Le nugget de l'amitié
Ludwig balance ses grandes jambes sous la table. Ce n'est pas facile parce qu'il touche le sol avec ses pieds. Il est obligé de croiser les jambes, de soulever les cuisses et de se balancer comme ça, en s'efforçant de ne pas toucher le sol. Mais ce n'est pas grave, ce geste le détend. Il bouge constamment les jambes, même en classe, même en cours de Potions alors que sous les paillasses ce n'est pas évident. Il balance, il balance, il mange un nugget ; il balance, il balance, il en avale un second.
La petite voix qui l'arrache à ses Grandes Solutions pour ne pas passer l'après-midi seul le surprend tellement qu'il sursaute bêtement. Ses doigts gras toujours plongés dans l'assiette de nuggets, il se contorsionne pour regarder derrière lui. Mais c'est difficile, parce qu'elle est vraiment derrière lui. Mais il y parvient et enfin il l'aperçoit. Un minuscule bout de Serdaigle. Avec son énorme sac, ses vêtements amples et ses cheveux emmêlés, elle ressemble à un drôle d'oisillon tombé du nid. Ludwig adore instantanément ce qu'il voit.
Un sourire immense lui barre le visage. Il se redresse, tout content, le cœur agité. Elle est venu le voir lui ! Lui et personne d'autre ! Et elle veut partager son gâteau avec lui ! Oh, Merlin de Merlin, c'est inespéré ! Peut-être qu'elle ne veut que terminer ce gâteau et qu'après ça elle s'en ira, mais ça lui laisse au moins quelques minutes pour la convaincre de rester avec lui. Euphorique, Ludwig ne peut s'empêcher de s'agiter et d'exprimer de façon trop évidente sa joie.
« S-Salut ! Mais oui, tellement ! Je veux dire grave, je suis trop partant ! Il a l'air super bon ce gâteau et puis c'est vrai qu'il énorme, ce sera plus facile de le manger à deux. Bon, moi j'en suis encore aux nuggets, indique-t-il en désignant son assiette d'un doigt gras, mais j'avais presque fini alors c'est pas grave. Et puis les gâteaux, c'est quand même meilleur que les fruits. »
Il prononce cette phrase en pensant à Lucia et à son panier de fruits. Elle avait l'air d'apprécier son dessert, mais manger un fruit c'est une façon triste de terminer un repas. C'est fade, trop frais et puis ça a un goût d'ennui. Un goût de : « Ludwig, termine ton orange ou je te tire les oreilles ! ». Sauf que m'man Ca ne lui a tiré l'oreille qu'une seule fois, le jour où il a volé une sucette à la boulangerie parce qu'un garçon de sa classe lui avait demandé s'il allait oser le faire. Pendant des mois, Ludwig s'est demandé si c'était à cause de ça que ses oreilles étaient décollées. Durant quelques temps, il a été sage, au cas où ; il n'avait pas envie que les autres enfants aient encore plus de raisons de l'appeler Dumbo.
Machinalement, il passe l'une de ses grandes jambes par-dessus le banc pour regarder plus facilement la petite fille. C'est certainement une première année, mais s'il l'avait aperçue dans les rues du Chemin de Traverse il n'aurait pas parié qu'elle était déjà scolarisée à Poudlard. Il lui offre un nouveau sourire immense qui dévoile toutes ses dents.
« Assieds-toi ! lui propose-t-il en désignant le banc à côté de lui. On fait moit-moit pour le gâteau ou alors tu en veux un morceau plus grand ? Comme c'est le tien, ce serait normal. C'est super joli comme prénom, Saïph ! »
Se contorsionnant dans l'autre sens, il avale un nugget tout entier, pressé de terminer son assiette de peur que Saïph ne veuille partager son gâteau avec quelqu'un d'autre. Il est content d'avoir parlé de son prénom : les compliments, les gens aiment ça. Et puis c'était sincère. Saïph, il n'avait jamais entendu ça. Les choses rares sont naturellement plus jolies à ses yeux. Bon, c'est vrai que si Wallace lui avait demandé si son prénom était joli, il aurait sûrement répondu la même chose : c'est super joli comme prénom, Wallace ! Mais ça, Saïph n'est pas censée le savoir.
La petite voix qui l'arrache à ses Grandes Solutions pour ne pas passer l'après-midi seul le surprend tellement qu'il sursaute bêtement. Ses doigts gras toujours plongés dans l'assiette de nuggets, il se contorsionne pour regarder derrière lui. Mais c'est difficile, parce qu'elle est vraiment derrière lui. Mais il y parvient et enfin il l'aperçoit. Un minuscule bout de Serdaigle. Avec son énorme sac, ses vêtements amples et ses cheveux emmêlés, elle ressemble à un drôle d'oisillon tombé du nid. Ludwig adore instantanément ce qu'il voit.
Un sourire immense lui barre le visage. Il se redresse, tout content, le cœur agité. Elle est venu le voir lui ! Lui et personne d'autre ! Et elle veut partager son gâteau avec lui ! Oh, Merlin de Merlin, c'est inespéré ! Peut-être qu'elle ne veut que terminer ce gâteau et qu'après ça elle s'en ira, mais ça lui laisse au moins quelques minutes pour la convaincre de rester avec lui. Euphorique, Ludwig ne peut s'empêcher de s'agiter et d'exprimer de façon trop évidente sa joie.
« S-Salut ! Mais oui, tellement ! Je veux dire grave, je suis trop partant ! Il a l'air super bon ce gâteau et puis c'est vrai qu'il énorme, ce sera plus facile de le manger à deux. Bon, moi j'en suis encore aux nuggets, indique-t-il en désignant son assiette d'un doigt gras, mais j'avais presque fini alors c'est pas grave. Et puis les gâteaux, c'est quand même meilleur que les fruits. »
Il prononce cette phrase en pensant à Lucia et à son panier de fruits. Elle avait l'air d'apprécier son dessert, mais manger un fruit c'est une façon triste de terminer un repas. C'est fade, trop frais et puis ça a un goût d'ennui. Un goût de : « Ludwig, termine ton orange ou je te tire les oreilles ! ». Sauf que m'man Ca ne lui a tiré l'oreille qu'une seule fois, le jour où il a volé une sucette à la boulangerie parce qu'un garçon de sa classe lui avait demandé s'il allait oser le faire. Pendant des mois, Ludwig s'est demandé si c'était à cause de ça que ses oreilles étaient décollées. Durant quelques temps, il a été sage, au cas où ; il n'avait pas envie que les autres enfants aient encore plus de raisons de l'appeler Dumbo.
Machinalement, il passe l'une de ses grandes jambes par-dessus le banc pour regarder plus facilement la petite fille. C'est certainement une première année, mais s'il l'avait aperçue dans les rues du Chemin de Traverse il n'aurait pas parié qu'elle était déjà scolarisée à Poudlard. Il lui offre un nouveau sourire immense qui dévoile toutes ses dents.
« Assieds-toi ! lui propose-t-il en désignant le banc à côté de lui. On fait moit-moit pour le gâteau ou alors tu en veux un morceau plus grand ? Comme c'est le tien, ce serait normal. C'est super joli comme prénom, Saïph ! »
Se contorsionnant dans l'autre sens, il avale un nugget tout entier, pressé de terminer son assiette de peur que Saïph ne veuille partager son gâteau avec quelqu'un d'autre. Il est content d'avoir parlé de son prénom : les compliments, les gens aiment ça. Et puis c'était sincère. Saïph, il n'avait jamais entendu ça. Les choses rares sont naturellement plus jolies à ses yeux. Bon, c'est vrai que si Wallace lui avait demandé si son prénom était joli, il aurait sûrement répondu la même chose : c'est super joli comme prénom, Wallace ! Mais ça, Saïph n'est pas censée le savoir.
Le nugget de l'amitié
Le sursaut du garçon provoqua le sien. Saîph faillit même en échapper son précieux sésame, autour duquel elle renforça sa prise, comme un Lumos face aux ténèbres.
Non pas qu’elle n’aimait pas la nuit. Elle permettait de mieux regarder les étoiles. Mais pour chercher quelque chose dans le capharnaüm de sa chambre, c’était toujours vraiment plus pratique. Elle risquait moins de marcher sur quelque chose, de tomber, et de réveiller tout le dortoir. Bon. Aucun danger de réveiller grand monde, présentement. Bien que ce Serpentard avait l’air sorti un peu trop rapidement de la chaleur de ses couvertures.
Le brun se mit à se contorsionner pour la regarder. Ce faisant, la blondinette eut tout le temps de s’apercevoir qu’il était vraiment grand, à côté d’elle. Même assis il paraissait grand. Elle se savait petite, pour son âge. Et se fit la réflexion que, sans doute, ils partageaient (encore) une bizarrerie. En sens inverse, pour lui. Elle se demanda si être grand, c’était pratique. Parce qu’il pouvait se cogner partout, alors qu’elle s’y glissait, passant totalement inaperçue, si bien que l’autre jour, quelqu’un avait ouvert une porte, directement sur son nez, parce qu’il n’avait pas regardé si bas.
Finalement le garçon lui fit face et Saïph n’eut pas vraiment le temps de se demander si elle avait eu une bonne idée. Parce qu’elle n’avait vraiment plus faim, il fallait bien l’avouer, et qu’elle ne s’imaginait pas devoir abandonner sa sucrerie et la gâcher. Les Cuisines avaient suffisamment de travail pour ne pas qu’elle leur fasse cette offense ! Mais trop manger, ça faisait mal au ventre. C’était une douleur qu’elle n’aimait pas du tout, le mal de ventre.
« S-Salut ! Mais oui, tellement ! Je veux dire grave, je suis trop partant ! Il a l'air super bon ce gâteau et puis c'est vrai qu'il énorme, ce sera plus facile de le manger à deux. Bon, moi j'en suis encore aux nuggets. Et puis les gâteaux, c'est quand même meilleur que les fruits. »
L’Aiglonne ne put que répondre au sourire gigantesque de ce garçon immense. Elle découvrit ses petites dents, qui auraient pu paraître de lait, dont celle ébréchée, la canine, qui lui râpait parfois la lèvre. Elle retint un rire devant cet adolescent plein de soleil, qui éclatait tellement de joie pour un gâteau qu’elle se demandait si lui, il avait assez mangé. Elle pensa que c’était bien, quelqu’un d’aussi simple à contenter. Si il le voulait, elle pourrait lui apporter tous les gâteaux qu’elle pourrait trouver. Parce que un soleil, même si ça ne s’entretient pas, il faut y prendre garde.
Elle, elle aimait bien, les fruits. Et les fleurs consommables. Elle avait l’habitude d’en manger, en randonnée, ou dans le jardin. Mais en l’entendant, la jeune fille se dit que c’était une information qu’elle ne partagerait pas. Ou bien peut-être, mais il ne serait pas obligé d’en manger aussi.
Avec un mouvement de bascule, le garçon passa une jambe au-dessus du banc. La blondinette eut un moment d’absence en voyant la taille de la dite jambe, qui se déroulait pour tourner le corps vers elle. Cela, ça ne lui était jamais arrivé. D’habitude, les gens, ils ne s’ouvraient pas littéralement. Ils lui faisaient un signe, à la rigueur. L’invitaient d’une main impérieuse, qu’elle s’amusait à parodier devant son miroir, avec ce regard qui vous dit que l’on sait des choses que vous ne savez pas, que l’on accepte de vous ouvrir une porte mais qu’il faut vite, vite s'engouffrer.
Le garçon souriait tellement que Saïph avait envie d’applaudir. Ça semblait naturel, chez lui, de sourire. Et elle se fit la réflexion qu’il n’avait pas vraiment besoin de se vêtir de telle ou telle façon, finalement. Sa meilleure parure, c’était ce sourire formidable, avec toutes ces dents dévoilées, où elle pourrait presque se refléter.
En parlant de reflet, l'image du Vert-argent se superposa un instant avec un personnage que la mère de Saïph, amoureuse moldue de géants, lui avait lu quand elle était petite. Enfin plus petite que maintenant. Elle ne se souvenait pas de grand chose, juste de ces mots qui rigolaient sur sa langue : pantagruélique, gargantuesque. Autant d'adjectifs qu'elle aurait voulu tester sur cet être démesuré.
« Assieds-toi ! On fait moit-moit pour le gâteau ou alors tu en veux un morceau plus grand ? Comme c'est le tien, ce serait normal. C'est super joli comme prénom, Saïph ! »
A l’invitation, Saïph tenta une oeillade vers la table. Ce n’était pas la sienne, et elle n’était pas certaine qu’une nouvelle couleur puisse s’ajouter au jaune. Elle regarda à nouveau ce garçon qui ne s’était pas totalement réinstallé, et qui devait se tordre pour saisir un nouveau nugget dont le gras coulait sur ses doigts. Il en engouffra un entier et elle écarquilla les yeux, partagée entre être impressionnée ou inquiète. Il allait s’étouffer, avec tout cela !
- Tu sais, tu peux prendre le temps de finir ton plat. Je vais juste m’asseoir, et je peux attendre. J’aime bien, attendre. Et puis le gâteau, on peut faire moitié-moitié. C’est mieux de partager, non ? C’est meilleur.
Elle avait rougit devant le compliment. Un prénom, c’était un prénom. Le sien avait toute une histoire, répétée par ses parents à maintes reprises. Mais ce n’était pas elle qui l’avait choisi, alors elle ne comprenait pas vraiment pour quelles raisons tout le monde voulait lui dire qu’il était joli. Il aurait mieux valu envoyer un hibou à ses parents, c’était eux, après tout, qui en avaient eu l’idée.
- Et toi, ton nom ?
Elle posa l’assiette avec le gâteau sur la table, son énorme sac sous le banc. Elle le poussa du pied avec un effort certain pour que nul ne se prenne les pieds dedans. Puis, elle entreprit d’escalader le banc comme elle le put, prenant bien garde à ne pas tomber sur le garçon, à ne pas tomber tout court. Elle passa d’abord une jambe, ramassant tout ce qu’elle pouvait de sa cape pour ne pas s’y emmêler, et faillit basculer parce que, à tenir ainsi tout ce tissu, elle n’avait plus que son équilibre pour s’en sortir. Une fois la première jambe passée elle plia l’autre pour imiter la première, manqua de glisser sous la table, se rattrapa au meuble. Voilà, c’était fait.
Elle passa une main dans ses cheveux, un peu essoufflée, et plaça le morceau de gâteau entre eux. Un peu comme un pont. Un joli pont, pour lequel il manquait deux cuillères, qu’elle chercha un instant des yeux. Les trouvant, toutes étincelantes au milieu de la table, elle escalada presque le bois pour s’en saisir, et se réinstalla avec un grand sourire, les déposant de part et d’autre, pour dessiner convenablement ce passage entre leurs deux maisons, sur cette table d’une troisième.
Non pas qu’elle n’aimait pas la nuit. Elle permettait de mieux regarder les étoiles. Mais pour chercher quelque chose dans le capharnaüm de sa chambre, c’était toujours vraiment plus pratique. Elle risquait moins de marcher sur quelque chose, de tomber, et de réveiller tout le dortoir. Bon. Aucun danger de réveiller grand monde, présentement. Bien que ce Serpentard avait l’air sorti un peu trop rapidement de la chaleur de ses couvertures.
Le brun se mit à se contorsionner pour la regarder. Ce faisant, la blondinette eut tout le temps de s’apercevoir qu’il était vraiment grand, à côté d’elle. Même assis il paraissait grand. Elle se savait petite, pour son âge. Et se fit la réflexion que, sans doute, ils partageaient (encore) une bizarrerie. En sens inverse, pour lui. Elle se demanda si être grand, c’était pratique. Parce qu’il pouvait se cogner partout, alors qu’elle s’y glissait, passant totalement inaperçue, si bien que l’autre jour, quelqu’un avait ouvert une porte, directement sur son nez, parce qu’il n’avait pas regardé si bas.
