inktober Pérégrinations PNJ

Inktober - Pérégrinations

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11 - LIVRE
12 - LANTERNE
12 - CONSTELLATION
22 - HIBOU
13 - MOUSSE
23 - TEMPÊTE
14 - GRENOUILLE
24 - PIERRES RUNIQUES
5 - VINTAGE
15 - GLANDS
25 - ÉTOILES
6 - BROUILLARD
16 - BOUGIE
26 - FLORAISON
7 - BOUILLOIRE
17 - CACHÉ
27 - ESCARGOT
8 - FLAQUE
18 - LUNE
28 - PONT
9 - TAROT
19 - BAIES
29 - TOILE D'ARAIGNÉE
10 - CHAT NOIR
20 - CERF
30 - PAPILLON DE NUIT
ooo
31 - ESPRITS
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- Votre PJ est présent ? oui
- Nom et prénom du PNJ (+ lien avec votre PJ + utilisation "actif" ou "prétexte") : Niamh O'Dea, soeur, prétexte
Daithe O'Dea, soeur, active

- Lien vers la fiche du PNJ : lien
- Intérêt d'utiliser ce(s) PNJ dans ce RP précis pour votre PJ : Écrire des scène de vie familiale de mon PJ, étoffer sa vie avant d'être Garde-Chasse

#595d2b
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inktober Pérégrinations PNJ
Renard

Un matin de mai, Pays de Galles


Cillian avait passé une longue matinée perché sur cette colline, à recenser une par une les espèces qui s’y trouvait. Il s’était levé aux aurores, fait son repas, et avait transplanné depuis son petit cottage avec son sac et son matériel. Depuis, de longues heures s’étaient écoulées, à observer la flore, carnet en main. Enfin, alors que le soleil était à son zénith, il s’assis sous un bel orme blanc pour déjeuner, au frais dans l’ombre imposante de l’arbre. Adossé contre le tronc de l’orme, les branches se balançant doucement au-dessus de sa tête dans un bruissement de feuilles, Cillian sorti son sandwich préparé avec amour, entièrement fait maison – par lui, ou des aliments expédiés par ses parents. Il n’y avait rien de plus agréable que de faire une pause avec un repas qu’il avait pris le temps de préparer lui-même, et qui était précisément celui dont il avait envie.

Il savoura son repas, puis sortit la petite boite de métal contenant des bouts de fruits coupés. Alors qu’il venait de mordre dans son premier bout de pomme, il repéra un mouvement à l’extrémité de son champ de vision. Une forme rousse qui se déplaçait furtivement. La bête s’approcha, et Cillian reconnu le renard roux, vulpes vulpes. Avec son ventre blanc et sa queue touffue, l’animal était impossible à confondre avec un autre. Cillian avait déjà vu de nombreux renards près de sa maison d’enfance, dans le petit bois et aux abords de la ferme, mais il les voyait plutôt à la tombée du jour et dans des zones boisées. C’était la première fois qu’il en voyait un en pleine journée et dans un lieu si à découvert.

Il s’arrêta de manger, observant l’animal avec attention. Il était très familier des environnements naturels, des animaux sauvages et de tout ce qui touchait à la faune et la flore, mais ce genre de moment avait toujours un aspect magique, suspendu.

Au bout de quelques secondes, ou quelques minutes, il ne savait pas trop, le renard leva la tête et planta ses yeux dans les siens. Ils étaient bleus, il le voyait d’ici. L’animal resta immobile quelques instants, et Cillian aussi. Puis, très brusquement, il se détourna et se mit à bondir à travers la végétation, hors de vue. Tout ce temps, le renard n’avait fait aucun bruit.

L’ambiance suspendue s’étiola doucement, et Cillian baissa les yeux, reprenant son repas. Il finit son dessert, puis se leva, prêt à reprendre son travail sur l’autre versant de la colline. Avant de partir, il se pencha et laissa quelques myrtilles et fraises qui lui restait sur une racine de l’arbre, quelquefois que le renard décidait de repasser par là.

#595d2b
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Graines


Un jour de mars, maison de Cillian, Écosse


Cillian fouillait la grande malle au pied de son lit, le bazar certain qui y régnait compliquant son affaire. Des couvertures, des livres, des vêtements, des babioles en tout genre. Toutes les choses qu’il n’avait jamais installées dans sa petite maison ni pris le temps de ranger correctement. C’était un désordre presque familier, puisqu’il avait pris l’habitude de chercher dans ce fouillis. Un peu comme lorsque que l’on continue de reconstituer un puzzle tout en sachant qu’il lui manque des pièces.

