La bibliothèque et elle
UN
Dans quelques jours, Ennis allait reprendre pour la toute dernière fois le Poudlard Express et pour autant, elle venait toujours à la bibliothèque, peut-être pour y retarder le moment où elle y viendrait pour la dernière fois? Ou peut-être pour profiter encore un peu de la profusion de livres qu'elle pouvait apporter. En passant les double porte, un souvenir la frappa et l'imprégna. L'espace d'une seconde qui dura pendant ce qui lui sembla être une année, elle se revit sept ans plus tôt, au même endroit.
La petite fille qu'elle était alors venait de pénétrer pour la première fois dans ce lieu qu'elle ne connaissait pour le moment que via ce que ses deux frères aînés pouvaient lui avoir raconter. C'était son deuxième jour à Poudlard et sur son visage pouvait probablement se lire, si on y prêtait attention, de la tension liée à la fatigue du trajet mais aussi des heures de cours de la journée. En effet, le mardi était intense avec au programme de l'histoire de la magie et des sortilèges. Bien qu'habituée aux cours avec Mister Lynch, ça n'avait rien à voir avec le fait d'être perdue au milieu d'une classe. A ce stade, le problème n'était clairement pas les connaissances, mais bien la difficulté à ne pas être en comité restreint. Mais l'irlandaise faisait fit de cette fatigue et entrait en se retenant de tourner la tête dans tous les sens sous l'effet de l'excitation. Elle devait se tenir correctement, que ses parents n'aient pas autre chose à lui reprocher que sa maison.
Elle avait assez vite trouvé le maître des lieux pour lui demander comment fonctionnait la bibliothèque, comment étaient rangés les livres, comment les retrouver facilement, comment les emprunter... Tout ce qui lui serait utile pour y être autonome le plus vite possible. Elle avait hoché la tête plusieurs fois, habitude qu'elle avait toujours eut et qui ne la quitterait jamais, pour marquer sa compréhension des explications puis l'avait remercié avant de s'aventurer dans l'allée dédiée aux sortilèges pour essayer de mieux appréhender tout ce qu'elle venait d'apprendre.
Voilà à quoi avait ressemblé son tout premier passage à la bibliothèque. Il fut suivi par un nombre incalculable de nouvelles venues, toutes plus studieuses les unes que les autres. Car sur ses épaules pesaient la pression de réussite que lui imposait ses parents. Ce qui fit que très vite, elle put se diriger avec une aisance indéniable dans cet endroit qui regroupait une infinité de puits de connaissance. Et ceux-ci, elle sut aussi très vite comment les retrouver avec facilité, c'était qu'à force de les manipuler, de les chercher, de ne pas tomber sur le bon livre... Elle savait comment fonctionnait les côtes et surtout, elle finissait par en connaître certaines par cœur - celles des ouvrages qu'elle extirpait souvent d'entre leurs congénères -, voir dans certains cas, de pouvoir les déduire, au moins partiellement.
L'année avait continué de filer et bientôt, ce ne fut plus en solitaire qu'elle venait arpenter les rayonnages ou bien s'installer à une table pour écumer les pages et prendre des notes pour faire ses différents devoirs. Non, après plusieurs mois sans réussir à établir de vraie relation avec les autres, elle avait fini par trouver en Clément - celui qui allait devenir au fil des semaines son meilleur ami - qui était presque un double. Éducation similaire si ce n'était identique, même envie de se surpasser encore et toujours dans les cours... Ils se tiraient vers le haut, profitant qu'ils se complètent pour que leurs points forts servent à l'autre.
Finalement, en quelques pas, ce fut tout un tas de souvenirs qui se bousculèrent dans l'esprit de la jeune adulte qui, en regardant dans une direction, se voyait elle, enfant, qui se superposait avec les rares élèves également présents. C'était un sentiment étrange. Doux et douloureux. L'irlandaise prit le temps d'une profonde respiration avant de cligner une fois des yeux, puis deux. Enfin, elle se tourna vers le comptoir en un mouvement qu'Owen ne pourrait pas manquer de remarquer tant il était bien plus mécanique que d'habitude. Non, quand elle venait, elle ne se tournait pas toute entière vers lui, elle pivotait simplement la tête pour le saluer.