Finalement le garçon lui fit face et Saïph n’eut pas vraiment le temps de se demander si elle avait eu une bonne idée. Parce qu’elle n’avait vraiment plus faim, il fallait bien l’avouer, et qu’elle ne s’imaginait pas devoir abandonner sa sucrerie et la gâcher. Les Cuisines avaient suffisamment de travail pour ne pas qu’elle leur fasse cette offense ! Mais trop manger, ça faisait mal au ventre. C’était une douleur qu’elle n’aimait pas du tout, le mal de ventre.
« S-Salut ! Mais oui, tellement ! Je veux dire grave, je suis trop partant ! Il a l'air super bon ce gâteau et puis c'est vrai qu'il énorme, ce sera plus facile de le manger à deux. Bon, moi j'en suis encore aux nuggets. Et puis les gâteaux, c'est quand même meilleur que les fruits. »
L’Aiglonne ne put que répondre au sourire gigantesque de ce garçon immense. Elle découvrit ses petites dents, qui auraient pu paraître de lait, dont celle ébréchée, la canine, qui lui râpait parfois la lèvre. Elle retint un rire devant cet adolescent plein de soleil, qui éclatait tellement de joie pour un gâteau qu’elle se demandait si lui, il avait assez mangé. Elle pensa que c’était bien, quelqu’un d’aussi simple à contenter. Si il le voulait, elle pourrait lui apporter tous les gâteaux qu’elle pourrait trouver. Parce que un soleil, même si ça ne s’entretient pas, il faut y prendre garde.
Elle, elle aimait bien, les fruits. Et les fleurs consommables. Elle avait l’habitude d’en manger, en randonnée, ou dans le jardin. Mais en l’entendant, la jeune fille se dit que c’était une information qu’elle ne partagerait pas. Ou bien peut-être, mais il ne serait pas obligé d’en manger aussi.
Avec un mouvement de bascule, le garçon passa une jambe au-dessus du banc. La blondinette eut un moment d’absence en voyant la taille de la dite jambe, qui se déroulait pour tourner le corps vers elle. Cela, ça ne lui était jamais arrivé. D’habitude, les gens, ils ne s’ouvraient pas littéralement. Ils lui faisaient un signe, à la rigueur. L’invitaient d’une main impérieuse, qu’elle s’amusait à parodier devant son miroir, avec ce regard qui vous dit que l’on sait des choses que vous ne savez pas, que l’on accepte de vous ouvrir une porte mais qu’il faut vite, vite s'engouffrer.
Le garçon souriait tellement que Saïph avait envie d’applaudir. Ça semblait naturel, chez lui, de sourire. Et elle se fit la réflexion qu’il n’avait pas vraiment besoin de se vêtir de telle ou telle façon, finalement. Sa meilleure parure, c’était ce sourire formidable, avec toutes ces dents dévoilées, où elle pourrait presque se refléter.
En parlant de reflet, l'image du Vert-argent se superposa un instant avec un personnage que la mère de Saïph, amoureuse moldue de géants, lui avait lu quand elle était petite. Enfin plus petite que maintenant. Elle ne se souvenait pas de grand chose, juste de ces mots qui rigolaient sur sa langue : pantagruélique, gargantuesque. Autant d'adjectifs qu'elle aurait voulu tester sur cet être démesuré.
« Assieds-toi ! On fait moit-moit pour le gâteau ou alors tu en veux un morceau plus grand ? Comme c'est le tien, ce serait normal. C'est super joli comme prénom, Saïph ! »
A l’invitation, Saïph tenta une oeillade vers la table. Ce n’était pas la sienne, et elle n’était pas certaine qu’une nouvelle couleur puisse s’ajouter au jaune. Elle regarda à nouveau ce garçon qui ne s’était pas totalement réinstallé, et qui devait se tordre pour saisir un nouveau nugget dont le gras coulait sur ses doigts. Il en engouffra un entier et elle écarquilla les yeux, partagée entre être impressionnée ou inquiète. Il allait s’étouffer, avec tout cela !
- Tu sais, tu peux prendre le temps de finir ton plat. Je vais juste m’asseoir, et je peux attendre. J’aime bien, attendre. Et puis le gâteau, on peut faire moitié-moitié. C’est mieux de partager, non ? C’est meilleur.
Elle avait rougit devant le compliment. Un prénom, c’était un prénom. Le sien avait toute une histoire, répétée par ses parents à maintes reprises. Mais ce n’était pas elle qui l’avait choisi, alors elle ne comprenait pas vraiment pour quelles raisons tout le monde voulait lui dire qu’il était joli. Il aurait mieux valu envoyer un hibou à ses parents, c’était eux, après tout, qui en avaient eu l’idée.
- Et toi, ton nom ?
Elle posa l’assiette avec le gâteau sur la table, son énorme sac sous le banc. Elle le poussa du pied avec un effort certain pour que nul ne se prenne les pieds dedans. Puis, elle entreprit d’escalader le banc comme elle le put, prenant bien garde à ne pas tomber sur le garçon, à ne pas tomber tout court. Elle passa d’abord une jambe, ramassant tout ce qu’elle pouvait de sa cape pour ne pas s’y emmêler, et faillit basculer parce que, à tenir ainsi tout ce tissu, elle n’avait plus que son équilibre pour s’en sortir. Une fois la première jambe passée elle plia l’autre pour imiter la première, manqua de glisser sous la table, se rattrapa au meuble. Voilà, c’était fait.
Elle passa une main dans ses cheveux, un peu essoufflée, et plaça le morceau de gâteau entre eux. Un peu comme un pont. Un joli pont, pour lequel il manquait deux cuillères, qu’elle chercha un instant des yeux. Les trouvant, toutes étincelantes au milieu de la table, elle escalada presque le bois pour s’en saisir, et se réinstalla avec un grand sourire, les déposant de part et d’autre, pour dessiner convenablement ce passage entre leurs deux maisons, sur cette table d’une troisième.
1145 mots@Aelle Bristyle voici nos larrons bien installés !
Dernière modification par Saïph Bulbosa le 28 juin 2025, 01:08, modifié 1 fois.
Le nugget de l'amitié
Après avoir enfourné presque trois nuggets d'affilé, sans compter ceux qu'il avait déjà mangé avant l'arrivée de la jeune élève, Ludwig sent son estomac se distendre sous son uniforme. Ce n'est pas agréable, mais il n'y fait pas très attention. Ce n'est qu'un détail. Et puis il pourra digérer en faisant la sieste dans le parc, tout à l'heure. Ou peut-être dans le Foyer : plus de monde et plus de chaleur aussi. Peut-être que quelqu'un voudra jouer à la bataille explosive avec lui ?
Il allait attraper un autre nugget, toujours dans l'idée de terminer son assiette au plus vite pour que Saïph puisque partager avec lui son gâteau, mais cette dernière le rassure : elle peut attendre. Ludwig suspend son geste, sa main immobile au-dessus de l'assiette. Elle peut attendre, réellement ? Il la regarde avec de grands yeux, cherchant à savoir ce qu'elle ne dit pas ; il a envie de la contenter, maintenant qu'elle est là, et il a peur qu'en interprétant mal son comportement elle se mette à fuir comme Lucia avant elle. Malgré tout, obéissant, il arrête de se précipiter et n'avale pas de nouveau nugget. Il récupère sa main pour la poser sur sa jambe. Il hoche frénétiquement la tête à sa proposition, ne fait absolument pas attention à son rougissement et, les mots débordent déjà de sa bouche lorsque Saïph entreprend de s'installer près de lui, ce qui lui fait immensément plaisir.
« Moi c'est Ludwig ! s'exclame-t-il, tout content. Ludwig Godwinster-Breckenrod. C'est les noms de mes deux mamans ! »
Il aime bien glisser subtilement dans les conversations qu'il a deux mamans, parce que c'est rare et que les gens sont toujours impressionnés par les choses rares. Puis il désigne son assiette et hausse les épaules, suivant d'un air amusé le parcours du combattant que représente ce banc pour la jeune fille.
« Je crois que j'en veux plus, en fait, j'ai été un peu trop gourmand, » avoue-t-il en jetant un coup d'œil penaud au plat qu'il a embarqué avec lui seulement pour tenter d'amadouer Lucia.
Cette petite fille à la frimousse en bazar n'a pas l'air bien épaisse, mais Ludwig ne se voit pas lui proposer de partager son plat puisqu'elle a un gâteau sous le nez. Elle vient à peine de réussir à s'installer et elle essaie de placer correctement son énorme sac. Ludwig remarque que ses jambes sont très loin de toucher le sol. C'est vrai qu'elle a l'air excessivement petite. Il trouve ça amusant, mais pas méchamment. Il aime bien ses petits membres, ses petits yeux, ses petites sourires. Il camoufle un sourire lorsqu'elle escalade pratiquement la table pour attraper des cuillères.
« Et puis tu vas pas attendre indéfiniment ! s'exclame-t-il enfin en se penchant un peu pour mieux la regarder. C'est ennuyant d'attendre, tout parait tellement plus long. En plus avec ce gâteau sous les yeux, ce serait encore plus horrible de te faire subir ça ! »
Ludwig essaie de contenir son excitation, mais c'est difficile. Il se sent comme le soir de Noël ou alors comme les veilles de retour à la maison : son cœur palpite, ses pommettes rougissent et il s'agite sur son banc, ses légers rebonds trahissant sa hâte. Là, il n'est pas impatient, mais il est vraiment très content que Saïph soit venu le rejoindre. Autant le dire : c'est rare que des personnes viennent d'elles-mêmes vers lui. D'habitude, il doit aller les chercher tout seul. Souvent, il fait face à des refus plus ou moins agréables. Sauf quand il va voir ses rares copains, évidemment, mais ceux-ci sont souvent occupés avec leurs autres amis ou leurs devoirs. Alors lorsque quelqu'un vient le voir, motivé à faire sa connaissance qui plus est, c'est comme si Ludwig venait de recevoir un cadeau fabuleux. Cette petite fille est un drôle de cadeau, original et il est content de pouvoir terminer son repas avec elle, tellement content qu'il n'a cesse de lui envoyer des sourires et de se tortiller sur son banc.
Il allait attraper un autre nugget, toujours dans l'idée de terminer son assiette au plus vite pour que Saïph puisque partager avec lui son gâteau, mais cette dernière le rassure : elle peut attendre. Ludwig suspend son geste, sa main immobile au-dessus de l'assiette. Elle peut attendre, réellement ? Il la regarde avec de grands yeux, cherchant à savoir ce qu'elle ne dit pas ; il a envie de la contenter, maintenant qu'elle est là, et il a peur qu'en interprétant mal son comportement elle se mette à fuir comme Lucia avant elle. Malgré tout, obéissant, il arrête de se précipiter et n'avale pas de nouveau nugget. Il récupère sa main pour la poser sur sa jambe. Il hoche frénétiquement la tête à sa proposition, ne fait absolument pas attention à son rougissement et, les mots débordent déjà de sa bouche lorsque Saïph entreprend de s'installer près de lui, ce qui lui fait immensément plaisir.
« Moi c'est Ludwig ! s'exclame-t-il, tout content. Ludwig Godwinster-Breckenrod. C'est les noms de mes deux mamans ! »
Il aime bien glisser subtilement dans les conversations qu'il a deux mamans, parce que c'est rare et que les gens sont toujours impressionnés par les choses rares. Puis il désigne son assiette et hausse les épaules, suivant d'un air amusé le parcours du combattant que représente ce banc pour la jeune fille.
« Je crois que j'en veux plus, en fait, j'ai été un peu trop gourmand, » avoue-t-il en jetant un coup d'œil penaud au plat qu'il a embarqué avec lui seulement pour tenter d'amadouer Lucia.
Cette petite fille à la frimousse en bazar n'a pas l'air bien épaisse, mais Ludwig ne se voit pas lui proposer de partager son plat puisqu'elle a un gâteau sous le nez. Elle vient à peine de réussir à s'installer et elle essaie de placer correctement son énorme sac. Ludwig remarque que ses jambes sont très loin de toucher le sol. C'est vrai qu'elle a l'air excessivement petite. Il trouve ça amusant, mais pas méchamment. Il aime bien ses petits membres, ses petits yeux, ses petites sourires. Il camoufle un sourire lorsqu'elle escalade pratiquement la table pour attraper des cuillères.
« Et puis tu vas pas attendre indéfiniment ! s'exclame-t-il enfin en se penchant un peu pour mieux la regarder. C'est ennuyant d'attendre, tout parait tellement plus long. En plus avec ce gâteau sous les yeux, ce serait encore plus horrible de te faire subir ça ! »
Ludwig essaie de contenir son excitation, mais c'est difficile. Il se sent comme le soir de Noël ou alors comme les veilles de retour à la maison : son cœur palpite, ses pommettes rougissent et il s'agite sur son banc, ses légers rebonds trahissant sa hâte. Là, il n'est pas impatient, mais il est vraiment très content que Saïph soit venu le rejoindre. Autant le dire : c'est rare que des personnes viennent d'elles-mêmes vers lui. D'habitude, il doit aller les chercher tout seul. Souvent, il fait face à des refus plus ou moins agréables. Sauf quand il va voir ses rares copains, évidemment, mais ceux-ci sont souvent occupés avec leurs autres amis ou leurs devoirs. Alors lorsque quelqu'un vient le voir, motivé à faire sa connaissance qui plus est, c'est comme si Ludwig venait de recevoir un cadeau fabuleux. Cette petite fille est un drôle de cadeau, original et il est content de pouvoir terminer son repas avec elle, tellement content qu'il n'a cesse de lui envoyer des sourires et de se tortiller sur son banc.
Le nugget de l'amitié
En voyant les sautillements et les grands sourires de Ludwig, Saïph se demandait s’il allait bien. Sa joie ne semblait pas simulée. D’ailleurs, le pourrait-elle, tant elle explosait ? Néanmoins, si il n’avait pas dit qu’il n’avait plus faim, elle se serait dépêchée de l’entourer de gourmandises. Parce que pour être à ce point enthousiaste avec une simple part de gâteau, il fallait sacrément les aimer, ou être affamé. C’est pourquoi, s’il n’avait pas précisé qu’il était déjà rempli, elle aurait créé une montagne de ces sucreries, juste pour le voir encore plus radieux, et rassurer son imagination un peu trop fertile, qui faisait déjà naître des angoisses dans son estomac.
Elle aimait bien quand les gens étaient heureux, Saïph. Elle n’avait pas vraiment besoin que ce soit grâce à elle. La joie, ça illumine quelqu’un, et vous en profitez. Comme une nuit de pleine lune ou une journée très ensoleillée. Tout le monde en profite, mais les astres ne le font pour personne. La joie, c’était un plaisir pour les yeux autant que pour le coeur. A l’inverse, le malheur des gens la désespérait. Elle ne comprenait pas que l’on puisse laisser quelqu’un malheureux. C’était sans doute la seule chose, avec la méchanceté, qui pouvait révéler les serres de cet oisillon tombé du nid. Enfin c'était ce que sa mère disait. Elle, ses serres, elle ne les avait jamais vues, et préférait qu'elles restent rétractées.
Quand elle était encore une enfant, elle avait un jour dit à l’Ecole qu’elle voulait devenir « fille de joie », pour que toutes les personnes qu’elle croisait soient heureuses. Elle avait compris ensuite que ce n’était pas du tout ce qu’elle pensait que c’était, et s’était un peu ravisée.