Cela faisait des mois qu’il n’avait pas vraiment pris soin de l’intérieur de sa petite maison. Son travail, et puis les plantes de son jardin qui réclamaient son attention chaque jour, l’avaient plus absorbé que l’aménagement de son espace.

Soudain, ses doigts touchèrent un tissu doux, qui semblait emballer quelque chose. Il sortit le petit paquet, qui s’avéra être un peu mou et soigneusement enveloppé dans un tissu crème rayé de bleu. Il eut un petit sourire. Ce tissu avait servi à de nombreux vêtements de bébé dans sa famille. Sa mère en avait acheté un immense rouleau et il l’avait vu porté par ses petits frères et sœurs depuis le berceau. C’était bien ce qu’il cherchait. Il se dirigea vers la table de la cuisine, le parquet creusé grinçant sous ses pieds, et posa sur les planches irrégulière le petit paquet, avant d’aller chercher près de la porte d’entrée une boîte en bois clair qui contenait tout son matériel le plus essentiel. Il la posa un peu plus loin sur la table, puis s’installa sur une chaise, en face de son paquet. Il le déballa soigneusement, révélant un petit sachet de jute, très léger et rugueux au touché. Ses doigts eurent un léger tremblement d’anticipation. Il déplaça le tissu rayé et ouvrit le sachet, le vidant doucement à l’intérieur de la paume de sa main mise en coupe.

Trois petites graines tombèrent dans sa main. D’un brun rouge, luisant, elles étaient minuscules contre sa paume calleuse et ses doigts épais. Il referma ses doigts sur les graines, les serrant quelques instants, et sortit de la boîte en bois un petit plat de terre cuite, où il les déposa. Il sortit ensuite trois petit pots à semis en argile, un sachet de terreau spécial germination – il contenait quelques gouttes d’une excellente potion germinante –, un vaporisateur en verre contenant de l’eau, un tout petit flacon en verre brun d’engrais, et une petite pelle en métal. Il observa tout son matériel posé de manière organisée sur la table avec satisfaction, puis se mit à la tâche.

Il commença par remplir les trois pots d’un peu de terre à l’aide de la pelle, et creusa du doigt un petit trou au milieu de chaque pot. Dans chaque trou, il plaça une graine, puis il fit tomber une goutte d’engrais avant de remplir le trou de terre et de tasser un peu. Il vaporisa ensuite un peu d’eau, les gouttes d’eau se posant à la surface de la terre comme des perles transparentes.

Cillian se leva et prit les trois petits pots, les emmenant vers une des fenêtres qui donnaient sur la terrasse en bois autour de sa porte d’entrée. Sur le rebord de la dite fenêtre se trouvait un long plat en céramique peinte, rectangulaire et un peu creux. Il posa les trois pots à équidistance dans le plat, avant de le remplir d’un peu d’eau à l’aide d’un Aquamenti. La lumière qui était encore faible, mais le soleil finira par dissiper la brume qui entourait actuellement la petite maison, et les graines auraient toute la lumière nécessaire pour devenir de beaux plans.

Il retourna à la table, passant près d’une commode où il saisit son journal, une plume et un encrier. Il ouvrit le livre à une nouvelle page, et commença à remplir la page, d’abord avec les informations de sa plante – son nom, le nombre de graines plantées, la date… – puis fit un dessin de la graines. Il n’avait pas d’encre colorée sous la main, il devrait y revenir plus tard. Mais c’était satisfaisant pour l’instant. Puis il dédia un petit paragraphe exceptionnel à l’histoire des trois graines. Ce n’étaient pas n’importe quelles graines.

Quand il était né, sa mère avait planté un arbre sur leur terrain. Elle avait fait la même chose pour chacun de ses frères et sœurs. L’arbre avait poussé, et quand il avait quitté le domicile familial pour de bon, s’installant dans cette maison, Luaine lui avait offert ce paquet. Trois graines provenant des fruits de son arbre à lui, un arbre qu’il avait vu grandir en même temps que lui.

Cela faisait déjà quelques années qu’il habitait ici, mais il s’y sentait enfin véritablement chez lui, et il en était heureux. Il était temps de planter les arbres dans le jardin, mais il faudrait pour cela qu’ils germent bien. Ses yeux dérivèrent sur les trois pots à présent à contre jour dans la lumière du soleil qui avait bien finit par percer le brouillard, et il eut un petit sourire.