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La bibliothèque et elle
DEUX
Alors qu'elle venait de se tourner complètement en direction du comptoir, Ennis repéra son beau-frère, affairé à ses tâches de bibliothécaire. Consciente d'avoir une attitude qui pouvait paraître étrange, elle lui adressa un sourire ainsi qu'un signe de tête avant d'avancer de manière plus franche en direction du bureau d'orientation. Elle n'avait pas rendez-vous et n'aspirait pas à en prendre un, mais il y avait par là-bas des présentoirs comportant quelques brochures qu'une septième année pouvait avoir envie de prendre alors qu'elle devrait bientôt envoyer ses dossiers de candidatures dans les écoles. Surtout quand on savait que depuis quelques mois, elle n'était plus aussi certaine de vouloir entrer à l'IMSM. Ou du moins d'y rentrer maintenant. Car l'idée de tenter d'abord une carrière professionnelle venait de avait fait son chemin et puis s'était imposée.
Devant l'étagère, elle prit quelques coupons et les lu plus ou moins avec attention. Peut-être plutôt très distraitement car son esprit repartait plusieurs années en arrière. Elle avait alors treize ans et se trouvait devant le même type de meuble mais attrapait cette fois-ci les différents parchemins qui présentaient les filières. Bientôt, elle devrait choisir, et à l'époque, il n'y avait pas de salons de l'orientation. Et puis il y avait la pression parentale. Sa mère insistait lourdement, très lourdement pour qu'elle intègre la filière Auror comme son père. Sauf que la châtain n'était pas certaine de vouloir y entrer. Elle avait autre chose en tête. Enfin elle n'était pas sûre. Alors elle venait régulièrement parcourir les présentations de filières et les volumes horaires de ces dernières.
Ce jour là, celui de son souvenir, elle avait fini par prendre un exemplaire de chacun des parchemins et les fourrer dans son sac. L'irlandaise avait la ferme intention de faire une étude approfondie pour savoir quelle serait sa filière à elle. Celle dans laquelle elle se sentirait le mieux. Ensuite, elle devrait convaincre ses parents de la laisser faire son propre choix. Car c'était une chose d'avoir des parchemins magiquement enchantés pour que seul l'élève puisse indiquer le nom de la filière qu'il poursuivra. Mais c'était une toute autre chose que de pouvoir y inscrire ce qu'on voulait vraiment. Certainement que cela serait conditionné. Elle ne se souvenait plus très bien, elle était petite quand Diarmuid avait dû faire son choix. Et celui de Domhall remontait à déjà trois ans et elle ne se souvenait pas des potentielles discussions. Elle en avait probablement été tenue à l'écart, profitant des longs moments où elle se trouvait à étudier, dehors ou même une fois qu'elle fut couchée.
Le souvenir s'étiola sur cette pensée. La châtain était bel et bien revenu dans le temps présent, en fin de septième année. Sa main passa sur le prospectus de l'AADER... Les runes la passionnait tant qu'elle pourrait bien penser à y étudier un an. Oui mais... l'appel des courses et des potions était plus fort encore alors, elle se contenterait de ces deux écoles, à voir laquelle elle mettrait en premier vœux, en ayant en tête que vu son dossier, elle avait peu de chance d'être refusée et donc qu'elle devait choisir avec soin ce qu'elle voudrait prioriser.
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TROIS
Ses doigts continuèrent de glisser sur le parchemin dédiée à l'AADER avant de défaire totalement le contact. Son bras retomba le long de son corps et l'adolescente - la jeune femme pouvait-on certainement dire désormais - reprit sa marche et tomba aussitôt sur le coin détente. Là, elle se retourna pour regarder l'accès à l'espace de travail. Quand elle était en troisième année, c'était là bas que se trouvait le lieu dédié à la lecture que beaucoup qualifiaient de plaisir. Elle aussi l'appelait comme ça. La lecture qui n'avait pour but que de laisser l'esprit divaguer, imaginer, vibrer selon les émotions transmises...