De toutes façons, c’était un projet bien trop ambitieux pour elle, qui ne rêvait jamais d’atteindre la lune, et se contentait de l’observer de loin. Ses institutrices s’étaient maintes fois désolées de son manque flagrant d’aspiration, mais c’était parce qu’elles ne comprenaient pas. Donc la blondinette ne leur en avait jamais voulu de la disputer, de la secouer dans tous les sens comme une peluche mal connectée. Le vrai défi, pour l’Irlandaise, c’était de comprendre et de déambuler dans ces mondes étranges. C’était cela, qui la stimulait. Toutes les aventures que lui offraient ces journées, nouvelles et pourtant si identiques, qu’aucun panneau, aucune loi ne permettaient d’entièrement décrypter.
Elle aimait bien, ce nom. Ludwig. Elle le prononça du bout des lèvres, et se rendit compte qu’il fallait sourire pour la dernière syllabe. Juste après que les dents aient reposé sur la lèvre inférieure. Un peu comme pour prendre son élan. Elle recommença, en accentuant son sourire sur le dernier son, et acquiesça. Oui, c’était réellement joli, comme prénom. Ses deux mères devaient avoir beaucoup souri, pour qu’elles y pensent.
Deux mamans, ce n’était pas très fréquent. Le garçon paraissait assez fier de cela, et elle se fit la réflexion qu’elles devaient être de bons parents, pour qu’il précise leurs deux noms, et que cela lui procure autant de plaisir. Elle sourit à cette idée. C’était toujours bien de savoir ses camarades aimés et entourés. Bon elle ne pouvait pas vraiment en être certaine non-plu. Elle n’était pas la plus perspicace des aiglons.
Alors qu’elle allait vérifier son hypothèse, elle avait dut fermer la bouche car, déjà, le brun ajoutait qu’il était ennuyant d’attendre. Il avait l’air de craindre qu’elle ne se mette à baver devant le gâteau. C’était très généreux de sa part, de penser à elle. Même si vraiment, elle aimait attendre. Elle aimait ne rien faire. Elle aimait juste regarder autour d’elle, écouter, se perdre dans sa tête. Les fois où elle devait patienter, elle était presque excitée, se demandant quel chemin interne son esprit emprunterait. Pour autant, elle comprenait le Serpentard. Parce que lui, il usait des mots comme des nuggets : à grosses bouchées. Certainement lui n’aimait pas attendre. Il était là, tout gesticulant, avec son énorme plat, ses longs membres, ses grands sourires et son avalanche de mots, et c’était certain qu’il devait souffrir lorsqu’il était forcé de rester assis à écouter.
- C’est gentil de penser à moi, murmura-t-elle en poussant très légèrement son gâteau-pont vers son vis-à-vis. Si tu n'as plus faim, tu sais, tu peux aussi me dire que tu n'en veux pas, du gâteau. Tu peux aussi en prendre pour plus tard. Je ne veux pas que tu sois malade. Si tu as encore de la place, tiens, sers toi, ajouta t elle en portant la première bouchée à ses lèvres. Mais à mi-chemin, elle s’arrêta, et l’interrogea tout de même. Tes mères, elles sont gentilles ? Elles te font quoi comme gâteau préféré ?
Etant donné la frénésie que sa part avait pu entraîner, c’était sa dernière hypothèse. Miss Leabhar, la libraire de son village et amie de sa mère, lui avait un jour dit que les sens étaient une porte pour les souvenirs. Et comme Saïph adorait les portes sur des univers cachés, cela l’avait ravie. Elle avait donc fait un lien entre le fait que son voisin lui parle de ses mères, et la question des gâteaux. Une bonne façon, aussi, de continuer à le faire sourire, espérait-elle.
En posant sa question, elle avait immédiatement plongé ses orbes mordorés dans les yeux de Ludwig. Un peu écarquillée, la cuillère à quelques millimètres de ses lèvres, elle s’était rendue compte qu’il devait fichtrement baisser la tête pour la regarder également. Elle s’excusa intérieurement, s’inquiétant qu’il ne se fasse mal à la nuque. Décidée à ne surtout pas être une gêne, elle reposa donc son couvert, posa ses deux mains sur la table pour s’équilibrer, et se mit à genoux sur le banc. Bon elle n’avait pas gagné grand-chose, mais c’était déjà ça. Avec un mouvement ample qui fit s'agiter les tissus de ses habits, elle remontant ses manches trop longues sur ses bras, puis reprit son ustensile et, cette fois, mit son morceau en bouche avec un sourire gourmand. Elle ferma les yeux quelques secondes pour profiter des goûts qui éclataient sur ses papilles, rendues frénétiques par l’apport de sucre, et leur souffla un « pas de quoi » intérieur. Enfin, elle ouvrit les paupières pour vérifier que son compagnon profitait également de ce dessert ou au moins en prenait un bout pour plus tard.
Elle aimait bien quand les gens étaient heureux, Saïph. Elle n’avait pas vraiment besoin que ce soit grâce à elle. La joie, ça illumine quelqu’un, et vous en profitez. Comme une nuit de pleine lune ou une journée très ensoleillée. Tout le monde en profite, mais les astres ne le font pour personne. La joie, c’était un plaisir pour les yeux autant que pour le coeur. A l’inverse, le malheur des gens la désespérait. Elle ne comprenait pas que l’on puisse laisser quelqu’un malheureux. C’était sans doute la seule chose, avec la méchanceté, qui pouvait révéler les serres de cet oisillon tombé du nid. Enfin c'était ce que sa mère disait. Elle, ses serres, elle ne les avait jamais vues, et préférait qu'elles restent rétractées.
Quand elle était encore une enfant, elle avait un jour dit à l’Ecole qu’elle voulait devenir « fille de joie », pour que toutes les personnes qu’elle croisait soient heureuses. Elle avait compris ensuite que ce n’était pas du tout ce qu’elle pensait que c’était, et s’était un peu ravisée.
De toutes façons, c’était un projet bien trop ambitieux pour elle, qui ne rêvait jamais d’atteindre la lune, et se contentait de l’observer de loin. Ses institutrices s’étaient maintes fois désolées de son manque flagrant d’aspiration, mais c’était parce qu’elles ne comprenaient pas. Donc la blondinette ne leur en avait jamais voulu de la disputer, de la secouer dans tous les sens comme une peluche mal connectée. Le vrai défi, pour l’Irlandaise, c’était de comprendre et de déambuler dans ces mondes étranges. C’était cela, qui la stimulait. Toutes les aventures que lui offraient ces journées, nouvelles et pourtant si identiques, qu’aucun panneau, aucune loi ne permettaient d’entièrement décrypter.
Elle aimait bien, ce nom. Ludwig. Elle le prononça du bout des lèvres, et se rendit compte qu’il fallait sourire pour la dernière syllabe. Juste après que les dents aient reposé sur la lèvre inférieure. Un peu comme pour prendre son élan. Elle recommença, en accentuant son sourire sur le dernier son, et acquiesça. Oui, c’était réellement joli, comme prénom. Ses deux mères devaient avoir beaucoup souri, pour qu’elles y pensent.
Deux mamans, ce n’était pas très fréquent. Le garçon paraissait assez fier de cela, et elle se fit la réflexion qu’elles devaient être de bons parents, pour qu’il précise leurs deux noms, et que cela lui procure autant de plaisir. Elle sourit à cette idée. C’était toujours bien de savoir ses camarades aimés et entourés. Bon elle ne pouvait pas vraiment en être certaine non-plu. Elle n’était pas la plus perspicace des aiglons.
Alors qu’elle allait vérifier son hypothèse, elle avait dut fermer la bouche car, déjà, le brun ajoutait qu’il était ennuyant d’attendre. Il avait l’air de craindre qu’elle ne se mette à baver devant le gâteau. C’était très généreux de sa part, de penser à elle. Même si vraiment, elle aimait attendre. Elle aimait ne rien faire. Elle aimait juste regarder autour d’elle, écouter, se perdre dans sa tête. Les fois où elle devait patienter, elle était presque excitée, se demandant quel chemin interne son esprit emprunterait. Pour autant, elle comprenait le Serpentard. Parce que lui, il usait des mots comme des nuggets : à grosses bouchées. Certainement lui n’aimait pas attendre. Il était là, tout gesticulant, avec son énorme plat, ses longs membres, ses grands sourires et son avalanche de mots, et c’était certain qu’il devait souffrir lorsqu’il était forcé de rester assis à écouter.
- C’est gentil de penser à moi, murmura-t-elle en poussant très légèrement son gâteau-pont vers son vis-à-vis. Si tu n'as plus faim, tu sais, tu peux aussi me dire que tu n'en veux pas, du gâteau. Tu peux aussi en prendre pour plus tard. Je ne veux pas que tu sois malade. Si tu as encore de la place, tiens, sers toi, ajouta t elle en portant la première bouchée à ses lèvres. Mais à mi-chemin, elle s’arrêta, et l’interrogea tout de même. Tes mères, elles sont gentilles ? Elles te font quoi comme gâteau préféré ?
Etant donné la frénésie que sa part avait pu entraîner, c’était sa dernière hypothèse. Miss Leabhar, la libraire de son village et amie de sa mère, lui avait un jour dit que les sens étaient une porte pour les souvenirs. Et comme Saïph adorait les portes sur des univers cachés, cela l’avait ravie. Elle avait donc fait un lien entre le fait que son voisin lui parle de ses mères, et la question des gâteaux. Une bonne façon, aussi, de continuer à le faire sourire, espérait-elle.
En posant sa question, elle avait immédiatement plongé ses orbes mordorés dans les yeux de Ludwig. Un peu écarquillée, la cuillère à quelques millimètres de ses lèvres, elle s’était rendue compte qu’il devait fichtrement baisser la tête pour la regarder également. Elle s’excusa intérieurement, s’inquiétant qu’il ne se fasse mal à la nuque. Décidée à ne surtout pas être une gêne, elle reposa donc son couvert, posa ses deux mains sur la table pour s’équilibrer, et se mit à genoux sur le banc. Bon elle n’avait pas gagné grand-chose, mais c’était déjà ça. Avec un mouvement ample qui fit s'agiter les tissus de ses habits, elle remontant ses manches trop longues sur ses bras, puis reprit son ustensile et, cette fois, mit son morceau en bouche avec un sourire gourmand. Elle ferma les yeux quelques secondes pour profiter des goûts qui éclataient sur ses papilles, rendues frénétiques par l’apport de sucre, et leur souffla un « pas de quoi » intérieur. Enfin, elle ouvrit les paupières pour vérifier que son compagnon profitait également de ce dessert ou au moins en prenait un bout pour plus tard.
1043 mots
Le nugget de l'amitié
Elle sourit facilement, avec les yeux un peu dans le vague qui pétillent comme un bonbon qui pique agréablement le palais. Ludwig aime chaque petite expression qu'il créé chez elle et quand elle a murmuré juste après qu'il lui ait donné son nom, il a observé avec attention ses petites lèvres qui s'agitaient et qui dansaient en se demandant ce qu'elle pouvait bien vouloir dire qui ne concernait qu'elle. Il aurait aimé lui dire qu'elle n'a pas à murmurer avec lui, qu'elle peut tout lui dire, qu'il serait ravie de l'entendre parler, surtout si c'est pour commenter ce qu'il dit, mais il se retient parce qu'il sait (parfois) que s'il la pousse trop, elle sera mécontente. Alors il se contente de parler avec les yeux, d'observer tout ce qu'il y a à voir, de sourire à ses sourires qui sourient déjà aux siens et il profite de l'instant, tout simplement heureux d'être là, tous ces griefs précédents à l'encontre de Lucia-qui-ne-s'appelle-pas-Cassia oubliés. Il faut dire que Ludwig n'est pas rancunier — être rancunier, c'est se fermer à toutes les possibilités, c'est prendre le risque de perdre des relations, de se voir confisquer des conversations. Non, Ludwig n'est vraiment pas rancunier.
« C'est gentil de penser à moi », qu'elle dit ! Ludwig dresse le dos bien droit, fier d'avoir été gentil et de lui avoir plu, à cette petite fille. Il sourit encore plus grand et il prend un air modeste qui jure avec sa fierté affichée. Là, tout se passe normalement, songe-t-il : elle est gentille, elle est réceptive, tout va bien ! Il l'écoute attentivement, arrondissant les yeux quand elle émet l'hypothèse qu'il pourrait ne pas manger ce gâteau maintenant et agitant les jambes quand elle parle de ses mamans. Son cœur explose contre son torse quand il entend cette dernière question qu'elle pose ; Ludwig adore parler de ses mères et pas seulement parce que ça le rend intéressant. Parce que sa m'man Ca et sa m'man Rach, elles sont merveilleuses et gentilles et évidement qu'elles lui font des gâteau, enfin pas... Mais ça, il peut le dire à voix haute, pendant que ses yeux suivent le chemin de la cuillère de Saïph qui se plante dans le gâteau appétissant.
« Elles sont super gentilles mes mères, oui ! C'est les meilleures mères du monde, vraiment ! Et évidemment qu'elles me préparent mon gâteau préféré ! Le banoffee, tu connais ? C'est trop trop trop bon, c'est avec des bananes et du caramel et j'sais pas trop quoi d'autre. C'est hyper bon ! Enfin, ma maman Rach, elle cuisine pas trop, elle, parce qu'elle dit qu'elle n'aime pas perdre son temps avec ça. Quand je cuisine, je ne peux pas lire, je ne peux pas passer du temps avec toi, mime Ludwig en arrondissant la voix, elle dit toujours à m'man Ca, ou avec mon petit dind... »
Ludwig se met à rougir subitement et ravale ce qu'il allait dire, à savoir le surnom que lui donnent ses mamans et qui lui a déjà fait honte à plusieurs reprises. En première année, il en parlait sans gêne et c'est comme ça que Jack Jevons a commencé à lui faire la misère, à se moquer de lui quand il passait dans le couloir et à faire des bruits de dindon dès qu'il le voyait. Alors Ludwig a arrêté de dire que ses mamans le surnommait leur petit dindon.
« Enfin, reprend-il avec un petit rire destiné à faire oublier à Saïph son hésitation, avec moi, quoi. Donc c'est m'man Ca qui cuisine et qui me prépare des banoffee. À chaque fois que je rentre de Poudlard, j'y ai droit ! Un pour l'arrivée et un pour le départ, parce que j'aime trop ça. Mais parfois elle me prépare autre chose si je lui demande, parfois même des trucs salés. Elle les prépare juste pour moi. »
Pendant son discours, Saïph a entrepris une nouvelle aventure sous ses yeux, même si ça ne l'a pas encouragé à se taire. Et maintenant, voilà qu'elle est à genoux sur le banc et qu'elle savoure sa première bouchée de gâteau. Ludwig était étonné qu'elle pioche directement à la cuillère dedans car il pensait qu'elle allait le couper en deux, mais il adore ce naturel et il attrape aussitôt sa cuillère pour faire la même chose qu'elle, souriant grandement.
« J'en veux aussi ! J'ai encore faim, articule-t-il en essayant d'avaler en même temps qu'il parle, surtout pour du gâteau, ce serait un crime d'pas en vouloir, tu crois pas ? Le banc, il est trop petit pour toi ? » Il enchaîne les questions sans se douter qu'il aurait peut-être dû lui laisser le temps de répondre au reste. Il se penche sur elle, soucieux. « Faudrait mettre un coussin dessous, p't-être. Enfin sous tes fesses, je veux dire. »
« C'est gentil de penser à moi », qu'elle dit ! Ludwig dresse le dos bien droit, fier d'avoir été gentil et de lui avoir plu, à cette petite fille. Il sourit encore plus grand et il prend un air modeste qui jure avec sa fierté affichée. Là, tout se passe normalement, songe-t-il : elle est gentille, elle est réceptive, tout va bien ! Il l'écoute attentivement, arrondissant les yeux quand elle émet l'hypothèse qu'il pourrait ne pas manger ce gâteau maintenant et agitant les jambes quand elle parle de ses mamans. Son cœur explose contre son torse quand il entend cette dernière question qu'elle pose ; Ludwig adore parler de ses mères et pas seulement parce que ça le rend intéressant. Parce que sa m'man Ca et sa m'man Rach, elles sont merveilleuses et gentilles et évidement qu'elles lui font des gâteau, enfin pas... Mais ça, il peut le dire à voix haute, pendant que ses yeux suivent le chemin de la cuillère de Saïph qui se plante dans le gâteau appétissant.