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Pomme de pin


Un matin de septembre, près de la maison de Cillian, Écosse


La forêt exhalait un parfum d’humus et de mousse, et le vent dansait doucement entre les feuilles des arbres, dans un bruit semblable à une respiration, d’une cadence lente et profonde. C’était un matin d’automne particulièrement silencieux, le bruit de ses propres pas étouffé par le tapis de feuilles mortes, d’épines de pin et de mousse qui couvrait le sol.

Il marchait sans suivre de sentier précis – il connaissait suffisamment bien la forêt pour ne pas en avoir besoin, pas qu’il y ait eut beaucoup de chemins dans la forêt de toute façon –, un panier en osier se balançant au bout de son bras.

Il était sortit pour récolter quelques plantes – principalement de l’achillée et du gui – pour ses préparation. Mais il était un peu distrait, ses pensées dispersées comme les tâches de lumière qui constellait le sol.

En passant près d’un vieux pin tordu, ses yeux tombèrent sur une pomme de pin au sol. Rien de très surprenant, dans une forêt pareil où la moitié des arbres étaient des conifères, les pommes de pin étaient partout. Mais il avait envie de lui prêter attention.

Il s’arrêta et la ramassa. Elle n’avait rien de remarquable : d’un brun terne, ses écailles étaient usées par le temps et plutôt ouvertes. Elle devait être tombée de son arbre depuis un moment. Sa texture rugueuse lui rappelait des souvenirs d’enfance. Une image s’imposa à lui : le jardin d’Agilhorn où il s’amusait avec ses frères et sœurs, se lançant des pommes de pin les uns sur les autres, riant aux éclats.

« Cillian, c’est pas du jeu, t’es trop grand ! » avait protesté Niamh un jour, les joues rougies par l’effort.
Il avait simplement ri, amusé de leur frustration. Il était le plus âgé, après tout, et si Niamh n’avait qu’un an de moins que lui, elle était beaucoup plus petite.

Un sourire nostalgique étira ses lèvres. Cela lui manquait un peu, quand Niamh et lui volaient les biscuits que leur mère avait tout juste préparés et qu’elle avait caché sous un saladier pour éviter précisément cela, ou quand il s’occupait de Aoife encore bébé.

Il la glissa au fond de son panier et continua sa récolte.

De retour à sa cabane, il posa son panier rempli de plantes sur la table et s’assit lourdement sur une chaise de bois, puis ressortit la pomme de pin du fond du panier. Ses pensées le ramenèrent à ce moment dans la forêt. Le feu qu’il venait s’allumer crépitait doucement dans l’âtre de la cheminée, et Cillian pensa à écrire une lettre à sa famille. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas envoyé une véritable lettre à sa mère. Peut-être aurait-elle envie de lire ses histoires de promenade en forêt.

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Serpent


Un matin d'avril, ferme O'Dea, Irlande


Le ciel était couvert ce matin-là, et une fine pluie tombait sur la ferme familiale des O’Dea. Rien de bien inhabituel en Irlande, et Cillian ne s’en plaignait jamais vraiment. Il aimait ce genre de temps. La fraîcheur de l’air, l’odeur de la terre humide… Et de toute façon, il n’avait pas vraiment le choix : une ferme n’attendait pas que le soleil revienne pour qu’on s’en occupe.

Il avait une liste de tâches à accomplir, donnée par son père, et parmi elles, vérifier l’état des clôtures près de l’enclos des veaudelunes. Le vieux bois s’était abîmé avec le temps – la clôture était déjà présente quand Cillian était né – et même si les créatures avaient le droit de sortir de leur enclos, bien qu’elles le fassent peu, il n’avait pas envie que d’autres animaux profitent d’une clôture abîmée pour s’en prendre à leur habitat.

Après avoir pris quelques outils dans le cabanon, Cillian s’aventura dans le champ. Il n’avait pas fait dix pas qu’il aperçut quelque chose bouger dans l’herbe haute, près du potager à herbe. Il s’arrêta net.

« Ne me dis pas que c’est encore un lapin », murmura-t-il pour lui-même.

L’année précédente, un terrier entier avait élu domicile à côté du potager, et les lapins avaient bien profité des légumes. Et si ça faisait partie du jeu, la famille appréciait d’avoir ses légumes durement cultivés. Mais cette fois, ce n’était pas un lapin.