Au début de sa scolarité, elle n'y avait lu quasiment que des livres d'origine sorcière. Et puis petit à petit, elle s'était laissée conseiller par ses camarades et avait ouvert plusieurs romans moldus. Observant les bibliothèques disposées dans l'espace, elle s'orienta sans réelle hésitation sur les bibliothèques dédiées aux auteurs et autrices dénués de connaissances sur le monde magique. Il y avait une saga tout particulièrement qui l'avait marqué et qu'elle avait découvert quatre ans plus tôt. Ses doigts courraient rapidement sur les tranches à la recherche de ces livres qui lui avaient procurés tant de plaisir. Très vite, elle tomba sur la couverture orange et l'extirpa d'entre ses frères. Là le temps se ralentit et son regard caressa la première de couverture avec une douceur qui pourrait paraître étrange. Elle en lu le titre, puis le nom de l'auteur et enfin, elle redécouvrit l'illustration où une lézard géant croisé mante religieuse attaquait deux adolescents. Un sourire tendre se dessina sur ses lèvres.
Quand elle l'avait vu pour la première fois, ça l'avait intriguée. Le titre de la saga, le titre du livre, l'image... tout avait motivé le fait qu'elle retourne à toute allure l'ouvrage pour lire à toute vitesse la quatrième de couverture. Elle avait ensuite assez fébrilement fit un mouvement pour ouvrir le livre et trouver l'entame du premier chapitre et avait commencé à lire d'emblée, juste devant l'étagère. Elle n'avait pas bougé, si ce n'était pour tourner les pages, ses yeux valsant au dessus du papier pour lire, encore et toujours. Elle était accrochée et rien n'aurait pu l'en défaire, pas même la fatigue musculaire dans ses jambes et sa nuque. Rien sauf peut-être la main que Mister Aldermaston, le bibliothécaire, posa sur son épaule. L'irlandaise sursauta, laissant échapper un cri de surprise. Désormais face à cet homme, elle se maîtrisa le plus vite qu'elle le put, quoique son cœur battait encore à tout rompre sous sa poitrine. Il l'invitait simplement à aller s'asseoir à ou emprunter le bouquin pour pouvoir aller le lire en salle commune.
Maintenant qu'elle allait devenir étudiante, elle avait toujours cette tendance à commencer sa lecture debout, devant l'étagère mais là, elle réussit à se contrôler pour ne pas le faire. Elle eut même la force de reposer le livre mais c'était simplement parce qu'elle voulait voir s'il n'existait pas en français, quitte à le relire, autant travailler cette langue. Et sinon, elle irait à Fleury et Bott pour voir si une commande était possible. Certes, Annaëlle avait cédé la boutique, mais le nouveau gérant proposerait certainement les mêmes services. Du moins il fallait l'espérer!
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QUATRE
Elle avait continué à fureter dans les rayonnages dédiés aux romans, se rapprochant de la section langues au fur et à mesure pour voir si elle ne trouvait pas ce qu'elle espérait trouver. Mais non. Ce n'était pas étonnant quand on y réfléchissait un peu. Elle verrait donc plus tard, une fois de retour chez elle. Ce serait plus facile, encore plus avec le droit de transplaner à sa guise. Cet état de fait établi, l'irlandaise quitta le coin détente et se retrouva dans les rayonnages recouverts d'ouvrages traitant de thématiques liées aux enseignements de l'école. Cela représentait la plus grande partie de ce qui pouvait se trouver ici, une mine d'informations impressionnante.
Pendant sa quatrième année, ces immenses étagères avaient été un refuge presque idéal. Elle qui y était déjà fourrée très très souvent, mais là, la fréquence avait considérablement augmentée. Et pour cause, un élève cherchait à interagir avec elle, beaucoup. Trop. Beaucoup trop à son goût. Surtout dans des moments où il n'était pas possible pour les autres de remarquer que cet étudiant avait des mots ou des gestes qui pouvaient aller trop loin. Qui allaient trop loin. Quasi systématiquement. Non. Systématiquement. Alors elle avait finit par faire preuve de différents stratagèmes pour l'éviter le plus possible.