« Elles sont super gentilles mes mères, oui ! C'est les meilleures mères du monde, vraiment ! Et évidemment qu'elles me préparent mon gâteau préféré ! Le banoffee, tu connais ? C'est trop trop trop bon, c'est avec des bananes et du caramel et j'sais pas trop quoi d'autre. C'est hyper bon ! Enfin, ma maman Rach, elle cuisine pas trop, elle, parce qu'elle dit qu'elle n'aime pas perdre son temps avec ça. Quand je cuisine, je ne peux pas lire, je ne peux pas passer du temps avec toi, mime Ludwig en arrondissant la voix, elle dit toujours à m'man Ca, ou avec mon petit dind... »
Ludwig se met à rougir subitement et ravale ce qu'il allait dire, à savoir le surnom que lui donnent ses mamans et qui lui a déjà fait honte à plusieurs reprises. En première année, il en parlait sans gêne et c'est comme ça que Jack Jevons a commencé à lui faire la misère, à se moquer de lui quand il passait dans le couloir et à faire des bruits de dindon dès qu'il le voyait. Alors Ludwig a arrêté de dire que ses mamans le surnommait leur petit dindon.
« Enfin, reprend-il avec un petit rire destiné à faire oublier à Saïph son hésitation, avec moi, quoi. Donc c'est m'man Ca qui cuisine et qui me prépare des banoffee. À chaque fois que je rentre de Poudlard, j'y ai droit ! Un pour l'arrivée et un pour le départ, parce que j'aime trop ça. Mais parfois elle me prépare autre chose si je lui demande, parfois même des trucs salés. Elle les prépare juste pour moi. »
Pendant son discours, Saïph a entrepris une nouvelle aventure sous ses yeux, même si ça ne l'a pas encouragé à se taire. Et maintenant, voilà qu'elle est à genoux sur le banc et qu'elle savoure sa première bouchée de gâteau. Ludwig était étonné qu'elle pioche directement à la cuillère dedans car il pensait qu'elle allait le couper en deux, mais il adore ce naturel et il attrape aussitôt sa cuillère pour faire la même chose qu'elle, souriant grandement.
« J'en veux aussi ! J'ai encore faim, articule-t-il en essayant d'avaler en même temps qu'il parle, surtout pour du gâteau, ce serait un crime d'pas en vouloir, tu crois pas ? Le banc, il est trop petit pour toi ? » Il enchaîne les questions sans se douter qu'il aurait peut-être dû lui laisser le temps de répondre au reste. Il se penche sur elle, soucieux. « Faudrait mettre un coussin dessous, p't-être. Enfin sous tes fesses, je veux dire. »
Le nugget de l'amitié
« Les meilleurs mères de monde ». Saïph sourit (encore plus) devant cet enthousiasme. Surtout lorsqu’elle apprit que Ludwig avait bien le droit à son gâteau préféré. Le banofee ? La blondinette pouffa. Ce nom amenait autant à sourire que le prénom de son camarade de gâteau. Elle n’en avait jamais goûté. Ni même entendu parler. Avec des bananes et du caramel ? D’où le « bano », certainement. Mais le « fi » ? Parce que l’on était alors à jamais fidèle à la banane et au caramel et au « j’sais pas trop quoi » ? Était ce un ingrédient ? Qu’est-ce qui commençait pas « fi » ?
L’Aiglonne acquiesça en se promettant d’aller voir la recette. Si ce n’était qu’une recette sorcière, elle aurait néanmoins bien des difficultés à l’apprendre et à l’essayer chez elle, juste histoire d’être parée pour les moments où le géant joyeux pouvait être moins content. Un gâteau préféré, c’était une information en or.
La fillette s’interrogea sur la possibilité de demander aux Elfes, qui préparaient leurs dîners, déjeuners et dîners. Elle fit la moue. Non. Ils avaient suffisamment de travail pour supporter une fille aussi maladroite dans leurs rangs. Elle pourrait cependant leur demander d’en faire. Elle vit le sourire plein de dents de Ludwig, découvrant sa douceur favorite qui apparaîtrait devant lui. Cette pensée gomma sa moue et la ravie. Pour autant, cela ne les dérangerait il pas également ? Elle fronça les sourcils, s’ébouriffa la tignasse, soupira. Comment allait-elle s’y prendre ?
Le petit rire de son voisin la fit se tourner complètement vers lui. Il était un peu rouge, semblait gêné. Était ce parce qu’elle s’était perdue dans son jardin ? Elle papillonna, embêtée qu’il puisse envisager le fait qu’elle n’écoute pas. Bon il lui arrivait souvent de perdre le fil d’une conversation. Très souvent. C’était même passé au stade de l’habitude. Ce n’était pas que les autres l’ennuyaient. Bien au contraire. C’était juste que les mots et les images qui en amènent toujours d’autres, à croire qu’ils sont venus pour une fête de village, c’est compliqué à gérer. Chaque fois qu’elle voyait, sentait, entendait, touchait quelque chose, une nouvelle notion lui tendait les bras. De fil en aiguilles elle perdait le premier et laissait son cerveau coudre ces ébauches inspirées, associant tout et n’importe quoi juste pour le plaisir d’essayer. Parfois, c’était si violent qu’elle avait l’impression d’avoir mis son crâne sous une cascade, son bruit intérieur lui martelant les synapses et rafraîchissant son quotidien pour de grandes goulées de nouveautés.
Et il fallait bien l’avouer, Ludwig, c’était une cascade. En quelques syllabes elle pouvait désormais lui faire aisément plaisir (dès qu’elle aurait mis la main sur la recette du banofee), percevait la voix de maman Rach, qui était une lectrice et aimait passer du temps avec lui – ce qui était plus qu’acceptable comme excuse selon elle, distinguait m'man Ca avec un sourire maternel en train de l’entourer de gourmandises. Gourmandises que, elle ne comprenait pas vraiment pourquoi, le Serpentard dévorait avec une pelle à tarte. Le genre d’ustensile qui mesurait autant que sa tête, sinon plus. Le genre d’objet qui allait parfaitement à ce grand garçon bouillonnant de soleil. Oui, elle le voyait très bien devant ses denrées sucrées ou salées, le visage barré de bonheur, en train d’engouffrer d’énormes portions avec sa pelle à tarte de la taille du bras de Saïph. Elle pétilla sur place, tressautant un peu en une minuscule danse improvisée.
Son image mentale s’additionna aux deux gâteaux que le Vert-Argent allait retrouver. Un pour son arrivée, un pour son départ. De quoi être pressé de revenir et de repartir ! Elle se demanda ce que ses parents allaient lui concocter, pour son retour. Les prochaines vacances, elle n’allait voir que son père. Pour sa mère, la ville, Londres, ce n’était pas du tout envisageable. Elle disait que là où on ne voit pas les étoiles ne peut être un espace pour vivre. A Poudlard, on voyait les étoiles.
L’Irlandaise se demanda si son interlocuteur rentrait à toutes les vacances. Additionna combien de banofee et autres banquets cela faisait. Sourit. Il était peut-être aussi grand parce qu’il mangeait nettement plus depuis son entrée à Poudlard. Elle s’arrêta dans son calcul car il lui manquait un chiffre : celui de son année à lui. Elle ne pouvait pas vraiment se faire une idée à vue de nez parce que, son nez à elle, il dépassait rarement la poitrine des gens. Et encore, pour les plus petits.
Elle se dit que toutes ces attentions, c’était sans doute dû à l’absence de Ludwig. S’il était leur seul enfant, cela devait être un déchirement. Alors le remplir en masse, lui gonfler l’estomac, ce devait être instinctif. Tous les parents devaient avoir bien des difficultés à laisser partir leur progéniture. Ou était-ce une norme, chez les sorciers ? Les siens avaient rencontré des difficultés à laisser leur unique fille, âgée seulement de 11 ans, s’en aller pour un monde jusqu’ici inconnu. Peut-être était-ce plus simple pour celles et ceux qui connaissaient Poudlard. Car une fois entre ses murs protecteurs, elle non-plu, n’avait plus peur.
Occupée à écouter Ludwig, tout en s’interrogeant, pour finalement escalader le banc en espérant se mettre à un peu plus à hauteur, et enfin savourer leur gâteau-pont, la jeune fille n’avait pas pris garde à sa manche qui, sournoisement, descendait vers le gâteau. Au dernier moment elle l’a rattrapa, sa main bondissant pratiquement sur l’habit trop gourmand, qu’elle morigéna dans sa tête. La nourriture, c’est pas pour les vêtements !
« Le banc, il est trop petit pour toi ? »
Elle plongea ses orbes mordorées dans les brunes du garçon. Le vit se pencher sur elle. Définitivement, ses genoux n’allaient pas suffire. Néanmoins, elle sourit en se disant que cela lui avait permis de voir encore une fois ce souci, chez son camarade. Il se faisait du souci pour elle. Cela elle y était habituée. Mais c’était plutôt car les gens pensaient qu’elle était une enfant perdue. Alors ils s’accroupissaient devant elle et lui demandaient si elle avait besoin d’aide. Elle en était constamment heureuse, parce que cela montrait à quel point le monde qui l’entourait pouvait être bienveillant. Toutefois, là, ce n’était pas la raison. Ludwig s’inquiétait réellement pour elle, et cette sollicitude lui alla droit au coeur.
« Faudrait mettre un coussin dessous, p't-être. Enfin sous tes fesses, je veux dire. »
Elle lâcha un rire amusé, qui se transforma en gros éclats, si bien qu’elle dû poser sa cuillère et s’éventer un peu de sa trop longue manche. Un bout manqua de se retrouver dans son œil, alors elle arrêta et tenta plutôt de se calmer. En même temps, elle venait de s’imaginer avec un énorme pouf arc-en-ciel, un mètre plus haut que toutes et tous, forcée d’user d’un sonotone pour percevoir les bruissements de la foule. Ou carrément rapporter l’arbre, à côté de sa maison. Se percher sur la plus haute branche, et tenter de toucher les nuages. Avant d’être rappelée à l’ordre par un adulte qui, la faisant sursauter, provoquerait certainement une énième chute de sa part.
- C’est vrai que c’est pas très pratique, mais c'est toujours une nouvelle aventure, répondit-elle, la voix encore enrouée de gloussements. Si je devais en avoir un, il m'en faudrait un très grand, je pense. Et puis il pourrait glisser, avec moi dessus, et je dérangerais tout le temps tout le monde. Je passerais aussi à côté de toutes ces expériences, ce serait dommage. Après, au moins, les gens, ils seraient plus forcés de se tordre pour me regarder. Ça doit faire mal à la nuque. Tu as pas mal à la nuque, toi ? Parce que tu es grand et ça non-plu, ça ne doit pas être pratique. A part quand tu pousses sur le sol pour que le balai décolle ! Il doit aller très haut ! Tes mamans, elles, elles sont aussi grandes que toi ?
Le timbre frêle de sa voix passa d'une teinte amusée au souci puis à la tendresse. Parce qu'il y avait tellement d'amour dans la gorge de Ludwig, quand il évoquait ses mères, que cela ne pouvait qu'être contagieux.
L’Aiglonne acquiesça en se promettant d’aller voir la recette. Si ce n’était qu’une recette sorcière, elle aurait néanmoins bien des difficultés à l’apprendre et à l’essayer chez elle, juste histoire d’être parée pour les moments où le géant joyeux pouvait être moins content. Un gâteau préféré, c’était une information en or.
La fillette s’interrogea sur la possibilité de demander aux Elfes, qui préparaient leurs dîners, déjeuners et dîners. Elle fit la moue. Non. Ils avaient suffisamment de travail pour supporter une fille aussi maladroite dans leurs rangs. Elle pourrait cependant leur demander d’en faire. Elle vit le sourire plein de dents de Ludwig, découvrant sa douceur favorite qui apparaîtrait devant lui. Cette pensée gomma sa moue et la ravie. Pour autant, cela ne les dérangerait il pas également ? Elle fronça les sourcils, s’ébouriffa la tignasse, soupira. Comment allait-elle s’y prendre ?
Le petit rire de son voisin la fit se tourner complètement vers lui. Il était un peu rouge, semblait gêné. Était ce parce qu’elle s’était perdue dans son jardin ? Elle papillonna, embêtée qu’il puisse envisager le fait qu’elle n’écoute pas. Bon il lui arrivait souvent de perdre le fil d’une conversation. Très souvent. C’était même passé au stade de l’habitude. Ce n’était pas que les autres l’ennuyaient. Bien au contraire. C’était juste que les mots et les images qui en amènent toujours d’autres, à croire qu’ils sont venus pour une fête de village, c’est compliqué à gérer. Chaque fois qu’elle voyait, sentait, entendait, touchait quelque chose, une nouvelle notion lui tendait les bras. De fil en aiguilles elle perdait le premier et laissait son cerveau coudre ces ébauches inspirées, associant tout et n’importe quoi juste pour le plaisir d’essayer. Parfois, c’était si violent qu’elle avait l’impression d’avoir mis son crâne sous une cascade, son bruit intérieur lui martelant les synapses et rafraîchissant son quotidien pour de grandes goulées de nouveautés.
Et il fallait bien l’avouer, Ludwig, c’était une cascade. En quelques syllabes elle pouvait désormais lui faire aisément plaisir (dès qu’elle aurait mis la main sur la recette du banofee), percevait la voix de maman Rach, qui était une lectrice et aimait passer du temps avec lui – ce qui était plus qu’acceptable comme excuse selon elle, distinguait m'man Ca avec un sourire maternel en train de l’entourer de gourmandises. Gourmandises que, elle ne comprenait pas vraiment pourquoi, le Serpentard dévorait avec une pelle à tarte. Le genre d’ustensile qui mesurait autant que sa tête, sinon plus. Le genre d’objet qui allait parfaitement à ce grand garçon bouillonnant de soleil. Oui, elle le voyait très bien devant ses denrées sucrées ou salées, le visage barré de bonheur, en train d’engouffrer d’énormes portions avec sa pelle à tarte de la taille du bras de Saïph. Elle pétilla sur place, tressautant un peu en une minuscule danse improvisée.
Son image mentale s’additionna aux deux gâteaux que le Vert-Argent allait retrouver. Un pour son arrivée, un pour son départ. De quoi être pressé de revenir et de repartir ! Elle se demanda ce que ses parents allaient lui concocter, pour son retour. Les prochaines vacances, elle n’allait voir que son père. Pour sa mère, la ville, Londres, ce n’était pas du tout envisageable. Elle disait que là où on ne voit pas les étoiles ne peut être un espace pour vivre. A Poudlard, on voyait les étoiles.
L’Irlandaise se demanda si son interlocuteur rentrait à toutes les vacances. Additionna combien de banofee et autres banquets cela faisait. Sourit. Il était peut-être aussi grand parce qu’il mangeait nettement plus depuis son entrée à Poudlard. Elle s’arrêta dans son calcul car il lui manquait un chiffre : celui de son année à lui. Elle ne pouvait pas vraiment se faire une idée à vue de nez parce que, son nez à elle, il dépassait rarement la poitrine des gens. Et encore, pour les plus petits.