Un serpent, d’un brun terne et plutôt petit, s’étirait paresseusement sur une pierre plate, profitant d’un rayon de soleil.

Cillian s’accroupit à quelques mètres de l’animal.

Il n’avait rien contre les serpents, mais il savait que certains de ses frères et sœurs ne partageaient pas son avis. Oisin, en particulier, avait une peur panique des reptiles, même les plus inoffensifs.
Cillian observa le serpent avec curiosité. C’était un simple couleuvreau, probablement attiré par les rongeurs qui rôdaient près des cultures. Il le regarda glisser lentement hors de la pierre, puis disparaître dans l’herbe.

Pas un danger, conclut-il en se redressant.
Mais à peine avait-il repris son chemin qu’il sentit une présence derrière lui. Il se retourna avec curiosité.

Sa petite sœur, Daithe, se tenait là, les bras croisés et une expression méfiante sur le visage.

« T’as vu quelque chose ? » demanda-t-elle du ton déterminé qui la caractérisait.

« Rien de bien intéressant », répondit Cillian avec un sourire amusé.

« C’était quoi ? »

Visiblement, elle n’était pas dupe.

Cillian hésita. S’il lui disait qu’il avait vu un serpent, elle irait immédiatement prévenir leur mère, et Oisin passerait les prochains jours à éviter ce coin du champ, malgré la faible probabilité que le reptile repasse par la.

« Juste un lièvre », mentit-il finalement.

Daithe plissa les yeux, pas totalement convaincue, mais elle finit par hausser les épaules et s’éloigner. Cillian la regarda partir, un petit sourire amusé aux lèvres. Si elle en parlait aux autres, son père s’inquiéterait du retour des lapins, alors il devrait lui expliquer. Mais ce n’était pas un problème.

Il reprit son chemin vers la clôture, sortit ses outils, et commença à travailler. Le bois était plus abîmé qu’il ne l’avait pensé, mais ce genre de tâche répétitive ne le dérangeait pas. Au contraire, cela lui laissait le temps de réfléchir.

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Vintage


Une fin d'après-midi d'août, campagne Écossaise


Il faisait trop chaud pour un manteau, à vrai dire, mais Cillian le portait malgré tout.
Le soleil tapait sur les pierres de la route pavée, les oiseaux pépiaient sans grande conviction dans les branches minces d’un saule, et l’air sentait la terre humide d’une averse et la fin de l’été. Un manteau n’était pas vraiment de saison, mais ce manteau-là n’obéissait pas aux saisons.
C’était un bien pauvre manteau, vu de l’extérieur. Élimé aux poignets, râpé aux coudes, les boutons mal assortis – un compromis entre fonctionnalité et sentiment – et une légère mais persistante odeur d’herbes séchées émanant des coutures, mêlée à celle légèrement désagréable du vieux bois. La doublure avait autrefois été ornée de carreaux beiges, bruns et brique, mais n’était maintenant plus qu’un écho de couleur, doux et délavé. Malgré tout, il lui allait à la perfection, tombant juste comme il faut sur ses épaules étroites, et le col relevé vers le haut d’une manière qui le faisait se sentir… pas noble, exactement, mais comme d’un autre temps. Comme une photographie aux teintes sépia.
Il l’avait trouvé dans le grenier de la ferme de son enfance, des années de cela. Dans un vieux coffre en bois, enfoncé aux angles, enfoui sous de vieilles pièces de balais et des boîtes de chaussures d’enfants. Niamh l’avait déclaré hanté. Pour la plus grande joie de Cillian. Il avait porté ce manteau dans son enfance, quand il lui tombait aux genoux et lui avalait les mains, et avait grandi à l’intérieur, comme si son corps s’était ajusté tout spécifiquement pour le manteau. Aujourd’hui, il était parfait. Comme s’il avait toujours été pour lui.
Le manteau avait appartenu à son grand-oncle, un homme avec un long nom onirique que personne ne se rappelait parfaitement mais qui, selon sa mère, avait été “l’excentrique de la famille” – ce qui, dans la famille O’Dea, était quelque chose. Il avait apparemment élevé des chartiers un temps, leur chantant des ballades irlandaises au clair de lune. Et essayé de croiser une vigne avec une harpe pour créer un hybride qui pouvait chanter des berceuses. Rien n’avait poussé, si ce n’est une courge bleue qu’on n’avait jamais su expliquer. Malgré tout, il avait bon gout en matière de manteaux.
Aujourd’hui, Cillian le portait pour aller au village sorcier le plus proche. Il avait des courses à faire – des légumes pour son dîner, de la corde pour la barrière du potager, un colis à récupérer chez l’apothicaire. Mais surtout, il voulait visiter le petit antiquaire coincé derrière le pub, celui avec une cloche qui tintait comme un rire de fée et des fenêtres si poussiéreuses qu’elles changeait la lumière du soleil en boue dorée.
Il ne cherchait rien. C’était la meilleure manière de trouver quelque chose.
À l’intérieur, la boutique sentait le papier, les clous de girofle, la cire fondue et la magie qui arrive par accident. L’air était comme saturé. Les étagères regorgeaient de vieilles choses oubliées, ployaient sous leur poids : des montres arrêtées, des peintures délavées dont des portraits qui clignaient parfois des yeux, des miroirs de poches fissurés, une boîte de pièces d’échecs dépareillées, toutes des pions ou des tours. Il faisait courir ses doigts sur les dos de livres aux titres effacés depuis longtemps, le cuir de leur couverture tout craquelé, et ouvrit un tiroir remplit de clefs qui tintaient, comme un langage que seuls les meubles comprenaient. Des dizaines de clefs, les dents biscornues, parfois rouillées, parfois brillantes.
Il passa devant une horloge dont les aiguilles reculaient.
Il trouva, finalement, une petite boite en métal cabossée, entre deux bougeoirs fendus. À l’intérieur, six boutons, tous différents – bois gravé de fines volutes, émail d’un bleu profond, corne nue, argent mat avec un lion, verre vert poli, et un en forme de fleur, en métal et orné d’une perle. Cillian l’acheta au vieux vendeur pour deux mornilles et glissa la boîte dans la poche intérieure de son manteau, à côté du trèfle pressé qu’il gardait depuis mai.
Sur le chemin de retour chez lui, le soleil baissait lentement, effleurant les collines de sa lumière dorée. Les pans de son manteau ouvert claquaient derrière lui dans le vent, il se sentait léger. Pas tout à fait heureux, mais libre. Rempli de cette silencieuse, étrange magie qui s’attache aux vieilles choses – comme si elles se souvenaient de ce que c’était qu’être appréciées.