La bibliothèque avait été l'un d'eux. Ennis avait donc délaissée sa salle d'étude favorite, celle où elle se retrouvait toujours avec son meilleur ami, arguant auprès de ce dernier qu'avoir les livres dont ils auraient besoin sous la main serait bien plus simple. Ca avait fonctionné et il avait été convaincu de déménager. Alors, il était vrai que ces deux là n'étaient pas systématiquement ensemble en ces murs. Mais même s'il était absent, la bibliothèque, bien que calme, avait le mérite de toujours abriter du monde. Un monde qui ne pouvait pas louper la présence des élèves assis au tables de travail et donc limitaient les opportunités que ce garçon pouvaient avoir de l'aborder. Car discuter ici ne pouvait pas représenter plus que quelques mots chuchotés. Et s'approcher de quelqu'un pour lui imposer un contact ne pouvait qu'être remarqué, tant par des élèves que par Lancelot O'Lake.
Le pire qu'elle y avait vécu avait été une énorme source d'inconfort. Il était quatre tables plus loin et la fixait régulièrement. Elle avait été mal à l'aise tout du long des deux heures qu'elle avait passé à travailler comme elle les pouvait. Sa productivité en avait pris un coup, tout comme son rythme cardiaque. Elle était ressortie de là en se sentant lourde et moite. Certainement pas son meilleur moment. Mais il n'avait jamais recommencé. Pour la simple et bonne raison que peu de temps après, un certain Owen Locke - qu'elle ne connaissait que comme meilleur ami de son aîné à cette époque, et pas comme celui qui fréquentait le cadet depuis quelques semaines - avait mis un terme à la situation. Elle avait pu, peu à peu, recommencer à respirer, même si cela avait laissé des traces qui ne la quitteraient jamais vraiment.
Dernière modification par Ennis O'Belt le 25 juin 2025, 11:49, modifié 1 fois.
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La bibliothèque et elle
CINQ
Ennis avait fini par refouler ces mauvais souvenirs dans un frisson qui avait pris son origine dans sa poitrine avant de se propager le long de son corps jusqu'à chacune de ses extrémités. Puis elle avait repris sa route des souvenirs dans la bibliothèque, se retrouvant devant le cordon de la réserve. Elle avait beau être majeure, elle ne pouvait toujours pas le franchir sans en faire sonner l'alarme. L'irlandaise pourrait aller demander à Owen de lui ouvrir, mais elle doutait qu'il transgresse la règle qui lui imposait d'être accompagnée à l'intérieur de cette pièce, comme les autres fois où elle avait pu y entrer.
Ce n'était pas arrivé tant que ça, mais à chaque fois il y avait eut Diarmuid ou leur beau-frère avec elle. Pas que l'un ou l'autre ait été particulièrement sur son dos lors de ces incursions, ils avaient simplement veillé à la sécurité; la sienne et celle des livres. Et même, son aîné l'avait aidé à chaque fois dans ses recherches. Ils étaient venus pour deux sujets principaux.
Le premier étaient les magies de l'esprit. Depuis sa discussion avec Sixtine Valerion, la châtain savait que la partie accessible de la bibliothèque ne lui apprendrait rien de concret sur l'occlumencie. Comme les vacances de fin d'année approchaient, l'irlandaise avait patienté, et puis quelques semaines plus tard, le club Prodigium avait ouvert ses portes et la professeur sa bibliothèque et ses connaissances pour une poignée d'élève qu'elle avait trié selon des critères qui lui étaient propres, la réussite scolaire dans sa matière essentiellement. Là elle avait pu enrichir ses connaissances théoriques grâce à plusieurs livres dont certains devaient dater de la formation d'auror de l'adulte, du moins elle supposait. Elle avait pu en retrouver une partie dans la réserve, mais elle avait pu en lire d'autres, sur place, tout en prenant des notes précieuses pour l'aider dans sa progression.
Le second était les runes irlandaises. Le fameux ogham dont on savait si peu et pour lequel ces deux là avaient beaucoup d'intérêt. C'était après tout leur culture, celle de leur terre, celle de leur famille. Mais on ne trouvait aucun écrit sur ces runes celtiques dont on avait perdu la connaissance des usages au fil de temps. C'était que leurs lointains ancêtres écrivaient peu, utilisant leurs mémoires pour se transmettre, générations après générations, leurs connaissances théoriques et pratiques. Celle des symboles de l'alphabet oghamique faisaient partie de celles qui avaient le moins traversé le temps. Mais la jeune fille n'avait pas forcément trouvé grand chose. Tout avait été intéressant, mais pas assez fourni et conséquent pour qu'elle soit rassasiée de connaissances à ce sujet.