Elle se dit que toutes ces attentions, c’était sans doute dû à l’absence de Ludwig. S’il était leur seul enfant, cela devait être un déchirement. Alors le remplir en masse, lui gonfler l’estomac, ce devait être instinctif. Tous les parents devaient avoir bien des difficultés à laisser partir leur progéniture. Ou était-ce une norme, chez les sorciers ? Les siens avaient rencontré des difficultés à laisser leur unique fille, âgée seulement de 11 ans, s’en aller pour un monde jusqu’ici inconnu. Peut-être était-ce plus simple pour celles et ceux qui connaissaient Poudlard. Car une fois entre ses murs protecteurs, elle non-plu, n’avait plus peur.
Occupée à écouter Ludwig, tout en s’interrogeant, pour finalement escalader le banc en espérant se mettre à un peu plus à hauteur, et enfin savourer leur gâteau-pont, la jeune fille n’avait pas pris garde à sa manche qui, sournoisement, descendait vers le gâteau. Au dernier moment elle l’a rattrapa, sa main bondissant pratiquement sur l’habit trop gourmand, qu’elle morigéna dans sa tête. La nourriture, c’est pas pour les vêtements !
« Le banc, il est trop petit pour toi ? »
Elle plongea ses orbes mordorées dans les brunes du garçon. Le vit se pencher sur elle. Définitivement, ses genoux n’allaient pas suffire. Néanmoins, elle sourit en se disant que cela lui avait permis de voir encore une fois ce souci, chez son camarade. Il se faisait du souci pour elle. Cela elle y était habituée. Mais c’était plutôt car les gens pensaient qu’elle était une enfant perdue. Alors ils s’accroupissaient devant elle et lui demandaient si elle avait besoin d’aide. Elle en était constamment heureuse, parce que cela montrait à quel point le monde qui l’entourait pouvait être bienveillant. Toutefois, là, ce n’était pas la raison. Ludwig s’inquiétait réellement pour elle, et cette sollicitude lui alla droit au coeur.
« Faudrait mettre un coussin dessous, p't-être. Enfin sous tes fesses, je veux dire. »
Elle lâcha un rire amusé, qui se transforma en gros éclats, si bien qu’elle dû poser sa cuillère et s’éventer un peu de sa trop longue manche. Un bout manqua de se retrouver dans son œil, alors elle arrêta et tenta plutôt de se calmer. En même temps, elle venait de s’imaginer avec un énorme pouf arc-en-ciel, un mètre plus haut que toutes et tous, forcée d’user d’un sonotone pour percevoir les bruissements de la foule. Ou carrément rapporter l’arbre, à côté de sa maison. Se percher sur la plus haute branche, et tenter de toucher les nuages. Avant d’être rappelée à l’ordre par un adulte qui, la faisant sursauter, provoquerait certainement une énième chute de sa part.
- C’est vrai que c’est pas très pratique, mais c'est toujours une nouvelle aventure, répondit-elle, la voix encore enrouée de gloussements. Si je devais en avoir un, il m'en faudrait un très grand, je pense. Et puis il pourrait glisser, avec moi dessus, et je dérangerais tout le temps tout le monde. Je passerais aussi à côté de toutes ces expériences, ce serait dommage. Après, au moins, les gens, ils seraient plus forcés de se tordre pour me regarder. Ça doit faire mal à la nuque. Tu as pas mal à la nuque, toi ? Parce que tu es grand et ça non-plu, ça ne doit pas être pratique. A part quand tu pousses sur le sol pour que le balai décolle ! Il doit aller très haut ! Tes mamans, elles, elles sont aussi grandes que toi ?
Le timbre frêle de sa voix passa d'une teinte amusée au souci puis à la tendresse. Parce qu'il y avait tellement d'amour dans la gorge de Ludwig, quand il évoquait ses mères, que cela ne pouvait qu'être contagieux.
1277 mots
Le nugget de l'amitié
Ludwig part déjà à l'assaut d'une nouvelle bouchée de gâteau et ne se prive pas pour prendre un morceau conséquent tant le plaisir de la première bouchée a saisi ses papilles. Pour un garçon gourmand, c'est un garçon gourmand. Manger est un plaisir constant et il est toujours content de découvrir de nouveaux goûts et de faire l'étalage de tous ses plats favoris — car il en a en quantité et en découvre de nouveaux à peu près à chaque fois qu'il goûte une chose qu'il ne connait pas. C'est donc la cuillère dans la bouche qu'il accueille l'éclat de rire de Saïph. Un éclat comme un tremblement de terre agréable qui lui fait tourner de grands yeux vers elle et qui immobilise pendant quelques secondes ses gestes : étonné, il reste ainsi, cuillère dans la bouche et yeux écarquillés, tandis que la jeune fille se fouette avec sa manche. Non, se reprend Ludwig, elle ne se fouette pas, elle essaie seulement de s'aérer, comme on fait quand on rigole vraiment beaucoup et qu'on a chaud. Lui, ça ne lui ait jamais arrivé même si parfois il fait semblant pour faire croire aux autres qu'il rit aux larmes.
L'espace d'une demi-seconde, il se demande si elle rit à sa proposition de mettre un coussin sous ses fesses ou si elle se moque. Si elle rit par amusement, il pourra rire avec elle d'un air gêné, pour cacher sa fierté de l'avoir amusé. Si elle rit par moquerie, il pourra rire plus fort encore et assurer que c'était pour rigoler et qu'elle est tombé dans son piège. Il attend qu'elle parle, incertain quant à la meilleure façon d'agir dans ces conditions. Mais dès qu'elle prononce la première phrase, il comprend qu'elle est seulement amusée, alors il glousse aussi en se frottant l'arrière de la nuque. Ses mères disent toujours qu'il faut être modeste. Lui n'est pas d'accord, mais il est très bon pour faire semblant.
Il imagine Saïph sur un très grand pouf, un pouf comme un trône. Il serait doré, avec des accoudoirs, contrairement aux bancs inconfortables du réfectoire. Perchée de là-haut, elle aurait une vue parfaite sur toutes les tables, tous les élèves et toutes leurs assiettes. Elle pourrait voir en un coup d’œil quel plat est encore plein et pourrait exiger qu'on remplisse son assiette. Si elle était perchée sur un trône comme ça, elle serait plus haute que Miss Montmort et donc plus importante. Lui, en tant qu'ami et camarade de part de gâteau fidèle, il aurait évidemment droit de voir son assiette remplie également.
Le rêve de Ludwig, cependant, est un peu noirci par la crainte de Saïph de déranger tout le monde et de glisser de son trône. Lui n'aime pas imaginer des scénarios de ce genre, mais il hoche néanmoins la tête d'un air concerné. Il ne comprend pas plus ce qu'elle entend par "expérience", mais il continue de sourire pour montrer son accord, même s'il pense : dommage, elle aurait fait une chouette reine.
Automatiquement, la main du Serpentard grimpe jusqu'à l'arrière de son cou et il fronce les sourcils, interpellé par l'inquiétude de la jeune fille autant qu'elle l'étonne. Il fait, seulement un instant, l'impasse sur la question à propos de ses mamans qui le rejoint tellement qu'il sent son coeur bondir sous son torse et répond :
« Non, non, j'ai pas du tout mal à la nuque ! Si je te regardais pendant longtemps en étant tordu, j'aurai mal je pense, mais dans cette position... » Il désigne ses jambes, installées de part et d'autre du banc, ce qui le positionne pile face à sa camarade. « Je suis hyper bien. Et puis t'es pas si petite que ça, tu sais ! Bon faut que je baisse les yeux mais c'est pas ça qui fait mal à la nuque, » s'amuse-t-il en faisant glisser la cuillère sur sa langue pour récupérer les dernières miettes de sucre.
Sa taille, il n'en est pas dérangé. Parfois, les autres élèves se moquent un peu de lui. Enfin, ça, c'était surtout l'année dernière, quand lui était plus grand que la plupart de ses camarades. Mais cette année, ils sont revenus grandis pour la plupart et maintenant l'écart n'est plus aussi dérangeant. Et puis Ludwig aimait bien cette particularité : les enfants le regardaient parce qu'il était plus grand, ça les étonnait et lui aimait bien sentir leur regard sur lui. Mais à Saïph, il dit plutôt :
« C'est vrai que c'est pas super pratique d'être grand. Par exemple, en cours de Potions je suis souvent tordu en deux sur les paillasses parce que les tabourets sont trop grands pour moi. Mais pour toi ils sont sûrement trop petits ! Ou alors tu touches pas les pieds au sol et ça doit vachement donner le tournis ou alors le vertige, hein ? T'as le vertige, toi ? Ou t'as le tournis dans ces cas-là ? »
Ce n'est qu'au moment de se pencher vers elle pour lui poser toutes ces questions qu'il se rappelle qu'il est censé parler de ses mamans. Il se redresse tout sourire en brandissant sa cuillère mieux qu'il brandit sa baguette en cours de Sortilèges.
« Ah, attends, et pour mes mamans, bah ouais elles sont carrément plus grandes que moi. J'crois qu'elles font à peu près la même taille toutes les deux, parce que quand je leur fais un câlin, j'arrive au même niveau pour les deux, » réfléchit-il en imaginant les bras de ses mères se refermer sur lui.
M'man Ca le sert toujours très fort, brièvement, et plante des millions de baisers sur sa tête. M'man Rach, elle, le tient longtemps contre elle, si longtemps qu'il se met à glousser et à la repousser, mais quand elle ouvre ses bras pour le libérer il reste quand même blottit contre elle. Elles lui manquent. C'est pour ça qu'il s'empresse de planter sa cuillère dans le gâteau : il n'a pas envie d'être triste alors qu'il profite d'un moment aussi agréable. Même si elle le soutiendrait peut-être si elle le voyait triste, cette petite fille qui réagit si bien à ce qu'il raconte.
L'espace d'une demi-seconde, il se demande si elle rit à sa proposition de mettre un coussin sous ses fesses ou si elle se moque. Si elle rit par amusement, il pourra rire avec elle d'un air gêné, pour cacher sa fierté de l'avoir amusé. Si elle rit par moquerie, il pourra rire plus fort encore et assurer que c'était pour rigoler et qu'elle est tombé dans son piège. Il attend qu'elle parle, incertain quant à la meilleure façon d'agir dans ces conditions. Mais dès qu'elle prononce la première phrase, il comprend qu'elle est seulement amusée, alors il glousse aussi en se frottant l'arrière de la nuque. Ses mères disent toujours qu'il faut être modeste. Lui n'est pas d'accord, mais il est très bon pour faire semblant.
Il imagine Saïph sur un très grand pouf, un pouf comme un trône. Il serait doré, avec des accoudoirs, contrairement aux bancs inconfortables du réfectoire. Perchée de là-haut, elle aurait une vue parfaite sur toutes les tables, tous les élèves et toutes leurs assiettes. Elle pourrait voir en un coup d’œil quel plat est encore plein et pourrait exiger qu'on remplisse son assiette. Si elle était perchée sur un trône comme ça, elle serait plus haute que Miss Montmort et donc plus importante. Lui, en tant qu'ami et camarade de part de gâteau fidèle, il aurait évidemment droit de voir son assiette remplie également.
Le rêve de Ludwig, cependant, est un peu noirci par la crainte de Saïph de déranger tout le monde et de glisser de son trône. Lui n'aime pas imaginer des scénarios de ce genre, mais il hoche néanmoins la tête d'un air concerné. Il ne comprend pas plus ce qu'elle entend par "expérience", mais il continue de sourire pour montrer son accord, même s'il pense : dommage, elle aurait fait une chouette reine.
Automatiquement, la main du Serpentard grimpe jusqu'à l'arrière de son cou et il fronce les sourcils, interpellé par l'inquiétude de la jeune fille autant qu'elle l'étonne. Il fait, seulement un instant, l'impasse sur la question à propos de ses mamans qui le rejoint tellement qu'il sent son coeur bondir sous son torse et répond :
« Non, non, j'ai pas du tout mal à la nuque ! Si je te regardais pendant longtemps en étant tordu, j'aurai mal je pense, mais dans cette position... » Il désigne ses jambes, installées de part et d'autre du banc, ce qui le positionne pile face à sa camarade. « Je suis hyper bien. Et puis t'es pas si petite que ça, tu sais ! Bon faut que je baisse les yeux mais c'est pas ça qui fait mal à la nuque, » s'amuse-t-il en faisant glisser la cuillère sur sa langue pour récupérer les dernières miettes de sucre.
Sa taille, il n'en est pas dérangé. Parfois, les autres élèves se moquent un peu de lui. Enfin, ça, c'était surtout l'année dernière, quand lui était plus grand que la plupart de ses camarades. Mais cette année, ils sont revenus grandis pour la plupart et maintenant l'écart n'est plus aussi dérangeant. Et puis Ludwig aimait bien cette particularité : les enfants le regardaient parce qu'il était plus grand, ça les étonnait et lui aimait bien sentir leur regard sur lui. Mais à Saïph, il dit plutôt :
« C'est vrai que c'est pas super pratique d'être grand. Par exemple, en cours de Potions je suis souvent tordu en deux sur les paillasses parce que les tabourets sont trop grands pour moi. Mais pour toi ils sont sûrement trop petits ! Ou alors tu touches pas les pieds au sol et ça doit vachement donner le tournis ou alors le vertige, hein ? T'as le vertige, toi ? Ou t'as le tournis dans ces cas-là ? »
Ce n'est qu'au moment de se pencher vers elle pour lui poser toutes ces questions qu'il se rappelle qu'il est censé parler de ses mamans. Il se redresse tout sourire en brandissant sa cuillère mieux qu'il brandit sa baguette en cours de Sortilèges.
« Ah, attends, et pour mes mamans, bah ouais elles sont carrément plus grandes que moi. J'crois qu'elles font à peu près la même taille toutes les deux, parce que quand je leur fais un câlin, j'arrive au même niveau pour les deux, » réfléchit-il en imaginant les bras de ses mères se refermer sur lui.
M'man Ca le sert toujours très fort, brièvement, et plante des millions de baisers sur sa tête. M'man Rach, elle, le tient longtemps contre elle, si longtemps qu'il se met à glousser et à la repousser, mais quand elle ouvre ses bras pour le libérer il reste quand même blottit contre elle. Elles lui manquent. C'est pour ça qu'il s'empresse de planter sa cuillère dans le gâteau : il n'a pas envie d'être triste alors qu'il profite d'un moment aussi agréable. Même si elle le soutiendrait peut-être si elle le voyait triste, cette petite fille qui réagit si bien à ce qu'il raconte.
Le nugget de l'amitié
Regarder Ludwig manger, c’était un peu comme déguster la gourmandise elle-même. Ce garçon tout en joies était également un sacré mangeur ! Il léchait la cuillère avec ravissement, ses bouchées entrecroisant gloussements et mots, dans une symphonie un peu hachée.
Saïph aimait regarder les gens. Elle adorait se faire une liste mentale des réactions, parce que c’était comme remplir un grand livre avec le nom de la personne dessus. Et dans son esprit, rien ne valait mieux qu'une gigantesque bibliothèque avec d'épais manuscrits.
Pour les objets, les animaux, les plantes, le passé, le présent, et même le futur, il existait tout un tas de gros volumes Même pour des choses comme les microparticules (son père lui avait expliqué et cela l'avait fascinée), des gens avaient pris la peine de tout noter, de tout décrire et décrypter, de les raconter et de multiplier ces leçons. Même pour les croyances il y avait des débats sans fin autour de telle ou telle attitude d’une divinité, tel ou tel mot employé puis traduit, interprété et utilisé. Et que dire des personnages de romans, qui continuaient à progresser même en dehors des histoires dans lesquelles ils avaient pris vie ?