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Brouillard


Avant le lever du soleil, en décembre, maison de Cillian, Écosse


Elle arrivait toujours ainsi – lentement, doucement, comme si elle s’y était préparé toute la nuit. Une brume qui s’élevait de l’étang juste avant l’aube, s’enroulant sur l’herbe en vagues translucides, enveloppant sa maison. Elle s’immisçait dans la forêt, la couvrant d’un silence si profond qu’il donnait l’impression que le monde avait cessé de respirer.
Cillian adorait ça.
Certaines nuits, il ne dormait presque pas, non pas parce que quelque chose n’allait pas, mais parce que ses pensées étaient trop douces pour être ignorées. Elles remuaient doucement, comme des feuilles de thé dans une tasse, et quand il tentait de dormir dessus, elles ne faisaient que rendre ses rêves troubles. Alors il se levait.
Ce matin-là, Cillian se tenait, pieds-nus, sur la marche de pierre à l’entrée de sa petite maison, une tasse de thé fumant entre ses mains – du thé noir, infusé bien fort avec un brin de lavande du jardin. Il regardait la trainée blanche s’enrouler, s’installer comme une créature vivante. La brume se faufilait entre les branches et les ronces, adoucissant les contours des arbres, couvrant la clairière devant chez lui dans un calme comme sorti d’un rêve.
Il y avait quelque chose de sacré dans les matins comme celui-ci, quand le voile entre les choses se faisait plus fin, quand le silence en disait plus que les sons ne le pourraient. C’était un faux silence. Il entendait le bruit d’animaux qui passait entre les buissons, les battements d’ailes d’un oiseau. Mais aucun chant, aucun glapissement.
Il avait toujours aimé la brume, même enfant, alors qu’il était dans sa chambres à Agilhorn, sortant sa tête par une fenêtre humide pour voir la ferme disparaitre, avalés tout entier par le nuage. Cela rendait le monde plus petit, secret. Comme si n’importe quoi – ou n’importe qui – pouvait être caché quelques pas devant lui, attendant d’être découvert.
Cillian s’assit sur la marche, l’humidité frissonnante de la pierre perçant à travers le tissu de son pantalon, et pris une lente gorgée de thé. La chaleur du liquide et de la tasse entre sa main venait se fondre avec la froideur de la marche sous lui en une tiédeur qui irradiait dans son corps. La mousse au pied de l’arbre le plus proche scintillait, argentée et douce. Quelque part là-bas, juste après le virage du sentier, le bas mur de pierre de son jardin avait complètement disparu, masqué par le brouillard. Il n’avait pas besoin de le voir pour savoir qu’il était encore là.
C’est le propre de la brume. Elle ne prend jamais rien – elle obscurcit seulement, demande d’avoir confiance en sa mémoire. De se souvenir de la forme des choses qu’on ne peut plus voir.
Cillian sourit lentement, son souffle se mêlant au brouillard. Aujourd’hui, il travaillerait lentement – vérifierait les racines endormies, taillerait les dernières vignes abîmées par le gel. Mais pas encore. Pour l’instant, il restait immobile dans l’aube grise, écoutant le calme, laissant la brume l’envelopper.
Fougère sortit sans un bruit par la porte entrouverte et vient se frotter à ses jambes. Il posa sa main sur sa tête soyeuse. Il lui parla doucement, en Irlandais. Pas toujours des vrais mots, mais le rythme de berceuses. La langue que sa mère utilisait quand elle chantonnait pour les chèvres, comme si la gentillesse pouvait voyager dans les notes.
Elle lui manquait, soudainement. Pas d’une manière aigue. Plus comme l’été nous manque quand les feuilles commencent à se recroqueviller – quelque chose de tiède, déjà à demi-disparu.
Cillian buvait son thé et observait la brume se dissiper. Elle révélait les choses par fragments. Le contour d’une souche d’arbre. Le scintillement de la rosée sur les toiles d’araignée. La trace de sabot d’un faon comme un souvenir imprimé dans la terre. Elle rendait le familier étranger à nouveau. Comme marcher dans un endroit que l’on connait depuis toujours, pour découvrir qu’il regorge de portes secrètes quand la lumière change.
Il resta jusqu’à la première lueur du lever de soleil qui tinta la brume d’un rose pâle. Seulement à ce moment-là il se leva pour rentrer, ses cheveux légèrement humides, son pantalon glacé, les yeux un peu vitreux.