Comme mue par la tentation, sa main s'approcha du cordon sans aller jusqu'à le toucher. Oui, elle aimerait bien y retourner. Peut-être était-il encore temps de demander, après tout, elle était encore ici pour quelques jours. Son bras retomba et la jeune femme se retourna, non sans un dernier regard par dessus son épaule. Oui, elle allait aller poser la question. Un sifflement attira son attention, c'était Ophion. Elle se baissa pour lui permettre de monter sur son bras puis de s'installer ou bon lui semblait. Il était assez lourd mine de rien, mais au moins, elle n'avait pas besoin de le tenir. Ce n'était donc pas si dérangeant.
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La bibliothèque et elle
SIX
Le python d'Owen avait bougé un peu. Ennis s'était arrêté pour le laisser prendre sa place du mieux qu'il le pouvait. C'était rare qu'il vienne alors qu'elle déambulait entre les rayonnage. Le reptile préférait de loin ses genoux, alors qu'elle pouvait être là pendant plusieurs heures en train de travailler. Puis, quand elle ne le sentit plus se mouvoir, elle reprit sa marche et tomba sur l'espace où se trouvaient les tables de travail deux ans plus tôt. Elle s'approcha encore un peu et s'arrêta à un endroit qui pouvait sembler être complètement aléatoire. Mais il n'en été rien. Lors de sa rentrée de sixième année, il y avait une table pour trois ou quatre à cet emplacement. Mais généralement, ils n'y étaient qu'à deux. Elle se doutait que la table se trouvait désormais un peu plus loin, dans la salle d'étude intégrée à la bibliothèque.
C'était une table comme les autres, un plateau de bois des plus banal, lisse comme devait l'être un bureau. Ça et là se trouvaient quelques gravures, sur la tranche - les autres, celles du dessus avaient été polies -, ou encore une tâche d'encre que les savoirs des elfes n'avaient pas pu retirer. Cette marque, elle ne savait pas d'où elle venait, mais elle se souvenait très bien qu'elle avait été témoin de l'évolution de sa relation avec Tomas. Car oui, sur cette table, ceux qui avaient d'abord été de simples connaissances jouant tranquillement aux échecs ou bien travaillant l'un à côté de l'autre. A ce moment là, au tout début de sa sixième année, l'irlandaise ne se doutait pas qu'ils seraient plus que de simples connaissances. Au mieux s'imaginait-elle pouvoir un jour compter sur le garçon comme ami.
Non, elle n'avait absolument pas vu les signes qu'il laissait pourtant courir. Ni les regards, ni les attentions, ni la prévenance. Ce n'était pas tant qu'elle ne les voyait pas. Non, c'était plutôt qu'elle les interprétait bien mal. Elle était touchée, c'était évident, mais il lui avait fallu de long mois, jusqu'à la venue d'Olya, pour que dans le plus profond d'elle même, quelque chose ne s'éveille. Quelque chose qu'elle avait refoulé. Parce qu'Olya était là. Et puis, elle ne voulait pas gâcher ce qu'elle percevait comme étant une forte amitié. Un peu comme celle qui la liait à Clément, son meilleur ami. Elle était aussi très attaché à lui, lui aussi était prévenant, à l'écoute, attentionné à son endroit.
Et puis tout avait basculé en janvier. Tomas n'avait plus été un simple ami mais son petit-ami. Il avait osé se déclaré et elle s'était laissée allée. Leur première étreinte dans le parc lui avait procuré tant de sensations, bien plus qu'elle ne pouvait l'imaginer. Leurs moments à la bibliothèque n'avaient plus tout à fait été les mêmes. Les moments de travail ou de révisions s'étaient agrémentés de mains qui se frôlaient ou de baisers volés derrière une étagère. D'une main qui se perd sur l'épaule de l'autre alors qu'elle revenait s'asseoir, de regards doux et tendre. Aimer le Serdaigle n'avait pas été une évidence pour la châtain, mais tout s'était construit extrêmement naturellement et en y repensant, un sourire doux se dessina sur ses lèvres, là, au milieu de la bibliothèque, debout à l'endroit où se tenait leur table fétiche pour s'adonner à leurs travaux scolaires.