Pour les gens, certes, il y avait des biographie. Des manuscrits gigantesques montrant différentes facettes. Pour autant elles se contredisaient, laissaient des flous comme des cratères sur la Lune. Finalement, à la façon d’un dessin trop exposé au soleil, toutes les particularités, toutes ces petites choses qui animaient les individus, disparaissaient. Il ne restait plus que le papier, un titre, un nom, une anecdote, de grandes réalisations. Mais leur façon de sourire, de se frotter la tête, les plis de leurs yeux quand ils riaient...tout ce qui laissait entrevoir une âme que nul ne pourrait totalement connaître, était perdu à jamais.
Si c’était vrai pour les personnes connues, celles moins célèbres pouvaient craindre bien pire. Alors la blondinette recueillait tous ces détails. Ce que d’autres auraient jeté en pensant cela futile, elle le conservait. Non pas qu’elle pensait que c’était nécessaire. Elle ne se voyait pas comme la grande biographe de tout le monde. Non. Elle le conservait précieusement parce que justement, c’était futile. Parce que ce n’était pas important. Parce que cela formait les caractéristiques réelles des gens.
Evidemment, du haut de ses onze ans, elle ne pouvait pas expliquer cela avec de jolis mots. Pour traduire cette pensée, elle aurait plutôt évoqué ce morceau de tissu qui retenait son paquet de chocolat, offert par son père à Pâques. Ce tissu vert cru qu’elle avait trouvé si joli et qui rendait le papier en plastique nettement plus passionnant. En définitive ce ruban, qui était collé dans son scrapbook, allait rester pour toujours. A l’inverse des chocolats. Pourtant ces chocolats, son père, il avait pris du temps à les choisir. Et c’était l’élément principal du cadeau. Le lacet ne servait à rien d’autre qu’à décorer le sachet. Et il devenait l’accès au souvenir, soit la chose la plus importante du présent.
Alors elle photographia mentalement Ludwig en train de lécher sa cuillère, le sourire aux lèvres. Elle se concentra pour enregistrer son gloussement et cette main qu’il passait sur sa nuque. Pas parce qu’il avait mal – il le lui avait assuré - mais peut-être parce qu’il était gêné ? D’ailleurs, c’était étrange de noter cela chez lui. Ça le sortait du cliché et, hors cadre, éveillait la curiosité de la fillette. Il n’était finalement pas seulement un garçon avec des grands sourires, des grandes phrases, des grandes jambes, un gros appétit, un grand coeur et des grandes bouchées. Il était également humble, gêné. Elle qui s’attendait à ce que son rire fasse trembler les murs et recouvre toutes les voix, qu’il s’affirme dans tout ce qu’il faisait, à l'instar de son intrusion à une table qui n’était pas la sienne, elle en fut surprise. Des points d’interrogation commencèrent à apparaître sur le portrait mental qu’elle se faisait. Des points de pleins de couleurs, car elle aimait les couleurs.
« C'est vrai que c'est pas super pratique d'être grand. Par exemple, en cours de Potions je suis souvent tordu en deux sur les paillasses parce que les tabourets sont trop grands pour moi. Mais pour toi ils sont sûrement trop petits ! Ou alors tu touches pas les pieds au sol et ça doit vachement donner le tournis ou alors le vertige, hein ? T'as le vertige, toi ? Ou t'as le tournis dans ces cas-là ? »
La Serdaigle acquiesça, concernée. Elle, elle se mettait souvent à genoux sur les tabourets pour arriver au dessus du chaudron et ajouter tranquillement ses ingrédients. Ce n’était pas pratique et ça demandait toute une gymnastique pour aller chercher les composants de la potion. Au bout de la troisième, où elle avait manqué de renverser l’intégralité de sa Pimentine sur son binôme, elle avait adopté le rangement de ce dernier. Une organisation très intéressante qui, néanmoins, lui demandait toujours de descendre de son tabouret.
Des roulettes, ça aurait été vraiment bien, pour ces cas-là. Des roulettes sur des tabourets qui s’adapteraient à la taille de l’élève, à ses éventuelles douleurs au dos ou à la nuque, à la main avec laquelle il écrivait, et même à la longueur de ses manches. Parce que franchement faire une potion avec des manches qui trempent dans le piment ça pouvait être dangereux. Surtout quand vous oubliiez que vous les aviez trempées dans le piment. Et que vous vous frottiez le visage. Avant de porter le tissu à la bouche pour vous assurer que oui, c’était bien du piment oiseau. Cela, c’était vraiment risqué.
Avant qu’elle n’ait eu le temps de soumettre son idée à son camarade, et de lui dire que non elle n’avait pas le tournis ou le vertige, il brandit sa cuillère en avant. Elle sourit et fit de même, prête à lancer « abracadabra » avec un air mutin. Sauf qu’elle se rappela que le Serpentard n’avait pas suivi sa réflexion sur les tabourets et qu’il ne songeait donc pas à une métamorphose pour modifier les assises. Il répondait à sa question.
« Ah, attends, et pour mes mamans, bah ouais elles sont carrément plus grandes que moi. J'crois qu'elles font à peu près la même taille toutes les deux, parce que quand je leur fais un câlin, j'arrive au même niveau pour les deux. »
L’Irlandaise plissa les yeux en imaginant les mères : à quel niveau arrivait-il ? Si elles étaient « carrément » plus grandes, elles devaient au moins faire une tête et demie de plus. Elle s’écarquilla en imaginant des géantes. Pouffa, charmée. Puis, une idée la traversa. Si on disait « grandes personnes », cela avait peut être à voir avec la taille des gens. Pour être parent, au demeurant, il fallait être une grande personne. Donc lorsque l’on dépassait ses parents, devenait-on soi-même une grande personne ?
Elle baissa les yeux sur son voisin, qui s’était jeté sur la part de gâteau. Fronça les sourcils. L’imita et prit le temps de déglutir pour promener ses orbes mordorées sur lui. Elle n’était pas très forte pour interpréter les gens. Toutefois elle avait cru percevoir quelque chose. Elle n’en était pas certaine et elle ne voulait pas l’énerver.
- Tu sais, commença-t-elle. Je pense que les tabourets, ils devraient vraiment pouvoir s’adapter à tous les élèves. Il y a peut-être un sort pour leur faire pousser des roulettes et qu’ils grandissent ou rapetissent. Parce que personne n’est pareil alors ce serait normal qu’aucun siège soit pareil, non ? Et puis pour le vertige, je l’ai pas. Chez moi il y a un grand arbre (elle souleva sa main le plus haut possible) et je grimpe tout en haut. J’adore regarder depuis ma branche… J'ai l'impression de tout voir différemment. De découvrir autrement les choses que je croyais bien connaître. Toi, tu as le vertige ?
Elle passa sa langue sur ses lèvres en hésitant. Prendre des chemins de traverses, elle ne savait pas trop comment faire. Elle n’était pas habituée aux itinérances dans les questions. Avec elle, les énoncés, les interrogations, les remarques, étaient plantés sur le chemin et écrits en majuscules. Sans fioritures, juste brutes. Bon peut-être qu’ils ne l’étaient que dans son langage. Il n’empêche qu’elle n’avait pas l’habitude de faire le tour d’un sujet. Elle entrait directement, par la porte ou par la fenêtre, avec un immense sourire, ravie de visiter.
- Tu vas bien ?
Elle avait baissé la voix et s'était un peu penchée pour poser sa question. Sourcils froncés, elle voulait capter son regard, s’assurer que l’éclat vacillant qu’elle avait cru voir n’était qu’un effet de son imagination délirante.
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Saïph aimait regarder les gens. Elle adorait se faire une liste mentale des réactions, parce que c’était comme remplir un grand livre avec le nom de la personne dessus. Et dans son esprit, rien ne valait mieux qu'une gigantesque bibliothèque avec d'épais manuscrits.
Pour les objets, les animaux, les plantes, le passé, le présent, et même le futur, il existait tout un tas de gros volumes Même pour des choses comme les microparticules (son père lui avait expliqué et cela l'avait fascinée), des gens avaient pris la peine de tout noter, de tout décrire et décrypter, de les raconter et de multiplier ces leçons. Même pour les croyances il y avait des débats sans fin autour de telle ou telle attitude d’une divinité, tel ou tel mot employé puis traduit, interprété et utilisé. Et que dire des personnages de romans, qui continuaient à progresser même en dehors des histoires dans lesquelles ils avaient pris vie ?
Pour les gens, certes, il y avait des biographie. Des manuscrits gigantesques montrant différentes facettes. Pour autant elles se contredisaient, laissaient des flous comme des cratères sur la Lune. Finalement, à la façon d’un dessin trop exposé au soleil, toutes les particularités, toutes ces petites choses qui animaient les individus, disparaissaient. Il ne restait plus que le papier, un titre, un nom, une anecdote, de grandes réalisations. Mais leur façon de sourire, de se frotter la tête, les plis de leurs yeux quand ils riaient...tout ce qui laissait entrevoir une âme que nul ne pourrait totalement connaître, était perdu à jamais.
Si c’était vrai pour les personnes connues, celles moins célèbres pouvaient craindre bien pire. Alors la blondinette recueillait tous ces détails. Ce que d’autres auraient jeté en pensant cela futile, elle le conservait. Non pas qu’elle pensait que c’était nécessaire. Elle ne se voyait pas comme la grande biographe de tout le monde. Non. Elle le conservait précieusement parce que justement, c’était futile. Parce que ce n’était pas important. Parce que cela formait les caractéristiques réelles des gens.
Evidemment, du haut de ses onze ans, elle ne pouvait pas expliquer cela avec de jolis mots. Pour traduire cette pensée, elle aurait plutôt évoqué ce morceau de tissu qui retenait son paquet de chocolat, offert par son père à Pâques. Ce tissu vert cru qu’elle avait trouvé si joli et qui rendait le papier en plastique nettement plus passionnant. En définitive ce ruban, qui était collé dans son scrapbook, allait rester pour toujours. A l’inverse des chocolats. Pourtant ces chocolats, son père, il avait pris du temps à les choisir. Et c’était l’élément principal du cadeau. Le lacet ne servait à rien d’autre qu’à décorer le sachet. Et il devenait l’accès au souvenir, soit la chose la plus importante du présent.
Alors elle photographia mentalement Ludwig en train de lécher sa cuillère, le sourire aux lèvres. Elle se concentra pour enregistrer son gloussement et cette main qu’il passait sur sa nuque. Pas parce qu’il avait mal – il le lui avait assuré - mais peut-être parce qu’il était gêné ? D’ailleurs, c’était étrange de noter cela chez lui. Ça le sortait du cliché et, hors cadre, éveillait la curiosité de la fillette. Il n’était finalement pas seulement un garçon avec des grands sourires, des grandes phrases, des grandes jambes, un gros appétit, un grand coeur et des grandes bouchées. Il était également humble, gêné. Elle qui s’attendait à ce que son rire fasse trembler les murs et recouvre toutes les voix, qu’il s’affirme dans tout ce qu’il faisait, à l'instar de son intrusion à une table qui n’était pas la sienne, elle en fut surprise. Des points d’interrogation commencèrent à apparaître sur le portrait mental qu’elle se faisait. Des points de pleins de couleurs, car elle aimait les couleurs.
« C'est vrai que c'est pas super pratique d'être grand. Par exemple, en cours de Potions je suis souvent tordu en deux sur les paillasses parce que les tabourets sont trop grands pour moi. Mais pour toi ils sont sûrement trop petits ! Ou alors tu touches pas les pieds au sol et ça doit vachement donner le tournis ou alors le vertige, hein ? T'as le vertige, toi ? Ou t'as le tournis dans ces cas-là ? »
La Serdaigle acquiesça, concernée. Elle, elle se mettait souvent à genoux sur les tabourets pour arriver au dessus du chaudron et ajouter tranquillement ses ingrédients. Ce n’était pas pratique et ça demandait toute une gymnastique pour aller chercher les composants de la potion. Au bout de la troisième, où elle avait manqué de renverser l’intégralité de sa Pimentine sur son binôme, elle avait adopté le rangement de ce dernier. Une organisation très intéressante qui, néanmoins, lui demandait toujours de descendre de son tabouret.
Des roulettes, ça aurait été vraiment bien, pour ces cas-là. Des roulettes sur des tabourets qui s’adapteraient à la taille de l’élève, à ses éventuelles douleurs au dos ou à la nuque, à la main avec laquelle il écrivait, et même à la longueur de ses manches. Parce que franchement faire une potion avec des manches qui trempent dans le piment ça pouvait être dangereux. Surtout quand vous oubliiez que vous les aviez trempées dans le piment. Et que vous vous frottiez le visage. Avant de porter le tissu à la bouche pour vous assurer que oui, c’était bien du piment oiseau. Cela, c’était vraiment risqué.
Avant qu’elle n’ait eu le temps de soumettre son idée à son camarade, et de lui dire que non elle n’avait pas le tournis ou le vertige, il brandit sa cuillère en avant. Elle sourit et fit de même, prête à lancer « abracadabra » avec un air mutin. Sauf qu’elle se rappela que le Serpentard n’avait pas suivi sa réflexion sur les tabourets et qu’il ne songeait donc pas à une métamorphose pour modifier les assises. Il répondait à sa question.
« Ah, attends, et pour mes mamans, bah ouais elles sont carrément plus grandes que moi. J'crois qu'elles font à peu près la même taille toutes les deux, parce que quand je leur fais un câlin, j'arrive au même niveau pour les deux. »
L’Irlandaise plissa les yeux en imaginant les mères : à quel niveau arrivait-il ? Si elles étaient « carrément » plus grandes, elles devaient au moins faire une tête et demie de plus. Elle s’écarquilla en imaginant des géantes. Pouffa, charmée. Puis, une idée la traversa. Si on disait « grandes personnes », cela avait peut être à voir avec la taille des gens. Pour être parent, au demeurant, il fallait être une grande personne. Donc lorsque l’on dépassait ses parents, devenait-on soi-même une grande personne ?
Elle baissa les yeux sur son voisin, qui s’était jeté sur la part de gâteau. Fronça les sourcils. L’imita et prit le temps de déglutir pour promener ses orbes mordorées sur lui. Elle n’était pas très forte pour interpréter les gens. Toutefois elle avait cru percevoir quelque chose. Elle n’en était pas certaine et elle ne voulait pas l’énerver.
- Tu sais, commença-t-elle. Je pense que les tabourets, ils devraient vraiment pouvoir s’adapter à tous les élèves. Il y a peut-être un sort pour leur faire pousser des roulettes et qu’ils grandissent ou rapetissent. Parce que personne n’est pareil alors ce serait normal qu’aucun siège soit pareil, non ? Et puis pour le vertige, je l’ai pas. Chez moi il y a un grand arbre (elle souleva sa main le plus haut possible) et je grimpe tout en haut. J’adore regarder depuis ma branche… J'ai l'impression de tout voir différemment. De découvrir autrement les choses que je croyais bien connaître. Toi, tu as le vertige ?
Elle passa sa langue sur ses lèvres en hésitant. Prendre des chemins de traverses, elle ne savait pas trop comment faire. Elle n’était pas habituée aux itinérances dans les questions. Avec elle, les énoncés, les interrogations, les remarques, étaient plantés sur le chemin et écrits en majuscules. Sans fioritures, juste brutes. Bon peut-être qu’ils ne l’étaient que dans son langage. Il n’empêche qu’elle n’avait pas l’habitude de faire le tour d’un sujet. Elle entrait directement, par la porte ou par la fenêtre, avec un immense sourire, ravie de visiter.