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Bouilloire


- Introspection


La bouilloire ne chantait pas vraiment. Pas comme une bien façonnée le ferait, pas d’un sifflement vif comme un chant d’oiseau ou une note claire annonçant le thé. Non, elle faisait une sorte de gazouillis – un souffle irrégulier, hésitant, qui variait en hauteur selon la quantité d’eau, l’humeur du feu, le jour. Parfois, quand la lumière l’éclairait bien, Cillian s’imaginait qu’elle fredonnait.
Cillian l’avait trouvée dans un petit cottage en ruines, au bord du Glen of the Downs. Il était supposé étudier la mousse filée d’argent qui poussait dans une petite région boisée – dentelle d’argent, les locaux l’appelaient. Il avait prévu de camper dehors, planter sa tente de toile à côté d’une haie et dormir avec l’odeur de la terre et de l’herbe humide pour seule compagnie.
Mais la pluie arriva plus tôt que prévu.
Et le cottage, les murs éventrés, à moitié dépourvu de toit et étranglé de lierre, était juste là, comme s’il l’attendait.
Ce n’était pas grand-chose. Un foyer encore en bon état. Quelques pierres éparses formant les vestiges d’un mur, striées par le lichen et le temps. Une vieille chaise en bois, à demi écroulée. Et une vieille bouilloire en fer-blanc ternie et un peu cabossée, suspendue à un crochet rouillé au-dessus de la cheminée.
Cillian hésita à la toucher. Elle avait l’air de pouvoir tomber en poussière dans ses mains.
Mais il avait toujours aimé les vieilles choses, les choses cassées. Celles qui continuaient à être utiles alors qu’elles n’étaient plus sensées l’être.
Il s’installa sous la partie de toit encore en place, et récupéra du bois sec sur les arbustes qui poussaient dans le cottage. Il les jetta dans l’âtre et y conjura un feu. Puis il nettoya tant bien que mal la bouilloire et la remplit d’eau de la pointe de sa baguette. Il la suspendit à son crochet et attendit que l’eau chauffe, sa cape enroulée autour de ses genoux pour se tenir chaud, assis sur sa tente encore pliée. La pluie tambourinnait sur le toit.
La bouilloire émit son gazouillis en chauffant, et Cillian, l’entendant pour la première fois, sourit.
Cela lui rappelait la maison – pas la ferme O'Dea en elle-même, les murs, les volets, mais la sensation : lente, douce, calme, tiède. Ce qu’elle contenait. Les matins humides ou sa mère chantonnait en cassant les oeufs pour le petit déjeuner. Les dimanches calmes où son père sifflotait en passant la serpillère. Le bruit de la vaisselle, la vapeur sur les vitres, la tièdeur d’un moment qui n’a rien à prouver. Cela lui manquait. Il l’oubliait la plupart du temps, mais quand la bouilloire émit sa note grave et déséquilibrée, quand la première volute de vapeur dança dans l'air comme un fantôme, la sensation lui revint, à la fois d’une chaleur agréable et un tiraillement douloureux.
Ce soir-là, il n’avait que du thym sur lui – alors il en fit une infusion. Juste des branches de thym et de l’eau, infusé très fort, et un fragment de morceau de sucre trouvé au fond d’une poche. Rien de plus. C’était un peu amer, un peu sucré, et cela lui réchauffait la poitrine. Il la bu avec le dîner qu’il avait emmené. Du pain, du fromage, une pomme. C’était simple, mais suffisant.
Après cela, la bouilloire resta avec lui.
Elle ne voyageait pas très bien. Elle était fatiguée et grincheuse. Mais il ne la laissait jamais derrière lui. Elle vint avec lui à travers le Peak Disctrict, les landes de Northumberland, et même jusqu’aux confinds de l’île de Skye, où il avait passé trois jours à vivre dans un abri de bois flotté à observer des fleurs nocturnes buttinées par une colonie de lépidoptères. Chaque soir, il faisait chauffer de l’eau, écoutait la bouilloire marmonner, et laissait la vapeur remplir les espaces vides laissés par le silence.
