrêter d’avoir honte de ce que t’aimes. Les livres romantiques, c’est pas un crime. C’est juste une autre façon d’espérer. Et puis, c’est plus honnête que de prétendre qu’on s’en fout de tout.
T’imaginer dans d’autres vies, d’autres peaux… j’aime bien cette idée. Tu deviens qui, quand tu lis ? Tu te choisis des héroïnes fortes ou des rêveuses ? Moi, j’ai toujours du mal à me glisser dans la peau de quelqu’un d’autre. J’ai peur d’y rester coincée, peut-être.
Pour la poésie, ce n’est pas que je n’aime pas en parler — c’est juste que ça m’expose trop. Les poèmes, c’est comme des miroirs : parfois tu lis et tu te vois dedans, même quand t’en as pas envie. Alors je fais semblant d’y être indifférente. Mais j’y reviens toujours.
Et oui, les Moldus m’intriguent autant qu’ils m’effraient. Ils font tout sans magie, et pourtant tout fonctionne. Parfois, je me dis qu’ils sont plus magiques que nous. Le téléphone — c’est ça ! — une boîte pour parler à distance. C’est fou, non ? Je me demande ce qu’ils ressentent, à entendre la voix de quelqu’un sans le voir. Peut-être un peu comme moi quand je lis ta lettre.
Tu aimerais Aiden, j’en suis presque sûre. Tout le monde l’adore là -bas, chez les Moldus. Enfin, c’est lui qui me l’a dit.
Tu m’as demandé si j’ai peur. Oui. Tout le temps. Des gens, du futur, de ce que je pourrais devenir. Mais la peur, c’est pas un ennemi. On apprend à la supporter. J’ai l’impression d’être plus vivante avec elle. Et toi ? Tu crains quoi, exactement ? De ne pas être à la hauteur, ou de te découvrir différente de ce que tu croyais ?
Et pour le courage… je te le redis : tu te trompes. Le tien est plus silencieux, mais il existe. Tu continues à écrire, à chercher, à douter — et c’est déjà une manière de te battre.
— R
584 mots
Merci beaucoup
Merci beaucoup
"On n'apprend pas à marcher en suivant les traces des autres."
Couleur RP : #4d5f84