- Tu vas bien ?
Elle avait baissé la voix et s'était un peu penchée pour poser sa question. Sourcils froncés, elle voulait capter son regard, s’assurer que l’éclat vacillant qu’elle avait cru voir n’était qu’un effet de son imagination délirante.
1.400 mots
Le nugget de l'amitié
La cuillère glisse sur sa langue. Il laisse le sucre fondre dans sa bouche, ses yeux marrons tournés vers Saïph. Il aime le regard concerné qu'elle pose sur lui. Il ne croit pas l'avoir vu détourner les yeux depuis le début de la conversation, sauf pour regarder le gâteau, comme s'il était le seul à exister dans son horizon. Le seul et personne d'autre, juste lui et son regard à elle qui le dévisage. Ludwig aime bien être dévisagé, surtout en pleine conversation intéressante comme cela. Il a l'impression d'être important. Oui, il a la sensation de compter pour cette fille si petite alors même que c'est la première fois qu'il lui parle. Ce sentiment contraste avec une certaine violence avec ce qu'il a ressenti plus tôt avec Lucia. Avec elle, il sentait très fort qu'il la dérangeait, même s'il n'a pas voulu trop s'y appesantir lorsqu'elle était encore présente. Mais maintenant qu'il voit comment Saïph agit avec lui, c'est évident. Et le contraste de ces deux interactions (trois, si on compte Wallace et Gontran) donne plus de force encore à ce qu'il est en train de vivre actuellement. Saïph le regarde. Elle ne regarde que lui et le gâteau. Et Ludwig se sent important. Ça lui fait quelque chose d'étrange dans le cœur, une palpitation qui risque de se transformer en ouragan. Il connait le sentiment. L’hyper excitation. Il la recherche avidement, tous les jours, auprès de tous ceux qui croisent son chemin.
Le sucre sur sa langue a fondu. Ne reste que le biscuit, légèrement humide. Ludwig le pousse sous ses dents et le croque consciencieusement en hochant la tête lorsque Saïph parle des tabourets. Elle a raison : ils devraient pouvoir s'adapter à la taille des élèves. Elle en fait un sujet sérieux, alors le Serpentard fait mine d'être sérieux lui aussi, il fronce un peu les sourcils comme lorsqu'il fait semblant de suivre les cours de Miss Priddy, en Sortilèges. En vérité, il ne se sent pas aussi concerné par cette question que Saïph, parce que tout ça est un peu trop sérieux pour lui ; il préfère s'amuser à tourner le plus vite possible sur son tabouret plutôt que de trouver un moyen de les rendre plus confortables. Et il préfère entendre sa camarade parler de son arbre qui, si on en croit la hauteur à laquelle elle lève sa main, est un tout petit arbre, et l'imaginer tout surveiller depuis sa haute branche. Comme un oiseau blanc et scrutateur. S'il passait sous son arbre, le regarderait-elle comme elle l'observe actuellement ? Il aimerait bien.
Sa question tombe si soudainement que Ludwig doit suspendre le geste amorcé pour aller piocher une nouvelle cuillère de gâteau. S'il va bien ? Pourquoi irait-il mal ? S'inquiète-t-elle pour lui ? Cette hypothèse efface les autres questions qui ont émergées dans son esprit. Cela lui plairait qu'elle s'inquiète pour lui ! Il se redresse doucement en ramenant sa cuillère vers lui. Ludwig se sent plutôt bien puisqu'il a un ouragan de surexcitation caché dans le corps créé spécifiquement par la présence de Saïph, mais il aime tant l'idée qu'elle soit inquiète qu'il se creuse la tête pour comprendre ce qui a bien pu motiver sa question. Il y a évidemment cette affaire de tabouret qui pourrait l'inquiéter, mais elle a dit ce qu'elle avait à dire à ce propos et... Oh ! Ses mères ! Elle n'a rien dit sur ses mères alors qu'elle semblait curieuse ! C'est vrai qu'il a vivement planté sa cuillère dans le gâteau tout à l'heure parce qu'il voulait oublier qu'elles lui manquaient... Mais puisque Saïph est inquiète, pourquoi voudrait-il oublier cette peine ?
« Bah... »
Ludwig a compris le jour de cinquième anniversaire qu'il y avait un moyen infaillible de s'attirer l'attention des autres. Ce jour-là, un jour parfait où il aurait dû être le maître de son petit monde du matin au soir, son cousin Alby a fait une belle et impressionnante chute qui lui a donné une cicatrice sur l'arcade. C'était effarant. Tous les adultes se sont rués vers lui quand il s'est mis à hurler et les enfants ont suivi. Tous autour de lui, personne autour de Ludwig. L'affaire a duré un certain temps. C'était pile poil au moment de l'ouverture des cadeaux. Quand il a tiré la manche de m'man Ca pour demander l'autorisation de continuer d'ouvrir ses paquets, elle a dit : « Non, chéri, nous devons nous occuper d'Alby. » Alby et son arcade sourcilière qui coulait comme la fontaine de coulis de framboise qui accompagnait son gâteau au chocolat. Ludwig a un très mauvais souvenir de ce cinquième anniversaire. Depuis, il sait très bien que tomber, se faire mal ou feindre une maladie ou une peine quelconque, ça attire la sympathie des gens. Surtout de ses mamans.
Et Saïph, comment réagira-t-elle ?
« C'est qu'elles me manquent, » avoue-t-il du bout des lèvres en baissant le nez sur sa cuillère tristement vide.
Ce n'est pas un mensonge et en parler rendra certainement le sentiment plus réel et plus fort encore, mais disons que Ludwig n'aurait pas ressenti le besoin de se confier si elle ne lui en avait pas donné l'occasion. Mais ce n'est pas grave de modifier la réalité tant que ce n'est pas un trop grand mensonge. N'est-ce pas ?
« J'veux dire, ici on passe des semaines et des semaines sans voir nos parents, ça fait bizarre, hein ? »
Devant Wallace et Gontran, il aurait affirmé à grands renforts de gestes que ses mères ne lui manquaient pas, qu'il avait même le seum de rentrer à la maison pour Noël et il aurait peut-être utilisé une insulte pour essayer de paraître plus cool, comme "putain", par exemple. Mais devant Saïph, il sait d'instinct qu'il n'a pas besoin de faire ça. D'ailleurs, petite comme elle est, elle doit être en première année, n'est-ce pas ? Ses parents aussi doivent lui manquer, d'autant plus que c'est la première fois pour elle.
« J'ai pas le vertige des hauteurs, ajoute-t-il en levant les yeux vers la fille-oiseau, mais j'ai un peu le vertige là-dedans quand je pense à elles. » Il désigne son cœur et il se trouve vraiment cool de faire ça comme si ça avait une réelle signification. « Le vertige de mes mamans, tu crois que ça existe, ça ? Enfin, t'en fais pas ! s'exclame-t-il en se redressant, conscient qu'essayer de cacher quelque chose d'aussi évident que la peine qu'il vient d'exprimer ne fera qu'approfondir le sentiment que cette tristesse est vraiment profonde. Ça passera ! Et puis Noël, c'est bientôt ! »
Et on plonge la cuillère dans le gâteau, mais pas de manière pas trop affirmé pour faire comme si la peine était vraiment, mais vraiment très ancrée.
Aaah Ludwig dans toute sa splendeur, voilà, enfin je l'écris. C'est un petit menteur qui fait son intéressant, je n'aime pas qu'il fasse ça avec une aussi chouette personne que Saïph.
Le sucre sur sa langue a fondu. Ne reste que le biscuit, légèrement humide. Ludwig le pousse sous ses dents et le croque consciencieusement en hochant la tête lorsque Saïph parle des tabourets. Elle a raison : ils devraient pouvoir s'adapter à la taille des élèves. Elle en fait un sujet sérieux, alors le Serpentard fait mine d'être sérieux lui aussi, il fronce un peu les sourcils comme lorsqu'il fait semblant de suivre les cours de Miss Priddy, en Sortilèges. En vérité, il ne se sent pas aussi concerné par cette question que Saïph, parce que tout ça est un peu trop sérieux pour lui ; il préfère s'amuser à tourner le plus vite possible sur son tabouret plutôt que de trouver un moyen de les rendre plus confortables. Et il préfère entendre sa camarade parler de son arbre qui, si on en croit la hauteur à laquelle elle lève sa main, est un tout petit arbre, et l'imaginer tout surveiller depuis sa haute branche. Comme un oiseau blanc et scrutateur. S'il passait sous son arbre, le regarderait-elle comme elle l'observe actuellement ? Il aimerait bien.
Sa question tombe si soudainement que Ludwig doit suspendre le geste amorcé pour aller piocher une nouvelle cuillère de gâteau. S'il va bien ? Pourquoi irait-il mal ? S'inquiète-t-elle pour lui ? Cette hypothèse efface les autres questions qui ont émergées dans son esprit. Cela lui plairait qu'elle s'inquiète pour lui ! Il se redresse doucement en ramenant sa cuillère vers lui. Ludwig se sent plutôt bien puisqu'il a un ouragan de surexcitation caché dans le corps créé spécifiquement par la présence de Saïph, mais il aime tant l'idée qu'elle soit inquiète qu'il se creuse la tête pour comprendre ce qui a bien pu motiver sa question. Il y a évidemment cette affaire de tabouret qui pourrait l'inquiéter, mais elle a dit ce qu'elle avait à dire à ce propos et... Oh ! Ses mères ! Elle n'a rien dit sur ses mères alors qu'elle semblait curieuse ! C'est vrai qu'il a vivement planté sa cuillère dans le gâteau tout à l'heure parce qu'il voulait oublier qu'elles lui manquaient... Mais puisque Saïph est inquiète, pourquoi voudrait-il oublier cette peine ?
« Bah... »
Ludwig a compris le jour de cinquième anniversaire qu'il y avait un moyen infaillible de s'attirer l'attention des autres. Ce jour-là, un jour parfait où il aurait dû être le maître de son petit monde du matin au soir, son cousin Alby a fait une belle et impressionnante chute qui lui a donné une cicatrice sur l'arcade. C'était effarant. Tous les adultes se sont rués vers lui quand il s'est mis à hurler et les enfants ont suivi. Tous autour de lui, personne autour de Ludwig. L'affaire a duré un certain temps. C'était pile poil au moment de l'ouverture des cadeaux. Quand il a tiré la manche de m'man Ca pour demander l'autorisation de continuer d'ouvrir ses paquets, elle a dit : « Non, chéri, nous devons nous occuper d'Alby. » Alby et son arcade sourcilière qui coulait comme la fontaine de coulis de framboise qui accompagnait son gâteau au chocolat. Ludwig a un très mauvais souvenir de ce cinquième anniversaire. Depuis, il sait très bien que tomber, se faire mal ou feindre une maladie ou une peine quelconque, ça attire la sympathie des gens. Surtout de ses mamans.
Et Saïph, comment réagira-t-elle ?
« C'est qu'elles me manquent, » avoue-t-il du bout des lèvres en baissant le nez sur sa cuillère tristement vide.
Ce n'est pas un mensonge et en parler rendra certainement le sentiment plus réel et plus fort encore, mais disons que Ludwig n'aurait pas ressenti le besoin de se confier si elle ne lui en avait pas donné l'occasion. Mais ce n'est pas grave de modifier la réalité tant que ce n'est pas un trop grand mensonge. N'est-ce pas ?
« J'veux dire, ici on passe des semaines et des semaines sans voir nos parents, ça fait bizarre, hein ? »
Devant Wallace et Gontran, il aurait affirmé à grands renforts de gestes que ses mères ne lui manquaient pas, qu'il avait même le seum de rentrer à la maison pour Noël et il aurait peut-être utilisé une insulte pour essayer de paraître plus cool, comme "putain", par exemple. Mais devant Saïph, il sait d'instinct qu'il n'a pas besoin de faire ça. D'ailleurs, petite comme elle est, elle doit être en première année, n'est-ce pas ? Ses parents aussi doivent lui manquer, d'autant plus que c'est la première fois pour elle.
« J'ai pas le vertige des hauteurs, ajoute-t-il en levant les yeux vers la fille-oiseau, mais j'ai un peu le vertige là-dedans quand je pense à elles. » Il désigne son cœur et il se trouve vraiment cool de faire ça comme si ça avait une réelle signification. « Le vertige de mes mamans, tu crois que ça existe, ça ? Enfin, t'en fais pas ! s'exclame-t-il en se redressant, conscient qu'essayer de cacher quelque chose d'aussi évident que la peine qu'il vient d'exprimer ne fera qu'approfondir le sentiment que cette tristesse est vraiment profonde. Ça passera ! Et puis Noël, c'est bientôt ! »
Et on plonge la cuillère dans le gâteau, mais pas de manière pas trop affirmé pour faire comme si la peine était vraiment, mais vraiment très ancrée.
Aaah Ludwig dans toute sa splendeur, voilà, enfin je l'écris. C'est un petit menteur qui fait son intéressant, je n'aime pas qu'il fasse ça avec une aussi chouette personne que Saïph.
Le nugget de l'amitié
L’Aiglonne n’était pas certaine d’avoir bien fait de poser cette question. Peut-être était-ce trop intime pour un partenaire de gâteau-pont ? Peut-être aurait-elle dû rester sur les tabourets, qui avaient semblé toucher une corde sensible chez Ludwig. Il avait une expérience différente de la sienne et, ensemble, ils auraient pu décider des points importants à mettre en avant pour tenter de rendre ce genre de mobilier obligatoire dans un avenir proche. Cela aurait été profitable à beaucoup de personnes, elle en était certaine. Y compris aux enseignants. En effet, des élèves confortables, cela faisait également des élèves plus réceptifs.
Sauf qu’elle avait cru percevoir un mal-être. Et elle n’avait pas pu s’en empêcher. Tendre la main vers ceux qui n’allaient pas bien, c’était une habitude chez elle. C’est ainsi qu’elle avait ramené une quantité non-négligeable d’êtres vivants à la maison, pour les remettre d’aplomb. Elle avait appris qu’il fallait prendre soin et être à l’écoute de ce qui l’entourait. Sa maîtresse lui avait un jour dit que c’était pour faire son intéressante. Elle en avait rougi. Ce n’était pas pour cette raison. Elle ne s’attendait pas à ce que la fleur à laquelle elle avait mis un tuteur, le crapaud qu’elle avait ramené dans sa mare, le chiot qu’elle avait nourri, lui soient reconnaissants. Elle savait très bien que le petit toit qu’elle avait fabriqué pour protéger une fourmilière de la pluie ne lui vaudrait rien d’autre que le sentiment d’avoir fait son possible. D’avoir fait ce qu’il fallait faire.
En réalité, elle ne comprenait pas que tous ne le fassent pas. Lorsque ses camarades n’enjambaient pas le passage des fourmis, quand ils s’amusaient à envoyer des pierres dans les nids d’oiseaux, ou qu’ils arrachaient les toiles si finement travaillées des araignées, elle était sidérée. Elle avait bien tenté de leur expliquer. Cependant, sans doute n’avait elle pas les bons mots pour convaincre. Car ils n’entendaient pas. Eux, ils arrachaient les pétales des fleurs pour savoir si quelqu’un les aimait, ignorant que ces fleurs avaient travaillé pour les créer, ces charmantes ombrelles, et qu’elles allaient mourir, ainsi délestées de leur parure.
La blondinette pensait qu’il était inutile d’attendre une récompense quand on ne faisait qu’aider quelque chose ou quelqu’un. Après tout, s’entraider, c’était naturel. Si les gens vivaient tous ensemble dans des villages, c’était certainement pour cette raison : parce qu’ils avaient besoin les uns des autres. D’ailleurs, elle ressentait toujours une forme de complétude au moment où un sourire jaillissait. Qu’il lui soit ou non adressé, c’était un soleil pouvant éclairer ses journées les plus pluvieuses. Ce sentiment était pour elle la preuve ultime du devoir de chacun de venir en aide à qui en faisait la demande.