Un jour de mars, la bouilloire siffla vraiment. Une vraie note, claire et surprenante. Il en avait presque laché sa tasse de stupéfaction. Dehors, la mare était encore à demi-gelée, et il avait juste fini une lettre pour sa mère à propos d’un rêve qu’il avait eut où les plantes de sa serre lui parlaient en rimes. Une part de lui avait envie de se dire que la bouilloire lui répondait. Ou qu’elle exprimait son accord.
Il ne lui donna jamais de nom. C’était… trop.
Mais il l’ajoutait toujours à ses bagages en dernier. Avec soin. Respect.
Comme si elle pouvait s’en rendre compte.
Peut-être était-ce le cas.
Il ne pensait pas que les objets avaient une âme. Mais des souvenirs, peut-être. Des souvenirs des mains qui les ont tenus, des feux, des pluies, des silences.

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Flaque


Le soir, en août 2048, ferme O'Dea, près d'Agilhorn, Irlande


Il y avait près de la grange une flaque qui ne séchait jamais.
Elle n’était pas spécialement grande – plutôt un affaissement dans le sol où la pluie aimait s’attarder – mais même en été, quand le soleil brûlait l’herbe et les animaux se réfugiaient à l’ombre comme des fantômes d’eux-mêmes, la flaque d’eau restait. Elle avait un emplacement avantageux, creusée dans la pierre qui n’absorbait pas l’eau, assez profonde et à l’ombre toute la journée. Elle était toujours un peu trouble. Toujours bordée de mousse. Souvent avec une plume d’une poule errante flottant au milieu.
Cillian l’aimait bien.
Il disait aux enfants qu’elle était enchantée.
Il leur disait, dans un murmure, qu’un minuscule poisson vert y vivait, pas plus gros qu’une fée. Pas une grenouille. Pas un têtard. Un poisson avec des nageoires délicates comme des frondes de fougère et une queue scintillante qui brillait de différentes nuances de vert selon les nuages. Qu’il vivait là depuis avant la grange, peut-être même avant que la première pierre de la maison ait été posée. Il était timide, mais si on était immobile – très immobile – et silencieux, il pourrait pointer son nez hors de l’eau.
Les enfants écoutaient toujours.
Même les plus bruyants.
Cillian s’agenouillait au bord de la flaque avec eux, et ils observaient l’eau comme si elle contenait un trésor. Parfois, lui aussi pensait le voir. L’éclat de quelque chose de vert sous la surface. Une ondulation sans cause apparente. Mais il ne le disait jamais à voix haute. C’était mieux ainsi. Comme un secret qu’il gardait pour la flaque seulement.
Ce jour-là, après que les derniers enfants furent partis, laissant des empreintes de pas et des rires derrières eux, il se rendit à la mare, seul. L’air était surprenant frais. De la brume s’accrochait aux plantations en lambeaux paresseux. Le ciel était d’un gris lourd qui indiquait que la pluie reviendrait plus tôt que tard.
Il s’agenouilla, les doigts cachés dans ses manches, et observa.
La flaque reflétait son visage, pâle et flou. Ses boucles rousses un peu humides et décoiffées. Son nez constellé de taches de rousseur. La subtile ombre de fatigue sous ses yeux. Il était plus vieux qu’il ne s’en souvenait. Plus vieux que le garçon qui imaginait des mondes entiers dans les fenêtres de la cuisine, qui suivait les papillons de nuit dans les haies le soir, et qui inventait un poisson magique dans une flaque.
Quelque chose bougea dans la flaque.
Juste un embryon de mouvement, comme un soupire. Une petite lueur verte. Disparue avant qu’il ne puisse être sûr qu’elle était bien là.
Peut-être était-ce réel. Peut-être pas.
Mais la flaque, fidèle et silencieuse, restait.