Ophion bougea légèrement, pas de quoi la déséquilibrer mais de quoi la ramener à la réalité. L'irlandaise porta une main douce jusqu'à la tête de l'animal de son beau frère. Elle caressa les écailles du python qui vint, presque comme le ferait un chat, lover son crâne dans le creux de sa main. Elle se dit alors que s'il avait eut des paupières, il les aurait certainement fermé de contentement. Il avait été là, témoin de sa relation avec le blond. Il n'aurait pas pu en être autrement de toute façon, il venait tellement souvent sur ses genoux pour y récupérer chaleur et geste tendre... Et puis il était intelligent, il avait certainement compris bien avant elle que son cœur battait pour le septième année.
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La bibliothèque et elle
SEPT
Tout en poursuivant le geste affectueux sur la tête du reptile, Ennis se dirigea vers l'entrée de la bibliothèque et, à l'approche du comptoir, fit un crochet jusqu'à la salle de travail. Il y avait de nombreuses tables, mais la gryffondor en cherchait une en particulier. La fameuse table tâchée qui l'avait vu se rapprocher de Tomas. Et pas que. Car en réalité, cette table avait toujours été sa table fétiche, à une distance idéale des différents rayonnage et de l'entrée. Ça avait changé lorsque le corcagien avait repensé l'espace, mais le hasard avait placé ce bureau près de la porte d'accès à la pièce.
Bien que désœuvrée, l'irlandaise s'installa sur la chaise de la dite table, laissant Ophion s'installer sur ses genoux, et passa - cette fois-ci pour de vrai - ses mains sur le bois du plateau. Lisse, parfaitement lisse. Du moins sur le dessus. Car en dessous... Ses paumes passèrent sur le tranchant avant de se promener en dessous... Oui. Il y avait bien là des aspérités. Si on les suivaient, on reconnaissait des lettres, des symboles. F + P dans un cœur. Elle sourit. C'était mignon, probablement un peu bêta mais... Elle serait presque tentée de faire pareil. Mais pas ici, et pas tout à fait sous cette forme. L'arbre près duquel ils s’étaient embrassé la première fois avait un peu plus de sens. Et puis ce serait aussi beaucoup plus discret. Car à venir dans la bilbiothèque avec un couteau... Être de la famille d'Owen ne la sauverait pas d'a minima un sermon de ce dernier, et probablement d’œuvrer à la remise en état de la cible de sa dégradation.
Ses mains revinrent au serpent qui dormait sur ses genoux. Elle le souleva et se remit sur ses pieds. Loin d'être pressée de quitter les lieux, elle ne se voyait pas non plus stationner là plus longtemps. Elle avait déjà passée de très longue minute à arpenter la bibliothèque sans rien y faire de particulier. Sans que ça soit louche, elle devait paraître bien étrange aux quelques élèves qui se trouvaient par là. Alors, elle sortit de cette pièce, passa devant la porte d'entrée puis le comptoir et se permit - non sans avoir vérifié que personne ne regardait - de passer derrière celui-ci pour déposer Ophion dans les logements du bibliothécaire. Encore fallait-il pour cela qu'elle en ait la clef. Enfin, elle l'avait, mais pas sur elle. C'était qu'elle ne passait pas son temps à y venir, même s'il lui en avait donné l'autorisation. Il lui fallut donc trouver sa baguette puis faire apparaître l'objet en métal avant de l'introduire dans la serrure. Une fois à l'intérieur, l'animal siffla. La châtain voulu le remettre dans son petit terrarium mais il préféra aller se glisser sur le lit, entre les deux oreiller.
L'irlandaise ne l'en empêcha pas, préférant le laisser tranquille et laisser un mot à son maître. Mot qu'elle laissa sur le comptoir, là où il se mettait très souvent. Puis, la septième année revint vers l'entrée et se mit dos aux portes pour embrasser l'endroit des yeux. Elle y reviendrait certainement avant de partir, mais elle voulait s'en imprégner. Il inspira longuement puis expira avant de tourner les talons, un sourire nostalgique mais pas triste sur les lèvres.
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