La faune et la flore étaient pour autant moins avares en cela que les humains. Eux, ils avaient de la fierté. Elle les faisait taire leurs larmes et muselait leurs maux, les enfermant dans une grosse chrysalide. Sans doute espéraient ils en ressortir plus forts. Toutefois aucun papillon ne s’envolait. Certains cocons restaient de la sorte pendus entre deux branches, ballottés par les tempêtes, leurs mugissements aphones s’éteignant peu à peu. Alors il fallait les aider un petit peu. Ce n’était pas grave si une manticore en ressortait pour la darder de quelques regards et mots assassins. Au moins, elle aurait tenté.
Parfois, il fallait malgré tout laisser la chrysalide. Non parce que l’être en son sein allait vous attaquer, mais parce qu’il n’était pas prêt et que le sortir de là, l’agiter, faisait plus de mal que de bien. Elle l’avait appris alors qu’elle avait ramassé un bébé merle tombé de son nid. Elle l’avait pris dans un linge propre, et avait couru sous la pluie jusque chez elle. Arrivant catastrophée dans le salon, elle avait présenté l’orphelin à ses parents. Ces derniers lui avaient alors enseigné qu’en réalité, elle avait certainement kidnappé le petit. Que ses parents n’étaient pas loin et attendaient probablement qu’elle s’éloigne pour venir le nourrir. Que, désormais, elle en était responsable. Avoir commis une telle horreur l’avait profondément touchée. Elle avait retenu la leçon.
Si pour les animaux il y avait un procédé à connaître, chez les Hommes, c’était bien différent. Alors elle avait préféré tenter, se persuadant que le Serpentard allait rire si elle avait mal interprété, lui dire de ne pas s’en mêler si elle avait visé juste mais qu’il ne voulait pas de son aide. En le voyant arrêter de manger, la cuillère qu’il avait léchée avec autant de gourmandise et qu’il s’apprêtait à replonger restant en suspend, la Première année se fustigea mentalement.
Soudain, le grand garçon souriant n’était plus que peine. Il en avait cessé de manger et contemplait désormais son ustensile devenu inutile. Qu’avait-elle fait ?
Saïph écarquilla les yeux devant la douleur de son camarade. D’un main, elle poussa l’assiette vers Ludwig, l’enjoignant muettement à se gaver de gâteau si il le désirait. Elle songea même à se lever pour courir aux Cuisines et rapporter du banofee. Elle ne savait pas de quelle façon elle s’y prendrait, néanmoins elle était certaine qu’en expliquant qu’il était triste, une bonne âme ferait apparaître ce met.
Le fait qu’il admette son affliction était pour autant une bonne chose. Parler pouvait faire du bien. Et puis cela signifiait peut-être qu’elle avait bien interprété son appel à l’aide. Le banofee dans un coin de sa tête, la jeune fille pinça les lèvres. Elle ne pouvait pas se transformer en délice à la banane et au caramel, mais elle pouvait être à l’écoute. Sa main gratta la table, se rapprochant doucement de son compagnon. Le plus lentement possible, hésitant à lui apporter son soutien par un câlin réconfortant, elle préféra laisser son membre là, à découvert, suffisamment proche pour qu’il puisse s’en saisir.
C’était vrai que c’était douloureux, d’être loin de chez soi. Les bras parentaux étaient une maison à eux seuls. Quatre murs chauds et protecteurs, qui vibraient doucement.
« J'veux dire, ici on passe des semaines et des semaines sans voir nos parents, ça fait bizarre, hein ? »
Elle acquiesça silencieusement, ses phalanges se refermant sur une minuscule partie de la manche de son condisciple. Sa vision se brouilla et elle se frotta un œil de la main qui n’était pas offerte. Le vertige des mamans… Elle inspira difficilement, son souffle comme bloqué par sa trachée. Le vertige des mamans, elle était certaine que ça existait. Et voir le brun tenter de chasser sa peine ainsi, d’une exclamation, était encore plus compliqué à supporter. Oui, cela passerait. Mais pour revenir. Le manque de ses parents, de chez soi, elle était certaine que tous le portait en eux. Parfois il était moins pesant. Nonobstant il restait, tels des fils invisibles qui vibraient parfois pour jouer la mélodie du manque. Il suffisait d’un vent contraire, d’une chute un peu brutale, pour que l’on veuille regarder en arrière, se remémorant la chaleur du nid.
Tous les êtres vivants devaient ressentir cela. Au bord de leur branche, prêts à s’envoler, les oiseaux devaient avoir envie de faire marche arrière et se dire que, décidément, c’était bien trop haut pour leurs petites ailes. Les crapauds retournaient quant à eux toujours dans leur mare, celle qui les avait vus naître. Les poissons frayaient constamment aux mêmes endroits. C’était normal, de ressentir une telle nostalgie.
Saïph regarda Ludwig planter sa cuillère dans le gâteau mais il n’avait plus le même enthousiasme. Elle rapprocha encore l’assiette de lui, glissa un peu sur le banc, grappillant un millimètre pour combler au moins temporairement le sentiment de solitude qu’il devait ressentir. Parce que quand l’être aimé disparaissait, tout est dépeuplé. Alors certes elle n’était pas ses mamans, elle n’était qu’une camarade de gâteau-pont, mais elle voulait qu’il ne se sente pas seul.
- Tu sais, murmura-t-elle. Ma mère dit que quand tu regardes les étoiles, tu regardes tous ceux qui sont aussi en train de les admirer. Alors si tes mamans regardent les étoiles, et qu’elles te manquent, tu peux sortir la nuit et les fixer… Je sais pas si de ta salle commune tu vois les étoiles…
Dans ses souvenirs, non. Une fille de son année le lui avait expliqué en septembre. Ils voyaient le lac.
- Et puis tu peux aussi leur écrire… Mais tu sais, c’est normal qu’elles te manquent. C’est pas obligé de passer. C’est courageux d’aller dans une école loin de chez soi, et de rester aussi longtemps. C’est pas grave si ça passe pas. Ça prouve que tu les aimes, et que tu es bien avec elles. Si tu étais tout le temps avec elles, tu n’aurais pas tes deux banofee. Tu saurais pas ce qu’il te manque. Ça permet de te rendre compte de ce que tu as, et c’est bien ça. Tu vas encore plus profiter à Noël.
En y repensant, elle, c’était dans les souvenirs tièdes et douillets qu’elle trouvait un certain réconfort.
- Tu peux aussi repenser à des beaux moments avec elles. Tu peux deviner ce qu’elles sont en train de faire, ou te rappeler un bon souvenir, qui n’aurait pas eu lieu sans que tu sois à Poudlard. T’as un souvenir comme ça ?
Sauf qu’elle avait cru percevoir un mal-être. Et elle n’avait pas pu s’en empêcher. Tendre la main vers ceux qui n’allaient pas bien, c’était une habitude chez elle. C’est ainsi qu’elle avait ramené une quantité non-négligeable d’êtres vivants à la maison, pour les remettre d’aplomb. Elle avait appris qu’il fallait prendre soin et être à l’écoute de ce qui l’entourait. Sa maîtresse lui avait un jour dit que c’était pour faire son intéressante. Elle en avait rougi. Ce n’était pas pour cette raison. Elle ne s’attendait pas à ce que la fleur à laquelle elle avait mis un tuteur, le crapaud qu’elle avait ramené dans sa mare, le chiot qu’elle avait nourri, lui soient reconnaissants. Elle savait très bien que le petit toit qu’elle avait fabriqué pour protéger une fourmilière de la pluie ne lui vaudrait rien d’autre que le sentiment d’avoir fait son possible. D’avoir fait ce qu’il fallait faire.
En réalité, elle ne comprenait pas que tous ne le fassent pas. Lorsque ses camarades n’enjambaient pas le passage des fourmis, quand ils s’amusaient à envoyer des pierres dans les nids d’oiseaux, ou qu’ils arrachaient les toiles si finement travaillées des araignées, elle était sidérée. Elle avait bien tenté de leur expliquer. Cependant, sans doute n’avait elle pas les bons mots pour convaincre. Car ils n’entendaient pas. Eux, ils arrachaient les pétales des fleurs pour savoir si quelqu’un les aimait, ignorant que ces fleurs avaient travaillé pour les créer, ces charmantes ombrelles, et qu’elles allaient mourir, ainsi délestées de leur parure.
La blondinette pensait qu’il était inutile d’attendre une récompense quand on ne faisait qu’aider quelque chose ou quelqu’un. Après tout, s’entraider, c’était naturel. Si les gens vivaient tous ensemble dans des villages, c’était certainement pour cette raison : parce qu’ils avaient besoin les uns des autres. D’ailleurs, elle ressentait toujours une forme de complétude au moment où un sourire jaillissait. Qu’il lui soit ou non adressé, c’était un soleil pouvant éclairer ses journées les plus pluvieuses. Ce sentiment était pour elle la preuve ultime du devoir de chacun de venir en aide à qui en faisait la demande.
La faune et la flore étaient pour autant moins avares en cela que les humains. Eux, ils avaient de la fierté. Elle les faisait taire leurs larmes et muselait leurs maux, les enfermant dans une grosse chrysalide. Sans doute espéraient ils en ressortir plus forts. Toutefois aucun papillon ne s’envolait. Certains cocons restaient de la sorte pendus entre deux branches, ballottés par les tempêtes, leurs mugissements aphones s’éteignant peu à peu. Alors il fallait les aider un petit peu. Ce n’était pas grave si une manticore en ressortait pour la darder de quelques regards et mots assassins. Au moins, elle aurait tenté.
Parfois, il fallait malgré tout laisser la chrysalide. Non parce que l’être en son sein allait vous attaquer, mais parce qu’il n’était pas prêt et que le sortir de là, l’agiter, faisait plus de mal que de bien. Elle l’avait appris alors qu’elle avait ramassé un bébé merle tombé de son nid. Elle l’avait pris dans un linge propre, et avait couru sous la pluie jusque chez elle. Arrivant catastrophée dans le salon, elle avait présenté l’orphelin à ses parents. Ces derniers lui avaient alors enseigné qu’en réalité, elle avait certainement kidnappé le petit. Que ses parents n’étaient pas loin et attendaient probablement qu’elle s’éloigne pour venir le nourrir. Que, désormais, elle en était responsable. Avoir commis une telle horreur l’avait profondément touchée. Elle avait retenu la leçon.
Si pour les animaux il y avait un procédé à connaître, chez les Hommes, c’était bien différent. Alors elle avait préféré tenter, se persuadant que le Serpentard allait rire si elle avait mal interprété, lui dire de ne pas s’en mêler si elle avait visé juste mais qu’il ne voulait pas de son aide. En le voyant arrêter de manger, la cuillère qu’il avait léchée avec autant de gourmandise et qu’il s’apprêtait à replonger restant en suspend, la Première année se fustigea mentalement.
Soudain, le grand garçon souriant n’était plus que peine. Il en avait cessé de manger et contemplait désormais son ustensile devenu inutile. Qu’avait-elle fait ?
Saïph écarquilla les yeux devant la douleur de son camarade. D’un main, elle poussa l’assiette vers Ludwig, l’enjoignant muettement à se gaver de gâteau si il le désirait. Elle songea même à se lever pour courir aux Cuisines et rapporter du banofee. Elle ne savait pas de quelle façon elle s’y prendrait, néanmoins elle était certaine qu’en expliquant qu’il était triste, une bonne âme ferait apparaître ce met.
Le fait qu’il admette son affliction était pour autant une bonne chose. Parler pouvait faire du bien. Et puis cela signifiait peut-être qu’elle avait bien interprété son appel à l’aide. Le banofee dans un coin de sa tête, la jeune fille pinça les lèvres. Elle ne pouvait pas se transformer en délice à la banane et au caramel, mais elle pouvait être à l’écoute. Sa main gratta la table, se rapprochant doucement de son compagnon. Le plus lentement possible, hésitant à lui apporter son soutien par un câlin réconfortant, elle préféra laisser son membre là, à découvert, suffisamment proche pour qu’il puisse s’en saisir.
C’était vrai que c’était douloureux, d’être loin de chez soi. Les bras parentaux étaient une maison à eux seuls. Quatre murs chauds et protecteurs, qui vibraient doucement.
« J'veux dire, ici on passe des semaines et des semaines sans voir nos parents, ça fait bizarre, hein ? »
Elle acquiesça silencieusement, ses phalanges se refermant sur une minuscule partie de la manche de son condisciple. Sa vision se brouilla et elle se frotta un œil de la main qui n’était pas offerte. Le vertige des mamans… Elle inspira difficilement, son souffle comme bloqué par sa trachée. Le vertige des mamans, elle était certaine que ça existait. Et voir le brun tenter de chasser sa peine ainsi, d’une exclamation, était encore plus compliqué à supporter. Oui, cela passerait. Mais pour revenir. Le manque de ses parents, de chez soi, elle était certaine que tous le portait en eux. Parfois il était moins pesant. Nonobstant il restait, tels des fils invisibles qui vibraient parfois pour jouer la mélodie du manque. Il suffisait d’un vent contraire, d’une chute un peu brutale, pour que l’on veuille regarder en arrière, se remémorant la chaleur du nid.
Tous les êtres vivants devaient ressentir cela. Au bord de leur branche, prêts à s’envoler, les oiseaux devaient avoir envie de faire marche arrière et se dire que, décidément, c’était bien trop haut pour leurs petites ailes. Les crapauds retournaient quant à eux toujours dans leur mare, celle qui les avait vus naître. Les poissons frayaient constamment aux mêmes endroits. C’était normal, de ressentir une telle nostalgie.
Saïph regarda Ludwig planter sa cuillère dans le gâteau mais il n’avait plus le même enthousiasme. Elle rapprocha encore l’assiette de lui, glissa un peu sur le banc, grappillant un millimètre pour combler au moins temporairement le sentiment de solitude qu’il devait ressentir. Parce que quand l’être aimé disparaissait, tout est dépeuplé. Alors certes elle n’était pas ses mamans, elle n’était qu’une camarade de gâteau-pont, mais elle voulait qu’il ne se sente pas seul.
- Tu sais, murmura-t-elle. Ma mère dit que quand tu regardes les étoiles, tu regardes tous ceux qui sont aussi en train de les admirer. Alors si tes mamans regardent les étoiles, et qu’elles te manquent, tu peux sortir la nuit et les fixer… Je sais pas si de ta salle commune tu vois les étoiles…
Dans ses souvenirs, non. Une fille de son année le lui avait expliqué en septembre. Ils voyaient le lac.
- Et puis tu peux aussi leur écrire… Mais tu sais, c’est normal qu’elles te manquent. C’est pas obligé de passer. C’est courageux d’aller dans une école loin de chez soi, et de rester aussi longtemps. C’est pas grave si ça passe pas. Ça prouve que tu les aimes, et que tu es bien avec elles. Si tu étais tout le temps avec elles, tu n’aurais pas tes deux banofee. Tu saurais pas ce qu’il te manque. Ça permet de te rendre compte de ce que tu as, et c’est bien ça. Tu vas encore plus profiter à Noël.
En y repensant, elle, c’était dans les souvenirs tièdes et douillets qu’elle trouvait un certain réconfort.
- Tu peux aussi repenser à des beaux moments avec elles. Tu peux deviner ce qu’elles sont en train de faire, ou te rappeler un bon souvenir, qui n’aurait pas eu lieu sans que tu sois à Poudlard. T’as un souvenir comme ça ?