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inktober Pérégrinations PNJ
Tarot


Avril, Yorkshire, Angleterre


Cillian n’avait pas pris ce jeu de tarot dans ses affaires. Ce n’était pas le sien.
Il l’avait trouvé caché dans les plis d’une vieille sacoche abandonnée, trempée et oubliée dans le creux d’un if, quelque part dans les vallées du Yorkshire. Il avait un don pour trouver des choses. Mais quand on a pour métier d’observer et de se promener, ce n’est pas très surprenant.
Le cuir était craquelé, le sac sentait la vieille camomille et les feuilles mouillées. Il n’y avait rien d’autre à l’intérieur – juste le jeu dans un bout de soie, au milieu d’un vallon froid et humide de pluie printanière.
Cillian n’avait pas eu l’intention de le garder. Il pensait le laisser dans le village le plus proche, chez l’aubergiste ou cette moldue, presque une sorcière, qui vendait du baume d’églantier sur la place. Mais il y avait quelque chose dans ce jeu… la douceur de la soie, le motif inconnu au dos des cartes – des vignes cuivrées qui s’entrecroisaient sur de l’indigo – et la faible odeur de feu de bois qui s’y accrochait… qui le fit hésiter.
Il demanda autour de lui. Personne ne connaissait le nom sur la sacoche. Personne n’avait vu une sorcière ou un vagabond passer par là depuis des semaines. Seulement lui.
Alors il le garda.
Juste jusqu’à pouvoir le rendre.
Cette nuit-là, installé sous un frêne avec les étoiles à demi voilées par les nuages, il sortit les cartes de leur tissu et les étala sur l’herbe.
Il ne le mélangea pas correctement. Il ne connaissait pas les rituels, la structure. Mais il se souvenait d’une fille à Poudlard, un peu plus âgée, qui lisait les cartes dans la salle commune de Poufsouffle d’un air dramatique. Elle portait des bagues en argent et lui avait un jour dit, en souriant, qu’il avait « de bonnes mains et trop de questions ».
Il tira une seule carte.
L’Ermite.
Il rit.
C’était trop facile, vraiment. La figure solitaire sur la carte tenait une lanterne dans une main et un bâton de l’autre, vêtue d’un manteau gris et enseveli sous la neige. Son visage était doux. Pensif. Comme s’il avait choisi la solitude, et pas par peur.
Cillian observa l’image pendant longtemps. La pluie tapotait doucement sur le tissu ciré de sa tente. Quelque part dans une haie, un passereau piailla une fois avant de se taire.
Il n’appréhendait pas la solitude. Ne l’avait jamais fait. Mais il ne s’attendait pas à ce que le silence résonne autant.
La carte resta sortie toute la nuit, posée à côté de son sac. Au petit matin, elle était humide sur les bords, mais la figure le regardait toujours avec son calme patient.
Cillian ne tira pas de nouvelle carte pendant des mois.
Mais il garda l’Ermite dans sa poche, bien à plat derrière son carnet.
Et certains jours, quand le vent tirait sur la cape et que le monde lui semblait vaste et magnifiquement solitaire, il posait sa main sur ce petit morceau de papier peint, caressant les dorures du pouce, et sentait – juste un instant – que quelqu’un comprenait.
Même si c’était juste une carte.

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